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Anne-Laure

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Passionnée de culture en général et notamment de cinéma. J’apprécie autant découvrir et parler de grands classiques, de films « à succès » ou de petites pépites (presque) inconnues, de toute époque et de tout genre, avec sans doute un amour plus particulier pour le cinéma d’animation. Les découvertes, leur transmission et leur partage m'intéressent plus que tout et j'aime me dire que je peux y contribuer.

BIFFF jour 2 : La fin du monde sans eau, de la sorcellerie et des zombies !

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Pour cette deuxième journée passée au Festival du film fantastique de Bruxelles, et afin d’en goûter la diversité, notre choix s’est porté sur trois films particulièrement différents les uns des autres.

 

The Unseen – Nicolás Puenzo

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Année : 2018
Réalisateur : Nicolás Puenzo
Titre original : Los Ultimos
Casting :  German Palacios, Juana Burga, Peter Lanzani
Genres : Road movie, dystopie
Origine : Argentine, Chili
Durée : 1h31

Futur plus ou moins proche, quelque part dans le désert d’Atacama en Amérique du Sud, dans un camp de réfugiés… il n’y a plus d’eau. De grandes industries se sont accaparées toutes les ressources en faisant peu de cas des populations locales. C’est dans cet univers que nous suivons Yaku et Pedro, qui décident de tout quitter avec l’espoir d’un avenir meilleur.

Les films dystopiques sont nombreux, ils dépeignent souvent des sociétés totalitaires, des pandémies, des guerres sans fin, ou encore des catastrophes, humaines et naturelles. On ne sait pas de quoi sera fait le futur et toute imagination peut dessiner un scénario avec plus ou moins d’originalité et plus ou moins de plausibilité. En prenant comme point de départ le manque d’eau et les conflits et jeux de pouvoirs qu’il entraîne, le film de Nicolás Puenzo sort particulièrement du lot. En effet, sur notre « planète bleue », l’eau, primordiale à la vie (notamment humaine), est le bien le plus précieux, sans que l’on s’en rende forcément compte quotidiennement. Qu’arriverait-il si elle venait à manquer ?

Bien que proposant un futur « alternatif », les problèmes soulevés par Puenzo n’en sont pas moins réels, et surtout immanents. À l’heure actuelle (et depuis bien longtemps en réalité), dans certaines régions du monde, des grandes entreprises n’ont que peu de scrupules à profiter des populations et de leurs ressources. Aussi, aucune année, permettant de situer le récit précisément, ne sera mentionnée.

D’ailleurs, on comprendra uniquement les « grandes lignes » du conflit et de ses évènements déclencheurs. C’est au fur et à mesure du voyage et des rencontres de Yaku et Pedro que l’on saisit peu à peu ce qu’il se passe. Un peu à la manière d’un reportage de guerre, l’on suit les personnages et les épreuves qu’ils traversent en parcourant les paysages, désormais désolés, d’une Amérique du Sud post-apocalyptique.

Bien que l’on n’échappe pas à quelques clichés (ou « déjà-vus ») dans les rebondissements du scénario en lui-même et dans l’écriture des personnages (dont le caractère restera majoritairement inconnu), Nicolás Puenzo parvient malgré tout à tirer une sonnette d’alarme en démontrant un futur possible et pas si lointain.

 

The Golem – Doron Paz, Yoav Paz

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 Année : 2018
Réalisateur : Doron Paz, Yoav Paz
Casting :  Hani Furstenberg, Ishai Golen
Genres : Epouvante-Horreur
Origine : Israël, Ukraine
Durée : 1h35

Trois après « Jérusalem », Doron et Yoav Paz reviennent avec un nouveau film « d’horreur ». Nous sommes au 17èmesiècle dans un petit village lituanien, loin de tout. Les habitants, dont Hanna et Benjamin, doivent scrupuleusement suivre les Écritures juives, et tout écart de la seule doctrine enseignée est mal perçu. Soudain, ils seront attaqués par les hommes d’un village voisin, qui ne partageant pas les mêmes croyances, les accusent de tous les maux. Fort heureusement (ou peut-être pas), à la suite de la mort de son fils il y a quelques années, Hanna s’est éloignée du rôle qui lui était assigné (c’est-à-dire, faire des enfants et cuire des patates) et s’est énormément instruite en lisant de nombreux livres anciens. C’est ainsi, et grâce aux savoirs qu’elle a acquis, qu’elle décide de créer un « golem » afin de venir en aide à sa communauté. En effet, le « golem » est un être protecteur qui ne blesserait jamais des innocents …

Les « golems » ne sont pas que des créatures de jeux vidéo dont on peut se défaire avec l’un ou l’autre sort. Ce sont des êtres de la mythologie juive, constitués de terre et possédant une forme se rapprochant de l’humain. De nombreux contes folkloriques mettant en scène ces créatures existent. Pourtant, leur fréquence et visibilité dans les œuvres cinématographiques est assez faible. Aussi, le film des frères Paz permet de découvrir un pan de ces légendes, qui auraient, paraît-il, notamment inspiré l’imaginaire associé au monstre du Docteur Frankenstein.

Les réalisateurs ont par ailleurs choisi de tourner leur film en Ukraine afin de pouvoir profiter des plus longues « golden hours », ces heures presque magiques où la lumière atteint une perfection et crée la joie des photographes et cinéastes. Et, en effet, les images, souvent bercées de beaux couchers de soleil, sont effectivement très réussies.

Si le sujet est original, de même que la manière de le montrer en présentant un petit enfant bien mignon en tant que créature démoniaque qui aura tôt fait de vous arracher les membres, The Golemsuit toutefois les étapes et rebondissements habituels du « film du monstre ». L’ambiance créée par l’ensemble parvient néanmoins à se doter d’une aura d’inquiétude à de nombreux instants.

 

ZOO – Antonio Tublén

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Année : 2018
Réalisateur : Antonio Tublén
Casting :  Antonia Campbell-Hughes, Edward Speleers, Jan Bijvoet, Zoë Tapper
Genres : Comédie, Epouvante-Horreur
Origine : Danemark, Suède
Durée : 1h33

Le temps est passé depuis Eragon, loin de son dragon Saphira, notre jeune héros s’appelle désormais John et vit dans un appartement avec sa compagne, Karen.

