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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Le Garçon et la Bête de Mamoru Hosoda

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Réalisateur :Mamoru Hosoda

Année :2016

Pays :Japon

Casting vocal : Koji Yakusho, Aoi Miyazaki, Suzu Hirose, Yo Oizumi

 

Les récits initiatiques jalonnent l’histoire. Plus besoin de présenter Joseph Campbell, auteur de la théorie du monomythe et de son schéma aux mêmes étapes pour la construction du voyage d’un héros. C’est d’ailleurs par le biais du mythe que l’être humain s’est défini et a évolué, par le passage d’une mémoire imitative en tant qu’Homo Erectus à une mémoire mythique avec l’Homo Sapiens. Les récits fondent ainsi les personnes, les influent dans leur avenir, leur personnalité. Désormais, nous sommes influencés par des histoires sous différentes formes, principalement culturelles.

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Malheureusement, on oublie trop facilement l’aspect créateur de personnalité qu’ont ces récits pour aller vers la facilité. C’est ainsi que lorsqu’un film pour enfant est moyen voire médiocre, on sort l’excuse du « c’est juste pour les enfants ». Ce genre de comportement rabaisse l’importance du contact entre la culture et des personnes en pleine construction de leur personnalité. Heureusement, il existe encore des studios/artistes qui tentent de relever le niveau comme Pixar, Laika, Disney ou Ghibli. L’œuvre que nous allons aborder aujourd’hui partage la même nationalité que le dernier studio cité.

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Ren est un garçon qui s’est enfui de chez lui après le décès de sa mère. Il arrive un jour accidentellement dans le monde des bêtes, créatures animales anthropomorphiques. L’enfant va alors devenir le disciple de Kumatetsu, guerrier égoïste et mal léché qui veut absolument prendre la place de son seigneur. Un lien fort va alors unir nos deux héros.

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Mamoru Hosoda est sans aucun doute l’un des grands noms de l’animation nippone et le prouve à nouveau avec « Bakemono No Ko » (titre original). Il tisse à nouveau un récit où des personnages en difficulté se construisent dans des situations extraordinaires. Ren va devoir apprendre à gérer la colère qui le ronge depuis la mort de sa mère pour mener une vie normale tout en se confrontant à Kumatestsu. Ce dernier devra accepter à contrecœur son statut de père spirituel afin de lui-même se soigner de la propre rage et solitude qui l’animent. C’est la rencontre de ces deux êtres profondément blessés qui va les aider à grandir et devenir meilleurs. Leur relation s’avère des plus touchantes et constitue l’un des points forts du film.

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Néanmoins, c’est plus à Ren (qui sera renommé Kyûta) que nous nous accrochons (normal vu son statut « humain »). C’est plus son combat intérieur contre lui-même qui animera le récit. Le roman Moby Dick est cité, ce qui est loin d’être anodin au vu de la portée du récit (ainsi que l’apparition d’une baleine). Devant faire face à un protagoniste constituant sa part sombre et sa haine envers le monde entier, Kyûta devra partir à la recherche de l’apaisement pour vaincre et réussir.

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Si le récit mythique prend une forme des plus classiques (l’introduction confirme ce sens), Hosoda nous dépeint quand même certains personnages hauts en couleur. Malheureusement, cela fait partie des faiblesses du récit car ceux-ci explicitent un peu trop ce qui se déroule dans l’intrigue et qui était facilement compréhensible. En tout cas, cela n’empêche quand même pas ces derniers d’être assez bien écrits pour s’attirer les faveurs des spectateurs, qu’importe leur âge.

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Ainsi, si « Le garçon et la bête » n’est pas exempt de défauts, son écriture et sa mise en scène ont de quoi le classer parmi les meilleurs films sortis cette année. Mais plus encore, cela l’inscrit dans le haut du panier des œuvres familiales animées qui oublient parfois de se concentrer sur leur message. C’est en effet dans ces films que les jeunes spectateurs vont prendre leurs marques dans un monde dont ils auront beaucoup à apprendre. Alors, au lieu de les mettre face à des œuvres aseptisées pour les protéger d’une certaine violence et de certains thèmes auxquels ils devront se confronter, ou encore devant des divertissements puérils, vulgaires, oubliables et aux messages des plus honteux (#LesNouvellesAventuresDAladin), il vaut mieux ouvrir nos enfants à des films comme « Le Garçon et la bête ». Car dire qu’une production peut être mauvaise car elle est destinée à des enfants, c’est rabaisser l’intelligence des générations suivantes et pousser les cinémas à ne sortir que des produits de basse qualité là où l’on aurait besoin de spectacles enrichissants intellectuellement…

4-sur-5

Rio Bravo de Howard Hawks

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Réalisateur : Howard Hawks

Année de sortie : 1959

Pays : Etats-Unis

Casting : John Wayne, Dean Martin, Angie Dickinson, Ricky Nelson, Walter Brennan

S’il y a un genre qui a été représenté cette année de manière diversifiée, c’est bien le western. Entre l’errance horrifique de « Bone Tomahawk », la version Tarantinienne avec «Les huit salopards », le remake explosif avec « Les sept mercenaires », la modernisation du style avec « Comancheria » ou même la réadaptation télévisuelle du classique « Westworld », 2016 fut remplie de chapeaux et de Smith et Wesson. Alors pourquoi ne pas en profiter pour revenir sur un classique du genre ?

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Résumé

Le shérif John T. Chance arrête un malfrat. Il va devoir alors faire face à toute une bande de gangsters avec à ses côtés un ivrogne, un jeune homme arrogant, une joueuse de poker et un homme âgé.

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Critique

Dire que « Rio Bravo » est un classique serait sous-estimer l’importance de ce film sur de nombreux réalisateurs reconnus. Remaké officieusement et respectueusement par John Carpenter avec son « Assaut » ou encore encensé par Quentin Tarantino, le film d’Howard Hawks est entouré d’un culte fortement mérité. Symbole d’un Hollywood produisant des westerns à la pelle et filmé en technicolor, « Rio Bravo » compte parmi ces films arrivant à identifier ses protagonistes de manière simple, sans plonger ni dans la sur-explication, ni dans la sous-explication. Ses personnages sont en effet pour beaucoup dans la réussite du film. Incarnés par des acteurs tous attachants et menée par un John Wayne charismatique à souhait, cette bande que l’on pourrait qualifier de bras cassés arrive à faire preuve d’une forte cohésion de groupe telle que l’on en voit peu dans les divertissements à gros budgets actuels (notamment grâce à une scène musicale renommée).

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S’ouvrant de manière efficace par une scène illustrée en musique, « Rio Bravo » fait grimper la tension petit à petit, jouant sur l’attente d’une confrontation que l’on sait inéluctable. La mise en scène de Hawks, simple et efficace, nous permet de nous impliquer dans le récit qu’il nous conte. L’intrigue est en effet simple mais guère simpliste, comme certains réalisateurs confondent ces termes. Et si les scènes d’action sont des plus efficaces, il ne faut pas oublier les doses d’humour et de romance qui apparaissent ci et là dans le film.

