• Titre original : Million Dollar Baby
  • Date de sortie en salles :  23 mars 2005 avec Mars Distribution
  • Réalisation : Clint Eastwood
  • Distribution : Clint Eastwood, Morgan Freeman, Hilary Swank, Jay Baruchel & Anthony Mackie
  • Scénario : Paul Haggis d’après le roman de F. X. Toole
  • Photographie : Tom Stern
  • Musique : Clint & Kyle Eastwood
  • Support : Blu-ray Studio Canal (2008) region B en 2.35:1 / 132 min
Synopsis :

Rejeté depuis longtemps par sa fille, l’entraîneur Frankie Dunn s’est replié sur lui-même et vit dans un désert affectif, en évitant toute relation qui pourrait accroître sa douleur et sa culpabilité. Le jour où Maggie Fitzgerald, 31 ans, pousse la porte de son gymnase à la recherche d’un coach, elle n’amène pas seulement avec elle sa jeunesse et sa force, mais aussi une histoire jalonnée d’épreuves et une exigence, vitale et urgente : monter sur le ring, entraînée par Frankie, et enfin concrétiser le rêve d’une vie. Après avoir repoussé plusieurs fois sa demande, Frankie se laisse convaincre par l’inflexible détermination de la jeune femme. Une relation mouvementée, tour à tour stimulante et exaspérante, se noue entre eux, au fil de laquelle Maggie et l’entraîneur se découvrent une communauté d’esprit et une complicité inattendues…

Dans la filmographie du grand Clint Eastwood (Juré n°2, le Cas Richard Jewell) qui a vu sa popularité en Europe grandir au fur et à mesure qu’on regardait ses premiers Inspecteur Harry d’une manière plus détachée, Million Dollar Baby figure parmi les succès les plus consensuels, drainant les spectateurs et la sympathie de la plupart des critiques, même les plus blasés.

Il y avait pourtant de quoi le critiquer, car l’oeuvre s’avère complètement prévisible : nombre de situations sont déjà vues et l’on devine souvent la conclusion dès leur entame (l’arrivée chez sa mère avec les clefs de la nouvelle maison : on se doutait déjà que l’accueil serait glacial). Parfois, on n’est pas loin du mélo, il faut bien se l’avouer. Et il ne s’en faut pas de beaucoup pour qu’on dise de Million Dollar Baby que c’est juste un énième film sur des concepts éculés.

Pourtant, l’ensemble fonctionne. Étonnamment bien, avouons-le. Parce que les comédiens sont formidables, la mise en scène soignée et élégante, sans effet de manche, la musique discrète et juste : parce qu’une réelle synergie nous concocte dans une vieille marmite avec une vieille recette un des métrages les plus enthousiasmants et les plus émouvants de la décennie 2000. 

En fait, il fallait trois éléments : les trois comédiens principaux, tout simplement, l’un d’entre eux étant en outre le chef d’orchestre touche-à-tout (compositeur, entre autres choses). Tout le long du film, Eastwood se rapproche de son sujet, l’enveloppe, le cerne avant de le magnifier avec élégance et discrétion. Peu de gros plans avant la fin, magistrale et pourtant cadrée si simplement que c’en est bluffant de maîtrise. La lumière participe de cette progression : l’intégralité du métrage baigne dans une atmosphère ouatée, dans une ambiance délétère entre vestiaire et chambre d’hôpital ; on sent presque l’éther et la sueur, l’odeur du vieux caoutchouc et du moisi, celle d’un cheeseburger complaisamment donné à un ami – ou d’une tarte au citron meringué fait maison…

Eastwood maîtrise le clair-obscur et n’expose que rarement ses personnages qui naviguent toujours entre l’ombre et la lumière ; seule Maggie, dont le sourire illumine certaines images, se révèle, tout en gardant quelques secrets qu’elle dévoilera au spectateur patient et attentif.

Car malgré le thème de la boxe, le film n’a rien de violent, au contraire : il s’articule sur beaucoup de dialogues monocordes dont Eastwood et Freeman ont le secret, une voix off qui ponctue le film et lui donne une fluidité et une limpidité hallucinantes. Toutefois, il y a aussi des combats. Brutaux, rythmés, saisissants… et rapides. Clint ne s’appesantit pas sur eux, tout en en laissant suffisamment pour ne pas frustrer l’amateur de punchs et d’uppercuts.

C’est uniquement le destin de deux personnes qui se joue, deux êtres qui vont se trouver grâce à une troisième personne : le personnage de Morgan Freeman (Robin des bois, prince des voleurs, les Évadés) est indispensable à ce duo improbable, il constitue un liant indissociable de la préparation, un trait d’union humain. Freeman, justement, y est extraordinaire et son jeu sans fioriture est un exemple pour ceux qui cherchent à en faire trop. Vous me direz qu’il a l’avantage de l’âge. Peut-être, mais quelle élégance et quel charisme ! Gwyneth Paltrow ne tarissait d’ailleurs pas d’éloges sur son partenaire de Seven, dans des termes équivalents, alors qu’elle interprétait la femme de Brad Pitt !

On en oublierait presque d’évoquer Hilary Swank : merveilleuse, lumineuse, elle nous interprète une Maggie à l’enthousiasme juvénile alors que la vie l’a déjà bien consumée, une vie misérable dans un contexte misérable. Elle a une chance à saisir, une seule peut-être, et elle choisit de la confier à cet ancien soigneur devenu patron d’une salle de boxe et qui vient justement de perdre son poulain le plus prometteur. Une relation chaotique commence alors, emplie de heurts et beaucoup de non-dits, mais une relation appelée à évoluer. C’est cette relation qui cimente le film et on finit par s’apercevoir qu’on n’est pas si loin de la tendre passion de Sur la Route de Madison. Les Oscars obtenus, ne serait-ce que de ce point de vue, sont amplement mérités.

N’oublions pas Clint, tout de même : il campe un être digne, dur mais qu’on devine vulnérable, tournant en bourrique le prêtre de l’église qu’il fréquente chaque jour et nourrissant une culpabilité qui le ronge. Il interprète son personnage avec beaucoup de justesse, juste ce qu’il faut de robustesse et de fêlure. Un grand numéro également, qu’on aura par la suite l’occasion de revoir par intermittences dans Gran Torino ou the Mule. Il fait écho à la prestation majuscule de Nick Nolte dans Warrior, dans un registre similaire.

Reste le final : sans tambour ni trompette, la dernière séquence vient couronner cette œuvre magistrale qui ne déroutera personne et a dû en émouvoir beaucoup.


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