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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Anomalisa de Duke Johnson et Charlie Kaufman

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Année : 2015

Pays : Etats-Unis

Casting : David Thewlis, Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan

Vous n’avez sûrement pas pu passer à côté de la fameuse affaire « Sausage Party », ce dessin animé à l’humour adulte qui aurait choqué tant de personnes qui croyaient qu’une interdiction « moins de 12 ans » signifie « convient aux enfants, bien sûr ». Alors que la fameuse association Promouvoir a décidé de jouer à nouveau les censeurs du septième art (car rien n’est mieux pour valoriser un art que la censure, c’est bien connu), de nombreuses voix se sont faites entendre devant ce film avec un argument des plus simplistes : « l’animation est une affaire d’enfants, pas d’adultes ». Déjà réducteur dans la base (enfermer un genre dans une case ou encore même faire croire à la simplicité derrière tout film d’animation), cette idée même montre le manque de connaissance dans le domaine du cinéma par ceux l’ayant proféré. En effet, de nombreux films ont utilisé l’animation dans un but artistique et le film du jour en est un parfait exemple.

« Anomalisa » suit Michael Stone, un conférencier en séjour à Cincinnati dans le but de présenter sa méthode d’action dans les services clients. Sa vie morne va se retrouver affectée par sa rencontre avec Lisa…

L’argument même de l’animation en stop motion est essentiel à la réussite de ce film. Le héros est ainsi atteint du syndrome de Fregoli (d’où le nom de l’hôtel dans lequel il séjourne), qui fait croire à la personne atteinte qu’une personne peut se retrouver dans d’autres, aussi bien physiquement que vocalement (d’où aussi l’omniprésence de Tom Noonan dans le doublage de la plupart des personnages). C’est ce qui rend l’arrivée de Lisa aussi bouleversante pour Michael mais également le spectateur, enfermé avec lui dans sa maladie, coincé entre toutes ces personnes identiques. Ainsi, entendre la voix éraillée de Jennifer Jason Leigh chanter du Cindy Lauper nous émeut autant que le héros.

Néanmoins, ses auteurs utilisent cette technique sans la sublimer. Les corps des personnages sont ainsi imparfaits, à un point où lorsqu’on les voit nus, on se retrouve face à la même imperfection de nos corps. Il est ironique que ce soit un film d’animation qui nous confronte à notre imperfection là où la plupart des films (majoritairement hollywoodiens) se basent sur des critères de beauté des plus élevés. L’imperfection est reine dans ce film, notamment avec la technique d’animation du visage dont les coutures ne sont ici pas dissimulées mais au contraire exposées, notamment dans cette séquence proche du cauchemar où Michael se regarde dans le miroir.

La patte de Charlie Kaufman (ici scénariste et co-réalisateur avec Duke Johnson) se fait sentir à plein nez. L’écriture des personnages est tragique et si humaine (cet homme affecté par un syndrome des plus handicapants psychologiquement et cette femme vivant dans l’ombre de son amie) qu’elle ne peut que nous toucher au plus haut point. Kaufman est le maître dans le domaine de mélanger aussi bien irréalisme (cette scène de rêve) et réalisme. La mise en scène regorge aussi d’idées utilisant totalement ses arguments de départ. La quête de Michael dans ce couloir d’hôtel pour retrouver cette voix inconnue qui émerge de cette vague de semblables est ainsi proche du cauchemar même.

« Anomalisa » est au final une œuvre nous questionnant sur notre humanité, notre imperfection en tant que telle et les tragédies dont nous regorgeons dans nos tiraillements et nos émotions. « Anomalisa » est aussi doux amer que notre vie et mérite en cela amplement d’être vu. C’est exactement ce genre de film qui nous fait sortir de son visionnage remplis de questions sur nous mais également l’assurance et la « joie » de savoir qu’il existe d’autres personnes qui partagent les mêmes doutes que nous et peuvent ainsi nous aider à les surmonter. De plus, c’est aussi la preuve que non, l’animation n’est pas qu’une technique réservée pour attirer les enfants dans les salles.  C’est un moyen pour les artistes de s’exprimer, que ce soit à un large nombre de personnes ou un cercle plus restreint. Alors au lieu de vouloir museler les esprits créatifs pour des raisons de « bienséance » ou bien de rentabilité économique, laissons l’art s’exprimer et profitons de la vie bordel !

Frenzy d’Alfred Hitchcock

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Année : 1972

Pays :Royaume-Uni

Acteurs :Jon Finch, Alex McCowen, Barry Foster

Le cinéma a toujours eu une connotation de divertissement, tout comme chaque art d’ailleurs. Là où il y a une œuvre créatrice, il y a toujours un moyen d’évasion spirituelle. Mais actuellement, la notion de divertissement est vue de manière négative. En effet, il semble que selon certains spectateurs, il faut faire une scission entre un film divertissant et un film de qualité. Hors, ce fondement même est illogique par nature vu que chaque œuvre a dans son but d’inspirer le divertissement de quelque manière que ce soit. C’est pour cela qu’aujourd’hui, nous allons aborder l’un des maîtres du divertissement cinématographique, Alfred Hitchcock, avec son avant-dernier film ; « Frenzy ».

Alors que les habitants de Londres se voient terrorisés par un meurtrier adepte de la strangulation de femmes avec des cravates, Richard Blaney, homme tout à fait ordinaire, se retrouve accusé à tort desdits meurtres…

Le grand Alfred renoue avec sa thématique de la personne ordinaire plongée dans une situation extraordinaire. Mais son « héros » est moins cet homme antipathique qui semble tout faire pour être considéré comme responsable de cette affaire que le meurtrier même. Personne élégante et appréciée de ses citoyens, il fournit au spectateur une certaine empathie telle qu’Hitchcock a pu le faire sentir envers Norman Bates dans le légendaire « Psychose ». Cette inversion des rôles crée une zone de flou non négligeable et intéressante là où d’autres auraient pu aller dans le pur manichéen.

En ce qui concerne l’histoire même, bien que partant d’un postulat policier/thriller classique, Hitchcock lui fournit des allures tantôt horrifiques (les meurtres hors champ) et de l’autre comique. Cet humour se voit notamment relevé d’un aspect morbide assez relevé, tel ce cadavre tirant la langue ou encore ce pied dépassant d’un sac de pommes de terre. Mais ce n’est pas pour cela que l’homme derrière de nombreux chefs d’œuvre du septième art allait se reposer en mode automatique. Les idées de mise en scène pleuvent comme habituellement avec lui, que ce soit la découverte hors champ d’un corps en temps réel ou ce mouvement accompagnant le tueur et sa prochaine victime avant de repartir en arrière une fois la porte de la future scène du crime refermée, le spectateur sachant désormais ce qu’il va se passer.

Moins connu et apprécié que certains de ses classiques, « Frenzy » est néanmoins un autre exemple de l’incommensurable talent du grand Hitchcock. Mais surtout, cela reste un exemple de plus que non, un film médiocre ne devrait pas être valorisé de par son aspect « divertissant ». Le divertissement peut se retrouver dans tant d’œuvres de qualité, modernes ou non. Alors pourquoi continuer de mettre en avant certaines moins bonnes que celles-ci ?

Opération Peur de Mario Bava

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Année :1966

Pays : Italie

Casting : Giacomo Rossi Stuart, Erika Blanc, Fabienne Dali

Quand on parle du cinéma de genre italien, trois noms reviennent constamment : Dario Argento, Lucio Fulci et Mario Bava. Si nous avons déjà abordé le premier avec « Suspiria » et que nous allons peut-être aborder le second dans quelques temps, nous allons aujourd’hui nous concentrer sur le troisième, un des piliers du cinéma d’horreur gothique avec « Opération Peur ».

Dans son titre original « Operazione Paura », le film suit le docteur Eswai, arrivé dans un petit village pour autopsier le corps d’une jeune femme mystérieusement décédée. Il devra alors faire face à une malédiction qui semble mener tous les habitants vers la mort…

Un cri, une mort. Avant même l’apparition du titre, Bava nous happe dans son horreur stylisée. Six ans après nous avoir offert avec « Le masque du démon » une œuvre de genre à la beauté intemporelle, il reprend ici ses mouvements de caméra élégants, si l’on excepte bien évidemment quelques zooms assez violents mais utilisés comme tels pour accentuer son atmosphère macabre.

La peur plane ainsi sur ce village, tout comme la brume à l’extérieur. Les habitants se cachent dans la superstition et en restent victimes, eux qui s’avéreront être d’une certaine manière responsables de leur malheur. Tous s’enferment ainsi dans ce qui constitue une boucle sans fin de malheur (telle celle dans laquelle va se retrouver Eswai lors du climax). La peur amorce la peur de manière cyclique, ce qui sonne encore malheureusement d’actualité.

Les apparitions de la fillette fantôme ont encore de quoi glacer le sang (CF ce plan sur ses poupées). Bava arrive à tirer de son film quelques scènes horrifiques de bon effet, notamment lors du cauchemar de Monica (amateurs de poupées, cachez vos yeux) ou encore ce décès d’une jeune femme doté d’une pointe d’érotisme par le biais d’une arme aux allures phalliques et des gémissements de la victime.

Mais, bien loin de n’être que traitées comme de simples jouets érotiques pour satisfaire l’appétit vulgaire de beaufs en chaleur (*tousse*Transformers*tousse*), les femmes sont représentées ici comme plus actives que les hommes. Alors qu’Eswai est souvent impuissant face aux agissements de la malédiction et que les autres hommes sont soit des pleutres, soit des victimes en attente, les femmes ici manipulent ou encore agissent activement mais sont bien loin de s’enfermer dans le même modèle de la simple demoiselle en détresse (bien que l’on pourrait décrire Monica de cette manière).

