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Anne-Laure

Anne-Laure
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Passionnée de culture en général et notamment de cinéma. J’apprécie autant découvrir et parler de grands classiques, de films « à succès » ou de petites pépites (presque) inconnues, de toute époque et de tout genre, avec sans doute un amour plus particulier pour le cinéma d’animation. Les découvertes, leur transmission et leur partage m'intéressent plus que tout et j'aime me dire que je peux y contribuer.

Festival Anima 9 : Another Day of Life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow

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Another day of life est le neuvième film que nous avons vu dans le cadre du Festival Anima, où il avait été présenté en ouverture en début de semaine. Il est le résultat d’une coproduction entre différents pays européens : la Hongrie, la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne et la Pologne. Réalisé par Damian Nenow et Raul de la Fuente, il avait été présenté en séance spéciale lors du Festival de Cannes en 2018.

Origine : Hongrie, Belgique, Allemagne, Espagne, Pologne
Titre Original : Jeszcze dzien zycia
Durée : 1h20
Date de sortie française : 23 janvier 2019
Genre : documentaire, historique, guerre
Musique : Mikel Salas

 

Another day of life est un documentaire hybride qui mêle images animées et prises de vues réelles (interviews actuelles comme témoignages de « survivants », images d’archives ou photographies de ceux qui n’ont pas eu la même chance).

Prenant sa source dans le livre autobiographique éponyme (mais D’une Guerre l’autre, en français) écrit par le reporter de guerre polonais Ryszard Kapuscinski, il relate les événements qui ont eu lieu en Angola après la chute de l’empire colonial portugais, en 1975 (peu après la Révolution des œillets au Portugal).

Les colons partis, l’Angola veut déclarer son indépendance. Mais, différentes factions se créent, entraînant une fracture. En raison des ressources qu’il renferme, le pays devient une source de convoitise et le théâtre d’affrontement de deux grandes puissances mondiales durant la Guerre Froide : les États-Unis et l’URSS (chacune prenant parti pour l’une ou l’autre faction). Aussi, l’Angola sombre dans une guerre civile particulièrement violente et sanglante. Peu à peu, le conflit prend des allures internationales.

C’est dans ce territoire dangereux et peu documenté que Ryszard Kapuscinski, journaliste idéaliste, décide de se rendre, afin de suivre les événements en direct et d’en faire part au monde.

Une grande violence parcourt le métrage et est à la fois visuelle et psychologique ; l’on suit Kapuscinski dans son « reportage » et l’on découvre simultanément l’horreur et la complexité de cette guerre absurde, les routes jonchées de cadavres et l’on rencontre des personnes avec qui des liens se créent, mais que l’on ne reverra plus. Le film revient également sur l’histoire et l’implication d’autres personnages rencontrés par le journaliste à cette époque et interviewés par les réalisateurs à l’heure actuelle, permettant de créer un lien direct entre passé et présent.

Techniquement, le film emploie la motion capture qui offre une expérience visuelle se rapprochant de la réalité. Bien que l’on soit face à des « dessins », son impact n’est donc absolument pas amoindri et permet même une forme d’immersion. Ainsi, les personnes vues sur les photographies ou archives prennent vie sous forme de dessins, et sous nos yeux.

L’histoire de la guerre civile angolaise, qui dura jusqu’en 2002, est compliquée. Énormément d’enjeux, de parties, d’événements passés ou d’acteurs sont à prendre en considération. Le métrage emploie d’ailleurs fréquemment le terme de « confusão » (confusion, mais dans le sens de « désordre général », en portugais) pour décrire la situation sur place. D’une Guerre à l’Autre, le livre, permettait un éclairage sur le sujet. Another day of Life le rend visible à l’écran et touchera, sans doute, un plus large public. Cependant, le film est extrêmement dense, beaucoup d’informations sont données en peu de temps (1h20) et il n’est pas toujours aisé de garder en tête tous les tenants et aboutissants des événements qui constituent ce conflit.

Au-delà de cet aspect documentaire sur cette période de l’Histoire encore peu connue à l’heure actuelle et en Occident, le film offre une vision du travail, et par conséquent, du rôle joué par les journalistes de guerre en territoires en conflit. La complexité de leur implication et leurs angoisses quant à leurs choix ou à leur futur sont rendues visibles par l’exploration des peurs de Ryszard Kapuscinski, sous forme d’hallucinations cauchemardesques. Leur volonté de se trouver au plus proche des affrontements et de risquer leur vie peut sembler insensée, mais est probablement la seule possibilité d’obtenir les informations nécessaires.

Entre documentaire, témoignage, biopic, et se permettant quelques incursions dans le fantastique, Another Day Life est un film original et ambitieux. Bien qu’il eût pu rendre les informations qu’il divulgue plus accessibles, il parvient à captiver son audience et permet un éclairage sur une période et un territoire aux larges conséquences, mais pourtant encore peu connu, du moins dans nos pays.

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les Oiseaux
I want to eat your pancreas
Another day of life
Penguin Highway
Le Château de Cagliostro
The Tower
Funan
Palmarès

Festival Anima 8 : Je veux manger ton pancréas de Shinichirou Ushijima

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© All the Anime Ltd

Huitième film vu lors du Festival Anima en 2019, “Je veux manger ton pancréas” est un film d’animation japonais réalisé par Shinichirou Ushijima. Il fait partie de la sélection officielle des longs-métrages en compétition avec Buñuel dans le Labyrinthe des Tortues, Chris The Swiss, Funan, Ruben Brandt, Penguin Higwhay, The Tower (Wardi) et Virus Tropical.