Le couple traverse indéniablement une mauvaise passe et semble même ne plus se connaître. C’est alors que survient une épidémie inconnue (mais qui est sûrement l’œuvre d’un laboratoire pharmaceutique) qui transforme progressivement la population en zombies affamés. Nos deux (plus vraiment) amoureux devront dès lors se cloîtrer dans leur T2, et réapprendre à vivre ensemble et à « passer le temps », tandis que, dehors, les gens se font dévorer.

ZOO est un film de zombies dans lequel l’on ne voit, au final, que très peu de zombies. Le récit se centre réellement sur la relation entre John et Karen. En huis clos, nous observerons alors leurs actions et stratagèmes imaginés pour survivre à cette apocalypse : c’est-à-dire se bourrer la gueule, tester autant de drogues que possible (c’est pratique de travailler aux preuves de la police, en plus, personne ne remarque qu’un petit sachet a disparu) et voler les différents appartements de l’immeuble (après tout, il est peu probable que les habitants en aient encore besoin, non ?).

En outre, l’apparition soudaine d’autres survivants (parmi lesquels, Jan Bijvoet, compatriote que l’on a déjà pu voir en explorateur allemand dans l’Étreinte du Serpent, et en riche russe dans Peaky Blinders) permet à Antonio Tublén d’explorer l’humanité (et surtout, l’absence d’humanité) en situation de crise, ou plus généralement, dans notre société. Égoïsme, manque d’empathie, bassesses et manipulation rythment le récit et lui confèrent une certaine insolence ainsi qu’un humour aussi cynique qu’appréciable. Pour survivre, sommes-nous prêts à tout ?

Bien loin des habituels « films de zombies » constitués de courses-poursuite ou de bagarres sanguinolentes, ZOO se limite (à raison) à l’observation des conséquences d’une telle attaque sur un nombre restreint de personnes, toujours calfeutrées. Il détient par ailleurs un gros potentiel comique et original. Si l’on peut regretter une fin qui semble s’allonger un peu trop, Antonio Tublén met les spectateurs face aux travers du monde moderne, tout en s’en moquant.

BIFFF Jour 1: The Quake – John Andreas Andersen

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Année : 2018
De : John Andreas Andersen
Durée : 1h46

Avec : Ane Dahl Torp, Edith Haagenrud-Sande, Jonas Hoff Oftebro, Kathrine, Thorborg Johansen, Kristoffer Joner
Genres : Action, Catastrophe
Origine : Norvège

C’est avec un film « catastrophe » norvégien que nous commençons notre découverte la 37ème édition du Festival international du film fantastique (et de fantasy, et de thriller, et de science-fiction) de Bruxelles. 
Rappelons, à ce propos, que le BIFFF fait cette année un focus sur le cinéma nordique et que de nombreux films de la programmation présentent des situations (presque) apocalyptiques. Car, le monde va mal. Les catastrophes, naturelles ou pas, se multiplient et nourrissent l’imagination des cinéastes, dont les réalisations font plus ou moins écho aux problèmes que nous traversons, ou qui pourraient nous menacer.

Présenté dans la compétition Thriller du festival et première belge, The Quake est la suite de « The Wave » (Bølgen), réalisé par Roar Uthaug (à qui l’on doit le dernier Tomb Raider) et sorti en 2015. Dans ce dernier, une gigantesque vague s’abattait sur les fjords norvégiens. Un scientifique, Kristian, se basant sur des faits plus anciens, l’avait compris et fera tout pour sauver sa famille et un maximum de personnes.
Un autre réalisateur est aux commandes de The Quake, toutefois : John Andreas Andersen.

Après avoir survécu à ce tsunami, la famille de Kristian devra cette fois tout faire pour ne pas se laisser engloutir durant un immense tremblement de terre qui secouera Oslo. Survivre à une catastrophe pour en vivre une autre, c’est pas de chance…
Kristian avait une fois encore tout prédit ou compris, mais le monde scientifique fait la sourde oreille en argumentant qu’il est certainement traumatisé. Aussi, aucune mesure n’est prise pour protéger la population. Qui plus est, sa famille a l’excellente idée de se trouver tout un haut d’un immeuble lors de la catastrophe.

De la famille plus ou moins soudée, aux enfants qui prennent des décisions faisant montre d’un certain manque de jugeote, aux situations dont on prédit la fin avant même leur commencement, en passant par le père de famille incompris, les actions qui se succèdent sans logique (pardon ? ne vous balanciez-vous pas dans le vide il y a 1 minute? Comment êtes-vous sortis de là ?) et les nombreux effets spéciaux, The Quake détient absolument tous les éléments du film « catastrophe » traditionnel et du cinéma à « grand spectacle », que l’on continue à voir avec plaisir et amusement (plus ou moins volontaire). Divertissement totalement efficace, The Quake est ainsi recommandable à tous les passionnés du genre.

Comme l’a dit un membre du public, l’on attend avec impatience la suite, en espérant que la prochaine fois, ce sera une éruption volcanique. Ceci permettrait de terminer une trilogie basée sur les éléments ; l’eau, la terre, le feu.

Sortie Blu-ray et Dvd : The Intruder de Roger Corman

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Prod DB © Roger Corman Productions / DR THE INTRUDER (THE INTRUDER) de Roger Corman 1962 USA avec William Shatner miroir, coquetterie, vanite, narcissisme, d'apres le roman de Charles Beaumont autres titres : I Hate Your Guts! Shame The Stranger (GB)

Pour sa sortie Blu-ray et dvd chez Carlotta, nous revenons aujourd’hui sur The Intruder, film réalisé par Roger Corman.

La critique de Anne-Laure

Présenté comme un « brûlot politique », le film, inspiré d’une histoire vraie, prend place dans une petite ville des Etats-Unis, à une époque où les droits civiques de tout un chacun n’étaient pas correctement respectés et où la haine était spontanée.

L’on suit l’arrivée d’un homme, Adam Cramer, dans cette ville et les manipulations qu’il emploiera pour convaincre les habitants de se dresser contre une nouvelle loi qui vient d’être acceptée et permettant à des élèves noirs de s’inscrire au lycée « des blancs ».