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Si « Rio Bravo » sent bon le western des années 50 dans son visuel, cela ne veut pas dire qu’il semble vieillot, bien au contraire. Tel un bon vin, sa maturité transparaiît en permanence. Et ses décors en dur gardent un charme des plus sympathiques, surtout dans une ère où le fond vert se voit prendre de plus en plus d’importance dans les décors. Il est intéressant de savoir que ces mêmes décors avaient été construits à une taille modérément réduite par rapport à la normale afin de rendre les protagonistes du film plus imposants (soulignant l’importance accordée par Hawks à ses personnages).

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« Rio Bravo » garde donc encore à notre époque un statut de film culte incontournable et majeur. Il reste une excellente preuve que lorsque l’on accorde assez d’importance à ses personnages, il est impossible de rater son film. Au vu de certains films récents où l’on oublie cette leçon fondamentale de cinéma, il est bon ton de rappeler au visionnage de ce monument du western. Alors sortez votre colt et votre guitare et laissez vous embarquer avec John Wayne dans l’un des symboles du Grand cinéma de divertissement américain, celui qui sent bon le sable chaud, le whisky mais surtout un grand intérêt cinématographique pour n’importe quel adepte de cet art…

5-sur-5

Tu ne tueras point de Mel Gibson

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Année de sortie : 2016

Pays: Etats-Unis

Réalisateur : Mel Gibson

Casting : Andrew Garfield, Hugo Weaving, Teresa Palmer, Vince Vaughn, Sam Worthington

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Après une phase compliquée de sa carrière où il fut rejeté d’Hollywood, 2016 sonne comme un retour en grâce pour Mel Gibson. À l’affiche de « Blood Father » cet été, il revient ici derrière la caméra pour « Tu ne tueras point ». Le récit est basé sur l’histoire vraie de Desmond Doss, jeune homme engagé dans l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale mais refusant d’utiliser une arme au combat.

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Les grands hommes sont toujours mus par leur foi. C’est comme cela que l’on pourrait résumer (très) grossièrement la filmographie de Mad Mel en tant que réalisateur. Néanmoins, si l’homme est profondément religieux, il serait réducteur de le voir uniquement comme un faiseur de propagande religieuse, bien au contraire. D’ailleurs, si ici les motivations de Desmond viennent de sa profonde piété, le récit traite également de la foi patriotique et dans l’humanité. Le père, incarné par un bouleversant Hugo Weaving, en est une preuve des plus flagrantes. Comment garder sa foi en quoi que ce soit quand les gens se retrouvent à s’entretuer tels des animaux ? Il ne devient guère étonnant que Desmond endosse alors une figure quasiment christique, souffrant des coups assénés par les hommes pour mieux les sauver au moment désiré, priant pour une victoire et cherchant sans cesse à sauver encore une vie, quitte à perdre la sienne.

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Les scènes de guerre sont ainsi traversées d’une violence des plus prégnantes. Sans tomber dans le cliché du film de guerre héroïque, Gibson nous rappelle que ce n’est guère le fait de tuer qui est courageux mais celui de sauver les gens. Les soldats sont souvent filmés comme de la chair à canon n’ayant d’autre but qu’une mort violente, ingrate et inutile. Il est tellement facile de prendre les armes et de tuer son prochain mais tellement plus intègre de sauver et soigner, même les ennemis. Le sang irrigue les terres, les organes se dispersent mais au final, c’est la bonté qui subsiste. Et s’il a fallu du temps pour arriver à ces scènes de guerre, c’est pour mieux se croire préparé à la violence qui nous attend. Corps calcinés ou en morceaux, Gibson filme tout avec crudité. Dans une époque où les politiciens partent en guerre, nous en oublions la réalité des conflits. Mel nous oblige à faire face à tout cela pour mieux nous retourner.

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Mais pour qu’un personnage christique fonctionne, il faut un acteur investi. Andrew Garfield s’approprie à merveille son rôle. On a pu constater au fil de sa carrière son talent, mais Gibson le subjugue, l’iconise. C’est ce jeune homme modeste et pieux qu’il faut soutenir, pas ces soldats vite oubliés se croyant prêts à tuer. Garfield n’est néanmoins pas le seul à tirer son épingle du jeu. On peut souligner, en plus d’un Hugo Weaving déjà cité, un Vince Vaughn à contre-emploi, ou un Sam Worthington crédible. Ce serait franchement décevant si l’un des interprètes n’était pas au moins nominé pour un prix tant les interprètes aident à la réussite du film.

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« Tu ne tueras point » est un film représentant à merveille son réalisateur : fou et énorme, à transformer une romance en sommet de romantisme et à sur-iconiser sa figure héroïque. Si certains reprocheront un aspect religieux fortement mis en avant, il faut avouer que cela fait  partie de l’identité du personnage et donc indispensable. Aussi indispensable que ce film d’ailleurs, jouant de l’aspect belliqueux pour mieux le critiquer. Mais surtout, nous rappeler cette vérité : ce n’est pas tuer qui est héroïque, mais protéger et sauver. Et dans une époque tiraillée entre la volonté de partir en guerre et le refus de s’occuper des dommages collatéraux de celle-ci, ce genre de message ne sera jamais assez répété…

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Enemy de Denis Villeneuve

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Réalisateur : Denis Villeneuve

