- Titre original : Wanted

- Date de sortie en salles : 16 juillet 2008 avec Universal Pictures
- Réalisation : Timur Bekmambetov
- Distribution : Morgan Freeman, Angelina Jolie & James McAvoy, Terence Stamp, Thomas Kretchmann, Chris Pratt & Common
- Scénario : Michael Brandt, Derek Haas & Chris Morgan d’après le comic-book de Mark Millar & J.G. Jones
- Photographie : Mitchell Amundsen
- Musique : Danny Elfman
- Support : Blu-ray Universal (2009) region B en 2.35:1 / 110 min

Synopsis : Un employé de bureau frustré apprend qu’il est le fils d’un assassin professionnel et qu’il a, comme son père, et toute une confrérie de tueurs, les capacités surhumaines d’éliminer n’importe qui.
Confier l’adaptation du comic-book iconoclaste de Mark Millar au réalisateur de Night Watch n’était guère enthousiasmant : quoique prometteur dans ses intentions, le film russe s’emmêlait dans une réalisation emberlificotée percluse de grandes faiblesses narratives, mal compensées par quelques prouesses graphiques très m’as-tu-vu. Le réalisateur a depuis multiplié les navets (comme le lamentable Ben-Hur). Cela dit, à bien y réfléchir, cela pouvait également coller de manière spécieuse entre ces deux egos artistiques, le scénariste écossais (créateur de Kick-Ass et Kingsman) n’étant pas connu pour sa modestie.

De fait, pendant la première demi-heure, le spectateur, s’il n’a pas lu le texte original, est en droit de se demander si on ne le prend pas sérieusement pour un imbécile. Ou plutôt un de ces décérébrés qui ne jouissent (au cinéma) que suivant certains codes bien définis et maîtrisés par les grands décideurs d’Hollywood, ceux qui, tranquillement assis à leur table en chêne rouge (coucou Mr & Mrs Smith !), demanderont à un habile faiseur le taux idéal et la fréquence maximale d’effets visuels plus ou moins virtuoses, de ralentis, de punchlines instantanément cultes, de bruitages démentiels, de mélodies immédiatement reconnaissables et de références raccordées à une mass-culture bien cadrée au travers d’une histoire intemporelle fondée sur une initiation à la dure et un secret immémorial.

Les autres, ceux qui connaissaient la mini-série de base, vont s’étonner de la justesse avec laquelle Timur Bekmambetov colle, durant plus de trente minutes, au découpage ultra-dynamique du dessinateur J.G. Jones. Avant d’obliquer résolument vers autre chose, de moins percutant, iconoclaste voire racoleur.
La bascule s’opère d’abord dans l’adaptation proprement dite, qui choisit pratiquement de mettre sous silence une bonne partie des sous-intrigues ; ensuite dans le déroulement des événements. Car pour peu qu’on passe outre ces interrogations légitimes et qu’on choisisse de profiter du moment, alors, oui, on peut kiffer sa race.

Parce que l’histoire (malgré quelques trous narratifs un peu gênants et des lacunes explicatives – d’où vient le pouvoir dont jouissent ces assassins millénaires ? Qui – ou quoi – est à l’origine de « la Trame du destin » ? ) se tient tant bien que mal, tout en s’alignant sur des centaines d’autres.
Parce que les scènes d’action sont vraiment bluffantes, complètement tape-à-l’œil et s’assumant comme telles, avec en outre un brin d’autodérision bienvenue, une ironie parfois délicieusement mordante.

Parce qu’Angelina Jolie (Maléfique) nous sert là un rôle incroyable : pas sur son potentiel de comédienne, connu par ailleurs, mais fondé essentiellement sur son charisme, sa silhouette et son statut iconique. Tout en elle, de sa démarche légèrement dédaigneuse à son éternel demi-sourire, et jusqu’à cette sublime façon qu’elle a d’embrasser son propre destin, est empli d’un style propre, quasi paradigmatique.

Parce que Danny Elfman (compositeur de presque tous les films de Tim Burton, dont Mars Attacks !) s’éclate littéralement et nous pond un titre mordant et sulfureux, bien loin de ses standards symphoniques habituels.
On s’en prend plein la tronche à l’image de ce pauvre gars qu’est le héros, pathétique grandiose, qui raconte sa vie de merde et se découvre une destinée unique, un pouvoir unique et un père unique – autant d’éléments qui permettront à ce petit con geignard d’accéder à une forme de Panthéon. Et l’on se surprend aussi à apprécier le sort réservé au personnage de Chris Pratt ( Reconnu coupable, Jurassic World, les Gardiens de la Galaxie) qui interprète un salopard de première doublé d’un délicieux hypocrite.

Ajoutez-y de belles bagnoles, des flingues, des explosions et Morgan Freeman (Million Dollar Baby, les Batman de Christopher Nolan) ; un peu d’humour saupoudré avec parcimonie, loin des gros sabots des productions ultérieures. Cela fonctionne.
Aussi jouissif que Jumper mais en plus assumé, moins bêtement prépubère. Une petite claque avec un insistant goût de revenez-y. Tant pis pour les neurones. Comme le répète le héros, laconiquement d’abord, puis malicieusement : « Je m’excuse ! »
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