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Marcel Duchamp

Marcel Duchamp
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Marcel Duchamp, du Nord de la France. Slameur et cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Enemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

Pourquoi il faut aller voir « Deux fils » le 13 février.

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Un casting prestigieux.

Pour le grand public (si l’on considère que le grand public s’intéressera à ce film, ou si l’on se dit que le « grand public » existe), « Deux fils » sera d’abord un film réunissant Benoit Poelvoorde et Vincent Lacoste, avec une Anaïs Demoustier pour animer les débats. Les plus puristes noteront la présence (discrète) de Noémie Lvovsky et d’India Hair.

Ce film d’auteur (rien de péjoratif, ça veut juste dire que c’est une histoire inventée par son auteur, pas une adaptation) raconte l’histoire de Joseph, père de Joachim et d’Yvan (premier rôle pour Mathieu Capella, repéré par Elsa Pharaon qui avait déjà révélé Rod Paradot dans la « Tête haute »). Dans ce film oscillant entre comédie et drame, le trio va faire ce qu’il peut, en prenant soin les uns des autres malgré des absences marquantes.

Le pitch n’est pas simple à résumer car ici, les sentiments priment sur la narration. Comme l’affiche le suggère, les deux enfants de Poelvoorde (très mesuré, et c’est en ça qu’il excelle ici) s’occupent beaucoup de leur papa (qui n’a aucune autre personne sur qui s’appuyer), et c’est pesant. Lacoste (encore une fois très bon, quelle filmographie à 24 ans !) se débrouille entre l’absence de son ex et une thèse en médecine qu’il n’écrit pas. Quant au petit dernier, il est tracassé entre la foi et ses désirs pour les filles de sa classe, tout en devant gérer l’effondrement de ses modèles.

Un premier film.

« Deux fils », c’est aussi et surtout le premier film de Félix Moati. On se souvient de lui comme pilier de l’équipe de natation synchronisée du « Grand bain ». Il était aussi très à son avantage dans « Gaspard va au mariage », « A trois on y va », « Cherchez le garçon » ou « Télé Gaucho ». Deux fois nominé pour le César du Meilleur espoir masculin, le jeune acteur (28 ans) n’aura pas trainé pour réaliser son premier long-métrage, deux ans après son court-métrage (fort bien accueilli) : « Après Suzanne».

Quand on lui demande pourquoi il est déjà passé derrière la caméra, il répond que c’est tout à fait naturel : être comédien et être réalisateur, c’est la même chose, dans le sens où on se met au service d’une histoire qui va être plus forte que tout le reste. Pas question de se mettre au-dessus, et cette délicatesse se retrouve à tous les niveaux du film : la musique (créer par le groupe Limousine dans une ambiance jazz), la lumière, les effets de caméra, les personnages et leurs répliques. On sent cette maturité dans le montage (le film dure 1h30, pour une première version qui en faisait 2h05).

Le film possède la fraicheur et la sincérité des premières œuvres. Elle réunit une équipe technique jeune : un ingénieur du son rencontré sur « Télé Gaucho », une chef décoratrice et un monteur en début de carrière. Moati a su faire confiance à de jeunes talents. On note même la présence de sa sœur aux décors et de son frère en photographe de plateau. Il aura eu aussi l’intelligence de s’entourer d’un chef opérateur d’expérience : Yves Angelo, connu par exemple pour son travail sur « Germinal ». Un parfait cocktail pour ce film produit par Pierre Guyard, à qui on doit aussi le très beau « Amanda » sorti il y a quelques mois.

Une vraie réussite.

On l’a dit, le film oscille entre la comédie et le drame. Nous ne sommes pas ici dans une poilade grasse avec des répliques qui font rire sans aucun fond. Les dialogues sont au service de l’histoire, des personnages. Le ton rappelle parfois « le Grand Bain », en plus intime. La puissance comique de Poelvoorde et Lacoste (on peut aussi ajouter Mathieu Capella) fonctionne à merveille dans cette ambiance plus mélancolique. On pourrait dire aussi que le hors champ est un personnage à part entière, tant on sent à quel point le manque est présent.

La mise en scène joue avec subtilité sur ce fond. Les personnages aiment écouter aux portes, c’est là qu’ils en apprennent le plus. La lumière reste assez sombre (avec très peu de scènes extérieures de jour), avec juste quelques rayons qui parviennent à percer de temps à autre. Une caméra qui commence le film en suivant beaucoup ses personnages de dos, puis qui bascule ensuite sur beaucoup de travelings avec des hommes à la dérive qui se courent après. Et une conclusion avec beaucoup de brio.

Si 2018 a été une année plutôt terne pour le box office français, malgré une offre de grande qualité, c’est peut-être parce que le grand public ne s’intéresse qu’aux « Tuche » et à Dany Boon. Ou aux machines à fric américaines. Il y a pourtant plein d’autres propositions de cinéma, aussi variées que riches. « Deux fils » en est une très belle, une œuvre fine et réfléchie. Si la biodiversité est primordiale, la diversité culturelle l’est tout autant.

 

En 2016 je me souviens…

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C’était il y a deux ans, mais certains films résonnent encore dans mon cœur d’amoureux du cinéma !

Le trio de tête

            « Divines » restera le gros choc ! Caméra d’Or à Cannes pour la réalisatrice Houda Benyamina, trois Césars, histoire notamment de récompenser la géniale Oula Amamra (revue depuis avec beaucoup de plaisir dans « Le Monde est à moi » : le palmarès est là, mais surtout le film marque de façon indélébile. Autre claque, « Captain Fantastic » avec un Viggo Mortensen en père qui élève ses enfants dans la forêt, avant de devoir se confronter à la ville. Plus qu’un film, une philosophie de vie à voir absolument ! Pour compléter ce trio de tête, « Juste la fin du monde », ou quand Xavier Dolan adapte une pièce de Jean-Luc Largarce avec un casting 5 étoiles (Gaspard Ulliel, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Nathalie Baye) : autopsie d’une famille finalement comme tant d’autres !

