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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

La maison de la mort de James Whale

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Pays : États-Unis
Année : 1932
Casting : Boris Karloff, Melvyn Douglas, Charles Laughton, …
Genre : Épouvante

La ressortie du film en salles avec Carlotta permet de découvrir un titre moins abordé de James Whale.

Coincées dans une vieille demeure suite à un orage des plus virulents, plusieurs personnes commencent à découvrir que leur refuge n’est pas si accueillant…

James Whale est l’une des figures de proue du cinéma de genre américain. Son adaptation de « Frankenstein » aura traversé les années sans aucune ride et l’on ne parlera même pas de sa suite, « La fiancée de Frankenstein », ou de « L’homme invisible », déjà abordé sur le site. Mais derrière sa carrière dans les films de monstres Universal, son travail semble plus discret et moins abordé dans la sphère générale. Pourtant, la redécouverte de « La maison de la mort » permet de confirmer que son statut est loin d’être immérité.

L’ouverture place parfaitement l’ambiance d’un récit aux accents gothiques avec voiture coincée sous la pluie et demeure au charme étrange servant d’abri révélant petit à petit des alentours moins hospitaliers. Whale gère au mieux ses décors pour créer une certaine ambiance et n’hésite pas à prendre son temps, notamment dans les interactions entre personnages. C’est ainsi que leurs relations s’avèrent plus proches de la comédie que de l’épouvante pure dans une première partie qui risque d’en rebuter certains.

C’est quand Whale décide d’approfondir les questionnements autour de la maison que le film avance réellement, instaurant une sensation bien plus ancrée dans le cinéma de genre. Le réalisateur joue de son talent de mise en scène pour faire fonctionner ses ressorts narratifs et finalement faire mettre de côté ses quelques parties plus grinçantes, bien aidé par un bon casting où l’on retrouve entre autres Boris Karloff (inoubliable créature dans le film précédent de Whale ) et Charles Laughton.

S’il n’est pas le film le plus important de la carrière de son réalisateur, (re)découvrir « La maison de la mort » s’avère plus que plaisant par le style instauré par Whale. Pouvoir en profiter en salles procure dès lors une sensation assez grisante qui justifie le visionnage.

Incantations de Lukas Feigelfeld

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Pays : Allemagne, Autriche
Année : 2017
Casting : Aleksandra Cwen, Celina Peter, Claudia Martini, …
Genre : Horreur

Il y a de ces films qui nous surprennent par leur nature vénéneuse et Incantations en fait indubitablement partie.

L’existence isolée d’Albrun bascule quand le prêtre de la région lui confie le crâne d’une de ses aïeules…

Le cinéma de genre subsiste avec force grâce à sa nature protéiforme. En effet, beaucoup de films se retrouvent avec de l’ADN les inscrivant dans une classification qui ne semble pas être leur nature première. D’autres films jouent la carte de l’horreur par un aspect proche du train fantôme, jouant avec leur spectateur par le biais de jump scares et autres outils menés avec plus ou moins d’habileté selon le talent de la personne derrière la caméra. Et puis il y a des œuvres plus à contre-courant, prenant le temps de poser une certaine ambiance et exigeant de son public une attention totale pour mieux en appréhender le malaise suintant de l’écran. Voilà le cas d’un film comme « Incantations ».

Si l’on jette un œil aux critiques d’« Hagazussa – A heathen’s cure » (titre original) sur certaines plateformes reconnues, on se rend compte que beaucoup lui reprochent d’être une œuvre ennuyante par sa lenteur. Pourtant, si son rythme va à l’opposé de titres plus mainstream disponibles en salles, cela joue justement en faveur du malaise ambiant. Ce dernier est amené avec une telle maîtrise que l’on est surpris devant des plans totalement cauchemardesques surgissant justement avec plus de force encore par leur traitement.

Pour son premier film, Lukad Feigelfeld impose des visions folles, à la nature incandescente éclatante par une recherche derrière chaque image et ses traitements visuels et sonores. Le grondement sourd de la terreur se ressent en permanence et la nature presque muette du long-métrage exige une plongée totale dans cette œuvre, portée également par son actrice principale. En un regard, Aleksandra Cwen horrifie, marque l’écran de sa présence d’abord discrète puis porteuse d’un drame interprétable à souhait et effrayante surtout par le flou entourant les événements narrés.