Année de sortie : 2014

Pays : Etats-Unis

Casting : Jack Gyllenhaal, Sarah Gadon, Mélanie Laurent, Isabella Rossellini

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Nous sommes à une époque où tout doit être dit. Difficile de compter de nos jours sur des œuvres où plane encore une part de mystère. Les bandes annonces dévoilent souvent l’intégralité de l’intrigue et il est compliqué de ne baser son récit que par la mise en scène. Et pourtant, nous avons encore droit à de nombreuses pépites cinématographiques qui osent ne pas tenir la main de ses spectateurs. Parmi ces œuvres, on peut citer quelques titres tels que « Mad Max : Fury Road », « Gravity », « The neon demon » ou encore notre film du jour, « Enemy ».
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Adam est un professeur réservé, coincé dans son morne quotidien. Un jour, il découvre l’existence d’Anthony, un acteur lui ressemblant trait pour trait. S’ensuit alors une quête sur l’identité l’un de l’autre…
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Enemy est un film construit tel un puzzle pour le spectateur. Mais ce n’est guère le puzzle qui devient clair à la fin. Il faut s’immerger intégralement, ne pas perdre une miette de scène pour l’appréhender. La mise en scène subtile de Villeneuve nous donne des clefs mais pas toutes. C’est à nous de nous forger notre idée, notre théorie sur l’énigme de son intrigue. Au gré de séquences où l’univers d’Adam nous écrase, on tente de reconstruire le récit grâce à chaque détail disséminé. Jumeaux ? Schizophrénie ? C’est en le visionnant que vous vous décidez, tout en étant mis en face de la solution que semble nous donner Villeneuve.
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Enemy, c’est un cauchemar vivant. Nous sommes, comme nos (notre?) héros, prisonnier(s) de la toile de ces araignées qui apparaissent ci et là. Nous sommes dans le sensitif, la vue obstruée par le filtre jaunâtre du quotidien. La peur prend plusieurs formes, mais surtout féminines. Autour d’Adam/Anthony gravitent des femmes castratrices à différents niveaux. Que ce soit la mère, l’épouse enceinte ou la maîtresse, toutes semblent imposer le contrôle sur leur univers, où la sexualité n’est jamais pleinement libérée. Il faut un club pour se réfugier, où l’araignée se voit détruite par une figure sexualisée.
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Enemy, c’est un Jack Gyllenhaal des plus impressionnants. Il est Adam et il est Anthony, chacun facilement reconnaissable dans leur attitude. Passant aisément de proie à prédateur, de professeur à acteur, deux faces d’une même pièce. Mais Enemy, c’est aussi une Sara Gadon perdue face à une situation qui la dépasse, effrayée par ce à quoi elle fait face. C’est une Mélanie Laurent en réflexion de ce symbole marital mais tout aussi restrictive. C’est une Isabella Rossellini intervenant en milieu de récit dans une scène pivot permettant une certaine compréhension.

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Enemy, c’est un visuel marquant. On ne soulignera jamais assez le talent de Villeneuve dans sa mise en scène. C’est pourtant lui l’artisan de cette œuvre, le marionnettiste qui se permet de nous questionner sur son film. C’est lui qui transforme cette ville de Toronto en cauchemar urbain où nous sommes obligatoirement coincés. C’est lui qui nous bloque dans ce récit en cycle, où la tragédie va devenir farce de par la répétition. Villeneuve nous piège dans son intrigue et nous pousse à dépasser notre rôle de spectateur passif pour chercher sa signification. Aucune prétention artistique, juste une confiance aveugle en ceux qui oseront s’attaquer à son casse-tête.
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Œuvre jouant sur la répétition, la dualité et une forme de chaos en réaction à un contrôle trop pesant, Enemy mérite d’être vécu. De toute façon, une fois piégé dans sa toile, impossible de s’en échapper. Car Enemy, c’est un puzzle réflexif que l’on doit construire sans boîte. Et face à des produits cinématographiques construits à la chaîne, se laisser perdre devient une sensation des plus grisantes…

 

5-sur-5

 

Suspiria de Dario Argento

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Réalisateur : Dario Argento

Année de sortie : 1977

Pays : Italie

Casting : Jessica Harper, Stefania Casini, Joan Benett, Flavio Bucci

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Le cinéma est un art. Cela est peut-être un fait mais un fait semblant oublié de nos jours au vu de la qualité de certaines œuvres. L’aspect financier se voit ainsi plus souvent favorisé que l’aspect artistique dans la création d’une œuvre. Beaucoup de studios ne pensent désormais qu’aux publics à toucher sans réfléchir à comment les toucher. S’il y a des réalisateurs qui arrivent à concilier divertissement et art (la filmographie de Guillermo Del Toro) ou tout simplement à nous offrir des expériences sensitives plus que des films (Nicolas Winding Refn, le couple Hélène Cattet- Bruno Forzani), il faut reconnaitre que le septième art est désormais plus tourné vers la quête de rentabilité qu’art pur.

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C’est là que l’on nous annonce un remake de « Suspiria », classique d’un Dario Argento tombé depuis dans l’humour involontaire (sa version de Dracula par exemple). Et si l’on peut être intrigué par le projet avec un casting s’annonçant intéressant, on peut légitimement se demander l’utilité de ce film.

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Résumé

Suzy est une jeune étudiante américaine partie à Fribourg pour intégrer une école de danse extrêmement réputée. Elle croise en chemin une jeune femme qui finira mystérieusement assassinée. Suzy va alors se rendre compte que sa nouvelle école regorge de secrets terrifiants…

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Critique

Difficile de rester de marbre lors du visionnage de « Suspiria ». Cette œuvre est en effet purement sensitive, jouant sur nos sens pour nous plonger dans son monde onirique et sanglant. Toujours aussi réussi malgré les années, le film de Dario Argento équivaut à de l’art dans sa forme la plus belle et la plus pure. Le réalisateur joue aussi sur l’architecture de son bâtiment, endroit propice à un enfer sanglant.

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Donnant par ce film ses lettres de noblesse au style giallo, Argento nous convoque dans un cauchemar de couleurs. Et plus particulièrement le rouge, couleur du sang et de la passion meurtrière animant l’architecture de l’établissement. L’enfer représenté ici  est baroque et suinte des murs par la lumière. N’oublions pas non plus la musique légendaire, envoûtante et électrisante du groupe Goblin. La bande originale fait bien évidemment partie intégrante de l’expérience sensorielle de « Suspiria ». Cette œuvre représente ainsi plus qu’une œuvre cinématographique mais une expérience à ressentir. Nous sommes plus dans l’œuvre d’art vivante que dans l’horreur banale que s’échinent à copier les productions de genre plus mises en avant actuellement. Loin des jump scares faisandés, « Suspiria » nous fait basculer lentement dans son ambiance terrifiante, aidé également par une mise en scène millimétrée.  Argento dirige sa caméra avec précision et transforme chaque plan en tableau de maitre.

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Qu’importe au final si une version modernisée verra le jour sous peu. Si vous considérez le cinéma comme un art à part entière, plongez-vous tout de suite dans « Suspiria ». L’enfer d’Argento vaut tellement le coup de s’y abandonner…

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L’emprise des ténèbres de Wes Craven

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Année de sortie : 1988

Pays: USA

Réalisateur : Wes Craven

Casting : Bill Pullman, Cathy Thyson, Zakes Mokae, Brent Jennings

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Si vous vous y connaissez en cinéma d’horreur (ou tout simplement si vous avez lu notre critique de « My soul to take »), vous savez que Wes Craven est un pilier du genre. L’homme est en effet à l’origine de nombreux films de légende ayant marqué le domaine. Parmi ces titres se trouvent  « La dernière maison sur la gauche », « Les griffes de la nuit », « Scream », … Sa carrière, bien qu’imparfaite, regorge d’œuvres de qualité. C’est notamment le cas de cette « Emprise des ténèbres », aussi appelé « The serpent and the rainbow ».