Ce serait faire preuve de mauvaise foi de ne pas reconnaître qu’ « Opération Peur » reste une œuvre de qualité, même plus de cinquante ans après sa sortie. Les curieux y trouveront une bonne initiation au cinéma de genre italien et une preuve qu’à une époque, la peur n’était pas issue de quelques sursauts faciles mais planait durant toute la durée de la projection…

Le Loup-Garou de Georges Waggner

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Année : 1941

Pays : USA

Casting : Lou Chaney Jr, Evelyn Ankers, Claude Rayns

Dans le domaine du cinéma de genre, il existe de nombreuses œuvres qui ont bien évidemment marqué les gens à un point où des réalisateurs font preuve de leur admiration par le biais de leurs travaux. Parmi ceux-ci, il est impossible de passer à côté des films de monstres d’Universal. Et alors que le studio s’apprête à ramener ses créatures à la vie par le biais de l’univers partagé (commençant avec la sortie cette année de « La momie »), faisons un petit retour sur l’une des œuvres majeures de ces productions : « Le Loup-Garou » par Georges Waggner.

Lawrence Talbot (Lou Chaney Jr) revient chez son père suite au décès de son frère. Et alors qu’il tente de séduire une jeune femme appelée Gwen, il va voir sa vie bousculée quand il se fera mordre par ce qu’il croit n’être qu’un loup…

Comme le déclarera l’un des personnages, Talbot est un homme qui a la poisse. La femme qui lui plait est déjà fiancée et nous comprenons que son père a toujours eu une préférence pour son frère aîné, récemment décédé. Face à cette pression sociale (accentuée par les regards noirs qui lui sont lancés lors des funérailles d’une victime de la créature), on peut considérer ses transformations comme une réaction face à celle-ci (bien que le meilleur modèle de cette lecture reste le « Dr Jekyll et Mr Hyde » de Rouben Mamoulian).

Talbot lui-même est loin d’être un héros vaillant et héroïque. Lou Chaney Jr apporte à son personnage une sorte de faiblesse qui le rend humain, nous poussant nous spectateurs à le suivre dans ses déboires. Il est intéressant de voir cet homme assez gauche et perdu tenter de se débattre avec le démon qui le ronge. On peut également remarquer sa ressemblance physique avec Benicio Del Toro, grand admirateur de cette œuvre au point de reprendre le rôle de Talbot dans le sous-estimé « Wolfman » de Joe Johnston.

On peut dire que « Le Loup-Garou » souffre de quelques défauts, surtout en comparaison avec « Dracula » de Tod Browning (malgré la présence de Bela Lugosi au casting dans le rôle d’un gitan dénommé… Bela) ou avec « Frankenstein » de James Whale. Certains personnages sont très peu utilisés et certains points (comme la relation entre Talbot et son père) auraient mérités d’être plus longuement abordés. Il faut reconnaître en effet que le film n’est pas aidé par sa courte durée (66 minutes). Néanmoins, tout cela peut sembler mineur face aux richesses de cette œuvre. Ses décors pittoresques, son esthétique gothique appuyée par la brume et le maquillage du loup-garou restent encore réussis et émerveilleront n’importe quelle personne fan du cinéma de genre.

Si ce film est bien moins cité que ses illustres ou moins sombre que « L’homme Invisible » (encore à ce jour l’une des plus intéressantes variations de l’anneau de Gygès), « Le Loup-garou » garde un charme intemporel qui confirme son statut de classique du film de monstres.

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? de Robert Zemeckis

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Année 1988

Pays USA

Casting Bob Hoskins, Christopher Lloyd, Joanna Cassidy

 

Robert Zemeckis est sans aucun doute l’un des réalisateurs les plus sous-estimés de notre époque. Alors qu’on vante encore les innovations apportées par des œuvres de nombreux cinéastes, il semble que l’on réduise toujours l’apport du réalisateur des « Retour vers le futur » dans les effets spéciaux. Il est pourtant encore étonnant de revoir certaines de ses œuvres, récentes ou non. Ainsi, il est surprenant de savoir que son poétique « The Walk » a disposé du même budget que « Les Bronzés 3 » alors que le spectacle proposé y est superbe. Et ne parlons pas de ses œuvres en motion capture qui furent précurseurs d’une technique désormais  surutilisée par Hollywood. Aujourd’hui, nous allons aborder un autre film ayant apporté une innovation dans les effets spéciaux actuels : « Qui veut la peau de Roger Rabbit ? »

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Los Angeles, 1947. Le détective privé Eddie Valiant déteste les Toons depuis que l’un d’entre eux a assassiné son frère. Pas de chance pour lui : il habite juste à côté de Toonland. Suite à une de ses affaires, Eddie va devoir aider un Toon dénommé Roger Rabbit, accusé à tort du meurtre du propriétaire de la firme Acme, Marvin Acme.

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Cette adaptation du roman « Who censored Roger Rabbit ? » de Gary K. Wolf allie donc codes du récit de détective classique avec des personnages cartoonesques. Ceux-ci furent déjà le fruit d’une lutte pour les droits d’apparition, ce qui a fonctionné dans la plupart des cas (le duel de piano entre Donald et Daffy Duck) mais pas pour tous (la scène d’enterrement de Marvin Acme fut ainsi coupée alors que l’on devait y voir le Superman des Fleischer et Charly le coq notamment). Néanmoins, l’intrigue arrive à mélanger ses deux composants pour former un ensemble homogène et efficace.

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L’atout majeur du film revient néanmoins à ses effets spéciaux, qui se devaient d’être parfaitement crédibles pour croire à  la cohabitation entre personnages humains et personnages animés. C’est exactement le cas ici, avec un joli effet symétrique sur « l’invasion » d’un monde réaliste par des personnages de cartoons avant que cela ne se retourne vers la fin où Valiant fait irruption dans l’univers des Toons. Encore actuellement, on croit à la présence de ces personnages, notamment grâce à quelques détails subtils comme la traînée de poussière laissée par une main ou le déplacement d’un miroir. Ce mélange se retrouvera également dans la nature même du méchant du film, interprété avec une joie non feinte par un Christopher Lloyd des plus réjouis.

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Zemeckis ajoute à cela une mise en scène cartoonesque se basant sur les dessins animés classiques (la séquence de début) mais en y ajoutant un humour grivois des plus réussis. Là où Sam Raimi faisait de son « Evil Dead 2 » un chef d’œuvre cartoonesque gore, Zemeckis fait du cartoon adulte par son langage sexuellement explicite. On retrouve ainsi des petites phrases aptes à faire rire n’importe quel enfant puis une blague adulte (« Tu es content de me voir ou tu as un lapin dans le pantalon ? ») efficace. Tout cela touche à un point où le film même a fait polémique sur certains points et s’est vu censuré dans certains dessins. C’est comme ça que l’on apprend que Bébé Herman s’est vu perdre son doigt majeur levé lors de son passage sous les jupes d’une jeune demoiselle et que Jessica s’est vu redessinée une culotte absente lors du crash de Bernie.

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« Qui veut la peau de Roger Rabbit ? » est une œuvre arrivant donc à concilier effets spéciaux novateurs, intrigue policière sur le fil du grand public et de l’adulte et humour licencieux sans être vulgaire. Il est même à se demander si, au vu de ses blagues, cette œuvre pourrait être encore faite de nos jours. En effet, quand on voit le bazar provoqué par un dessin animé se vantant et vendant pour adultes (ce que n’ont pas apparemment compris des parents pas assez débrouillards pour vérifier ce que raconte le film sur internet ou des associations religieuses rétrogrades), on peut craindre les débats que provoquerait un film sur un lapin marié à une pin-up fortement marquée…

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En tout cas, tout amateur de cinéma se doit de voir cette œuvre mémorable, grand public sans être puérile ou s’aliéner les spectateurs adultes et surtout la preuve que oui, Monsieur Robert Zemeckis est un grand nom du cinéma Hollywoodien.

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Les Sinistres Purges présentent : « Les Visiteurs : la Révolution » de Jean-Marie Poiré

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Alors que les fêtes battent leur plein et que 2016 profite des derniers jours qu’il lui reste pour nous asséner ses dernières petites gifles dans la figure (Carrie Fisher , bon sang!), Liam avait le coeur en peine. En effet, il y a quelques semaines, il avait organisé un sondage pour demander quel film devrait être la dernière Sinistre Purge de l’année. Et alors qu’il aurait dû se douter que cela allait quand même être douloureux (comme pour chaque élection, d’ailleurs), notre critique ne s’attendait pas à recevoir tant de votes pour « Les visiteurs 3 ». Les signes étaient pourtant nombreux : entre l’annulation en dernière minute de sa projection au BIFFF (Coucou à eux, d’ailleurs!) et des retours critiques et publics affreux, celui qui se nommait lui-même Monsieur Popcorn aurait dû prévoir cette catastrophe (ça et le fait qu’il tienne une rubrique sur des oeuvres de piètre qualité). Ce fut donc avant le dessert qu’il se mit à visionner et rédiger cet article. Pourquoi avant le dessert, vous demandez-vous ? Pour garder une raison de vivre après s’être tapé ce machin.

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Après un bref résumé des aventures précédentes de Jacquouille la Fripouille et Godefroy De Montmirail accompagné d’une musique qui… se coupe en plein milieu. Mouais, ça pue quand même, la musique part en couilles. Arrive donc la première scène, appuyée par la musique cérémonieuse d’Eric Levi et rapidement, arrive l’un des principaux problèmes du film : le montage. En effet, les plans deviennent après quelques minutes extrêmement courts pour se donner des allures dynamiques. Pour comprendre à quel point c’est douloureux, imaginez-vous assis à côté d’une personne qui vous ennuie (allez, on en a tous une). Maintenant, supposez qu’à chaque fois qu’un plan coupe sur un autre, cette personne vous donnait une tape dans le bras. Pour un film au montage normal (pas « Birdman », par exemple), cela serait assez ennuyant à la longue. Eh bien si c’était le cas pendant ce film, cela prendrait dix minutes pour que votre rage vous pousse à balancer cette personne dans un ascenseur pour lui écraser la figure à coups de pied (oui, j’essaie d’économiser la blague de l’extincteur pour ne pas me causer des dégâts… irréversibles. Putain, le film m’a contaminé).

