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Pierre Bryant

Pierre Bryant
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Cinéphile depuis mon plus jeune âge, c'est à 8 ans que je suis allé voir mon 1er film en salle : Titanic de James Cameron. Pas étonnant que je sois fan de Léo et Kate Winslet... Je concède ne pas avoir le temps de regarder les séries TV bonne jouer aux jeux vidéos ... Je vois en moyenne 3 films/jour et je dois avouer un penchant pour le cinéma d'auteur et celui que l'on nomme "d'art et essai"... Le Festival de Cannes est mon oxygène. Il m'alimente, me cultive, me passionne, m'émerveille, me fait voyager, pleurer, rire, sourire, frissonner, aimer, détester, adorer, me passionner pour la vie, les gens et les cultures qui y sont représentées que ce soit par le biais de la sélection officielle en compétition, hors compétition, la semaine de la critique, La Quinzaine des réalisateurs, la section Un certain regard, les séances spéciales et de minuit ... environ 200 chef-d'œuvres venant des 4 coins du monde pour combler tous nos sens durant 2 semaines... Pour ma part je suis un fan absolu de Woody Allen, Xavier Dolan ou Nicolas Winding Refn. J'avoue ne vouer aucun culte si ce n'est à Scorsese, Tarantino, Nolan, Kubrick, Spielberg, Fincher, Lynch, les Coen, les Dardennes, Jarmush, Von Trier, Van Sant, Farhadi, Chan-wook, Ritchie, Terrence Malick, Ridley Scott, Loach, Moretti, Sarentino, Villeneuve, Inaritu, Cameron, Coppola... et j'en passe et des meilleurs. Si vous me demandez quels sont les acteurs ou actrices que j'admire je vous répondrais simplement des "mecs" bien comme DiCaprio, Bale, Cooper, Cumberbacth, Fassbender, Hardy, Edgerton, Bridges, Gosling, Damon, Pitt, Clooney, Penn, Hanks, Dujardin, Cluzet, Schoenaerts, Kateb, Arestrup, Douglas, Firth, Day-Lewis, Denzel, Viggo, Goldman, Alan Arkins, Affleck, Withaker, Leto, Redford... .... Quant aux femmes j'admire la nouvelle génération comme Alicia Vikander, Brie Larson, Emma Stone, Jennifer Lawrence, Saoirse Ronan, Rooney Mara, Sara Forestier, Vimala Pons, Adèle Heanel... et la plus ancienne avec des Kate Winslet, Cate Blanchett, Marion' Cotillard, Juliette Binoche, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Meryl Streep, Amy Adams, Viola Davis, Octavia Spencer, Nathalie Portman, Julianne Moore, Naomi Watts... .... Voilà pour mes choix, mes envies, mes désirs, mes choix dans ce qui constitue plus d'un tiers de ma vie : le cinéma ❤️

#Pire Soirée de Lucia Aniello!

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Comédie faussement politiquement incorrecte, ébranlée par son sens grotesque de la formule qui rend les situations aussi ineptes qu’artificielles. Passez votre chemin, on n’est pas loin du Pire Film de l’été.

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Les filles d’Avril de Michel Franco.

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Jusqu’où peut mener l’amour d’une mère ? C’est la question que se pose le Mexicain Michel Franco.

« The Circle » de James Ponsoldt! Une dystopie contemporaine sur la destruction de la vie privée par les nouvelles technologies.

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THE CIRCLE

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Titre original : The Circle
Réalisation : James Ponsoldt
Scénario : James Ponsoldt et Dave Eggers, d’après le roman The Circle de Dave Eggers
Photographie : Matthew Libatique
Décors : Gerald Sullivan
Musique : Danny Elfman
Montage : Lisa Lassek
Production : Tom Hanks, Gary Goetzman, Laurie MacDonald, Walter Parkes
Sociétés de production : Likely story, Playtone, Route One Entertainment
Sociétés de distribution : EuropaCorp (États-Unis), Mars Films (France)
Pays d’origine :  États-Unis,  Émirats arabes unis1
Langue originale : anglais
Genres : techno-thriller, drame, science-fiction, dystopie
Durée : 110 minutes
Dates de sortie : 12 juillet 2017
Distribution: Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega, Karen Gillan, Annie Allerton, Ellar Coltrane, Patton Oswalt, Glenne Headly, Bill Paxton

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THESE
« Attention : les réseaux sociaux, c’est dangereux ! » pourrait être le sous-titre de The Circle, thriller de James Ponsoldt (Smashed, The Spectacular Now) où Emma Watson découvre les possibilités immenses et terrifiantes d’une entreprise dirigée par Tom Hanks. Un sujet dans l’air du temps certes, mais un film beaucoup trop convenu pour mériter le détour.
Sur le papier, The Circle s’inscrit dans la lignée de Black Mirror, l’excellente anthologie d’anticipation qui aborde avec malice et intelligence les dérives de la technologie. En réalité, c’est plus proche de Traque sur internet avec Sandra Bullock pourchassée par de méchants cyberterroristes des années 90 : un thriller un peu bête et très simpliste, parfois amusant mais profondément limité, qui offre quelques menus frissons quand il n’exaspère pas par ses facilités et incohérences.

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The Circle est le nom d’une glorieuse entreprise américaine à la Google, qui ressemble à une grande secte érigée dans la Silicon Valley. Badges dernier cri, grandes baies vitrées, moyenne d’âge proche de celle d’une fac, ambiance collégiale, activités multiples disponibles sur une sorte de campus digne d’un paradis pour la génération Y : le décor d’un cauchemar 2.0 est planté. Pauvre petite chose innocente, Mae (Emma Watson) y décroche enfin un travail avec l’espoir d’arranger sa vie ordinaire. Le début d’une plongée dans les coulisses et ambitions de ce Cercle diabolique, dans une ambiance de film d’anticipation.

THE CIRCLE

 

The Circle ressemble plus à Nerve, le teen movie coloré avec Emma Roberts sur un méchant jeu en ligne qui pousse des ados à être très bêtes, qu’à un film ténébreux et effrayant sur notre futur. Et si la présence de Tom Hanks laissait planer un doute, mieux vaut savoir d’emblée que le prestigieux acteur a très peu de temps à l’écran. The Circle est le film d’Emma Watson, qui est de chaque image, et en accentue tous les défauts.
Le film de James Ponsoldt ressemble plus à un téléfilm qu’à une œuvre de cinéma, la faute principalement à une écriture grossière loin d’être à la hauteur des ambitions. Du père gravement malade (Bill Paxton dans son dernier rôle au cinéma) à l’ex (Ellar Coltrane dans l’un de ses premiers rôles depuis Boyhood) anti-technologie placé de manière artificielle comme un curseur moral, en passant par les péripéties qui poussent l’héroïne à avancer, le scénario ressemble à une mauvaise copie scolaire du thriller type. Ce qui ne serait pas un réel problème si The Circle était capable d’appliquer la méthode avec soin et efficacité.

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L’une des explications à ce film bizarrement troussé, qui semble avoir été privé de morceaux importants de son histoire, est probablement à chercher dans le livre éponyme de Dave Eggers, co-scénariste avec le réalisateur. De nombreux éléments ont sans surprise été retirés ou modifiés, mais certains ont finalement changé le sens et le discours du film, notamment en ce qui concerne le personnage de Mae.
Le livre The Circle était plus sombre et dérangeant, et certainement trop sombre et dérangeant pour un film à 18 millions avec Emma Watson vendu à un jeune public – censé partager son enthousiasme sur les réseaux sociaux donc. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si quelques mois avant la sortie, des reshoots ont été lancés après plusieurs projections tests où le personnage de Mae avait été jugé comme trop peu sympathique : The Circle devait être un produit facilement consommable et lisible, sans zone d’ombre. Chose particulièrement étonnante puisque les choix de l’héroïne, dans le film et surtout dans le livre, sont particulièrement tordus.
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The Circle arrive donc avec quelques années de retard pour commenter avec une telle naïveté et simplicité l’avènement des réseaux sociaux et de la nouvelle réalité qu’ils ont façonnée. Lorsqu’il explique que partager sa vie avec des milliers d’étrangers est une forme de prison, et que l’hystérie collective qui en naît est potentiellement dangereuse, le film manque cruellement de finesse. Lorsqu’il évoque des choses plus profondes (la question de la transparence cynique des politiciens, les limites de la liberté et de l’éthique lorsqu’il s’agit de protéger les enfants, les ambitions d’une super-entreprise type Google), le sujet est vite évacué.

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Emma Watson n’aide pas à rendre le thriller plus crédible. Comme dans Regression d’Alejandro Amenabar, l’actrice se montre incapable d’interpréter un personnage aux multiples facettes. Elle se contente donc d’afficher une petite moue embêtée, froncer les sourcils et offrir un regard de petite chose fragile ou contrariée, à tel point que son visage est virtuellement le même entre le début et la fin, malgré la tournure des événements. En comparaison et malgré un rôle mineur, Karen Gillan offre nettement plus de nuances et d’énergie.

