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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Coffy la panthère noire de Harlem de Jack Hill

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Pays États-Unis
Année 1973
Casting Pam Grier, Booker Bradshaw, William Elliott,…
Genre Blaxploitation, action, policier

BQHL ressort dans un nouveau master haute définition le film qui aura fait connaître Pam Grier.

Coffy est infirmière le jour et justicière la nuit. Quand elle découvre qu’un dealer a plongé sa sœur dans la drogue, elle va s’attaquer aussi bien au responsable qu’à toute sa filière…

Coffy est typiquement le genre de film marqué par la blaxploitation, porté par les codes stylistiques et narratifs de ce sous-genre. Nous sommes donc dans de la pure exploitation, avec ce que cela annonce de plans sur de la violence ou des corps dénudés pour mieux achalander le public friand d’œuvres au divertissement bis purement assumé. Jack Hill remplit donc le cahier des charges du genre avec une certaine maîtrise qui devrait ravir n’importe quel spectateur en quête de satisfaction dans ses envies de gore et de sexe, et ce en dépit d’un budget des plus étroits.

Néanmoins, limiter Coffy à cela serait mettre de côté l’essence même d’un sous-genre voulant mettre en avant des personnes de couleur dans des rôles bien plus épais que la production habituelle. Pam Grier incarne ainsi une figure certes cool et badass mais également une victime d’un système où la drogue n’est qu’un outil de contrôle de plus sur des minorités maltraitées. Quand Coffy se voit brutalisée, elle symbolise toute une population qui se doit de prendre les armes, répondant à la violence par la violence tout en sachant quand faire usage de celle-ci pour mieux défendre ses libertés. De quoi donner de l’épaisseur à ce qui aurait pu n’être qu’une série B comme les autres.

« Coffy la panthère noire de Harlem » sonne ainsi comme un divertissement cru ainsi que le symbole d’une brutalité instituée qui ne peut qu’amener un déchaînement de férocité assez réjouissant. Soutenir Coffy, ce n’est pas que soutenir une héroïne attachante et forte mais surtout une vectrice de l’injustice de traitement à des minorités sans cesse rabrouées.

La valse de l’empereur de Billy Wilder

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Pays États-Unis
Année 1948
Casting Bing Crosby, Joan Fontaine, Roland Culver, …
Genre Comédie musicale

Rimini enrichit sa collection Billy Wilder avec « La valse de l’Empereur », seule comédie musicale du réalisateur.

Dans l’Autriche-Hongrie d’avant-guerre, un commis voyageur américain s’ingénie à intéresser l’empereur François-Joseph. Malheureux en affaires, il trouve l’amour auprès d’une jolie veuve de la cour.

L’une des choses que l’on ne mentionnera jamais assez lorsqu’on parle de la filmographie de Billy Wilder est son eccléctisme. Qu’importe le genre dans lequel il s’investit, il arrive à fournir une œuvre au minimum assez qualitative pour plaire, au maximum un pur domaine dans le domaine. Ici, il se lance donc dans le musical avec une certaine aisance par la gestion de sa colorimétrie, de ses décors somptueux et un humour qui fait régulièrement mouche. Il y a également un contexte socio-politique assez amusant qui passe notamment par l’alchimie formée par le duo principal, symbolisant une confrontation entre deux cultures différentes mais dont l’union peut aboutir à quelque chose de mieux.

S’il n’y avait qu’un reproche que l’on pourrait faire au film, ce serait ses séquences musicales qui manquent d’un petit quelque chose pour réellement fonctionner totalement mais cela reste une scorie face à la maîtrise perpétuelle de Wilder et l’affection qu’il a pour ses personnages, transmise par une direction d’acteur toujours aussi juste et remplie d’une estime qui touche en plein cœur.
Une nouvelle fois, Rimini soigne le film par une jolie édition accompagnant ce très plaisant long-métrage d’un entretien entre les journalistes Frédéric Mercier et Mathieu Macheret ainsi que d’un livret de 24 pages écrit par le toujours passionnant Marc Toullec.

