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Marcel Duchamp

Marcel Duchamp
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Marcel Duchamp, du Nord de la France. Slameur et cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Enemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

Analyse en 3 questions de Silence de Scorsese

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Drame historique sorti le 8 février 2017 (2h42) réalisé par Martin Scorsese

Avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson

30 ans après La dernière tentation du Christ, la légende Scorsese propose une nouvelle réflexion sur la foi.

Parler de la foi sans tomber dans le piège du prosélytisme ?

            Nous entrons dans une partie de l’Histoire pas forcément très connue. Japon, XVIIème siècle : le Père Ferreira demeure introuvable, dans un pays où le christianisme a été banni et où ses fidèles sont persécutés. Deux jeunes prêtes jésuites partent à sa recherche. Retrouver leur mentor sera loin d’être aisé, mais ils peuvent compter sur leur foi inébranlable… jusqu’où ?

Alors que la « laïcité » est à la mode aujourd’hui, cet essai sur la foi peut avoir une résonance toute actuelle. Comme souvent, on espère que le sujet soit traité sans prosélytisme. Les Américains ont parfois l’habitude de se donner le beau rôle dans leurs films. Mais ici, les conflits entre Jésuites et Japonais sont globalement abordés avec équilibre même si les héros sont chrétiens et que le spectateur est donc davantage exposé à leur point de vue.

Le film regorge de nombreuses scènes de torture mais les Japonais apparaissent davantage comme des autochtones qui défendent la culture de leur pays plutôt que comme des barbares impitoyables. La beauté du Japon est d’ailleurs merveilleusement mise en valeur avec des paysages somptueux. La nature apparait neutre, comme si elle assistait impuissante à ses affrontements sanglants entre humains.

Quelle place dans la filmographie de Scorsese ?

            Simplement, on peut dire que le film est maîtrisé de bout en bout. L’ami Martin n’a plus rien à prouver à personne, et ça se voit. Les plans s’enchainent, intelligents, bien cadrés, bien montés, avec une place laissée à chacun. Le scénario s’exécute tranquillement, loin des standards survitaminés du cinéma américain actuel.

On touche ici à ce qui rebutera beaucoup de spectateurs : la durée et surtout le rythme. Silence est lent et monorythme. Aucun moment ne vient dynamiser l’ensemble ou casser le métronome. Mais n’est-ce pas le propre du film ? Un héros, figure de proue de sa religion, qui aurait tellement besoin de quelques mots de son Dieu pour l’aider à avancer dans ces moments si difficiles ? Une longue attente, éprouvante… face à un Silence têtu ?

C’est un choix, assumé et nécessaire, sans concession. Alors évidemment, le public préfèrera Le Loup de Wall Street, Shutter Island, Les Infiltrés, Casino, Raging Bull, Taxi Driver… Je m’excuse de ne pas pouvoir citer tous les chefs d’œuvre du réalisateur qui laisse une œuvre énorme derrière lui. A 74 ans, on ne court plus à tout prix après le succès , surtout quand on l’a autant connu.

Qu’aurions-nous fait à la place de ces héros ?

            L’Histoire est sexiste : le casting est finalement exclusivement masculin ! Surtout connu pour ses rôles d’action man, Liam Neeson livre ici une prestation toute en sobriété et en émotions. Je m’attendais à le voir dans un flashback montrant son combat avec les Japonais, mais nous serions sortis du propos du film ! On ne le voit finalement pas tant que ça, mais l’acteur se montre juste et dans le ton.

Et les deux p’tits jeunes ? Adam Driver,qui semble trainer derrière lui un bashing injuste depuis qu’il a retiré son masque dans Star Wars 7 (d’ailleurs, c’est un peu comme s’ils allaient chercher sur son île un Luke ayant perdu sa foi !) est discret mais bon. Son personnage aurait peut-être mérité d’être plus étoffé. On ne sait d’ailleurs rien du passé des deux prêtres. A moins que cela ne soit volontaire : ils se sont juste abandonnés à leurs croyances, le reste ne compte pas. Andrew Garfield est moins inspiré que dans le très bon « Tu ne tueras point » de Mel Gibson où il est multi-nominé, le jeune acteur se montre néanmoins plutôt convaincant.

J’ai trouvé le film très cohérent, sauf peut-être la fin. Attention spoilers ! Le fait que le héros finisse par entendre les mots de Dieu m’a interpelé : est-ce que le film n’aurait pas été plus fort si le silence avait perduré ? A moins qu’il ne s’invente des voix (consciemment ou inconsciemment) pour prendre cette décision si difficile ? Ou alors on se dit que la seule fois où Dieu lui a parlé, c’était pour le sauver d’une mort certaine, sachant que la dernière image (forte) montre qu’il n’a pas perdu ses croyances.

En définitive, voici un film que l’on peut ranger dans la catégorie des très réussis mais qui ne plaira pas forcément à grand monde, principalement à cause d’un rythme trop lent et d’une durée fatale.

Analyse d’Alibi.com en 3 questions

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Comédie française sortie le 15 février 2017 (durée : 1h30) réalisé par Philippe Lacheau

Avec Philippe Lacheau, Elodie Fontan, Julien Arruti, Tarek Boudali, Nathalie Baye, Didier Bourdon, Nawell Madani

Pour ces vacances d’hiver, la comédie française est à la mode. Après « Demain tout commence » en toute fin de diffusion, « L’Ascension » dans ses dernières semaines, « Raid Dingue » toujours en forme, « Rock and roll » et « Alibi.com » sortent en même temps avec un vrai point commun : le réalisateur campe le personnage principal !

Un vaudeville classique qui plaira aux plus anciens ?

                Greg, aidé par Augustin et Mehdi, dirige une boite qui fabrique des alibis pour permettre à ses clients de se sortir de toutes sortes de situations. Notre héros va vite rencontre Florence, une fille aussi déjantée que lui et qui a tout pour être la femme de sa vie. Sauf que le père de la jolie blonde vient de solliciter la société d’alibis…

Adultères, mensonges, quiproquos… Le scénario a tout d’un bon vaudeville à la Feydeau. Nous ne sommes d’ailleurs pas très loin du théâtre classique et de ses trois règles d’unité : de lieu (autour de l’hôtel cannois), de temps (tout se passe sur un week-end) et d’action (l’anniversaire de la mère de Florence couplée à la volonté de son père de prendre du bon temps avec sa maîtresse). Un schéma classique qui ne dépaysera pas les plus anciens qui y retrouveront les comédies à la Claude Zidi.

L’une des forces rassembleuses du film tient aussi du casting. Avec une Nathalie Baye capable de jouer la mère cocue dans un registre très léger (quelques mois après le beaucoup plus pesant « Juste la fin du monde » de Dolan) et un Didier Bourdon parfait dans le rôle du gentil pingre salop, Alibi.com peut capitaliser sur deux acteurs qui plaisent au plus de 50 ans. Ajoutons un Philippe Duquesne qui apporte toujours quelque chose dans le petit rôle de Maurice.

Un rythme endiablé : Baby sitting 3 ?

                Mais évidemment, Alibi.com plaira aussi (et surtout ?) aux jeunes. L’intrigue s’appuie sur de nombreux personnages plutôt bien développés (avec leurs forces et leurs faiblesses). L’interprétation de Philippe Lacheau semble toujours au second degré (pour le meilleur et pour le pire). Julien Arruti joue l’ami geek et Tarek Boudali campe le petit nouveau toujours parfait. Elodie Fontan pétille tellement qu’elle permet d’éviter l’écueil de la romance nunuche. Nawell Madani – humouriste belge révélée par le Djamel Comedy Show – va jusqu’au bout de son personnage de chanteuse un rien pétasse.

