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Sausage Party, faut-il interdire les saucisses ?

Film d’animation américain sorti le 30 novembre 2016 (durée : 1h29)

Réalisé par Conrad Vernon et Greg Tiernan

Interdit aux -12 ans

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Un dessin animé pas pour les enfants, où le méchant est campé par une douche vaginale, ce n’est pas courant… Que vaut cette fête de la saucisse que l’on doit interdire aux mineurs selon certains pontes de la morale ?

Un concept unique ?

            L’adjectif subversif est à la mode en ce moment. Est-ce une réaction au « style clonage » comme dirait l’un des protagonistes du très bon « Swaggers » (actuellement sur nos écrans) ? Tous les films sont calibrés, les réalisateurs se doivent de suivre le cahier des charges afin de toucher un nombre important de spectateurs. Un «-12 » n’est déjà pas conseillé (même si Deadpool et son joli score au box office sont venus contredire cette règle), il ne faut choquer personne, ne pas s’attirer les foudres des bien-pensants aseptisant.

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Ici, Seth Rogen (Nos pires voisins, L’interview qui tue) et sa bande se sont fait un petit délire de sales gosses. Se mettant dans la peau d’une saucisse, il nous raconte la vie de ses produits de supermarché qui n’aspirent qu’à découvrir « le grand Au-delà », ce lieu magique en dehors des rayons et des caisses. Jusqu’au jour où ils se rendent compte de leur tragique destin… A l’image d’un autre Seth – MacFarlane – et de son ours en peluche Ted, Sausage Party se lâche, enchainant les blagues (au mieux potaches, au pire vraiment vulgaires) et les thèmes un peu tabous (religion, homosexualité). Nous sommes un peu dans l’esprit « La grande aventure Lego », la classe en moins. Mais le tout prend un côté très jouissif dans l’enchainement des moments où l’on se dit « non, ils n’ont pas osé ? ». Et bien si…

-12… et plus si affinités ?

            Les gardiens de la moralité ont déjà crié au scandale. Comment peut-on oser faire ce genre de dessin animé ? On s’attend à voir le dernier Pixar (rebaptisé Dixar pour l’occasion…) alors qu’au final, on se croit dans un film porno (carrément !). Est-ce bien raisonnable ma brav’dame ? Ne doit-on pas censurer ces scènes d’orgie, même si elles se dissimulent derrière une saucisse et une miche de pain ? Interdit aux moins de 12, vous plaisantez ? Il faut au minimum un -16, ou même un -18 ? Après, il ne faut pas s’étonner si nous sommes devenus une société de décadents…

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Certes, j’acquiesce. Je n’emmènerais pas mes enfants de 13 et 14 ans voir Sausage Party, même si j’ai adoré cet OVNI. Mais je ne les emmènerais pas non plus voir Cinquante nuances de Grey (non pas que les 3 poils de Dakota Johnson me semblent choquants, mais parce que l’image donnée de la femme et de l’amour me semblent très pernicieuse pour des ados en construction) alors qu’il est interdit aux -12. On peut aller plus loin dans le raisonnement… Je n’emmènerais pas mes enfants de 13 et 14 ans voir Dark Knight (pourtant, quel chef d’œuvre) alors qu’il n’est même pas interdit aux -12… ou American Sniper, lui non plus pas du tout restreint… Alors oui, il faudrait faire quelque chose sur la classification, mais pourquoi faire du mal à cette petite saucisse et laisser tous les autres mastodontes en liberté ?

Mais alors, combien vaut cette saucisse ?

            C’est subversif, c’est honteux… mais sinon, que vaut ce film ? Au niveau animation, j’ai trouvé ça très réussi. Ca fourmille d’idées au niveau des différents personnages (mention spéciale à Gum !). Il y a pléthores de « créatures » différentes, chacun dans son univers propre, avec une animation originale et réussie. Le scénar’ tient autant la route que la plupart des Disney et Pixar. Que vont devenir ces aliments voués à la mort ? (ceux qui ont vu le film savent comment tout cela va finir…) Les métaphores sont fort présentes (trop ?), avec cette critique de la société de consommation qui nous broie. Sausage Party propose certains passages dignes de vrais films gores… surtout si on se met à place de ces pauvres tomates !

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Et puisqu’il s’agit d’une comédie, le plus important, c’est que nous avons bien rigolé pendant une heure et demie ! Evidemment, le rire reste un mécanisme un peu mystique. Pourquoi rit-on ? Pourquoi certains sont hilares pendant que d’autres trouvent ça nul ? Allez savoir… De notre côté, nous avons aimé le rythme, l’enchainement des vannes. Si le début commence direct sous la ceinture et que la fin marque l’apothéose de l’humour made in Bigard, limiter la Fête à la saucisse à ce côté vulgaire serait à mon sens très réducteur. C’est comme les chansons de Giédré…

En résumé, nous avons passé un très bon moment avec ce film décidément pas comme les autres !!!

City Zen

Nicolas, 37 ans, du Nord de la France. Professeur des écoles. Je suis un cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Ennemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

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