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Résumé

Bill Pullman y incarne Dean Allan, anthropologue ayant notamment étudié l’usage de drogues auprès de chamans. Il est envoyé en Haïti pour se renseigner sur une affaire étrange. En effet, un homme serait « revenu à la vie » quelques jours après sa mort. Il aurait utilisé une drogue qui pourrait devenir une innovation dans le domaine des anesthésiants. Alors qu’il part à la recherche de cette poudre « zombifiante », Dean va devoir faire face à de nombreux dangers. Mais qui est le plus dangereux : le dictateur dirigeant la région ou la terrible magie vaudou ?

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Critique 

En jetant un œil sur sa carrière, on peut constater que Wes Craven a autant touché à une horreur plus réaliste (« La dernière maison sur la gauche ») que fantastique (« Les griffes de la nuit »). S’il est difficile de ne pas classer « L’emprise des ténèbres » dans cette dernière catégorie, il faut néanmoins constater que le réalisateur tend à rendre son monde aussi crédible que possible. Cette forme de réalisme se ressent notamment sur la création des poudres vaudou ou encore la menace militaire. L’oppression politique est ainsi une menace pour notre héros, qui se verra même torturé dans sa recherche pour sa poudre. Difficile donc de ne pas sentir l’immersion par Craven dans le lieu de son histoire, filmée de manière proche du documentaire engagé.

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Cela n’empêche guère le créateur de Freddy Krueger de nous offrir des scènes horrifiques réussies. Et comme dans son œuvre au boogeyman ganté, cette horreur passe de manière graduelle d’un milieu onirique avant de pénétrer dans son monde réaliste. Craven nous balance ainsi à la figure des images à la terreur non feinte, baignant dans une forme de poésie macabre. De quoi faire plaisir au spectateur en quête de frousse divertissante…

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Troussant donc une intrigue efficace et réussie, Craven nous offre ainsi un film horrifique plus que recommandable. Il est indispensable, si l’on apprécie le réalisateur, de voir « L’emprise des ténèbres ». Il prouve en effet pour ses détracteurs que non, Craven n’est pas surestimé et qu’il nous manque déjà beaucoup…

4-sur-5

Star Trek de JJ Abrams : un modèle de réappropriation

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Année de sortie : 2009

Pays : Etats-Unis

Réalisateur : JJ Abrams

Acteurs : Chris Pine, Zachary Quinto,Eric Bana, Zoe Saldana, Karl Urban

 

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Alors que la mode du reboot était en plein boom, JJ Abrams s’est permis de faire redécoller l’Entreprise vers de nouvelles destinations. Retour sur un modèle dans le domaine.

 

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Comment moderniser un matériel culte afin de s’attirer un nouveau public ? Voilà une question que se pose Hollywood depuis des années. En effet, nombreuses sont les franchises à s’être réorientées vers de nouveaux chemins. Nous avons eu droit ainsi sur grand écran à plusieurs Superman, James Bond, Spider-Man ou Batman. C’est d’ailleurs le rongeur masqué qui va relancer la vague des modernisations avec la sortie en 2005 de « Batman Begins », relecture plus sombre et ancrée dans une forme de réalisme américain post 11 septembre. Il était donc logique d’un point de vue financier que de nombreuses sagas connues allaient revenir au goût du jour. Ce fut ainsi le cas de « Star Trek », confié aux mains habiles d’un JJ Abrams connu pour ses séries (« Lost », « Alias ») et derrière le troisième volet de la saga « Mission impossible ».

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Néanmoins, une autre interrogation se posait : comment gérer l’héritage de l’univers culte de Gene Roddenberry ? Comment se réapproprier cela de manière respectueuse pour les fans tout en y apposant sa marque ? Abrams dévie alors le reboot de manière à l’inscrire dans la chronologie originale par le biais d’un bouleversement temporel. Tous les personnages originaux sont donc présents mais altérés par ce biais, déformations de souvenirs  atteints par une volonté de modernité réussie.

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Nous suivons donc James Tiberius Kirk (Chris Pine), étudiant de Starfleet rebelle envers toute forme d’autorité. Il va faire la connaissance du médecin McCoy (Karl Urban), de Pavel Chekov (le regretté Anton Yelchin), du lieutenant Uhura (Zoé Saldana), de Scotty (Simon Pegg), d’Hikaru Sulu (John Cho) mais surtout de Spock (Zachary Quinto). Tout ce beau monde se retrouvera par la force des choses dans le vaisseau Entreprise pour affronter le dangereux Néro (Eric Bana), un romulien vouant une haine à notre vulcain préféré.

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Space/Soap Opéra?

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La première scène de ce « Star Trek » annonce la couleur. Parfait mélange d’infiniment grand (l’USS Kelvin affrontant le vaisseau Romulien) et l’infiniment petit (la naissance de Kirk), cette séquence dévoile instantanément le style d’Abrams : du divertissement mais avec une touche d’humanisme et d’émotion, le tout aidé par une musique flamboyante de Michael Giacchino. Le réalisateur de « Super 8 » offre donc un space opéra des plus spectaculaires sans mettre de côté ses personnages, alternant sans sourciller instants de grandiloquence et d’autre plus intimes.

 

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Mais derrière les scènes aptes à faire plaisir à n’importe quel spectateur en quête de spectacle blockbusteresque humoristique se trouve également un vernis amer de deuil et de décès propre aux productions Abrams. Kirk doit ainsi, comme Jack dans « Lost » ou Peter dans « Fringe », suivre les pas d’un père peu ou pas connu et se montrer à la hauteur de son héritage (le test du Kobayashi-Maru prend une tournure encore plus touchante après réflexion que dans « La colère de Khan », meilleur film de la saga à l’époque, en confrontant Kirk aux conséquences du décès de son père). Quant au nouveau Spock, c’est en passant par de nombreuses émotions humaines dévastatrices qu’il va gagner en humanité et en sympathie, guidé de loin par un Léonard Nimoy des plus émouvants en « ange gardien » et détenteur du flambeau original.

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Un héritage lourd à porter

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Le récit a beau se concentrer plus sur Spock et Kirk, il n’hésite pas à travailler son méchant. Nero n’est pas qu’un simple méchant caricatural mais un être également affecté par une perte (sa planète) et qui va mener ivre de rage et aveuglé par la tristesse une vengeance s’appuyant sur son propre deuil, obligeant nos héros à faire face aux leurs. C’est autour d’eux que se forme un équipage disparate mais fort reconnaissable, appelant ainsi à un attachement sur le long terme qui subsistera à travers ses deux suites, respectant ainsi l’héritage de Roddenberry.