L’année de l’animé

            2016, c’était aussi l’année de l’animé. « Ma vie de Courgette » a ému des millions de petits comme de grands, avec ce petit gamin perdu qui tue sa mère sans faire exprès et qui s’en remet comme il peut. « La Tortue rouge », au programme d’Ecole et cinéma cette année pour les collégiens : une œuvre poétique qui me donne encore envie parfois d’aller sur cette île perdue. Moins connu, et c’est bien dommage « Anomalisa » où un célibataire endurci n’entend que des femmes avec toujours la même voix. Jusqu’au jour où LA femme croise sa route. Particulier, mais marquant ! Dans un autre registre, « Sausage party » aura alimenté quelques débats : quand un dessin animé propose une orgie sexuelle avec des saucisses et d’autres aliments, forcément ça fait parler… un humour déjanté !

            Mamoru Hosoda vient de sortir son dernier film (Miraï ma Petite sorcière), mais en 2016, il faisait déjà un coup de maitre avec « Le Garçon et la Bête », de quoi développer encore un peu plus la culture japonaise dans notre pays ! « Tout en haut du monde » tire également son épingle du jeu, avec l’aventure de cette petite fille qui suit les traces de son grand-père sur la banquise, dans une ambiance XIXème siècle très Jules Verne ! And the last but not the least… « Your name » qui n’est pas loin d’être dans le top 5 des meilleurs dessins animés de tous les temps ! Un début très léger et très enfantin qui laisse place à une gravité de plus en plus touchante…

C’est pas connu et c’est bien dommage

            Chaque année, on trouve quelques pépites dans les cinémas d’art et essais. « Paterson » (de Jim Jarmusch) est un film très particulier qui ravira tous les poètes. Quand l’élément perturbateur survient un quart d’heure avant la fin du film, ça donne à l’ensemble une force incroyable, avec un Adam Silver au top comme bien souvent ! « A war » (jeu de mot non dénué de sens) est un film norvégien de procès de guerre qui m’a laissé un souvenir impérissable. « Men and chicken » m’a également marqué, dans le genre OVNI cinématographique. Mads Mikkelsen explore une île étrange parce que lui et ses frères se rendent compte que leur vrai père est un généticien un peu fou. « Peur de rien », film qui met en scène une Libanaise qui arrive en France en quête de liberté (et un Vincent Lacoste déjà excellent !).

                Et que dire de « Poesia sin fin » ? Alejandro Jodorowsky (les fans de BD le reconnaitront…) nous retrace ses envies de jeunesse de devenir poète, avec la forme qui va avec. Film qui m’aura bien tiré les larmes : « Les délices de Tokyo », où quand cuisine et humanité se rencontrent. Pour terminer, je ne pouvais pas ne pas citer « Moonwalkers », film déjanté un peu à la Tarantino sur des losers qui tentent d’approcher Stanley Kubrick pour créer un faux film de premier pas sur la Lune… jouissif !

On connait tous :

            2016 est aussi l’année de quelques grosses productions : « The Revenant » évidemment. « Les animaux fantastiques » qui m’aura autant emballé que le deuxième opus m’a catastrophé. Le « Premier contact » de Denis Villeneuve avec la science-fiction avant de réaliser le magnifique Blade Runner 2049. « The neon demon » que l’on aime ou que l’on déteste, mais qu’il faut à mon sens voir à tout prix, avec une Elle Fanning au top comme toujours. Mais également : « Dernier train pour Busan », pour ceux qui aiment les zombies, avec une caméra virtuose. « Mademoiselle », drame en 3 actes de Park Chan-Wook (à qui on doit notamment Old boy). « Toni Erdman » pour ceux qui pensent que comédie et allemand ne peuvent pas faire bon ménage. « Merci patron », pour ceux qui trouvent que le député François Ruffin est fait pour faire du cinéma, avec ce documentaire à la fois effrayant et hilarant ! « Julietta », parce que Almodovar, tout simplement.

            Pour conclure, quelques caprices personnels : une comédie géniale avec Kyan Khojandi (de Bref) : « Rosalie Blum », « le Client », « Demolition » (avec Jake Gyllenhaal), « The Assassin », « Cézanne et moi », « Lampedusa »…

Et si vous voulez savoir pour moi ce qu’est un bon film, je vous invite sur ce lien :

Etre un bon film ou ne pas être ?

Bohemian Rhapsody, un film pas du tout rock-and-roll !

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Date de sortie 31 octobre 2018 (2h 15min)
De Bryan Singer, avec Rami Malek, Gwilym Lee, Lucy Boynton…
Genres : Biopic, Drame – Nationalité : Américain – Musique : John Ottman

Bohemian Rhapsody, la chanson. Le groupe se bat avec son producteur pour que cette chanson soit celle choisie pour la face A du single et pour passer à la radio. Ce dernier reste intransigeant : la chanson est trop longue, elle n’est pas assez claire, trop originale et elle risque de ne pas plaire au large public d’un groupe en pleine montée vers la gloire. Le bras de fer est tendu, mais Queen et leur chanteur-leader restent droit dans leurs baskets : ils ne font pas une chanson pour plaire au public, ils font une chanson avec leurs tripes, ils font ce qu’ils veulent, ils explorent, ils ne trichent pas, ils ne cabotinent pas. Quitte à tout plaquer. C’est ça être rock and roll, non ?

Bohemian Rhapsody, le film. Pour moi, cette scène est centrale : elle montre exactement le contraire de ce qu’a fait Brian Singer qui réalise ici un film calibré pour plaire aux fans de Queen. Et ça fonctionne très bien. Les chansons célèbres sont omniprésentes : on vibre, on danse sur son siège, on chante… Le grand Freddy (Rami Malek est époustouflant !) est présenté uniquement sous son beau jour, tout est édulcoré à la sauce Hollywood. Le biopic choisit le classique schéma « naissance-ascension-problème-happy end ». C’est mignon, c’est sucré, c’est familial (idéal pour que les quarantenaires fans depuis toujours transmettent la flamme à leurs enfants… de quoi faire quelques entrées en plus ?)…

Mais est-ce que c’est ça l’esprit Queen ? Est-ce que c’est ça le rock and roll ?

