Home Auteurs Publication de Emmanuel Delextrat

Emmanuel Delextrat

Emmanuel Delextrat
371 PUBLICATION 19 COMMENTAIRES
Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j’ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La Soupe aux Choux, mais avec aussi de nombreux dessins animés comme les courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo, les longs métrages Disney avec Alice au Pays des Merveilles en tête, les animés japonais comme Sailor Moon et Dragon Ball Z ainsi que d’autres séries comme Batman et Tintin. Mes années 90 ont été bercées par les comédies avec Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête) ou d’autres films que j’adore comme Les Valeurs de la Famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à Tout Prix. C’est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par Casino Royale, Et Pour Quelques Dollars de Plus, Kill Bill ou encore Rambo. Collectionneur, j’attache de l’importance au matériel et j’ai réuni trois étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Et plus on découvre de nouveaux films, plus on se rend compte qu’il nous en reste en fait énormément à voir…

Batman (1989) de Tim Burton

0

Date de sortie : 23 juin 1989 (États-Unis),
13 septembre 1989 (France)

Réalisateur : Tim Burton
Acteurs principaux : Michael Keaton, Jack Nicholson, Kim Basinger, Michael Gough
Genre : Super-héros, fantastique
Nationalité : Américain
Compositeur : Danny Elfman, Prince

Un monstre ailé terrorise…
vous n’avez encore rien vu !

Michael Keaton exquis de bout en bout !

Après le succès de Beetlejuice, Tim Burton obtient la réalisation d’un long métrage sur l’homme chauve-souris par Warner Bros, l’occasion d’utiliser sa fibre artistique afin de créer lui-même son interprétation de Batman, sa face cachée l’ayant toujours fasciné. C’est ainsi que naquit le premier film sérieux sur le personnage de Bob Kane, là où le long métrage et la série télévisée de 1966 faisaient passer le chevalier noir pour un véritable comique. Les comics des années 80 ayant enfin replacé Batman comme détective digne de ce nom, notamment avec des œuvres comme The Killing Joke et Year One, l’homme chauve-souris troque son costume bleu pour une imposante combinaison noire afin de mieux se fondre dans la nuit. Le scénario dépeint une Gotham City très sombre, ravagée par le crime et les gangsters, deux d’entre eux étant rapidement neutralisés par Batman sur les toits, ce dernier demandant même à ce qu’ils fassent la publicité de ses actes à leurs semblables, marquant d’emblée sa volonté d’être craint de tous. Doté d’un rythme renforçant l’intrigue d’une manière particulièrement efficace, le film a beaucoup marqué son époque et reste cultissime pour son esthétique sombre et malsaine, à tel point qu’il fut un temps classé parmi les films horrifiques. Il aura en outre créé le thème musical historique de Batman, dont seul Danny Elfman pouvait avoir le secret, popularisé le logo de la chauve-souris entouré d’un ovale jaune, ainsi que sa précieuse Batmobile.

La Batmobile, symbole de la puissance technologique de Batman.
Un regard sombre et glaçant d’une redouable efficacité !

Pour le rôle de Bruce Wayne, Burton reprend Michael Keaton après l’excellence de son interprétation sur Beetlejuice, la taciturnité du personnage apportant un contraste considérable avec l’excentricité du précédent. Le film comporte notamment Kim Basinger (Jamais Plus Jamais, Cool World, LA Confidential) dans le rôle de la journaliste Vicki Vale, Michael Gough (Le Cauchemar de Dracula, Le Fantôme de l’Opéra, Jules César) dans le rôle d’Alfred, Billy Dee Williams (Lando Calrissian dans L’Empire Contre-Attaque et Le Retour du Jedi) pour le procureur Harvey Dent, ainsi que Pat Hingle (Le Retour de l’Inspecteur Harry) dans le rôle du commissaire James Gordon. Mais c’est pourtant Jack Nicholson (Vol Au-Dessus d’un Nid de Coucou, Shining, Mars Attacks !) qui est cité en premier dans le casting pour mieux voler la vedette au justicier masqué avec son interprétation magistrale du gangster Jack Napier. La première partie du film est à ce sens très réussie grâce à son ambiance noire et malsaine mettant en concurrence plusieurs mafieux dont un infiltré dans la police. Nicholson joue particulièrement bien celui qui s’apprête à tomber dans une cuve d’acide avec son chapeau noir, ses regards ténébreux et ses cartes à jouer dont un magnifique plan dévoilant un Joker avec l’impact d’une balle. L’intrigue est intensivement ficelée en cherchant à ne dévoiler la véritable identité du méchant que bien plus tard pour mieux profiter de son personnage de base.

