Titre original : Bell, Book & Candle- Date de sortie en salles : 10 mars 1959 avec Columbia International Films
- Réalisation : Richard Quine
- Distribution : Kim Novak, James Stewart, Elsa Lanchester & Jack Lemmon
- Scénario : Daniel Taradash d’après la pièce de John Van Druten
- Photographie : James Wong Howe
- Musique : George Duning
- Support : DVD Columbia zone 2 en 1,85:1 /98 min
Synopsis :
Gillian Holroyd est une jeune et belle sorcière qui tient un magasin d’art africain, à Greenwich Village, quartier de la bohème new-yorkaise. L’étrange pouvoir qui lui permet de faire et défaire à sa guise les choses de la vie ne l’empêche pas d’être bien seule en cette veille de Noël. Elle sait que le jour où elle tombera amoureuse, son pouvoir magique disparaitra. C’est alors que le séduisant éditeur Shep Henderson, locataire du troisième étage, frappe à sa porte, son téléphone étant malencontreusement tombé en panne…
L’Adorable Voisine fait partie de ces films qui ont bercé de leur féerie particulière les longues soirées d’hiver de notre enfance (il est régulièrement programmé sur les chaînes de télé à l’occasion des fêtes de fin d’année). On y retrouve l’incontournable James Stewart, figure tutélaire d’un certain cinéma américain, élégant, versatile, joyeux mais très professionnel. Il figure ici un éditeur célibataire dans un métrage qui semble se situer à une époque charnière de sa carrière : en effet, il s’agit là sans nul doute d’une de ses dernières comédies puisqu’il enchaînera sur l’éblouissant Vertigo et continuera dans un registre plus dramatique, qui convenait également davantage à son âge. Pour le coup, c’est assez délassant, et un peu déstabilisant, de voir l’Homme qui tua Liberty Valance (John Ford 1962) opter pour des mimiques et des postures typiquement comiques – c’est même un élément assez peu caractéristique de son jeu fondé sur une désinvolture calculée.
Face à lui, sa partenaire du film d’Hitchcock pré-cité : Kim Novak. Le même regard envoûtant, la même beauté marmoréenne que dans Sueurs froides – mais exposés d’une façon radicalement différente. Richard Quine (qui travaillera avec elle pour trois autres productions) joue moins sur l’éclairage que sur un cadrage savant, quoique un peu frivole, et parvient à mettre en valeur la sublime silhouette de l’actrice et ses magnifiques costumes (nommés aux Oscars) sans avoir à jouer sur les contrejours – il sera malgré tout assez aisé à l’œil fripon de deviner que, fidèle à sa réputation d’alors qui avait déstabilisé Alfred Hitchcock (ainsi qu’il le confie dans son long entretien avec François Truffaut), la star ne portait jamais de soutien-gorge…
L’ensemble étant adapté d’une pièce de Broadway à succès du début des années 50, on ne s’étonnera pas de la longueur parfois lassante des dialogues et de la mollesse du rythme. Ça n’en demeure pas moins une charmante comédie très new-yorkaise sur fond de sorcellerie contemporaine, qui se permet de mettre à l’écran l’inoubliable interprète de la Fiancée de Frankenstein dans le rôle d’une tante Queenie un peu à l’Ouest, ainsi qu’un Jack Lemmon encore en devenir, dans un registre clownesque (il devait enchaîner sur Certains l’aiment chaud) qui ne l’a pas vraiment satisfait – quand bien même il ait reçu les meilleures critiques pour sa prestation.
On le voit, un film charnière pour nombre de ses vedettes. On pourra en outre signaler la présence de notre compatriote Philippe Clay en chanteur évanescent dans le club de jazz fréquenté par les sorciers de Manhattan. Les cinéphiles adoreront, en examinant les décors extérieurs, retrouver les lieux ayant servi pour la Quatrième Dimension et surtout pour l’inoubliable Chantons sous la pluie.
Le film vaut surtout pour la gouaille de James Stewart et le charisme ensorcelant de Kim Novak, parfaite en sorcière rêvant de tomber amoureuse d’un mortel, malgré les risques encourus (on est tout de même loin de la dramatique pourtant similaire entre Arwen et Aragorn dans le Seigneur des Anneaux). L’évolution de leur romance n’étonnera personne, suivant des rails parfaitement huilés, ponctuée qu’elle est par quelques sourires rassurants. Les principes inhérents à toute bonne comédie romantique, qui plus est située à l’époque de Noël, viennent très vite se substituer à l’atmosphère onirique et au contexte fantastique dans lequel évoluent les personnages. À signaler que le nom du chat de Gillian apparaît beaucoup plus mystérieux en VF (quelque chose comme « Baal-Moloch ») qu’en VO (« Pyewacket », une référence assez obscure à un chat ayant joué un rôle dans la chasse aux sorcières de Salem). Un gentil film, dont la saveur douce sera rehaussée par l’inimitable aura de Kim Novak.
Le DVD Columbia est malheureusement d’un autre âge, souffrant de beaucoup de grain et d’une colorimétrie vacillante qui ne rend pas hommage au travail du chef opérateur et du directeur artistique. Le son reste correct mais la VO est à privilégier, même si le doublage conserve une certaine élégance, et les amateurs de jazz se régaleront s’ils ont une bonne installation.
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