On l’appelle Jeeg Robot : l’Analyse en 4 questions

Film de super-héros italien (durée : 1h58) réalisé par Gabriele Mainetti

Avec Claudio Santamari, Luca Marinelli, Ilenia Pastorelli

Tiger Boy : pourquoi attendre tout un court-métrage pour que le héros retire son masque ?

                C’était 2012, ce court-métrage vu lors du Festival International du Court à Lille m’avait marqué et bluffé. Tiger Boy, 23 minutes-choc réalisées par l’Italien Gabriele Mainetti et qui avait été longtemps en lice pour les Oscars.

                Le pitch ? Un enfant solitaire et pas très loquace, ne quitte plus le masque de son catcheur préféré, provoquant les profondes inquiétudes de sa mère. On comprend bien que le gamin a un secret, malgré la bienveillance qui l’entoure. La chute – l’enfant prenant sa revanche sur un directeur d’école pédophile – résonne encore dans mon esprit de spectateur.

                Dans ce court disponible gratuitement (sous-titré en anglais) sur Viméo, nous devons attendre la toute fin pour que le personnage principal retire son masque. Une partie d’un costume qui permet de se cacher, de se protéger pour mieux affronter la réalité…

Pourquoi est-ce tout l’inverse dans « On l’appelle Jeeg Robot » ?

                Quand j’ai découvert que le réalisateur de ce Tiger Boy sortait son premier long, de surcroit sur un super-héros, l’excitation fut d’emblée au rendez-vous ! Mais ici, c’est l’idée-contraire : nous allons devoir attendre la fin du film pour que le (anti)-héros accepte de porter le masque.

                Il faut dire qu’ici, nous sommes confrontés à un pauvre type pas vraiment méchant qui va attraper fortuitement des super-pouvoirs, sans assumer et sans nourrir la moindre ambition autre que de continuer à manger des Danette en matant des films pornos !

                Le film sera un long voyage initiatique où l’amour (qui expliquera ce titre assez mystérieux) et la dualité/opposition avec son némésis va permettre non sans mal à notre Enzo national d’enfin comprendre, à l’instar d’un Peter Parker qu’ « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ».

Un masque cousu main… tout un symbole ?

                Loin de la surenchère Hollywodiennes des effets spéciaux, encore repoussés par le récent Docteur Strange, cet ovni cinématographique propose au contraire de revenir à l’essence de ce genre de film : le surhomme, de sa naissance à son acceptation.

             En se concentrant exclusivement sur l’humain, Gabriele Mainetti nous livre un portrait proche de nous-même dans lequel il est facile de s’identifier. C’est un long-métrage sur l’identité qui interroge sur ce qui fait que nous sommes nous-mêmes, dans toute notre unicité et notre altérité, mais aussi dans nos interactions avec les gens qui nous entourent, si différents ou si ressemblants.

         Ce film aux 7 Césars italiens peut s’appuyer sur de solides acteurs récompensés, à l’image d’un Claudio Santamari qui incarne à merveille le looser des classes populaires italiennes. Iliena Pastorelli titille parfois notre agacement mais s’illustre avec brio dans la peau de la barge sympathique. Et que dire de la performance de Luca Marinelli dans la peau de ce super-méchant attachant et complexe ?

Peut-on faire un film de super-héros sans licence Marvel, DC Comics ou Vertigo ?

                Si les films de super-héros sont de plus en plus fréquents dans le paysage cinématographique, ils s’appuient quasiment tous sur les comics autour des trois licences-phares américaines : le familial Marvel, le plus sombre DC Comics et le plus décalé Vertigo.

                En dehors de ces titres trustant les cartons au box office, cet ovni se permet de sillonner les rues de Rome, s’inscrivant dans la même ligne qu’un Hancock (apprentissage de la maîtrise des super-pouvoirs), Chronicles (les luttes bien/mal), Kick Ass (pour le côté déjanté de l’anti superh-héros) ou Vincent n’a pas d’écaille (pour la quête initiatique).

                Au final, le film ravira aussi bien les afficianados du genre que les autres en proposant un traitement (trop ?) classique. Preuve que Jeeg Robot a sa place au côté de Batman et de Captain America, malgré les différences et l’originalité que nous avons soulignées, la fin n’exclut pas la possibilité d’une suite… et si Disney rachetait les droits pour en faire une franchise ?

City Zen

Nicolas, 37 ans, du Nord de la France. Professeur des écoles. Je suis un cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Ennemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

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