Dans ces premiers instants, le film parvient à créer un sentiment de doute chez les spectateurs, qui s’interrogent sur cet étrange nouveau venu et sur ses intentions effectives. Qui est-il et que veut-il ?
Bien rapidement toutefois, la situation et ses motivations sont mises en lumière et le film prend un tournant que l’on pourrait qualifier de « psychologique », tant tout est axé sur la manipulation du principal intéressé sur l’opinion publique, à coup de conversations plus ou moins secrètes et personnalisées ou de grands discours populistes, d’où émane une immense violence qui n’est pas que verbale.

Le film montre ainsi l’immense pouvoir que peut acquérir un individu sur tout un ensemble de personnes qui se préfèrent se laisser séduire par les « beaux discours » d’un inconnu que de tenter une réflexion au sujet de la situation. La facilité avec laquelle Adam Cramer parvient à manier ainsi la quasi-totalité des habitants peut dès lors sembler aussi déconcertante que réaliste. Forcément, au-delà de cette mise en image de l’acquisition d’une prétendue autorité en profitant d’une situation de départ habilement étudiée, le film est une immense dénonciation du racisme, démontrant à chaque instant l’absurdité des réactions et actions des individus souhaitant empêcher l’accès de l’école aux nouveaux élèves.

L’on notera toutefois une certaine pauvreté d’écriture concernant les personnages féminins, pauvres humaines sans défense, ne pouvant être que victimes ou manipulatrices idiotes dépourvues de toutes réflexions, forcées de rester constamment en retrait ou de suivre aveuglement les agissements de leurs compagnons masculins…

L’on constate également, de manière assez prégnante, que le réalisateur n’a pas disposé d’énormément de moyens pour réaliser son film. Toutefois, pour son sujet, la maîtrise avec laquelle il parvient à démonter la haine, la manipulation progressive et le profit pour servir ses propres ambitions, The Intruder est extrêmement percutant. Les difficultés qu’a causées le tournage ne sont dès lors pas étonnantes, tant d’un point de vue technique que d’un point de vue du sujet abordé.

La critique de Liam

L’auteur de ces lignes était déjà revenu sur le film lors de sa ressortie en salles. Il est dès lors évident que la critique du Blu-Ray ne différera pas trop sur le fond tant « The Intruder » reste toujours aussi fort et important. C’est donc le même malaise qui nous étreint en le regardant, notamment face au charisme d’un jeune William Shatner. Ce dernier transpire d’un magnétisme malaisant, notamment par sa figure aussi innocente que ses propos et ses actes sont infâmes. Sa représentation d’un lobby conservateur effrayé par le changement et prêt à tout pour qu’aucun noir ne puisse avoir accès aux cours est terrifiante, notamment par l’ambivalence marquée avec sa politesse et sa maîtrise totale de son comportement.

Cette même maîtrise se retrouve dans la mise en scène d’un Roger Corman captant la colère sourde au fond des habitants ainsi que la crainte d’un inconnu qui va irrémédiablement exploser. Il part d’une situation « microscopique » (le mal-être d’une petite ville) pour se tourner vers l’analyse macroscopique de toute l’Amérique. Le portrait assez nuancé qu’il fait des habitants permet néanmoins de se questionner un peu plus et d’éviter le manichéisme de façade. C’est ainsi que si certains sont profondément racistes, la plupart les suivent par crainte et par la manipulation de leaders charismatiques. Corman s’attaque donc directement à ces politiciens et autres meneurs d’opinion qui profitent des doutes de leur communauté pour diriger leur peur et leur haine envers une certaine partie de la population. Pas besoin de donner d’exemples tant ceux-ci sont nombreux et connus, voire même encore actuels et ce sans avoir à sortir de l’Hexagone…

Une nouvelle fois, Carlotta prend soin techniquement du film pour sa distribution en Blu-Ray et DVD. Le premier dispose d’un master haute définition tandis que le second profite d’un nouveau master restauré, tout comme la diffusion en salles. Les bonus consistent en un entretien de dix minutes entre Roger Corman et William Shatner concernant le tournage du film et une bande-annonce.

Si vous avez loupé sa ressortie en salles, cette diffusion en Blu-Ray et DVD du brûlot de Roger Corman devrait vous permettre de profiter d’une œuvre puissante, fortement chargée politiquement et malheureusement toujours d’actualité. Sans aucun doute toujours un immanquable, et ce, 58 ans après sa sortie.

BIFFF 2019, c’est (presque) parti !

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He’s back. WELCOOOOOME

Dès demain, débutera le BIFFF, le festival du film fantastique de Bruxelles ! Évenement attendu par tous les amateurs de cinéma de genre ; d’horreur, de fantastique ou encore de thriller. Les festivités prendront place au Palais des beaux-arts de Bruxelles et s’ouvriront le 9 avril à 20h, avec, en première belge, Pet Sematary, nouvelle adaptation du roman éponyme (Simetierre, en français) du maître de l’horreur Stephen King. Et, jusqu’au 21 avril, de nombreuses découvertes seront possibles, la programmation faisant, cette année encore et pour notre plus grande joie, montre d’une immense variété ; tant dans les approches, les styles que les origines géographiques des (très nombreux) métrages présentés. Il sera notamment possible d’y découvrir, ou d’y retrouver, The Beach Bum (Harmony Korine), One Cut of the dead (Shinichiro Ueda), Assassination Nation (Sam Levinson), Hellboy (Neil Marshall), Iron Sky 2 (Timo Vuorensola), Achoura (Talal Selhami), ou même Monsieur Link (Chris Butler), dernier né des studios Laika. L’entièreté du programme est disponible sur le site du festival, et, autant dire qu’il en ravira plus d’un. Cette diversité permet non seulement au public des découvertes étonnantes, mais aussi aux films en eux-mêmes de trouver leur public (ceux-ci bénéficiant rarement d’une très large distribution), tout en profitant de l’ambiance très spécifique, inhérente au festival. Cette année plus particulièrement, le BIFFF propose un focus sur le cinéma nordique, présentant tout un panel de films notamment d’horreur (Finale), que de science-fiction (Aniara) ou encore catastrophes, qu’elles soient naturelles ou pas (The Quake, The Unthinkable).