Tout ce beau monde va se lancer dans un festival de vannes et de gags sur un rythme endiablé. C’est là, à mon sens, le gros point fort du film (la marque de fabrique des longs-métrages de Lacheau ?) : le montage. Initialement prévu sur 2h04, le film dure finalement 1h30. Le réalisateur n’a pas hésité à couper au cordeau pour insuffler un dynamisme bien adapté à son humour. La situation initiale est vite amenée, on entre tout de suite au cœur des enjeux de l’histoire où les appels en visio malmènent nos rois du mensonge !

Peut-on comparer ce dernier long aux deux gros succès Babysitting (plus de 2 millions d’entrées pour le 1, plus de 3 millions pour le 2) ? Rassemblant une liste de guests impressionnante (Michel Laroque, Norman, Joey Starr, Medi Sadoun, Vincent Dessagnat), Alibi.com laisse tomber le found footage et ose lancer moult sous-intrigues autour de ses nombreux personnages. Ça fonctionne plutôt bien, même si le rythme connait un passage à vide autour de l’heure de projection (mais la fin est réussie), le temps de résoudre toutes ces péripéties abracadabrantesques dans lesquelles les mensonges ont entrainé nos pauvres héros.

C’est quoi l’humour à Fifi ?

                Au final, on retrouve ce qui fait le charme de la Bande à Fifi, cette troupe de comiques qui s’est produit entre 2005 et 2007 au Grand journal de Michel Denisot. Pour ceux qui ne connaissent pas, n’hésitez pas à visionner les quelques vidéos à la fin de cette critique. Les gags oscillent entre le classique (des personnages qui se font frapper, des animaux violentés en running gag, Fifi montrant son corps sculpté, quelques blagues en dessous de la ceinture) et les situations plus osées (peut-on rire de tout ?).

Alibi.com reste dans cette optique. On ose se moquer des migrants, Nawell se déchaine dans un clip repris au générique et on fait même un clin d’œil à notre cher Président et à son scooter. Evidemment, tout cela reste quand même globalement dans le politiquement correct, même si les vannes font mouche le plus souvent.

Lacheau aime glisser de nombreuses références, avec un Julien Arutti se scotchant des stylos en guise de griffes pour se ressembler à Wolverine, ou mettant sa capuche pour se préparer à faire un Saut de la Foi digne d’Assassin’s Creed… On assiste même à un combat de néons lasers à la Star Wars. Bref, les amoureux de la culture pop se régaleront.

Au final, voici une bonne comédie française, très rythmée et mettant en scène un casting riche, éclectique et inspiré. Rien de forcément très original, mais le défi de divertir est largement rempli !

 

Jackie : Analyse à 2 voix et 6 questions

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Biopic américain sorti le 1er février 2017 (1h40) réalisé par Pablo Larrain
Avec Nathalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig.
Après Captain Fantastic, Liam et moi vous présentons notre 2ème critique croisée !

Quels partis-pris le réalisateur a-t-il-choisis pour ce biopic ?

Monsieur Popcorn : Le réalisateur Pablo Larrain aurait pu coller au schéma assez classifié du biopic, retraçant l’histoire entière d’une personne extraordinaire en n’oubliant aucunement ses faits d’armes. Mais ici, il prend une forme de contrepied, tel Danny Boyle l’année passée avec son « Steve Jobs » en se concentrant sur l’après assassinat de John Fitzgerald Kennedy. De même, l’aspect subjectif du film n’est pas dissimulé, notamment par les conversations entre Jackie et le journaliste qui reconnaissent que les propos seront modifiés au gré de l’humeur de l’ex First Lady. Les ruptures temporelles sont nombreuses et cassent le schéma-même linéaire de nombreux films de genre passés. Cela sonne ainsi comme une bouffée d’air frais dans un genre assez codifié. On peut voir également dans le récit une thématique du deuil autant personnel qu’historique que je propose d’aborder dans une autre question, avec cette rupture temporelle déjà citée et cette photographie cotonneuse touchant à une forme d’irréalité de l’événement vécu par Jackie.

CityZen : De base, je ne suis pas fan des biopics, préférant le plus souvent un bon documentaire. Très enthousiasmé par le récent Neruda du même réalisateur, je me suis laissé entrainer vers Jackie. Si le portrait du poète était raconté d’une façon fort originale (en faisant un film à la Neruda plutôt qu’un film sur Neruda), Larrain choisit ici une approche à première vue plus traditionnelle. La forme choisie est une interview avec un journaliste, qui permet une certaine distanciation par rapport aux événements et qui laisse apparente la subjectivité de l’héroïne. Jackie ne s’en cache pas, ce qui accentue l’un des propos du film : l’Histoire est (aussi) la façon dont on la raconte. Le scénariste-réalisateur chilien prend le parti de choisir une période très restreinte de la vie de Madame Kennedy : les quelques jours entre l’assassinat de JFK et son enterrement. C’est original, pertinent et astucieux, car c’est un moment qui permet de se concentrer sur les problématiques centrales du personnage. Pour éviter de s’étouffer dans un cadre trop restreint, l’ami Pablo s’autorise aussi les flashbacks, comme cette visite guidée de la Maison Blanche, là aussi très symbolique du propos du film (l’apparence, la recherche de la sympathie).

Quelle est la résonance à notre époque de ce portrait d’une femme de 1963 ?

Monsieur Popcorn : Nous sommes à une époque où malgré les nombreux combats pour l’égalité pour les femmes, celle-ci reste encore peu accessible. Il suffit de constater les différences salariales, les nombreux cas de harcèlement ou même des questions d’éducation (on apprend aux filles à ne pas s’habiller de manière provocante, pas aux garçons de ne pas sauter sur ces dernières). Ainsi, voir comment une First Lady se voit descendre de son piédestal en même temps que son mari peut sembler intéressant, surtout que l’on parle d’une période où le combat pour les droits de la femme se rapproche du centre de la société. Ici, nous parlons d’une femme plus souvent notifiée comme « La femme de Kennedy » que « Jackie », un statut assez ingrat quand même car nous voulons être reconnus pour nos propres capacités et non par le biais d’une autre personne. Certains pourraient y voir un point de vue réactionnaire (la femme au service de la gloire de son mari) mais peut-être vaut-il mieux se concentrer sur l’aspect intemporel du deuil d’une femme amoureuse sans ignorer les défauts de son mari qui cherche, à sa manière, à marquer l’Histoire.

CityZen : Les deux Kennedy allaient bien ensemble dans une logique de politique-spectacle-recherche de popularité. En ce sens, ils ont été des précurseurs alors que nous vivons à une époque où les politiques recherchent le buzz avant tout. En ce sens, c’est une résonnance très actuelle d’un événement datant de plus de 50 ans : les parallèles n’en sont que plus riches. L’une des forces du film, c’est aussi sa dualité, cette recherche du non-manichéisme. Jackie profite de ce statut de First Lady. Mais elle aime son mari (pourtant volage). Jackie & Jack, comme un symbole. Elle assume son statut de femme de Président, tout comme son rôle de maman. Elle est vraie, mais elle ne veut rien laisser au hasard en termes d’images. En tant que 1ère femme, si le Président meurt, elle n’est plus rien. Sauf peut-être si elle cultive le mythe JFK. Le passage de témoin avec le nouveau Président seulement quelques heures après l’assassinat est d’ailleurs lourd de sens. On est loin de l’hagiographie, piège dans lequel les biopics tombent si souvent…Même si finalement, de quelles femmes de Président américain se souvient-on ? Jackie et… Michèle !

