Sortie : 1987 et 20 avril 2005 en salles, le 7 Novembre en Blu-ray chez Carlotta
Durée : 2h02
Genre : Drame, Romance, Policier
De Béla Tarr
Avec  Miklos B. Szekely, Vali Kerekes, Hedi Temessy, György Cserhalmi, Gabor Balogh

Musique :  Mihály Vig

 

 

 

 

Le mécanisme sans fin d’une exploitation minière semblant fonctionner à partir d’un mouvement perpétuel diabolique prend possession du premier long plan séquence qui ouvre Damnation de Béla Tarr. Un homme regarde par sa fenêtre l’industrie d’un pays en instance de mort. Cette boucle difforme et diabolique est à l’image de ce qui l’attend. La douce noirceur du cinéma du poète mystique prend naissance.

Dire que Damnation est une pierre angulaire du cinéma de Tarr est un comble tant l’entièreté des éléments de sa dernière partie de carrière se matérialisent dans ce film.

Déjà, il y a le premier acolyte qui entre en jeu, László Krasznahorkai, auteur et scénariste qui suivra le cinéaste jusqu’à sa supposée fin. Il y a également ce noir et blanc mystérieux qui dépasse la simple condition de filtre auteurisant que l’on peut retrouver chez d’arrogants cinéaste qui ont trop bouffé de L’Instagram. Il semble même avoir dépassé les écueils de ses premiers films tout en conservant la sécheresse de ceux-ci. Ces premières armes faisaient plus office de brouillon en tentant déjà de construire un dialogue avec le temps qui s’écoule afin de rendre compte d’un quotidien angoissant qui empêche tout échappatoire.

 

Dans Damnation, c’est un peu toujours ça mais sous un autre angle. Dans un premier temps, ce changement se perçoit à travers ce sens de la grâce qui ressort de chaque plans. Tarr préconise l’économie narrative et dépouille son film de toute logique qui pourrait relever du sacro-saint scénario. L’écriture n’est plus mécanique et relève plus d’une liberté laissée au mouvement dans le cadre. En effet, le film s’articule constamment autour de la notion de mouvement tout en créant une amusante conflictualité entre ce qui est représenté et ce que l’on ressent. Il suffit de prendre en compte la longue séquence de danse alcoolisée qui, à l’instar de la danse bourrée à l’accordéon de Satantango, créé un malaise et une beauté qui nous échappe. Les corps semblent désarticulé tout en étant entraînés dans une danse qui dépasse la simple notion de volonté.

Alors se pose une simple question, est-ce que la liberté stylistique de Damnation permet de rendre compte d’une ode à la liberté et à la révolte ? Et c’est là où le film n’oublie pas son point de départ, les abysses de l’humanité.

A l’image du mécanisme de la mine, l’être humain est enfermé dans un cadre bouffé par un totalitarisme qui semble invisible mais pourtant si présent. Il se manifeste notamment à travers l’activité illégale des protagonistes qui participent à un trafic de contrebande. Mais la misère humaine revient avec le choix du protagoniste qui, en Judas dépressif, décide de trahir ses amis auprès de la police par jalousie de son ex compagne qui s’entiche du trafiquant.

 

Et c’est ainsi que se termine le film, dernière image, le traître qui tombe dans la boue et fuit un chien qui lui aboie violemment dessus, il est déjà en enfer…

A partir des longs plans séquences, de ce noir et blanc contrasté et stylisé et de la musique de Mihály Víg, Béla Tarr élabore déjà une pièce essentielle d’un cinéma profondément mature qui existe pour le plus grand bonheur de celui qui réussira à entrer dans la danse.

 

l’Edition :

 

Le film est disponible chez Carlotta dans un coffret qui regroupe 4 films du cinéaste. Il s’agit du coffret « Béla Tarr Le Maître du Temps » sorti le 7 novembre 2023 en blu-ray. 

Il regroupe les films suivant : Le Nid Familial, L’outsider, Damnation et les Harmonies Werckmeister. Le coffret est accompagné d’un entretien avec Béla Tarr, un autre avec le compositeur Mihaly Vig et d’un livret de 80 pages écrit par deux spécialistes du cinéma d’Europe de L’Est, Mathieu Lericq et Damien Marguet. 

 


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