Anomalisa de Duke Johnson et Charlie Kaufman

Année : 2015

Pays : Etats-Unis

Casting : David Thewlis, Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan

Vous n’avez sûrement pas pu passer à côté de la fameuse affaire « Sausage Party », ce dessin animé à l’humour adulte qui aurait choqué tant de personnes qui croyaient qu’une interdiction « moins de 12 ans » signifie « convient aux enfants, bien sûr ». Alors que la fameuse association Promouvoir a décidé de jouer à nouveau les censeurs du septième art (car rien n’est mieux pour valoriser un art que la censure, c’est bien connu), de nombreuses voix se sont faites entendre devant ce film avec un argument des plus simplistes : « l’animation est une affaire d’enfants, pas d’adultes ». Déjà réducteur dans la base (enfermer un genre dans une case ou encore même faire croire à la simplicité derrière tout film d’animation), cette idée même montre le manque de connaissance dans le domaine du cinéma par ceux l’ayant proféré. En effet, de nombreux films ont utilisé l’animation dans un but artistique et le film du jour en est un parfait exemple.

« Anomalisa » suit Michael Stone, un conférencier en séjour à Cincinnati dans le but de présenter sa méthode d’action dans les services clients. Sa vie morne va se retrouver affectée par sa rencontre avec Lisa…

L’argument même de l’animation en stop motion est essentiel à la réussite de ce film. Le héros est ainsi atteint du syndrome de Fregoli (d’où le nom de l’hôtel dans lequel il séjourne), qui fait croire à la personne atteinte qu’une personne peut se retrouver dans d’autres, aussi bien physiquement que vocalement (d’où aussi l’omniprésence de Tom Noonan dans le doublage de la plupart des personnages). C’est ce qui rend l’arrivée de Lisa aussi bouleversante pour Michael mais également le spectateur, enfermé avec lui dans sa maladie, coincé entre toutes ces personnes identiques. Ainsi, entendre la voix éraillée de Jennifer Jason Leigh chanter du Cindy Lauper nous émeut autant que le héros.

Néanmoins, ses auteurs utilisent cette technique sans la sublimer. Les corps des personnages sont ainsi imparfaits, à un point où lorsqu’on les voit nus, on se retrouve face à la même imperfection de nos corps. Il est ironique que ce soit un film d’animation qui nous confronte à notre imperfection là où la plupart des films (majoritairement hollywoodiens) se basent sur des critères de beauté des plus élevés. L’imperfection est reine dans ce film, notamment avec la technique d’animation du visage dont les coutures ne sont ici pas dissimulées mais au contraire exposées, notamment dans cette séquence proche du cauchemar où Michael se regarde dans le miroir.

La patte de Charlie Kaufman (ici scénariste et co-réalisateur avec Duke Johnson) se fait sentir à plein nez. L’écriture des personnages est tragique et si humaine (cet homme affecté par un syndrome des plus handicapants psychologiquement et cette femme vivant dans l’ombre de son amie) qu’elle ne peut que nous toucher au plus haut point. Kaufman est le maître dans le domaine de mélanger aussi bien irréalisme (cette scène de rêve) et réalisme. La mise en scène regorge aussi d’idées utilisant totalement ses arguments de départ. La quête de Michael dans ce couloir d’hôtel pour retrouver cette voix inconnue qui émerge de cette vague de semblables est ainsi proche du cauchemar même.

« Anomalisa » est au final une œuvre nous questionnant sur notre humanité, notre imperfection en tant que telle et les tragédies dont nous regorgeons dans nos tiraillements et nos émotions. « Anomalisa » est aussi doux amer que notre vie et mérite en cela amplement d’être vu. C’est exactement ce genre de film qui nous fait sortir de son visionnage remplis de questions sur nous mais également l’assurance et la « joie » de savoir qu’il existe d’autres personnes qui partagent les mêmes doutes que nous et peuvent ainsi nous aider à les surmonter. De plus, c’est aussi la preuve que non, l’animation n’est pas qu’une technique réservée pour attirer les enfants dans les salles.  C’est un moyen pour les artistes de s’exprimer, que ce soit à un large nombre de personnes ou un cercle plus restreint. Alors au lieu de vouloir museler les esprits créatifs pour des raisons de « bienséance » ou bien de rentabilité économique, laissons l’art s’exprimer et profitons de la vie bordel !

Liam Debruel

Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

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