Une façon symbolique d’annoncer la couleur !

 

Je suis le premier artiste assassin au monde en parfait état de marche !

« Jack est mort mon ami : tu peux m’appeler… Joker ! »

Et c’est là le grand point fort du film, Nicholson exprimant parfaitement l’essence de la personnalité du Joker avec sa folie destructrice, qui le fait tirer sur un de ses hommes par simple vexation ou encore marteler violemment la gâchette car la mort vient bien trop vite avec une seule balle. Ses blagues pas drôles dont il est le seul à rire le rendent d’autant plus dangereux avec une poignée de main provoquant une décharge électrique (« On va faire des coups fumants, et une java du tonnerre ! »), une publicité pour les produits de beauté qui déforment les visages en leur donnant un sourire forcé, ainsi que des ballons en forme de clown remplis de gaz hilarant. Sa dangerosité mortelle laisse également place à un style très distingué, tel le lancer de plume en pleine gorge (« La plume est plus forte que l’épée ! ») en plein rassemblement. Le passage le plus exquis reste celui où il revient vers son ancien patron, filmé en train d’avancer doucement depuis le fond de l’écran avec le visage dans l’ombre laissant petit à petit apparaître sa face blanchie, alors que la tension laisse place au thème comique « Waltz to the death », complètement décalé avec le dramatique de la situation pour mieux aller de pair avec le sourire dérangé du Joker. Le comique de ses interventions est également valorisé par les compositions de Prince, ayant produit la motion picture soundtrack du film, avec la piste « Partyman » quand il défigure les peintures dans le restaurant ou encore « Trust » lorsqu’il attire la foule en jetant des billets en pleine rue.

« Il m’arrive aussi de ne pas très bien savoir, c’est quelque chose que je dois faire. »

La figure de Batman est également creusée à l’occasion, à commencer par son alter ego Bruce Wayne. Michael Keaton réussit brillamment à dépeindre le côté asocial (quand il suit discrètement Vicki et son collègue dans le manoir) et tourmenté du personnage (quand il confie sa double vie à Vicki), avec une touche tantôt tragique (la rose qu’il place dans la rue où sont morts ses parents), tantôt comique (le tête-à-tête pendant lequel ils sont assis bout à bout le long d’une table de plusieurs mètres, les obligeant à se lever pour se passer le sel). Batman passe quant à lui en premier lieu pour un ennemi, étant encore inconnu des policiers qui tentent parfois de lui tirer dessus, mais prouve au fil du film qu’il est bien là pour protéger la population et le confirme même en offrant le bat-signal à la ville pour marquer la séquence finale. Burton ayant osé modifier le scénario d’origine en faisant de Jack Napier l’assassin des parents de Bruce, ce dernier conserve une relation particulière avec lui et doit sans cesse se retenir de tuer pour respecter son éthique, le Joker accentuant son tourment avec son illustre réplique « N’as-tu jamais dansé avec le diable au clair de lune ? ».

« Gotham City… cette ville me donne toujours envie de sourire ! »

 

Le curé n’attend pas,
il faut être à l’heure à l’église !

« Je t’ai fait, mais toi tu m’as fait le premier. »

S’il y parvient tant bien que mal dans un premier temps, on remarque qu’il se débarrasse de pas mal de gangsters après cette douloureuse nouvelle. Il annonce même au Joker qu’il va le tuer lors d’une séquence d’anthologie suivant l’ascension de la cathédrale, dans un affrontement à l’ancienne où Vicki et lui-même doivent se cramponner pour résister à ses piétinements. La folie du personnage atteint son apogée avec de nombreuses blagues parsemées de son rire retentissantTu frapperais pas un type avec des lunettes quand même !! » lorsque Batman le cogne, « Qu’est-ce qui te fait rire toi !!? » en regardant la gargouille qui exprime tout sauf la joie, « Je lui ai donné la main !! » quand il piège Vicki en lui faisant croire qu’il veut l’aider à remonter en utilisant une fausse main), sans compter son dentier qui tombe et le poing qu’il s’éclate en voulant frapper Batman. La mise en scène est d’une redoutable efficacité et on aurait presque pitié du pauvre Joker, jusque-là toujours très sûr de lui, qui laisse pourtant transparaître un sacré désespoir sur son visage alors qu’il glisse petit à petit le long des barreaux de l’échelle ; mais ce qui ne l’empêche pas de garder le sourire une fois écrasé par terre, avec un petit rire automatique qui se déclenche.