Il raconte l’histoire de Sakura, atteinte d’une maladie incurable et condamnée, qui rencontre un jeune garçon. Ensemble, ils tenteront de s’améliorer l’un l’autre tout en réalisant les derniers souhaits de Sakura. Il s’agit de l’adaptation d’un roman, écrit par Yoru Suminoen 2014. Un film live est également sorti en 2017.

Origine : Japon
Réalisateur : Shinichirou Ushijima
Titre Original : kimi no suizou wo tabeitai
Aussi appelé : I want to eat your pancreas, Un printemps pour Sakura
Genre : Drame
Durée : 1h48
Sortie française : 21 août 2019

Le titre, original et inattendu, aurait pu faire penser à un genre de film totalement distinct. L’on suit ici l’évolution d’une relation, amicale, entre deux adolescents plutôt « perdus » ; l’une en raison de sa mort imminente, l’autre par sa difficulté d’intégration et de compréhension des autres. Tout semble les opposer ; Sakura est joyeuse, extravertie amusante, alors que son ami semble introverti et blasé. L’une n’a aucun problème à se faire facilement des amis et à être appréciée, tandis que l’autre s’isole au fond de la classe et ne souhaite ni attirer l’attention ni accorder de l’importance à ses camarades.

Pourtant, c’est lui que Sakura choisit pour se confier. Parmi les élèves de sa classe, il sera le seul à être au courant de sa maladie. Ainsi, le nombre de personnages principaux est extrêmement réduit. Sans doute pour cette raison, le film n’évite malheureusement pas quelques clichés lorsqu’il décrit (sommairement) quelques autres lycéens (le bon élève beau gosse, l’amie ultra protectrice, etc.).

Malgré son sujet difficile, Je veux manger ton pancréas reste relativement léger et n’est pas dépourvu d’humour. L’on suit avec un sourire les aventures et échanges de deux personnages principaux que l’on apprend à apprécier en même temps qu’eux-mêmes, malgré (ou plutôt « grâce à ») leurs différences. Sakura semble avoir pour volonté d’aider son ami, plutôt que de se faire épauler. Les rôles que l’on aurait pu croire « spontanés » sont donc, d’une certaine manière, inversés. L’on voit au fil du temps (qu’il reste) l’évolution de leur relation, et leur évolution respective. Bien que les cerisiers du Japon fleurissent, tout n’est évidemment pas rose, et une trousse remplie de médicaments de toutes sortes ou une hospitalisation inattendue rappellent l’inévitable issue. La fin reste malgré tout quelque peu étonnante.

En ce qui concerne les dessins eux-mêmes, si nous pouvons saluer la beauté des paysages, villes et décors, l’animation en elle-même convainc moins. En effet, celle-ci manque par moment de fluidité et contraste avec d’autres réalisations d’animations japonaises récentes.

En prenant comme point de départ un évènement tragique, le film parvient à dresser un portrait touchant de l’adolescence, des dernières années d’école, de leurs découvertes et des nouvelles amitiés qui naissent, en mettant en scène deux personnages principaux attachants.

La sortie française est prévue pour le 21 août 2019.

 

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les Oiseaux
Je veux manger ton pancréas
Another day of life
Penguin Highway
Le Château de Cagliostro
The Tower
Funan
Palmarès

Festival Anima 7 : Tito et les Oiseaux de Gabriel Bitar, André Catoto Dias et Gustavo Steinberg

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© Indie Sales Company - Europa Films

Tito et les Oiseaux (Tito e os Pássaros) est le septième film que nous avons vu lors de notre semaine de découvertes des nouveautés cinématographiques animées présentées au Festival Anima, à Bruxelles. Il est le fruit de la collaboration entre trois réalisateurs brésiliens : Gabriel Bitar, André Catoto Dias et Gustavo Steinberg.

Origine : Brésil
Titre original : Tito e os Pássaros
Aussi Appelé : Tito and the Birds
Genre : Aventure, Fantastique
Durée : 1h13
Date de sortie française : 3 avril 2019

Le film projette les spectateurs dans un monde qui est frappé par une épidémie de frayeur qui transforme peu à peu les personnes en pierres. Tito, petit garçon intrépide, courageux et fils d’un scientifique, se donne pour mission de sauver le monde et ses habitants avec l’aide de ses amis. Il est persuadé que l’antidote, la solution se trouve dans une chose aussi habituelle qu’oubliée : le chant des oiseaux, ou plus exactement des pigeons, êtres libres par excellence.

Visuellement, le graphisme des personnages (et notamment leurs yeux et expressions) peut dérouter. Les décors, le ciel, les bâtiments qui composent la ville sont matérialisés comme de grandes traces de peintures visibles, du plus bel effet, qui rappellent certaines toiles expressionnistes. Aussi, certaines scènes, particulièrement les vols d’oiseaux sont réellement magnifiques.