En ce sens, que Condor distribue un tel film s’avère plus que réjouissant tant la vision d’« Incantations » marque durablement. S’il risque de laisser certains de côté par sa nature d’œuvre lente au rythme lancinant, ceux qui s’impliqueront totalement plongeront dans un long-métrage vénéneux, aux visions folles qui ont de grandes chances de s’imprégner dans vos cauchemars. De quoi se questionner sur la forme d’horreur que l’on souhaiterait trouver dans les titres de genre qu’on ose regarder…

Angel Heart d’Alan Parker

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Pays : États-Unis, Canada, Royaume-Uni
Année : 1987
Casting : Mickey Rourke, Robert De Niro, Lisa Bonet, …
Genre : Thriller, Fantastique

Pouvoir découvrir (ou non) Angel Heart en salles grâce à Carlotta, c’est faire face à un thriller des plus particuliers…

Angel est un détective privé qui se voit confier une affaire par le mystérieux Louis Cypher. Mais ce qui s’annonçait comme une simple recherche prend des tournures de plus en plus malsaines…

En effet, quelle enquête que va vivre Angel ! Incarné par un Mickey Rourke débordant de charisme, notre héros s’inscrit dans la lignée de ces détectives mystérieux des polars des années 50 (le film se déroule ainsi dans le New York de 1955). Mais la nature oppressante de l’investigation permet de donner au tout des allures assez uniques, surtout après un passage sur une plage dont la normalité absurde amorce déjà une bascule de ton particulière. Cela se fera encore plus ressentir quand Angel passera des décors New yorkais à ceux de la Nouvelle Orléans.

La ville est ainsi un véritable personnage du long-métrage et son caractère unique et incandescent le nourrit largement, participant grandement au sentiment que l’on éprouve durant le visionnage. On trouve dans cet ancrage géographique (mais également historique) de véritables canaux analytiques sur un certain nihilisme animant les protagonistes, une noirceur à laquelle il n’y a aucun moyen d’échapper, corroborée par le générique final.

Alan Parker offre dans sa mise en scène un sentiment glauque qui grandit au fur et à mesure de l’avancée du récit, par le biais notamment de certaines séquences telle que cette scène de sexe qui vire vers le cauchemar. D’ailleurs, ce dernier mot pourrait convenir au métrage entier par le sentiment d’inconnu procuré tout au long de l’avancée. On soulignera également un casting de qualité, en particulier un Mickey Rourke aussi lumineux que Robert De Niro dégage quelque chose de sombre, se mêlant graduellement pour mieux se révéler plus malsain et destructeur moralement.

Angel Heart reste ainsi un film saisissant par le fait qu’il ne peut être totalement saisi justement. Si le rythme de départ oblige à se tenir au récit, il n’empêche que la nature intrigante de celui-ci et sa résolution se révèlent d’une diablerie efficace. De quoi plonger dans le mal inhérent à l’humain…

Wardi de Mats Grorud

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Pays : Norvège, France, Suède
Année : 2019
Casting : Pauline Ziade, Aïssa Maïga, Saïd Amadis,…
Genre : Drame, animation

« Wardi » prend un sujet adulte pour l’observer avec un regard d’enfant.

Wardi est une jeune palestinienne de onze ans qui vit avec toute sa famille dans un camp de réfugiés à Beyrouth où elle est née. Le jour où son arrière-grand-père adoré Sidi lui confie la clé de sa maison qu’il garde précieusement depuis qu’il a été chassé de son village en 1948, elle va tout faire pour lui redonner un espoir de retour.

La première chose qui frappe dans « Wardi », c’est son esthétique particulière. En alternant Stop Motion et animation 2D, le film de Mats Grorud se trouve directement une orientation visuelle prenante et soignée. Il y a de quoi garder l’œil brillant devant l’attention portée sur cette direction, l’animation dans les deux techniques s’avérant prenante et sublime, le tout séparant bien les deux chronologies du film tout en nourrissant également celui-ci d’un point de vue narratif.