Le grand bain : Comment en un film, Lellouche s’est retiré l’image du gros beauf ?

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A une époque où cinéma populaire est trop souvent synonyme de médiocrité parce qu’après tout, « on ne va pas au cinéma pour se prendre la tête », le Grand bain – présenté hors compétition à Cannes – sort la tête de l’eau pour donner un grand coup de fraicheur au feel good à la française.

 

* En racontant une vraie histoire

Pour son premier film à la réalisation, Gilles Lellouche nous raconte une histoire avec un vrai fond : Comment vivre quand on se rend compte que l’on n’a pas réussi sa vie ? Qu’est-ce que l’amitié ? Comment sortir de la dépression ? Si le film suit un schéma assez classique – situation initiale des héros, péripéties pour arriver au but, résolution finale – il le fait avec une vraie maitrise de bout en bout. Les personnages sont suffisamment fouillés et bien écrits pour que l’on s’attache à eux et pour que l’on vive leur évolution, à l’image de ce monologue finale de Marina Foïs à sa sœur qui résume bien à lui tout seul l’une des conclusions du film.

* En réunissant un casting 5 étoiles au service du film

Nous avons connu des films où Poelvoorde prenait toute la place, ou des comédies où les gags n’ont aucune légitimité dans le scénario, ou encore des « films de potes » se transformaient en petits amusements entre amis hermétiques aux autres. Ces écueils sont ici parfaitement évités. Pourtant, faire cohabiter tout ce beau monde (Canet, Almaric, Poelvoorde, Foïs, Effira, Behkti, Katerine, Ivanov, Moati) n’était pas chose aisée mais la magie opère : chacun apporte sa touche tout en restant à sa place. Mention spéciale à Philippe Katerine, bémol à Coach Behkti, parfois un peu lourdingue. Dans ce film-chorale par excellence, chacun a son petit moment sur le devant de la scène, tout se passe en douceur, à l’image de l’ellipse autour du rabibochage des deux anciennes championnes de natation synchronisée.

* En se moquant de tout, surtout de ceux qui se moquent

Nous avons d’abord cru que l’on allait passer les deux heures à se moquer de ses ringards en slip de bain. Dans une vision très moderne du monde actuel, on se rend compte que nous sommes ici dans une critique légère de cette société où l’image prévaut sur tout, et où la compétition fait rage à chaque instant. Au milieu de ce grand bain où la virilité prend un sens inhabituel, nos héros improbables sont tellement vrais qu’ils en sont touchants. Ils s’aiment, sans jugement, sans apparat. Et c’est là que la situation se renverse : on ne se moque plus d’eux, mais on se moque de ceux qui se moquent d’eux. Nous regretterons juste la fin un peu trop too much… Parce que même si Effira le dit très bien « dans la vie on a tous besoin d’une médaille », un peu plus de nuances sur la conclusion aurait été profitable.

En conclusion, si Gilles Lellouche avait été fort critiqué après les Infidèles pour son côté macho et franchouillard, on peut dire qu’il réalise avec le Grand bain un (presque) sans faute, à l’image d’un Franc Dubosc avec « Tout le monde debout ».

Le retour de François l’embrouille en film !

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On le sait capable de tout, notre ami belge sort son premier film le 30 mai prochain : on a testé pour vous !

Un concept original

                On connait au moins trois François Damiens. Tout d’abord : le digne successeur de Raphaël Mezrahi avec des caméras cachées devenus cultes, ensuite le rigolo de service dans des films comme « Dikkenek » qui a marqué toute une génération ou le moins connu « Des nouvelles de la planète Mars » et enfin l’homme au cœur tendre dans les récents « Otez-moi d’un doute » ou « Les cowboys » dans lesquels il explore la paternité.

Pour son premier film, il propose un pitch et un concept qui réunit les trois. C’est l’histoire de Dany (interprété par lui-même) qui décide de s’évader de prison pour pouvoir donner une vraie éducation à son fiston. Vous vous doutez bien que notre taulard a plein de bonnes idées pour bien faire grandir son ket Sullivan. Je n’en dirais pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir.

Mais là où finalement la boucle se boucle et où tout devient plus intéressant, c’est que toutes les scènes-clefs de ce long-métrage d’environ une heure et demi ont été tournées en caméra cachée. La structure du film est écrite, avec une trame cohérente et simple qui donne les bases d’une comédie « classique ». Mais cette ligne conductrice permet la rencontre de nombreux personnages (on explore la prison, l’hôpital, l’école et bien d’autres lieux de la vie quotidienne) qui vont être piégés à leur insu par un Dany l’embrouille en grande forme !

Les secrets du tournage

                L’écriture du film a duré trois ans, une écriture à deux mains qui s’est faite de manière progressive entre les périodes de tournage de l’acteur. Une écriture difficile puisqu’au-delà des moments de délire qu’elle présageait, François Damiens a fini par avoir peur de se faire car-jacker par la faisabilité des scènes et du film. Heureusement, tout ça a fini par se concrétiser, et a pu prendre forme avec le casting de Sullivan (parmi environ 150 candidats) au final plus jeune que ce qui était prévu au départ (le potentiel comique n’en est que plus grand).

Le tournage a duré un an et demi, sachant que toute l’équipe de tournage devait se tenir prêt à se mettre à l’ouvrage quand l’équipe de repérage trouvait une situation favorable. Pour chaque scène de caméra cachée, douze personnages ont été piégés. Cela a permis de pouvoir choisir à chaque fois la meilleure scène pour le film, sachant que parfois, le Belge a été victime de sa notoriété en se faisant rapidement démasquer par son interlocuteur, malgré ses quatre heures quotidiennes de maquillage !

