L’analyse d’ « 1 :54 » en 4 questions

Un titre qui interpelle pour un film qui laissera le spectateur groggy…

Drame canadien sorti le 15 mars 2017 (1h46) réalisé par Yan England

Avec Antoine-Olivier Pilon, Sophie Nélisse, Lou-Pascal Tremblay

Pourquoi on nous a trompés sur la marchandise ?

Le titre et l’affiche le présentent ainsi : nous avons affaire à un film de course à pied mettant en scène des adolescents. La bande-annonce (oui, je l’ai vue malgré http://lecoindescritiquescine.com/les-dossiers-cinema/ne-regarde-presque-jamais-bande-annonces/) va d’ailleurs dans ce sens. On sent une rivalité entre les deux personnages masculins principaux, le défi d’atteindre la fameuse minute cinquante-quatre en travaillant dur. C’est d’ailleurs un sujet qui ne me semblait pas très intéressant, d’où ma première réticence à me rendre au ciné.

En réalité, il y a des scènes de courses (pas toujours convaincantes d’ailleurs), mais ce n’est pas du tout le propos central. 1 :54 développe une intrigue autour du harcèlement au lycée, en plaçant le focus sur Tim qui a d’autant plus de mal à assumer son homosexualité qu’il subit les railleries poussées de ses pairs. Remporter la course symbolise juste se venger du harceleur principal.

Quelles influences pour ce premier film de Yan England ?

D’emblée, la présence d’Antoine-Olivier Pilon nous rappelle Mommy. Le jeune canadien se contient davantage que dans le rôle explosif du chef d’œuvre de Xavier Dolan, mais il crève l’écran une nouvelle fois en ado particulièrement mal dans sa peau. Notons également la présence de Sophie Mélisse que nous avions découverte dans Monsieur Lahzar, un autre film touchant se déroulant au lycée.

Si certains aspects nous font penser au Polytechnique d’un autre maître canadien (Denis Villeneuve), la manière de filmer (cadrage, couleurs) m’a tout de suite évoqué l’Elephant de Gus Van Saint. Le comportement de ses lycéens qui ne s’épargnent pas entre eux va également dans ce sens. Tout l’aspect dur et malsain du harcèlement m’a également rappelé le trop méconnu Respire de Mélanie Laurent.

Finalement, que vaut ce film ?

J’ai trouvé que ce 1 :54 avait les qualités et les défauts d’un bon premier film. Le scénario est plutôt bien ficelé avec un événement qui vient poser un premier jalon fort au bout d’une demi-heure et qui va amener l’intrigue autour de la course. La dernière partie est à la fois efficace et poignante. La réalisation soignée nous immerge totalement dans ce monde de brutes. Yan England évite également le principal danger de ce genre de thème : le pathos.

Nous sommes face à un film qui marque, de la famille de ceux dont on en parle encore le lendemain. On regrettera juste le côté un peu trop mécanique et le manque de profondeur des personnages secondaires. Jennifer et Jeff auraient mérité un traitement plus important et plus subtil : on a du mal à aller plus loin de « la gentille et le méchant ».

Un film utile ?

1 :54 est visionné dans de nombreuses classes au Canada, preuve de son utilité. Proposant une qualité bien plus ambitieuse que la plupart des téléfilms de TF1, ce film permet d’ouvrir le débat à la fois sur le harcèlement et sur l’homophobie (terme peu apprécié par Morgan Freeman), la violence des réseaux sociaux et de se sensibiliser au fait que l’on croit souvent (par négligence, par égocentrisme ?) que les mal-êtres ne sont pas si profonds.

En France, le film est peu et mal diffusé (vu lors de sa semaine de sortie dans la plus petite salle du complexe cinématographique).  Faut comprendre les cinémas : Kong, la Belle et la Bête et les autres blockbusters rapportent nettement plus.

City Zen

Nicolas, 37 ans, du Nord de la France. Professeur des écoles. Je suis un cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Ennemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

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