Street Fighter II, la Révolution d’il y a 30 ans

Date de sortie : 6 février 1991(Arcade),10 juin 1992 (Super Famicom)
Développeur : Capcom
Concepteur : Yoshiki Okamoto
Genre : Versus Fighting

Nationalité : Japonais
Compositrice : Yoko Shimomura
Système d’origine : Arcade CPS1

6 février 1991 : une date qui fait sens pour tout gamer qui se respecte. C’était il y a 30 ans en salle d’arcade, près de quatre années après un premier épisode qui avait posé les bases mais en délaissant au passage la jouabilité, et à peine plus d’une suite à un certain Street Fighter ’89 devenu le nouveau mètre étalon du beat’em up sous le nom de Final Fight. Une expérience dont Capcom a su tirer parti pour imposer la révolution du versus fighting grâce à une jouabilité digne de ce nom et à pas moins de huit personnages jouables, du jamais vu pour l’époque. L’organisation Shadowlaw, dirigée par le mystérieux M. Bison, envoie en effet une invitation aux meilleurs combattants des quatre coins du monde pour participer au tournoi qu’il organise à des fins de profit personnel.

On retrouve ainsi un Ryu fortifié accompagné de son ami Ken, avec exactement les mêmes coups spéciaux que dans le premier opus : Hado-Ken, Sho-Ryu-Ken et Tatsumaki. S’ajoutent à eux le sumotori Edmond Honda, qui représente le Japon traditionnel en voulant prouver la valeur de son art avec ses puissants coups de poing pour compenser sa lenteur, le monstrueux Blanka capable de générer de l’électricité, le catcheur Zangief dont la palette de coups s’inspire de ceux de Mike Haggar de Final Fight, ainsi que le bonze Dhalsim, redoutable hindou cracheur de flammes et capable d’allonger ses membres. Personnages-clé du scénario, le colonel William Guile cherche à venger un de ses anciens camarades tués par Bison, tandis que l’agent d’Interpol Chun Li vient dédommager l’assassinat de son père des mains de l’effroyable dictateur. Particulièrement audacieux, le choix d’une femme parmi les personnages jouables renforçait considérablement la modernité du jeu.

Un character select devenu mythique !

Si Street Fighter II est aussi mythique, c’est également pour ses quatre boss combattables uniquement après avoir vaincu tous les autres. Avant de faire face à Bison, il faut en effet en découdre avec Balrog, un boxeur fortement inspiré de Mike Tyson, le matador Vega muni d’un masque froid protégeant son visage et de longues griffes d’acier à la main gauche, ainsi que le terrible Sagat, bien décidé à se venger de Ryu, qui lui avait laissé une immense cicatrice sur le torse. La difficulté du jeu est assez corsée, mais bien équilibrée pour que le tout donne envie de retenter sa chance après une défaite. Reconnaître les techniques de chaque adversaire et essayer de les battre avec différents personnages s’avère être la clé de la victoire. Aussi futiles que puissent paraître les cinématiques de fin, elles font tout de même office de récompense pour un joueur parvenant à terminer l’arcade à un certain niveau de difficulté, en plus de commencer à enrichir le background de la saga.

Fort de son immense succès, et avant même son adaptation sur Super Nintendo, Street Fighter II obtient un premier upgrade le 10 mars 1992, intitulé Champion Edition. Jusqu’alors simple fantasme des fans, les quatre boss deviennent réellement contrôlables, passant alors le nombre de personnages jouables à douze. Outre une vitesse légèrement supérieure, des avatars affinés, des arènes aux couleurs plus sombres et la possibilité d’affronter son double, les coups spéciaux commencent eux aussi à évoluer. Ryu se démarque alors de Ken avec une légère amélioration du Hado-Ken, tandis que ce dernier gagne en portée pour son Dragon Punch. Street Fighter II’ Champion Edition est ensuite porté sur PC Engine, puis sur Mega Drive dans une version permettant également de jouer à Street Fighter II’ Hyper Fighting, deuxième upgrade sorti le 10 décembre 1992.

Un casting en hausse de 50% !

Rapidement adapté sur Super Nintendo sous le nom de Street Fighter II Turbo Hyper Fignting, il donne aussi la possibilité de jouer à la Champion Edition en sélectionnant le mode normal, écopant à la fois de la même chute de framerate que The World Warrior en version PAL. Aux côtés d’une vitesse de jeu largement revue à la hausse, cette nouvelle version enrichit la palette de coups spéciaux des personnages, multipliant ainsi les possibilités en combat. Innovations aériennes tout d’abord, Ryu et Ken pouvant désormais effectuer leur Tatsumaki en hauteur, tout comme Honda et Blanka écopent d’une charge à la verticale. Outre une prise aérienne pour Guile, Chun Li gagne une boule de feu et Dhalsim peut se téléporter sur quatre points de l’écran. L’IA s’adapte naturellement à ces ajouts afin de devenir plus coriace avec l’augmentation de la vitesse de jeu.