Quel est le potentiel cinématographique de Jackie ?

Monsieur Popcorn : Pour reprendre le titre d’un autre film en lice pour les Oscars, Jackie est une figure de l’ombre alors qu’elle a contribué au « mythe » Kennedy, que ce soit en tant que témoin direct de son assassinat ou en orchestrant ses funérailles. Ainsi, suivre Jackie Kennedy, c’est suivre un aspect de l’Amérique peu exploré. L’aspect cinématographique de cette histoire n’est donc guère négligeable car il permet de traiter aussi bien un pan de l’histoire des Etats-Unis qu’une histoire humaine et universelle : celle du deuil d’un être aimé. Nous sommes donc face à une histoire à aborder selon de multiples facteurs mais également selon de nombreux genres. La place centrale de Jackie dans l’histoire américaine a donc un intérêt certain sur grand écran, comme quasiment toutes les histoires qu’il ait jamais existé.

CityZen : Puisque le cinéma est l’art du mouvement, peut-on dire que ce biopic dresse le portrait d’une femme en mouvement ? Même dans une position des plus extrêmes (elle perd son mari, son statut, le père de ses enfants, sa célébrité), Jackie reste en perpétuellement mouvement. Elle pourrait se laisser abattre, elle pourrait s’arrêter. Mais non. Est-ce l’énergie du désespoir ? Le cinéma permet de mettre la lumière sur des figures oubliées, ce qui donne naissance à de nouvelles histoires, avec de nouveaux angles. Et que dire de la fin ? Après un film pas facile, avec une ambiance pesante et des moments vraiment éprouvants pour le spectateur, Larrain parvient à ouvrir l’horizon avec ce Camelot si cohérent et si optimiste, comme si le mouvement ne s’arrêterait jamais.

Alors, Oscar ou pas pour Natalie Portman ?

Monsieur Popcorn : La prestation de Natalie Portman dans le rôle-titre est effectivement l’un des atouts du film. Ainsi, l’actrice reprend aussi bien la gestuelle que l’accent de l’ex First Lady (ce qui justifie un visionnage en version originale pour bien apprécier son travail). Néanmoins, au vu de la concurrence de cette année (et lorsque l’on constate l’absence d’une Amy Adams bouleversante dans « Arrival »), on peut penser que sa prestation ne sera peut-être pas assez pour recevoir une nouvelle récompense aux Oscars. Mais finalement, est-ce que cela importe tant ? Quand on voit ainsi Portman devenir Kennedy, on ne peut que se réjouir du talent de l’actrice et d’être témoin de sa prestation, une de celles qui inscrivent son nom parmi les grandes actrices qu’ait connu Hollywood.

CityZen : Pour vraiment répondre à cette question, il faut à mon sens ne pas mettre le focus uniquement sur Natalie Portman mais sur la totalité des nominées. Les récents débats sur Di Caprio m’ont fâché : la question n’est pas de savoir si l’actrice ou l’acteur sont super forts, mais de comparer les performances sur un film (ce qui n’est d’ailleurs pas du tout évident !). Isabelle Huppert, Ruth Negga, Emma Stone et Meryl Streep : du beau monde ! Je pense qu’un trio de favorites se dégage avec les stars de La La Land, Elle et Jackie. Notre française souffrira peut-être de sa nationalité. La dernière muse de Woody Allen sera peut-être sacrifiée en raison des autres trophées que ne manquera pas de remporter la comédie musicale de Damien Chazelle. Alors pourquoi pas une statuette pour Natalie Portman, parfaite dans ce rôle très exigeant, dans une Amérique qui a sûrement besoin de valoriser ses Présidents dans cette ère Trump ?

Est-ce que le cinéma peut permettre de se relever de ses drames historiques ?

Monsieur Popcorn : On a eu droit il y a quelques temps à « Patriot’s day », retraçant les événements entourant l’attentat de Boston. Ici, on a droit à un nouveau point de vue sur le meurtre de John Fitzgerald Kennedy. On peut constater que les Etats-Unis utilisent le biais cinématographique pour se relever de leurs drames historiques. Il est ainsi peu étonnant de voir que ce « Jackie », plus que le deuil d’une femme, montre le deuil de l’Amérique même sur un des drames les plus connus de son histoire. Il suffit de voir également comment des oeuvres à gros budgets utilisent le « destruction porn » comme un moyen de se dédouaner des attentats du 11 Septembre ou encore comment un « Cloverfield » replace le spectateur en position de témoin sur le vif d’une catastrophe de grande ampleur. Le cinéma a toujours permis de voir les failles des personnes ou d’un pays. On peut constater en France les nombreux reports d’un « Made in France » suivant des jeunes terroristes alors même que le film était terminé avant les événements dramatiques ayant touché le pays en 2015. Notre cinéma peut raconter qui nous sommes, en tant qu’individus mais aussi en tant que pays ou groupe social et peut, par cela, nous aider à nous faire avancer dans nos problèmes, personnels ou bien historiques. Ainsi, « Jackie » pourrait être vu comme un processus dans l’avancée de la population américaine par rapport à ce drame devenu mythe historique. Nous faisons face à un film hanté par l’histoire, tel Jackie hantée par les souvenirs de son défunt mari.

CityZen : Dans les films cités au-dessus par Monsieur Popcorn, je pense qu’il faut séparer ceux se rapportant à des faits historiques récents (Made in France, le 11 septembre 2001) et ceux qui datent un peu (à l’image de ce Jackie). Les premiers entrent dans une logique de besoin d’évacuer, verbaliser pour essayer de comprendre, même si le manque de recul n’est pas toujours source d’acuité. Pour les événements plus anciens, il y a un côté mémoriel et un côté « éclairer les zones d’ombre ». Les Américains aiment mettre en avant leur Histoire. Est-ce par égocentrisme ? Est-ce dû au fait que leur Histoire est bien plus restreinte que les autres civilisations ? En tout cas, les réalisateurs outre-Atlantique aiment parler de leur pays. Tout récemment, on peut citer le « Une journée dans la vie de Billy Linn » de Ang Lee, ou le « Sully » de Clint Eastwood. Pour Jackie, il est déjà intéressant de remarquer que Pablo Larrain est chilien. On peut donc occulter l’aspect patriotique. Pour revenir sur la question initiale, l’art en général a toujours été influencé par l’actualité et le contexte historique. Ici, pourquoi faire ce portrait Jackie ? Peut-être pour que les nouvelles générations n’oublient pas cette femme, ce drame, ce Président. Peut-être pour les rendre intemporels, en insistant sur l’extraordinaire modernité des sujets abordés.

Au final, Jackie n’est-il qu’un film à récompenses ?