Sans être le plus mémorable film de Billy Wilder, « La valse de l’Empereur » prouve une nouvelle fois que son réalisateur aura su toucher à n’importe quel type d’œuvre cinématographique et les faire fonctionner avec l’essence le plus essentiel à n’importe quel moteur créatif : l’humain. Et quand on voit à quel point Wilder met son cœur dans toutes ses créations, on ne peut que continuer à célébrer cet exceptionnel metteur en scène.

The anniversary de Roy Ward Baker

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Pays : Grande-Bretagne
Année : 1968
Casting : Bette Davis, Sheila Hancock, Jack Hedley, …
Genre : Drame, Thriller, Comédie

BQHL nous permet de découvrir un film inédit mettant en scène une Bette Davis volant clairement la vedette à ses partenaires.

Impossible pour les trois fils de Mme Taggart d’échapper au rituel annuel de la célébration de son anniversaire de mariage avec leur père, l’occasion pour leur mère d’appuyer sa domination sur eux.

Comment commencer une critique de « The anniversary » sans traiter de la performance de Bette Davis ? En mère écrasante et manipulatrice, elle est incontestablement l’atout de ce film. Elle s’approprie avec brio un personnage aussi cassant et destructeur que grinçant par l’humour qu’elle apporte, figure maternelle pesante qui ne peut s’empêcher de créer le chaos dans la vie de sa progéniture pour mieux admirer les flammes qu’elle a permis d’allumer.

La noirceur de cette comédie ne devrait surprendre personne quand on sait que cette production vient de la Hammer, figure importante du cinéma de genre britannique. Et si le film de Roy Ward Baker ne joue aucunement sur le fantastique, il s’inscrit pleinement dans les œuvres du studio par la menace que préfigure Mme Taggart, forme de boogeyman familial qui s’amuse du traitement qu’elle donne à ses invités, se jouant d’eux quand elle le peut. De par son œil unique, elle contemple ses créations aux psychologies brisées et ce sans que le spectateur ne sache s’il doit vraiment rire ou souffrir pour eux. C’est de ce genre de flou émotionnel que se joue Roy Ward Baker dans sa mise en scène, tout en étant bien aidé à la tâche par un scénario solide et un casting de conviction permettant de mieux s’interroger sur les sentiments à avoir devant ce long-métrage.

Car « The anniversary » est une œuvre assez particulière dont le ressentiment ne peut que se voir pour mieux se faire son interrogation sur ce film. Son édition Blu-Ray/DVD accompagnés d’un livret de 24 pages devrait vous permettre de mieux apprécier cette figure drôle et terrifiante qu’incarne totalement une Bette Davis investie.

Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger

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Pays États-Unis
Année 1959
Casting James Stewart, Lee Remick, Ben Gazzara, …
Genre Thriller, policier, drame
Quand Carlotta ressort un film en édition prestige limitée, cela donne une excellente occasion de le (re)découvrir.
Quand Paul Biegler reçoit un coup de téléphone de Laura Manion lui demandant d’assurer la défense de son mari, meurtrier du propriétaire de bar qui avait violé sa femme, il accepte, prêt à plonger dans un procès bouillonnant.

Il suffit de discuter entre amoureux de cinéma de films de procès pour que le long-métrage d’Otto Preminger surgisse, et ce à raison. En effet, ce dernier aura su gérer les codes et la théâtralité imposée par l’intrigue pour mieux exploser, mieux maintenir l’attention du spectateur tout au long de ses 2h40, notamment par la maîtrise totale de la mise en scène, accentuant la force narrative du métrage. On ne peut également pas ignorer la précision affûtée des dialogues, acérés à souhait, armes d’un procès plus proche de l’affrontement belliqueux que du questionnement posé sur la vérité des faits.

Il y a ainsi une rigueur permanente dans la gestion du récit, théorisant sur le pouvoir de l’art oral, cœur premier du film passant par l’interprétation d’un James Stewart toujours aussi éblouissant. La manière dont les rouages des procès et de la justice sont exposés provoque une fascination certaine, bien aidé par un long-métrage aussi élégant visuellement que retors thématiquement. On sent ainsi un certain souci du réalisme qui permet de mieux happer l’audience dans une mécanique qui vit, sans qu’aucune trace de rouille ne transparaisse tant l’on oublierait presque sa sortie il y a déjà 60 ans.