Au-delà de ces séances, et faisant partie de son ambiance, d’autres événements et activités sont proposées tout au long de cette dizaine de jours : séances spéciales telles que la Nuit (qui vous donne la possibilité d’enchaîner les séances jusqu’au petit matin sans discontinuer), la Nuit nanarland, le bal des vampires, le fantasy market, différentes masterclass, expériences en réalité virtuelle, la ZOMBIFFF Run (qui vous permettra d’expérimenter la joie d’être poursuivis par des zombies dans les rues de la capitale) ou encore un concours de maquillage… Et ! Le retour du rafting sur marée humaine. Car, traverser une foule c’est bien, mais sur un bateau, c’est mieux ! De quoi largement pouvoir s’occuper, s’amuser et profiter au maximum !

Évènement particulièrement atypique et attendu, chaque année, de longue date, permettant tant les découvertes, l’humour que l’amusement avec une pointe d’effroi, le BIFFF est certainement un immanquable dans le paysage cinématographique fantastique, et dans le paysage festivalier bruxellois (et belge).

C’est ainsi que tout au long du festival, notre envoyée spéciale (qui est en fait résidente sur place) (et, c’est-à-dire, moi-même), son accréditation en poche, vous fera part des films vus (une quinzaine de séances prévues, en misant sur la diversité) et de l’ambiance vécue.

Critique de l’Arche Russe de Alexandre Sokourov

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TITLE: RUSSIAN ARK / RUSSKIJ KOVCHEG ¥ YEAR: 2002 ¥ DIR: SOKUROV, ALEKSANDR ¥ REF: RUS021AE ¥ CREDIT: [ THE KOBAL COLLECTION / FORA FILM/HERMITAGE BRIDGE STUDIO ]

Mercredi dernier, l’Arche Russe, gigantesque fresque historique réalisée par Alexandre Sokourov et sorti initialement en 2003, a été repris au cinéma en étant distribué par Carlotta Films.

Origine : Russie
Date de reprise : 20 mars 2019
Sortie initiale : 2003
Réalisateur : Alexander Sokurov
Durée : 1h39
Genre : Historique

Synopsis

Invisible pour ceux qui l’entourent, un réalisateur contemporain se retrouve comme par magie dans le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg au début du XVIIIe siècle. Il y rencontre un cynique diplomate français du XIXe siècle. Les deux hommes deviennent complices au cours d’un extraordinaire voyage dans le temps, à travers le turbulent passé de la Russie, qui les conduit jusqu’à nos jours.

L’Arche Russe est un objet filmique éminemment particulier, qui n’appartient à aucun style ou genre facilement définissable.

Partant d’un projet qui devait se baser sur l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, c’est une immense fresque historique que reconstitue le cinéaste, tout en présentant aux spectateurs les trésors russes que renferme ce somptueux musée. Ces derniers ne sont dès lors pas que purement matériels, car c’est aussi ce lieu qui servira de décor aux différentes époques évoquées. C’est, dès lors, sans étonnement que l’on lit que le réalisateur voue une « grande admiration, (une) révérence presque religieuse envers ce musée » lequel semble en effet disposer (ou auquel le cinéaste parvient à conférer) une aura que l’on pourrait qualifier de « mystique ». Le musée devient ainsi non pas qu’un lieu d’Histoire à travers la monstration des œuvres qu’il possède, mais également de l’Histoire que Sokourov choisit de nous montrer.

Deux personnages, dont un dont on ne verra jamais le visage, font office de « fils conducteurs » au « scénario ». Ce fil n’est pas à comprendre au sens où l’on suivrait leurs actions, mais, car ils reprennent le rôle habituel des spectateurs : Voyageant dans le temps, ils sont premièrement invisibles aux yeux des (nombreux) autres personnages, ainsi que perdus face aux lieux qu’ils découvrent. L’un est un réalisateur contemporain, l’autre un diplomate français du 19èmesiècle qui s’étonne de savoir parler le russe. Ainsi, alors que nous les suivons, leurs différentes perceptions et connaissances se verront également confrontées au fil du temps et de l’œuvre.

Il n’y aura donc pas d’histoire en tant que telle, mais bien des bribes d’actions, se succédant, parfois se superposant et des grands noms de l’Histoire de la Russie : Pierre le Grand, Nicolas Ier, Nicolas II ou même Anastasia. L’Arche Russe est comme une gigantesque ligne du temps entremêlée, constituée d’individus, d’objets, de fêtes. Bien loin de se vouloir documentaire historique, les moments exacts qui se déroulent sous nos yeux ne seront pas clairement mentionnés. Ce procédé permet à Sokourov de « jouer » avec le temps et d’une certaine manière, de rendre ces évènements intemporels. Cette impression de simultanéité, doublée paradoxalement d’une impression de continuité constante, est sublimée par le fait que le film se déroule en un seul et unique plan séquence. Le but du réalisateur ce faisant était précisément d’apporter une dimension différente à l’emploi habituel du temps dans le cinéma, en visant « une coopération naturelle avec le temps », exempte de toute coupure qui entraînerait une manipulation factice de la temporalité « pure ».

Ainsi, l’on ouvre les portes et se déplace dans les pièces de l’Ermitage, croisant tantôt des soldats, tantôt des princesses richement vêtues, tantôt un bal … L’on rencontre des personnages de manière fugace dans leur quotidien. Par ailleurs, rien n’est laissé au hasard en matière de détail et de reconstitution historique à ce niveau ; un soin particulier est apporté aux coiffes, aux bijoux et parures, à la décoration des pièces ou encore aux costumes.

Les jeux temporels que Sokourov opère sont aussi fascinants que déroutants, et l’on peut se perdre facilement entre toutes les pièces qui constituent l’Ermitage et tous les événements qui constituent le métrage, surtout si l’on connaît mal l’histoire du pays le plus grand du monde. Néanmoins, le tout semble forme des cercles qui communiquent les uns avec les autres, et si l’on n’en ressort pas forcément en ayant l’impression d’avoir appris ou compris 300 ans d’histoire russe, l’on est tout de même persuadé d’avoir vu un film qui ne laisse rien au hasard, maîtrisé de bout en bout, et extrêmement original dans son traitement du temps, et donc de l’Histoire.

 

Les propos entre guillemets et en italique sont issus du petit flyer distribué par Carlotta, lequel reprend les propos du dossier de presse du film lors de sa sortie française en 2003.

Festival Anima 14 : Palmarès et Bilan

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© Marc Boutavant / Folioscope 2018 - 2019

Le festival Anima, c’est donc terminé ! Nous vous proposons dans cet article de revenir sur cette semaine, riche en animation, et de vous faire part du palmarès.