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Si The Circle se laisse regarder avec un certain amusement presque régressif, il n’en reste pas moins raté et dispensable. Une seule envie à la sortie : relancer Nosedive, le fantastique épisode de la saison 3 de Black Mirror, réalisé par Joe Wright et avec Bryce Dallas Howard, où le même sujet est abordé avec mille fois plus d’inventivité.

 

Résumé
Un thriller téléphoné et inoffensif, pas bien fin ni malin, qui déroule une intrigue cousue de fil blanc et profondément naïve. Avec plus d’audace et de fidélité au livre, The Circle aurait pu être diablement plaisant ; en l’état, avec une Emma Watson aussi charismatique qu’un verre d’eau tiède, c’est digne d’un téléfilm.

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Les États-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant au monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que fait Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité tout entière…

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Le scénario de The Circle part d’un constat certes lucide mais difficile à admettre : l’Homme, de tout temps, a toujours réussi l’exploit douteux de gâcher ses plus belles créations. C’est ainsi qu’une bonne idée, censée améliorer la vie du terrien lambda, devient une bombe à retardement dès qu’elle est dans les mains de l’homme providentiel chargé d’en tirer le maximum d’avantages. Ainsi, si Internet est à n’en pas douter une invention de premier ordre (ce n’est pas à la rédaction d’un site comme le nôtre que nous dirons le contraire) force est de reconnaître qu’il n’a pas résisté longtemps aux pires dérives. Terrorisme, pédopornographique, harcèlement en ligne…le pire de l’être humain a trouvé en la toile une complice involontaire qui aide à son épanouissement. Quelle sera la suite ?

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ANTITHESE
Dans le monde de The Circle, une entreprise qui se situe entre Google et Facebook, tenue par un Tom Hanks énigmatique, les réseaux sociaux ont franchi le pas sans complexe. La vie privée n’existe plus et vos moindres faits et gestes sont observés par des millions de personnes. Bientôt, les portables seront inutiles puisque la peau elle-même sera connectée. Au mépris de l’individualité, de ce qui fait l’essence même de votre personnalité, détruite au profit du sacro-saint sens commun. Oubliez donc votre âme : le réseau vous obligera peu à peu à vous accommoder à ses exigences. Et avec votre consentement, qui plus est ! Serait-ce une vision improbable de l’avenir ? Peut-être pas tant que ça…

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Grâce à une mise en scène efficace qui fait du spectateur un voyeur et du grand écran une reproduction à grande échelle de nos portables et ordinateurs, The Circle est d’un réalisme à toute épreuve. Il faut au moins ça pour faire oublier un sacré manque de rythme. La description détaillée de l’univers de l’entreprise qui, comme Google, offre l’opportunité à ses plus modestes collaborateurs d’avoir l’esprit « corporate », est certes intéressante et nécessaire mais beaucoup trop longue. S’il s’agit avant tout de montrer l’ascension du personnage campé par Emma Watson, qui passe du poste de secrétaire à celui d’associée d’une entreprise milliardaire, force est de reconnaître que le rythme trop tranquille aura tendance à en lasser plus d’un. Tout comme le traitement réservé aux personnages secondaires, voire même à l’ensemble du casting. Ou quand les acteurs disparaissent au profit du réseau, rendant impossible toute tentative pour se projeter dans cette vie future.

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C’est le choix déroutant qu’a fait le réalisateur James Ponsoldt : privilégier le réseau social, principal acteur du film, au détriment des personnages. Si Emma Watson a la chance d’avoir assez de temps d’antenne pour proposer une vraie composition, ses comparses restent dans l’ombre, voyant leurs rôles réduits à l’ébauche, là où l’on attend un minimum de détails. Ainsi, John Boyega, Karen Gillan et Tom Hanks lui-même voient leurs personnages disparaître au profit d’un média imaginaire qui, en monopolisant l’attention, devient vite agaçant. Si le passage de témoin, assez symbolique, entre l’ancienne et la nouvelle génération d’acteurs peut sembler prometteur (tout le marketing autour du film repose d’ailleurs là-dessus), le long-métrage ne remplit pas assez sa mission et le scénario est trop bancal pour que The Circle marque vraiment les esprits.

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Pire encore : il s’agit du rôle de trop pour Emma Watson. Certes, elle est toujours aussi convaincante, mais reste une nouvelle fois dans sa zone de confort. Tous les personnages que l’actrice interprète sont le reflet d’un caractère que le monde entier connait : elle est intelligente, bibliophile, féministe…Il serait peut-être temps pour elle de se mettre en danger car, rapidement, son aura risque d’en pâtir.
Efficace malgré tout, The Circle n’entraînera malheureusement pas la prise de conscience que son réalisateur pouvait espérer. Oui, la vie privée est menacée par Internet les réseaux sociaux. Mais en évoquant plus les avantages que les inconvénients et en misant sur une fin décevante, le film se perd, étouffé par ses bonnes intentions. Ce n’est pas cela qui va empêcher un monde ultra-connecté d’évoluer . Au dépend de la vie privée ? Il est peut-être déjà trop tard.

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SYNTHESE
The Circle met en avant le grand dilemme des sociétés occidentales actuelles à travers une cité totalement à part du monde réel. Cette entreprise qui devient un village interpelle le plus profond de nos esprits dans cette éternelle question qui subsiste, à savoir : sécurité ou liberté, qui a la priorité ? Le créateur de l’entreprise vend d’ailleurs cette innovation comme plus proche des droits de l’homme puisqu’elle sera utilisée pour renforcer la quiétude des populations. C’est l’occasion de voir ici deux idées s’affronter afin de déterminer la limite de ce système. Est ce que là où s’achève la surveillance, commence la vie privée ? Ou est ce que cette surveillance ne parviendrait-elle pas à nous canaliser ?

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Dans le film, la jeune fille jouée par Emma Watson dit elle-même que lorsqu’elle n’est pas observée, son comportement se tourne naturellement vers les risques. Les caméras la sauvent alors de la situation dans laquelle elle s’est mise. Là encore vient se poser une question à propos du regard des autres. Tout comme sur les réseaux sociaux actuels, la peur d’être mal jugé peut amener les comportements à changer et de ce fait imposer un contrôle total de sa personne lorsque l’on se sait surveillé. Mais la liberté dans tout ça ? L’idée de transparence totale pourrait être bonne si elle ne la mettait pas en cause. En s’estimant plus réceptif aux droits de l’homme, The Circle s’avère être au contraire, en totale opposition avec eux.

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Il est également intéressant d’étudier, dans le film, l’art de la stratégie. Comment les créateurs du système arrivent à convaincre ? En montrant toujours les meilleurs côtés de leurs inventions, tout comme le réalisateur d’ailleurs qui privilégie les avantages de ces avancées en dépit des inconvénients, qu’il cherche pourtant à dénoncer. La sécurité des peuples avant tout, l’espoir donné à ceux qui n’en n’ont plus comme au père de Mae. Grâce à l’intelligence de leurs mots, ils parviennent à toucher le public. Les gens qui n’ont pas accès à certains lieux, certaines activités peuvent les vivre à travers l’image. Mais est ce que les images peuvent réellement remplacer les sensations ? Est ce que les rêves remplacent l’action ? James Ponsoldt laisse plusieurs portes ouvertes, plusieurs débats possibles en gardant toujours un œil et un ton moralisateur. Emma Watson apparaît comme l’actrice idéale dans le rôle de la jeune engagée, porte parole dont l’intelligence et les capacités à faire de grands discours séduisent bien qu’elle ne se montre pas toujours très juste et convaincante.

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Ce duel entre liberté et transparence est également illustré par le tiraillement dont Mae est victime. D’un côté son besoin de liberté et d’avoir un bon travail pour vivre sa vie, de l’autre, son amour pour ses parents, ses amis. Il s’avère alors qu’à un moment donné de l’histoire, les deux deviendront compatibles et tout le monde y trouvera son compte, jusqu’à ce que l’envie d’aller plus loin resurgisse. Avec quelques scènes et histoires qui rappellent l’importance de la vie privée, le réalisateur remet son personnage principal sur le droit chemin mais livre tout de même une vision pessimiste des générations contemporaines.

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En présentant ce besoin permanent d’exploiter les technologies à l’excès, en montrant les mauvais aspects de l’humanité aux côtés de l’innovation, The Circle fait réagir le spectateur sur sa propre utilisation de la modernité. Bien que depuis toujours l’on nous apprenne à dépasser les limites, il faut parfois accepter d’en laisser. Le film lance une alerte sur l’omniprésence des réseaux sociaux dans nos vies par la métaphore d’une secte dont le gourou serait la technologie. L’une des scènes finales où l’obscurité est vaincue quand tous les écrans sont tournés vers Mae pour l’éclairer, achève le film sur une note ambivalente qui entrevoit des solutions en demandant de rester vigilants. Bien que la dystopie manque un peu de fond et de profondeur, le message demeure efficace.

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The Circle est un bon film parlant de vie privée et publique, réseaux sociaux et interconnexions entre humains.
Une jeune femme brillante est embauchée dans une immense compagnie « The Circle ». Cette dernière s’implique de plus en plus dans cette entreprise souhaitant fusionner tous les comptes utilisateurs en son sein et proposer des services s’immisçant de plus en plus dans la vie privée des gens. On se retrouve donc bientôt en plein cœur d’une spirale de transparence qui concerne beaucoup de personnes, dont une jeune héroïne jouant cela à fond et faisant à un moment basculer le récit dans un genre déjà bien exploité par The Truman Show.