Tito et les Oiseaux est un dessin animé assez sombre malgré le fait qu’il soit orienté « tout public ». De fait, certaines images ou le concept même du film, tournant autour de la peur, pourraient effrayer les plus jeunes. De plus, bien que l’on puisse ne voir dans cette histoire qu’une fable enfantine racontant les aventures d’un petit garçon dans un monde imaginaire et fantastique, le film résonne de manière particulière dans le contexte brésilien, et plus encore face à son actualité récente. En effet, les personnages représentent différentes classes sociales, différents niveaux de richesses et donc de pouvoir. Les informations concernant l’épidémie de peur, relayées par la télévision, fait directement penser à une forme de propagande qui manipule l’opinion publique et effraye par elle-même. Car, comme le disait le père de Tito : « La peur ne s’attrape pas par l’air, ni en buvant dans le même verre, mais par les idées« . Les oiseaux ou pigeons, quant à eux, sont chargés de symbolique forte ; « libres, mais rejetés », symboles d’union et de paix.
Si la conclusion du métrage reste néanmoins positive, elle effectue également une sorte de mise en garde. Cette dernière pourrait sembler simple, déjà vue et évidente, mais est indéniablement nécessaire au vu des changements qui se déroulent dans le monde (et plus encore au Brésil). Il est si facile de sombrer et de s’isoler dans la peur.

En ce qui concerne le cinéma d’animation brésilien plus généralement, nous nous souvenons de deux récents longs-métrages : Le Garçon et le Monde (O Menino e o Mundo) réalisé en 2013 par Alê Abreu et Rio 2096 (Uma Historia de Amor e de Furia) réalisé la même année, par Luiz Bolognesi. Ces trois films ont en commun le fait qu’ils possèdent de multiples lectures. L’un concernant l’écologie et l’environnement, l’autre différents conflits que le monde a connus et qu’il semble incapable de ne pas répéter.

Joli conte d’aventures enfantin ou métaphore politique éminemment actuelle, Tito et les Oiseaux est un film original et ambitieux, qui pourra plaire tant aux (plus) jeunes qu’aux adultes, chacun pouvant y décerner différentes notions. La sortie du film est prévue en salle en France pour le 3 avril, nous vous conseillons de courir le voir.

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les Oiseaux
I want to eat your pancreas
Another day of life
Penguin Highway
Le Château de Cagliostro
The Tower
Funan
Palmarès

Festival Anima 6 : Ruben Brandt, Collector de Milorad Krstić

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© HNFF World Sales

Nous poursuivons nos découvertes filmiques et animées au Festival du film d’animation de Bruxelles, le festival Anima. Aujourd’hui, nous voyageons en Europe de l’est avec Ruben Brandt, Collector de Milorad Krstić. Ce dernier est né en Slovénie et vit actuellement à Budapest. Il s’agit du premier long-métrage du réalisateur (après un court-métrage : My Baby Left me, en 1995), qui est aussi artiste-peintre et écrivain.

Pays d’origine : Hongrie
Réalisation : Milorad Krstić

Titre Original : Ruben Brandt, Collector
Durée : 1h36

 

Ruben Brandt, Collector nous vient de Hongrie et nous livre une histoire pour le moins originale. Ruben Brandt, psychologue reconnu pour sa connaissance de l’art thérapie, se voit contraint de dérober de nombreux tableaux de maîtres pour parvenir à guérir lui-même des maux qui le rongent : des cauchemars terrorisants dans lesquels il est attaqué par ces mêmes œuvres. Avec l’aide de ses amis et patients, il devra parcourir le monde entier, et ses musées, à la recherche de ces toiles qui le font tant souffrir. Car, selon sa théorie, c’est en possédant ses propres craintes que l’on pourrait les vaincre.

Milorad Krstić, présent lors de la projection, a dit avoir voulu réaliser un « film sur l’art qui ne soit pas embêtant ». Le film nous entraîne premièrement dans une enquête policière ; une voleuse, Mimi, a dérobé un éventail au Musée du Louvre. Après s’être  s’échappée, elle s’aperçoit être atteinte de cleptomanie et souhaite être soignée par Ruben Brandt. Ce dernier, pourtant, souffre lui aussi. Ses hallucinations et cauchemars, mettent en scène tantôt l’Olympia de Manet, tantôt la Naissance de Venus de Botticelli, et offrent aux spectateurs un basculement, parfois imperceptible, entre le réel et l’irréel.

Ainsi, avec l’art en toile de fond, Ruben Brandt, Collector pourrait se ranger dans divers registres thématiques : film d’enquête policière, d’action, drame, thriller, ou encore fantastique… Ces différentes catégories cinématographiques et les transitions de l’une à l’autre permettent au métrage de ne souffrir d’aucun temps mort. L’on suit avec grand intérêt et amusement ce psychologue qui de soignant devient patient, et ses amis, qui passent de patients à soignants. En nous faisant visiter le monde et les musées avec ses personnages, ce sont aussi des tableaux que Milorad Krstić nous rappelle, ou nous permet de découvrir. De plus, au-delà des chefs-d’œuvre précisément cités qui créent les angoisses de Ruben Brandt, d’autres références à l’art sont plus ou moins dissimulées tout le long du film. Divers groupes ou mouvements, œuvres cinématographiques ou même musicales sont ainsi nommés ou inscrites çà et là et il faudrait plus d’un visionnage pour parvenir à toutes les distinguer et les reconnaître.

