Bons Baisers de Bruges, de Martin McDonagh

 

Réalisateur : Martin McDonagh
Origine : Royaume Uni, États Unis
Durée : 102 minutes
Date de sortie : 25 Juin 2008 (France)
Distribution : Colin Farrell, Ralph Fiennes, Brendan Gleeson, Clémence Poésy…

Il y a des choses qui ont tendances à me laisser totalement pantois. Par exemple, qu’est ce qui a bien pu passer par la tête des personnes chargées de la promotion du film In Bruges en France pour essayer de le faire passer pour une comédie balourde, héritière des meilleurs Max Pecas, pour premièrement, le rebaptiser Bons baisers de Bruges, laissant croire au spectateur naïf qu’il va se retrouver devant une parodie peu inspirée de James Bond, deuxièmement, faire une affiche où l’on voit Colin Farrel, un pistolet dans une main, un cornet de glace dans l’autre, avec comme accroche : « La Belgique, ses moules, ses frites, ses tueurs à gages » (ho ho ho), et troisièmement, nous offrir un simili résumé aussi bancal, à savoir : « Suite à une bévue, deux tueurs sont chargés par leur patron de se mettre au vert en Belgique. Si l’un des deux s’émerveille, l’autre, le plus jeune, ne semble pas être touché par la beauté des lieux. Tout ce complique quand leur patron charge le plus âgé des deux d’éliminer son comparse. » Alors ? On brûle de connaître la suite ou bien ? Prêt à se tenir les côtes de rire ?

Et le subterfuge ne tient heureusement pas longtemps. Dès les premières images, on sent qu’on a pas affaire à une comédie bas de gamme. La photographie, la réalisation, la musique, discrète et magnifique, nous font penser à juste titre qu’on est devant un film autrement plus complexe que présenté… Et passé les cinq premières minutes on se dit que oui, le film est drôle, oui il y a une bonne part de comédie mais dans la promo, ils ont complètement oublié la partie drame.

Comme je l’ai dit, ça apparaît vraiment en début de film, donc je vous rassure, ce n’est pas un spoil, mais on apprend très vite la teneur de la fameuse « bévue » qui a envoyé nos deux tueurs au vert.

Moi, honnêtement, je lis « bévue », je pense à une gaffe, un quiproquo voire une insulte de la part de Ray, personnage campé par un Colin Farrel fabuleux, un peu cynique, un peu brut de décoffrage, tirant la gueule en permanence, et envoyant chier tout le monde. Non, la « bévue » en question est le meurtre accidentel d’un enfant. Oui, ça calme.

Du coup, on suit nos deux tueurs, dans la ville de Bruges, filmé magnifiquement, de manière presque féerique. Le plus âgé, Ken (Brendan Gleeson, impérial) s’émerveille, apporte une touche de bonhomie, essaie de faire partager son enthousiasme à Ray, qui lui s’empêtre sévèrement, râle tout le temps, et apparaît comme assez antipathique, voir détestable, d’autant plus quand on connaît la raison de leur venue. On rit cependant, grâce à une écriture aux petits oignons et des dialogues ciselés. L’ humour est noir, acerbe mais bien présent.

Et puis le film démarre vraiment, suite à l’appel de Harry, le patron (Ralph Fiennes, sublime). Il les a envoyé à Bruges, non pas pour se mettre au vert, mais parce qu’il trouve la ville magnifique et qu’il voulait offrir à Ray, une dernière belle vision avant de l’éliminer. Ce que Ken accepte à contre cœur.

Voilà, un vrai résumé du pitch. Et maintenant, si vous n’avez pas vu ce film je vous invite à le voir séance tenante. C’est un chef d’œuvre, d’autant plus remarquable que c’est un premier film. Je crois que c’est la première fois que je vois une première œuvre aussi maîtrisée, Martin Mc Donagh nous offrant une pure masterclass.

Maintenant, ça va spoiler.

Parce qu’on se rend vite compte que le manichéisme n’existe pas dans ce film. A commencer par Ray. Si de prime abord il apparaît comme tête à claque, on s’aperçoit très vite que son attitude n’est qu’une posture de défense. Le meurtre accidentel l’a littéralement détruit. Son cynisme cache une attitude suicidaire, et il ne cherche aucune redemption, ni pardon. Même s’il essaye de retrouver un certain goût à la vie, son monologue final montre que la hantise de ce qu’il a fait, le ronge et le rongera tant qu’il n’aura pas payer. De même pour Harry. Présenter comme impitoyable et brutal, il n’en reste pas moins un homme d’honneur, ayant un vrai code moral et des valeurs. Et même s’il veut tuer Ray, il éprouve cependant un certain respect et une empathie pour lui. Et même s’il est un chef de pègre particulièrement violent, il refuse les dommages collatéraux, notamment pour pour la logeuse de Ray, femme enceinte et célibataire, véritable morceau d’innocence dans ce monde bien violent.

Bref, ce film est un must have. Des acteurs principaux parfaits, et des acteurs secondaires au diapason, une photographie et une réalisation au cordeau et une écriture soignée, renforcée par des dialogues exceptionnels. Ce film n’est pas malin, il est intelligent. La nuance est subtil mais remarquable. Drôle, froid, tragique, violent… À mon sens dans le top 5 des meilleurs polars de tous les temps.

Et puis voir Ralph Fiennes jurer comme un charretier, ça n’a pas de prix !

 


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