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Le film, réalisé et écrit par James Ponsoldt, est une œuvre de science-fiction présentant un futur proche, que, personnellement, j’espère ne jamais voir arriver, dans lequel l’utopie humaniste passe par une complète honnêteté et plus aucun lieu intime secret.
Les éléments de fiction, notamment ces mini-caméras omniprésentes semblant fonctionner de façon autonome très longtemps, sont bien faits.
Les effets spéciaux et décors, comme l’entreprise tentaculaire, personnage à part entière de l’histoire, sont très travaillés et donnent vraiment l’impression de se retrouver dans un univers futur propre et policé.

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Les acteurs sont très bons, que ce soit Tom Hanks en patron d’entreprise charismatique, ou John Boyega en développeur de génie ambigu.
Mais c’est vraiment Emma Watson qui porte le film sur ses épaules, et cette dernière y apporte plus de subtilité que dans certains de ses longs métrages précédents.
Toutefois, la démonstration proposée aboutit sur une fin qui me laisse sceptique. Cette dernière est assurément polémique, et devrait ravir certains spectateurs et en décevoir bien d’autres.

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The Circle est un film intéressant et une belle démonstration sur la place de plus en plus prégnante des réseaux sociaux dans la vie des gens. Il apporte aussi une réflexion intéressante sur l’essence de l’humanité et la vie privée.
Avec une réalisation bien faite, une histoire captivante, des effets spéciaux très propres et des acteurs convaincants, cette œuvre d’anticipation fait vraiment froid dans le dos.

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PETIT BONUS POUR LES COURAGEUX QUI AURONT REUSSIT A LIRE JUSQU’AU BOUT : Ma photo d’Emma Watson prisent par mes soins lors de la projection presse du film à Londres cette année ! Je remercie les deux gorilles de la sécurité de l’approcher de si près puisqu’il était impossible de la toucher, de faire un selfie ou d’être au minimum à 1 mètre d’elle … Mais Emma a eu l’élégance et la classe d’accepter la pose suite à mes demande en m’égosillent dans un parfait Anglais ^^ C’est pour vous, c’est cadeau !

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Spécial Besson : The Lady!

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Nikita, Jeanne d’Arc, Angel-A, Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec… Luc Besson aime les femmes qui ont du caractère. Il revient sur nos écrans avec The Lady, et pour la première fois de sa carrière, il s’efface un peu.

Est-il besoin de rappeler les faits d’armes du Grand Manitou de la production française ? Celui qui a importé dans nos contrées la recette américaine du blockbuster braconne, une fois n’est pas coutume, du côté du film politique. Dans The Lady, il brosse le portrait d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, dissidente pacifiste birmane, mère et épouse. Mais la complexité psychologique n’ayant jamais été le fort du réalisateur, Besson se complaît dans une vision manichéenne et parcellaire de son sujet, loin de la force dramaturgique que le destin tragique de la Lady aurait pu insuffler au film.

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The Lady est une histoire d’amour hors du commun, celle d’un homme, Michael Aris, et surtout d’une femme d’exception, Aung San Suu Kyi, qui sacrifiera son bonheur personnel pour celui de son peuple. Rien pourtant ne fera vaciller l’amour infini qui lie ces deux êtres, pas même la séparation, l’absence, l’isolement et l’inhumanité d’une junte politique toujours en place en Birmanie. The Lady est aussi l’histoire d’une femme devenue l’un des symboles contemporains de la lutte pour la démocratie.

Pour faire un film, Luc Besson a l’habitude de fouiller son imagination. Au début, ça fonctionnait plutôt. Le cinéaste a gravé son nom dans le paysage cinématographique français des années 1980, aux côtés de Leos Carax et de Jean-Jacques Beineix. Nul ne se cachait d’aimer Subway, Le Grand Bleu ou Nikita . Mais, depuis une quinzaine d’années, l’américanisation de son cinéma faisait grimacer, et ceux qui se revendiquent cinéphiles se sont détournés de lui.
De tous ses films, The Lady est celui qui porte le moins son empreinte. Passé la cinquantaine, Besson aurait-il trouvé une maturité soudaine ? Moins de manichéisme, plus de blague à deux sous, fini de céder au spectaculaire. Que lui est-il arrivé ?

Pour la première fois, Luc Besson n’est pas intervenu dans le scénario. Il s’est contenté de mettre en scène le travail de Rebecca Frayn, qui signe ses débuts au cinéma. Voilà pourquoi cette différence de ton est si marquée. The Lady surprendra tous ceux qui n’attendaient plus rien de Besson.
S’il fallait ancrer ce film dans une tradition de cinéma, le rayon des biopics s’imposerait, tout simplement. Mais Le Discours d’un roi nous a dévoilé en début d’année une nouvelle recette pour raconter la politique par les sentiments : adopter le point de vue de la famille. Aung San Suu Kyi n’est pas seulement le leader charismatique que nous connaissions déjà. L’héroïne engagée, couronnée d’un Prix Nobel pour la Paix en 1991, est aussi une mère de famille attentionnée, une épouse aimante, la fille d’un grand soldat trop tôt orpheline, courant au chevet de sa mère dès qu’on sollicite sa présence. Comme pour nous dire que, sous ses allures de martyre défendant la liberté seule contre tous, Aung San Suu Kyi est aussi une personne formidable dans la sphère intime. Mais avions-nous vraiment des doutes à ce sujet ?

Pourtant, la formule fonctionne : le spectateur enthousiaste se laissera prendre au jeu sans difficulté. Il sera même emporté par quelques scènes-clefs, notamment celle du prix Nobel où Aung San Suu Kyi, assignée à résidence, écoute la cérémonie à la radio, accompagnant au piano l’orchestre qui joue en son honneur. Mais si la performance d’acteur intéressait tout particulièrement Michelle Yeoh dans le rôle-titre, c’est surtout David Thewlis, dans la peau du mari, qui tire son épingle du jeu.

Que les détracteurs (et fans ?) de Luc Besson se rassurent, quelques défauts subsistent, notamment dans la mise en scène. Le Général Ne Win est peint comme l’archétype du dictateur fou et superstitieux, dézinguant froidement ses lieutenants dans son propre bureau, un pur moment Europa Corp. Les Birmans parlent presque tous anglais, sauf dans quelques scènes, destinées à montrer que Michelle Yeoh a fait l’effort d’apprendre un peu la langue. Et, même si le scénariste a changé, les complices habituels sont toujours là : Thierry Arbogast à la photo, Eric Serra à la musique. Pas de doute possible : The Lady est bien un film de Luc Besson. Mais pas trop.

 

L’ANALYSE

Dès les premières minutes du film (qui en affiche tout de même 127 au compteur), le ton est donné. Suu enfant écoute émerveillée dans les bras de son père, leader de la libération, l’histoire de la Birmanie. Il évoque la pauvreté du pays (ils résident dans une magnifique villa) et les violences subies par le peuple (ils sont installés dans un calme jardin ensoleillé).

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Appelé pour une réunion politique, il glisse une orchidée dans les cheveux de Suu, symbole de paix récurrent dans le film (une colombe aurait sans doute été un signe trop évident !) et part accomplir sa mission. Arrivé à destination, des Birmans à la mine patibulaire (suant, œil vicieux) l’attendent et le passent par les armes, lui et ses sergents. Déjà lourdement manichéen, le métrage s’emballe dans cette séquence brutale boostée par la musique d’Éric Serra. Les victimes exterminées sans rébellion (le père de Suu ferme les yeux en signe de consentement à son destin), les bourreaux cruels et pleins d’autosatisfaction. Fin du prologue. Mais pas du métrage.

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Besson décline sur ce mode dichotomique la quasi-totalité de son film, en usant souvent de la langue comme d’un révélateur de positionnement. Les militaires de la junte parlent birman (mise à distance avec le public) alors que Aung San Suu Kyi et ses sympathisants s’expriment volontiers en anglais (référence rassurante pour ce même public). Ce choix linguistique, cohérent lorsque Suu est en Grande-Bretagne ou qu’elle converse avec son mari (britannique) et ses enfants (anglophones) gagne en superficialité (et en facilité) quand elle se retrouve assignée à résidence à Rangoon, entourée de Birmans.

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Mais si l’ouïe nous pousse à ranger chaque intervenant dans sa catégorie, elle subit une autre attaque, et pas des moindres par l’entremise de la musique. Juke-box eighties à souhait, les compositions de Serra, déjà peu ragoûtantes hors contexte, squattent l’image à tout bout de champ. Omniprésentes, elles soulignent, surlignent, encadrent les émotions qu’on devrait éprouver voire se vautrent dans un emploi calamiteux (Suu en déplacement dans les montagnes birmanes sur une musique rappelant celle qui suivait Enzo et son frangin dans la Topolino du Grand Bleu, comique assuré, mais était-ce le but ?).