Tout ce dispositif a abouti à 450 heures de rush. Il est intéressant de noter que le montage a eu lieu au fur et à mesure de ces 18 mois du tournage, sachant que ce dernier s’est déroulé dans l’ordre chronologique de la narration. Ces précautions ont été prises afin de donner de la cohérence au film. Le réalisateur tenait à connaître précisément ce qui s’était passée dans la scène précédente, sachant qu’évidemment il ne pouvait pas prévoir les réactions des personnages piégés.

Un vrai film à mourir de rire !

                Au final, pas de best of qui mixe les meilleurs moments de chaque scène : on a le droit à un vrai film. Cohérent de bout en bout, même si on sent bien que tout ça n’est qu’un prétexte pour donner un beau terrain de jeu à un évadé de prison déchainé. On peut tout de même révéler que le générique de fin proposera quelques petits moments sympas des personnages qui n’ont pas été choisis… Et on imagine qu’il y a de quoi bien s’amuser dans un probable futur DVD !

Evidemment, nous ne conseillons pas ce film à ceux qui sont allergiques à l’accent belge et aux facéties de celui qui nous faisait déjà beaucoup rire dans « L’arnacoeur ». Ne vous attendez pas non plus à être émus comme dans « La Famille Bélier » : ce n’est clairement ni le propos, ni le ton du film.

Pour les autres, foncez, vous ne serez pas déçus ! Nous ne saurons d’ailleurs que trop vous conseiller de ne pas regarder la bande-annonce, pour avoir la surprise de tous les gags. Pour les cinéphiles qui aiment les concepts originaux (comme le « Mon garçon » avec Guillaume Canet sorti en 2017), c’est aussi une bonne expérience. Et puis c’est aussi une façon de célébrer ce bel artiste, aussi vrai que simple, qu’est François Damiens.

Pourquoi j’ai aimé Eva ?

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J’avais hâte de voir ce film et lorsque les notes des critiques presse et spectateurs sont tombées, je me suis demandé si ça valait quand même le coup. Mais puisque l’on se dit souvent qu’il faut se faire un avis par soi-même et que le sujet m’intéressait vraiment, j’y suis quand même allé. Et je n’ai pas été déçu, au contraire !

Car tout est cohérent (sans spoiler)

                L’œuvre est cohérente de bout en bout. De la première scène, jusqu’à la réplique finale. Le scénario développe ce propos : « Peut-on exister en étant quelqu’un d’autre que soi-même ? ». Les métiers des deux personnages principaux collent à cette problématique. Bertrand est écrivain : les fictions qu’il écrit (ou pas d’ailleurs, puisqu’il est encensé pour une pièce qu’il a volée) se mêlent à sa réalité qu’il rend plus trépidante. Eva (ce ne serait pas son vrai prénom) se prostitue, avec une large part de mystère : son personnage professionnel existe, mais son quotidien reste toujours très vague.

Le film peut se targuer de réunir les deux Césars 2017 : meilleure actrice pour Huppert (Elle) et meilleur acteur pour Ulliel (Juste la fin du monde). Ce dernier est une fois de plus excellent en artiste tourmenté qui essaie de se montrer sûr de lui. Quant à Huppert, a-t-on bien conscience qu’elle a 65 ans ?  Mystérieuse à souhait, avec quelques moments d’égarement et d’autres de tendresse. Les seconds rôles ne sont pas en reste avec un Richard Berry juste et une Julia Roy que j’ai découvert avec beaucoup de plaisir.

Car on peut rentrer dans les détails (avec spoilers)

                Tout commence par le vol de « Mots de passe ». Bertrand va devenir célèbre grâce au scénario de quelqu’un d’autre. Il s’échappe de sa propre réalité et se met en scène comme un personnage de fiction. Au début, je pensais que le film tournerait autour de cette usurpation, qu’on le démasquerait, mais ce point de départ pose le propos du film. Ensuite, Bertrand cherche l’inspiration avec difficultés et c’est la rencontre d’Eva qui va tout changer.

Perdu dans un quotidien heureux mais visiblement trop plat pour la création, il décide de basculer en se prenant pour un autre. Cela lui permet d’écrire les répliques qu’il vit avec la prostituée. Il se montre comme un homme sûr de lui, qui cherche à rendre amoureuse Eva. Il se ment à lui-même, il ment à son éditeur, il ment à sa femme : il ment à tout le monde comme depuis le début de son succès. Petit à petit, il perd pied, ne sachant plus distinguer la fiction de la réalité. Comme nous spectateurs, lorsque nous découvrons la pièce au début. J’ai même cru à la fin (lors du générique de fin de film lorsqu’ils sont au cinéma) qu’à un moment donné, nous avions basculé dans la réalité du scénario de Bertrand. Mais non.

Bertrand commence à écrire des dialogues qui ne correspondent plus exactement à la réalité. Il s’imagine noyer Eva dans sa baignoire : est-ce ce qu’il a écrit dans sa pièce ? A l’opposé, Régis (ou Jean-Louis), curieux de pouvoir connaitre cette vie trépidante, est à la limite de basculer. Mais contrairement à Bertrand, il accepte d’être lui-même, même si c’est bien moins excitant. Il a bien conscience que s’il a pu coucher avec une jeune fille mignonne, c’est parce qu’elle avait un peu pitié de lui. Bertrand ne s’accepte pas comme il est, il veut séduire Eva mais c’est lui qui devient complètement dépendant d’elle.