 

Retour sur les longs-métrages visionnés

Les longs-métrages présentés, provenant de différentes régions du monde (Hongrie, Brésil, Colombie, Suisse, Espagne, Japon…), se sont illustrés par leur grande diversité, tant dans les thèmes évoqués que dans leurs techniques d’animation. Nous avons eu l’occasion de visionner des documentaires, des films (auto)biographiques, des histoires originales, des histoires vraies, des adaptations ou des fables métaphoriques. Créations hybrides, stop-motion, dessins « classiques » ou motion capture, tantôt touchants, tantôt drôles, tantôt bouleversants, les différents métrages présentés offraient un large choix et démontraient que le champ de l’animation est extrêmement vaste et permet de nombreuses expérimentations. Un point qu’il est intéressant de relever est que les films présentés sont souvent des « premiers » long-métrages (et l’on espère qu’ils ne sont que les prémices d’une longue carrière pour leurs auteurs).

Notons également que nombre d’entre eux offrent un « regard sur le monde et son histoire », qu’il s’agisse de conflits passés ou présents, parfois peu connus (Chris The Swiss, Funan, Another Day Life, Wardi) ou de regard actuel empreint d’espoir sur une société toujours en changements (Tito et les Oiseaux). La famille est également un thème extrêmement fréquent (MiraïOkko et les fantômes, Virus Tropical, Chris The Swiss, Funan, Wardi). Ces deux thèmes principaux se mêlent fréquemment, liant la petite histoire, celle de chacun d’entre nous, à la grande Histoire, dont nous faisons partie, ensemble. En partant des destinées individuelles, plusieurs de ces films évoquent l’état de la société, présente ou passée.

Nouveautés

Au-delà de ces longs-métrages, auxquels nous avons assisté, Anima proposait également cette année une décentralisation d’une partie de son festival. La Cinématek (Cinémathèque Royale de Belgique) a été le théâtre, durant toute la semaine, d’une rétrospective Isao Takahata, deuxième « papa » du Studio Ghibli (avec Hayao Miyazaki), tandis que le Cinéma Palace faisait la part belle aux films d’animation français de ces dernières années (parmi lesquels Minuscules ou Le chat du Rabbin).

Une autre nouveauté était la présentation de « capsules » avant chaque séance. Celles-ci, réalisées par des étudiants et étudiantes de la Cambre, octroient une visibilité aux futurs diplômés et permet, une fois encore, de démontrer toute la créativité et l’imagination que l’animation détient.

Le festival proposait également différentes expositions et un « festival de réalité virtuelle ». Il ne nous a, hélas, pas été possible de tout faire.

 

Courts-métrages

Anima, ce ne sont pas que des longs-métrages, loin s’en faut. En effet, le festival proposait également toute une série de séances de courts-métrages, nationaux et internationaux : les « Best of shorts ». Ceux-ci proviennent également des quatre coins du monde et permettent de mettre en valeur le travail d’artistes peu connus, différentes techniques d’animation, et différents sujets (parfois fruit de la vie des auteurs). La séance à laquelle nous avons assisté en présentait sept, dans voici les noms :

  • BICIKLISTI,Veljko Popovic, HR/FR, 2018, 7’20 »
  • JE SORS ACHETER DES CIGARETTES,Osman Cerfon, FR, 2018, 13’35 »
  • NEPUTOVANJA,Ana Nedeljkovic, Nikola Majdak Jr., CS/SK, 2018, 9’25 »
  • EGG,Martina Scarpelli, FR/DK, 2018, 12’07 »
  • L’APRÈS-MIDI DE CLÉMENCE,Lénaïg Le Moigne, FR, 2018, 10′
  • AGHAYE GAVAZN,Mojtaba Mousavi, IR, 2018, 9′
  • AGOURO,David Doutel, Vasco Sá, PT/FR, 2018, 15’16 »

Hongrie, France, République Tchèque, Slovaquie, Iran, Danemark et Portugal s’invitaient et nous proposaient différentes créations, toutes particulières, parfois comiques, parfois tragiques, parfois dramatiques.

Biciklisti raconte les rêves d’un cycliste dans une course, Je sors acheter des cigarettes, la drôle d’histoire d’un adolescent vivant avec sa sœur et sa mère dans un étrange appartement où se cachent des hommes aux traits similaires, Neputovanja revient sur la notion de frontière et la volonté de s’enfuir des régimes liberticides, Egg parle d’anorexie, l’Après-midi de Clémence, d’enfance, de harcèlement et de rejet, Aghaye Gvazn (aussi appelé Mr Deer) de la déshumanisation de la société actuelle et Agouro une sombre histoire familiale dans de rudes conditions.

Expériences personnelles, créations imaginatives, métaphores politiques, ou engagement clair, tout semble démontrer la volonté de communiquer et de partager qu’a l’art, et l’animation. A nouveau, les techniques sont multiples, du stop-motion (fréquent dans le cinéma d’animation tchèque) aux dessins en apparence simples, en passant par des formes qui semblent réellement peintes.

Au-delà des films « en eux-mêmes », diverses rencontres, séances spéciales ou masterclass étaient également organisées.

Les longs-métrages en compétition et palmarès

Les longs-métrages en compétition l’étaient dans deux catégories : pour « jeune public » et pour « adultes ».