La cultissime jaquette occidentale, qui est aussi celle du pack avec la Super Nintendo.
Une affiche stylée mettant en avant tous les personnages.

Travaillant d’arrache-pied pour sortir la version ultime de son jeu, Capcom voit dans un premier temps ses ambitions à la baisse pour concurrencer l’arrivée imminente de Fatal Fury Special, craignant qu’il lui fasse de l’ombre. Le 10 septembre 1993, Super Street Fighter II inaugure le CP System II avec une nouvelle introduction impressionnante durant laquelle Ryu envoie un Hado-Ken en plein écran sous une musique surpuissante respirant l’esprit de la saga. Sous-titré The New Challengers, ce troisième upgrade apporte principalement, comme son nom l’indique, quatre nouveaux personnages aux styles et à la nationalité plus exotiques. On trouve ainsi le hong-kongais Fei Long, sosie parfait de Bruce Lee à l’instar de Liu Kang dans Mortal Kombat, de Dragon dans World Heroes et de Law dans le futur Tekken. Le jamaïcain Dee Jay pratique un kickboxing rythmé par la musique tandis que le mexicain Thunder Hawk est un lutteur à la carrure impressionnante cherchant à se venger de Shadawlaw, qui a détruit son village et fait subir un lavage de cerveau à sa femme Julia (la légende raconte qu’elle serait jouable dans Street Fighter Alpha 3).

De nouveaux avatars au charisme étincelant.
Sur Mega Drive, la couverture maîtrise l’art du teasing.

Une deuxième héroïne fait son apparition en la personne de Cammy, une jeune et séduisante agent secret britannique au physique assez militaire et souffrant d’amnésie lui procurant une place assez importante dans le scénario. Outre une forte hausse de charisme des avatars, des musiques remixées, des décors recolorés, huit palettes de couleurs différentes pour les costumes et des fins retravaillées, les coups spéciaux évoluent encore et toujours, à commencer par le Hado-Ken bien plus impressionnant de Ryu et du Dragon Punch enflammé de Ken. Certains personnages obtiennent de nouveaux types de charge (Blanka, Balrog, Vega, Bison) tandis que Zangief devient carrément plaisant à manier avec ses nouvelles prises super stylées. Les combos sont désormais clairement écrits et comptabilisés par des points. Porté sur Mega Drive et Super Nintendo, le jeu se voit enrichi d’un mode Group Battle proposant plusieurs combats à la suite en versus, et surtout d’un excellent mode tournoi (issu de la Tournament Edition de l’arcade) qui permet de s’affronter jusqu’à huit avec un classement précis prenant en compte les poules des perdants.

Un énorme SUPER annonciateur de nombreuses améliorations.
Un design bien discutable pour cette affiche qui respire le nanar des années 80.

Le 23 février 1994 marque la sortie de la version la plus aboutie du soft, sous le nom de Super Street Fighter II X Grand Master Challenge au Japon. Après une nouvelle intro montrant Chun Li et Cammy avec son niveau en arrière-plan en plus du même Ryu qui jette une flamme à l’écran sous une musique plus subtile, le joueur a le choix entre trois vitesses, celle de base étant déjà plus rapide que dans la précédente version. Un rééquilibrage est réalisé sur l’ensemble du casting (Honda reste par exemple immobile durant ses mille poings et ces derniers ne durent que quelques secondes) et les coups spéciaux se font toujours plus nombreux. Ken voit notamment ses coups de pied s’affiner pour être plus proches de son style, Dhalsim obtient une yoga flame vers la diagonale haut avant, Chun Li et Dee Jay gagnent une charge verticale aux pieds tandis que Balrog peut terminer ses charges horizontales par un balayage au poing ou une feinte au crochet Déjà présent dans Art of Fighting et Fatal Fury 2, le système de furies permet de porter un impact surpuissant basé sur un coup spécial du personnage, moyennant le remplissage d’une jauge et la réussite d’une manipulation complexe.

Hedge l’a dit : si la PS1 a inventé quelque chose, c’est bien les chargements !

L’ombre mystérieuse de l’introduction dévoile aussi un nouveau personnage d’importance, jouable via un code et combattable en arrivant face à Bison sous certaines conditions. Basé sur Ryu, le redoutable Akuma ajoute à ses coups une téléportation horizontale à deux vitesses vers l’avant et l’arrière, ainsi qu’une boule de feu en l’air qui va vers la diagonale bas avant. S’il ne possède pas encore de furie, on peut en avoir un aperçu avec le Shun Goku Satsu qu’il assène à Bison. Si 2X n’a eu aucune adaptation sur les consoles 16 bits, il a tout de même été porté sur 3DO, Amiga CD-32 et même PC. Il sort également dans la compilation Street Fighter Collection sur Saturn et PlayStation en 1997, qui souffre de nombreux chargements et d’une forte lenteur en PAL. Outre une ressortie sur les DreamCast japonaises, un portage a lieu sur Game Boy Advance en 2001, avec une interface plus épurée, des musiques remixées, des avatars plus modernes et la possibilité de débloquer Akuma et Shin Akuma (encore plus consumé par le Satsui no Hado) en cumulant des points.