Cultissime parmi les adaptations de Batman, l’œuvre de Tim Burton a su donner un nouveau souffle à la franchise grâce à l’interprétation sombre du justicier et au jeu d’une justesse rare de Jack Nicholson. Plusieurs adaptations verront le jour en jeux vidéo, notamment un jeu NES qui ne fera que s’inspirer du film, mais aussi une très sympathique version Game Boy et une version Mega Drive plus fidèle et aux graphismes affinés. Parallèlement au tournage du prochain film, c’est surtout la célèbre série animée de 1992 qui popularisera fortement Batman auprès des plus jeunes, avec un thème musical composé par Danny Elfman lui-même et de nombreux méchants de qualité dont un Joker tout juste exceptionnel doublé par le génialissime Pierre Hatet, connu pour la VF mythique de Christopher Lloyd. Un film d’anthologie qui connaîtra une suite exceptionnelle.

 

Aladdin et le Roi des Voleurs, de Tad Stones

0

 

Date de sortie : 13 août 1996 (États-Unis),
7 novembre 1996 (France)

Réalisateurs : Tad Stones
Doubleurs principaux : Guillaume Lebon, Richard Darbois, Alain Dorval, Jacques Frantz, Magali Barney
Genre : Animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Carl Johnson et Mark Watters

Un rapprochement tant attendu !

Dernier volet de la trilogie Aladdin, Le Roi des Voleurs se déroule après l’éviction définitive de Jafar alors que le mariage entre Aladdin et Jasmine est sur le point de se concrétiser. De bien meilleure qualité que son prédécesseur, il puise de nouveau dans les contes des Mille et une Nuits en faisant intervenir une bande de quarante voleurs menée par un certain Cassim, qui n’est autre que le père d’Aladdin, que ce dernier croyait mort. Ne l’ayant jamais connu, il se retrouve embrigadé dans ses plans de trouver un trésor caché sur une île qui change régulièrement de place. La thématique de la relation père fils est alors bienvenue, Aladdin doutant de sa capacité à être un bon père une fois marié, n’ayant jamais connu de modèle familial. L’inspiration d’Ali Baba et les Quarante Voleurs ne s’arrête pas là avec un repaire accessible au pied d’une montagne en prononçant la formule « Sésame, ouvre-toi ! » ; de plus, le frère d’Ali Baba s’appelle aussi Cassim dans ce même conte.

Des personnages d’une grande finesse !
Des retrouvailles touchantes.

Techniquement, Aladdin et le Roi des Voleurs reste bien en deçà du premier film de la trilogie. On retrouve les mêmes soucis de couleurs que dans Le Retour de Jafar, Aladdin et Jasmine ayant pris un bronzage hors norme et les habits du sultan virant parfois au jaune foncé entre deux plans de la même scène. Les chansons vont du médiocre au correct en passant par la niaiserie : on retient surtout la sympathique introduction « C’est la fantasia à Agrabah » pendant laquelle le génie annonce la cérémonie du mariage, l’entraînante « Bienvenue aux quarante voleurs » alors qu’Aladdin prend la place de Sa’luk après l’avoir vaincu en face à face, ainsi que « Dites oui ou non » prononcée par ce dernier et une partie des voleurs en guide de vengeance. Si la voix française d’Aladdin n’est plus la même, les autres personnages conservent les mêmes et Sa’luk a l’honneur d’être doublé par Alain Dorval, déjà derrière Pat Hibulaire et Sylvester Stallone.