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Voilà pour ce petit aparté montage. Revenons au film, où nos personnages tombent dans une embuscade. Mais alors que la caméra commence à devenir aussi bourrée que moi après avoir vu « Les nouvelles aventures d’Aladin » (oui, je prends mes médicaments pour oublier la vision de Kev Adams avec une flûte dans le cul mais ils ne sont pas assez puissants), on se rend compte que tout cela était le rêve d’Aymeric, ami de Godefroy inquiété par son absence. Il retrouve son roi, énervé par son absence alors qu’il prie devant la tombe de Pépin le Bref et de sa femme Berthe aux grands pieds. Et bon dieu, la blague est visuelle mais oui, c’est aussi con que vous l’imaginez. Oui, la tombe de Berthe a beaucoup de place pour ses grands pieds.Et je ne suis qu’à quatre minutes de film. Oh seigneur, aie pitié de mon âme. Le Roi apprend alors que Montmirail a pratiqué de la sorcellerie et lui laisse une date à laquelle il doit le rejoindre. Aymeric se rend alors chez l’enchanteur pour lui réclamer des réponses mais ce dernier est mort (d’une mort digne car au moins, il n’aura pas subi ce film). En lieu et place de l’enchanteur débarque alors… une fan de Mylène Farmer ? Ah non, c’est sa fille qui explique alors vite fait que nos héros sont perdus dans les années révolutionnaires, tout en donnant la raison de leur vieillesse : une semaine dans les couloirs du temps équivaut à dix années physiquement. Trêve de mauvaise foi, cette justification n’est pas mauvaise. Franchement, ils auraient pu trouver bien pire comme excuse à l’âge de Jean Réno et de Christian Clavier. Ces mêmes couloirs du temps ont bien transformé Valérie Lemercier en Muriel Robin, donc pourquoi pas ?

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Jacquouille et Godefroy se moquent de leurs attributs physiques l’un à l’autre avant d’être jugés en tant qu’ennemis de la France à cause de leurs objets emmenés du futur. De quoi faire des petits sketchs sur chacun de ces objets. Bon, rien de drôle mais au moins, on ne va pas dans le vulg… Et bordel de merde, Jacquouille se vide un furoncle sur le sol. Aurais-je omis de préciser qu’il ne vaut mieux pas manger en lisant cette Sinistre Purge ? Et je passerai sur certains gags visuels qui ont la qualité d’être rapides pour qu’on ne prête pas attention à leur médiocrité (ceux qui ont vu le film comprendront… D’ailleurs, si vous en connaissez, offrez-leur des cookies, ils les méritent amplement).

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Geneviève Robespierre (incarnée par Sylvie Testud) arrive pour constater que Jacquouille est bien de la famille de son mari et certifie qu’il est bien de leur famille, en le déclarant héros de la Révolution et conseillant de ne pas les mener à l’échafaud. Et vu que c’est la femme de Robespierre, les juges décident de… ne pas l’écouter et de les condamner à mort. Mouais, mouais, mouais, j’en connais qui perdraient la tête dans la vraie vie pour avoir mis de la famille de célébrités de la révolution en prison. Ce n’est pas comme si la justice était toujours favorable aux riches et aux puissants… Nos héros sont donc enfermés avec d’autres anciens riches qui sont tous destinés à la décapitation. Ils y font la connaissance le marquis de Portofino incarné par Ary Abittan avec qui ils discutent de merdasse royale et du bon temps des riches. Ne t’en fais pas messire, maintenant on élit bien les milliardaires présidents car ils utilisent un compte Twitter.

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Des révolutionnaires arrivent pour emmener les condamnés à leur sentence mais Godefroy en profite pour s’évader avec d’autres nobles dont un joueur de violon. Ce qui est drôle, car il s’échappe en jouant encore du violon. * gros soupir * Nos héros sont donc accompagnés du marquis qui, après un autre gag visuel pas drôle (je vais arrêter d’en parler, c’est frustrant de ne pas les montrer à l’image, ils sont trop nombreux et vraiment, c’est aussi drôle que du Lars Von Trier), les conduit chez les Montmirail. Là-bas, la petite famille prépare ses bagages pour échapper à l’échafaud. Evidemment, c’est la bagarre car personne ne veut abandonner ses affaires alors qu’ils risquent d’être exécutés pour leur statut de noble. Pendant ce temps, Godefroy se met en tête de remettre le Dauphin sur son trône par volonté de Dieu. J’avais une belle blague de merde sur la religion à faire mais étant donné que la religion est un sujet encore plus sensible que certains politiciens au sens de la dérision aussi absente que leur sens de la vérité, je crois que je vais passer là-dessus. Pour cette fois.

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Prêts à partir, les Montmirail discutent de la perruque portée Adélaïde de Montmirail, jouée par Karin Viard. Heureusement, celle-ci est portative et se… rétrécit avec une… pompe… Je me demanderai toujours comment cela se passe dans la tête d’un scénariste de comédie pas drôle. Pense-t-il réellement que ses blagues soient drôles ? Parce que là, je me fais une bouteille d’Amaretto, je compile mes blagues les plus mauvaises qui soient et je les compile pour en faire une oeuvre bien plus amusante que ce truc. Nos héros arrivent au même moment et après une discussion rapide et remplie de malentendus, ils sont pris pour les cousins autrichiens qui vont normalement héberger les Montmirail (Montmiraux?) actuels. Mais, sous l’impulsion de Godefroy aveuglé par sa mission divine qu’il s’est auto attribué (ça me rappellerait presque « Pomouvoir »), ils partent pour Paris, ce qui leur permet d’échapper à Jacquouille et Robespierre. Dans la charrette, les personnages assènent de nombreuses blagues sur la tenue de Godefroy ainsi que la senteur de ses pieds. Mmmmh, la délicieuse odeur des blagues sur l’odeur… De quoi ravir mes narines de cinéphage endurci aux comédies foireuses.

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C’est au tour de Jacquouille ensuite d’être moqué pour son… haleine… Oh mais est-ce que vous pourriez arrêter de croire que ce genre d’humour est drôle ? C’est aussi lourd que le budget qu’on donne à ce genre de production. Surtout que cela ne fait que caricaturer encore plus des personnages à la personnalité en carton. Comme le lâche Jacquouille lors d’une scène de dispute : « J’aurais dû rester avec Dame Ginette au temps des bagnoles ». Ouais, ils auraient dû s’arrêter au premier film. Même cette suite le balance directement à l’écran. On va passer sur la scène de l’auberge pour ne pas souffrir davantage et sur la scène de contrôle du chariot (où l’on constate le magnifique travail sur la lumière qui, selon le champ-contre champ, apparaît et disparaît de manière illogique). En fait, il y a tant de scènes que l’on pourrait passer au vu de la lourdeur de l’humour. Je pourrais même passer ce film entier d’ailleurs.

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La famille arrive à Paris chez Frank Dubosc après avoir ennuyé les personnages de Pascal Nzonzi et Marie-Anne Chazel et cassé une statue de Marat. Toutes ces scènes se déroulent dans une lumière bleue censée représenter la nuit (spoiler : ça ne marche pas) et sans que l’intrigue ne semble avancer d’un iota. Le marquis de Portofino drague lourdement Victoire de Montmirail, les personnages crient mais nous faisons du surplace aussi bien scénaristiquement qu’intellectuellement (non, je déconne, je crois avoir perdu un ou deux points de QI en ce moment et je ne suis même pas à la moitié). Cette Sinistre Purge sera plus courte que d’habitude, mais il y a énormément à dire et je pense que je pourrais écrire un livre entier sur la médiocrité de ce machin.

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Geneviève Robespierre retrouve Jacquouille qui, en colère que la baignoire n’ait pas « l’eau qui coule », hurle : « C’est pourri, ici ! ». En fait, le film est en train d’écrire de lui-même sa propre critique. D’ailleurs plus tard, Geneviève dira de Jacquouille : « Vous êtres bien pénible ». Est-ce que vous avez vraiment besoin de moi pour défoncer ce film? En plus, j’avance dans le visionnage mais là, je ne sais pas du tout comment réagir. L’humour est absent, l’histoire n’avance décidément pas et je me demande encore si ce film aurait pu être financé s’il ne se rattachait pas aux Visiteurs. Bon, où en suis-je ? Euh… Jacquouille va être rebaptisé en Jacquard pour ne pas s’attirer de quolibets suite à son nom de « couille ». Yep. Sinon, Robespierre mange chez Jacquouille. Qui s’énerve parce qu’il n’y a pas de lait chez lui, les personnages crient encore plus, Robespierre est aux toilettes. Jacquouille répète « Hourra, c’est plus laïque » et chante la chanson « Et on lui pèlera le Jonc » en essayant de se reposer sur des bons souvenirs du premier opus.

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Ah, ils vont chez la « Mère de Dieu », peut-être que cela va avancer au moins un peu car là, nous sommes à une heure et demie de film et il ne s’est rien passé durant un bon moment. Il s’avère que la « Mère de Dieu » est la fan de Mylène Farmer du début du film qui apprend à Godefroy que s’il ne retourne pas à son époque, il perdra ses terres. Tiens, peut-être que l’intrigue aurait pu utiliser ça, non ? Jacquouille et Godefroy partent donc à la recherche d’une échoppe pour pouvoir voyager dans le temps car leurs corps gonflent. La preuve : ils ont des prothèses dégueulasses sur le visage. Après avoir conseillé à Frank Dubosc de faire un bébé pour que son nom subsiste (d’ailleurs, Frank Dubosc est assez absent de ce film), nos héros partent pour un apothicaire afin d’avoir de quoi faire la fameuse potion. Ils se dépêchent car ils se font attaquer par des soldats de la république mais arrivent néanmoins à voyager dans le temps et l’apothicaire à se transformer en corbeau pour fienter sur un soldat et les suivre.

