Date de sortie : 23 décembre 1994 (États-Unis), 12 avril 1995 (France)
Réalisateur : Steven E. de Souza
Acteurs principaux : Jean-Claude Van Damme, Raul Julia, Ming-Na, Kylie Minogue, Roshan Seth, Wes Studi, Byron Mann, Damian Chapa, Jay Tavare, Grand L. Bush, Peter Navy Tuiasosopo, Andrew Bryniarski, Gregg Rainwater
Genre : Action, arts martiaux
Nationalité : Américano-japonais
Compositeur : Graeme Revell
Scénariste : Steven E. de Souza
Société de production : Capcom Entertainment
Budget : 35 millions de dollars
Goooooooooooog morning Shadaloo !!

Plus que jamais mis sous les projecteurs suite au grand succès de Timecop en 1994, Jean-Claude Van Damme s’apprête à connaître un important tournant dans sa carrière avec un des films les plus marquants de son époque. Troisième adaptation américaine d’un jeu vidéo après Super Mario Bros. et Double Dragon, Street Fighter L’Ultime Combat s’inscrit dans la lignée de la version ultime de Street Fighter II, déjà décliné en manga et comics, ainsi qu’en long métrage animé quelques mois plus tôt. Il est écrit et réalisé par Steven E. De Souza, essentiellement connu pour des scénarios de films comme Commando, Running Man et Piège de Cristal.


S’affranchissant des classiques tournois d’arts martiaux qui envahissaient les films du genre depuis plusieurs années, Street Fighter L’Ultime Combat fait le choix d’une adaptation à l’américaine dans un univers plus réaliste, plus urbain avec l’intervention de l’armée et l’organisation de combats clandestins. Le film commence in medias res avec une musique épique montrant le logo Street Fighter avant d’enchaîner sur des reportages de guerre, où l’on découvre une Chun Li devenue journaliste sous les traits de Ming-Na (Urgences, Mulan, Stargate Universe). Jean-Claude Van Damme y incarne Guile, gradé colonel, alors présenté comme le personnage principal pour mieux aller de pair avec le scénario du jeu vidéo, où il cherche à éliminer Bison pour venger son ami Charlie, ici retenu prisonnier.


Gradé général, le célèbre dictateur est brillamment interprété par Raul Julia (Présumé Innocent, La Relève, La Famille Addams), auquel le film est dédié suite à son décès juste avant la fin du tournage. Ce dernier demandant vingt milliards de dollars pour relâcher les nombreux otages qu’il retient prisonniers, un compte à rebours de trois jours est lancé pour localiser sa base et l’arrêter. Envisageant d’abord d’inclure sept ou huit personnages pour ne pas trop s’éparpiller, le réalisateur se voit finalement contraint d’en ajouter sans cesse à la demande de Capcom, qui s’implique très tôt dans le projet. Jean-Claude Van Damme et Raul Julia prenant à eux seuls une bonne partie du budget, De Souza doit alors faire avec les moyens du bord pour recruter des acteurs moins connus tout en laissant la ressemblance avec les personnages du jeu au second plan.

Jusqu’à ce que la planète soit sous la bienveillante emprise de la paix… bisonique !

Joués par Byron Mann (Crying Freeman, Catwoman, L’Homme aux Poings de Fer) et Damian Chapa (Piège en Haute Mer, Les Princes de la Ville), Ryu et Ken deviennent deux arnaqueurs qui tentent de vendre de fausses armes à Sagat, incarné par Wes Studi (Danse avec les Loups, Le Dernier des Mohicans, Heat), ce dernier servant de fournisseur à Bison. Démasquant rapidement la supercherie (« Voyons messieurs, vous n’avez tout de même pas peur de vos propres armes ? »), Sagat les fait alors participer à ses combats clandestins, où Vega officie comme son champion. Chun Li est quant à elle accompagnée par un Honda devenu perchman tout en passant étrangement de sumo japonais à hawaïen, ainsi que par un Balrog cameraman ayant dû raccrocher ses gants sous les traits de Grand L. Bush (Permis de Tuer, L’Arme Fatale 2, Demolition Man).


Joliment interprétée par la chanteuse Kylie Minogue, Cammy devient lieutenant aux côtés de Guile tandis que Gregg Rainwater incarne un T. Hawk devenu sergent. Joué par Andrew Bryniarski (Hudson Hawk, Batman Returns, Rollerball), Zangief se présente comme un des principaux hommes de main de Bison aux côtés de Dee Jay, qui préfère jouer les blacks de service aux répliques cinglantes plutôt que se battre (« – Grande nouvelle, toutes mes félicitations ! – Je suis en deuil, imbécile ! – Oookay… »). Sous les traits de Roshan Seth (Gandhi, Indiana Jones et le Temple Maudit, Jamais sans ma Fille), Dhalsim se réinvente comme scientifique forcé par Bison de modifier génétiquement Charlie pour en faire une machine à tuer portant le dog tag de Carlos Blanka. Pour éviter l’intégration détonante d’un simple clone de Bruce Lee, Fei Long est écarté du scénario au profit du capitaine Sawada, un officier placé sous les ordres de Guile.