La grande épreuve !
« Il n’aurait pas la tête de l’ennemi public n°1 !? »

Le génie en fait de nouveau des tonnes en faisant référence à d’autres personnalités comme Vito Corleone du Parrain, Rocky Balboa, RoboCop, Elvis Presley et Forrest Gump. Il apparaît également sous les traits de nombreux personnages de l’univers Disney : on trouve ainsi Blanche-Neige, Cendrillon, la Fée Clochette, le Lapin Blanc d’Alice au Pays des Merveilles, Pocahontas et Pumbaa du Roi Lion. Les clins d’œil vont plus loin avec Mickey Mouse dans une parodie de Steamboat Willie, une apparition en Pluto et même une en Jasmine. Dans la première version du scénario, Aladdin devait retrouver son frère Mozenrath, présent dans la série télévisée. Mais le comédien qui lui prêtait sa voix n’ayant pas voulu reprendre son rôle, le réalisateur préféra se démarquer de la série en imaginant de nouveaux personnages comme Cassim et Sa’luk.

L’île de la Tortue.
Le prix de la cupidité.

Alternant action et dialogues, le scénario fonctionne et mène vers une aventure intéressante au cœur des trésors où la cupidité se paie avec la Main de Midas, qui transforme en or tout ce qui la touche, y compris un être humain. La trilogie se conclut d’une belle manière avec la réapparition du marchand chantant une dernière reprise de « Nuits d’Arabie ». Inventif de bout en bout, Aladdin aura su imposer un univers très riche donnant lieu à une série animée appréciable ainsi qu’à deux suites faisant partie des plus marquantes des classiques Disney malgré une qualité largement inférieure à celle de son modèle.

Pee-Wee’s Big Adventure, le 1er film de Tim Burton

0

Date de sortie : 9 août 1985 (États-Unis),
3 juin 1987 (France)

Réalisateur : Tim Burton
Acteurs principaux : Paul Reubens, Elizabeth Daily, Mark Holton, Diane Salinger
Genre : Comédie
Nationalité : Américain
Compositeur : Danny Elfman

Premier film de Tim Burton après des courts métrages comme Doctor of Doom, Vincent et Frankenweenie, Pee-Wee’s Big Adventure raconte une nouvelle histoire du célèbre personnage que Paul Reubens interprétait dans ses spectacles. Adulte d’apparence mais très enfant dans sa tête, il va vivre des mésaventures en voulant absolument récupérer sa bicyclette rouge, volée par un méchant voisin de quartier. Complètement barré, le film nous emmène dans des situations de plus en plus burlesques avec des gags qui arrivent de très loin : un accident au ralenti suite à des panneaux indiquant des virages au fléchage impossible, Pee-Wee qui se sort d’une mauvaise situation avec des motards en dansant dans un bar sur la musique « Tequila de The Champs », des courses-poursuites ridicules avec un Bud Spencer du pauvre parce qu’il avait passé du temps avec sa fiancée Simone qui rêve de voyager à Paris, tout y passe !

L’humour très à l’ancienne est axé sur des bruitages, une VF très drôle et aiguë pour le personnage principal et des situations cartoonesques comme le coup du panneau qui fait croire que la route continue, ou encore les yeux seuls qui restent visibles dans le noir. Si cet humour très cru reviendra plus tard chez Burton dans des films comme Mars Attacks, on trouve quelques passages qui parviennent à provoquer une certaine peur avec cet acharnement de l’entourage sur l’individu. Danny Elfman imprègne brillamment le film d’une bande originale comique avec des pistes rappelant des musiques de cirque. À noter que Paul Reubens et Diane Salinger se retrouveront au tout début du futur Batman Returns pour interpréter les parents d’un personnage torturé qui deviendra un des antagonistes les plus marquants de l’histoire. Un bon film dont le succès aura permis à Tim Burton de se lancer dans le cinéma avec des films comme Beetlejuice, Batman et Edward aux Mains d’Argent.

Le Retour de Jafar, de Toby Shelton, Tad Stones et Alan Zaslove

0

 

Date de sortie : 20 mai 1994 (États-Unis), 4 mai 1995 (France)
Réalisateurs : Toby Shelton, Tad Stones et Alan Zaslove
Doubleurs principaux : Paolo Domingo, Richard Darbois, Féodor Atkine, Magali Barney
Genre : Animation
Nationalité : Américain
Compositeur : Mark Watters

De nouvelles aventures dans la joie et la bonne humeur !

