Aller au cinéma : un acte politique ?

On évoque souvent les discours politiques dans les films que l’on qualifie parfois de films sociaux, ou de films engagés. Mais si l’on définit la politique comme étant « l’ensemble des pratiques, des faits, des institutions et des décisions d’un gouvernement, d’un état ou d’une société. », ne peut-on pas se demander si l’acte même d’aller au cinéma n’est pas en soi un acte politique ?

Si nous sommes bien dans une démocratie, cela signifie que le Pouvoir appartient au Peuple. En conséquence, le Peuple a le pouvoir d’influer sur les choix des producteurs, sur les financeurs, sur les diffuseurs, bref sur l’ensemble du monde cinématographique. Si je vois cinq films par an au cinéma et que je vais voir cinq grosses productions, je donne cinq fois mon argent au circuit des grosses productions. J’enrichis donc des professionnels déjà très riches. Si en revanche je vois cinq films à petits budgets, j’enrichis des professionnels moins riches, des « intermittents du spectacle », des petits artisans.

Nous éviterons d’emblée l’écueil du « tout ou rien ». Il ne s’agit pas ici de critiquer les fans du dernier Avengers ou des aficionados de Star Wars. L’un n’empêche pas l’autre et on peut très bien voir et apprécier un bon Marvel comme une pépite d’Harmony Korine. On peut par contre s’interroger sur le poids qu’est en train de prendre Disney dans le Monde cinématographique, et dans le Monde tout court. A force de tout racheter et de tendre vers le monopole de l’entertainment, il semble assez logique que la marque aux oreilles de Mickey puisse un jour influencer et faire du lobbying sur les différents gouvernements.

Et pourtant, nous avons le Pouvoir. Le pouvoir de faire circuler l’argent vers tel ou tel film, en fonction des valeurs mises à l’écran. Car ce qui est vrai pour le budget l’est aussi pour ce que véhicule le film. On dit souvent qu’il y a peu de réalisatrices, mais si nous spectateurs allions voir davantage de films réalisées par des femmes, nul doute que les producteurs financeraient davantage de réalisatrices. Et on peut décliner ça pour tout : si nous spectateurs voulons promouvoir les films avec tel ou tel message, nous en avons le Pouvoir.

On peut également étendre ce raisonnement à la nationalité des films que l’on finance en payant notre place. On parle souvent de l’ogre américain, on parle de soft power d’un pays qui implante et qui impose sa culture partout. Nous avons le pouvoir d’en décider autrement. Pourquoi se limiter aux films américains ? Aux films français ? Il y a plein de réalisateurs d’autres nationalités qui proposent des films de qualité, avec souvent une vision un peu différente que celle du formatage américain. Evidemment, ces films-là sont moins distribués. Mais s’ils faisaient plus d’entrées, ils seraient plus diffusés, non ?

Dans le même ordre d’idée, en fonction de ses opinions politiques, en fonction du Monde que l’on souhaite créer, préfère-t-on enrichir le gros complexe cinématographique de 40 salles, ou le petit cinéma du coin qui tente de subsister avec ses 4 salles ? On parle souvent de privilégier les petits producteurs bio aux grandes surfaces… La logique n’est-elle pas la même pour les salles de projection ?

« Libre, es-tu vraiment libre ? Libre de penser mais quand tu penses ne penses-tu pas, que tu penses par la pensée façonnée par ton Etat ? » chantait Assassin dans « Entre dans la classe ». Evidemment, on pourra rétorquer que l’on fait juste ses choix de films par goût. C’est respectable, mais ce n’est pas incompatible avec une certaine diversité et ouverture d’esprit. Même si on peut concevoir que certains acceptent de rester dans le mainstream, même si on peut craindre d’être un peu formatés vers une certaine pensée unique.

Et puis certains rétorqueront que de toutes façons, c’est mieux de télécharger. Car après tout, pourquoi payer quelque chose que l’on peut avoir gratuitement ? Est-ce mieux de voler un millionnaire ou quelqu’un qui galère en faisant des « petits » films ? Selon moi, nous sommes toujours dans l’acte politique. L’argent que l’on gagne, on le fait circuler. Ou pas. Et on le donne à qui l’on veut.  Car nous avons le Pouvoir. Chacun fait ce qu’il veut, et il ne s’agit surtout pas d’être moralisateur ou de juger. Nous avons le Pouvoir. Mais en avons-nous conscience ?

City Zen

Nicolas, 37 ans, du Nord de la France. Professeur des écoles. Je suis un cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Ennemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

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