De quoi justifier également le bel écrin offert par Carlotta. Outre le film disposant d’une restauration 4K, on retrouve divers suppléments comme « Otto Preminger and the dangerous », documentaire de 58 minutes traitant du réalisateur, ainsi qu’un fac similé du livre « Anatomy of a motion picture », une affiche et un jeu de 5 photos.

C’est donc une jolie occasion que cette sortie pour traiter d’un classique du cinéma américain n’ayant pas réellement vieilli grâce à sa force de conviction. Une nouvelle fois, on peut parler d’une édition aussi belle que le film qu’elle illustre.

Les rescapés d’Adrien Panek

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Pays : Pologne, Pays-Bas, Allemagne
Année : 2019
Casting : Danuta Stenka, Werner Daehn, Radoslaw Chrzescianski, …
Genre : Drame, horreur

Diffusé à l’international sous le nom Werewolf, « Les rescapés » a fait parler de lui lors de ses passages en festival. À l’orée de sa sortie chez Rimini, peut-on dire que ses retours positifs se concrétisent ?

Un groupe d’enfants, tout juste libérés d’un camp de concentration, se retrouvent livrés à eux-mêmes, dans un manoir abandonné, cerné par des chiens loups affamés…

Il y a quelque chose de sec qui se dégage du film, que ce soit par son aspect « survival » assumé ou son contexte historique glaçant, arrière-plan d’un film marqué par l’horreur des adultes. Ceux-ci sont en effet les véritables monstres du récit, responsables de cette seconde guerre mondiale et des atrocités commises ainsi que de la violence des assaillants de ces enfants libérés des camps. Pas étonnant alors qu’il y ait une véritable résilience face à la violence humaine qui nourrisse le métrage en entier, rappelant que l’Homme est un loup pour lui-même.

La libération est dès lors encore porteuse de menace, la nature, alimentée par la sauvagerie humaine, se retournant contre nos héros qui voient en leur refuge un autre lieu de terreur par son cloisonnement. Adrien Panek arrive parfaitement à capter ce sentiment de terreur autre, ce questionnement adolescent sur la nature de l’être et la brutalité qu’elle peut amener, quitte à se diriger vers sa propre destruction. Il y a dès lors quelque chose de frissonnant qui se dégage dans ce film qui, sans tomber pleinement dans le nihilisme, parvient à percer la noirceur de l’humain tout en permettant de réfléchir à une autre voie, apportant un peu de luminosité dans la turpitude idéologique se dressant en fond, vraie menace d’une œuvre passionnante.

C’est donc une belle occasion que cette sortie en DVD chez Rimini de ces « Rescapés », belle œuvre de genre arrivant à sonder en profondeur la noirceur complexe de l’être sans renier toute velléité divertissante ou esthétique. En somme, une bien belle découverte.

Cape et poignard de Fritz Lang

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Pays : États-Unis
Année : 1946
Casting : Gary Cooper, Robert Alda, Lilli Palmer, …
Genre : Thriller, Guerre

Rimini sort dans une édition de qualité l’hommage aux héros de l’ombre de la deuxième guerre mondiale par Fritz Lang.

Durant la Seconde Guerre mondiale, un agent secret américain tente de récupérer un savant, responsable de la première bombe atomique, aux mains des allemands.

Quand on parle de Fritz Lang, les premiers titres qui risquent de vous venir en tête sont ces classiques du septième art que sont « Metropolis » ou « M le maudit ». Mais derrière ces films à la réputation largement méritée se trouvent d’autres films moins abordés mais pourtant intéressants à revoir, comme ce « Cape et Poignard », récit d’espionnage particulièrement prenant.