Car en plus d’être riche visuellement, « Wardi » l’est tout autant sur le fond. En partant d’un sujet compliqué à aborder avec l’exil des palestiniens suite au conflit toujours aussi tendu entre ceux-ci et les israéliens. Et pourtant, bien que l’amertume du passé nourrisse profondément le long-métrage, cela se fait avec une certaine douceur, rendant le tout plus facile à appréhender pour le public plus jeune qui est visé.

C’est un réel conte qui se dresse devant nos yeux, partant d’un contexte politique brûlant pour aborder la violence du monde sans tomber dans un bellicisme facile et justement plus destructeur encore. Le récit parle ainsi de l’importance de connaître son histoire pour mieux se construire tout en n’ignorant pas la dureté des conflits et de l’horreur que ceux-ci amènent. La justesse de propos et l’humour apporté au tout donnent un charme certain à cette œuvre.

Car « Wardi » est un film à l’animation aussi magnifique que les thématiques sous-jacentes s’avèrent passionnantes. Il y a de quoi nourrir beaucoup d’interrogations au vu des questionnements charriés par le premier film de Mats Grorud. De quoi s’avérer largement recommandable pour allier poétique et politique, douceur et brutalité, conséquences des affrontements et pacifisme, tout en sachant toucher tout le monde.

Cujo de Lewis Teague

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Pays : États-Unis
Année : 1983
Casting : Dee Wallace, Danny Pintauro, Daniel Hugh Kelly, …
Genre : Horreur

La ressortie en Blu-Ray et DVD de Cujo permet de constater que l’adaptation de Stephen King n’a pas particulièrement bien vieilli.

Quand Donna et son fils Tad se retrouvent coincés dans une cour déserte, ils ne s’attendent pas à se faire attaquer par un Saint-Bernard enragé.

Cujo, à la manière de nombreuses histoires du King, est totalement inscrit dans le domaine de la pop culture. L’idée est compréhensible étant donné la transformation du labrador éponyme en bête féroce, s’inscrivant dans la longue liste des menaces animalières marquantes entre les Oiseaux d’Hitchcock et le requin des Dents de la mer. D’ailleurs, ce chien est le point fort du récit tant son maquillage impose une menace pesante sur le métrage.

Malheureusement, celui-ci peine à démarrer, la faute à un rythme assez irrégulier et une gestion du drame familial moyennement amené. Ainsi, toute la première partie s’avère peu captivante et assez grossière dans sa représentation d’une famille en crise. La volonté de créer l’irruption du fantastique dans le quotidien aurait pu être totalement réussie si l’intrigue se faisait moins irrégulière, tout en imposant un personnage principal féminin mieux amené dans son écriture. Les quelques autres points amenés en début auraient également pu susciter l’intérêt s’ils étaient mis au service du récit ou d’un regard analytique autre, ce qui ne semble être que peu le cas.

D’un autre côté, si le film risque d’être moyennement appréhendé malgré une recherche de tension une fois l’action lancée, cette édition s’avère plus que recommandable. D’un point de vue technique, le master haute définition ne faillit jamais et redonne une nouvelle jeunesse au film. Concernant son contenu, on ne peut également qu’être positif tant ce dernier s’avère hautement qualitatif. Il comprend ainsi un commentaire audio de Lee Gambin, véritable aficionado du film ainsi que les témoignages de Dee Wallace, du compositeur Charles Bernstein et de Teresa Ann Miller, fille de Karl Lewis Miller qui œuvra en tant que dresseur, le tout sans oublier un making-of de 43 minutes.

De quoi relever un film considéré comme culte mais que l’auteur de ces lignes eut du mal à pouvoir totalement appréhender, dû aux imperfections d’un film qui commence réellement une fois la menace en route. Bref, si Cujo le film peut ne pas plaire, Cujo le chien ne peut qu’être morbidement apprécié.

Christine de John Carpenter

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Pays : États-Unis
Année : 1983
Casting : Keith Gordon, John Stockwell, Alexandra Paul, …
Genre : Fantastique

Disponible en édition ultra collector chez Carlotta, le classique de John Carpenter démarre toujours au quart de tour.