Visuellement, le film est indéniablement très réussi. Lors de sa courte présentation, le réalisateur a précisé le fait que lui et son équipe avaient à cœur de ne créer que des images parfaites. Si celles-ci ne l’étaient pas, il fallait recommencer. Cette démarche s’intègre ainsi particulièrement bien dans le sujet de l’œuvre : chaque plan, pris séparément, pourrait être un tableau. En outre, les personnages offrent tous des visuels distincts et démontrent une volonté de « nouvelles » créations éminemment inventives. Des individus en deux ou trois dimensions en rencontrent d’autres, lesquels sont pourvus de plusieurs têtes ou paires d’yeux. Ce choix graphique permet d’ailleurs d’intéressantes expérimentations en ce qui concerne l’animation, les mouvements de ces personnages étant tous particuliers et différents, en fonction de leurs formes. Par ailleurs, la multiplication, ou plus précisément, la duplication, n’est pas que source d’idées visuelles. En effet, le nom du protagoniste principal lui-même est une sorte de contraction entre les noms de deux célèbres peintres : Rubens et Rembrandt. Mimi, la voleuse, se révèle avoir plusieurs identités, notamment celle de … doublure de cinéma. Ainsi, la thématique même du double parcourt l’entièreté du métrage et permet quelques retournements de situations inattendus. Associée à celle-ci et grâce aux rêves du célèbre psychologue, c’est une exploration du subconscient qui nous est donnée à voir, dans tout ce que cela peut avoir d’effrayant ou de traumatisant.

L’imagination artistique et scénaristique est donc bien au rendez-vous et créent un film aux multiples lectures, extrêmement riche thématiquement et visuellement. Il offre également un accès à des œuvres d’art mondialement connues et emblématiques d’une manière ludique, moins austère que pourraient l’être un cours d’histoire de l’art ou une visite au musée. Film policier à la limite du fantastique Ruben Brandt, Collector réussit son pari de livrer un film « sur l’art qui ne soit pas embêtant ». Il semble déjà obtenir un succès critique important. Il le mérite amplement et l’on ne peut qu’espérer une sortie officielle prochainement.

 

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les oiseaux
Je veux manger ton pancréas
Another day of life
Penguin Highway
Le Château de Cagliostro
The Tower
Funan
Palmarès

 

Festival Anima 5 : Chris the Swiss de Anja Kofmel

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© UDI - Urban Distribution International

Cinquième film vu lors du Festival Anima en 2019, Chris the Swiss est un « documentaire d’animation » en noir et blanc réalisé par Anja Kofmel. Le film a notamment été présenté lors de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2018.

Pays d’origine : Croatie, Suisse, Allemagne, Finlande
Réalisatrice : Anja Kofmel
Genre : Documentaire
Titre Original : Chris the Swiss
Durée : 1h25


Chris the Swiss prend la forme d’un documentaire particulièrement percutant. Anja Kofmel, la réalisatrice, nous livre son enquête concernant l’élucidation des circonstances entourant l’assassinat de son cousin, Christian, dit Chris. Au début des années 1990, ce journaliste suisse de 26 ans part couvrir les affrontements en Yougoslavie. Sur place, découvrant cette « guerre sale », le jeune homme décide de s’impliquer davantage que ne le ferait un « simple journaliste ». Il s’engage alors dans un groupe militaire, côté croate. Il ne reviendra jamais en Suisse.

Ce conflit, bien que très proche de nous à la fois temporellement et géographiquement, possède aujourd’hui encore de nombreuses zones d’ombres, tout comme l’histoire particulière de Chris.

Le film est composé à la fois d’images animées, en noir et blanc, de très belle facture et d’archives ; photographies ou vidéos de Chris quelque temps avant sa mort, ainsi que des interviews contemporaines de personnes ayant côtoyé le journaliste à cette époque. Anja Kofmel nous propose donc littéralement de la suivre, presque « en direct », dans son enquête et ses recherches. Les éléments s’assemblent, une ligne du temps prend peu à peu forme, les visages aperçus sur les photographies ou vidéos prennent peu à peu de la consistance. Ce sont ces événements, mis ensemble, qui prennent vie sous nos yeux sous forme de dessins animés.

Chris the Swiss n’est pas véritablement un documentaire sur la guerre serbo-croate, c’est un documentaire d’enquête sur le destin d’un homme, prenant ses racines dans ce conflit. Indéniablement, un aspect extrêmement personnel se dégage, mais c’est justement ce dernier qui permet d’orienter le métrage vers de plus larges conclusions. En effet, bien qu’il s’agisse des circonstances particulières entourant la mort d’un homme, face à l’immensité de meurtres perpétrés durant le conflit, l’on comprend aisément que c’est cette vie, plus d’autres et leurs imbrications qui créent un tout. Les témoignages recueillis esquissent le profil d’un seul homme, mais dont les actions et conséquences ont trait à des circonstances plus globales. C’est grâce à ces révélations que l’on comprend des implications plus générales (politiques ou religieuses, notamment). En d’autres termes, la petite histoire rejoint la grande Histoire ; l’individualité n’est pas si individuelle que cela.

Le documentaire est poignant, certaines images d’archives sont difficilement soutenables et l’on ne peut être que bouleversé par ce destin tragique. De même, l’on ne peut que s’interroger, nous aussi, sur les circonstances réelles de cet assassinat et sur les motivations et ambitions mêmes de Chris ; comment et pourquoi se placer dans une situation de danger tel pour écrire un livre ? Aussi, de ce que l’on en sait, le cousin de la réalisatrice demeure un personnage énigmatique.

Anja Kofmel parvient à ne jamais verser dans le sensationnalisme ou le misérabilisme et nous offre un témoignage personnel concernant un membre de sa famille, mais dirigé vers un conflit aux conséquences globales et une volonté universelle, profondément humaine, de compréhension. Car, c’est véritablement de cela dont il est question : comprendre pourquoi Chris est parti, comprendre ce qui l’a amené à s’engager,  comprendre cette guerre, comprendre ce qu’il s’est passé jusqu’à sa mort, comprendre pourquoi il a été assassiné et comprendre qui a ordonné ce meurtre.