En effet, il est dur de ne pas être captivé par le scénario et sa manière de dresser des figures fortes dans un contexte historique particulièrement trouble. Il s’en retrouve même quelque chose du cinéma moderne de genre, tel ce mano à mano uniquement animé par la musique à l’extérieur de l’affrontement. Dans ce sens, la présence du particulièrement charismatique Gary Cooper résonne comme une fausse annonce de héros parfait là où c’est l’humanisme qui prévaut dans l’écriture des personnages.

Difficile alors de ne pas voir un hommage du réalisateur à une forme d’héroïsme de l’ombre présent durant le conflit mondial, ancrant son film dans une forme de réalisme qui n’iconise jamais réellement ce qui aurait pu tomber dans une forme de facilité narrative, comme la place du patriotisme. Lang sait créer le suspense et le divertissement par sa mise en scène justement par cette gestion finalement concrète de son intrigue, le tout avec une forme de divertissement que pourraient jalouser des blockbusters beaucoup moins impactants malgré leur nature plus récente et plus chargée financièrement.

Le disque fourni par Rimini aide à cette appréciation générale du film, malgré quelques imperfections dans l’image plus proche de la scorie que du véritable souci visuel, sachant que le master HD des disques fut utilisé pour la sortie américaine du Blu-Ray. Niveau suppléments, on privilégie la qualité à la quantité avec Fritz Lang, nazis et espions, interview de l’historien du cinéma Bernard Eisenschitz revenant sur la réaction du réalisateur face au nazisme par ses oeuvres et Le projet Cape et Poignard, interview du professeur de l’université de Caen Christian Viviani abordant la genèse du film.

De quoi inciter à la découverte immédiate d’une œuvre divertissante et dirigée d’une main de maître par Fritz Lang ainsi que l’occasion de rappeler la place importante du réalisateur allemand dans ce septième art qu’on chérit tant.

 

Un jeu brutal de Jean-Claude Brisseau

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Pays : France
Année : 1983
Casting : Bruno Cremer, Emmanuelle Debever, Lisa Heredia, …
Genre : Drame

Carlotta ressort plusieurs films de Jean-Claude Brisseau, l’occasion d’aborder « Un jeu brutal ».

Perturbé par son impossibilité à soigner sa fille, un célèbre biologiste commet des meurtres.

Parler de morbide serait un petit mot pour décrire le sentiment ressenti devant ce film. Il y a quelque chose de destructeur, voire même de déjà détruit, dans la manière dont sont dépeints ce père et sa fille, chacun voué à ses fêlures et à sa manière de se laisser emporter par celles-ci. Dès lors, il n’est guère étonnant que la sécheresse apparente sorte peu à peu de l’écran pour infecter et affecter le spectateur.
Se dresse ainsi un portrait de jeune fille qui ne se construit par destruction que par la place accordée à celle-ci dans son univers. Partant à sa découverte, notamment en se découvrant devant un miroir pour mieux observer son corps meurtri, la jeune fille s’établit dans une forme de civilisation qui n’en a de ceci que le nom. En cela, la manière dont elle et son père réagissent à un environnement dans lequel chacun amène à sa manière une forme de violence passionne.

L’air se fait ainsi fétide par la manière dont Bruno Cremer écrase le film dans sa manière d’établir son personnage. Il y a quelque chose de vicié dans l’humain et Brisseau le capte avec un certain style qui amène à la réflexion sur cette brutalité inhérente à chacun. La sauvagerie reste alors perpétuelle, que ce soit dans les meurtres commis (débarquant dans le quotidien sans annonce pour mieux frapper par leur nature abrupte) ou bien par cet écrasement moral qui s’impose, cherchant à soigner de la violence par la violence alors que c’est quand l’apprentissage se fait au plus proche de la nature (éloignée d’un milieu urbain mortel) qu’elle trouve sa grâce.

Profitant d’une restauration 2K de qualité, cette édition d’« Un jeu brutal » permet de faire face à une œuvre trouble et fascinante justement par sa nature. Brisseau se montre esthète de violence de fond plutôt que de forme, aussi bien cruel que poète, avec une gestion de ses plans amenant à l’interrogation empathique pour son spectateur.