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Quant au scénario, il laisse sur sa faim les néophytes de la grande Dame. Jouant sur un montage qui alterne les époques et les lieux (Londres, Rangoon de 1988 à 2007 avec de nombreux trous temporels), The Lady n’évoque que très succinctement l’évolution politique de la Birmanie ou les tractations entre l’ONU et la junte pour se concentrer sur l’emprisonnement du personnage. Parti-pris a priori intéressant (se focaliser sur les conflits intérieurs du personnage et non sur la guerre larvée qui fait rage autour d’elle), Besson échoue toutefois à percer l’intimité de Suu.

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Le spectateur est coupé tout autant de l’histoire en marche derrière les murs de sa demeure, ne grignotant que quelques informations factuelles à la volée, que des pensées qui agitent l’héroïne. Cette femme est un mystère dont Besson n’a visiblement pas la clé. Les dilemmes psychologiques auxquels elle est acculée ne sont que peu mis en avant, sauf dans la dernière partie du film (la plus réussie), où Besson esquisse ce qui aurait pu composer le cœur de son sujet. Le mari de Suu, mourant, est coincé en Angleterre (les autorités birmanes lui refusant un visa).

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Suu se voit alors confrontée à un choix cornélien : être au chevet de son époux et soutenir ses enfants dans cette épreuve, quitte à abandonner son peuple ou demeurer à Rangoon pour continuer le combat de la démocratie, sans jamais revoir sa famille. Le film se défait (enfin) de son manichéisme scolaire lors de ce moment crucial, où la liberté potentielle de l’héroïne et ses obligations familiales se heurtent à ses convictions. Elle choisira finalement la Birmanie, embrassant définitivement son destin de figure sacrificielle d’un régime totalitaire.

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Il est à déplorer que Luc Besson ne soit pas parvenu (ou n’ait pas voulu) construire son récit autour de cette tension entre personnel et universel. The Lady aurait alors peut-être pu percer l’âme de cette combattante. La singularité de son combat et sa détermination inflexible l’ont transformée en héroïne tragique, source dramaturgique intarissable. Dommage que Besson n’en ait fait qu’une énième héroïne ordinaire.

 

Spécial Besson : Malavita!

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MALAVITA

LA CRITIQUE DE FANNY

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Adapté du roman de Tonino Benacquista, Malavita s’amuse de ses références cinéphiliques dans un film de pur divertissement, construit pour le plaisir récréatif de ses trois acteurs principaux.

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Fred Blake alias Giovanni Manzoni, repenti de la mafia new-yorkaise sous protection du FBI, s’installe avec sa famille dans un petit village de Normandie.
Malgré d’incontestables efforts d’intégration, les bonnes vieilles habitudes vont vite reprendre le dessus quand il s’agira de régler les petits soucis du quotidien…

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Il y a encore quelques années, une génération s’impatientait de voir Besson piétiner joyeusement le serment qu’il s’était fait lui-même de ne réaliser pas plus de dix films. Et pourtant, les projets venus rompre cette promesse initiale ont donné un goût amer à ce revirement : films formellement pauvres, encombrés de messages balourds et pompeux, et de personnages accablés du poids de leurs stéréotypes. Malavita s’annonçait comme l’espoir pour le cinéaste-producteur-entrepreneur de renouer avec un amusement plus primitif et dynamique, à la base même de son cinéma, et de lâcher prise au cœur d’un système pourtant devenu massif en termes d’outils de production. Adapté d’un roman de Tonino Benacquista, Malavita suit les aventures d’une famille mafieuse en planque dans un petit village de la campagne normande.

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Le casting de monstrueuses têtes d’affiche, la volonté de faire un film « d’époque » (années 90…) et d’assumer une violence bête et adolescente marquent clairement le plaisir retrouvé du réalisateur à diriger un film efficace, surrythmé, servi par des comédiens en pleine récréation et sous-tendu par une morale régressive. Le récit s’autorise des séquences entières d’outrance, et un aller-retour constant entre une forme – toute relative – de gravité et un humour potache et décalé, qui donne à Malavita sa caution de divertissement peu familial aux accents de vaudeville. Ultra-référencé, avec un scénario en forme de fanzine de cinéphile, le film ne s’épargne jamais le plaisir de mettre en scène De Niro dans une resucée comique assumée de ses rôles cultes – jusqu’à le mettre curieusement face à lui-même dans son personnages des Affranchis… A un point tel que le seul casting (Robert De Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones) prend des allures de fantasme cinéphilique et d’hommage aveuglé au cinéma américain.

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On ne peut que se réjouir que Besson retrouve un enthousiasme certain qui manquait à ses dernières réalisations, et de manière plus générale aux productions récentes d’EuropaCorp. La couche de sérieux feint qui plombait de grosses productions sans âme est ici éreintée par le pouvoir d’attraction des deux acteurs principaux, et par la conscience de fournir un produit essentiellement divertissant. Cette stratégie a d’ailleurs ses limites – aussitôt vu, aussitôt oublié, le film s’efface aussi vite qu’il est apparu, noyé dans l’ombre trop imposante de ses références et dans sa franchouillardise postiche.

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On ne peut s’empêcher de penser en regardant le film que s’est évanoui le temps béni où Besson alliait recherche de l’efficacité cinématographique, plaisir personnel et talent de réalisateur, sans s’interdire ni écarts de ton, ni échappées de violence. Malavita reste au fond bien peu subversif, et les personnages qu’il met en scène ne parviendront sans doute jamais au statut culte qu’ont pu atteindre Léon ou Korben Dallas. C’est un jalon supplémentaire dans une carrière paradoxale, mais qui du moins a évité de sombrer dans le vide.

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MALAVIA
États-Unis, France – 2013
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Michael Caleo, Luc Besson
d’après : Malavita
de : Tonino Benacquista
Image : Thierry Arbogast
Son : Didier Lozahic
Montage : Julien Rey
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
Producteur(s) : Virginie Silla, Ryan Kavanaugh
Interprétation : Robert De Niro (Giovanni Manzoni/Fred Blake), Michelle Pfeiffer (Maggie Blake), Dianna Agron ( Belle Blake), John D’Leo (Warren Blake), Tommy Lee Jones (Robert Stansfield)…
Distributeur : EuropaCorp
Durée : 1h51

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LA CRITIQUE DE PIERRE

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Le grand manitou de la production française avait beau avoir promis qu’il mettait un terme à sa carrière au tournant des années 2000, il signe aujourd’hui Malavita, son quinzième long métrage. Polar mafieux mâtiné de comédie et garni d’un casting américain à faire pâlir le box-office, le film se présente comme un blockbuster gaulois prêt à engranger les euros. Mais il est parfois dommage de ne pas tenir ses promesses.

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Adaptation éponyme du roman de Tonino Benacquista, Malavita joue avec les codes cinématographiques de la mafia immortalisés par Coppola et Scorsese (qui est d’ailleurs crédité en tant que producteur exécutif). Reprenant la figure du pentito (malfrat repenti ayant témoigné contre son camp et bénéficiant du programme de protection des témoins), incarné ici par Robert De Niro, le film suit les Manzoni (rebaptisés Blake), famille italo-américaine planquée dans un bourg normand pour échapper à la vendetta orchestrée par un Parrain new-yorkais. Alors qu’ils devraient tous faire profil bas, chaque anicroche avec un voisin offre l’occasion à un membre de la famille d’exprimer sa nature ultra-violente, quitte à se faire remarquer…

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Alors que le titre du film (et du roman) fait allusion au canidé du clan Manzoni/Blake, on aurait aimé qu’une partie de cette histoire soit observée à hauteur de chien. Cela aurait sans doute créé un point de vue inédit, idéal pour éviter les clichés. Mais que nenni. Besson enfile comme des perles tous les poncifs du film mafieux : l’incontournable scène de barbecue (la barbaque symbole d’une certaine virilité) où toutes les sommités mafieuses locales sont invitées, les femmes des mafieux qui parlent trop fort (et sont forcément plus décolorées qu’en version normande), les nappes à carreaux rouges et blancs, les scènes de prison à NYC où l’on mange de bonnes pasta en sirotant des vins italiens. Bref, on croit visionner un ersatz d’épisode des Soprano, pire, compulser « la mafia pour les nuls ».

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Mais fort de son goût pour les clichés, le réalisateur ne se contente pas de croquer avec bêtise les Américains. Grossiers personnages dotés d’un accent anglais à faire pitié (ne leur manquent que la baguette et le béret) ou fouineurs malintentionnés (et sales) mais étrangement parfaitement bilingues, les Français sont aussi bien servis. Si ce détail langagier peut paraître anecdotique, il se révèle rapidement le symptôme d’un irréalisme constant. Les adolescents normands parlent américain presque mieux qu’un yankee ou encore le film se déroule à la fin du siècle dernier (les francs sont encore en circulation), mais on s’envoie quand même des SMS par portable.