Deux ans après le phénomène Aladdin, Le Retour de Jafar marque la première tentative des studios Disney dans l’exploitation de créer des suites pour ses « Grands Classiques ». S’il ne s’agit pourtant pas de la première suite en tant que telle (Bernard et Bianca ayant sorti un deuxième épisode de grande qualité peu avant), c’est bien le tout premier long métrage à sortir directement en vidéo (VHS à l’époque) sans passer par la case cinéma : c’est la raison pour laquelle il n’est affublé que d’un simple « Classique ». Le scénario se déroule un an plus tard, alors qu’Aladdin est installé au palais avec Jasmine, mais remet régulièrement ses habits de mendiant pour déjouer les coups montés de malfrats cherchant à dérober des richesses. C’est de cette manière qu’il arrête la bande d’Abis Mal, un piètre voleur qui va malgré lui obtenir une certaine importance. L’univers arabique est bien respecté entre la ville et le désert, toujours renforcé par une reprise de la chanson d’introduction « Nuits d’Arabie » qui nous plonge une nouvelle fois dans cette ambiance emplie de mystère.

Un duo de méchants de choc !
C’est là qu’on voit que la direction artistique en a vraiment pris un coup…

Une des principales nouveautés réside dans la figure de Iago, qui commence à se lasser de toujours avoir à suivre les ordres de Jafar et semble vouloir prendre son indépendance comme il le met si bien en avant dans sa chanson « Je prends soin de ma vie ». De retour au palais, il va alors sympathiser avec Aladdin et ses amis, toujours avec cette arrière-pensée de se servir de leur confiance pour mieux aider Jafar à revenir. Ce dernier est accidentellement libéré par Abis Mal, qui malgré lui prend une certaine importance en lui permettant de revenir se venger à Agrabah. Malgré un synopsis vraiment intéressant, le film peine à convaincre en annonçant ce qu’allait être les nombreuses suites de grands classiques à venir. En effet, l’animation est clairement au rabais et les doublages, pourtant assurés par les mêmes personnes, ne sont pas du tout aussi soignés. Les couleurs changent aussi trop souvent de teint, notamment les vêtements du sultan deviennent presque roses lors d’une scène. La quête d’identité d’Aladdin continue alors que le sultan lui propose de devenir son nouveau grand vizir, rôle qu’il ne pourra pas accepter. Le génie effectue son retour et remet un peu de joie et d’animation dans ce scénario qui manque de punch, ses gags n’étant plus aussi drôles et sa seule référence notable concernant le personnage de Rambo.

« Ta folie des grandeurs n’est pas à la hauteur, tu n’es qu’un amateur ! »

Sa petite confrontation face à Jafar sous forme de génie reste toutefois amusante : si les chansons du film sont clairement anecdotiques, le pastiche  « Tu n’es qu’un amateur » sait se montrer drôle et sympathique. Malgré une certaine prestance et une forme de génie imposante, Jafar perd toutefois fortement en charisme avec ses vêtements devenus rouges et ses animations bien plus grossières. Sa possibilité de prendre la forme de qui il souhaite aurait pu le rendre plus intéressant si la séquence où il pique une crise de trahison à Aladdin en se faisant passer pour Jasmine n’avait pas été aussi cliché et surjouée. Le plus astucieux reste le rôle de Iago lors de l’affrontement contre un Jafar tout puissant, durant lequel il projette lui-même la lampe dans la lave pour l’achever. Au détour de sa qualité générale relativement moyenne, Le Retour de Jafar a essentiellement marqué pour son statut de première suite directe honorable de l’histoire de Disney. Il a surtout servi d’épisode pilote pour la série animée Aladdin, racontant par la suite plusieurs petites histoires mettant en scène les personnages connus, accompagnés de Iago et avec un Jafar enfin terrassé.