Réflexion sur le journalisme en temps de guerre, sur les conflits en eux-mêmes, leur complexité et leurs différents niveaux d’implications, réalisé à la fois en prises de vues réelles, images d’archives et séquences animées, Chris the Swiss est un film aux multiples facettes, très fort et très beau, qui mérite d’être vu.

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les oiseaux
Je veux manger ton pancréas

Festival Anima 4 : Buñuel en el laberinto de las tortugas de Salvador Simó

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© Periscoop Film

Quatrième film vu lors du Festival Anima qui se tient à Bruxelles jusqu’au 10 mars, Buñuel en el laberinto de las tortugas est le premier long-métrage du réalisateur espagnol Salvador Simó. Il s’agit d’une adaptation de la bande-dessinée éponyme écrite par Fermín Solís en 2011. La projection à laquelle nous avons assisté (en présence du réalisateur) était une des premières présentations du film au public

Pays d’origine : Espagne
Réalisateur : Salvador Simó
Titre original : Buñuel en el laberinto de las tortugas
Aussi appelé : Buñuel dans le labyrinthe des tortues, Buñuel après l’âge d’or, Buñuel in the labyrinth of the turtles
Genre : Drame
Date de sortie française (prévue) : 19 juin 2019

Buñuel dans le labyrinthe des tortues s’articule autour du tournage du seul documentaire réalisé par Luis Buñuel : Terre sans pain (Las Hurdes. Tierra sin pan en langue originale), datant de 1933.
L’artiste espagnol est davantage connu pour ses réalisations surréalistes et engagées allant à l’encontre la bourgeoisie, de l’Église ou plus généralement des conventions sociales établies. Aussi, le nom de « Buñuel » évoque directement Un Chien Andalou (1929) ou l’Âge d’or (1930).

C’est justement à la suite de la projection parisienne de ce dernier que commence le récit. Les spectateurs, particulièrement scandalisés, sa famille et certains de ses amis tournent le dos et ferment leur porte à l’artiste qui se retrouve dans l’impossibilité de poursuivre son art…jusqu’à ce que son ami Ramón Acin, par chance, gagne à la loterie. Ce coup du hasard aussi incroyable que bienvenu permettra le financement de Terre sans pain, moyen-métrage de 27 minutes.

Dans les années 1930, Las Hurdes est une région d’Espagne constituée de villages particulièrement pauvres. Oubliés de presque tous, les Hurdanos survivent tant bien que mal malgré le manque d’hygiène et de nourriture. Les maisons n’ont presque pas de mobilier ou d’équipement, encore moins d’installations électriques ou d’eau courante. Les plus riches et respectés sont ceux qui mendient dans les villes voisines.
C’est dans ce paysage que Buñuel choisit de poser ses caméras afin de montrer au monde la misère qui se situe à deux pas.

Il n’est pas rare que le cinéma d’animation adapte un matériel préexistant, notamment des bandes-dessinées ou romans graphiques. Dans le cas de Buñuel dans le Labyrinthe des Tortues, le film se montre plus complet que le livre. Le réalisateur, Salvador Simó, sur place lors de la projection à laquelle nous avons assisté, a précisé qu’il avait effectué d’autres recherches afin de compléter l’histoire folle de ce tournage encore plus fou. Ces ajouts sont les bienvenus pour parfaire les zones d’ombres ou manquements entre différents événements que l’on pouvait ressentir à la lecture de l’œuvre de Fermín Solís. Visuellement, le graphisme de la bande dessinée est repris à peu près à l’identique. Le tracé, plutôt anguleux, contraste avec les formes que nous avons l’habitude de côtoyer dans les films d’animation.

Qu’il s’agisse de la bande-dessinée ou du film, l’on nous montre le tournage de ce documentaire, un peu à la manière d’un témoignage. Ainsi, l’on voit de quelles manières certaines scènes particulièrement « scandaleuses » ont été, en réalité, mises en scène.
Si le choix de « dramatisation » peut être perçu comme un manque d’honnêteté par rapport à ce qui se déroulait réellement, voire comme une instrumentalisation de la réalité à d’autres fins, il est justifié par le personnage de l’artiste qui rappelle que tout se base sur du réel, sur des événements qui peuvent ou auraient pu arriver. De fait, parvenir à capter « l’image » nécessaire à un changement de mentalité (souhaité) n’est pas chose aisée. Le but que poursuit l’équipe de tournage en montrant ces villages semblant vivre encore au moyen-âge est donc de bousculer ou de contrarier les mentalités, notamment bourgeoises. Bien que les moyens et les images diffèrent, l’on retrouve dans cette démarche une optique qui se rapproche du surréalisme.

L’histoire donne ainsi un éclairage non seulement sur le tournage, particulier, de ce documentaire, mais aussi sur l’artiste lui-même ; il démontre sa complexité, son engagement dans une veine sociale, mais aussi de nombreux paradoxes qui le constituait. Comme tout (bon) film ayant trait au surréalisme, une place importante est laissée au subconscient par les rêves (ou plutôt les cauchemars) de Luis Buñuel qui se mêlent et se confondent avec la réalité.

Enfin, c’est évidemment une image de l’Espagne du début des années 1930 qui nous est montrée, tout comme l’on pouvait déjà le voir dans le documentaire lui-même. Aussi, certaines scènes présentes dans ce dernier sont remontrées, mais en donnant à voir non seulement ce que la caméra filme, mais aussi ce qui se déroule de « l’autre côté ».