Monsieur Popcorn : On peut constater de plus en plus le même reproche envers certains films sortant aux alentours des cérémonies de récompenses telles que les Golden Globes et les Oscars : n’avoir été créé que par volonté d’une rétribution matérielle de la part de ses pairs. Et si l’on peut comprendre ces critiques par rapport à certaines oeuvres, mettre « Jackie » dans cette catégorie serait fortement injuste. Ce film est en effet bien éloigné du formalisme d’autres sorties de même catégorie et a ce quelque chose derrière qui le fait ressortir. La mise en scène de Larrain est maniérée mais pas guindée, se rapprochant des personnages pour comprendre au mieux leurs émois dans tomber dans un classicisme lourd. Le scénario sort des bases de son genre comme dit plus tôt et permet une lecture s’ouvrant à l’historique et à l’humain. Et bien que Natalie Portman soit au centre de l’attention, les autres acteurs égalent son niveau avec une sincérité et une douceur qui touchent (mentions au regretté John Hurt et à la talentueuse Greta Gerwig, peu présente mais dont on sent la vie derrière son personnage). « Jackie » est donc un film qui mérite des récompenses mais qui semble aller plus loin que ceux uniquement produits pour les récolter.

CityZen : Entre les films uniquement faits pour les festivals et les films uniquement conçus pour le box office gravitent heureusement bon nombre de propositions fort intéressantes. Un « film à récompenses », dans sa dimension péjorative, est à mon sens un film beau mais creux qui va mettre en scène de jolis décors, de jolis costumes, des rôles tout en composition (avec un handicap, une transformation physique) au profit d’un scénario sans épaisseur, sans possibilité d’approfondir. Mon souvenir le plus récent serait Maguerite, calibré pour les Césars sans vraiment apporter de la profondeur. Ici, Pablo Larrain dresse un portrait réunissant simultanément une multitude d’angle de vues sur Jackie Kennedy. Ce portrait cubiste permet de cerner toute la complexité de cette femme des années 60, avec une forte résonnance sur la société d’aujourd’hui. Je rejoins donc Monsieur Popcorn pour dire qu’effectivement, Jackie peut prétendre à de nombreuses récompenses, mais c’est surtout un superbe film qui me conforte dans ma volonté de m’ouvrir davantage aux biopics !

 

 

Analyse de 50 nuances plus sombres

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Romance américaine sortie le 8 février (durée : 1h58) réalisé par James Foley

Avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Bella Heathcote, etc

Meilleur démarrage 2017 en première semaine pour ce 2ème opus malgré une moyenne presse Allociné atteignant péniblement le 1,5 (merci Closer !) : le phénomène interpelle ! Voici mon analyse toute en nuances !

Pourquoi Christian est-il si mordillant auprès de la gente féminine ?

Quand le milliardaire a fait sa première apparition, les premiers gloussements dans la salle ont retenti. Christian a le total package : beau, riche, jeune, bien sapé, musclé. Il se réveille en faisant des tractions torse nu et se met à l’horizontal sur son cheval d’arçon. La base quoi !

Mais en plus, Christian a un côté obscur digne de Dark Vador. Il ne fait pas l’amour : il baise brutalement (désolé pour la paraphrase empruntée au tome 1 !). On dit que les femmes aiment les mauvais garçons, en voici une nouvelle preuve. Petit à petit, on apprend qu’il a un lourd passé, ce qui rend sa jalousie séduisante et sa possessivité attachante : c’est un mâle, un vrai.

L’idylle bat d’autant plus son plein que la bête est amoureuse, aussi surprenant que cela puisse paraitre. Anastasia, cette madame tout le monde à laquelle la spectatrice peut facilement s’identifier, a réussi à apprivoiser ce sadique réputé sans sentiments. Stop la relation machiste (adopte-un-Christian.com) et unilatérale : les deux amants ont désormais autant besoin l’un de l’autre.

Est-il vraiment plus sombre ?

                Le titre nous le promet : la suite sera plus dark. Really ? Pour le coup, je n’ai pas compris cet aspect. Parce que notre Apollon apparait beaucoup plus serein que dans le premier épisode où nous l’avions quitté incapable de contrôler ses fessées au milieu de la célèbre chambre rouge. Là, il se montre à l’écoute de sa dulcinée, il entre même en mode canard.

Peut-être parle-t-on du passé sombre de Mister Grey ? Le pauvre a l’air marqué, il en fait même souvent des cauchemars… Mais heureusement, il peut compter sur la présence rassurante de sa belle. C’est même l’occasion de vivre l’une des plus belles demandes en mariage de l’Histoire du cinéma (bande de jaloux !). Mais encore une fois, cela ne semble pas plus sombre que dans l’original, bien au contraire.

Le Côté Obscur concerne-t-il les intrigues secondaires (oui je sais j’exagère) ? Cette ancienne soumise toujours love qui harcèle Miss Steele revolver à la main ? Ce nouveau boss pas très fair play au jeu de la séduction et qui frôle l’agression sexuelle sur son assistante ? Cette couguar jalouse du futur mariage (mince, je spoile…) de son ancien jouet et qui pourrait devenir très méchante ? J’avoue ne pas vraiment avoir ressenti de tensions particulières avec des histoires parallèles à peine effleurées…

Carré blanc, rouge ou rosé ?

                Effleurer, ou l’art de la transition. Parce qu’évidemment, le succès de la saga Grey au rayon littérature (sic…), c’est surtout de l’érotisme, du sado-masochisme, du sexe débridé ! Que nous propose ce merveilleux coup qu’est Christian ? Quantitativement parlant, on est servi. Le rythme du film est binaire : une scène de cul, une scène de transition, une scène de cul, etc…

Qualitativement, les préliminaires sont prometteurs : les situations de départ émoustillent. Des boules de geishas par-ci, un florilège de culottes retirées, des nouveaux objets de torture savamment utilisés… On a le droit à des fesses des torses, des seins, des lèvres qui se mordillent… bref, c’est prometteur.

Tout ça pour ça ! Là où le livre décrivait ces moments avec précision et approfondissement, le film reste une nouvelle fois à la surface. Mais finalement, comment pouvait-il en être autrement ? Entre un Jamie Dornan refusant de dévoiler son attribut phallique (même pour un million de dollars !) et des scènes juste simulées et hors cadre, cela ne pouvait pas aller bien loin. On assiste donc à une répétition lassante des mêmes coups de rein mécaniquement exécutés…

La bleuette des années 2015 ?

                Finalement, cette trilogie fan fiction issue de Twilight ne s’inscrit-elle pas dans la logique des bleuettes à la Pretty Woman (toutes mes excuses à Julia Roberts et Richard Gere), Coup de foudre à Notting Hill et autres Valentine Day ? Une jolie histoire d’amour au départ improbable mais qui nous prouve que Cupidon peut frapper à tout moment ? Une douce flèche dans ce monde de brutes ? Un retournement avec une relation unilatérale évoluant vers une vraie réciprocité ?

Un film à l’eau de rose, où une fille ordinaire peut se parer de jolies robes dans des réceptions mondaines où le caviar a remplacé les vulgaires cacahuètes… Un film facile à regarder, avec des dialogues légers. Oui, on peut même aller jusqu’à dire gnangnan, cucul, nunuches, insipides… Juste un exemple pour prouver que je ne suis pas de mauvaise foi ! Ce merveilleux passage où Anastasia cite Jane Austen et qui se conclue par un Feux-de-l’amouresque : « Mais Anastasia, qu’attendais-tu ? » « Toi, Christian ». Emotifs, s’abstenir…

On ajoute une touche de sexe et quelques apports du 3ème millénaire (portable, textos) pour coller à son époque et hop, on a une nouvelle référence dans la comédie romantique. Comédie, drame, thriller même pour certain(e)s… Comme ce passage très stressant où notre prince charmant des temps modernes a un accident d’hélicoptère. Mais en moins d’une minute, la télé nous rassure en disant que le pilote hors-pair a été retrouvé sain et sauf et ding dong, ce dernier arrive même immédiatement dans son appartement… Décidément trop fort ! (choix imposé au montage ?)