« Un génie ne peut tuer personne, mais il peut t’en faire voir des vertes et des pas mûres ! »

Batman Silence, de Justin Copeland

0

 

Date de sortie : 21 août 2019 (1h 22min)
Réalisateur : Justin Copeland
Comédiens de doublage : Emmanuel Jacomy, Françoise Cadol, Jean-François Lescurat, Kelvine Dumour
Genre : Animation, super-héros
Nationalité : Américain
Compositeur : Frederik Wiedmann

« Eh bien ça alors pour une surprise : Bruce Wayne dans une soirée de gala ! »

Adapté de la série de comics de Jeph Loeb et Jim Lee, Batman Silence place le chevalier noir au cœur d’un complot faisant intervenir une grande partie de ses ennemis principaux. Alors qu’il part secourir un enfant enlevé par Bane bien que ce soit inhabituel dans le mode opératoire de ce dernier, il chute lourdement suite au tir bien placé d’un mystérieux personnage et se retrouve à l’hôpital entre les mains du docteur Thomas Eliott, un ami d’enfance qui ne semble pas tout à fait innocent dans l’affaire. L’essentiel de l’intrigue se concentre autour de la traque de celui qui tire les ficelles pour anéantir Batman, plusieurs antagonistes se faisant manipulés un par un afin de faire croire à un stratagème. La direction artistique renoue avec un style à l’ancienne, notamment pour le costume d’Harley Quinn qui retrouve son costume de la série animée de 1992 ainsi que la VF succulente de Kelvine Dumour.

« Silence, Batman. Silence… »
« C’est ta couleur préférée, si je ne m’abuse. »

Entre Poison Ivy qui tente de charmer Catwoman, Batman qui défonce le Joker sans preuve qu’il ait tué qui que ce soit (mettant ainsi lourdement à l’épreuve son code d’honneur), Nygma qui attaque en pleine rue et l’Épouvantail qui sème la terreur en plein cimetière, le panel est d’autant plus large que des séquences d’action avec d’autres méchants sont résumées en quelques images. La présence de Nightwing et de courtes apparitions comme celles de Batgirl et de Shiva Al Ghul renforcent davantage l’ampleur des mystérieux événements qui sévissent à Gotham. Et d’ailleurs pas que, car Bruce se rend un instant à Metropolis afin d’avertir Superman de ce qui se trame, donnant ensuite lieu à une séquence d’action assez intéressante.

« Arrête-moi si tu la connais : deux types entrent dans un bar… »
« Ça fait si longtemps qu’on se tourne autour. Est-ce que tu n’es pas un peu… curieux ? »

L’autre pan du scénario concerne la romance entre Batman et Catwoman. Selina est en effet de retour après un bon moment d’absence et les deux personnages semblent plus que d’habitude dans l’idée de concrétiser quelque chose ensemble, en témoignent les étreintes et autres baisers qui les relient. Allant jusqu’à lui révéler son identité secrète, Bruce fait alors équipe avec elle pour démasquer cet étrange homme au visage couvert de bandes. L’intrigue se révèle alors pleine de rebondissements avec une identité d’antagoniste inattendue et des séquences d’action poignantes et sanglantes mettant une nouvelle fois Batman au défi de ne laisser mourir personne. Différent du comics sur plusieurs points, ce Batman Silence reste dans la lignée des adaptations vidéo de très bonne facture !

« Un jour, peut-être… mais pas aujourd’hui. »

Aladdin (1992), la Magie de la Lampe Merveilleuse

0

Date de sortie : 25 novembre 1992 (États-Unis), 10 novembre 1993 (France)
Réalisateurs : John Musker et Ron Clements
Doubleurs principaux : Paolo Domingo, Richard Darbois, Féodor Atkine, Magali Barney
Genre : Animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Alan Menken, Howard Ashman, Tim Rice

 

Ô nuits d’Arabie !!

« Ne vous laissez pas rebuter par son apparente banalité : comme tant d’autres choses, ce n’est pas ce qu’il y a à l’extérieur, mais ce qu’il y a à l’intérieur qui compte. »

Sorti au beau milieu du deuxième âge d’or des studios Disney, Aladdin s’inspire à la fois du conte éponyme des Mille et une Nuits et du film britannique Le Voleur de Bagdad (Ludwig Berger, Michael Powell et Tim Whelan, 1940). On y suit les péripéties d’un jeune orphelin qui survit en dérobant de la nourriture au marché dans la ville fictive d’Agrabah, tandis que la princesse Jasmine, qui se sent elle-même prisonnière d’une condition où on l’oblige à épouser un homme du même rang social, se lance le défi de rencontrer le monde extérieur et fuyant son palais. Pendant ce temps, le grand vizir Jafar, qui souhaite devenir sultan à la place du sultan (toute ressemblance avec un personnage de bande dessinée serait fortuite), cherche à rentrer dans la Caverne aux Merveilles pour y rapporter une lampe magique contenant un génie capable d’exaucer trois souhaits. Le Trésor de la Lampe Perdue, sorti deux ans auparavant, avait déjà excellé dans cette thématique tout en sublimant l’univers de La Bande à Picsou.