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Car cette thématique de l’héritage est aussi bien intra-diégétique qu’extra-diégétique. C’est ainsi qu’au bout d’un climax grisant, notre vaisseau dérive vers un trou noir semblable à celui ayant amené le Spock original et la flotte de Nero, symbolisant donc une forme de passé inatteignable. Au final, l’Entreprise va réussir à s’en échapper pour aller de l’avant, tout en gardant un lien avec les histoires originales. D’ailleurs, la scène qui suit verra la passation de flambeau entre Léonard Nimoy et Zachary Quinto, passé et futur s’alliant dans une scène sincère.N’hésitant pas à jouer avec les attentes de ses spectateurs, connaisseurs ou pas de la saga, Abrams se permet de nombreux clins d’oeil pour prouver son respect envers les personnes ayant transformé l’univers de Star Trek en culte.  Mais en même temps, il nous appelle à ne pas rester coincé dans le passé, aussi idéal semble t-il, pour avancer, toujours plus loin.

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Respecter les fans de la première heure tout en apposant sa touche personnelle et en osant faire quelques innovations, n’est-ce pas une preuve de réussite indiscutable ?

5-sur-5

La fille inconnue par Jean Pierre et Luc Dardenne

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Année de sortie : 2016

Pays: Belgique

Réalisateurs : Jean-Pierre et Luc Dardenne

Casting : Adèle Haenel, Jérémie Renier, Olivier Bonnaud, Christelle Cornil 

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Adèle Haenel (« Les combattants »)interprète un médecin appelé Jenny. Affectée de ne pas avoir ouvert son cabinet à une jeune femme retrouvée décédée , elle décide de se repentir en retrouvant le nom de la victime.

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Les frères les plus célèbres de Belgique nous emmènent à nouveau dans leur univers réaliste. Plongeant le spectateur en plein drame humain, ils utilisent la longueur de leurs plans pour nous immerger au plus profond de cette enquête empruntant moins au genre policer qu’au réalisme pur . Mené par une Adèle Haenel investie dans un rôle pouvant être difficile à exprimer, le casting s’avère d’une sobriété exemplaire, que ce soit les nouveaux venus (Adèle Haenel donc, Olivier Bonnaud) ou les habitués comme Olivier Gourmet ou Jérémie Renier.

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En deux plans séquences, Jean Pierre et Luc Dardenne nous introduisent un personnage froid et ayant mis de côté ses sentiments pour travailler de manière efficace, que ce soit dans une situation calme (l’auscultation d’un patient) ou plus agitée (un enfant en proie à une crise violente). Il faudra la révélation du visage de cette femme assassinée pour qu’une larme se risque à couler sur le visage de Jenny et dévoiler ainsi une façade plus humaine. Ainsi, ce drame permettra à la jeune femme de ressentir des émotions telles que le chagrin ou la peur et de partir, en plus d’à la découverte d’une autre, à la découverte d’elle-même.

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Le rôle de médecin de Jenny ne semble également pas un choix innocent de la part des Dardenne. Les nombreux personnages gravitant autour de notre héroïne partagent en effet avec elle un sentiment de honte que seule elle puisse permettre de guérir, tout en se soignant elle-même à la même occasion. C’est pour cela que l’on a droit à ces seconds rôles se confessant ouvertement de leurs maux, expiant d’eux-mêmes leur malaise afin d’avancer et de prendre les bonnes décisions.

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Cette « fille inconnue » est au final une réussite indéniable, un nouveau bon film à épingler dans la carrière des frères Dardenne.

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Les Sinistres Purges présentent : « Amusement » de John Simpson

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Nous sommes sur une route américaine. Le facteur de temps est imprécis car d’un plan à l’autre, nous sommes passés d’une journée lumineuse à la nuit la plus sombre, nous faisant ainsi comprendre une rupture temporelle  brute (ou un bon niveau de je m’en foutisme, difficile à dire pour le moment). Une voiture fonce à fière allure, avec à son bord une jeune femme endormie et un jeune homme, le conducteur, qui semble fier de lui. C’est à ce moment-là que décide de se réveiller Shelby (si l’on en croit une police d’écriture à mi-chemin entre le film pornographique mais pas trop des années 90 et une émission de télé-réalité cheap, bref, n’importe quelle émission de télé-réalité). En voyant la vitesse à laquelle roule son compagnon, elle le réprimanda. « Dis, tu as vu la vitesse à laquelle tu es ? Tu n’as même pas le charisme pour être un sous-clone de Paul Walker, c’est dire ! Alors maintenant, tu arrêtes « Fast and Furious », compris ? » « Mais chérie, je me suis trouvé un convoi ! » «  Dis, tu te crois dans du William Friedkin ? Alors ralentis et donne-moi de la nourriture venant d’une chaîne de Fast Food que l’on ne mentionnera pas ! ». Ayant pris le paquet de nourriture, Shelby vit que son homme était triste d’être rappelé à sa réalité morose d’acteur de septième zone. Elle voulut lui ramener un sourire sur son visage par le biais d’un contact du pied avec ses parties génitales (pourquoi ai-je pensé à Tarantino en écrivant cette phrase, moi ?). Au vu du visage surpris du jeune homme, elle crut avoir trouvé l’emplacement quand une voix masculine se fit entendre du siège arrière « Non, ça c’est le levier de vitesse ». Shelby fut surprise et se retourna pour apercevoir un jeune homme barbu couché sur les sièges. « Mais qui êtes-vous ? » « Juste un critique ciné qui s’est retrouvé dans votre voiture par simple ressort scénaristique afin de commenter l’action de ce film comme si je pouvais avoir une véritable incidence et satisfaire de cette manière mon ego surdimensionné de type croyant vraiment être lu par des personnes. Vous pouvez m’appeler Liam, Monsieur Popcorn, Matt Tennant ou Empereur Batman, comme il vous convient le mieux » « Quoi ? » « Vous m’avez pris en stop il y a quelques heures » « Ah, d’accord ! Et vous allez où comme ça ?» « Je ne sais pas. Tant que ce n’est pas dans « Dragon Ball Evolution …» « Comment cela ? » « Désolé, une référence à la Sinistre Purge précédente… Vous allez où ? » « Quelque part » « Ok, c’est plus utile que moi… » Shelby et notre anti héros ne se rendormirent que pour mieux se réveiller à nouveau plus tard. La jeune femme vit alors que son compagnon était encore au milieu de deux voitures.