Le poison de Billy Wilder

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Pays : États-Unis
Année : 1945
Casting : Ray Milland, Jane Wyman, Phillip Terry, …
Genre : Drame

Comme la bouteille qui une fois ouverte doit être bue, il est nécessaire de parler des films de Billy Wilder quand ils sortent dans une édition physique.

Birnam souffre d’alcoolisme. Mais tandis que son frère abandonne la lutte pour l’aider, sa fiancée Helen tente de sauver son amour du gouffre qui le menace.

Dire que l’alcoolisme est un fléau pourra paraître facile aux personnes qui liront cette critique. Cela sonne comme si on rappelait que l’eau mouillait ou le feu brûlait. Pourtant, si l’alcool n’est pas un élément comme les deux exemples cités, il n’en reste pas une force qui peut être destructrice pour tout individu. En ce sens, revoir ce film qui a presque 75 ans peut servir de rappel à certains que les dangers de l’ivresse restent toujours aussi présents de nos jours.

La descente aux enfers filmée par Billy Wilder est d’une noirceur terrible par sa nature réaliste et quotidienne. Le réalisateur n’hésite pas à suivre au plus fort la chute de plus en plus profonde d’un Ray Milland puissant de tragédie. Il y a quelque chose de déchirant dans son interprétation qui nous fait saigner le cœur au vu de ses déboires et de la portée cauchemardesque de son drame.
Les hallucinations dont souffrent Birnam sonnent comme une forme de défaite, une folie graduelle qui souligne la détresse d’une existence, écho à toutes les victimes de l’alcool, sans chercher à juger facilement et vainement son protagoniste. Une nouvelle fois, Wilder fait preuve d’un humanisme puissant aussi bien dans son écriture, dans sa mise en scène ainsi que dans une direction d’acteurs parfaitement impeccable, fruit d’un casting qualitatif à souhait.

La tristesse que balade notre héros est criante de douleur, l’homme ne sachant pas se trouver en tant qu’individu ni accomplir son ambition. Ce doute, que chacun d’entre nous a certainement connu, nourrit l’amertume de cette tragédie, nous poussant à nos propres questionnements intimes. On ressent ainsi le travail dans la rédaction du film sur l’effet de l’alcoolisme et le réconfort facile et ephémère procuré. C’est dans ce sens que notre empathie se voit souffrir devant cet être qui ne cherche qu’à se rassurer par une manière destructrice, fléau social aussi universel que dramatique.

L’édition fournie par Rimini s’avère d’une qualité aussi grande que le film et s’accompagne d’un passionnant livret de 28 pages rédigé par Marc Toullec ainsi que d’une conversation entre les journalistes Mathieu Macheret et Frédéric Mercier. De quoi approfondir la séance, qu’elle soit en version originale ou en doublage français, modernisé et d’époque (avec comme unique scorie une courte partie non traduite).

Rimini nous permet donc d’avoir plus facilement accès à un grand film d’un réalisateur tout aussi grand. Savoir que le drame inhérent au « Poison » s’avère aussi moderne rend le visionnage aussi indispensable que déchirant.

Les funérailles des roses de Toshio Matsumoto

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Pays : Japon
Année : 1969
Casting : Pîtâ, Osamu Ogasawara, Yoshio Tsuchiya, …
Genre : Drame

Carlotta offre un écrin de qualité au premier film de Toshio Matsumoto.

Tokyo, fin des années 1960. Eddie, jeune drag-queen, est la favorite de Gonda, propriétaire du bar Genet où elle travaille. Cette relation provoque la jalousie de la maîtresse de Gonda, Leda, drag-queen plus âgée et matrone du bar. Eddie et Gonda se demandent alors comment se débarrasser de cette dernière…

Dire que le premier long-métrage de Toshio Matsumoto est expérimental aurait de quoi faire glousser ses plus grands fans. Il y a dans le film quelque chose d’hybride qui amène à la fascination, comme si le portrait de marginaux que dresse son réalisateur avait besoin de partir dans plusieurs orientations pour mieux exploser aux yeux de son public. On retrouve ainsi un jeu permanent sur le montage, aussi bien sonore que visuel, provoquant une perte de repères au final des plus grisantes.