Apparaissant pour la plupart d’abord en civil, les personnages sont montrent assez inégaux au niveau de leur ressemblance avec leurs modèles. Ryu et Ken sont clairement mis au second plan malgré leurs combats réguliers (« – Désolé de t’avoir entraîné là-dedans. – Et moi de t’avoir écouté ! »), T. Hawk n’a plus grand-chose à voir avec un lutteur amérindien tandis que Dhalsim semble avoir oublié qu’il est censé être un bonze venant d’un village lointain. Le plus étonnant est qu’on le voit soudainement avec une apparence fidèle au jeu lors de sa dernière scène, comme si le budget du film s’était réveillé un peu trop tardivement. Encore non apparu dans la saga à cette époque, Charlie se transforme carrément en Blanka, avec un physique assez approximatif et un visage plus déformé que réellement monstrueux.


D’autres personnages sont bien mieux mis en avant, à commencer par Guile malgré sa coiffure simplifiée et son humour décalé (« Quoi de neuf à part ça ? ») ainsi que Chun Li que l’on reconnaît encore plus quand elle porte son costume. Kylie Minogue fait honneur à Cammy avec un rôle militaire qui lui ressemble, Honda s’affranchit de son modèle tout en parvenant à arborer un faciès convaincant tandis que Zangief est immédiatement reconnaissable, avec une attitude de monsieur muscle abêti qui le rend particulièrement drôle (« – Le général Bison… c’est lui le méchant de l’histoire ? Si tu le sais, pourquoi tu travailles pour lui ? – Parce qu’il m’a payé un salaire phénoménal, pauvre cloche ! – Tu as été… payé !? »). Si Balrog se montre tout juste correct, Dee Jay se contente d’expressions faciales bien clichées, Vega ne s’en sort pas trop mal avec son masque (« – Vega ! – Où en étions-nous ? – Tu perdais je crois ! ») et son visage tandis que Sagat manque de carrure mais a vraiment une bonne tête avec son crâne rasé et son monocle noir (« Moi j’aime jouer en direct… et sans filet ! »). Quant à Bison, il a un costume très convaincant tout en dégageant un certain charisme malgré ses yeux globuleux et pas mal de scènes surjouées (« Avance, c’est ton heure de gloire ! »).

Ce que j’essayais de vous dire,
c’est qu’on est du même côté !

Street Fighter L’Ultime Combat comporte de nombreux clins d’œil à Street Fighter II, aussi bien généraux que dans les techniques et les poses des personnages. On trouve notamment les boutons typés arcade des armes de défense de Bison et un iconique « GAME OVER » quand il détruit le vaisseau de Guile, Dee Jay qui mentionne la Jamaïque, la maquette de Shadaloo qui a la forme du logo du jeu, la présence d’une grande cloche dans l’antre de Bison ou encore des barils qui sont détruits en plein combat. Au niveau des coups spéciaux, on peut noter les placages de Honda, ses mille coups de poing et sa pose de victoire où il fait un tour avec sa tête, ses traces de sang sur le visage rappelant même le maquillage qu’il arbore dans le jeu vidéo.


Le film voulant être plus réaliste, l’absence de boules d’énergie comme le sonic boom et le yoga flame sont compréhensibles, mais le Hado-Ken express de Ryu visible par un simple flash fait autant de peine à voir que le dragon punch debout et le tatsumaki de Ken. Guile démontre ses capacités au combat avec deux superbes flash-kicks et un magnifique coup de pied près du sol, Blanka semble électrocuter le surveillant du laboratoire au moment où il l’attrape, Cammy effectue une prise avec ses jambes et Chun Li surprend le spectateur avec plusieurs coups de pied face à Bison. Tandis que Balrog donne quelques coups de poing dont un en chargeant avec un jingle cartoonesque, Vega effectue une roulade suivie d’un coup de griffes, Sagat donne quelques coups de genou et Bison obtient le pouvoir de léviter pour foncer sur son adversaire en alternative bienvenue de sa puissante tornade (« Un souci, colonel ? Tu étais préparé à combattre un fou, mais à la place, tu t’es retrouvé en face d’un dieu ! »). Cherchant toujours à personnaliser le tout, Street Fighter L’Ultime Combat se permet même de rajouter des prénoms ou noms de famille à certains personnages, ce qui aboutit alors à Ryu Hoshi, Carlos Blanka, William Guile, Chun Li Zhang et Victor Sagat.