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Ce décalage linguistique s’explique sans doute par la volonté de complaire aux exigences de distribution américaine du film mais pour les anachronismes, on est en droit d’y voir une écriture bâclée qui préfère ne pas perdre de temps à brosser le portrait d’une autre France que celle attendue par les Américains. Cet asservissement aux stéréotypes les plus éculés catalogue définitivement Besson du côté des cinéastes opportunistes, plus intéressés par l’efficacité économique de leurs films que par une quelconque rigueur cinématographique. Ces raccourcis venant d’auteurs US sont souvent agaçants, mais émanant d’un cinéaste hexagonal, ils sont parfaitement inacceptables.

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On pourrait oublier (ou avaler) ces crampes scénaristiques si la réalisation osait un tant soit peu sortir de ses gonds bien huilés. Mais là encore, facilité à tous les étages. Après une scène d’ouverture brutale plutôt réussie (elle remémorera l’ambiance de Leon à certains), Malavita fait preuve d’un minimum syndical consternant. La violence y est banalisée sans jamais gagner une épaisseur signifiante à l’écran. La jeune Belle (Dianna Agron, la pom-pom girl de Glee), blonde, souriante se transforme ainsi en furie tabasseuse mais les coups tombent à plat.

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Pas crédible ou mal amenée, la scène fait pschitt. Et toutes les (nombreuses) autres séquences de baston sont à l’avenant. Pour un métrage sur le Milieu, ne pas maîtriser la mise en scène de la violence (de façon tragique ou comique d’ailleurs) rime avec catastrophe cinématographique. Toutefois, au milieu de ce naufrage, surnagent quelques secondes magnifiques. Invité à présenter un film dans le ciné-club du coin, De Niro se retrouve spectateur des Affranchis.

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Le gros plan de son visage, vieilli, ému, raconte plus sur cette époque révolue (le Nouvel Hollywood, le monde des gangsters old school, l’âge d’or d’un grand acteur) que tous les longs discours. Mais la parenthèse ne dure guère, et Malavita de retomber vite fait sur ses grosses pattes à coups d’explosions en tout genre.

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Spécial Besson: Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-sec

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Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec

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France – 2010
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson
d’après : la saga d’Adèle Blanc-Sec
de : Jacques Tardi
Image : Thierry Arbogast
Montage : Julien Rey
Musique : Éric Serra
Producteur(s) : Virginie Besson-Silla
Production : EuropaCorp
Interprétation : Louise Bourgoin (Adèle Blanc-Sec), Gilles Lellouche (Inspecteur Léonce Caponi), Nicolas Giraud (Andrej Zborowski)…
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Date de sortie : 14 avril 2010
Durée : 1h45

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En cette année 1912, Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste intrépide, est prête à tout pour arriver à ses fins, y compris débarquer en Égypte et se retrouver aux prises avec des momies en tout genre. Au même moment à Paris, c’est la panique ! Un œuf de ptérodactyle, vieux de 136 millions d’années, a mystérieusement éclos sur une étagère du Jardin des Plantes, et l’oiseau sème la terreur dans le ciel de la capitale. Pas de quoi déstabiliser Adèle Blanc-Sec, dont les aventures révèlent bien d’autres surprises extraordinaires…

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Oeuvre de technicien et de producteur, Les aventures extraordinaires d’Adèle-Blanc Sec marque une régression dans les ambitions artistiques de Luc Besson. On voulait bien fermer les yeux sur son incursion sympathique dans l’animation 3D avec la trilogie d’Arthur, mais force est d’admettre que le cinéaste, le petit génie du cinéma français derrière Le dernier combat, Nikita et Léon, cet auteur attachant qui plaquait à une écriture française l’efficacité démesurée du cinéma hollywoodien, a un peu disparu. Ce n’est pas qu’on ait grand-chose à reprocher à son adaptation des péripéties du personnage créé par Jacques Tardi, puisque le film remplit parfaitement sa mission de divertissement, mais aux USA, pour pareille manœuvre commerciale, on n’aurait pas forcément choisi un grand nom de son calibre, mais plutôt un faiseur transparent.

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« Les promesses n’engagent que ceux qui les croient » : la jolie phrase prêtée à Charles Pasqua résume en quelques mots une culture politico-médiatique en forme de miroir aux alouettes. Il n’y a qu’un pas à faire pour l’appliquer au cinéma, et Luc Besson nous tient la main : après tout, le poupon réalisateur n’avait-il pas annoncé vouloir s’arrêter à son dixième film ? Un Arthur après l’autre, une Adèle Blanc-Sec nous ont bien détrompés… Comment ? Vous dites ? « Ce n’est pas du cinéma » ? Ah, oui, en effet. Au temps pour moi.

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Avec Adèle Blanc-Sec, le danger était grand. Luc Besson, donc, avec le concours de la superbe saga de Jacques Tardi. Pourtant, dès les premières images, on se rend compte que quelque chose ne va pas. Les filtres de couleur exceptés, nous voici précipités en plein Amélie Poulain 1910, avec les mêmes procédés narratifs, mais sans le talent burlesque du Jean-Pierre Jeunet d’alors. Et le récit s’emballe. Voilà que défilent à l’écran flics, journalistes, explorateurs, amoureux slaves, ptérodactyles, chasseurs, président de la République, petits roquets, moutons, spirites, momies et bourreaux. Confiez un tel catalogue à Joe Dante, vous aurez une merveille – confiez la même chose à Besson : vous n’aurez rien.

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Le rythme du récit est précis : pas une séquence supérieure à deux minutes, et au moins un gag potache par séquence. Fertile en hommages / reprises pour le moins appuyés (avec une mention spéciale à Mathieu Amalric, parfaitement ridicule dans son personnage repris du René Belloq des Aventuriers de l’arche perdue), le film se veut conçu spécialement pour ne jamais susciter l’ennui. Verdict : c’est raté. On assiste avec circonspection au déroulement du grand huit – train fantôme que Besson semble avoir conjuré pour lui tout seul – comme si le réalisateur, qui semble retombé en enfance depuis les Arthur, avait décidé de se construire à son seul usage un bon gros jouet sorti de l’univers de Tardi.

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Est-ce ainsi que l’on fait du cinéma ? Il en va de l’œuvre de Michael Bay comme de celle de Luc Besson : plus on met d’argent dans la production, moins il semble qu’un moindre tempérament artistique soit présent. Comme dans les Transformers, l’amusement du réalisateur semble la seule constante – et si Besson s’amuse, tout le monde devrait s’amuser avec lui, non ? Non.

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Car, pour qu’Adèle Blanc-Sec suscitât le moindre intérêt, il aurait fallu que quelqu’un y crût, voulût donner corps à cette ribambelle glacée de sketchs sans âme. Mais Louise Bourgoin, qui fait sans doute de son mieux, surjoue et livre une performance de poissonnière, tandis que Besson lui-même semble avoir vraiment cessé de penser son cinéma. Parfaitement content d’aligner de jolies images sorties de sa vision de l’univers de Tardi, le réalisateur ne se pose aucune question. Mais il serait peut-être temps que Luc Besson se rende compte que de bonnes idées (ici tout de même passablement dévoyées) ne font pas seules un film, non plus qu’un budget conséquent. Il faudrait également un peu de talent, et d’implication de la part du réalisateur. Et de tout cela, Besson et son film en manquent cruellement.

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Spécial Besson : Arthur 3 – La guerre des deux mondes!

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ARTHUR LA GUERRE DES DEUX MONDES
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Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson d’après une idée originale de Céline Garcia, d’après l’œuvre de Luc Besson
Photographie : Thierry Arbogast
Direction artistique : Patrice Garcia – Philippe Rouchier
Effets visuels : BUF Compagnie
Musique : Éric Serra
Décors : Hugues Tissandier
Costumes : Olivier Bériot
Production : Emmanuel Prévost, Luc Besson
Sociétés de production : EuropaCorp
Société de distribution : EuropaCorp Distribution
Durée : 100 minutes
Dates de sortie : 13 Octobre 2010
Distribution : Freddie Highmore : Arthur, Mia Farrow : Daisy, la grand-mère d’Arthur, Robert Stanton : Armand, le père d’Arthur, Penny Balfour : Rose, la mère d’Arthur, Ron Crawford : Archibald, le grand-père d’Arthur, Lee Delong : Mme Karman, Antony Hickling : Douglas, Jean Betote Njamba : Chef Bogos, Steve Routman : Dr. Stitch, David Gasman : le garagiste, Selena Gomez, Iggy Pop, Lou Reed, Jimmy Fallon
Maltazard a réussi à se hisser parmi les hommes. Son but est clair : former une armée de séides géants pour imposer son règne à l’univers.

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Seul Arthur semble en mesure de le contrer… à condition qu’il parvienne à regagner sa chambre et à reprendre sa taille habituelle ! Bloqué à l’état de Minimoy, il peut évidemment compter sur l’aide de Sélénia et Bétamèche, mais aussi – surprise ! – sur le soutien de Darkos, le propre fils de Maltazard, qui semble vouloir changer de camp.
A pied, à vélo, en voiture et en Harley Davidson, la petite troupe est prête à tout pour mener le combat final contre Maltazard. Allumez le feu !

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Les gamins ont moyennement apprécié la fin ouverte du deuxième volet des aventures d’Arthur, La revanche de Maltazard. Celle-ci annonçait clairement l’arrivée imminente d’un troisième opus, laissant en suspens l’action et les tensions dramatiques, tout en frustrant les fans de la série en écartant le personnage de la princesse Sélénia.