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Jacquouille et Godefroy découvrent alors qu’ils se sont retrouvés à l’époque des Nazis. Mais ça ne sert Aryen de s’énerver car Jacquard, le fillot de Jacquouille, est un vil collaborateur des soldats allemands. Godefroy cherche à récupérer son château mais suite à une gaffe de Jacquouille, ils doivent s’enfuir en laissant l’enchanteur derrière eux et tombent sur l’ancêtre de Montmirail. Ils s’enfuient tous ensemble et fin ? Putain de bordel de merde de sa mère la pute borgne et sourde qui croit que du Jul équivaut à de la bonne musique alors que c’est de la diarrhée auditive et qui pue la merde de chien chiée en pleine rue durant une journée de canicule agrémentée de zeste de frites grasses et dégueulasses vomies par un mec saoul après avoir bu une bière si dégueulasse que boire sa propre urine aurait été plus délicieux en bouche, C’EST COMME CELA QUE CE MACHIN SE TERMINE ?????

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Voilà, l’énorme problème de cette merdasse : ce film est aussi utile qu’un peigne à Charles Xavier. Toute la seconde partie, qui est si longue que vous aurez le temps de faire une bonne sieste sans rien rater de l’avancement de l’intrigue, ne sert à rien. La Révolution Française n’est jamais pleinement exploitée, mis à part un ou deux clins d’oeil historiques. C’est honteux à un point que ceux qui se plaignaient du cliffhanger de fin de la sixième saison de Walking Dead trouveraient cette conclusion plus putassière et dégueulasse encore. Les personnages introduits ne sont que peu intéressants malgré des acteurs pas vraiment mauvais et franchement, ils auraient pu aller directement dans l’époque de la France sous Pétain sans que l’on ne se plaigne. Ce film est aussi creux qu’une coquille de Kinder Surprise et je ne peux que plaindre les pauvres personnes qui ont payé de leurs poches pour se taper ce crottin infâme et sans goût. Ce genre de production est particulièrement honteux et dégueulasse. Au lieu que de nous servir cette introduction inutile et médiocre, vous auriez pu nous envoyer directement le véritable film, non ? Celui que la fin nous promet avec un joli doigt d’honneur qui nous fait comprendre que vous nous avez enfoncé un sapin de Noël dans l’anus sans lubrifiant ?

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Voilà, j’espère sincèrement que cette Sinistre Purge de fin d’année vous aura plus. Ce n’est sûrement pas la meilleure mais bordel, vu comme j’ai souffert devant ce film, j’aurai bien mérité ma bûche de Nouvel An !

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Liam se laissa tomber de détresse sur son fauteuil. Il se servit un morceau de bûche aux trois chocolats fourrée au Nutella accompagnée de morceaux de chocolat au lait et de brownies ainsi que quelques pépites et vermicelles de chocolat (communément appelé « La Crise de Foie ») et dégusta cela avec tristesse, honte mais également espoir. L’espoir que 2017 sera rempli de films de qualité, d’oeuvres proposant à leurs spectateurs une réflexion sur le monde et leur vie, bref du bon cinéma !

Soudain, son téléphone vibra. Il entendit à l’autre bout de la ligne Morman Freegan.

« Alors Liam, douloureux ce film ? Tu as connu La Terreur ?» demanda t-il sur un ton à moitié moqueur.

« Oui, clairement. Pourquoi m’appelez-vous ? »

« L’humanité est en danger. »

« En danger de quoi ? »

« Les gens se plaignent des films de super-héros qui arrivent par demi douzaine chaque année. »

« Oui et ? Ce n’est pas totalement incompréhensible, on a quand même droit des fois à de véritables foutages de gue… »

« Non Liam, tu dois leur faire comprendre ce qu’est un véritable navet super-héroïque. »

Notre critique déglutit. « Non, pas… ? »

« Si. Il est temps d’enfiler du cuir. »

Fin ?

Mon film préféré : Super 8 de JJ Abrams

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Je me rappellerai toujours de la première fois que j’ai vu « Super 8 ». Je me trouvais dans l’unique salle de cinéma du petit village où je passais mes vacances d’été, ce qui a apporté au final une certaine importance à l’attachement que j’ai eu pour cette oeuvre. Il était tard et j’étais assis dans cette petite salle avec un gros seau de popcorn (la seule option d’en manger était de prendre cet énorme récipient), attendant impatiemment que les lumières s’éteignent. La première bande-annonce présentant l’œuvre m’avait excité à un point inimaginable, sans compter l’ambiance mise en place par ces quelques images

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Encore maintenant, j’adore les films produits par Amblin et leur style eighties me touche au plus haut point. Je considérais Steven Spielberg comme un dieu depuis que j’avais revu « Rencontres du troisième type » à la télévision. Ce film reste d’ailleurs pour moi son meilleur au vu de l’émerveillement qu’il apporte et la touche propre au fameux réalisateur. Quant à JJ Abrams, je n’avais pas encore vu son « Star Trek » et je n’avais que peu de souvenirs de son « Mission Impossible 3 » (qui est désormais pour moi le meilleur de la saga et pas uniquement à cause de la présence de mon idole derrière la caméra). Mais dès que les lumières se sont rallumées, il est devenu instantanément un de mes modèles. Car je sus dès la fin de la projection que « Super 8 » était devenu et restera pour toujours mon film préféré.

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Au fil des années et de ma construction d’une conscience plus « cinéphile », je me mis à trouver de nombreux trésors dans « Super 8 », corroborant l’amour sincère que je porte à cette oeuvre. Car loin d’être une simple resucée de films Amblin et Spielbergien, le film de JJ Abrams porte en lui une passion sincère et une identité propre qui font passer les références à part de son intrigue.

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Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce film, en voici un bref résumé : Dans une petite ville de l’Ohio, en 1979, Joe Lamb tourne un film de monstres avec ses amis et Alice Dainard, une fille pour qui il a le béguin. Mais alors qu’ils s’occupent d’une scène nocturne, cette petite bande assiste à un accident ferroviaire qui va les changer à tout jamais…

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Rien que le titre du film résume son ambiance nostalgique avec ce « Super 8 », fameuse caméra désormais tombée en désuétude sauf dans le cœur des cinéphiles les plus aguerris. Il plane ainsi sur le récit une forte mélancolie, adaptée à la situation vu le drame se déroulant au tout début du récit. En effet, le jeune Joe a perdu sa mère dans un accident de travail. La manière dont Abrams dépeint cet événement dès l’ouverture de son film se fait avec douceur et drame. Un ouvrier se charge de modifier un panneau censé décompter les jours sans incident. Par ce geste lourd, Abrams nous dépeint le drame et le « fantôme » qui va rester constamment sur la tête de notre héros.

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Car (et on l’oublie régulièrement) « Super 8 » est le récit d’un deuil. Celui de l’enfance évidemment avec ces jeunes atteignant la puberté et découvrant des sentiments amoureux, mais surtout le deuil de la mère de Joe. L’extraterrestre qui va débarquer dans la ville est ainsi une symbolique de ce deuil, souligné par le collier que le jeune homme conserve en permanence. Celui-ci est le « mauvais objet », celui dont il faut se débarrasser pour pouvoir avancer. Mais il est encore trop tôt pour en parler, retournons au début du récit.

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Avant même le titre, nous avons donc la scène mentionnée plus haut et surtout une scène d’après enterrement avec une maison envahie de gens dont certains pour faire de l’exposition un peu facile (un des rares points que je reprocherais au film). Nous faisons connaissance avec la bande d’amis de Joe, discutant du décès de sa mère avec un certain humour noir typique de jeunes enfants perdus lors d’un événement dramatique. Nous rencontrons après le père de Joe, Jack, que l’on sent assez autoritaire de par son statut de shérif adjoint fort.

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Enfin, nous faisons la connaissance de Joe, assis seul sur une balançoire dans une rue enneigée, observant tristement le portrait de sa mère dans son médaillon. Sur le côté arrive le père d’Alice, Louis, qui finira par se disputer dans la maison avec Jack avant que celui-ci ne le sorte menotté, sous les yeux incrédules de son fils. C’est en fermant le médaillon qu’apparait le titre « Super 8 ». En quelques minutes, nous avons donc la personnalité des personnages principaux, leurs liens (Joe-Jack et Jack-Louis), l’instauration du drame, le tout avec douceur et mélancolie. Cela peut paraître normal comme exigence pour un film mais commencer sur une telle note douce-amère est assez peu vu désormais dans les blockbusters qui inondent régulièrement nos écrans.

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Vient l’arrivée de l’intrigue, avec surtout l’arrivée d’Alice Dainard. Rien qu’à l’évocation de son nom, on sent le jeune Joe bouleversé, heureux de pouvoir fréquenter LA Alice Dainard. Ainsi, lorsqu’ Elle Fanning, son interprète, apparaît à l’écran, on sent les sentiments de Joe pour elle. Il est à souligner aussi qu’ Abrams arrive à filmer l’innocence et en même temps la maturité qui se dégagent de l’actrice. Elle trouve dans le film un charme rétro correspondant à la volonté du film et à l’opposé d’un « Neon Demon » transpirant la modernité. Elle bouleverse tant ces jeunes garçons qu’ils en perdent la voix lorsqu’ils la voient jouer les dialogues de Charles.

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Avant de pouvoir voir cette scène, nous avons d’abord droit à une discussion entre Joe et son père. Elle est initiée par notre héros qui tombe sur son père, pleurant dans la salle de bains. Mais alors que Joe s’avance vers lui, Jack décide de lui fermer la porte. La symbolique est facile mais efficace : Jack, par peur de ne pas paraître fort aux yeux de son fils, se ferme à lui et à sa douleur là où les deux pourraient se soigner de leur deuil ensemble.