Le doute demeurera toutefois quant à déterminer ce qui, dans Terre sans Pain, a été scénarisé dans un unique but de scandale et ce qui l’a été dans une volonté de véracité. Néanmoins, Buñuel dans le labyrinthe des tortues fait réellement figure d’original et permet de lever le voile sur les circonstances de réalisation d’un travail peu connu d’un artiste pourtant très connu. A ce sujet, nous recommandons de visualiser le documentaire avant ce film, de manière à ce que les scènes « dédoublées » aient plus d’impact.

La sortie du film est prévue en France pour le mois de juin, sous le nom Buñuel après l’âge d’or.

 

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Miraï, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les oiseaux
Je veux manger ton pancréas
Another day of life
Penguin Highway
Le Château de Cagliostro
The Tower
Funan
Palmarès

Festival Anima 3 : Miraï, ma petite soeur de Mamoru Hosoda

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© Cinéart

 Miraï, ma petite soeur réalisé par Mamoru Hosoda est le troisième film que nous avons vu dans le cadre du Festival Anima qui prend place à Bruxelles du 1er au 10 Mars.

Mamoru Hosoda est sans doute une des figures le plus populaires et appréciées de l’animation japonaise actuelle. Après des longs-métrages Digimon et One Piece, il a travaillé pour le studio MadHouse jusqu’en 2011 où il a réalisé deux longs-métrages. Il a ensuite fondé son propre studio, le studio Chizu. Miraï fait donc chronologiquement suite à La Traversée du Temps (2006), Summer Wars (2009), Les Enfants loups, Ame et Yuki (2012) et Le Garçon et la Bête (2015). Ces films avaient d’ailleurs eux aussi été présentés à Anima lors des éditions précédentes.

Réalisateur : Mamoru Hosoda
Durée : 1h38
Pays d’origine : Japon
Date de sortie française : 26 décembre 2018
Genre : Drame et Fantastique

Celui qui est considéré par certains comme le « digne successeur de Hayao Miyazaki » dit s’être inspiré de son propre vécu, alors que lui-même devenait père pour la deuxième fois.

En effet, Mirai raconte l’histoire de Kun, petit garçon de quatre ans qui voit arriver une nouvelle venue dans sa vie : une petite sœur. Cet évènement va chambouler son existence : ses parents ont désormais un peu moins de temps à lui accorder et le pauvre Kun, jaloux, se sent délaissé. Il aura ainsi quelques difficultés à accepter et à apprendre à aimer sa sœur. Il y parviendra toutefois progressivement, notamment grâce à l’arbre magique de son jardin qui permet de voyager dans le temps.

Miraï constitue, comme les autres films de Mamoru Hosoda, une grande réussite visuelle. Les expressions, les mouvements sont extrêmement bien rendus. Certains moments donnent par ailleurs une véritable sensation d’immersion (l’on pense – sans trop en dire – à cette scène sous-terraine dans le métro).

Comme dans les Enfants Loups, Ame et Yuki, le thème de la fraternité (et plus globalement de la famille) parcourt le film d’une manière délicate et intelligente. A cela s’ajoutent des voyages temporels (rappelant La Traversée du Temps) qui permettent à Kun de « comprendre » comment est constituée sa famille et d’en rencontrer différents membres de toute époque. Ceci permet d’amener de jolies réflexions sur l’héritage, la transmission générationnelle, les ancêtres et sur les actions et événements qui pourraient paraître anodins, mais qui ont en réalité de grandes conséquences et font de nous ce que nous sommes. Ainsi, au fil de ses rencontres et de ses voyages dans le présent et dans le passé, Kun comprendra peu à peu ce qui a mené à sa propre existence. Chaque vie et chaque choix antérieurs s’imbriquent pour créer la situation actuelle.
Le lien Homme – animal, déjà exploré dans Les Enfants Loups et dans le Garçon et la Bête, revient lui aussi à quelques reprises, d’une manière toutefois moins prégnante. L’on remarque donc que Miraï s’inclut parfaitement dans une continuité thématique, laquelle semble être chère au réalisateur.

L’humour est lui aussi présent, et l’on se plaît à observer Kun découvrir – encore – le monde qui l’entoure et prendre peu à peu sa nouvelle place de « grand-frère ». En outre, son personnage qui peut paraître au début assez agaçant, finit par être attachant et amusant.
Une certaine modernité transparaît également du métrage ; la mère de Kun a dû reprendre le travail rapidement et c’est donc son père qui doit rester à la maison pour s’occuper des enfants. L’on s’amuse donc à le voir gérer différentes nouvelles situations auxquelles il doit, lui aussi, s’habituer.

Toutefois, nous regrettons un certain manque de « lien » entre les différentes scènes et rencontres que permet l’arbre (généalogique) magique. L’on aurait en effet préféré que celles-ci aient davantage d’influence les unes sur les autres, plutôt que former des saynètes indépendantes (si ce n’est leur lien avec Kun, évidemment).

Malgré cela, Miraï est un très bon film, profondément humain, prenant la forme d’un conte initiatique et familial, il ravira petits et grands. Et, aux spectateurs et spectatrices ayant des frères ou des sœurs, le film rappellera certainement des souvenirs.

Sa sortie en salles officielle en Belgique ayant été programmée le 27 février, le film est encore visible dans de plusieurs cinémas belges, et nous vous recommandons vivement d’aller le voir.

 

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les oiseaux
Je veux manger ton pancréas

Festival Anima 2 : Okko et les Fantômes de Kitaro Kosaka

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Tout au long de cette semaine (ou plus exactement sur une dizaine de jours), nous avons la chance et le plaisir de vous partager nos critiques de films que nous avons vus au festival du film d’animation de Bruxelles, le festival Anima. Le deuxième film vu dans ce cadre est Okko et les Fantômes de Kitaro Kosaka. 