Mais si le film est passionnant d’un point de vue artistique, il l’est également d’un point de vue sociétal. Il traite ainsi d’une forme de tabou derrière l’aspect conservateur du Japon d’époque. L’origine documentaire du réalisateur se reconnaît par quelques séquences qui ne font que souligner cet état des lieux d’un pays tiraillé par ses doutes et une forme d’interdit pourtant bien ancré dans celui-ci. La frustration de ne pas pouvoir totalement s’établir comme soi nourrit l’ambiance du film et nous place encore plus dans une position d’incertitude sur notre rapport au métrage. Cette épaisseur de fond enrichit encore plus la forme hypnotisante qu’adopte Matsumoto.

Techniquement, il n’y a rien à redire, comme toujours chez Carlotta. La restauration 4K du film appuie l’aspect explosif d’un point de vue sensoriel de celui-ci. Concernant les suppléments, outre une préface du réalisateur Bertrand Mandico (« Les garçons sauvages »), on peut trouver sur le disque « Eddie roi », décryptage de 26 minutes du long-métrage ainsi qu’une bande-annonce originale de celui-ci et une autre pour sa ressortie.

« Les funérailles des roses » est donc le genre d’œuvre qui déconcerte, détruisant toute forme de construction habituelle ou toute autre attendue pour verser vers une forme de transe d’une heure quarante-huit, semblable à un voyage vers l’inconnu qui ne peut qu’amener à une forme d’enivrement cinématographique. La question n’est donc pas de savoir si ce film est de qualité (oui, et des personnes bien plus expertes que moi vous le diront) mais si vous êtes prêts à prendre ce chemin vers l’inconnu que propose Matsumoto…

Noce blanche de Jean-Claude Brisseau

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Pays : France
Année : 1989
Casting : Vanessa Paradis, Bruno Cremer, Ludmila Mikaë, …
Genre : Drame

Carlotta ressortant les films de Jean-Claude Brisseau, l’occasion est bonne pour aborder un peu « Noce Blanche ».

Quand Mathilde tombe amoureuse de son professeur de philosophie, leur relation va partir dans tous les sens…

Le point qui attire l’attention lors du visionnage du film, c’est la gestion des plans fixes. Jean-Claude Brisseau les établit avec une attention quasi chirurgicale, renfermant le cadre comme la société renferme ses personnages, écrasés par un écran bien trop grand pour leurs exactions dans le quotidien. Pourtant, c’est par leurs prises de décisions que ceux-ci ressortent de grand écran par la tragédie du quotidien.

Tragédie, voilà un mot qui colle bien à la relation entre Mathilde et son professeur, deux êtres qui finissent par fusionner par la nature reconstructrice de leur liaison. Brisseau se plaît alors à construire des plans dont la nature fixe emprisonne encore plus ses personnages dans l’intrigue, comme ce questionnement entre ses héros sur une potentielle découverte de leur histoire tandis que deux autres personnages discutent plus haut, les ignorant totalement. Cette force du cadrage se fait avec autant de précision qu’il ne met pourtant pas de côté le lyrisme de certaines images.

Mais si le film fonctionne, ce n’est pas seulement grâce à la maîtrise de Brisseau derrière la caméra mais également de ses acteurs devant celle-ci. L’alchimie et la conviction qu’établissent Bruno Cremer et Vanessa Paradis s’avère telle que l’on ne s’étonne pas que pour son premier rôle, cette dernière reçut le César du Meilleur espoir féminin. Tout concorde dans le jeu de ce couple pour mieux amener à un déchirement des sentiments sur fond polémique, un tel ascenseur émotionnel qui ne peut que se terminer mal, comme toute histoire d’amour au final.

On peut donc remercier Carlotta d’offrir ce film dans une restauration 2K pour une édition Blu-Ray qui donne grandement envie de découvrir le restant de la filmographie de Brisseau. Avec « Noce Blanche », il offre ainsi une romance destructrice où la force de ses plans gagne par leur implacabilité fixe.