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« Mais, tu es encore dans un convoi ! » « Oui mais c’est trop cool les convois ! » « Oui, c’est mieux que les convois pas… » « Non mais, trêve de calembour Kev Adamsien, c’est cool ! Regarde le camion de devant ! Il nous prévient de l’état des routes et s’il y a une voiture qui roule lentement devant ! Et puis, on n’est que 20 miles par heure au-dessus de la limite, ce n’est donc pas dangereux ! » « Je ne t’ai pas engueulé tantôt car tu roulais trop rapidement ? » « Oui mais euh… faut bien que le scénario avance ? » Notre critique intervint « Mais oui, faites-lui plaisir, de toute façon, ma Sinistre Purge doit aussi avancer ! Je n’ai même pas parlé du générique d’ouverture qui essaie de faire croire que le film est effrayant et violent à la « Saw » ! » Shelby approuva de la tête. «D’accord alors. De toute façon, on doit arriver à une station essence pour rencontrer les autres protagonistes de ce segment ». Nos héros s’arrêtent donc et font connaissance avec un père de famille moustachu débonnaire et un routier(l’occasion aussi de voir que le jeu d’acteurs ne sera clairement pas inoubliable). Shelby soupçonne ce dernier de manigances car elle a aperçu une jeune femme dans son camion alors qu’il a déclaré voyager seul. Elle fait part de ses craintes à son compagnon. Ils continuèrent leur route jusqu’à ce qu’un petit mot appelant à l’aide arriva sur le pare-brise, suivi de la jeune femme du camion. La voiture s’arrêta donc, en même temps que celle du Ned Flanders du pauvre, qui pousse le jeune homme à suivre le camion afin de récupérer sa plaque pendant qu’il s’occupe des filles (non, pas de cette manière). Liam l’accompagna alors dans sa route car il a toujours adoré « Duel ». La poursuite fut intense et, suite à un quiproquo, le camion retourne en sens inverse. Voulant sauver son amoureuse, il retourne alors là où il l’a laissée pour trouver seulement cet imbécile de Flanders couché face contre terre. Celui-ci lui apprend alors que le Mick Taylor du pauvre a kidnappé les demoiselles. Ils partent donc vers une cabane dans laquelle même Bruce Campbell aurait refusé de pénétrer. Flanders part seul en demandant à ce que sa famille soit protégée et, de la force d’une pelle (non, il n’était pas en slip), tue le méchant camionneur (qui en fait conduisait une junkie en centre de désintoxication. Pourquoi? Euh… Regardez, une diversion!) alors que l’on découvre qu’en fait, les deux jeunes femmes se trouvent sur le siège arrière du moustachu ! Mais alors qu’il va s’attaquer à nos héros, Liam décida de l’interrompre. « Excusez-moi, monsieur le Georges Harvey du pauvre, mais votre plan puait quand même autant que les bandes annonces du remake de « Ben Hur » ! » Le tueur souriant (non, pas le Joker) vit son visage exprimer un sentiment d’incompréhension.

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« Donc, si j’ai bien compris, vous avez suivi la voiture du copain de Shelby pour pouvoir la capturer et vous vous êtes retrouvés dans le convoi. Mais il se serait passé quoi si la fille ne s’était pas jetée du camion ? Vous les auriez attaqués alors que le camion était devant ? Vous auriez dû les suivre jusque chez eux pour les attaquer ? Désolé, mais ça c’est ce que j’appelle avoir beaucoup de… »

Liam atterrit alors à côté d’une voiture dont sort également une jeune femme blonde (Tabitha, si l’on en croit une police d’écriture à mi-chemin entre le film pornographique mais pas trop des années 90 et une émission de télé-réalité cheap, bref n’importe quelle émission de télé-réalité). Celle-ci l’interroge alors « Mais que faites-vous là ? » « Je ne sais pas » répondit notre critique « mais je ne crois pas vouloir le savoir ». Interloquée, Tabitha lui proposa alors de rentrer dans la maison de ses cousins avec elle. Liam accepta, tout en se retenant de dire qu’il appréciait les enfants car c’était exactement le genre de phrase qu’il ne fallait pas prononcer sans risquer d’être mal compris. Ils rentrent donc et la jeune femme alla voir les deux jeunes garçons occupés à regarder des extraits du dessin animé « The mask » (et non, pas un épisode, ou alors un très mal monté si vous voulez mon avis. Enfin oui, vous le voulez vu que vous supportez tout ce blabla de ma part. Vous allez bien sinon ?). Alors qu’elle leur demande où se trouve leur babysitter, ils répondent qu’elle est partie. Ahlala, ces babysitters de films d’horreur… Soit elles disparaissent pour qu’on retrouve leur cadavre plus tard, soit elles se font attaquer par leur frère tueur en série. Mais que fait la police américaine? Ah oui, trop occupée à tirer sur des citoyens de couleur par pure paranoïa. Bref, retournons à nos moutons (non, je ne parle pas des électeurs d’extrême droite, voyons donc !). Tabitha les met au lit avec joie, bonne humeur et mauvais jeu d’acteur qui pousse l’actrice à les faire improviser (ou alors ils sont  vraiment très mauvais acteurs) et prouts rigolos (soupir…), avant de se reposer avec un bon sandwich jambon fromage. De quoi lui permettre de ravoir des forces qu’elle ne gagnera pas avec du sommeil vu l’état de la chambre d’amis, remplie de clowns en tous genres mais à un niveau quasiment maladif, le cauchemar parfait pour tout coulrophobe. Elle répond alors à l’appel de la mère de ses cousins (ce qui en fait sa tante. Je crois. Je ne suis pas très doué en généalogie) qui lui demande comment ça va, si les enfants sont gentils, si elle comptait voter Clinton ou Trump, bref tout ce genre de conversations habituelles, quand Tabitha décide de lui parler du clown géant installé dans la chaise à bascule. Sauf que, selon la tante de Tabitha, elle n’a pas de clown géant ! TADADAAAAAAAAAAA ! Twist : c’était un homme déguisé en clown depuis le départ ! Tabitha fuit dans la chambre de ses cousins qui sont trop contents et rient parce qu’en fait le monsieur, « il est juste là pour jouer lol ». J’espère que leurs parents les gardent éloignés des camionnettes blanches. Le clown essaie alors de les attaquer avec son couteau à trois lames (ce qui n’a aucune utilité à part essayer d’être « tro kool ai tro swag ») sauf qu’ils s’enfuient dans une autre maison pendant que Tabitha se fait attraper dans la cabane de jardin à côté du cadavre de la babysitter et…

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Pendant que notre héros voyage entre les récits (oui, cela prend du temps, surtout quand il y a une grève soudaine. Ah, ces services de transport…) pour retrouver Tabitha dans une salle d’interrogatoire à parler à une psy tout en se souvenant d’un souvenir (bien vu Robert. Ou Benedict, ça dépend de votre Sherlock #MySherlock) d’enfant trop rigolo maintenant avec un petit garçon qui avait fait un montage dans une boite avec un rat ouvert en deux. Comme c’est mignon. Et alors que la psychologue parle à Tabitha d’une autre amie,…

