- Titre original : 3 Hommes & un couffin

- Date de sortie en salles : 18 septembre 1985 avec Acteurs Auteurs Associés
- Réalisation : Coline Serreau
- Distribution : Roland Giraud, André Dussolier, Michel Boujenah, Dominique Lavanant, Philippine Leroy-Beaulieu & Marthe Villalonga
- Scénario : Coline Serreau
- Photographie : Jean-Jacques Bouhon & Jean-Yves Escoffier
- Musique :
- Support : blu-ray Rimini (2026) en 1.78 :1/ 106 min
Synopsis : Jacques, Pierre et Michel, trois célibataires, partagent un grand appartement parisien. Très attachés à leurs vies sans contraintes ni enfants, ils héritent d’un bébé, apparemment celui de Jacques, déposé là par sa mère. Entre biberons, couches et nuits d’insomnies, les trois amis sont vite débordés par le travail que nécessite un nourrisson.

Énorme succès public dans les années 80 (plus de dix millions d’entrées en France, près de 40 millions à l’international), la comédie césarisée de Coline Serreau s’est refait une jeunesse avec une nouvelle édition limitée, remasterisée en 4K, que les éditions Rimini mettront en vente dès le 17 juillet 2026 dans un combo blu-ray+DVD.
40 ans après, 3 Hommes & un couffin aura-t-il le même impact ? Les attentes du public ne sont plus les mêmes, et la société a bien évolué : ce qui apparaissait en 1985 comme avant-gardiste (trois célibataires endurcis confrontés aux « joies » de la maternité) n’est plus aussi révolutionnaire – quand bien même les poncifs aient encore bien du mal à reculer.

En outre, les ressorts comiques reposent désormais sur d’autres critères. Il faut dès lors bien admettre que la principale péripétie du scénario (une histoire de drogue) fait tache par sa naïveté dans cette gentille comédie jouant davantage la carte de l’émotion et des relations. Or, c’est précisément le domaine dans lequel, un peu à notre grande surprise, le film fonctionne encore très bien.
Certes, quelques scènes ouvertement humoristiques susciteront sans doute rires et sourires (Pierre et Michel complètement perdus chez la pharmacienne qui leur explique patiemment les arcanes du lait maternisé ou des couches-culottes ; Pierre qui pique une crise devant la nounou – imperturbable Dominique Lavanant (la Boum) – que désire embaucher Jacques) mais l’essentiel est ailleurs.

En effet, comme deux des trois suppléments (des entretiens avec l’équipe du film et la réalisatrice) vous l’apprendront, c’est surtout dans ces moments d’intimité que se crée cette émotion particulière : la musique se tait (d’ailleurs le film n’a pas de compositeur attitré, juste quelques morceaux sélectionnés du répertoire classique), la caméra se focalise sur l’un des trois adultes avec Marie, l’adorable bébé, et la magie opère. Coline Serreau avait d’ailleurs à l’époque souligné l’une de ses plus belles réussites : cet instant où Michel (Boujenah, véritable pile électrique qui fond totalement face à Marie), nourrissant le bébé, finit par s’endormir avec elle sur ses genoux.

Ce qui au départ générait des fou-rires (les premières couches, jamais une partie de rigolade pour qui que ce soit) finit par devenir un fragment de tendresse ritualisée : Pierre qui lui donne son bain en marmonnant des paroles affectueuses, Michel qui prépare les biberons à moitié endormi. C’est dans cette délicieuse alternance entre émotion et humour que s’articule la principale réussite du film, au point qu’on ne ressent qu’à peine le regard un peu trop appuyé sur les amis m’as-tu-vu du trio, des bourgeois friqués insensibles aux pleurs d’une petite fille.
Évidemment, c’est surtout la bascule du regard qui aujourd’hui risque de provoquer quelques reproches : il est vrai que ces pauvres garçons riches (ils sont copropriétaires d’un immense appartement à Paris et n’ont pas de problème avec l’argent), confrontés à la dure réalité de l’éducation d’un nourrisson, tombent bien vite de leur piédestal – et leurs masquent tombent, révélant des individus sensibles qui vont finir par placer le bien-être de ce bébé au-dessus de leurs précédentes préoccupations (le boulot, le plaisir et le sexe).

Trois hommes forcés de subir les contraintes énormes imposées par un nourrisson. Mais les femmes dans tout ça ? Pas grand-chose à dire, à croire que Coline Serreau n’avait pas assez de matière pour leur accorder une place dans sa comédie. D’accord, on a une jeune mère qui cherche vraisemblablement à punir Jacques en le plaçant face à ses responsabilités – mais ensuite on nous la présente comme une jeune femme paumée, incapable de faire face seule au cercle vicieux imposé par sa vie de mère célibataire (pour gagner de l’argent, elle doit travailler et donc faire garder la gosse, mais pour cela elle doit gagner de l’argent…). Les autres femmes ne sont que de gentilles caricatures : la nounou rigide, la pharmacienne impassible, la concierge trop curieuse, la grand-mère qui s’éclate en croisière avec sa carte vermeille.
C’était plus drôle et plus percutant de renverser les rôles traditionnels que d’écrire une comédie d’émancipation féminine. Cela fonctionne encore, preuve s’il en était besoin que les images d’Épinal (papa travaille, maman s’occupe des enfants) sont encore bien ancrées de nos jours.

Outre les entretiens mentionnés plus haut, le blu-ray est complété par une interview de Brigitte Rollet sur les questions de genre et de sexualité au cinéma. L’image peut sembler décevante : très douce, elle montre une agréable colorimétrie et a été nettoyée de la plupart des scratches et griffures tout en conservant un grain très cinéma. En revanche, elle paraîtra totalement dépassée pour les jeunes générations de spectateurs, qui la trouveront manquant de piqué et parfois de netteté, loin des standards de la haute-définition. Il n’empêche que c’est un film qui fait du bien, empli de sincérité et souvent touchant dans lequel Roland Giraud, plus habitué des comédies pétaradantes (Tant qu’il y aura des femmes, Papy fait de la Résistance, Quatre Garçons pleins d’avenir), se montre particulièrement émouvant et juste.
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