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L’ultime épisode vient donc à point regagner son audience en lui offrant à peu près tout ce qu’elle vient chercher, à commencer par un meilleur équilibre entre les personnages. Les enfants adorent Arthur et ses aventures chez les Minimoys. Il n’y a qu’à voir leur réaction lors des projections (le film a été vu et apprécié avec le public) et ici le personnage, tantôt animé tantôt humain saura regagner leur coeur. Il est omniprésent, jeune incarnation du courage et des valeurs écologiques chères Luc Besson. Son combat est collectif et il ne vient pas faire de l’ombre aux personnages annexes qui abondent et se préparent à un affrontement final épique dans le monde des humains et à taille d’homme, s’il vous plaît !

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Aussi Sélénia, toujours doublée avec second degré par Mylène Farmer, espiègle et un tantinet irascible, est régulièrement de l’aventure, en compagnie du malin Bétamèche. Ce dernier a toujours une invention cocasse dans la poche. Ils font face au désormais gigantesque Maltazard qui prend le contrôle d’une petite ville en semant la terreur grâce à des moustiques géants ! Le grand méchant n’a jamais autant ressemblé à un drag queen et ses péripéties chez les humains sont souvent drôles, y compris pour l’adulte. Son fils, Darkos, qui se retrouve aussi souvent présent à l’écran, offre au film l’une de ses meilleures scènes, en se retrouvant déguisé en Dark Vador. La parodie de Star Wars fait mouche !

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Le monde fantastique des Minimoys s’agrémente toujours d’une exploitation flamboyante des merveilles de la nature. Une cavalcade en cloporte, une incursion au coeur d’un nid d’abeilles… les effets spéciaux brillent et se mélangent rigoureusement au monde des humains qui sert de toile de fond centrale au récit. Besson scénariste emprunte régulièrement des « guests » des anciens volets qui font ici une réapparition. C’est le cas d’une abeille ou d’une fourmi, vue précédemment.

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Exit l’infiniment petit, ce dernier épisode de la saga se déroule chez les grands de ce monde et donc en toute logique, les acteurs faits de chair et d’os jouent un rôle prépondérant, notamment le grand-père du jeune blondinet. Ce qui, a priori, n’est pas forcément une bonne nouvelle puisque le point faible de toute la saga réside justement dans ces séquences live, pour la plupart au ton artificiel embué de mièvrerie, dont la seule fantaisie semble se concentrer sur le surjeu médiocre des comédiens (cf. les parents d’Arthur).

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Pourtant, est-ce par habitude et capitulation face à une trilogie cohérente (sacré Luc et ses Macdo !), les humains ne sabordent pas totalement cet épisode. L’intrigue est suffisamment dynamique et les ressorts comiques efficaces pour satisfaire pleinement le public. En tout cas, la salle, elle, riait ! Gage de succès pour le réalisateur dans son approche plus commerciale qu’artistique, il est vrai.

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A la fin du deuxième épisode, le spectateur était laissé en plan sur l’arrivée de Maltazard (le grand méchant de la série) qui s’affranchit de sa petite taille et met les pieds dans la cour des grands alors qu’Arthur est toujours haut de trois millimètres. Après un bref résumé de la situation pour les néophytes, Arthur 3 reprend l’action exactement là où on l’avait laissé. Il s’agira pour Arthur d’arrêter son rival par tous les moyens possibles, à commencer d’abord par regagner une taille décente! Quant à lui, Maltazard s’amuse à mettre le monde à feu et à sang, après avoir convoqué son armée.

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Vous l’aurez sans doute compris, ce troisième épisode a pour ambition d’être le bouquet final de la série, avec une suite quasiment ininterrompue de scènes d’action. Et il faut bien avouer que, de ce côté là, c’est très réussi. Ca ne s’arrête jamais! Mais le mieux dans tout ça c’est que l’univers est respecté (au début du film surtout, avec la scène d’introduction qui rivalise d’ingéniosité avec les épisodes précédents), on retrouve avec plaisir des personnages avec qui on a vécu de nombreuses aventures. On se demande vraiment comment Arthur va réussir à renvoyer Maltazard parmi les petits êtres que son les Minimoys!

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Mais Arthur et les Minimoys ce n’est pas seulement un monde d’images de synthèse, c’est aussi un film habituel, avec des acteurs en chair et en os. Et, par son scénario, ce troisième épisode permet d’être plus présent dans le monde réel et donne lieu à de nombreuses scènes comiques, grâce aux personnages bien benêts des parents d’Arthur. Notons d’ailleurs le soin qui a été porté aux enchainements entre les scènes en image de synthèse et les scènes en live action. Si certains enchainements sont parfois tirés par les cheveux, il faut bien avouer que, dans l’ensemble, le film gagne grandement en fluidité grâce à ce procédé.

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Seul ombre au tableau, les gags qui sont utilisés et réutilisés jusqu’à ce que mort s’en suive. A force ça devient assez lourd, même si on comprend bien quel public était visé par ces gags. Le personnage de Darkos, qui devrait bientôt entrer dans le Panthéon des punching balls du cinéma, en devient presque un personnage de dessin animé auquel on fait subir toutes les plus grandes atrocités. Ca finit par lasser, surtout que certains de ces gags surviennent à des moments où le personnage est en pleine introspection. Du coup, ça gâche un peu l’effet.

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Finalement, Luc Besson se rattrape bien après un deuxième épisode qui se caractérisait par un trou béant en terme de scénario. Arthur et les Minimoys 3 : la guerre des deux mondes est tout ce que le deuxième épisode aurait dû être, à tel point qu’on se prend à imaginer telle scène du dernier épisode dans le deuxième et vice-versa. On comprendrait presque ce qui a motivé l’équipe dans le deuxième épisode pour réserver un véritable feu d’artifice pour clore la saga. Un film qu’il serait dommage de rater si vous avez aimé le premier épisode.

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Spécial Besson : Arthur et la vengeance de Maltazard!

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ARTHUR ET LA VENGEANCE DE MALTAZARD
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France – 2009
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson
d’après : le roman Arthur et la vengeance de Maltazard
de : Luc Besson, Céline Garcia
Image : Thierry Arbogast
Montage : Julien Rey
Musique : Éric Serra
Producteur(s) : Luc Besson
Interprétation : Freddie Highmore doublé par Yann Loubatière (Arthur), Mia Farrow (la grand-mère), Jimmy Fallon doublé par Cartman (prince Bétamèche), Snoop Dogg doublé par Rohff (Max), Robert Stanton doublé par Jean-Paul Rouve (Armand le père), Lou Reed doublé par Gérard Darmon (l’empereur Maltazard), Penny Balfour doublée par Frédérique Bel (Rose la mère), Ronald Crawford doublé par Michel Duchaussoy (Archibald le grand-père), Selena Gomez doublée par Mylène Farmer (Sélenia), Will.i.am doublé par Omar Sy (Snow), Fergie doublée par Fred Testot (Replay)…
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Durée : 1h34

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Ça y est : Luc Besson est devenu officiellement un parjure. Après avoir déclaré, répété, promis, craché toute sa carrière durant qu’il ne réaliserait ni plus ni moins que dix films (pourquoi cette contrainte ? comme ça, parce que, pour la légende), le voici qui sort son onzième. Mais faut-il s’étonner que l’homme renâcle autant à lâcher son petit artisanat, lui qui a toujours défendu – en réalisateur comme en producteur – un cinéma-cocon qui rassure, berce, flatte, infantilise ?

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Premier héros récurrent de Besson (si on excepte « Victor le nettoyeur » de Nikita qui s’est vu recycler en Léon), Arthur revient donc pour de nouvelles aventures, et fera comme dans le premier épisode un va-et-vient entre le monde que nous connaissons (enfin, presque : un monde de fiction familiale américaine bêtasse des années 1960, mais éclairée comme une pub pour huile de cuisine) et celui des Minimoys (minuscules créatures d’une société au look végéto-insectoïde revisité façon Cinquième Élément).

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Qu’importe les péripéties du blondinet, le sort de ses proches ou la fameuse vengeance de Maltazard : le scénario et les enjeux dramatiques, pas plus évolués que ceux d’un épisode de mauvaise série animée, tiennent sur une feuille de papier à cigarettes, ou plutôt sur le grain de riz qu’Arthur reçoit au début du film en guise d’appel au secours – naïveté imposée en règle absolue comme si, selon le préjugé moisi et invalidé depuis longtemps, c’était l’essence même du film pour enfants. Comme les autres incursions de Besson dans des sous-genres cinématographiques habituellement associés à Hollywood, les Arthur sont, avant tout, à la fois le fruit d’envies personnelles un peu puériles de raconter des histoires qui plaisent à tout le monde, et des tentatives plus professionnelles de s’imposer dans un domaine peu familier au cinéma français en agitant le drapeau national.

