Aladdin (1992), la magie de la lampe merveilleuse

La sortie en salle du film live Aladdin par Guy Ritchie (dont vous pouvez retrouver mon retour ICI) donne l’occasion de se replonger dans cette magnifique aventure mettant en scène un jeune voleur trouvant ses possibilités fortement bouleversées par l’apparition du génie de la lampe. À plus de 25 ans de sa sortie originelle, le film est toujours aussi touchant et n’a rien perdu de son excellence ! Il va sans dire que ce dossier contient un nombre incalculable de SPOILERS

 

Date de sortie : 25 novembre 1992 (États-Unis), 10 novembre 1993 (France)
Réalisateurs : John Musker et Ron Clements
Doubleurs principaux : Paolo Domingo, Richard Darbois, Féodor Atkine, Magali Barney
Genre : Animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Alan Menken, Howard Ashman, Tim Rice

 

Ô nuits d’Arabie !!

« Ne vous laissez pas rebuter par son apparente banalité : comme tant d’autres choses, ce n’est pas ce qu’il y a à l’extérieur, mais ce qu’il y a à l’intérieur qui compte. »

Sorti au beau milieu du deuxième âge d’or des studios Disney, Aladdin s’inspire à la fois du conte éponyme des Mille et une Nuits et du film britannique Le Voleur de Bagdad (Ludwig Berger, Michael Powell et Tim Whelan, 1940). On y suit les péripéties d’un jeune orphelin qui survit en dérobant de la nourriture au marché dans la ville fictive d’Agrabah, tandis que la princesse Jasmine, qui se sent elle-même prisonnière d’une condition où on l’oblige à épouser un homme du même rang social, se lance le défi de rencontrer le monde extérieur et fuyant son palais. Pendant ce temps, le grand vizir Jafar, qui souhaite devenir sultan à la place du sultan (toute ressemblance avec un personnage de bande dessinée serait fortuite), cherche à rentrer dans la Caverne aux Merveilles pour y rapporter une lampe magique contenant un génie capable d’exaucer trois souhaits. Le Trésor de la lampe perdue, sorti deux ans auparavant, avait déjà excellé dans cette thématique tout en sublimant l’univers de La Bande à Picsou.

« Qui donc vient troubler mon repos !? »
Le sublime palais d’Agrabah, largement inspiré du Taj Mahal.

Le ton grave à l’esthétique arabique est donné d’entrée de jeu avec la très intense chanson « Nuits d’Arabie », dévoilant tour à tour le désert, l’imposante devanture du palais et la dangerosité des rues. Le marchand ambulant fait alors office de narrateur en racontant l’histoire, après avoir éveillé la curiosité du spectateur en dévoilant la lampe magique et cet étrange « diamant d’innocence » qui serait le seul à la mériter. La narration accentue d’ailleurs le côté sombre du scénario en enchaînant directement avec une scène dévoilant d’ores et déjà celui qui semble être le méchant de l’histoire ainsi que l’imposante gueule de tigre animée servant d’entrée à la Caverne aux Merveilles. L’alternance entre passages sombres, joyeux, mélancoliques et comiques est brillamment gérée tout au long du film.

 

« Tout ça pour un morceau de pain !? »

L’aspect profondément comique de l’œuvre fait son entrée à la scène suivante tandis qu’Aladdin échappe aux gardes en dévalant les rues en prononçant la fort sympathique chanson « Je vole ». Les animations se montrent déjà comme étant de hautes volées et les réalisateurs se plaisent à ridiculiser les gardes, incapables d’arrêter le jeune-homme alors qu’ils sont armés et bien plus nombreux. Le passage confirme également l’habitude de Disney d’accompagner ses personnages phare d’une petite mascotte. Ainsi, Aladdin fait équipe avec un petit singe nommé Abu, tandis que Jafar apparaît toujours accompagné de son vil perroquet Iago ; de son côté, Jasmine a carrément un tigre adulte comme animal de compagnie, Rajah, doux comme un agneau mais suffisamment protecteur pour arracher le derrière du pantalon des prétendants qui osent venir importuner sa maîtresse.

 

Dix millénaires, ça vous flanque un de ces torticolis !!