« Qui donc vient troubler mon repos !? »
Le sublime palais d’Agrabah, largement inspiré du Taj Mahal.

Le ton grave à l’esthétique arabique est donné d’entrée de jeu avec la très intense chanson « Nuits d’Arabie », dévoilant tour à tour le désert, l’imposante devanture du palais et la dangerosité des rues. Le marchand ambulant fait alors office de narrateur en racontant l’histoire, après avoir éveillé la curiosité du spectateur en dévoilant la lampe magique et cet étrange « diamant d’innocence » qui serait le seul à la mériter. La narration accentue d’ailleurs le côté sombre du scénario en enchaînant directement avec une scène dévoilant d’ores et déjà celui qui semble être le méchant de l’histoire ainsi que l’imposante gueule de tigre animée servant d’entrée à la Caverne aux Merveilles. L’alternance entre passages sombres, joyeux, mélancoliques et comiques est brillamment gérée tout au long du film.

« Tout ça pour un morceau de pain !? »

L’aspect profondément comique de l’œuvre fait son entrée à la scène suivante tandis qu’Aladdin échappe aux gardes en dévalant les rues en prononçant la fort sympathique chanson « Je Vole ». Les animations se montrent déjà comme étant de hautes volées et les réalisateurs se plaisent à ridiculiser les gardes, incapables d’arrêter le jeune-homme alors qu’ils sont armés et bien plus nombreux. Le passage confirme également l’habitude de Disney d’accompagner ses personnages phare d’une petite mascotte. Ainsi, Aladdin fait équipe avec un petit singe nommé Abu, tandis que Jafar apparaît toujours accompagné de son vil perroquet Iago ; de son côté, Jasmine a carrément un tigre adulte comme animal de compagnie, Rajah, doux comme un agneau mais suffisamment protecteur pour arracher le derrière du pantalon des prétendants qui osent venir importuner sa maîtresse.

 

Dix millénaires,
ça vous flanque un de ces torticolis !!

« Un dessert du tonnerre, un éclair, car je suis ton meilleur ami ! »

Et que serait Aladdin sans le génie, cet être surnaturel parmi les mieux animés de toute l’histoire de Disney avec ses très nombreuses imitations bourrées de références à toutes sortes de personnalités (Arnold Schwarzenegger avec ses gros muscles, Robert de Niro dans Taxi Driver et Jack Nicholson avec ses airs de gangster). Interprétée par le génialissime Richard Darbois (Robin Williams en VO), sa chanson mythique « Je suis ton Meilleur Ami » résume à elle seule tout le génie du personnage ! En effet, il accompagne la moindre de ses turlupinades par diverses animations comiques « Plat divers colonne A, fruits d’été colonne B. », souvent une métamorphose de son corps en être vivant ou en objet ayant ses traits de visage, à la manière du Joker dans l’univers de Batman. Par exemple, se transformer en chèvre et parler en bêlant après avoir dit à Aladdin qu’il allait le faire devenir chèvre, ou lui dire qu’il lui donne le bourdon et qu’il doit voler de ses propres elles tout en étant sous forme d’abeille.

« Ça pince, monseigneur ! »

Il fait également apparaître toutes sortes d’animaux et de personnages selon les situations, notamment lors de l’emblématique chanson « Balkany Prince Ali », pendant laquelle il se fait plaisir en inventant tout un cortège pour Aladdin devenu prince grâce à son premier souhait. Il a aussi le pouvoir de fortement modifier l’apparence d’un personnage et d’agir directement sur quelqu’un, comme Abu qui devient un éléphant pour porter Aladdin. De manière générale, il est génialement envahissant au point de se trouver lui-même à l’intérieur du poulet qu’il sert à Aladdin durant sa chanson. Les références vont encore plus loin avec de petits caméos de précédents classiques Disney. Le génie remplace un instant sa tête par celle de Pinocchio avec le nez qui s’allonge, il sort Sébastien (le crabe de La Petite Sirène) d’un livre de cuisine, La Bête se trouve parmi l’empilement de jouets avec lesquels s’amuse le sultan, tandis qu’il porte une casquette à l’effigie de Dingo tout à la fin.