Arnie est considéré comme un loser jusqu’à ce qu’il s’offre une Plymouth Fury de 1958 qu’il remonte lui-même. Mais est-ce que c’est cette voiture qui est responsable du changement de comportement du jeune homme ?

Comment ne pas être dithyrambique à propos de Christine ? Cette adaptation de Stephen King par l’un des maîtres de l’horreur ne semble avoir pris aucune ride, comme si la machine faisait conserver au film son éternelle jeunesse avec une réussite qui fait plaisir. C’est bien simple : tout fonctionne parfaitement, que ce soit le drame humain ou l’horreur mécanique.

La relation amoureuse entre deux êtres oppressés s’avère prenante, tous deux en quête de leur place dans le monde et s’avérant au final destructeur l’un pour l’autre. Cette écriture d’un amour fou se révélant toxique se fait avec une certaine subtilité et est mis en avant par la caméra experte d’un Carpenter en pleine possession de ses moyens. On y retrouve cette recherche de virilité dans une mécanique traitée de manière féminine avec de la part de certains la même absence de respect.

Dès lors, la scène de l’attaque sur Christine rappelle le genre Rape and Revenge, rendant la vengeance de la voiture plus compréhensible mais interrogeant également sur sa nature de victime qui n’a comme tort qu’oser prendre sa revanche sur ceux qui la traitent avec irrespect. La réalisation de Carpenter sublime son anti-héroïne en permanence et la gestion de sa nature fantastique se fait avec une réussite plus qu’indéniable.

Il y a beaucoup à analyser et à décortiquer tant le film est passionnant jusqu’au moindre détail. Malheureusement pour l’auteur de ces lignes, cela a été fait avec bien plus de pertinence et d’intérêt par le livret accompagnant cette édition ultra collector. Si la technique du disque est incontestable et que les bonus sont aussi nombreux que passionnants (un commentaire audio de John Carpenter et de Keith Gordon, un making-of en trois parties, 20 scènes coupées, les bandes-annonces ainsi qu’une conversation avec John Carpenter filmée lors de la remise du Prix du Carrosse d’Or), le livret écrit par Lee Gambin vaut tout simplement l’achat à lui tout seul. Riches et instructives, ces 200 pages se lisent avec la même voracité qu’un roman du King.

Ce dernier compte ainsi en Christine l’une de ses meilleures adaptations, un film de genre puissant, divertissant et travaillé minutieusement pour inciter à de nombreux revisionnages pour mieux appréhender toute la force d’une œuvre de qualité. Cette nouvelle édition est donc une occasion en or pour tout fan de Carpenter, King ou tout simplement de grands films.

Le bal de l’horreur de Paul Lynch

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Pays : Canada
Année : 1980
Casting : Jamie Lee Curtis, Leslie Nielsen, Casey Stevens, …
Genre : Slasher

L’édition disponible chez Rimini permet de jeter un œil neuf sur un titre reconnu dans le milieu du slasher.

Une petite fille meurt accidentellement des conséquences d’un jeu organisé par des enfants. Ceux-ci décident de ne jamais révéler la vérité. Six ans plus tard, quand ces mêmes enfants participent à leur bal de fin d’année, un mystérieux tueur va s’appliquer à ce que ce soit leur dernier…

« Le bal de l’horreur » marque le retour de Jamie Lee Curtis au sous-genre horrifique du slasher après la réussite légendaire d’Halloween. Déjà installée en scream queen, l’actrice prend, par son aura, plus de place que ses autres partenaires de jeu. Il faut avouer que la gestion des personnages se fait avec une écriture archétypale que les amateurs reconnaîtront avec facilité. De plus, la gestion du récit peut mettre à part ceux qui espéraient un slasher au rythme meurtrier plus régulier tant il faut patienter pour le climax, ledit bal, pour que l’hémoglobine se mette réellement à couler.

Néanmoins, il y a quelque chose d’appréciable à revoir ce titre, cristallisant dès son entrée une vengeance se répercutant sur une jeunesse responsable de son autodestruction par ses propres erreurs non assumées. Ainsi, la séquence d’ouverture fonctionne par la nature du drame posé et l’esthétique du film est pleinement assumée, bien que certains trouveront à redire. Les quelques meurtres sont prenants bien que les amateurs d’hémoglobine trouveront sans doute à redire par sa présence réduite.