Réalisateur : Kitaro Kosaka

Titre Original : Waka okami wa shōgakusei!

Pays d’origine : Japon

Genre : Drame

Durée : 1h35

Date de sortie française : 12 septembre 2018

Deuxième séance à laquelle nous avons assisté lors du festival Anima 2019, Okko et les Fantômes (Okko’s Inn dans sa version anglaise) est un très joli film d’animation japonaise, réalisé par Kitaro Kosaka. Ce dernier a travaillé sur plusieurs projets du Studio Ghibli en tant qu’animateur. Il a notamment été directeur de l’animation sur Si tu tends l’oreille de Yoshifumi Kondo en 1995 et sur Le Vent se Lève de Hayao Miyazaki en 2013. Okko et les Fantômes est son premier long-métrage en tant que réalisateur.

Il raconte l’histoire d’une petite fille, surnommée Okko, qui, à la suite du décès de ses parents dans un accident de voiture, a dû partir vivre à la campagne chez sa grand-mère qui tient une auberge traditionnelle. Là, elle apprendra peu à peu à devenir « apprentie aubergiste » et rencontrera quelques fantômes. On pense évidemment à Lettre à Momo de Hiroyuki Okiura qui abordait le même genre de thème, mais Okko et les Fantômes détient néanmoins ses propres particularités.

Sous ses aspects que l’on pourrait qualifier au premier coup d’œil de « mignons » ou « d’enfantins », l’on comprend, ne serait-ce qu’à la lecture du résumé, que le film n’est pas aussi joyeux qu’il semble l’être. Il offre davantage de contraste que ce à quoi l’on aurait pu s’attendre. Il reste néanmoins très doux dans son approche du deuil et délivre un message empli de bienveillance. En effet, il est également question d’acceptation et de compréhension ; de soi-même, mais aussi « de l’autre », aussi différent de nous soit-il. De ce fait, si les personnages semblent être « clichés » ou « caricaturaux » de prime abord, leur évolution respective démontre que chacun détient plusieurs facettes et que l’on ne  devrait ni se fier aux apparences ni à « la première impression qu’une personne donne », comme le répète la grand-mère d’Okko.

Non sans humour, le film parvient à être émouvant, sans jamais être tire-larmes, mais aussi à traiter des événements ou des émotions compliquées (le deuil, la perte d’êtres chers, la nécessité de continuer) de manière adaptée pour les plus jeunes. La magie est elle aussi présente et apporte des touches « fantastiques » bienvenues, comme une échappatoire à la réalité. L’on ne sait pas exactement ce qui est vrai ou ne l’est pas, ce qui est imaginé ou pas, certains éléments créant le doute.

Il livre aussi, comme on peut le voir assez souvent dans l’animation japonaise, une belle image d’un Japon « traditionnel », avec notamment ses sources chaudes, sa mythologie et son folklore ou encore sa cuisine…

Certains aspects auraient pu être un peu plus approfondis, mais Okko et les Fantômes reste néanmoins un film très doux et extrêmement bienveillant, qui pourra plaire aux plus jeunes et aux plus grands.

Détenant une histoire qui ne peut que créer des sentiments positifs, Okko et les Fantômes est le genre de film qui fait réellement du bien dans le monde actuel et l’on sort de la salle avec le sourire aux lèvres. L’on espère voir prochainement d’autres créations de Kitaro Kosaka en tant que réalisateur.

La bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=HtdTVhlHjF8

 

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Le Château de Cagliostro
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Festival Anima 1 : Virus Tropical de Santiago Caicedo

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Tout au long de cette semaine (ou plus exactement, sur une dizaine de jours), nous avons la chance et le plaisir de vous partager nos critiques de films que nous avons vus au festival du film d’animation de Bruxelles, le Festival Anima. Celui-ci prend place dans différents lieux à Bruxelles : Flagey, la Cinematek, le Cinéma Palace et le Cinéma des Galeries.
La programmation du festival est, comme chaque année, très variée : courts et longs métrages venus des quatre coins du monde.

Le premier film que nous avons découvert, avec grand plaisir, est Virus Tropical. Ce dernier avait déjà été présenté dans quelques autres festivals.

Réalisateur : Santiago Caicedo de Roux

Titre Original : Virus Tropical

Pays d’origine : Colombie

Genre : Drame

Durée : 1h37

Virus Tropical est un film d’animation colombien et est le premier long-métrage du réalisateur Santiago Caicedo. C’est aussi une adaptation d’un roman graphique autobiographique du même nom, écrit par Power Paola en 2011.

Le film nous raconte le début de sa vie, son enfance et son adolescence. Née d’une mère qui ne pouvait plus avoir d’enfant à la suite d’une opération et d’un père (ancien) prêtre, Paola grandit avec ses deux sœurs, entre l’Équateur et la Colombie, entre la fin des années 1970 et les années 1980.

Il donne à voir les problèmes propres à ces périodes de la vie : des jalousies et amitiés entre sœurs, des difficultés d’intégration et de rejets, aux premiers amours en passant par des problèmes relationnels entre parents. Autant d’expériences et de « moments de vie » qui forgeront le destin et le caractère de Paola, petite fille pleine d’imagination. Les personnages du métrage ont de fortes personnalités, bien affirmées et distinctes les unes des autres, permettant d’obtenir une large palette de réactions, de comportements et de soucis différents (notamment générationnels et intergénérationnels) : autant de choix qui entraînent différentes vies. Au-delà de ces vies, de leurs hauts et de leurs bas et du fait de grandir, c’est aussi le monde et ses conventions, toujours en changements et évolutions, qui nous est montré.