Dans la première section, l’on trouvait :

  • Le capitaine Morten et la reine des araignées de Kaspar Jancis et Riho Unt
  • Miraï, ma petite sœur de Mamoru Hosoda
  • Okko et les fantômes de Kitaro Kosaka
  • Pachamama de Juan Antin
  • Stubby de Richard Lanni
  • Tito et les Oiseaux de André Catato Dias, Gabriel Matioli Yazbel Bitar et Gustavo Steinberg

Dans la seconde :

  • Buñuel dans le Labyrinthe des Tortues (Buñuel après l’âge d’or) de Salvador Simó
  • Chris The Swiss de Anja Kofmel
  • Funan de Denis Do
  • I want to eat your pancreas de Shin’ichirô Ushijima
  • Penguin Highway de Hiroyasu Ishida
  • Ruben Brandt, Collector de Milorad Krstić
  • The Tower (Wardi) de Mats Grorud
  • Virus Tropical de Santiago Caicedo

Après chacune de ces séances, chaque spectateur était invité à voter en attribuant une note allant de 0 à 10.
Nous nous sommes principalement centrés sur les longs-métrages pour adultes, faute de temps et ne possédant malheureusement pas le don d’ubiquité. Parmi ceux-ci, bien qu’il soit difficile de sincèrement dégager une préférence tant tous ces films détiennent leurs propres qualités et sont parfois diamétralement distincts les uns des autres, nous avons un « coup de cœur » plus particulier pour trois titres : Ruben Brandt, Collector (pour son inventivité, ses expérimentations visuelles et sa volonté d’intégrer l’art pictural dans l’animation), The Tower (pour la manière à la fois douce et directe d’aborder son sujet, et pour la beauté de ses figurines) et Virus Tropical (pour son côté « tranche de vie » à l’autre bout du monde et ses personnages aussi hauts en couleur qu’attachants).

Nous avons vu quatre films de la sélection jeune public : trois à Anima (Miraï, Okko et les fantômes, Tito et les Oiseaux) et un au cinéma lors de sa sortie en France (Pachamama). Nous ne pouvons donc pas nous prononcer sur l’entièreté des choix, mais nous avions véritablement apprécié Pachamama pour ses douces couleurs vives et son histoire originale, prenant place dans la Cordillère des Andes.

Les lauréats officiels sont, pour le prix du public dans la catégorie adulte Funan, dans la catégorie « jeune public », Stubby. Le prix BeTv du meilleur long-métrage (qui correspond aux achats des droits de diffusion) revient quant à lui à Ruben Brandt, Collector.

Le grand prix anima du court-métrage a été décerné à Rerurns, du réalisateur Rosto, décédé ce vendredi … Le prix du public a lui été à Mind my Mind de Floor Adams, le prix du meilleur court belge est revenu à Nuit Chérie de Lise Bertels.

D’autres nombreux courts-métrages ont été récompensés dans différentes catégories et via différents jurys, et vous trouverez le palmarès complet ici.

En conclusion, et si vous avez lu nos précédentes critiques (liste disponible en bas de cet article), la sélection du Festival Anima était une nouvelle d’excellente facture, aussi originale, diversifiée que qualitative. Elle permet non seulement de découvrir des créations récentes et des réalisateurs talentueux, mais aussi de donner accès au public à des films qui n’ont que (trop peu) de visibilité en salles. La diversité de l’animation que l’on a pu y voir n’augure que des choses positives pour l’avenir.

Nous attendons l’an prochain avec impatience.

Tous les Films vus à Anima en 2019

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les Oiseaux
I want to eat your pancreas
Another day of life
Le Château de Cagliostro
Wardi
Funan

Image : Affiche Anima 2019, © Marc Boutavant / Folioscope 2018 – 2019

Festival Anima 13 : Funan, de Denis Do

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Funan est le dernier film auquel nous avons assisté durant le Festival du film d’animation de Bruxelles, où il était présenté en avant-première belge. Coproduction française, belge, luxembourgeoise et cambodgienne, le film est réalisé par Denis Do dont c’est le premier long-métrage. Le film a été récompensé l’an passé au Festival d’Annecy et est diffusé en salles en France depuis le 6 mars. Il sortira officiellement le 13 mars en Belgique.

Origine : France, Belgique, Luxembourg, Cambodge
Aussi appelé: Funan, the new people
Réalisateur : Denis Do
Durée : 1h22
Genre : Drame, Guerre, Historique
Date de sortie française : 6 mars 2019
Musique : Thibault Agyeman

S’inspirant de la vie de sa propre mère, Denis Do offre avec ce premier long-métrage un rappel historique d’une période particulièrement meurtrière. Nous sommes en 1975 et nous suivons Chou, mère d’un petit enfant de trois ans, Sovanh, dont elle sera séparée de force durant la période des khmers rouges. Emmenés dans des camps de travail forcé différents, elle tentera l’impossible pour retrouver son fils et s’échapper, ensemble.

Malgré leur proximité temporelle (il y a moins de 50 ans), cette époque et les événements qui ont eu lieu durant ces quelques années sont, aujourd’hui encore, méconnus en Occident. Le film de Denis Do apporte dès lors un éclairage nécessaire sur le sujet, d’autant plus qu’il est adapté aux plus jeunes.

Eloigné des siens (ni l’individu ni la famille n’a plus ni d’importance ni de sens sous le règne des Khmers rouges), chaque personnage rencontré est profondément seul et meurtri : « On cherche tous quelqu’un » dira une « camarade » à Chou. La situation des camps est ainsi dépeinte dans toute son horreur ; travaux forcés, violences à répétition, exécutions arbitraires, manque de nourriture et de médicaments. L’espoir comme seule arme, la volonté de survie et la résilience sont au cœur du film de Denis Do.

Volontairement toutefois, le film ne se veut pas véritablement précis pour ce qui est de la situation politique ayant mené à la prise de pouvoirs des Khmers rouges. Il possède ainsi une visée plus universelle, en menant une exploration les relations humaines et leur complexité en situations extrêmes et de conflit ; comment s’entraider, à qui faire confiance, que faire ? De plus, malgré son sujet indéniablement fort et violent, toute scène qui pourrait être particulièrement heurtante est placée en hors-champs. La non-visualisation n’empêche évidemment pas la compréhension, et ce choix n’amoindrit pas la force du métrage. Toutefois, l’on aurait souhaité une plus grande contextualisation historique. La composition musicale se veut universelle et ne souhaite pas démontrer une intégration géographique trop claire, bien que certains éléments sonores fassent office de rappel. En souhaitant s’inspirer de Joe Hishaisi (compositeur fréquent des studios Ghibli), le style recherché par le compositeur était quelque chose « d’assez simple, d’enfantin, d’épuré ».

Dans ce contexte de grande violence et cruauté, les dessins offrent une forme de douceur, créant un contraste étonnant, tant dans les personnages que dans les paysages. L’on regrette quelques mouvements manquant parfois de fluidité, principalement an arrière-plan.