Pourquoi tant de buzz ?

                Pour moi, le film mérite clairement plus que son 1,5/5. C’est gentillet, c’est mignon tout plein. De là à se dire que la barre des trois millions va être dépassée, ça peut faire mal à ceux qui considèrent le cinéma comme le 7ème art mais au final, tout s’explique.

Comme son héros, la saga maîtrise parfaitement les codes du business. Les films peuvent déjà capitaliser sur un large public de lectrices. La promo est rôdée et fort développée avec des avant-premières spécial filles (quel sexisme !) à gogo. On mise sur l’identité girly pour vendre un produit médiocre. Aimer 50 nuances de Grey, c’est assumer une sexualité affirmée. Ne pas aimer pourrait vite cataloguer les réticentes de coincées…

Le capital social du cinéma agit. On va voir le film à la mode, c’est branché, on peut mettre une photo sur les réseaux sociaux et en parler en soirée. La qualité n’est plus un gage de réussite : ce qui compte, c’est de voir LE bon film du moment.

Et si on refaisait le film ?

                Parce que finalement, il y avait matière à faire un vrai bon film. Tout d’abord, en assumant son caractère sulfureux. Ratisser moins large en acceptant le risque de récolter un « Moins de 16 ans ». Choisir des acteurs qui acceptent de jouer vraiment les scènes de sexe (je vote Abdelattif Kechiche pour le numéro 3 !) en allant plus loin que ces préliminaires appétissants mais laissant sur sa faim (Cinquante Nuance de Love).

Deuxièmement, en renforçant le côté sombre. Les trois méchants potentiels pouvaient placer les tourtereaux dans une position vraiment embarrassante. Demandons à Paul Verhoven de réaliser les scènes entre Anastasia et son boss… Laissons Kim Bassinger rendre fou Christian, qu’elle le tourmente sans vergogne, qu’elle joue avec lui, que l’on craigne qu’il ne s’écarte de sa prétendante, qu’on sente le danger, l’enjeu. Rendons dangereuse cette petite Leïla, qu’elle vienne vraiment semer la discorde au sein du couple vedette, qu’elle blesse l’un des deux, qu’elle se suicide…

Bref, écartons-nous de cette bleuette pour assumer l’aspect thriller. Si certains plans évoquent de façon très lointaine un Eyes wide shut , le côté malsain de Stanley Kubrick fait cruellement défaut. Renforçons les dialogues (et si Tarantino acceptait de les écrire ?) en y intégrant une vraie tension, un vrai défi entre ce personnage masculin qui tente de tout contrôler et cette vierge effarouchée tentant de s’affirmer.

En guise de conclusion, le film ne mérite pas ni de se faire détruire par la critique, ni de se faire encenser par le box office. C’est léger mais tellement trop calibré, trop programmé, trop caricatural, trop lisse… Public, tu vaux bien mieux que ça.

American Honey : a Star is born ?

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Road movie américain sorti le 8 février 2017 (durée : 2h43) réalisé par Andrea Arnold

Avec Sasha Lane et Shia LaBeouf

Prix du Jury du dernier festival de Cannes, American Honey nous emmène explorer une Amérique aussi scintillante que crasseuse. Road trip empreint de poésie, Andrea Arnold laisse s’exprimer ses protagonistes avec grâce et liberté, loin des strass et paillettes de La La Land.

Des personnages attachants

Fort d’un casting sauvage très réussi et consacrant onze acteurs novices sur les quinze membres de cette joyeuse troupe, American Honey retrace le périple de Star (premier rôle d’une Sasha Lane qui crève l’écran) sillonnant les routes américaines pour fuir sa piètre condition en vendant des magazines peu convaincants. Mais elle peut heureusement compter sur un Shia LaBeouf très juste dans la peau de Jake, à la fois tête brûlée, sensible aux charmes de la nouvelle mais aussi sous le joug de la patronne Krystal.

La fraîcheur des moments en groupe ou plus intimes vient récompenser la part belle laissée à l’improvisation. Les vannes fusent, l’énergie ne faiblit pas malgré la longueur du film, dans une succession de scènes cohérentes et non répétitives. L’héroïne se cherche avec force et fragilité, passe par différentes routes et divers sentiments. Elle avance, recule, piétine, court, hésite…

L’Amérique entre crasse et grâce

Filmé en 4/3 et la quasi-totalité du temps en lumière naturelle, American Honey propose une magnifique photographie. On prend plaisir à s’installer dans le van au milieu de ces laissés pour compte et à arpenter un mid west à la fois sauvage et habité par une faune pas toujours recommandable.

Durant les 2 heures 43 (rassurez-vous : le temps passe très vite !), nous ferons de nombreuses rencontres dans cette Amérique où une jeune chrétienne prie Dieu alors qu’elle semble contrôlée par le Diable, où les vieux cowboys charment les midinettes à coup d’alcool, de ver et de viande grillée, où ceux qui récupèrent le pétrole achètent leurs bas fantasmes avec quelques billets. Une Amérique où l’on se prend pour Spiderman même dans une benne à ordures, où l’on se questionne sur un Dark Vador aussi squelettique que réel.

Cette dualité entre crasse et grâce prend tout son sens lors de la scène où Star fait pipi devant tout le monde en admirant les sublimes canyons, symbole d’une jeunesse engluée dans un quotidien peu reluisant mais toujours empreint de rêves et de libertés.

Une poésie sublimée par une bande-son fascinante

                Les chansons s’enchainent, entre rap, country et folklore américain, donnant du rythme et du sens aux images et aux situations. La bande-son est remarquable, tant par sa qualité (« Beginning of everything ») que par sa quantité et c’est avec un vrai plaisir que l’on réécoute les différents morceaux une fois le film terminé.

Ces considérations sonores viennent renforcer cette poésie moderne constante du début à la fin, à l’image d’une conclusion magique (attention spoilers !). Au début, l’héroïne se prend pour un oiseau plein d’espoirs, avant de devoir redescendre de plusieurs crans (symboliser par les fils électriques)… Au point de se transformer en insectes, ces viles créatures qui semblent partager le même quotidien que tous ces marginaux, cherchant tous à survivre tant bien que mal. Star apprend beaucoup de ce voyage initiatique qui la fait évoluer au cœur de cette Amérique sucrée. Pense-t-elle qu’elle a enfin trouvé un milieu propice à son épanouissement, comme cette tortue plongeant dans l’eau ? A moins qu’elle ne cherche à se suicider pour fuir cette vie nauséabonde ? Ce milieu, ce système va-t-elle l’accepter ? Est-elle prête pour ça, à l’image de sa relation compliquée avec Jake ? En tout cas, elle finit par ressortir essoufflée de cette apnée improvisée… avant de voir une luciole illuminée s’envoler vers les sommets…

Vous l’aurez compris, American Honey est un vrai coup de cœur, tant sur le fond que sur la forme. En espérant vite revoir Sasha Lane dans un autre film !

 

Chez nous conjugue-t-il cinéma et politique ?

