Cher Marcel,

C’est facile de tout mettre sur mon dos, moi Harley Quinzel. Comme si j’étais une perverse narcissique et que toute cette folie du Joker était de ma faute. Je ne suis qu’une parmi tant d’autres. »

C’est par ces mots que pourraient commencer le droit de réponse d’Harley Queen à mon article de la semaine dernière.

Un film qui reste en tête, c’est sûrement l’une des définitions d’un bon film, non ?

Et une suite qui a sa propre identité et qui permet surtout d’avoir une nouvelle relecture du 1er opus, c’est sûrement l’une des définitions d’une bonne suite, non ?

« Folie à deux »

« Folie à deux », ça nous dit quoi sur ce « Joker » ?

C’est l’histoire d’Arthur qui est rejeté par la société et qui a du mal à y trouver sa place. Et qui finit par devenir quelqu’un en cédant aux injonctions de cette société. Les manifestants, le présentateur du talk show, les flics, et puis cette Harley Queen.

On peut dire que cette dernière est peu développée : c’est peut-être parce qu’elle incarne beaucoup plus qu’un simple personnage.

Le Joker est un personnage créé par celles et ceux qui s’insurgent contre cette société et qui ont enfin une tête d’affiche à suivre.

Si le Joker existe, tout devient possible.

La Grosse Pomme pourrie de Gotham

Puisque la Grosse Pomme de Gotham est gangrénée par tout ce que l’on voit de pourri dans le premier film, se dire qu’on y a introduit le ver devient salvateur. Un ver purificateur dans une pomme qui se désagrège.

Le Joker, une icône. Comme un Dieu nemesis.

Il n’y a pas de Batman, pas besoin : le héros, c’est lui.

Ca fait quand même beaucoup pour un seul homme, surtout quand ce dernier n’a pas vraiment la carrure, c’est-à-dire la solidité mentale pour devenir la rock star de la révolution sociale.

Pas étonnant qu’il finisse par se désister.

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, mais face aux grandes responsabilités, si on ne se sent pas assez solide, on finit par fuir.

C’est peut-être pour ça finalement qu’il y a tant de spectateurs qui n’aiment pas ce film : il n’est pas assez Joker. Logique : on en arrive à la conclusion qu’il n’y a pas de Joker.

Je joue mon Joker !

Ou alors, il y a une foultitude de jokers, et là, ça devient beaucoup plus intéressant. Monsieur Fleck a-t-il permis à toutes et à tous d’avoir un modèle à suivre. « Folie à deux », ça veut dire avoir le même symptôme…

Est-ce que Harley ne cherche pas à le côtoyer de près pour acquérir cette force de basculer du côté obscur de la Force ? Histoire de transformer sa batte de baseball en sabre laser !

Et si Joachin Phoenix chante plutôt mal, c’est normal : Arthur est un looser. Un mec pas drôle qui fait des blagues pas drôles, doublé d’un piètre chanteur.

Mais quand il chante, il s’invente tout un monde dans sa tête, et dans ce monde-là, la vie est bien plus colorée : la tragédie de la vie terne peut devenir une comédie musicale.

« Cher Marcel,

C’est pour toutes ces raisons qu’il est injuste de me faire porter le chapeau de la démence d’Arthur. Toute la société essaie de le manipuler, de le faire devenir quelqu’un d’autre que lui. On a tous besoin d’une idole, d’une icône au service de plus grandes causes. J’ai longtemps cru que Monsieur Fleck serait celui-là… »


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Marcel Duchamp
Marcel Duchamp, du Nord de la France. Slameur et cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Enemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

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