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Le tournant du film reste l’accident de train. Ce déraillement, ouvert aux interprétations, aux dégâts énormes car vus d’un point de vue enfantin, va être le bouleversement du récit. Tout y est filmé de manière impressionnante et spectaculaire. Ces quelques minutes d’explosion ininterrompues vont provoquer la libération du fameux extraterrestre qui va sévir dans la ville et surtout un branlebas émotionnel chez ces enfants effrayés. D’ailleurs, ce trop-plein de spectaculaire va se retrouver également dans le climax avec cette ville anéantie par des armes s’étant retournées contre les militaires. Par ce biais, nous ressentons le côté intense de la scène pour nos héros.

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C’est le moment d’aborder la mise en scène de JJ Abrams. Réduit par beaucoup à un Yes Man trop absorbé par ses inspirations pour en faire du neuf, Abrams utilise justement ses « références » pour nourrir un cinéma certes divertissant mais toujours appuyé par une forte sincérité. L’aspect rétro nostalgique est certes porteur d’influence mais le réalisateur y ajoute un amour franc et sincère qui dépasse tout aspect méta que certains pourraient y voir. Abrams n’est pas le Spielberg du pauvre mais l’on sent que le grand Steven a construit le bonhomme. Chacun s’est forgé son identité par des œuvres, des inspirations extérieures. Les idées se recyclent en permanence, se reconstruisent par le contact avec autrui et c’est quelque chose que l’on oublie souvent. Nous nous créons de diverses manières, notre univers mental et notre imagination sont basés sur de nombreuses choses.

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Abrams l’a bien compris et dévoile dans ses films des sources multiples mais mélangées de telle manière qu’il y apporte une touche unique, comme tout auteur imprègne son œuvre de sa personnalité unique. C’est personnellement ce que j’aime dans son cinéma : bien qu’il s’occupe de blockbusters avec comme but premier le divertissement, Abrams y apporte une touche sensible et sincère qui rend chacun de ses films uniques. Il est un fan comme nous autres spectateurs mais avec une personnalité propre assumant ses inspirations, tout comme Charles citant Romero dans son film de zombie et utilisant la catastrophe ferroviaire pour donner du cachet à son œuvre.

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« Super 8 », Abrams le filme comme toutes ses autres oeuvres : avec dynamisme et action. Il y a de quoi divertir, de quoi émerveiller n’importe quel spectateur en quête de spectacle.D’ailleurs, à une époque où l’action est surcoupée lors du montage pour distraire son public de manière illisible, Abrams arrive à rendre toutes ses séquences lisibles et grisantes. Mais ceux qui le suivent savent qu’il ne néglige jamais ses moments d’émotion. Les exemples sont nombreux : les ouvertures de « Star Trek » et « Star Trek into darkness », le dialogue entre Han Solo et Kylo Ren où le drame est suivi d’une caresse affectueuse apte à briser le coeur de n’importe quel fan. Ces instants doux et délicats, Abrams les retrouve ici et les sublime encore plus. Il sait quand filmer avec passion et quand se montrer paisible. Chez Abrams, l’émotion est sincère jusqu’au moindre mouvement de caméra. Voilà un réalisateur qui gère à merveille l’équilibre entre la mise en avant de son action et quand se poser pour mettre en avant les dilemmes humains.

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Voilà l’occasion d’observer la dichotomie entre le monde de l’enfance et le monde des adultes. Cette séparation a déjà été faite dans d’autres récits (« ET » est le premier titre à venir en tête) mais il serait réducteur de ne pas utiliser certains outils narratifs parce que d’autres œuvres l’ont fait, surtout que cela reste cohérent dans le style Abrams. La manière dont l’extraterrestre est filmé va différer selon le point de vue apporté. Quand nous sommes en compagnie de personnages adultes, ses apparitions seront proches de l’horrifique (la scène de la station essence, l’attaque du bus) là où il va y avoir une touche de merveilleux presque douce quand il sera vu uniquement d’un point de vue enfantin (sa scène avec Joe).

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D’ailleurs, le deuil de la mère sera guéri différemment par Joe et son père mais chacun, d’une manière, « grâce » à l’extraterrestre. D’un côté, le jeune homme va devoir faire face à ses peurs et ses doutes en la personne de la créature et se confronter à celle-ci pour se convaincre d’avancer, tout en se libérant du « mauvais objet » que représente son collier (bien trop porteur de douleur et de tristesse pour pouvoir avancer avec). De l’autre, son père va devoir s’allier avec celui qu’il juge responsable de son chagrin et découvrir qu’ils partagent tous deux la perte de leur amour, pour se guérir réciproquement par le pardon.

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Un autre atout de « Super 8 » est sa bande originale. Son compositeur, Michael Giacchino, est un habitué d’Abrams et se trouve derrière de nombreuses autres musiques de films de grande qualité : « Là-haut », « Vice Versa », « A la poursuite de demain », … Pour ce film, il crée des thèmes assez doux, comme le principal, jouant sur le merveilleux et la douceur. C’est l’une des qualités de celui qui a réinventé la musique de « Star Trek » : allier morceaux de suspense ou de grandiloquence avec d’autres à la sensation plus intimiste et douce.

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Il serait injuste d’oublier le casting du film. Nous avons déjà parlé d’Elle Fanning mais c’est ce groupe entier de jeunes qui illumine le récit par la flamme enfantine qui brûle dans leurs yeux. Chacun est assez reconnaissable pour être attachant et appréciable. Quant aux adultes, ils s’avèrent remarquables, que ce soit Kyle Chandler en tant que Jack, Noah Emmerich en Nelec ou Ron Eldard en Louis Dainard.

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Au final, « Super 8 » représente énormément de choses. C’est un très bon film de science-fiction, une madeleine de Proust délicieuse pour les fans des œuvres Amblin, une très belle histoire sur le deuil et la manière dont on s’en relève et une œuvre lumineuse et familiale de grande qualité. À cela, j’ajouterais donc que c’est mon film préféré, le film qui m’a fait et pour lequel je porterai une passion sincère et éternelle. Pour tout cela, merci monsieur Abrams.

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Incendies de Denis Villeneuve

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Année de sortie : 2011

Pays: Canada

Réalisateur : Denis Villeneuve

Casting : Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette, Remy Girard

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On en a précédemment parlé dans les critiques de « Prisoners » ou « Enemy » mais cela mérite d’être répété : Denis Villeneuve est l’un des meilleurs réalisateurs de ces dernières années. Touchant à des genres multiples, il arrive à allier immersivité, humanisme et une patte qui reste reconnaissable malgré sa diversité. Alors qu’est sorti en salles son dernier film « Premier Contact » (à voir absolument), nous allons aborder « Incendies », qui date de 2011.

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Jeanne et Simon viennent de perdre leur mère Nawal. Lors de leur visite chez leur notaire, ils reçoivent deux lettres : une pour leur père qu’ils croyaient mort et une pour un frère qu’ils ne connaissaient pas. Ce sera pour eux l’occasion de découvrir le passé exceptionnel de leur mère

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La première chose que l’on peut constater est l’éclatement de l’intrigue. C’est une astuce narrative qu’aime utiliser Villeneuve (cf « Enemy » ou « Premier contact ») justifiée ici par la multiplicité des points de vue, que ce soit par les jumeaux ou par la mère. Ce morcellement de la narration pourra rebuter ceux qui n’accrocheraient pas à la « complexité » du récit mais elle s’avère nécessaire au film. La quête de la vérité sur le passé de cette mère perdrait dans une histoire linéaire cet aspect de recherche d’identité. C’est l’imbrication des histoires de nos différents héros qui nous rapproche d’eux, tout comme ces histoires passées construisent le présent.

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Villeneuve nous emmène sur le chemin de croix de Nawal. Coincée dans une guerre religieuse, elle devra faire son possible pour survivre, passant par des situations atroces, comme dans la bouleversante scène du bus. Pour croire en un tel personnage, outre un bon scénario, il faut une interprétation exceptionnelle. C’est le cas ici avec la prestation inoubliable de Lubna Azabal, clairement habitée par son rôle (sans dénigrer le restant du casting, également de haute volée).

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En plus de son scénario bien ficelé (basé sur la pièce de théâtre homonyme) et de ses interprètes de haute qualité, il faut mettre en avant le talent de Denis Villeneuve qui nous offre déjà ici une mise en scène de haute qualité tout en restant simple. Evitant une forme de prétention cinématographique pouvant toucher ce genre d’œuvre, le réalisateur de « Sicario » arrive à nous immerger avec ses personnages (la rencontre entre Simon et le chef de guerre, jouant beaucoup sur le hors champ) de manière concordant au restant de sa filmographie.

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« Des fois, il ne vaut mieux pas tout savoir » balance t-on à Jeanne alors qu’elle cherche à en savoir plus sur sa mère. En effet, au plus elle et Simon vont en apprendre sur leur mère, au plus l’image qu’ils se seront faite d’elle changera. La tragédie de sa vie ne sera pas sans conséquence sur les jumeaux, notamment donc lors d’une révélation finale dévastatrice digne des récits grecs classiques s’appuyant dans ce même genre. Une magnifique réplique arrive à résumer cette révélation mais pour cela, il vaudra mieux découvrir le film par vous-même.

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Denis Villeneuve nous a donc offert avec « Incendies » un drame bouleversant et poignant mais également une claque cinématographique qui vous laisse une marque à tout jamais. En plus de prouver une nouvelle fois que son réalisateur est l’un des meilleurs qui soit actuellement, cette œuvre mérite d’être visionnée par toute personne en quête de films aptes à les faire retourner sentimentalement sans tomber dans le pathos facile. Bref, une œuvre qui consume nos sentiments en un incendie émotionnel…

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Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry

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Année : 2004

Pays :Etats-Unis

Réalisateur : Michel Gondry

Casting :Jim Carrey, Kate Winslet, Tom Wilkinson, Kirsten Dunst, Elijah Wood, Mark Ruffalo

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L’amour est un sentiment universel pouvant pousser aussi bien à l’allégresse qu’à la douleur. Nous en avions déjà parlé dans notre critique du « Her » de Spike Jonze mais de toute façon, la complexité de toute sensation humaine ne pourrait être abordée pleinement, encore moins dans une critique de quelques centaines de mots. De nombreux réalisateurs ont néanmoins cherché à toucher à l’amour, à ce que leurs spectateurs ressentent la même sensation que leurs personnages. On passera sur 99% des comédies romantiques pour balancer des essais plus divers et de meilleure qualité comme « Her », « 500 days of summer », « Love » ou « Alleluia ». C’est dans cette seconde catégorie de films d’amour que nous allons nous diriger aujourd’hui avec le désormais classique « Eternal sunshine of the spotless mind ».