Madame Marlin (c’est son vrai nom) s’est également créée un personnage fort, sauf qu’elle fait la part des choses entre ce rôle de prostituée qui lui rapporte tant d’argent, et sa réalité de femme amoureuse de son Georges pour l’instant en prison. On sent à de rares moments qu’elle pourrait franchir la ligne rouge, mais elle reste toujours maîtresse de son destin et de la situation. La fin est tragique. C’est d’ailleurs rare d’avoir des films avec une fin aussi rude. Outre le terrible accident de voiture (qui ne suffira pas pour que Bertrand s’écarte de son obsession puisqu’il retourne voir Eva encore et toujours), la dernière réplique d’Isabelle Huppert vient conclure ce film magistralement. A sa copine qui demande qui est Bertrand, elle répondra par un lapidaire « Personne ». A force de vouloir être quelqu’un d’autre, il a juste réussi à n’être personne : rideau.

Parce qu’il ne faut pas vouloir voir le film que l’on voulait voir

                Quand je lis toutes les mauvaises critiques sur ce film, je me dis que beaucoup voulaient voir la suite d’ « Elle » ou un thriller sulfureux avec du sexe à gogo. On me rétorquera que la bande-annonce vendait le film comme ça, mais je ne regarde pas les bande-annonces…

http://lecoindescritiquescine.com/les-dossiers-cinema/ne-regarde-presque-jamais-bande-annonces/

Eva est un film cohérent. J’aurais pu développer aussi une partie sur la réalisation de Benoit Jacquot avec ce train qui passe, cette baignoire récurrente, ce jeu sur les gros plans/enfermements, sur les cadrages champ/contrechamp avec très peu de scènes où les personnages apparaissent dans le même cadre, la caméra en traveling ping-pong quand Bertrand se dispute avec sa femme, l’utilisation des miroirs, etc etc. Mais j’ai déjà été suffisamment bavard !

Le suspense existe bel et bien car on se demande si Bertrand va réussir à se sortir de ce bourbier dans lequel il s’est lui-même placé. On peut d’ailleurs toujours se demander si la dernière partie du film ne correspond pas à la fiction qu’il a inventée. La solution pour cet auteur, ça aurait été de savoir s’aimer pour ce qu’il est vraiment. Et là, la boucle se boucle.

Car finalement, être un bon spectateur, n’est-ce pas être un spectateur qui sait aimer un film pour ce qu’il est et non pour ce qu’il voudrait qu’il soit ?

« La Ch’tite famille », vue par une ch’tiote biloute !

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Alors qu’il vient à peine de recevoir le César du Public (le P majuscule est important), Monsieur Boon casse déjà le suspense pour l’année prochaine : le doublé est déjà en poche. Il va réussir à surpasser son concurrent le plus féroce : Jeff Tuche ! Autopsie du nouveau phénomène.

La famille c’est important, la renier c’est mal.

                Pour faire une bonne comédie, il faut d’abord une bonne situation dramatique. Quand les émotions oscillent de la tristesse au rire, on touche le Public en plein cœur. Ici, le scénario fonctionne à merveille : un ancien ch’ti caricatural devient un bobo caricatural, reniant son passé à l’extrême. Mais un terrible choc va le contraindre à retisser ces liens familiaux distendus.

Promis, je ne spoilerai pas : vous vous doutez bien que le film va aller de surprise en surprise pour une fin pas du tout prévisible (ironie). Sujet dans lequel chacun s’y retrouvera, d’une façon ou d’une autre. En plus, on sent le caractère autobiographique du réalisateur-acteur qui fait sa propre introspection dans ce film. Un coup de maître.

En tout cas, pour ceux que le sujet intéresse – comment concilier l’ascension sociale quand on vient d’un milieu modeste ? – je ne saurai que vous conseiller le récent « Marvin ou la Belle éducation », le film d’Anne Fontaine librement inspiré du roman « En finir avec Eddy Belle Gueule ». En attendant une adaptation de la Place d’Annie Ernaux ? Le Public me répondra que c’est moins drôle…

L’art du rire : vois un Dany, ça ira mieux !

                L’humour est-il une science exacte ou un art versatile ? On le dit souvent, c’est plus difficile de faire rire que de faire pleurer. Force est de constater que notre ami Ch’ti (je rappelle que je le suis également !) semble détenir la formule magique, tant il réalise toujours le sans-faute. Après l’incroyable succès de « Bienvenue chez les Ch’tis », nous voici ici face à la vraie-fausse-suite.

Et c’est là que ça pique vraiment. Pourquoi forcer autant cet accent, surtout quand on ne le maîtrise pas ? Parce qu’à part le régional de l’étape (et Laurence Armé, aussi douée dans le film que pour l’accent), ça fait quand même très mal aux oreilles. C’est forcé, c’est exagéré. Comme ces gags que l’on voit arriver à plein nez, que l’on espère très fort que l’on ait le droit à autre chose. Mais non. A l’image du running gag essoré des chutes et de l’ostéopathe, ou de la mob’… On a aussi l’impression qu’il fallait écouler tous les mots et toutes les expressions ch’ti, comme pour laisser un catalogue impérissable de notre langue, allant du « kway » à la « wassingue », en passant par « ferme eut bouc, tin nez y va ker eud’dans ».

Alors je sais, la vie est dure et heureusement qu’il y a des comédies pour se faire du bien. Et puis on ne va pas au cinéma pour se prendre la tête, pour réfléchir. On n’est pas des bobos, des Parigots (tête de veau). L’humour de la Grande vadrouille était-il plus fin ? Sur les 15 millions qui verront ce dernier chef d’œuvre, combien connaissent l’existence de « Gaspard va au mariage » ou de « Phantom Thread » ?

Pourquoi pas… mais pourquoi ?

                Quand le film se pose un peu, on ne passe pas un moment désagréable. Pi s’il y a tant de gens qui vont le voir, c’est que ça doit être bien ! Dany Boon est juste, comme toujours. D’un autre côté, il joue aussi toujours les mêmes rôles, heureusement qu’il maitrise ! Le film est touchant, car il est humaniste, consensuel, universel… Avec même un vrai bel hommage à Johnny !