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Ici, en l’occurrence, c’est l’évasion dans un univers de fantasy animé en 3D qui nous est proposée. Non pas que ce genre soit tout à fait nouveau en France déjà théâtre de quelques coups d’essai (le souvenir s’estompe déjà d’un des plus ambitieux : Kaena – La Prophétie de 2003), mais Besson compte bien ramasser avec sa saga et ses moyens (voir la ribambelle de stars de cinéma et de musique qu’il convoque pour les voix) ce que ses prédécesseurs ont manqué : le succès commercial. Quitte à ce qu’à force de vouloir fédérer son (plutôt jeune) public à tout prix, le semblant de fantasy qu’il déploie ne se résume qu’à une pauvre fumisterie.

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Le monde des Minimoys a beau étaler son petit imaginaire, sa fantasy n’est que fantaisie simili-disneyenne au plus médiocre, où aucune échappée de l’esprit n’est possible. D’abord parce que sa direction artistique ressemble trop à un recyclage de précédentes créations bessonniennes (Le Cinquième Élément, on n’y échappe pas) pour convaincre d’une quelconque singularité. Ensuite parce qu’en émule peu inspiré de l’oncle Walt, le réalisateur n’a pu s’empêcher, pour bien conformer le public dans ses références, de parsemer cet univers de gros clins d’œil bien gras à la société contemporaine, ou plutôt à ses clichés, notamment ethniques au travers de personnages comme Max le sidekick à coupe et phrasé de caricature de rasta (on repère aussi un cuistot typé italien…).

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Enfin, parce que le monde « normal » (soit la maison de campagne familiale baignée à l’éclairage de pub) en vis-à-vis duquel il fait s’agiter ses mignons Minimoys s’avère, au moins par le passéisme enluminé qui l’imprègne, aussi fantasmé, truqué et au goût douteux que le petit monde de ces derniers. En vérité, le seul univers cinématographique qui prend chair dans cette saga « arthurienne », et auquel nul humain ou Minimoy n’échappe, n’a rien de dépaysant : on le connaît depuis un peu plus de vingt-cinq ans maintenant. C’est celui né de la vision du monde régressive, racoleuse, fuyant la confrontation avec le réel, dont laquelle se complaît Luc Besson depuis qu’il fait des films.

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Plus de vingt-cinq ans, déjà, que l’homme exalte un divertissement se voulant formellement dynamique et rejeton du cinéma de genre hollywoodien, empruntant son maniérisme à la fois au cinéma d’action mal digéré et à la pub. Qu’il se plaît à raconter des histoires toutes simples, avec des gentils bien gentils, des méchants très méchants, parfois un semblant de spiritualité accessible à tous (pas prise de tête, surtout, car chez Besson, on n’aime pas les intellos). Que ses héros, tous des innocents (ou au moins des gens sympas, comme les tueurs à gages qui boivent du lait, soignent leur plante verte et ne tuent que les méchants, cf. Léon) brisés par le système dégueulasse, aspirent sous son regard compatissant voire complaisant à retourner à leur état originel comme de petits enfants au sein de leur mère.

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Le moindre recoin d’un film réalisé par Besson, muni de ses gros jouets contrefaits sur les modèles américains, manifeste un refus viscéral de grandir, de regarder le monde en face, de laisser tomber ses propres petites conceptions préfabriquées, simplistes et assez rances de la vie, de l’enfance, de l’amour, de l’autre. Jean-Pierre Jeunet ferait pour lui un fils spirituel parfait – même inavoué : plus doué en arts plastiques, un peu plus roublard et « branché » aussi, mais tout aussi renfermé sur son petit univers au sourire atrocement forcé, régi par des règles autojustifiées, déconnectées du réel et se refusant à toute discussion.

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C’en est à tel point qu’il est difficile de dire, dans ce refus d’assumer une position de cinéaste adulte et responsable dans le monde, ce qui relève de l’opération publicitaire fédératrice ou de la vision personnelle de l’existence (laquelle rendrait l’individu vraiment à plaindre). En tout cas, l’attitude se retrouve avec une simplicité confondante dans la réplique que le cinéaste fit un jour à la si méchante critique française dont il comptait discréditer l’agressivité : un film, à l’en croire, serait « un objet gentil ».

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Comprenons : un objet qui n’agresse personne, qui caresse son public dans le sens du poil, qui le conforte dans ses certitudes, ses fantasmes et ses préjugés sur le monde.
Avec une telle conception du cinéma, il n’est alors pas si paradoxal que le grand gamin devenu puissant producteur exploite les ficelles les plus démagogiques et parfois les plus méprisables du divertissement populaire. Qu’au rayon comédie d’action, il fasse recycler par Krawczyk, Pirès et compagnie, sous une forme tenant du tuning visuel, le pire de la veine comique de nos années 1970 entre Jean Girault et Max Pécas. Qu’au rayon drame, il préfère systématiquement ceux aux ressorts les plus convenus (même signés de cinéastes promus en auteurs populaires, tel Xavier Giannoli).

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Ou qu’il s’autorise, quand il est d’humeur audacieuse, des coups marketing miteux surfant sur des vagues commerciales, comme les mythiques Rivières pourpres 2 ou la série Z d’horreur Frontière(s). Le cinéma selon Besson doit divertir, exclusivement, facilement et par tous les moyens, partant du principe que le spectateur de cinéma est lui aussi, exclusivement, un grand enfant à satisfaire…

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Au bout du compte, sa récente incursion dans le film pour enfants a tout l’air d’une grossière hypocrisie : la naïveté (trop) facilement associée au genre lui est bien commode pour se vautrer une fois de plus dans la bêtise forcenée, régressive et bien moisie sur les bords.

Spécial Besson : Arthur et les Minimoys !

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ARTHUR ET LES MINIMOYS

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France – 2006
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson, Céline Garcia
d’après : l’univers des Minimoys
de : Patrice Garcia
Image : Thierry Arbogast
Décors : Hugues Tissandier
Costumes : Olivier Beriot
Montage : Yann Hervé, Vincent Tabaillon, Karim Benhammouda
Musique : Éric Serra
Producteur(s) : Luc Besson, Emmanuel Prévost
Production : EuropaCorp, Avalanche Productions, Apipoulaï, The Weinstein Company
Interprétation : Freddie Highmore (Arthur), Mia Farrow (la grand-mère d’Arthur), Madonna / Mylène Farmer (princesse Selenia), David Bowie / Alain Bashung (Maltazard), Snoop Dog / Rohff (Max), Marc Lavoine (Darkos)…
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Date de sortie : 13 décembre 2006
Durée : 1h35

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On connaissait la Table Ronde, les épopées chevaleresques, voici les « nouveaux » héros de Luc Besson : Arthur, un enfant sorti tout droit d’une imagination fertile, et des petits bonshommes qui oscillent entre Dragon Ball Z et Final Fantasy (mais si, ces magnifiques jeux vidéo à la pointe de l’esthétique graphique). Luc Besson, curieusement, a attendu Noël pour sortir ce qui devrait être malheureusement son dernier opus. On est tous en deuil, évidemment.

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Arthur est malin, aime les animaux, les gadgets, sa grand-mère fine cuisinière, et il va lui arriver un tas de choses extraordinaires. Il va entrer dans un monde merveilleux et on ne peut plus original où un gentil roi tente de combattre un méchant roi.
Le gentil roi gouverne le peuple des Minimoys, vivant sous terre, peuple composé de petits gnomes aux brushings douteux et aux voix de doublage on ne peut plus énervantes (Luc Besson déclare à ce propos : « Qui, mieux que Mylène Farmer, en France, pouvait prêter sa voix à la rousse Sélénia ? », une bien bonne question…). Arthur aime aussi son grand-père, un aventurier à la Stanley ou à la Livingstone qui a disparu deux ans plus tôt, et qu’il retrouve en traversant le miroir pour aller sauver les Minimoys. Parce que, ô surprise, il va les sauver. Arthur a plus d’un tour dans son sac, et Luc sur son compte en banque.

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On vous passe les détails, une grand-mère endettée et poursuivie par de méchants (encore eux) propriétaires avides d’argent aux propos racistes, des personnages animés sans saveur ni humour malgré les tentatives comiques d’un scénario quasi inexistant. La touche Besson, c’est le mélange de film et de dessin animé : le projet a mis deux ans à se concrétiser. On espère, au moins, que quelques intermittents du spectacle ont pu fournir ainsi leurs heures.

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Luc Besson s’est probablement dit qu’en mélangeant tous les classiques Disney, d’Alice au pays des merveilles pour l’entrée dans un monde merveilleux à Merlin l’enchanteur pour l’épée salvatrice d’Arthur, on ne pouvait faire qu’un carton au box-office à une époque où l’être humain, entre deux vitrines de fin d’année, ne demande qu’à se divertir avec ses rejetons. Parions qu’Happy Feet, d’un niveau incomparable, raflera la mise à sa place (en fin d’année 2006).

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SPIDERMAN de SAM RAIMI!

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SPIDERMAN

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Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités : à la vision de Spider-Man, on se dit que Sam Raimi a appliqué à la lettre les propos de l’oncle de Peter Parker, se réappropriant ainsi la problématique du héros masqué. Ses pouvoirs peuvent se résumer à une connaissance absolue du comic et un sens visuel presque unique au monde (l’homme est tout de même l’auteur de plans inouïs à l’image dans Evil Dead 2 de cet oeil qui traverse les airs pour finir dans la bouche d’une demoiselle hurlant devant tant d’horreur).