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les Oiseaux
I want to eat your pancreas
Another day of life
Le Château de Cagliostro
Wardi
Palmarès

 

 

Festival Anima 12 : The Tower (Wardi) de Mats Grorud

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Wardi (The Tower, en version originale) est l’avant-dernier film que nous avons vu lors du Festival Anima. Il s’agit d’une coproduction la Norvège, la Suède et la Palestine. L’histoire se déroule dans un camp de réfugiés palestiniens, au Liban. S’il peut sembler étonnant qu’un réalisateur norvégien décide de relater l’histoire d’une famille de réfugiés, et plus globalement les conséquences du conflit israélo-palestinien de ses débuts à nos jours, cela est expliqué par le fait que Mats Grorud a enseigné dans ces camps. Il a donc souhaité raconter le vécu de celles et ceux qu’il y avait croisés. Wardi condense ainsi différents témoignages recueillis par le cinéaste, dont c’est le premier long-métrage.

Origine : Norvège, Suède, France, Palestine
Titre original : The Tower
Réalisateur : Mats Grorud
Genre : Drame, Famille, Guerre, Historique
Durée : 1h14
Date de sortie française : 27 février 2019
Musique : Nathanaël Bergèse

Wardi est une petite fille à la chevelure indomptable vivant à Beyrouth, au Liban, avec sa famille dans un camp de réfugiés. Un jour, sans arrière-grand-père, sachant que la mort se rapproche, lui confie la clef de la maison familiale que lui et sa famille avaient été forcés d’abandonner en 1948, jour de la Nakba, autrement dit « la catastrophe ». Wardi y voit le signe que Sidi, son arrière-grand-père, a perdu tout espoir et aura à cœur de lui en redonner. On la suivra donc, parcourant la maison familiale, une sorte de tour sur laquelle s’entassent différentes générations, à la recherche de cet « espoir perdu ». Au fil de ses rencontres et de ses discussions, c’est l’historique du conflit et l’histoire de ces réfugiés qui prendront forme sous nos yeux. Depuis l’exil de son arrière-grand-père en 1948 jusqu’à nos jours, en abordant les récits particuliers de ses grands-parents, de ses oncles et tantes ou cousins, chaque destinée individuelle forme une plus large histoire. Chaque personnage rencontré détient ses propres particularités, issues de son propre vécu, qui le rendent toujours attachant.

Le film de Mats Grorud est une création hybride qui mêle stop-motion et images animées. La période présente nous sera contée à l’aide de « poupées » animées, tandis que les incursions dans le passé prendront la forme de dessins plus « classiques ».
Les figurines sont très belles et particulièrement expressives, grâce à leurs grands yeux très mobiles. De plus, un soin particulier a été apporté aux actions se déroulant en arrière-plan. En effet, lorsque Wardi parcourt la tour et ses escaliers, des personnages sont montrés à chaque étage effectuant des tâches quotidiennes. Si celles-ci sont assez sommaires (étendre du linge, par exemple), elles témoignent d’une volonté de détailler l’environnement et de ne rien laisser au hasard. Elles confèrent par ailleurs une véritable vie au métrage et offrent une vision réaliste de la manière dont s’organisent les vies dans cette ville.
Les dessins animés en eux-mêmes sont créés sous forme d’aplats de couleurs. Si notre préférence en matière de goût visuel va au stop-motion, magnifique, les transitions d’une technique à l’autre sont très bien orchestrées et permettent d’organiser les événements.

Entre ces deux méthodes s’intercalent à un certain moment quelques photographies réelles. Celles-ci, présentées dans un album photo familial, permettent de placer l’histoire dans toute sa réalité et son actualité. Ce procédé nous rappelle ainsi frontalement que ce ne sont ni des figurines ni des dessins dont l’on nous raconte le passé et le présent, mais bien des personnes véritables qui vivent à quelques milliers de kilomètres de nous.

Bien que le film raconte la vie de Wardi et épouse son point de vue, nous estimons que le titre original rendait davantage honneur aux choix scénaristiques, et visuels, effectués. En effet, « The Tower », la tour, est le lieu où prennent place chaque rencontre et donc chaque « morceau de vie » entendu par Wardi. Assez simplement, chaque étage formule une partie de famille et par conséquent une partie de leurs souvenirs, de leur histoire commune, en somme. Cette « tour » est donc le lieu d’actions du film et en devient presque un personnage, liés à tous les autres. Qu’elle en soit le titre était donc parfaitement judicieux.

La musique originale qui accompagne Wardi est composée par le Français Nathanaël Bergèse et offre des partitions totalement adaptées aux événements ; certains moments de joie, d’autres de peine ou de peur.

Enfin, grâce à la simplicité efficace qui le caractérise, le film s’avère assez didactique et aisément compréhensible dans sa retranscription de différents évènements ayant mené à la situation actuelle. Aussi, malgré quelques images un peu dérangeantes et un sujet évidemment tragique et difficile, il conviendra certainement à un public plus jeune.

Une nouvelle fois, la « petite histoire », celle de la famille de Wardi, rejoint la grande Histoire. Néanmoins, Wardi n’est pas qu’un film sur la guerre ou le statut des réfugiés, c’est également un film sur les traditions, les générations, l’héritage et la transmission. En suivant la quête d’espoir de son personnage principal, il questionne le monde et le spectateur sur ce que l’on est et d’où l’on vient. Ainsi, malgré la complexité de son contexte et tout en n’évitant pas d’aborder des événements meurtriers, Wardi parvient à conserver une certaine tendresse et est, à n’en point douter, un film très beau.

Le sujet du film, la manière de le transmettre, l’articulation intelligente des récits entre eux et les différentes techniques d’animation qui le constituent en font un objet filmique original qui mériterait davantage de visibilité.

 

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les Oiseaux
I want to eat your pancreas
Another day of life
Le Château de Cagliostro
Penguin Highway
The Tower
Funan
Palmarès

Festival Anima 11 : Le château de Cagliostro de Hayao Miyazaki

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Onzième séance à laquelle nous assisté à Anima, Le Château de Cagliostro est aussi le seul film « ancien » que nous avons (dû, faute de temps) décidé d’y voir (le festival proposait notamment une rétrospective Isao Takahata à la Cinématek). Il s’agit du premier film réalisé par Hayao Miyazaki et le seul que nous n’avions pas (encore) eu l’occasion de voir. Anima nous a donc permis de le découvrir sur grand écran.