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Drame franco-belge réalisé par Lucas Belvaux sorti le 22 février 2017 (1h58)

Avec Emilie Dequenne, André Dussolier, Guillaume Gouix

Après « Le ciel attendra » sorti il y a quelques mois, voici une nouvelle exploration politique de notre société. Mais cette fois-ci, ce n’est pas Daech qui cherche à embrigader l’héroïne, c’est un parti d’extrême droite français.

Pauline, infirmière dans les Hauts-de-France, est très appréciée dans sa ville d’Hénart (Beaumont ?). Par le biais de Docteur André Dussolier, le Bloc National va se rapprocher d’elle pour la convaincre de devenir leur tête de liste aux prochaines élections municipales.

Pour ce genre de film, deux questions m’interrogent par avance…

LE FILM SE TIENT-IL ELOIGNE DES CARICATURES ?

                Notre héroïne – interprétée par une Emilie Dequenne convaincante de simplicité – ne se contente pas de travailler et d’échanger avec un docteur branché patriotisme. Elle a la chance de retrouver Stéphane (Guillaume Gouix à son aise)  son amour d’enfance, plus connu sous le nom de Stanko, membre d’une milice néo-nazie (même si on comprend qu’il est là pour montrer la volonté de polissage du parti). Ajoutons que le fils de cette mère célibataire fréquente un meilleur ami qui s’occupe secrètement d’un site fasciste (avec sa mère comme première fan). Ça fait beaucoup, on est d’accord !

Quels sont les contre-poids à ce contexte favorable à l’embrigadement ? Un père communiste et bien bourru. Une amie qui ose se faire entendre lorsque les fêtes entre potes deviennent trop portées sur les propos un tantinet raciste. Une famille de patientes musulmanes éminemment déçues du changement de leur infirmière préférée. C’est mince. Et les membres du Bloc dans tout ça ? Dussolier joue bien son rôle de manipulateur beau parleur, tout dévouée à Agnès Dorgelle (avec une Catherine Jacob pas du tout crédible), Présidente du parti d’extrême droit, elle qui a repris la succession de son père jugé trop raciste. Vous l’avez compris : toute ressemblance avec des personnes existantes ne serait que pure coïncidence.

Lucas Belvaux (réalisateur du bon et récent « Pas son genre ») semble hésiter entre fiction et réalité, entre rester neutre et montrer les dangers de ce piège politique. Son choix des personnages se révèle être trop extrême, ce qui rend au final le propos peu crédible, un comble pour ce genre de film !

ET LE CINEMA DANS TOUT CA ?

                Si cette production française s’inscrit dans une visée politique et sociale, nous sommes néanmoins en droit d’attendre que les idées de l’auteur soient traitées via une grammaire cinématographique un minimum recherchée.

Le film commence plutôt bien : une succession de plans de moins en moins larges posent le décor : une commune du Nord de la France, avec ses terrils, ses anciens corons, cette ambiance populaire d’une France pas très riche qui travaille pour subsister. Différentes routes s’enchevêtrent, on peut prendre divers chemins, certains vont plus vite que d’autres, mais ne mènent pas forcément au même endroit. La fin fera le parallèle avec le début, ce qui est plutôt intéressant.

En dehors de ça, la mise en scène est très pauvre. Le récit est dramatiquement linéaire, on se croirait dans un téléfilm calibré se contentant du minimum. Le cadrage manque de diversité et d’intentions, les petits moments d’action sont affligeants, à l’image d’une bande son très pauvre. Ce manque d’ambition cinématographique impacte sur l’intrigue qui se déroule beaucoup trop vite. Le spectateur n’a pas le temps de s’attacher à des personnages peu fouillés. Pauline bascule très vite de ses idées de gauche au Bloc, c’est très vite l’amour fou entre elle et Stéphane… Encore une fois, on perd en crédibilité.

ET SI ON REFAISAIT LE FILM ?

                Le film est décevant, clairement. Nous n’irons pas jusqu’à dire comme Florian Phillipot que c’est un navet. Evidemment, notre humanisme serait tenté d’encenser un film qui ose montrer les agissements perfides d’un parti capitalisant sur les peurs et le démagogisme. Mais pour cela, il aurait fallu davantage de nuances, de subtilité et de matériel cinématographique.

Pourquoi ne pas positionner Stéphane en ancien néo-nazi ayant raccroché depuis dix ans et qui tente de protéger Pauline des stratégies habituelles du Bloc ? Placer le copain du fils en position  de se faire embrigader par Daesh, ce qui aurait créé un parallèle intéressant à explorer ? Prendre le temps de poser les personnages, laisser Pauline hésiter, osciller, s’interroger ? Utiliser une narration non linéaire avec des flashbacks ?

Au final, il y avait de la matière à faire un film plus approfondi, plus ambitieux. On retiendra le côté didactique : s’il peut éviter à certains de tomber dans les dérives extrémistes, ça sera déjà une belle victoire pour ce film !

 

 

 

 

 

Nocturnal animals : la nuit n’est pas un long fleuve tranquille…

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Thriller américain sorti le 4 janvier 2017 (durée : 1h57) réalisé par Tom Ford

Avec Jake Gyllenhaal, Amy Adams, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson

Hollywood, où as-tu caché tes thrillers névrosés ?

A l’époque des super-héros, des franchises et des reboots, les bons thrillers psychologiques américains se font de plus en plus rares. Si les écrivains Gillian Flynn (Gone Girl, Dark Places) et Dennis Lehane (Mystic River, Shutter Island, Gone baby gone) nous ont permis de vivre de grands moments avec leurs adaptations au cinéma, il faut bien avouer que c’est un genre de plus en plus oublié. Et même si les Français tentent de s’y mettre (avec succès comme « Ne le dis à personne », avec plus de difficulté dans le récent « Iris »), nous restons quand même clairement nettement en dessous des standards de l’Oncle Sam. Heureusement, Jake Gyllenhaal veille. L’acteur d’à peine 36 ans peut déjà se targuer d’une filmographie aussi dense que de qualité, avec des rôles de tourmentés qui lui vont comme un gant (Donnie Darko, Nightcall, Demolition).

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Plongeon dans le passé de la mise en abîme.

                Isolée dans une existence ennuyeuse, Susan reçoit le manuscrit de son ex-mari Edward dont elle n’a plus de nouvelles depuis 19 ans. La lecture de cette œuvre terriblement violente va la troubler. Quels sont les liens entre ce roman et les moments que les deux amoureux ont vécu dans le passé ? Quel impact aura-t-il sur sa vie actuelle ? Les anciens époux vont-ils se retrouver ? Tirée du roman « Tony and Suzan » écrit par Austin Wright, cette intrigue va se décliner en trois strates : la vie de Susan actuellement, l’histoire écrite par Edward et les flash-back de la vie commune à Tony et Susan. Ces trois angles se dévoilent, s’enchevêtrent, se percutent… Pour son deuxième long-métrage (après le remarqué « A single man » avec Colin Firth et Julianne Moore), Tom Ford choisit donc de s’attaquer à ce scénario alambiqué et ambitieux.

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Essai transformé ?

                Les acteurs sont inspirés. Comme à son habitude, Jake Gyllenhaal crève l’écran, dans le registre du bon gars tellement gentil qu’il se prend des portes sur le coin du nez. Amy Adams n’est pas en reste, tout en sobriété, incarnant une femme mélancolique errant dans une vie à la fois luxueuse et sans grand intérêt. Michael Shannon joue le rôle du shérif zélé avec beaucoup de présence et de charisme. Les rôles secondaires apportent tous leur pierre à l’édifice : Aaron Taylor-Johnson en méchant-agité du cerveau ou Laura Linney en mère impitoyable.