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Liam atterrit dans un bar avec deux jeunes femmes dont Jessica Lucas (qui se rattrapera avec « Cloverfield » et la version 2013 d’ « Evil Dead »). Râlant de ne pas avoir pu critiquer Bozo le plouc sur son plan débile (sérieusement, passer la journée assis dans une chaise pour attendre d’attraper sa victime ? Et après on critique Thanos…), il se rattrape avec un bon verre d’amaretto (la dernière fois, c’était devant « Halloween Résurrection », c’est vous dire…) pendant que les deux filles discutent. On va vite passer cette partie, fort classique : la fille va parler à un mec, Jessica Lucas (ou Lisa si l’on en croit … Ouais, vous avez compris je crois) va parler à son mec, son amie n’est pas revenue à leur appartement donc elle couche avec son copain. Le lendemain, ne voyant pas son amie revenir, décide de se renseigner sur le lieu où elle est allée, qui serait apparemment une bicoque toute pourrie. Ce que l’amie de Lisa savait apparemment mais bon, il ne faut jamais craindre un homme qui vous dit séjourner pour quelques jours dans une maison pourrie et inhabitée. « C’est sûr » déclara Liam «  que ce n’est jamais un psychopathe qui dirait ça. Et même, ce doit être un beau psychopathe pour que ton amie le suive, non ? Je mise sur Christian Grey » « Qui est-ce ? » demanda Lisa. Le critique répondit « Oh, juste un futur sujet de Sinistre Purge. Mais trêve d’explosion de quatrième mur et d’annonces pour le futur, qu’allez-vous faire pour sauver votre amie ? »

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La solution de Lisa fut relativement simple : profiter de son copain qui travaille pour le ministère de la santé pour entrer dans l’hôtel puis se débrouiller après. Pour être franc, on a quand même vu plus stupide comme plan. Plus intelligent aussi mais ça, c’est dans d’autres catégories de critiques du site. Le copain va donc à l’entrée en montrant sa carte. Après que le type de l’accueil lui déclare que toutes ses chambres sont occupées, il le laisse rentrer, ce qui est l’occasion de voir à quel point l’intérieur est dégradé et qu’il fait étrangement calme dans une auberge sans aucune chambre de libre. Si toi aussi, tu sens que quelque chose cloche vraiment et qu’il faut appeler la police le plus rapidement possible, je te félicite avec un cookie aux trois chocolats. Sinon, c’est que tu es le copain de Lisa. Alors qu’ils arrivent dans la salle de jeux (aussi déserte que la salle des fans du remake de « Ben Hur »), le propriétaire fait jouer une machine à musique en expliquant qu’il vient d’une lignée d’artistes et de personnes considérées comme folles et excentriques. Non, cela n’est pas bizarre. Il précise également au copain de bien observer la machine car à la fin de la musique, il aura droit à une « surprise ».

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Bon, petite question à toi, cher/chère lecteur/lectrice : Imaginez-vous à la place du copain de Lisa. Quel genre de surprise attendez-vous à ce moment-là ?

  • Un kinder #PlacementDeProduitAussiSubtilQuUneGrosseComédieFrançaise
  • Un entretien avec Morandini pour une Web série (n’oubliez pas d’amener votre frère)
  • Ryan Gosling ou Emma Stone (selon votre préférence) dans un énorme gâteau au chocolat avec un dvd de « Kubo et l’armure magique » ou « Super 8 »
  • Un truc qui va vous tuer de manière modérément gore ?

Et oui, c’était bien la réponse 4 ! Si vous avez bien répondu, vous avez droit au contenu de la réponse 3 accompagné d’un délicieux Kinder Surprise (n’oubliez pas de photographier le contenu de votre surprise avec le hashtag #ViveMonsieurPopcornEtSesPlacementsDeProduitsSubtils). Sinon, vous êtes le copain de Lisa et bon, vous êtes modérément mort. Pendant ce temps, Lisa patiente dans la voiture avec Liam en se racontant des histoires horribles. « Attends » lâcha-t-elle alors qu’il parlait d’un mystérieux milliardaire et d’une demoiselle fort peu farouche « comment une personne saine d’esprit peut trouver ce genre de connard excitant ? » « Je ne sais pas non plus mais j’ai déjà assez teasé ce film et je publie déjà ce texte en retard. Tu n’irais pas voir après le cadavre de ton copain ? » « Comment ça ? » demanda-t-elle interloquée. « Ben, vu qu’il était jour quand il est parti et que maintenant il fait nuit, je pense que l’on peut déclarer ton mec décédé. » « Ok, je vais partir le sauver toute seule, toujours sans appeler la police !» « Ok, moi je reste dans la voiture pendant que tu te fais capturer » « Quoi ? » « Non, rien »

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Lisa part donc à la recherche de son amoureux et découvre à l’étage une personne apparemment sourde et au jeu d’acteur assez mauvais (comme dans « La famille Bélier » ?) qui lui dit de se cacher derrière un drap. Sûr que c’est le genre de cachette qui ne sera pas rapidement grillée… Elle découvre alors que dans le lit se cache une personne qui n’est autre que son amie ! Quant au muet, c’est en fait le tueur du début ! TAM TAM TAAAAM ! Sinon, on peut arrêter avec les rebondissements prévisibles et ratés? Surtout que le psychopathe n’aurait jamais eu le temps de dépasser Lisa pour arriver à l’étage et se grimer de manière ridicule. Ou alors, assumez l’incohérence de votre scénario mais de manière drôle. Ici, c’est aussi drôle que « Le pianiste » (l’occasion de placer avec subtilité un magnifique point Godwyn, Youpi!)

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Retour avec Tabitha qui déclare à la psychologue se souvenir d’un garçon qui avait des problèmes dans sa tête (vous vous rappelez, celui qui n’a pas apprécié « Ratatouille »).Son interlocutrice déclare alors s’en être occupée, avant de sortir de la salle d’interrogatoire, apparemment inquiète. Sauf qu’en réalité, ce n’était pas une vraie salle d’interrogatoire ! Tout a été construit dans une usine désaffectée ! Bon, là on va devoir parler franchement de la connerie de cette révélation. Comment la psychologue a pu venir sans se poser de questions ? Elle était du genre « Tiens, votre commissariat n’est-il pas trop vétuste ? Je croyais qu’avec l’état d’urgence, on vous aurait donné plus d’argent » ou « Ah, la demoiselle a été retrouvée dans ce bâtiment ? Heureusement qu’il y a une fausse salle d’interrogatoire, ce sera plus simple pour le transport ! » ? Non mais pour du retournement de situation stupide et pas prévisible, on tient le gros lot. D’accord pour faire une anthologie, d’accord pour relier les différentes histoires mais essayez de faire un truc cohérent . Tabitha se retrouve alors poursuivie par le tueur (on notera la tentative de plan séquence pour faire poindre une once de tension chez son spectateur, en vain) jusqu’à se retrouver coincée entre deux salles transparentes avec ses deux amies le ventre ouvert. Sauf qu’en fait, elles n’ont pas réellement le ventre ouvert, c’est une prothèse pour faire une blague LOL ! (pitié, faites terminer ce film avant que je me Scannerise la tête ou que je m’endorme). Et cela fonctionne bien au vu du rire de notre héroïne, qui attire le tueur voulant apparemment l’embrasser jusqu’à ce qu’elle lui plante un truc dans le cou. Sinon, la tête, ce n’est pas plus facile ? Soit, cela permet à Tabitha de partir avec Lisa et Shelby. Ou pas, vu que l’une des deux se fait poignarder par le tueur (oh mon  dieu, il a survécu au machin planté dans son cou ? Qu’est-ce que ce n’était pas prévisible !) et l’autre chute d’un escalier encore une fois avec le tueur (chute qui la tue elle mais pas lui, évidemment.). Tabitha se retrouve alors dans la camionnette du tueur par le pouvoir du scénario (le coffre du camion était garé dans l’entrepôt) et découvre alors tous les joujoux du psychopathe comme son costume de clown ou encore son couteau à trois lames. Qu’il a posé en évidence. Au même endroit où il place ses prisonniers. Bon, on a la preuve que ce n’était pas un psychopathe mais juste un abruti. Il fait le con, se voit planter le couteau dans la tête, Tabitha dit en voix off qu’elle n’oubliera jamais son rire foiré et FIN !