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Joel (Jim Carrey) est dépité. Son amoureuse Clémentine (Kate Winslet) a décidé d’effacer de sa mémoire tout souvenir qu’ils partageaient ensemble avec l’aide de la société Lacuna. Il décide alors de faire la même chose afin de s’éviter toute douleur liée à elle. Mais pendant le processus d’effacement, il se rend compte qu’il ne veut plus l’oublier…

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« Eternal sunshine of the spotless mind » est la rencontre entre deux esprits d’une imagination débordante : Charlie Kaufman et Michel Gondry. Le premier est un scénariste de talent, dépeignant avec brio l’esprit humain, souvent sur un ton absurde (« Dans la peau de John Malkovich »). Le second est un réalisateur de clips aux visuels marquants. L’union de ces deux personnalités fortes sur un thème aussi complexe que l’amour ne pouvait que mener à un résultat unique. « Eternal sunshine of the spotless mind » est ainsi un trésor aussi bien visuel que narratif.

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Abordant son couple avec une écriture des plus réalistes, le film aborde le besoin d’avancer, difficile mais nécessaire. Il y a évidemment quelque chose des plus tentants dans la proposition du docteur Howard. En effet, la vie ne serait-elle pas plus facile si l’on pouvait oublier les histoires qui nous ont affectés, les personnes qui nous ont blessés ? Pourtant, ce sont ces blessures qui nous construisent, qui font de nous les femmes et les hommes que nous devenons. Chaque rencontre, bonne ou mauvaise, a son impact dans notre existence et les renier ne ferait que nous endommager bien plus que les accepter.

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Gondry nous plonge dans ce questionnement existentiel des plus Kaufmanien (cf le merveilleux « Anomalisa », l’un des meilleurs films de l’année) avec un plaisir des plus prégnants. Jouant aussi bien sur la couleur, le montage, la taille de ses décors et sur des détails par milliers, le réalisateur nous offre une de ces réjouissances visuelles des plus marquantes sans plonger non plus dans le trop plein envahissant. On sent la joie de Gondry de nous immerger dans son style visuel mais sans nous faire oublier son récit. Tout apprenti(e) réalisateur/réalisatrice à l’esprit imaginatif peut trouver dans le film de quoi apprendre à gérer à merveille sa patte visuelle sans s’aliéner ses spectateurs.

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Une autre réussite du film est son casting, et particulièrement son duo principal. Jim Carrey et Kate Winslet trouvent dans des interprétations opposées à leurs habitudes l’un de leurs meilleurs rôles. Ils se dégagent d’eux une sincérité des plus humaines, collant à l’écriture de Kaufman et évitant le stéréotype dans lequel tant de scénaristes plongent. Les seconds rôles aussi sont de grande qualité, liés à l’intrigue de manière inhérente (l’amoureux voulant copier Joel, la révélation sur Mary).

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« Eternal sunshine of the spotless mind » constitue donc un immanquable pour tout amoureux de cinéma en quête de trésor visuel et narratif. C’est une œuvre des plus humaines et des plus belles avec sans aucun doute l’un des couples les plus marquants et les plus touchants peints sur grand écran. Surtout, le film de Gondry nous pousse à avancer dans notre existence, à faire fi des malheurs et mieux se les approprier pour devenir la personne que l’on souhaite devenir, celle dont l’on pourra être fier lors de nos dernières heures, et à aimer passionnément ceux qui comptent à nos cœurs.

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Les Sinistres Purges présentent « Gamer » de Zak Fishman

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Liam se réveilla dans une salle blanche. Pas celle où il avait discuté avec Morman Freegan après la critique d’Amusement, mais une pièce presque entièrement vide. En effet, le seul meuble que l’on pouvait y trouver était une télévision qui passait en boucle le même film : « Gamer ».

Il fallait que cela arrive. Après quatre films américains aux budgets variables, il était évident que notre critique allait devoir faire face à l’une de ces créatures immondes ayant pris place dans le cinéma européen actuel : les Grosses comédies françaises. Alors attention, il faut bien faire la différence en utilisant ce terme. Il y a de bonnes comédies françaises, de très bonnes même. Ici, on va parler de celles aux blagues lourdes, à l’ambiance aussi hilarante qu’un camp de concentration (et hop, un cookie Godwyn !) et à l’interprétation embarrassante des acteurs. Ces dernières années, ce type de film a proliféré avec (souvent) un succès public assez déconcertant. Les titres sont nombreux : « Pourquoi j’ai pas mangé mon père », « Les nouvelles aventures d’Aladin », « Les visiteurs 3 », … Il est également à noter qu’elles déchaînent souvent les passions, surtout dans ces milieux si démocratiques et respectueux de toutes les opinions que sont les commentaires Facebook et YouTube.

C’était donc à l’un des rejetons de ce genre que notre critique allait devoir faire face.Et encore, ce dernier rentre dans un autre genre effrayant.En effet, « Gamer » parle de jeux vidéos. Vous voyez comme le sujet est actuellement propice aux débordements en tout genres dans certains médias?Imaginez vous maintenant en 2001. Oui, c’était vraiment la merde pour notre critique. Allait-il survivre à cette séance de torture ? Était-ce réellement utile d’en parler après que Karim Debbache l’ait fait dans « Crossed » ? Est-ce que cette Sinistre Purge sera publiée à une date correcte ? Pourquoi est-ce que l’ornithorynque est considéré comme un mammifère alors qu’il pond des œufs ? Toutes les réponses dans cette critique !

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Après un générique des plus … déconcertant (pas aidé par une musique faisant partie haut la main des pires rythmes techno du début des années 2000), nous faisons connaissance avec notre héros Tony, incarné par Said Taghmaoui. Alors qu’il joue à un jeu de combat sur arcade (la belle époque), il s’énerve contre la machine en l’accusant de sa défaite. Bref, il a la haine (tam tam tsouin). Arrive alors un loubard (oui, j’ai utilisé ce mot) qui veut l’affronter devant les yeux de son ami Rico, incarné par Bruno Salomone. L’avantage de son rôle dans ce film est qu’après ça, même son interprétation dans « Brice 3 » devient presque plus supportable. C’est d’ailleurs lui qui se moque de l’énergumène s’attaquant à son ami par un sigle sur son blouson : « Pit ? C’est pour Brad Pitt ?? ».

Oui, nous sommes dans ce genre de comédie. Bref, passons, il y a d’autres « blagues » pas drôles à aborder. C’est comme marcher sur de la lave en fusion : si on avance vite, on risque peut-être de survivre.

Donc, schéma habituel : ils s’affrontent sur le jeu et Tony, pour prouver la dévotion qu’il a pour les jeux, va finalement gagner ce com… Ah ben non, il le perd. D’accord, cette scène était très utile. En sortant déçus de l’établissement (oui, ils ont la hai… D’accord, je me tais), ils croisent Momo, jeune homme au look particulier (chemise rose, bob, tu as le look Coco ! Ah non, ça c’est une autre comédie française foirée). Ils vont le voir pour récupérer l’argent qu’ils lui avaient prêté quand il parle de son nouveau filon : les sani crottes, un lange pour chien afin qu’ils… ne fassent pas…caca dans la rue. Bon, depuis combien de temps j’ai commencé ? Cinq minutes ? Ok, ça va être long.

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Tony va ensuite rencontrer une jolie fille dans un centre de sport. Enfin, il la stalke plutôt avec son ami, et ils parlent d’elle alors qu’elle est en plein activité physique juste à côté. Ce qui l’empêche de les entendre ? Mouais, il vaut mieux quand même vu les remarques subtiles de Rico. La réponse de Tony à sa « blague » résume mon avis sur l’humour du film « Tu sais quoi ? Tu me fais de la peine ». S’ensuit le schéma habituel du « Je te drague mais je suis un peu maladroit quand même, ça fait partie de mon charme » (pures sensations de déjà vu garanties !). Arrive alors le patron de Tony. Notre héros est en fait un petit malfrat commettant des larcins pour une figure patriarcale manipulatrice.. Et un autre schéma déjà vu et revu du « Hey, je suis un petit bandit mais au fond de moi bat un joli cœur tout rose pompant des licornes et des paillettes ». Afin de récupérer un coup foiré, Tony et Rico vont cambrioler la maison du créateur de Wipeout (hmmm, cette bonne odeur des pépites vidéoludiques de l’époque Playstation 2… Aucune ironie là-dedans, c’était une période sympa). Malheureusement, le monsieur arrive plus tôt que d’habitude, ce qui oblige nos héros à le menacer, affublés de masques dont un de Dark Vador (ce qui me rappelle que je ne me suis pas encore infligé le remake de Point Break, n’hésitez pas à me dire dans les commentaires à quel point il est mauvais). Mais alors qu’ils ont réussi à se dépêtrer de cette situation fort embarrassante, Tony décide de courser des policiers en mode Wipeo… Oh putain, non. Non, non, non, non, non, non, non. Film, tu ne détruiras pas mon opinion sur un super jeu comme cela ! Pour ceux qui ne comprennent pas (oh, bande de veinards chanceux, jouez au lotto et profitez de votre jeunesse et insouciance tant que vous le pouvez), sachez que la scène de poursuite qui suit a été refaite en animation Playstation 2. Alors certes, peut-être que c’est pour montrer à quel point le fait que Tony ait joué à ce jeu avant d’aller dans sa voiture l’a rendu dangereux (ce qui est un beau message de merde qui pourrait être démonté par de nombreux psychologues) mais mon humble avis est que le réalisateur a voulu faire ça pour être cool. D’ailleurs, je n’ai pas noté le nom du réalisateur dans cette chronique, attendez, il s’appelle… Zak Fishman. Zak Fishman. D’accord, laissez-moi deux secondes pour pleurer de rire.