L’art de repenser les jaquettes à chaque nouvelle réédition !
Retour aux sources pour cette 15th Anniversary Edition !

Pour les quinze ans de la saga, une nouvelle version voit le jour sur PlayStation 2 sous le nom d’Hyper Street Fighter II, également en compilation avec Street Fighter III Third Strike sur X Box, intitulée Street Fighter Anniversary. Cette version a la particularité de mettre à disposition les différentes versions des seize personnages, de The World Warrior à 2X. Si les combattants des versions les plus anciennes ont fatalement moins de coups, ils frappent bien plus fort pour compenser. Le jeu obtient également un remake sobrement nommé Super Street Fighter II Turbo HD Remix en 2008 sur X Box Live Arcade et PlayStation Network, accompagné de graphismes redessinés en haute définition mais en conservant les musiques à l’identique ; il est depuis disponible en physique sur la compilation Capcom Digital Collection de la X Box 360. Les nouveaux graphismes n’atteignant pas le charme de la version de 1994 en plus de bouleverser les hitbox, il est possible de jouer avec les sprites d’origine mais en conservant les nouveaux décors.

Avec toutes ces rééditions, il fallait bien passer par la case remake !
Le retour du Roi sur console Nintendo !

Il faut ensuite attendre les trente ans de la saga pour voir apparaître une sixième version en exclusivité sur Switch. Intitulée Ultra Street Fighter II The Final Challengers, elle ajoute notamment deux personnages inédits au sein de Street Fighter II : Evil Ryu, version maléfique du personnage principal, et, plus étonnant, le Violent Ken créé à l’occasion du cross-over SNK versus Capcom SVC Chaos. Plus pratique que dans HD Remix, on peut librement switcher entre les versions old school et remaster pour les graphismes et les musiques. Le mode en ligne est un gros atout de cette nouvelle version avec un système de classement et des requêtes de combat tandis que le mode arcade fait office de salle d’attente. Un dramatic battle fait son apparition afin de jouer à deux (aux côtés d’un autre joueur ou d’un ordi) face à Evil Ryu, Violent Ken, Bison et Shin Akuma. Les deux personnages partagent la même barre de vie et un seul KO mène au game over, ce qui apporte un challenge intéressant malgré la pauvreté du contenu. Un dernier mode sympathique s’intitule la Voie du Hado et consiste à battre des sbires de Bison qui viennent vers l’écran en vue à la première personne en effectuant les coups spéciaux de Ryu via la détection de mouvement des joy-con, le tout sur le moteur graphique de Street Fighter IV. Assez rudimentaire et pas toujours très maniable, il reste agréable le long de ses cinq stages avec sa possibilité de personnaliser les statistiques de Ryu via des points d’expérience. En 2018, les principales versions de Street Fighter II sont de nouveaux jouables dans une immense compilation disponible sur PlayStation 4, X Box One et Switch.

La magnifique édition de Pix’n Love.
Un magnifique album d’images détaillant les coups de chaque personnage.

L’influence de Street Fighter II est telle qu’il a été de nombreuses fois copié (mais jamais égalé) par la concurrence avec l’explosion du genre dans les années 1990, à commencer par SNK et ses Fatal Fury et Art of Fighting, aboutissant rapidement à la naissance de la saga The King of Fighters. En 1994, Street Fighter II est même adapté en long métrage animé faisant le lien avec le futur Street Fighter Alpha, ainsi qu’en une superbe série animée de vingt-neuf épisodes exploitant les personnages de manière plus poussée. Après une parodie remarquée dans l’adaptation cinématographique de Nicky Larson où Jackie Chan revêt de costume de Chun Li, un film d’anthologie voit également le jour le 23 décembre 1994, mettant en vedettes Guile et Bison sous les traits de Jean-Claude Van Damme et Raul Julia dans un scénario à l’univers bien plus réaliste et militaire. Avec un tel héritage encore très présent aujourd’hui, comment ne pas considérer Street Fighter II comme le meilleur jeu de combat de tous les temps ?

Des adaptations de qualité, signe de la grande popularité de la licence.

Emmanuel Delextrat

Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j'ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La soupe aux choux, mais aussi de nombreux dessins animés (courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo ; longs métrages Disney avec Alice au pays des merveilles en tête ; animés japonais avec Sailor Moon et Dragon Ball Z ; j'aime aussi particulièrement Batman et Tintin). Mes années 90 ont été bercées par les comédies de Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête), ou d'autres films que j'adore comme Les valeurs de la famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à tout prix). C'est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par The Dark Knight, Casino Royale, Dragon l'histoire de Bruce Lee ou encore Rambo. Collectionneur, j'attache de l'importance au matériel et j'ai réuni deux étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Il va sans dire qu'il m'en reste encore beaucoup à voir...

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