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Liam se réveilla soudainement dans un fauteuil. Pas son second fauteuil préféré (ça aurait énervé Ezra Miller et tous les haters anti DC ) mais un fauteuil fort confortable et surtout tout blanc, dans une salle entièrement blanche avec des meubles peints en blanc. Un homme vint alors s’installer en face de lui sur un autre fauteuil blanc. « Morgan Freeman ? » crut reconnaitre en lui notre critique. « Non, » lui répondit son interlocuteur «je suis sa doublure moins chère, Morman Freegan. Et c’est raciste ». « Qu’est-ce que je fais ici ? » demanda le jeune homme « Il se trouve que ta Sinistre Purge a pris trop de temps à être écrite » « Oui, je sais. Mais entre mes obligations personnelles, les traumatismes vécus sur la précédente et ce film même. Bon, c’est plus une mauvaise série B qu’une purge absolue mais j’avais besoin de cela : un film simplement mauvais, sans plus » « Ce qui rend ton retard encore moins tolérable. Ton châtiment doit être sévère » « Ne me dites pas que vous allez me montrer un film de merde » « Si, avec les private jokes de ton choix. Prends et prépare-toi à la souffrance divine ! »  Liam prit le dvd que lui donnait son interlocuteur tout en lisant le seul mot qui y était inscrit. « Gamer ? Mais il n’est pas trop mal ce film ! Je veux dire, ce n’est pas le meilleur rôle de Gérard Butler mais… » « Non, ce n’est pas ce Gamer là que tu vas regarder ». Liam fut surpris. « Comment ça ? » Morman Freegan eut alors un sourire des plus effrayants « Ce film-ci est français ». Notre critique ne put s’empêcher de déglutir.

« Comment ça, français ? »

Malheureusement pas la fin…

Kubo et l’armure magique de Travis Knight

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Année : 2016

Pays : USA

Réalisateur : Travis Knight

Acteurs : Art Parkinson, Charlize Theron, Mathew McConaughey, Rooney Mara, Ralph Fiennes

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L’une des critiques que l’on peut souvent adresser aux grosses productions cinématographiques actuelles est de manquer de sincérité. Cela est malheureusement compréhensible : le cinéma est un marché économique et il est souvent (toujours ?) plus important pour un gros studio de chercher la rentabilité à la place de la qualité, quitte à produire de manière purement industrielle suites, reboots et autres productions inutiles et boursouflées, perdant en cœur ce qu’elles gagnent en attrait économique. Se faire une place sur l’échiquier cinématographique mondial est donc extrêmement compliqué, à moins de se démarquer du restant des productions. C’est exactement ce que font les studios Laika qui, comme les studios britanniques Aardman (derrière les « Wallace et Gromit », notamment), par le biais d’une animation image par image améliorée de manière subtile par l’animation numérique, permet un mélange de style particulier et poétique. De plus, ce studio se permet de se différencier d’autres spécialistes dans le domaine par des récits prenant à corps des sujets tous publics mais parfois peu ou pas vus sur grand écran.  Et cette fois-ci, c’est au tour de « Kubo et l’armure magique » de sortir de la boîte à talents Laika pour nous cueillir.

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Dans ce récit, nous suivons le jeune Kubo qui doit partir en quête d’une armure magique afin d’affronter ses Tantes et son Grand Père, avec l’aide de Singe, créature terre à terre, et Beetle, samouraï maudit et amnésique.

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Partant de la construction du monomythe Campbellien comme tant d’autres avant lui (par exemple Georges Lucas ou encore Christopher Nolan), Knight nous tisse un récit d’aventures réjouissant et épique, que ce soit par le biais d’affrontements face à des adversaires tels qu’un squelette géant qu’admirerait Ray Harryhausen, deux Tantes semblant sortir d’un film d’horreur asiatique ou le Grand-Père. Porté par des personnages attachants, « Kubo et l’armure magique » nous émerveille, bien aidé également par une animation à décrocher la mâchoire. « Ne clignez pas des yeux », nous prévient le garçon dès le début du film. Une phrase bien inutile à prononcer au vu du spectacle proposé, apte à réveiller l’enfant qui sommeille en chacun d’entre nous.

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Mais plus encore, « Kubo » est émouvant et a du cœur. Que ce soit lors de scènes à la beauté désarmante (l’histoire de la rencontre des parents) ou un traitement de personnages osant aller dans du drame pur, le film regorge de moments marquants. Mais plus encore, il nous émeut par son histoire familiale tragique se terminant par le pardon et l’acceptation, là où des centaines d’autres œuvres se seraient tournées vers la vengeance simple sans autre réflexion derrière. On peut également y voir une œuvre assumant l’importance de la culture, Kubo étant un conteur d’histoire qui affrontera son ennemi non pas avec violence mais avec la force des morts et cet amour de l’art, art qui permet aux personnes de survivre indéfiniment et d’apprendre à toutes les générations les erreurs à ne pas commettre dans son existence, sous peine de regrets et de chagrins.

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Alors que nous sommes à une époque où l’on peut balancer du racisme, de l’homophobie et de la transphobie dans une comédie familiale, où il devient normal de voir des gens se faire harceler dans des émissions débilisantes, où un film se voit inattaquable de par le décès d’un de ses acteurs tout en jouant sur ledit décès pour attirer du monde, où critiquer des personnes intolérantes peut nous valoir le fait d’être menacé par n’importe qui et où l’on permet à des gens rétrogrades de s’exprimer au risque de nous faire connaître à nouveau des heures très sombres de notre histoire, « Kubo et l’armure magique » est une bénédiction, un VRAI film pour petits et grands qui vaut la peine d’être admiré sur grand écran avec des yeux émerveillés d’enfant en quête de poésie et de beauté. Un tel message de paix, de pardon, d’amour pour l’art et pour les gens en général est et restera toujours indispensable, pour nous et les générations futures.

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