So Long, My Son de Wang Xiaoshuai

 

Sortie: 3 juillet 2019

Durée: 3h05

Genre: Drame

De Wang Xiaoshuai

Avec Wang Jing-chun, Yong Mei et Qi Xi

Nationalité: Chinoise 

Musique : Dong Yingda

 

Une aventure humaine bouleversante 

 

 

 

 

Synopsis: 

Au début des années 1980, Liyun et Yaojun forment un couple heureux et mènent leur vie qu’ils partagent entre travail, amis et famille. Tandis que le régime vient de mettre en place la politique de l’enfant unique, un évènement tragique va bouleverser leur vie. Pendant 40 ans, alors qu’ils tentent de se reconstruire, leur destin va s’entrelacer avec celui de la Chine contemporaine.

Plus que une fresque familiale c’est aussi et surtout une sublime peinture sociale de la Chine. En nous faisant vivre sur près de 40 ans le destin de ses deux familles liées par la perte d’un enfant dans cette Chine de l’après révolution culturelle et en pleine politique de l’enfant unique, le réalisateur confirme encore un peu plus le grand savoir faire du cinéma chinois pour mêler la micro-histoire et la macro-histoire. Ici nous suivons des gens lambdas, comme vous et moi, confrontés au temps qui passe et aux changements. C’est un long métrage intime qui nous peint avec une ampleur folle ce portrait d’évolution des moeurs de la société chinoise, sur fonds de regrets et de culpabilité.

C’est le récit ordinaire de la vie de gens ordinaires, sur le rapport de ces gens à la vie, laissant des séquelles qui ne disparaitront jamais. Bien que le film se passe en chine il aborde des sujets qui nous touchent tous : L’attente d’un enfant, la famille recomposée, le deuil, le pardon, le sens du devoir et la culpabilité. C’est pour cette raison que ce film est à mes yeux universel. Le deuil d’un enfant est une épreuve souvent fatale à la quasi totalité des couples et le film nous met cela en avant. Après la mort de leur fils on assiste à la décrépitude du couple principal de ce long métrage et ce malgré l’adoption d’un autre enfant. Pourtant, en dépit de tout, ce couple s’accroche. Il est fascinant de constater à quel point nous avons peur de mourir même quand la vie nous a rué de coups pendant des années. 

Wang Xiaoshuai livre ici un film réalisé de main de maitre. Il limite les coupures au maximum et multiplie les plans large, permettant ainsi à l’action de respirer et aux acteurs de faire étalage de la justesse de leur jeu. Il fait preuve d’une maitrise des plans long et glisse ici et là quelques plans séquences bien sentis afin de nous faire vivre de plein fouet l’errance de ses personnages. Avec une construction chronologique nébuleuse sans aucune indication temporelle à l’écran, le film demande une grande attention aux spectateurs pendant les deux premiers tiers du film. Cette construction chronologique qui pourrait sembler chaotique renforce considérablement le propos du film tant elle donne l’impression qu’on nous jette au visage les bribes de souvenirs d’une vie qui aura été trop triste. En économisant les dialogues inutile il renforce la representation visuelle des tourments que le film développe. Cependant quand le film devient généreux en dialogues il nous assène d’uppercuts bien sentis grâce à ses acteurs géniaux. Le tout est sublimé par une photographie naturelle douce et une musique au combien mélancolique.

À mes yeux ce film est un pur cocktail d’émotions, en particulier dans sa dernière heure où toutes les pièces du puzzle s’emboîtent, tout prenant alors un sens magnifique et le film clamant haut et fort son statut de mélodrame bouleversant.  Profondément humaniste il montre l’evolution d’une génération sacrifiée par une politique démographique impitoyable. Cette façon que le film a de modeler les existences est prodigieuse. Une oeuvre pleine d’emotions et de coeur qui invite à se questionner sur la filiation et le sens de la vie.  La fin et son double sens magnifique raisonnent encore en moi “Nous réglons encore quelques affaires et nous te rejoignons mon fils”. 

 

 

 

Brian Le Duigou

Grand passionné de Cinéma, baigné dans les oeuvres des plus grands depuis ma tendre enfance, je me bats pour inciter les gens à aller voir plus loin que les oeuvres grands publics. Vive le cinéma !

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