Le livret accompagnant le Blu-Ray de l’édition procurée par Rimini s’avère enrichissant pour mieux découvrir les coulisses du film. Quant au disque même, il n’y a, comme souvent avec Rimini, rien à redire sur les qualités techniques de celui-ci.

Les amateurs du genre peuvent donc se tourner vers cette édition du « Bal de l’horreur ». Quant à ceux qui découvrent seulement le film, ils auront droit à un slasher encore amusant à suivre et loin de la simple copie du « Halloween » de Carpenter, modèle de l’époque toujours indépassable de nos jours. Bref, toujours autant appréciable presque 40 ans après sa sortie !

L’héritage des 500 000 de Toshirō Mifune

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Pays : Japon
Année : 1963
Casting : Toshirō Mifune, Tatsuya Nakadai, Tatsuya Mihashi, …
Genre : Guerre, drame, aventure

Après la ressortie du film en salles, Carlotta nous fait découvrir le passage de Toshirō Mifune derrière la caméra en Blu-Ray et DVD.

Takeichi Matsuo, soldat japonais revenu dans son pays après la guerre, travaille comme cadre dans une petite entreprise. Il rencontre Mitsura Gunji, un gros patron qui lui propose de retourner aux Philippines chercher un trésor abandonné…

Faut-il présenter une nouvelle fois Toshirō Mifune ? L’acteur est mythique, notamment pour ses rôles dans les films d’Akira Kurosawa, mais son passé de réalisateur est régulièrement oublié. Logique : il n’est passé qu’une fois derrière la caméra avec un sentiment d’amertume. Nous en avions déjà parlé lors de sa ressortie en salles mais on reste sur notre position : malgré un résultat imparfait, on confirme que l’homme avait des capacités également dans la mise en scène. Revenons ainsi sur la composition de ses cadres et l’importance de la photographie par Takao Saito, collaborateur à plusieurs reprises de Kurosawa. Bien que ce dernier sera peu appréciateur du film de son poulain, il faut bien admettre qu’il y a quelque chose de fascinant dans la réalisation de Mifune.

Ce dernier aborde de manière pêle-mêle l’autodestruction de l’humain face à l’argent, le tout en le replaçant dans un contexte national intéressant. La nature belliqueuse du récit enrichit le visionnage, que ce soit par une symbolique d’une défaite honteuse à oublier ou du traitement des soldats après le conflit, outils aussitôt jetés une fois utilisés. Derrière un pays en reconstruction, il y a des hommes qui cherchent eux-mêmes à se redéfinir dans une société les ayant abandonné. Le scénario de Ryūzō Kikushima, auteur notamment derrière « Le Château de l’araignée » et « La Forteresse cachée », aborde cela avec un sens du danger jamais remis en question et une certaine misanthropie derrière certains protagonistes, alimentant un film à charge contre la nature conquérante de personnes n’y voyant qu’un moyen de s’enrichir, au risque d’aller à leur perte.

Le Blu-Ray fourni par Carlotta s’avère qualitatif, que ce soit dans le master haute définition présent sur le disque, rendant une nouvelle jeunesse au film, ou les contenus supplémentaires. Ceux-ci se composent d’une préface introduisant succintement le long-métrage, un documentaire sur l’acteur/réalisateur d’1h20 narré par Keanu Reeves ainsi que la bande-annonce pour sa ressortie en 2019 et un fac similé du dossier de presse d’époque.

Nous disions pour sa ressortie qu’avec « L’héritage des 500 000 », Toshirō Mifune nous livrait un grand film profond qui devrait ravir à peu près tout le monde par son intemporalité et sa réflexion. Nous le répétons à nouveau et conseillons grandement cette édition, permettant d’en découvrir plus sur un acteur à l’aura toujours puissante…

Corleone de Mosco Levi Boucault

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Pays : Italie
Année : 2019
Genre : Documentaire

Le documentaire d’Arte en deux parties permet de jeter un œil sur une période sombre de l’histoire de l’Italie.