En tant qu’ancien styliste chez Gucci, Tom Ford a évidemment soigné sa réalisation. La scène d’ouverture sait immédiatement placer le spectateur dans cet univers un peu sordide, où l’on se contente de la médiocrité. L’ambiance mixe souvent la pénombre angoissante et la lumière classe, comme si Susan, en bonne artiste contemporaine, revisitait Le Caravage à la mode du XXIème siècle. On sent que le danger est imminent, qu’il va se passer quelque chose, qu’il va falloir réagir… N’est-ce pas la base de tout bon thriller ?

Et l’intrigue dans tout ça ? Il faut un certain temps pour faire le lien entre les différentes strates. Au début, la vie actuelle de Susan nous laisse un peu sur notre faim. Les plans où elle lit en semblant touchée s’intercalent avec les scènes beaucoup plus oppressantes illustrant le roman d’Edward, sans que l’on se sente vraiment investi dans le film. Et puis petit à petit, on fait du sens, on construit des ponts. La lisibilité n’est pas forcément accessible facilement, ce qui limitera à mon avis le succès de ce film. Et pourtant, tout se tient, l’intention du film est exprimée avec cohérence et grammaire cinématographique de bout en bout.

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En conclusion, Nocturnal Animals est un thriller oppressant comme on n’en voit plus beaucoup, avec des acteurs inspirés qui évoluent dans une intrigue complexe à trois strates, le tout magnifié par un esthétisme soigné. Néanmoins, tous les spectateurs n’entreront pas dans l’intention d’un film parfois difficilement lisible.

Sausage Party, faut-il interdire les saucisses ?

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Film d’animation américain sorti le 30 novembre 2016 (durée : 1h29)

Réalisé par Conrad Vernon et Greg Tiernan

Interdit aux -12 ans

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Un dessin animé pas pour les enfants, où le méchant est campé par une douche vaginale, ce n’est pas courant… Que vaut cette fête de la saucisse que l’on doit interdire aux mineurs selon certains pontes de la morale ?

Un concept unique ?

            L’adjectif subversif est à la mode en ce moment. Est-ce une réaction au « style clonage » comme dirait l’un des protagonistes du très bon « Swaggers » (actuellement sur nos écrans) ? Tous les films sont calibrés, les réalisateurs se doivent de suivre le cahier des charges afin de toucher un nombre important de spectateurs. Un «-12 » n’est déjà pas conseillé (même si Deadpool et son joli score au box office sont venus contredire cette règle), il ne faut choquer personne, ne pas s’attirer les foudres des bien-pensants aseptisant.

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Ici, Seth Rogen (Nos pires voisins, L’interview qui tue) et sa bande se sont fait un petit délire de sales gosses. Se mettant dans la peau d’une saucisse, il nous raconte la vie de ses produits de supermarché qui n’aspirent qu’à découvrir « le grand Au-delà », ce lieu magique en dehors des rayons et des caisses. Jusqu’au jour où ils se rendent compte de leur tragique destin… A l’image d’un autre Seth – MacFarlane – et de son ours en peluche Ted, Sausage Party se lâche, enchainant les blagues (au mieux potaches, au pire vraiment vulgaires) et les thèmes un peu tabous (religion, homosexualité). Nous sommes un peu dans l’esprit « La grande aventure Lego », la classe en moins. Mais le tout prend un côté très jouissif dans l’enchainement des moments où l’on se dit « non, ils n’ont pas osé ? ». Et bien si…

-12… et plus si affinités ?

            Les gardiens de la moralité ont déjà crié au scandale. Comment peut-on oser faire ce genre de dessin animé ? On s’attend à voir le dernier Pixar (rebaptisé Dixar pour l’occasion…) alors qu’au final, on se croit dans un film porno (carrément !). Est-ce bien raisonnable ma brav’dame ? Ne doit-on pas censurer ces scènes d’orgie, même si elles se dissimulent derrière une saucisse et une miche de pain ? Interdit aux moins de 12, vous plaisantez ? Il faut au minimum un -16, ou même un -18 ? Après, il ne faut pas s’étonner si nous sommes devenus une société de décadents…

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Certes, j’acquiesce. Je n’emmènerais pas mes enfants de 13 et 14 ans voir Sausage Party, même si j’ai adoré cet OVNI. Mais je ne les emmènerais pas non plus voir Cinquante nuances de Grey (non pas que les 3 poils de Dakota Johnson me semblent choquants, mais parce que l’image donnée de la femme et de l’amour me semblent très pernicieuse pour des ados en construction) alors qu’il est interdit aux -12. On peut aller plus loin dans le raisonnement… Je n’emmènerais pas mes enfants de 13 et 14 ans voir Dark Knight (pourtant, quel chef d’œuvre) alors qu’il n’est même pas interdit aux -12… ou American Sniper, lui non plus pas du tout restreint… Alors oui, il faudrait faire quelque chose sur la classification, mais pourquoi faire du mal à cette petite saucisse et laisser tous les autres mastodontes en liberté ?

Mais alors, combien vaut cette saucisse ?

            C’est subversif, c’est honteux… mais sinon, que vaut ce film ? Au niveau animation, j’ai trouvé ça très réussi. Ca fourmille d’idées au niveau des différents personnages (mention spéciale à Gum !). Il y a pléthores de « créatures » différentes, chacun dans son univers propre, avec une animation originale et réussie. Le scénar’ tient autant la route que la plupart des Disney et Pixar. Que vont devenir ces aliments voués à la mort ? (ceux qui ont vu le film savent comment tout cela va finir…) Les métaphores sont fort présentes (trop ?), avec cette critique de la société de consommation qui nous broie. Sausage Party propose certains passages dignes de vrais films gores… surtout si on se met à place de ces pauvres tomates !

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Et puisqu’il s’agit d’une comédie, le plus important, c’est que nous avons bien rigolé pendant une heure et demie ! Evidemment, le rire reste un mécanisme un peu mystique. Pourquoi rit-on ? Pourquoi certains sont hilares pendant que d’autres trouvent ça nul ? Allez savoir… De notre côté, nous avons aimé le rythme, l’enchainement des vannes. Si le début commence direct sous la ceinture et que la fin marque l’apothéose de l’humour made in Bigard, limiter la Fête à la saucisse à ce côté vulgaire serait à mon sens très réducteur. C’est comme les chansons de Giédré…

En résumé, nous avons passé un très bon moment avec ce film décidément pas comme les autres !!!

Moi Daniel Blake, Palme d’Or méritée ?

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Drame britannique sorti le 26 octobre 2016 (durée : 1h41) et réalisé par Ken Loach

Avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan

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L’unanimité, comme souvent, n’était pas de mise… Logique pour une sentence forcément très subjective (un Festival se doit-il d’ailleurs d’attribuer des prix ?). Il a fallu attendre quelques mois pour nous faire notre propre avis sur la dernière Palme d’Or cannoise !

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Un scénario simple et manichéen ?

Menuisier anglais de 59 ans, Daniel Blake est sujet à des problèmes cardiaques : son médecin lui interdit de travailler. Malheureusement, le service médical de l’aide sociale en décide autrement et notre presque sexagénaire va se retrouver prisonnier d’un labyrinthe administratif éreintant. Notre « héros » a bien du mal à s’en sortir entre un internet qu’il ne maîtrise pas et un système qui cultive les complications pour mieux égarer les personnes dans le besoin.