Origine : Japon
Réalisateur : Hayao Miyazaki
Durée : 1h40
Titre original : Rupan sansei: Kariosutoro no shiro
Genre : Aventure et Fantastique
Date de sortie : 15 décembre 1979

On ne présente plus Hayao Miyazaki, considéré par beaucoup comme l’un (voir le) père de l’animation japonaise, ses œuvres sont aussi diversifiées que fantastiques. Mettant en scène des personnages forts, de la magie, des questionnements écologiques ou universels, ses films sont largement appréciés de (presque) tous.

Le Château de Cagliostro, réalisé en 1979, est donc son premier film, avant son arrivée au Studio Ghibli. Long-métrage adapté de la série animée « Lupin III », il raconte une aventure d’Edgard de la Cambriole qui se retrouver propulsé dans une histoire mêlant cambriolage de banque, faux billets, princesse et comte mal intentionné.

Si l’histoire en elle-même et le style graphique (repris de la série) diffèrent de ce que l’on verra par la suite, certains éléments se retrouvent dans ses réalisations futures. L’importance accordée aux mécaniques (comme dans le Château ambulant) et notamment aux avions ou engins volants (Porco Rosso, Le Vent se Lève, Le Château dans le ciel), est ainsi déjà perceptible. Le scénario s’oriente davantage dans une veine absurde et amusante, que ce soit par les dialogues ou les agissements des personnages. Aussi, l’on constate que l’on est définitivement moins entraînés dans un périple épique (Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, Nausicaa de la Vallée du vent) ou dans un conte poétique (Ponyo sur la falaise, Mon Voisin Totoro) que dans une aventure rigolote. Les personnages, malgré leurs actions pas toujours logiques ou vertueuses, se révèlent attachants et aucune faute de rythme n’est à déplorer. En ce qui concerne l’animation, elle se trouve évidemment en-deçà de ce que parviendra à réaliser Hayao Miyazaki par la suite, mais il semble nécessaire de garder à l’esprit l’époque (1979) et les moyens mis en œuvre, car tous deux diffèrent de ce qu’il est possible de réaliser actuellement.

Le Château de Cagliostro souffre probablement d’une comparaison par rapport à l’animation plus récente, il n’en reste pas moins un bon film qui offre un agréable moment de divertissement et permet de découvrir les débuts d’un réalisateur extrêmement talentueux.

 

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les Oiseaux
I want to eat your pancreas
Another day of life

Festival Anima 10 : Penguin Highway de Hiroyasu Ishida

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Penguin Highway est le dixième film que nous avons vu au Festival Anima où il était présenté en avant-première. Il s’agit d’un film d’animation japonais, réalisé par Hiroyasu Ishida et issu du studio Colorido dont c’est le premier long-métrage.

L’histoire s’inspire d’un livre écrit par Tomihiko Morimi. Ce n’est pas la première fois que les œuvres de ce dernier sont adaptées pour le grand (et le petit) écran. En effet, il est l’auteur, notamment, de celles qui ont donné naissance à la série Tatami Galaxy et du film Night is Short, Walk on Girl, tous deux réalisés par Masaaki Yuasa (connu également pour Mind Game ou Lu Over the Wall (Lou et l’île aux Sirènes) et on attend (avec impatience) le prochain film, prévu pour cette année). Si l’on connaît un peu le ton que prennent ces créations, l’on ne s’étonnera pas de la loufoquerie et l’apparente « incohérence » absurde (mais très plaisante) qui émanent de Penguin Highway.

Origine : Japon
Titre original : Pengin haiwei
Réalisateur : Hiroyasu Ishida
Genre : Comédie, Science-fiction
Durée : 1h52
Sortie prévue en France : Printemps 2019

 « Pingouin dans les champs, hiver méchant »

C’est l’été. Aoyama est un jeune garçon très intelligent et curieux qui voudrait grandir plus vite. Il compte les journées qui le séparent de son âge adulte. Un jour, avec ses camarades de classe, il aperçoit un groupe de manchots dans un champ. Comment sont-ils apparus là et quel est leur but ? Sont-ils des extra-terrestres ? Des manchots domestiques abandonnés ? Se sont-ils simplement perdus ?

Aidé de ses amis, un jeune garçon peureux et une jeune fille surdouée, eux aussi passionnés par les sciences et les découvertes, ainsi que d’une jeune femme assistante dentaire dont il semble amoureux, Aoyama tentera de percer ce secret. Cette aventure les mènera à saisir certains mystères que renferme l’univers.

Le film nous entraîne sur différents sentiers ; entre coming of age, science-fiction, fantastique ou même romance, sans jamais nous perdre. Bien que toutes les causes et conséquences ne soient pas toujours limpides, l’on se plait à suivre cette aventure folle et les découvertes qui la peuplent. Il semble cependant difficile de discuter réellement du scénario sans en amoindrir l’effet de surprise, utile pour une meilleure appréciation du métrage. Nous tâcherons donc de ne pas verser dans l’analyse de celui-ci (qui pourrait néanmoins être intéressante et multiple) afin de ne pas gâcher l’expérience.
Les personnages sont originaux, petits enfants aux allures et réflexion d’adultes dont les cheminements de pensées peuvent s’avérer déconcertants, quelques fois. Bien que l’humour ne fasse pas défaut, quelques ressorts comiques n’échappent pas à une certaine redondance et à un manque de subtilité.

Visuellement, le film est très réussi et l’on ne peut qu’espérer voir prochainement d’autres réalisations sous forme de longs-métrages issues du Studio Colorido. Les décors fourmillent de détails, les textures offrent un très beau rendu et l’animation est fluide ; les différentes transformations ou métamorphoses sont vraiment agréables à observer.

Penguin Highway se révèle être un film original au scénario fortement surprenant et amusant. À conseiller si vous appréciez les histoires surréalistes qui mêlent différents genres, l’animation, les expériences scientifiques ou tout simplement les manchots (qui sont vraiment mignons).

 

Tous les Films vus à Anima en 2019 (liste en évolution jusqu’au 11 mars)

Virus Tropical
Okko et les fantômes
Mirai, ma petite soeur
Buñuel dans le labyrinthe des tortues
Chris the Swiss
Ruben Brandt, Collector
Tito et les Oiseaux
I want to eat your pancreas
Another day of life
Penguin Highway
Le Château de Cagliostro
The Tower
Funan
Palmarès