Très classique et à l’univers déjà vu de nombreuses fois dans des films d’action, le film s’en sort pourtant bien grâce à une narration très efficace dans l’enchaînement et l’alternance des scènes, notamment lors des combats qui ont lieu en parallèle sur la fin. On y suit en effet le duel entre Guile et Bison pendant que s’affrontent les colosses Honda et Zangief. Une cohérence qui manque de s’appliquer pour Ryu et Ken, le premier affrontant Vega alors qu’il aurait été plus pertinent que ce soit Sagat. Le film arbore une savoureuse réalisation de série B avec des combats souvent très clichés voire kitsch dans les plans (Ryu et Ken qui donnent un coup de poing en même temps pour mettre KO le bourreau de Honda) et dans l’expression des personnages (Guile et Chun Li quand ils font leur coup de pied aérien, Bison qui surjoue à fond son rôle de dictateur).

Montre-toi monsieur le grand méchant loup,
on va la voir ta pureté au combat !

La relation entre les personnages fait ressortir des détails intéressants et les répliques valent leur pesant de cacahuètes entre Sagat qui dit à Bison que ses billets ne valent pas leur poids de papier toilette , Balrog qui demande à Honda s’il peut lui ramener une pizza pendant qu’il place son esprit ailleurs, Bison qui parle de paix bisonique avec sa maquette de Bisonopolis, Dee Jay qui dit qu’il a oublié d’avoir été con ce matin et Guile qui propose d’aller voir si l’eau est bonne quand T. Hawk lui annonce qu’ils vont boire la tasse. La palme revient toutefois à Zangief qui s’émeut du discours mégalomane de Bison, qui s’étonne que Dee Jay ait été payé pour son travail et surtout qui demande à ce qu’on change de chaîne quand l’écran montre le camion rempli d’explosifs se diriger vers le camp de Bison.


Malgré ce qu’on peut lui reprocher, Street Fighter L’Ultime Combat propose une intrigue pertinente pourvue de quelques passages émouvants. La mise en scène de la mort de Guile fait par exemple s’interroger le spectateur et met en lumière les motivations personnelles de Guile et de Chun Li (« C’est la journaliste qui me le demande, ou quelqu’un d’autre ? »). Le discours de Bison montre toute la mégalomanie du personnage mais aussi un certain respect envers son rival, qui se vérifie lors du combat final alors qu’ils veulent tous deux s’affronter seul à seul (« – Tu viens de faire de moi un homme comblé. – Ensuite, j’ferai de toi un cadavre ! »). Le discours de Guile à ses soldats est à la fois touchant dans son développement mais aussi particulièrement drôle dans sa désobéissance, jusqu’à dire à son supérieur, joué par Simon Callow (Bons Baisers d’Hollywood, Quatre Mariages et un Enterrement, Ace Ventura en Afrique), qu’un pauvre con lui a retiré son commandement.


La scène où Chun Li conte l’histoire de son père à Bison détonne tellement avec le reste du film qu’elle ferait presque croire qu’une certaine intimité s’installe entre eux alors qu’elle cherche à le tuer elle-même (« Non ma douce, je connais les femmes. Et vous, vous êtes inoffensive. »). La séquence est d’autant plus pertinente que c’est à ce moment précis que Chun Li montre pour la première fois qu’elle sait se battre. Dhalsim est également un personnage touchant dans le sens où il fait ce qu’il peut pour sauver l’esprit de Charlie en lui faisant voir des images joyeuses à la place des scènes de guerre et de désolation (« Les scientifiques de Bison ont déformé son corps. Moi, j’ai fait ce que j’ai pu pour sauver son esprit, pour qu’il reste humain. »). Si bien que Blanka vient le sauver de son bourreau et que Dhalsim empêche Guile de lui tirer une balle par pitié, en lui faisant comprendre qu’il est encore mentalement humain. Il est d’autant plus triste de les voir se laisser mourir sur la fin, Blanka considérant qu’il ne peut pas repartir dans cet état et Dhalsim qu’il a une part de responsabilité à expier (« Si les justes ne font rien, ils font le jeu du mal. »).


Plus charismatique que jamais, Jean-Claude Van Damme est pour la première fois doublé par Patrice Baudrier, une voix française tout aussi percutante qu’Antoine Tomé pour Raul Julia, plus grave que ses habituelles. C’est toutefois à cette période que la carrière de Van Damme commence à basculer, son addiction à la cocaïne le rendant très pénible durant les tournages. Il porte toutefois efficacement le film grâce à sa prestance et son humour, allant jusqu’à faire reculer une armée de soldats munis de mitraillettes avec un simple petit couteau. La joie de la scène finale conclut le scénario d’une très belle manière avec la pose mythique des combattants survivants suivie du titre et du logo. Street Fighter L’Ultime Combat connaît lui-même une transposition en jeu vidéo, Street Fighter The Movie, qui exploite le principe des personnages digitalisés popularisée par la saga concurrente Mortal Kombat. Inégal sur plusieurs points, ce film reste une véritable madeleine de Proust pour qui sait se montrer ouvert à son approche audacieuse allant bien plus loin que la simple retranscription.
For Raul, vaya con dios !

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