Bon alors, avant que je ne reprenne ma pénétration oculaire sans lubrifiant, laissez-moi trente secondes pour vous parler de ce monsieur Fishman. En réalité, Zakouille la fripouille n’existe pas. Son vrai nom est … Patrick Levy ! Et là, cher/chère lecteur ou lectrice, tu dois te dire (tout haut si ça te chante, ce n’est pas moi qui vais juger) : « Mais Liam, pourquoi ne pas avoir gardé son véritable nom et avoir usé à la place de ce ridicule pseudonyme ? ». Eh bien je te répondrai que je n’en sais strictement rien. Réellement. La réponse doit traîner sur Internet mais supporter ce film est déjà trop pour moi.

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Bon, reprenons la séquence en graphismes PS2 dégueulasses. La course poursuite se termine, Rico s’enfuit et Tony est capturé et emmené en prison. En plus de se rappeler de ne pas laisser tomber la savonnette, il profitera de son temps pour travailler sur un projet de jeu vidéo, qu’il tentera bien évidemment de monter avec difficulté, sachant qu’il n’est soutenu par personne et qu’il compte en profiter pour arrêter les petits larcins. Pas de quoi plaire à son boss et à son ami Rico qui préfère draguer les demoiselles en pleine rue en leur proposant de leur payer … un… Twix. Non mais qui a écrit ce scénario en croyant que c’était drôle ? Laissez-moi chercher le nom des scénaristes. Alors, on a Patrick Levy (pardon, Zak Fishman), Fabien Suarez et … Oh.Oh. Oooooh. Daive Cohen. Pour ceux qui n’ont pas compris, c’est le responsable des « Nouvelles aventures d’Aladin ». Bon, ben, ce film avait tous les signes avant-coureurs de la comédie pas drôle. Bref, retour au navet. Tony décide de se rendre à une convention de jeux vidéo accompagné par son love interest, Nadia (aka la fille stalkée tantôt). Il fait tous les stands jusqu’à rencontrer une légende du milieu incarnée par Arielle Dombasle. Je passe vite sur ce fait vu que tout le monde en rit encore. Notre héros décide alors de lui présenter son concept dans une scène accélérée. Bon, ce n’est pas drôle mais j’accepte cette idée de mise en scène juste parce que cela fait moins de temps à passer devant cet étron. La conceptrice de jeux vidéo lui dit qu’elle le fera signer seulement s’il lui remet une démo de son jeu. Le nouveau but de Tony est donc de se trouver une fine équipe pour l’aider à cela. Bref, un escadron suicide (tiens, ça me rappelle un film de super-héros, ça…). Alors pendant que Rico pousse Tony à la luxure dans une salle de sport, notre héros (gardez bien cet adjectif en tête) retrouve par hasard un ancien camarade de classe à qui il piquait tous ses jeux quand il était gamin. Va-t-il le convaincre de le rejoindre en jouant sur l’amitié ? Oui, avant de jouer la carte du chantage en le piégeant à forcer une jeune femme pour les photographier et menacer d’envoyer la dite photo à sa femme. Mesdames et messieurs, un héros de film français ! Et d’une comédie censée être tout public en plus ! Merci cinéma français de nous offrir d’aussi bons modèles pour nos jeunes <3

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Nouvel arrivant dans cette escouade, un autre ami du héros branché pornographie et proposant même des films zoophiles. Bon sang, que l’on ne vienne pas me dire après que tout ne tourne pas autour du cul… Bref, après tout cet humour à la grivoiserie des plus légères (ah, la finesse et la subtilité d’une blague de cul… c’est presque aussi doux et sensible qu’une diarrhée), la communauté de l’anal (vous voyez ?) décide de se lancer dans son projet insensé. Il ne manque plus qu’un acteur de motion capture. Heureusement, un grand expert américain dans le domaine travaille pas loin de nos héros. Enfin, aussi américain que le Hamburger (qui vient en fait de la ville allemande d’Hamburger. C’était l’information culturelle du jour.) étant donné que son accent des states part en couilles une scène sur deux. Enfin, à force de travail dans un local diffusant des films porno à longueur de journée (ah, l’époque où Internet n’avait pas encore démocratisé le travail manuel… Merci, Jacquie et Michel ! Ou pas en fait…), nos héros pondent la démo du siècle. Tony va alors livrer le disque à Valérie Fisher qui lui demande de patienter un peu. Le jeune homme attend donc en… se mettant en mode robot et en analysant une jeune femme et sa poitrine… Film, fais-tu exprès ou crois-tu vraiment que ce serait drôle de faire ça ? Parce que là, ça donne une image beauf du gamer et assez éloignée de la réalité. Mais surtout beauf. Le style à trouver Cyril Hanouna réellement drôle. Tony décide de confier ensuite le seul disque existant à Valérie Fisher, cette jeune femme qui ne s’annonce pas du tout méchante. Mais non, pas du tout, fais confiance à Arielle Dombasle qui cabotine. Tony va ensuite aller voir son ancien patron pour lui confier qu’il veut arrêter de bosser pour lui. Tentative d’humour avec un mec qui critique une femme sur son physique, dialogues tellement vus qu’ils sont déjà mâchés, bref, rien de nouveau. Face à cette situation, Nadia, devenue la copine de Tony, le réprimande en lui disant : « La vie, ce n’est pas un jeu vidéo. On n’est pas dans Tekken. ». Cette réplique arrive seconde dans mon classement de phrases de films pourris à mettre sur un t-shirt, derrière la dernière réplique du remake de « Ben Hur » (Vous ne l’avez pas vu ? Eh bien ce chef d’oeuvre du septième art sera proposé en dernière Sinistre Purge de l’année, votez pour lui !). Nadia décide de rappeler à Tony qu’ils ne sortent pas réellement ensemble bien qu’ils se soient embrassés, ce qui mène à une légère anicroche mais rien d’assez sérieux pour les empêcher de sortir ensemble dans les bras l’un de l’autre à une soirée où ils rencontrent Valérie Fisher. Nina regarde cette dernière avec jalousie et haine (enfin, c’est ce que je crois cerner dans le jeu d’acteur) avant de l’insulter une fois partie. Ils décident de repartir, drague lourde de la part de Tony, Nadia qui joue avec ses pieds (et avec ses cou… Non, là je deviens aussi vulgaire que ce film) et Momo, le mec au bob qui arrive juste pour empêcher Tony et Nadia de s’embrasser tout en essayant d’être drôle (spoiler : ça ne l’est toujours pas). S’ensuit la rencontre entre Tony et Valérie pour signer le contrat. Surprise : Fisher veut lui sauter dessus ! C’est sûr que lui avoir donné rendez-vous à 22 heures dans une robe des plus moulées n’était pas un signe avant-coureur de petite sauterie. Le tout sur la magnifique bande originale du film sur laquelle je ne reviendrai pas car, il faut être franc, ce serait terminer l’ambulance à coups de bâton après lui avoir tiré dessus avec un missile. Le pote de Tony surprend les deux alors qu’ils sont en train de « s’essayer à un nouveau jeu ». Et si vous n’êtes pas assis, je vous conseille de le faire et de préparer une main de libre pour vous gifler bien fort pour prouver que oui, ce dialogue a bel et bien eu lieu.

Valérie Fisher, allongée sur Tony dans le canapé et en train de lui glisser la main sous le t-shirt : «  J’aimerais tester sur vous un nouveau concept de jeu. TSM !»

Tony, interloqué : « TSM ? »

Valérie Fisher : « Total Sex Machine »

Alors, vous vous êtes bien frappés ? Et oui, cette réplique est réelle. Si vous voulez le vérifier, cela commence à 49 minutes et 36 secondes. Oui, j’ai acheté le dvd de ce navet (pour un euro mais bon) pour pouvoir taper cette critique. De rien.

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Tony laisse alors la patronne jouer avec son joystick (tam tam tsouin) et passe au niveau 3 (soupir…). Il va rendre visite à Luc (mais si, son ami à qui il a fait subir un chantage pour travailler pour lui. Oui, c’est beau l’amitié). Le jeune homme tombe sur sa femme qui le drague (woauw, quel Don Juan !). Il rend alors à Luc la cassette compromettante tout en lui conseillant de rentrer plus tôt chez lui de temps en temps. Tony va rendre visite à la convention pour son jeu mais se rend compte que, oh surprise, Valérie Fisher l’a dupé (Diantre ! Sacrebleu! Mornebidouille !). S’ensuivent des noms d’oiseaux aussi doux que le lubrifiant qui devrait être filé à l’achat du dvd et en particulier, une autre réplique des plus exquises.

Tony : « Tu m’as bien niqué, petite salope »

Valérie : « Avoue que tu as aimé ça ».

Vous ne me croyez pas ? 53 minutes et 52 secondes. Je pense que le scénario du film a été banni des écoles de cinéma à cause des saignements d’yeux qu’il provoquait. Heureusement, cela ne dérange guère les journalistes présents parce que ça n’intéresse jamais un type qui hurle au scandale lors d’une conférence de presse officielle. Tony va se retrouver l’anus encore plus dilaté que celui de n’importe quelle personne ayant payé pour ce machin en voyant Nadia embrasser son pote pour le rendre jaloux. Son pote la repousse en lui demandant ce qu’elle fout et Tony, bien évidemment rendu confus par les événements pourtant aussi limpides que l’eau minérale, décide de le frapper. Nadia le gifle et lui demande si elle lui a fait mal. Bon, ben, … Non. Une bonne gifle par jour rend le cœur moins lourd. Seigneur dieu, je vais arrêter de me pincer pour vérifier la vraisemblance de ces répliques, j’ai le bras aussi rouge que du Argento.