« Un dessert du tonnerre, un éclair, car je suis ton meilleur ami ! »

Et que serait Aladdin sans le génie, cet être surnaturel parmi les mieux animés de toute l’histoire de Disney avec ses très nombreuses imitations bourrées de références à toutes sortes de personnalités (Arnold Schwarzenegger avec ses gros muscles, Robert de Niro dans Taxi Driver et Jack Nicholson avec ses airs de gangster). Interprétée par le génialissime Richard Darbois (Robin Williams en VO), sa chanson mythique « Je suis ton meilleur ami » résume à elle seule tout le génie du personnage ! En effet, il accompagne la moindre de ses turlupinades par diverses animations comiques « Plat divers colonne A, fruits d’été colonne B. », souvent une métamorphose de son corps en être vivant ou en objet ayant ses traits de visage, à la manière du Joker dans l’univers de Batman. Par exemple, se transformer en chèvre et parler en bêlant après avoir dit à Aladdin qu’il allait le faire devenir chèvre, ou lui dire qu’il lui donne le bourdon et qu’il doit voler de ses propres elles tout en étant sous forme d’abeille.

 

« Ça pince, monseigneur ! »

Il fait également apparaître toutes sortes d’animaux et de personnages selon les situations, notamment lors de l’emblématique chanson « Balkany Prince Ali », pendant laquelle il se fait plaisir en inventant tout un cortège pour Aladdin devenu prince grâce à son premier souhait. Il a aussi le pouvoir de fortement modifier l’apparence d’un personnage et d’agir directement sur quelqu’un, comme Abu qui devient un éléphant pour porter Aladdin. De manière générale, il est génialement envahissant au point de se trouver lui-même à l’intérieur du poulet qu’il sert à Aladdin durant sa chanson. Les références vont encore plus loin avec de petits caméos de précédents classiques Disney. Le génie remplace un instant sa tête par celle de Pinocchio avec le nez qui s’allonge, il sort Sébastien (le crabe de La Petite Sirène) d’un livre de cuisine, La Bête se trouve parmi l’empilement de jouets avec lesquels s’amuse le sultan, tandis qu’il porte une casquette à l’effigie de Dingo tout à la fin.

 

Je vire, délire et chavire dans un océan d’étoiles !

Quand on vous dit que ce n’est que votre imagination…

Le merveilleux et la romance restent au cœur du récit. L’univers onirique est accentué par la beauté de la Caverne aux Merveilles, notamment par cette salle envahie de pièces d’or et de coffres remplis d’objets de valeurs. L’animation de la très imposante gueule du tigre ainsi que de la lave jaillissante étaient une véritable prouesse technique pour 1992 et demeurent aujourd’hui une petite claque visuelle. La romance est marquée par la volonté d’Aladdin d’acquérir le cœur de Jasmine, elle-même cherchant désespérément autre chose que de banals prétendants sans sentiment. Parmi les plus marquantes du genre, la chanson « Ce rêve bleu » est sans doute ce qui symbolise le mieux cette thématique.

 

« Comment osez-vous, tous les trois, vous êtes là à comploter pour décider de mon avenir. »

En plus de sa romance chère aux productions Disney, l’esprit du film combat le superficiel et semant des valeurs morales durant sa narration, à commencer par l’importance de l’essence (l’intérieur) par rapport à l’apparence (l’extérieur) des choses. La loi obligeant la princesse à épouser un prince (qui plus est avant son prochain anniversaire, qui pour en rajouter une couche arrive dans trois jours) est largement remise en cause par la première concernée (« Je ne suis pas le premier prix d’une tombola !! »), ce qui amène le sultan à briser cette règle ancestrale (« Mais que fais le sultan devant une loi insultante ? ») afin que Jasmine puisse choisir Aladdin. Les valeurs de la liberté sont proclamées par l’utilisation du dernier souhait pour libérer le génie, qui était pourtant prêt à ce qu’Aladdin redevienne un prince (« Qu’est-ce qu’une éternité de servitude à côte de l’amour ? »). Les limites des pouvoirs du génie reflètent quant à elles une certaine éthique visant à interdire l’homicide, la résurrection des morts et les sentiments forcés envers quelqu’un.

 

Ce soir, le rôle d’Ali sera joué par un acteur grand, ténébreux, sinistre et moche !

La crédibilité à l’état pur !

Un autre grand point fort du film est évidemment Jafar, méchant rapidement repéré du haut de son grand costume noir mais terriblement efficace dans son traitement. À l’opposé du sultan qui est excessivement gentil, simplet, parfois même enfantin, petit et vêtu de beige, Jafar se trouve quant à lui grand et sombre, malin et perfide au point d’entraîner Aladdin récupérer la lampe à sa place en se déguisant en vieux prisonnier anorexique. Jouant la comédie pour renverser le pouvoir, il se retrouve parfois dans des situations comiques, du style écrasé contre le mur par la porte d’entrée durant la chanson « Prince Ali », ou encore avec un habit de sultan qui contraste totalement avec la noirceur de son visage. Il va alors de pair avec son compagnon Iago, qui multiplie les running-gags tout au long du film (« Chaque fois que j’déprime, ça m’déplume ! »). Plus subtil, son costume de sorcier diffère légèrement de son costume de vizir : ses épaulettes sont bien plus pointues et son couvre-chef remplace sa plume et son extrémité ovale par deux pointes sur les côtés.