Les personnages secondaires existent, vraiment, mais ils restent très caricaturaux. Beaucoup sortiront en disant que Line Renaud ressemble à leur mère ou que Pierre Richard a de vraies ressemblances avec leur père. La petite Britney est la voie de la sagesse, parce qu’on sait bien que la vérité sort de la bouche des enfants. Simple. Basique.

Pourquoi le public se déplace-t-il toujours en masse pour ces comédies, alors qu’il ne connait même pas l’existence de petits bijoux de subtilité ? Est-on forcément perché lorsque l’on aime autre chose que tous les succès populaires ? Voyons le positif : le CNC va bien s’enrichir en ce début d’année 2018 (entre les Tuche 3, 50 nuances plus sombres et la Ch’tite famille) : vive l’exception culturelle française… mince, je parle comme Valentin D…

Revenge : le talent au féminin contre Weinstein ?

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Une histoire de revanche bien gore : ça n’arrive pas souvent de voir ce genre de film en France. Et quand en plus, le héros est une héroïne filmée par une réalisatrice sans complexe mais avec talent, ça vaut bien le coup de s’attarder sur ce Revenge !

Invraisemblances ou symboles forts ?

Beaucoup de critiques négatives mettent en avant l’invraisemblance de la résurrection de notre héroïne bien mal en point. A mon sens, ce film tient de la métaphore, tant ses symboles sont nombreux et plutôt explicites. Traumatisée par le viol (symbole de toutes les violences physiques et psychologiques), on pense que la demoiselle est morte de l’intérieur et qu’elle ne pourra pas s’en relever. Mais, tel un Phoenix, elle renait de ses cendres. Une façon de dire à toutes les femmes agressées qu’elles peuvent se relever.

Il en est de même pour la scène de la caverne (amis platoniciens, encore un symbole on ne peut plus clair !) : grâce à ce puissant hallucinogène confié par son bourreau, la presque morte arrive à se retirer le pieu (symbole phallique de tous ces maux) en se cautérisant grâce à une bière (symbolisant le beauf de base ?) dont le logo sera même tatoué sur son ventre : une façon de dire qu’il faut se transformer en homme pour mieux se venger ?

Tout le film regorge de ce genre de clins d’œil. Dès l’ouverture, la sucette nous évoque le Lolita de Kubrick-Nabokov (le sous-texte est bien réel). La pomme croquée qui commence à pourrir, comme pour montrer que ce temps où la femme était considérée comme la cause du péché originel est révolu ? Et ce violeur qui n’assume pas qui se gargarise de jouer avec son engin pour tuer gratuitement cette araignée qui ne lui a rien fait : n’y a-t-il rien à interpréter ? Ce même pauvre type (c’est moi ou il ressemble à Hanouna ?) qui se rend compte que le bout de verre qu’il a dans le pied est bien plus difficile à retirer qu’une petite épine…

Les lieux me semblent également lourds de sens. Le désert symbolise l’âpreté de cette existence où survivre est un vrai défi. A l’opposé, la villa montre le culte de l’artificiel (avec ce télé-achat final en summum de ce contraste). Les sources d’eau vont dans la même direction : la piscine (faux point d’eau créé par l’Homme) apparait comme l’élément où on se cache la réalité (c’est là où le « témoin » se réfugie pendant le viol, c’est là où le petit-ami va se plonger la tête) alors que le « lac-oasis » sera le premier endroit où la vengeance opèrera, comme si la Nature était purificatrice.

Une caméra a-t-elle un sexe ?

Toute cette symbolique pourra être considérée comme trop lourde, comme on a pu critiquer Aronofsky pour Mother ! par exemple. Personnellement, c’est ce que j’attends de la mise en scène, sachant que toute cette forme vient servir le fond : un pamphlet féministe sur cette société qui préfère se cacher la réalité (ou se réfugier derrière les avocats « qui trouvent toujours quelque chose » comme le fait remarquer l’un des vilains garnements).

Coralie Fargeat montre que filmer la violence et le gore n’est absolument pas réservé aux hommes. La réalisatrice signe son premier long-métrage, même si j’avais particulièrement aimé son court « Réalité + » (vu au Festival Philip K.Dick et dont l’un des acteurs joue également dans Revenge) avec une richesse de mise en scène impressionnante. Les cadrages sont inventifs et variés allant des plans larges sur le désert marocain aux gros plans sur un avalage d’ours en guimauve. Les couleurs très pop (parfois à la limite du trop saturé) et la photographie du chef opérateur Robrecht Heyvaert (remarqué également dans « Les Ardennes », où on retrouve d’ailleurs l’un des autres acteurs de ce film) donnent une vraie identité visuelle au film.

Peut-on dire que la caméra a un sexe ? La façon dont est filmée Matilda Lutz permet d’apporter des éléments de réponse. Dès le début, la belle entre dans les codes des fantasmes masculins. On voit davantage ses fesses que son visage, il ne lui faut pas longtemps pour se mettre à genoux devant son amant, sa danse lascive fait perdre la tête à l’ensemble de la gente masculine. Est-ce une façon de montrer le regard qu’ont ces porcs sur elle ? Ou une façon de dire qu’une femme a le droit d’être sexy sans se faire importuner ? Gros point positif selon moi : tout ça évolue. Et c’est là toute la qualité de la performance de l’actrice italienne : l’étendue de son jeu. Bimbo superficielle au départ, elle devient peu à peu une machine de guerre.

A l’opposé, les hommes sont décrits de manière caricaturale. Ils sont stupides, égocentrés, faibles et violents. Mais ils finiront par être mis à nu (au sens figuré comme au sens propre) avec une scène finale en jeu du chat et de la souris (qui est la proie, qui est en chasse ?) toute en subtilité. J’ai d’ailleurs trouvé Kevin Janssens bien plus doué pour montrer son corps que lorsqu’il débite ses dialogues (pauvres le plus souvent, un point faible selon moi dans ce film). Dans le même ordre d’idée, la scène du viol est filmée avec finesse : très explicitement suggéré en hors champ. On voit l’avant, on entend pendant, on fait semblant de ne pas voir à travers la vitre. Cette recherche permet d’ailleurs au film de garder sa dynamique : on comprend vite ce qu’il va se passer, mais il y a suffisamment de recherche pour être surpris.