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Pendant ce temps, notre cher Luc rentre plus tôt chez lui et surprise, surprend sa femme en train de fouetter son patron. Ce dernier, aussi doué dans la communication que moi au saxophone, lui demande ce qu’il fait là parce que bon, il est seize heures, il devait terminer à dix-huit heures, c’est sa faute quoi. Réponse de l’intéressé : un coup de genou dans les heures supplémentaires du patron, une gifle à sa femme et des coups de club de golf dans la voiture du fouetté. Il cherche alors à casser la gueule de Tony, qui a eu le malheur de lui montrer l’extérieur de la caverne dans laquelle il s’emmurait (oui, j’ai placé Platon dans cette critique. Cela reste moins absurde que ce film) mais décide de changer d’idée en voyant son magnifique œil au beurre noir. Ils partent retrouver Marcus Lambert, l’acteur de motion capture, qui refuse. Mais finalement non apparemment. Vive la magie du hors champ. Nos bras cassés vont donc décider de travailler sur une démo pour pouvoir la sortir en même temps que l’œuvre volée par Fisher. Ils se rendent malheureusement compte qu’ils sont aussi pauvres que les producteurs de « Foodfight ». Luc propose alors un rendez-vous avec l’un de ses anciens clients plein aux as. Ils partent donc diner chez lui accompagnés d’… actrices pornographiques. Mais quelle excellente idée ! Cela ne va pas du tout partir en sucette (enfin, pas ce type-là, calmez vos hormones). Le client les accueille chez lui avec sa femme et leur fils, au visage aimanté pour s’attirer des claques. Tony vend la quête en mode racaille, Luc de manière diplomate, le client « adore ». Mais, provoqué par le gendre extrêmement sympathique, Tony l’affronte dans un jeu de foot dont nous ne nommerons pas le nom, EA ne nous ayant pas donné tous ses versements. Pour consoler le rejeton qui a perdu, l’une des dames de joie décide de l’aguicher et de lui… sauter… dessus. Une comédie pour toute la famille, messieurs dames ! Malheureusement, la mère les surprend et prend alors un faciès des plus terrifiants pour crier. Mais tout n’est pas perdu : le gamin décide de les financer avec ses réserves et le fric de son père. Brave gamin.

Le projet peut donc avancer tranquillement, entre farces amicales (ah, la cigarette versée dans la canette de boisson gazeuse à coloration rouge !) et musique foireuse. Tony en profite donc pour se rabibocher avec Nina. Ce qui fonctionne évidemment rapidement. C’est vrai qu’un mec qui trompe sa copine une fois, ce n’est rien. C’est tellement facile de passer là-dessus. D’ailleurs, c’est bien qu’il s’entende bien avec Nina, cela lui permettra de jouer l’héroïne du jeu. Enfin, pas totalement vu que sa poitrine est trop petite. Tiens, serait-ce du vomi que je viens de ravaler dans ma bouche ? Je me disais bien que ce film a des effets négatifs sur mon estomac. Sur mon être d’ailleurs, je crois. Est-ce que quelqu’un qui a vu ce film saurait me dire dans les commentaires s’il n’est jamais tombé malade ou quoi que ce soit ? Cela me rassurerait énormément, merci.

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C’est à ce moment-là que des bandits arrivent pour saccager les bureaux de nos héros. S’ensuit alors une nouvelle séquence d’action en (gloups) animation Playstation 2 dégueulasse. Permettez-moi quelques secondes pour me nettoyer les yeux à l’acide. Voilà, désormais, je dois dicter la critique à quelqu’un pour qu’il la tape. Il s’avère que tout cela a été perpétré par Rico, ce qui provoque la colère de Tony, lui qui le considère comme son meilleur ami. Mais Tony, n’est-ce pas toi qui a fait du chantage à ton « ami » Luc en manipulant une jeune femme mineure ? Décidément, les notions d’amitié fluctuent encore plus que les sondages des élections américaines (d’ailleurs, j’aimerais bien savoir qui a gagné, depuis le temps que je suis enfermé dans ma cellule. Cela me rassurerait de connaître par quelle apocalypse nous allons être réduit à néant). Les dégâts étant trop importants pour rattraper le retard, il est décidé de pirater GameStart. Oui, c’est du vol mais bon, est-ce que voler à un voleur est vraiment du vol ? Oui ? Bon, je peux renoncer à mon plan de cambrioler Nicolas Sarkozy…

Enfin, le jeu est prêt ! Tout est donc prêt pour aller présenter la démo à la convention de jeux vidéo ! Mais avant, il faut emmerder Valérie Fisher pour détourner l’attention des organisateurs et installer un stand à proximité. Nadia en profite pour dire à Tony qu’elle est étonnée de revenir à cette convention pour ados attardés (eh oui, vu que le public visé est celui des « gamers », elle insulte son public. Ah, ces films insultant ses spectateurs…). Notre bande en profite néanmoins pour pirater le jeu de Valérie Fisher et se venger ainsi de sa reprise de « Porque Te Vas ». La patronne présente donc le jeu devant une foule de trente personnes (je croyais les conventions plus remplies, surtout sur un stand d’un studio apparemment renommé) avec deux danseuses en tenues sexy, un sumo et elle-même en Valkyrie. Mais bien évidemment, le jeu plante, sous l’hilarité de ses spectateurs mais surtout de nos héroïques personnages. Tony et Valérie s’expliquent alors en public, alors que cette dernière déclare avoir volé son jeu. Malheureusement pour elle, elle ne se rend pas compte que déjà, c’est con de dire ça en public mais qu’en plus, elle a été filmée ! Ah, cette mentalité de méchants dans certains films français… Hitchcock a dit : « Un film n’est bon que si son méchant est bon ». Encore une preuve de la médiocrité de « Gamer ».

Des compagnies de jeux vidéo arrivent alors près de Tony pour lui racheter son jeu sans avoir vu ne serait-ce qu’une seule image. Tiens, c’est peut-être ce qui est arrivé avec le scénario des « Nouvelles aventures d’Aladin ». Pas sûr cependant que l’histoire s’en rappelle. C’est finalement Marcus qui s’occupe de répondre aux journalistes avec une tentative d’accent américain aussi réussie que la mise en scène du film et aussi drôle que du Darren Aronofsky. Nous avons finalement droit à des images du jeu vidéo de Tony et oui, c’est du même niveau graphique que les autres scènes de ce style dans le film. C’est simple : c’est tellement hideux que l’on peut sérieusement se demander qui achèterait ce jeu à part les gamers atteint de cécité (faux, même un aveugle serait horrifié des graphismes de cette chose) et Générique, yeah !

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Morman Freegan arriva dans la salle.

« Alors Liam, qu’as tu pensé de ce film ? »

« Franchement ? Ce film est honteux ! Déjà, juste l’idée du réalisateur de changer son nom pour se donner une allure cool, c’est vraiment pathé… »

« Tu veux vraiment partir là dessus, Monsieur Popcorn ? »

« Bon, d’accord. Mais vraiment, ce film n’est pas drôle. C’est tellement peu comique que ça en devient tragique. Les blagues sont lourdes, la mise en scène est inexistante, les acteurs sont affreux et le pire, c’est que ça insulte son public de base en le rabaissant comme un beauf de première ou un asocial pitoyable. Pourquoi faire ça ? Les adeptes de jeux vidéo sont des personnes comme toutes les autres, putain de bordel de merde de sa mère la pute borgne en talons aiguilles kakis et en t-shirt blanc à deux cents euros car il a été acheté dans un magasin de luxe qui ne fait que vendre la même merde que les autres vingt fois plus cher juste parce que leur nom sonne cool alors que, crottin de chèvre stérilisée, c’est pas les marques de vêtements que nous portons qui doivent nous définir mais nos actes!Putain! »

Morman sourit de toutes ses dents aussi blanches qu’un suprémaciste du Ku Klux Klan.

« Alors, tu as retenu la leçon ? »

« De Piano ? »

« Non, de cette expérience ! »

« Interdite ?»

« Plus sérieusement. »

« Certaines comédies françaises sont tellement mauvaises qu’elles peuvent être facilement utilisées à Guantanamo pour faire parler un muet ? »

« Oui et ? »

« Je dois essayer de rendre les Sinistres Purges à temps car rester deux mois bloqué sur une oeuvre aussi catastrophique m’a rendu presqu’aussi sénile qu’un Charlie Sheen sous métamphétamine ?

« Exactement… »

« Et ensuite ? »

Liam était assis dans un bar, un verre d’amaretto à la main. Il était entouré de ses fidèles compagnons Alexis, Daniel et Valentin.

« . Je me suis ensuite réveillé dans une valise sur le toit d’un immeuble, j’ai mangé un poulpe vivant et ensuite, je me suis retrouvé ici et me voilà à en discuter avec vous. Je ne vais pas en dire plus, je ne sais pas annoncer le futur. »

Alexis lâcha : « Et maintenant, tu vas faire quoi ? »

« Bah, retrouver le train train quotidien, taper des critiques, tout ça. D’ailleurs, il y a bien des films foireux sortis cette année ? »

Valentin répondit : « Ah ça ! Encore plus que de personnes détestant Batman V Superman parce que ça ne ressemble pas à Marvel. Ou Suicide Squad parce que ça ressemble trop à Marvel. Ou les films Marvel car ils font toujours du Marvel ! ».

« D’accord, super ! Je vais m’atteler à ça !  Et sinon, niveau actualité, j’ai raté quoi ? »

Daniel lui dit, sur un ton hésitant : « Ehm…Plein de trucs. C’est un peu la merde en fait niveau actualité. »

Liam rit alors : « Tant que les États-Unis n’ont pas choisi comme président un homme d’affaires foireux ayant connu de nombreuses pertes financières, se jouant comme le candidat anti système alors qu’il est la représentation même de celui-ci et jouant autant sur la peur qu’un petit moustachu des années 30 (merci pour le cookie Godwyn ), ça va. ».

Le silence qui s’installa fut des plus lourds de sens.

« Et merde… »

FIN ?