Sans oublier une touche d’humour et une certaine légèreté, le film aborde également des questionnements religieux et les relations hommes-femmes. En effet, Paola vit dans un environnement essentiellement féminin et les hommes ne sont pas montrés sous un jour extrêmement positif (lâches, profiteurs …).

Le graphisme, inspiré directement de l’œuvre de Power Paola, se révèle très original et agréable à l’œil. L’utilisation exclusive du noir et blanc donne la sensation que les personnages et objets mouvants se déplacent telles des « marionnettes de papier » sur les décors. Ceux-ci sont emplis de détails, qu’il s’agisse de villes pourvues de nombreux immeubles, ou de paysages dans lesquels l’on se perd dans les arbres et les feuilles.

Les musiques qui composent la bande originale proviennent de différents registres (pop, rock…) sont, elles aussi, extrêmement bien choisies et confèrent (encore) plus de vie à l’histoire.

Entre « tranche de vie » et coming of age, Virus Tropical est un film très beau et original, qui fait voyager autant qu’il fait se questionner sur soi-même ou renvoie à des souvenirs personnels grâce à l’universalité des problèmes et évènements qu’il dépeint.

La bande-annonce pour vous donner encore plus envie de découvrir ce film qui mérite véritablement d’être vu.

https://www.youtube.com/watch?v=Fu2A-MRlCP8

 

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Miraï, ma petite soeur
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Je veux manger ton pancréas
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Penguin Highway
Le Château de Cagliostro
The Tower
Funan
Palmarès

If Beale Street Could Talk de Barry Jenkins

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Critiques

Date de sortie : 30 Janvier 2019

Réalisateur : Barry Jenkins

Casting : Kiki Layne, Stephen James, Teyonah Parris, Regina King

Genre : Drame

Nationalité : Américain

Compositeur : Nicholas Britell

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Barry Jenkins, le réalisateur du “meilleur film” (selon l’Académie des Oscars) de 2016, Moonlight, revient cette année avec un film prenant place dans le quartier de Beale Street, dans les années 1970. On y suit une jeune femme, Tish, qui lutte pour prouver l’innocence de celui qui dev(r)ait être son futur époux, Fonny, accusé à tort, en raison d’un système judicaire défaillant et profiteur. Le film est en lice pour les Oscars cette année également, avec trois nominations au compteur : Meilleure actrice secondaire, meilleure musique et meilleur scénario adapté. En effet, l’œuvre s’inspire du roman éponyme de James Baldwin.

Présenté parfois, assez simplement, comme une histoire d’amour, on ne peut que reconnaître que celle-ci occupe une place important dans le métrage et est effectivement essentielle, servant en quelque sort de fil conducteur à l’œuvre, If Beale Street Could talk embrasse néanmoins de nombreux thèmes.

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L’histoire épouse le point de vue de Tish, jouée par une rayonnante Kiki Layne dont on apprend, avec un étonnement certain, que ce n’est que le premier rôle (et dont on constate avec tout autant d’étonnement, qu’elle n’est même pas nommée aux Oscars pour sa prestation). Pour cette raison, chaque évocation de Fonny, des sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, transpire en effet un amour profond, envoûtant. Celui-ci est rendu sensible à l’image par de savant jeux de lumières, mêlés à une musique et à des jeux de regards qui en disent plus que ne pourraient le faire des dialogues. Rarement un sentiment nous aura semblé aussi « palpable » et visible à l’écran.

Le film est pourtant loin de présenter un univers fait de paillettes. En effet, à ce sentiment empli de sincérité et dépourvu de toute animosité, de tout profit et de toute manipulation, il oppose un univers froid, contre lequel il est difficile de se battre. Ainsi, il aborde notamment le racisme envers les afro-américains, les violences policières, l’univers carcéral, la difficulté de trouver sa place, les conflits familiaux et la volonté de se dépasser. Aussi, bien qu’elle soit centrale, cette histoire d’amour peut également être vue comme un prétexte à de plus larges dénonciations.

Certains de ces thèmes peuvent ne pas sembler centraux, particulièrement en ce qui concerne la vie de Fonny une fois arrêté et incarcéré. En effet, nous n’en saurons jamais plus que Tish elle-même qui n’apprendra de la vie de Fonny que ce qu’il concède à lui raconter lors de leurs rendez-vous et discussions, qui ne peuvent que se dérouler au travers d’une vitre, lié par un simple câble de téléphone. Le reste sera laissé à son imagination, et par conséquent, à celle des spectateurs. Une blessure, un accès d’énervement pourra ainsi signifier bien plus car figurant la conséquence d’autres événements, invisibles et passés sous silence à l’écran.

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Aussi, les « bons » moments semblent  malgré tout plus importants à se remémorer que les mauvais. Ainsi, l’histoire prend presque la forme d’un souvenir, d’un morceau de vie évoquée par Tish, et l’on retiendra surtout la volonté de ce couple, de leur famille de trouver une solution, en s’épaulant, face à un monde qui fait tout pour les contrarier.

 L’entraide contre la violence, « l’amour contre la haine », en somme, ce n’est certes pas nouveau, mais c’est toujours efficace, magnifiquement réalisé, esthétiquement envoutant, porté par un duo d’acteurs extrêmement talentueux, en plus d’être thématiquement source de problématiques plus globales et qui continuent de faire écho aujourd’hui.

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