« Ah je suis un serpent… alors si c’est là ce que tu sssouhaites, je ssserai donc ce ssserpent ! »
Les aléas de la soif de pouvoir !

Le combat final est intense grâce au pouvoirs acquis par Jafar, qui s’amuse avec Aladdin au point de se transformer en serpent (à l’image de son trône et de sa canne hypnotiseuse) suite à une simple injure lancée par ce dernier. Si de nombreux signes témoignaient déjà de la soif de pouvoir du personnage, c’est paradoxalement en cherchant à devenir toujours plus puissant qu’il court tout seul à sa perte. D’abord « sorcier le plus puissant de l’univers » puis cobra royal, il utilise alors son dernier vœu pour dépasser celui qu’il qualifie d’esclave en lui demandant de le faire devenir « le génie le plus puissant de la Terre », sans penser qu’il se retrouverait neutralisé dans sa propre lampe. Une ruse fort bien menée pour un des affrontements les plus mémorables de tout Disney ! Il est juste dommage que Jafar n’ait pas une chanson diabolique aussi marquante que ses confrères (Ursula, Gaston, Scar, Frollo, …), même si sa courte reprise parodique de « Prince Ali » se montre succulente grâce à l’apparence monstrueuse qu’il revêt en éclatant de rire.

 

« Si tu veux faire la cour à la donzelle, il vaut mieux pas qu’tu tires dans les coins, tu piges ? »

Comme tout bon disney, les références érotiques sont bien cachées mais décelables, à commencer par le génie, qui entame les hostilités en rappelant à Aladdin que c’est bien lui qui avait frotté sa lampe. Lors de la chanson « Prince Ali », il affirme qu’il y a du monde au balcon tout en arborant l’apparence d’une femme très plantureuse. Le conseil de son Jack Nicholson est tout aussi flou qu’il peut porter à confusion, tout comme la proximité entre Jafar et Iago se montre parfois étrange, surtout lorsque ce dernier se sent flatté après l’avoir grassement imité (« Oh Jafar, c’est trop ma grande, arrête ton char tu vas me faire rougir ! »). Plus direct mais pas nécessairement moins subtil, la diversion sensuelle à laquelle joue Jasmine (« Et votre barbiche est tellement… entortillée ! ») lorsqu’Aladdin se faufile derrière Jafar pour lui dérober la lampe participe également à cette vision pour adultes.

 

La guerre des Aladdin !

D’une qualité rarement égalée, Aladdin a rapidement donné lieu à une des premières suites de l’histoire des grands classiques Disney, Le Retour de Jafar, ainsi qu’à un troisième film mettant en scène les quarante voleurs. Pas moins de trois adaptations différentes ont vu le jour en jeux vidéo : une version très complète et fidèle sur Mega Drive, une version plus libre, plus jouable et pas moins agréable sur Super Nintendo, ainsi qu’une version avec du scrolling automatique et des passages absents des deux précédentes qui fait office de réelle prouesse graphique sur Master System. Une sympathique itération en trois dimensions est également sortie plus tard sur PlayStation avec Aladdin et la revanche de Nasira.

 

27 ans plus tard, Disney adapte de plus en plus de ses classiques en remake live et Aladdin n’échappe pas à la règle. Réalisé par Guy Ritchie, cette adaptation est une grande réussite grâce à sa grande fidélité, ses nombreuses nouveautés et scènes alternatives qui enrichissent le background de l’univers en lui offrant un nouvel aperçu.

Emmanuel Delextrat
Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j'ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La soupe aux choux, mais aussi de nombreux dessins animés (courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo ; longs métrages Disney avec Alice au pays des merveilles en tête ; animés japonais avec Sailor Moon et Dragon Ball Z ; j'aime aussi particulièrement Batman et Tintin). Mes années 90 ont été bercées par les comédies de Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête), ou d'autres films que j'adore comme Les valeurs de la famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à tout prix). C'est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par The Dark Knight, Casino Royale, Dragon l'histoire de Bruce Lee ou encore Rambo. Collectionneur, j'attache de l'importance au matériel et j'ai réuni deux étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Il va sans dire qu'il m'en reste encore beaucoup à voir...

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