Le film de genre peut-il exister en France ?

Ce revenge movie (torture porn ?) m’a fait penser à un mix entre le Desierto du fils Cuarron (sans le chien !) et le Boulevard de la Mort-Kill Bill sauce Tarantino. Clairement, on ne se croit pas dans un film français qui reste très et trop souvent cantonné aux comédies (pour bobo ou franchouillardes) et aux drames d’auteurs qui font peur à la plupart des cinéphiles raffolant de rythme et d’action.

Clairement, le paysage cinématographique français reste peu varié et s’essaie rarement aux films de genre. Dernièrement, on peut souligner « Seuls » (l’adaptation de la BD du même nom) en film post apocalyptique ou Arès en prototype national de la science-fiction. On peut louer les intentions, et se désoler du manque de moyens qui limite forcément la réalisation finale.

Mais quand on parle de références en parlant de Revenge, comment ne pas penser à Grave, l’ovni français de 2017 ? Dans un contexte toujours ébranlé par l’affaire Weinstein (même si ces deux films ont été réalisés avant), on peut dire que Julie Ducournau et Coralie Fargeat ont l’art pour mettre en scène des personnages féminins forts et sans complexes. Ici, le gore est étiré jusqu’à l’outrance, et nul doute que certains sortiront de la salle, spectatrices comme spectateurs !

Finalement, ne tient-on pas là l’une des voies pour redynamiser, moderniser et diversifier le cinéma français (et pas que) ? Donner davantage les clefs du camion à des réalisatrices aussi douées pour leur permettre de donner leur vision nouvelle de genres maintes et maintes fois ressassés sans originalité ? Des réalisatrices capables de partir de l’héritage existant pour mieux s’en affranchir et pour inspirer à leur tour la future génération, hommes et femmes mélangés ?

Downsizing : grand film ou mini-déception ? (spoilers)

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Très attendu par la bobosphère, puis mis au pilori par les critiques presse (un peu) et spectateurs (beaucoup), j’avais hâte de voir ce film pour me faire ma propre opinion. Ayant beaucoup aimé, j’ai pris le temps de lire les différents avis négatifs et cela m’a donné envie de rédiger un article. Non pas pour convaincre les déçus, mais pour expliquer mon point de vue.

Quel est le propos du film ?

Si le titre, la bande-annonce et la promo mettent en avant le principe de miniaturisation des êtres humains afin de lutter contre la surpopulation, je pense que le propos du film est ailleurs. Il s’agit d’une réflexion sur le sens de la vie. Matt Damon et sa charmante épouse ne sont pas totalement heureux, il leur manque quelque chose, sûrement par manque d’argent, de temps, de poids de la routine. Sous couvert d’aider la planète, se faire réduire leur permettra de couler des jours heureux à Leisure Land, nom explicite. Beaucoup d’avis de spectateurs négatifs mettent en avant l’abandon progressif du Downsizing. Je le comprends mais je pense que c’est parce que le scénariste utilise la miniaturisation comme point de départ, et non comme sujet principal à cette œuvre.

Pourquoi tant de sous-sujets ?

On lit également que le film s’éparpille dans une multitude de sous-sujets, ce qui l’empêche de les développer véritablement. Pour moi, ce choix est cohérent avec le propos cité plus haut. La vie miniature apparait comme une solution miracle à tous les maux. Au final, Paul Safranek finit par être confronté au même problème central : comment donner du sens à son existence ? Tous les aspects développés (l’écologie, le problème des déchets, la société de consommation et l’appât du gain, les classes sociales, les migrants, etc) le sont faits de manière satirique, comme pour montrer que toutes ces grandes causes collectives sont vécues avec beaucoup d’hypocrisie par bon nombre de citoyens : leur choix de séjourner à Leisure Land est-il plus motivé par la planète, ou par leur plaisir personnel. Pas besoin donc de développer tous ces thèmes qui ne sont pas importants individuellement en tant que tel, mais qui le sont dans leur ensemble et dans leur opposition aux choix individuels.

Pourquoi l’arrivée de Ngoc Lan Tran est-elle cohérente ?

Beaucoup de spectateurs disent avoir totalement décroché avec l’arrivée de la Ngoc Lan Tran, virage où les Minimoys deviennent clairement plus secondaires. Pourquoi Paul est-il fasciné par cette réfugiée au caractère horripilant ? Parce que précisément, elle donne un sens à sa vie. Dans un premier temps, de par sa vocation professionnelle, oubliée au pays du plaisir. Il ressert enfin à quelque chose grâce à ses compétences au travail. Puis, petit à petit, lui qui a été abandonné lâchement par sa femme (alors que le couple semblait aimant), il s’éprend de la jolie vietnamienne, même si ce n’est peut-être pas totalement conscientisé tout de suite (à l’image de ses difficultés à répondre à la question sur le pourquoi on fait l’amour). C’est là que le film prend tout son sens selon moi. La vie de plaisirs ne le rend pas heureux, mais partager du temps avec une éclopé physique et de l’existence devient jouissif.

Pourquoi la fin est-elle dans la même lignée ?