Le scénario se montre aussi simple qu’efficace. On suit le quotidien de ce veuf sans enfant qui aime prendre soin des gens autour de lui, comme son jeune voisin qu’il appelle « fils ». Il finira par croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants ayant accepté un logement à l’autre bout du pays pour ne pas voir sa progéniture placée en famille d’accueil.

Le réalisme des situations auxquelles ces anti-héros (interprétés par des acteurs professionnels ou non) sont confrontés impacte avec force sur le spectateur. On aimerait voler au secours de ces personnages en détresse, mais nous sommes comme eux : impuissants. Mais ici, tout est blanc ou noir. Il y a les gentils (la bande à Dan) et les méchants (les multiples têtes de l’hydre administration). Même si ça sert le propos social, ce manichéisme reste néanmoins une limite.

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Une mise en scène épurée

Que l’on aime ou pas, force est de constater que le Festival est agité depuis quelques années par le phénomène Xavier Dolan. Le jeune prodige aime nous présenter des films où sa patte de réalisateur se voit ostensiblement. Mise en scène ultra travaillée, cadrage réfléchi, couleurs tout sauf innocentes, clips musicaux savamment choisis et distillés, le Canadien ne recule devant rien.

Ici, c’est le contraire. Comme pour le scénario, Ken Loach mise sur une réalisation simple. Il enchaine les plans fixes sans artifice, mettant en valeur ces personnages qu’on a tendance à oublier dans la vraie vie. Le réalisateur – avec toute la maturité de ses 79 ans – nous immerge parfois dans leur quotidien grâce à des plans séquences efficaces, sans la gloriole parfois reprochée à un Inarritu. Pas de musique grandiloquente, pas de travelling inutile.

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Lignes d’horizon dans le ciel cannois

Fin mai, on pensait à Toni Erdmann, à Paterson ou à Baccalauréat pour remporter la Palme d’Or. On se disait qu’Elle ou le Client pouvaient créer la surprise. On parlait aussi d’Aquarius, de Julieta ou de Loving. Au final, le verdict est tombé : le jury a choisi Ken Loach pour la deuxième fois avec ce « Moi Daniel Blake ».

L’anglais est un habitué de la Croisette. Déjà palmé en 2006 pour « Le vent se lève » (non, on ne vous parle pas du dernier animé des studios Ghibli !), le réalisateur aux 50 ans de carrière a également remporté le Prix du Jury pour « Rainings Stones » (1993) puis « La Part des anges » (2012). Le cinéaste, unanimement reconnu pour ces drames sociaux, laisse rarement indifférent à l’image de « Ladybird », « Sweet Sixteen » ou « Carla’s Song ».

Après avoir célébré Dheepan l’année dernière, Cannes encense cette « Loi du marché » britannique. Pas une honte, assurément. Le film sait émouvoir sans en faire des tonnes et possède une vraie dimension politique. Mais de notre côté, on aurait préféré « Julieta » ou « Baccalauréat » pour leur vision moins manichéenne ou « Aquarius » pour sa beauté formelle.

 

Iris, méfiez-vous des regards !

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Thriller français sorti le 16 novembre 2016 et réalisé par Jalil Lespert (durée : 1h42)

Avec Romain Duris, Charlotte Le Bon, Jalil Lespert, Camille Cottin.

Tournage IRIS

Jalil Lespert, double emploi

A 40 ans, Jalil Lespert présente vraiment deux casquettes différentes. Ayant commencé très jeune avec son père dans un court-métrage, il enchaine les films et les rôles moyens en tant qu’acteur. Beaucoup sont à oublier, on peut juste retenir les « Nos vies heureuses » (1999), « Vivre me tue » (2002) et « Ne le dis à personne » (2006).

La même année, il signe son premier long « 24 mesures » qui ne reste pas dans les annales. Ses deux opus suivants seront beaucoup plus remarqués avec « De vents contraires » (2011) et surtout « Yves Saint-Laurent (2014, 6 nominations aux Césars dont le titre de « Meilleur acteur » pour Pierre Niney). Aujourd’hui, ce jeune touche-à-tout poursuit son ambition d’explorer différents genres cinématographiques avec Iris.

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Un scénar’ dynamique et crédible ?

Non, je ne spoilerai pas ! Ça commence comme ça : Iris, la femme du riche banquier d’Antoine disparait en plein jour alors que le couple sort du resto. Max, mécanicien raté, semble impliqué dans cet événement, même si la réalité semble bien plus complexe que ce que l’on veut bien nous faire croire… Le point de départ – sans être hyper original – en garde sous le pied et semble prêt à exploiter tout son potentiel !

L’histoire avance avec régularité, avec des twists d’un bout à l’autre qui viennent relancer l’intérêt de l’intrigue. Jalil Lespert (qui adapte un roman existant) joue avec les codes classiques du genre. Ça fonctionne plutôt bien, même si on reste dans le domaine du déjà-vu. Sans trop en dévoiler, je préciserai quand même qu’un moment-clef du film m’a semblé plutôt douteux au niveau de la crédibilité…

Romain Duris, Charlotte Le Bon

Un casting inégal

                Dans un rôle de Max qui ressemble à ce qu’il interprétait dans « Un petit boulot » (sorti il y a quelques semaines), Romain Duris s’en sort particulièrement bien en anti-héros vulnérable mais combattif. Autre très bonne surprise : Charlotte Le Bon dans le rôle d’Iris, la femme fatale. Pouvant s’appuyer sur un physique déconcertant, l’ancienne miss météo explore elle aussi une palette large : irrésistible, fragile, prédatrice, soumise… (soulignons au passage que lors des échanges ayant fait suite à l’avant-première, la Canadienne a irradié la salle de son naturel rafraichissant !).

Le trio principal est complété par Jalil Lespert qui se montre beaucoup plus inégal. Incarnant Antoine, personnage complexe très autoritaire pour mieux dissimuler ses fêlures, l’homme à la double casquette réalisateur/acteur tombe parfois à côté. Ajoutons un duo de flics qui se montre vraiment peu convaincant, à l’image d’une Camille Cottin (« Connassse, princesse des cœurs ») qui s’ose au contre-emploi avec beaucoup de difficultés.

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Alors, un bon thriller français, c’est possible ?

                Au final, que vaut ce thriller bleu-blanc-rouge à la Gone Girl ? Misant sur un voyeurisme à la 50 nuances de

Grey, la sensation en sorte du film reste mitigée. On ne s’ennuie pas grâce à une intrigue dynamique qui maintient son lot de surprises. La photographie et l’esthétique du film donnent une vraie plus-value à l’ensemble : les plans de Paris la nuit, les intérieurs en clair-obscur, le côté glam. Romain Duris et Charlotte Le Bon portent parfois l’intérêt du film sur leurs épaules.

D’un autre côté, le rythme souffre d’une lenteur qui peut se justifier par cette volonté de mise sous tension psychologique et sexuelle (même si le côté sulfureux ne va pas bien loin), mais qui aurait mérité plus de variations, comme pour illustrer à quel point on peut se retrouver pris dans un engrenage sans fin…

Au final, Jalil Lespert prend des risques en entrant dans un genre peu fréquent au cinéma français (Ne le dis à personne, 36 quais des orfèvres). Les qualités sont nombreuses, mais l’essai n’est pas totalement transformé !