Totò Riina est le genre de figure qui ne déparerait pas au cinéma. D’ailleurs, il n’est guère étonnant de voir qu’il aura inspiré le fameux Don Corleone de Francis Ford Coppola. Pourtant, le vent de terreur qu’il aura semé sous son règne est des plus glaçants et c’est exactement ce que retranscrit le documentaire de Mosco Levi Boucault. Il trouve le moyen de raconter le règne du Parrain des Parrains par de multiples témoignages à l’intérêt non feint. C’est ainsi qu’entendre parler ses anciens hommes de main repentis s’avère passionnant tant on sent derrière leurs visages, dont les années transparaissent malgré leurs cagoules, un certain ressentiment envers leurs expériences passées ainsi qu’une gêne par leur statut judiciaire, tout en donnant un regard différent sur cette structure criminelle.

Dans le dossier de presse, le réalisateur déclare de Riina : « C’est un tyran. Mais bien sûr, comme dans les tragédies de Shakespeare, ce tyran nous intéresse parce qu’il est homme. ». Comme toujours, la manière dont on ausculte l’humanité derrière la figure effrayante s’avère purement captivante et la façon dont son portrait est brossé participe au pouvoir de fascination envers lui. Mais il n’est pas le seul à attirer l’attention au vu de la place accordée aux juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, qui seront morts dans leur lutte contre Riina mais auront permis à mettre un terme à sa domination à la tête de la Cosa Nostra, la Mafia Sicilienne.

La scission de « Corleone » permet à Boucault de mieux séparer son ascension et sa chute en deux parties assez courtes (78 minutes pour « Le pouvoir par le sang » et 68 minutes pour « La chute »). L’édition DVD proposée par Arte comporte également un livret de 16 pages qui offre une bonne mise en bouche avant la découverte du documentaire.

En effet, « Corleone » s’avère réellement prenant en dévoilant la montée puis le renversement d’une des figures criminelles les plus importantes du 21ème siècle. C’est donc un excellent film en deux parties que nous propose Arte et que nous ne pouvons que chaudement vous recommander.

Banco de Koldo Serra

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Pays : Espagne
Année : 2019
Casting : Emma Suárez, Nathalie Poza, Hugo Silva, …
Genre : Thriller

Ou comment Koldo Serra parle (un peu) du rapport de son pays envers une crise économique foudroyante dans un thriller amusant à défaut d’être indispensable.

Rachel a besoin de 35 000 euros afin de récupérer sa fille. Mais lorsque la banque dans laquelle elle demande un prêt se retrouve braquée, elle tente de manipuler les criminels pour obtenir ce qu’elle désire…

Dire que le cinéma n’a pas été marqué par la crise économique serait éluder beaucoup de titres récents ayant abordé de front les origines mais surtout les conséquences du marasme financier actuel. On était donc assez curieux devant ce « Banco », étant donné que l’Espagne aura su jouer des genres pour interroger sur la question, notamment avec le très bon « Sweet Home », se jouant du home invasion pour prendre en fond la précarité pécuniaire de certains. D’ailleurs, on pourra interpréter le film de Koldo Serra par ce biais, avec cette femme profitant d’une situation désespérée pour recevoir de l’argent qui lui est dû. Mais cela ne reste malheureusement qu’un arrière-plan au final peu exploité, sa place d’otage évoluant vers quelque chose d’inscrit dans des intentions se voulant plus troubles mais au final pas totalement accompli.

Ne vous méprenez pas, « Banco » est amusant en tant que divertissement. Il y a quelques moments qui feront grincer des dents par rapport aux banques et il y a de quoi être largement diverti par la situation. Néanmoins, on a l’impression que la gestion des retournements se fait de manière trop répétitive et abrupte pour réellement fonctionner sur la durée, rendant notamment certains personnages moins intéressants par leur description et leur avancée. Cela n’enlève rien évidemment à ses quelques instants de tension et au plaisir procuré mais on a l’impression qu’il manque un truc en plus pour rendre ce titre réellement essentiel dans le domaine du genre.

Au final, « Banco » est un polar espagnol bien mené et assez plaisant pour fonctionner durant son heure quarante. S’il n’atteint pas les sommets du genre, le film de Koldo Serra offre quand même quelque chose d’appréciable, à défaut d’être transcendant.