Télérama n’a pas aimé que les écolos soient représentés comme une secte. C’est vrai qu’un film qui tourne ces savants en dérision et qui met en avant le travail pour redonner goût à la vie, ce n’est pas vraiment en adéquation avec la bien-pensance. La dernière demi-heure donne pour moi les réponses aux questions de Paul. Il est avec son voisin Dusan (Christoph Waltz, toujours aussi cabotin et talentueux), symbole de la personne qui profite de la vie, sans voir beaucoup plus loin et sans se soucier de la morale et de l’éthique. Notre héros se retrouve à nouveau face à un choix : vivre dans l’Arche de Noé, ou pas. Le Downsizing est loin, mais on reste dans la même logique. Au final, se faire miniaturiser n’a pas changé grande chose : il est toujours face au même problème : comment donner un sens à sa vie ? Sa décision finale donne une conclusion cohérente au film : il décide de mettre la priorité sur les humains, et non sur la planète. Il faut prendre soin des gens autour de nous, plutôt que de se perdre dans des causes bien trop grandes pour nous. Les dernières images du film restent dans la même cohérence. On peut même se dire que Paul s’est écarté de son métier d’ergothérapeute pour n’en garder que l’essentiel : aider les autres, médicalement ou autrement.

En conclusion, c’est vrai que le film est déroutant parce qu’il ne prend pas du tout la direction à laquelle on pouvait s’attendre. Le fait de privilégier les humains, au détriment de la planète peut surprendre et déranger. Downsizing est davantage une réflexion philosophique légère et non un film de science-fiction. Mais nous avons ici affaire à une œuvre originale et cohérente.

The Square : Analyse de la Palme d’Or 2017 en 3 questions

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Satire… dans tous les sens !

Dans The Square, on suit le quotidien de Christian (un mec classe mais qui ne joue pas dans la chambre rouge), directeur d’une galerie d’art contemporain venant d’acquérir une œuvre soulignant les bienfaits de la solidarité et de l’égalité entre tous malgré leur condition sociale. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais : notre héros et ses amis n’appliquent pas ses préceptes à la lettre, surtout quand Monsieur Bobo se fait chiper son portable !

Clairement, le film se veut satirique et personne n’aura fait le voyage pour rien. Critiquant la bien-pensance qui n’agit pas, Ruben Östlund s’attaque aussi à ce monde de l’art contemporain où personne ne comprend vraiment les œuvres exposées (les moments d’interviews sont savoureux, tout comme le passage de l’homme d’entretien maladroit).  On insiste sur le manque d’empathie évident dans un milieu (une société ?) surfait d’apparente élégance. La partie communication/réseaux sociaux en prend aussi pour son grade avec un duo de publicistes réussi.

On peut approfondir le sous-texte, avec des réflexions intéressantes sur la notion de pouvoir, de puissance, mais aussi de fuite des responsabilités. On entre alors dans une dimension politique avec une critique (une mise en garde ?) sur cette société suédoise dont on s’est habitué à vanter les mérites mais qui voit ses vertus de bien-vivre mises à mal. On entend souvent que les scénarii actuels sont peu étoffés : The Square est un joli contre-exemple.

Un crescendo de rupture de tons

La durée (2h22) peut effrayer ceux qui veulent du vite, du condensé, du format-série. Mais le réalisateur du très bon Snow Therapy a subtilement construit sa narration en ruptures de tons, parfois brutales. On rit beaucoup, on peut s’émouvoir (à froid), on réfléchit (non, ce n’est pas grave), on retient son souffle, on se demande comment ça va finir… A la manière d’un Tony Erdman (mais en plus rythmé), ce mélange des genres fait merveille.

La montée en puissance de cette farce se fait crescendo. Partant d’une interview maligne entre Christian (brillamment interprété par le néophyte Claes Bang) et Elisabeth Moss (vue à son avantage dans la brillante et récente série The Handmaid’s Tale), on a vite le droit à une petite mise sous tension avec le vol du portable. Puis peu à peu, le piège se tend et se referme durant la dernière demi-heure. Tout d’abord avec cette vidéo virale sur youtube qui commence à mettre mal à l’aise…

Puis avec cette scène du repas qui restera gravée dans ma mémoire de cinéphile. Le cinéma scandinave nous avait déjà offert celle de Festen de (et avec) Thomas Vinterberg, il récidive avec une performance artistique à la Marina Abramovic qui fait froid dans le dos (et vous, comment auriez-vous réagi ?). Terry Notary (le Rocket de la Planète des singes, le gorille de Kong) se montre pour la première fois « en vrai » devant la caméra et on s’en souviendra !

Pas assez nuancé pour être Palmé ?

« The Square, c’est bidon : 120 battements par minute aurait davantage mérité la Palme ! ». Je n’entrerai pas dans ce débat que je trouve très bas et surtout inutile. Une remise de prix est forcément subjective, avec des films très différents. J’ai aimé 120 bpm, j’ai aimé le Redoutable, Rodin, l’Amant Double, Good time… j’ai hâte de voir la Mise à mort du cerf sacré… Quant à savoir « C’est qui le plus fort : l’éléphant ou l’hippopotame ? », je laisserai le soin à Serge Karamasov de répondre !

En revanche, est-ce qu’au final, ce film avec Christian ne souffre-t-il pas d’un manque de nuances ? A force de tirer sur tout, ne tombe-t-il pas dans le n’importe quoi ? N’agit-il pas à l’inverse du discours qu’il dénonce ? Selon moi, nous sommes dans une limite qui n’est pas franchie, notamment grâce à la profondeur du héros, à l’image de cette scène où sa conquête d’un soir conspue ce mâle profitant de son statut… mais à laquelle il lui répond qu’elle représente bien la femme attirée par le statut.

Effectivement, à ce champ satirique, on aurait peut-être aimé avoir un contrechamp (même si cette grammaire cinématographique est habilement utilisée ici) dans les personnages, par exemple un vrai amoureux de l’art, un vrai gentil qui pense aux autres. Mais au final, la réponse à toutes ces visions négatives, c’est la scène où la fille du héros se produit avec son équipe de pom pom girls, où chacun se porte et a besoin des autres, dans un joli terrain en forme de carré…

 

En guise de conclusion, un scénario étoffé, une mise en scène soignée, un mélange de genres jouissif, des acteurs inspirés : essayez ce film, parce que Cannes, ce n’est pas (que) pour les gens perchés !