Sa terrible responsabilité : ne pas décevoir les millions de fans de la bande dessinée et accessoirement rapporter un paquet d’argent à ses employeurs qui ont misé gros (139 millions de dollars) sur un poulain n’ayant jamais démontré son aptitude à signer un hit commercial. Conscient donc de la situation certes excitante mais ô combien ardue qui l’attendait, Sam Raimi s’est sans doute rappelé ce à quoi tout (bon) film doit s’atteler : raconter une histoire et développer des personnages.

Titre : Spider-Man
Réalisation : Sam Raimi
Scénario : David Koepp, d’après l’œuvre de Stan Lee
Directeur de la photographie : Don Burgess
Musique : Danny Elfman
Créateur des costumes : James Acheson
Montage : Arthur Coburn
Production : Laura Ziskin et Ian Bryce
Producteurs délégués : Stan Lee et Avi Arad
Distribution : Columbia TriStar Films
Pays d’origine : États-Unis
Genres : Action, fantastique, super-héros
Durée : 121 minutes
Budget de production : 139 000 000 $
Dates de sortie : 12 juin 2002
Distribution : Tobey Maguire, Willem Dafoe, Kirsten Dunst, James Franco, Cliff Robertson, Rosemary Harris, J. K. Simmons, Bill Nunn, Gerry Becker, Michael Papajohn, Stanley Anderson, Elizabeth Banks

Ceux qui connaissent la bande dessinée le savent pertinemment, Spider-Man, avant de montrer un super-héros aux formidables pouvoirs se lancer dans des combats titanesques avec des vilains aux capacités toutes aussi impressionnantes, raconte la mutation d’un jeune adolescent en un homme transi d’amour pour la belle Mary Jane mais qui n’arrive pas à lui dire qu’elle est la femme de sa vie. Bref, c’est l’histoire d’un cruel dilemme, celui d’un ado mal dans sa peau qui doit accepter un nouveau statut ; à la fois la possibilité de se faire aimer par celle qu’il désire (car Mary Jane s’entiche de Spider-Man) sans qu’elle sache de qui elle est réellement amoureuse. En décortiquant dans les moindres détails cette problématique, Spider-Man s’impose comme une sorte d’ultime teenage movie, à la maturité totale.

D’ailleurs tout est parfaitement délimité dans la brillante séquence inaugurale où l’on découvre nos deux tourtereaux dans le bus de l’école (enfin presque, Parker essayant désespérément de le rattraper à la course) alors même qu’en voix off, notre futur Spidey nous propose de nous raconter dixit la seule histoire qui mérite réellement d’être évoquée, celle d’un garçon amoureux d’une fille.

Spider-Man sous ses allures de grosse machine à dollars bourrée d’effets spéciaux (ce que le trailer laissait avant tout présager) est donc avant tout une simple love story, l’histoire d’un jeune homme ordinaire et maladroit qui a le béguin pour « the girl next door ».

Véritable récit métaphorique sur le difficile passage dans le monde adulte (toutes les situations inattendues que doit affronter Parker face à son corps en mutation) Spider-Man, à l’instar d’un autre grand film de super-héros (Superman) insiste longuement (près d’une heure) sur la transformation subie par Peter Parker.

Respectant presque à la lettre la bande dessinée créée par Stan Lee et Steve Ditko (les rares transgressions s’avèrent même être de bonnes initiatives à l’image de ce mix des éléments dramatiques survenus aux deux fiancées de Peter Parker) Sam Raimi et son scénariste, David Koepp, ont parfaitement réussi à faire ressortir la dualité et le dilemme qui touche presque tous les super-héros.

Car si cela peut sembler cool de pouvoir faire des bonds démentiels dans les airs, avoir une force hors du commun ou encore pouvoir sentir les choses avant qu’elles ne surviennent (la scène au lycée lorsque Parker est attaqué par le petit ami de Mary Jane le stigmatise de manière visuellement bluffante avec une ré-appropriation hilarante du bullet time qui permet à Raimi de réussir un plan séquence aérien – Peter parvient à voir ce qui se passe dans son dos, le tout en slow motion), l’apprentissage et surtout l’acceptation des ces formidables pouvoirs sont tout sauf aisés.

À ce titre, que ce soit sur le mode comique (la patte Sam Raimi depuis ses débuts très Tex Avery sous acide au travers des Evil Dead) lorsque Parker s’essaye pour la première fois à lancer sa toile, fabrique son costume ou trouve son nom de scène ou sur le mode dramatique (notre héros ne prenant conscience de ses capacités et surtout de ses responsabilités qu’après la mort de son oncle, le sentiment de culpabilité étant alors décisif), la transformation de Peter Parker en Spider-Man est bien l’un des moteurs principaux du récit.

Si on s’est longuement attardé sur les thèmes développés par Sam Raimi, c’est qu’ils ont une importance essentielle aux rapports que l’on peut avoir avec le récit et notamment ses multiples scènes d’action. Car, oui, il est temps de le souligner : la deuxième partie de Spider-Man dépote grave. Mais justement, alors qu’un film comme Blade 2 se contente d’être jouissif (certes énormément) en accumulant les péripéties et les luttes acharnées aux moyens d’effets numériques et mouvements de caméra délirants et laisse ainsi s’immiscer une distance entre les protagonistes et le spectateur, Spider-Man est parvenu à captiver son audience en faisant d’abord vivre ses personnages. Alors quand on découvre Spider-Man entrer véritablement en action pour la première fois dans une séquence d’anthologie qui le voit poursuivre à travers les rues de New York l’assassin de son oncle, la scène se charge d’une intensité plus forte décuplant son efficacité.

De même, si le recourt aux images de synthèse pour permettre à l’homme araignée de se mouvoir de façon aussi impressionnante dans l’espace (en ce sens, la mise en images des séquences renvoie directement, pour notre plus grand bonheur, aux pages de la bande dessinée) peut paraître parfois limite, donnant trop l’impression d’assister justement à des séquences crées par ordinateur, on n’en tient pas (trop) rigueur à Sam Raimi et consorts tant on n’oublie pas, dans un coin de notre tête, que derrière la synthèse se cache un homme avec ses doutes, ses problèmes mais aussi ses convictions. On peut dès lors savourer sans retenue les multiples morceaux de bravoure concoctés par un Sam Raimi qu’on avait pas vu aussi inspiré depuis Darkman, film qui à posteriori peut être considéré comme un fantastique galop d’essai aux aventures de Spider-Man tant le cinéaste utilise les mêmes méthodes filmiques et scénaristiques pour parvenir à ses fins.

Pour les combats d’anthologie, encore fallait-il parvenir à offrir à Spider-Man un adversaire à sa taille. Faisant sienne la célèbre devise d’Hitchcock (plus le méchant est réussi, plus le film l’est), Sam Raimi propose un époustouflant nemesis à son homme-araignée : Le bouffon vert. Magistralement interprété par Willem Dafoe (sa scène schizophrénique face au miroir restera comme l’un des instants les plus vertigineux du film), il dépasse largement le cadre du simple bad guy. En le présentant comme un personnage damné, un monstre incompris, sorte de version sombre de Spider-Man, Sam Raimi oblige le spectateur à ressentir un fort sentiment de compassion.

Travaillant à fond sur l’ambivalence de ces deux êtres exceptionnels qui ne peuvent en aucun cas s’identifier aux humains (on retrouve là encore un des leitmotiv de toute bonne histoire de super-héros qui se respecte, à savoir l’interrogation sur l’utilité de protéger des personnes qui rejettent leur sauveur par peur de la différence), Sam Raimi parvient à rendre leur affrontement terriblement séduisant, car à tout moment, la ligne entre le bien et le mal est susceptible d’être franchie par un Spider-Man ne sachant plus vraiment vers qui se tourner si ce n’est vers cette sorte de substitut de père que peut (ou veut) représenter le bouffon vert.

Difficile de ne pas évoquer avant de conclure la performance des comédiens, d’autant plus qu’à l’époque du casting, les fans se sont empressés d’émettre de sérieux doutes quant à la capacité du couple vedette d’être crédible. Si la transposition d’un roman peut facilement prêter à la trahison sans que cela soit nécessairement néfaste à l’adaptation cinématographique, la bande dessinée et ses images ne pardonnent presque aucune liberté, ne serait-ce que dans la représentation physique des personnages.

Ainsi, l’aisance et le naturel avec lequel Tobey Maguire et Kirsten Dunst se sont glissés dans la peau de Spider-Man et Mary Jane, laissent pantois d’admiration. À l’image de la bouleversante déclaration d’amour interposée que Peter Parker fait à Mary Jane, le spectateur croit à chaque instant à la véracité des sentiments et des situations.

EN CONCLUSION : Enthousiaste au possible car ayant enfin retrouvé pleinement le plaisir depuis longtemps perdu du blockbuster spectaculaire et intelligent qui fait naître un réel plaisir de cinéma, on sort de la projection avec le sentiment d’avoir vu pour les années (décennies) à venir LA référence de l’adaptation de comics au cinéma.