 

Je vire, délire et chavire
dans un océan d’étoiles !

Quand on vous dit que ce n’est que votre imagination…

Le merveilleux et la romance restent au cœur du récit. L’univers onirique est accentué par la beauté de la Caverne aux Merveilles, notamment par cette salle envahie de pièces d’or et de coffres remplis d’objets de valeurs. L’animation de la très imposante gueule du tigre ainsi que de la lave jaillissante étaient une véritable prouesse technique pour 1992 et demeurent aujourd’hui une petite claque visuelle. La romance est marquée par la volonté d’Aladdin d’acquérir le cœur de Jasmine, elle-même cherchant désespérément autre chose que de banals prétendants sans sentiment. Parmi les plus marquantes du genre, la chanson « Ce Rêve Bleu » est sans doute ce qui symbolise le mieux cette thématique.

« Comment osez-vous, tous les trois, vous êtes là à comploter pour décider de mon avenir. »

En plus de sa romance chère aux productions Disney, l’esprit du film combat le superficiel et semant des valeurs morales durant sa narration, à commencer par l’importance de l’essence (l’intérieur) par rapport à l’apparence (l’extérieur) des choses. La loi obligeant la princesse à épouser un prince (qui plus est avant son prochain anniversaire, qui pour en rajouter une couche arrive dans trois jours) est largement remise en cause par la première concernée (« Je ne suis pas le premier prix d’une tombola !! »), ce qui amène le sultan à briser cette règle ancestrale (« Mais que fais le sultan devant une loi insultante ? ») afin que Jasmine puisse choisir Aladdin. Les valeurs de la liberté sont proclamées par l’utilisation du dernier souhait pour libérer le génie, qui était pourtant prêt à ce qu’Aladdin redevienne un prince (« Qu’est-ce qu’une éternité de servitude à côte de l’amour ? »). Les limites des pouvoirs du génie reflètent quant à elles une certaine éthique visant à interdire l’homicide, la résurrection des morts et les sentiments forcés envers quelqu’un.

 

Ce soir, le rôle d’Ali
sera joué par un acteur grand,
ténébreux, sinistre et moche

La crédibilité à l’état pur !

Un autre grand point fort du film est évidemment Jafar, méchant rapidement repéré du haut de son grand costume noir mais terriblement efficace dans son traitement. À l’opposé du sultan qui est excessivement gentil, simplet, parfois même enfantin, petit et vêtu de beige, Jafar se trouve quant à lui grand et sombre, malin et perfide au point d’entraîner Aladdin récupérer la lampe à sa place en se déguisant en vieux prisonnier anorexique. Jouant la comédie pour renverser le pouvoir, il se retrouve parfois dans des situations comiques, du style écrasé contre le mur par la porte d’entrée durant la chanson « Prince Ali », ou encore avec un habit de sultan qui contraste totalement avec la noirceur de son visage. Il va alors de pair avec son compagnon Iago, qui multiplie les running-gags tout au long du film (« Chaque fois que j’déprime, ça m’déplume ! »). Plus subtil, son costume de sorcier diffère légèrement de son costume de vizir : ses épaulettes sont bien plus pointues et son couvre-chef remplace sa plume et son extrémité ovale par deux pointes sur les côtés.

« Ah je suis un serpent… alors si c’est là ce que tu sssouhaites, je ssserai donc ce ssserpent ! »
Les aléas de la soif de pouvoir !

Le combat final est intense grâce au pouvoirs acquis par Jafar, qui s’amuse avec Aladdin au point de se transformer en serpent (à l’image de son trône et de sa canne hypnotiseuse) suite à une simple injure lancée par ce dernier. Si de nombreux signes témoignaient déjà de la soif de pouvoir du personnage, c’est paradoxalement en cherchant à devenir toujours plus puissant qu’il court tout seul à sa perte. D’abord « sorcier le plus puissant de l’univers » puis cobra royal, il utilise alors son dernier vœu pour dépasser celui qu’il qualifie d’esclave en lui demandant de le faire devenir « le génie le plus puissant de la Terre », sans penser qu’il se retrouverait neutralisé dans sa propre lampe. Une ruse fort bien menée pour un des affrontements les plus mémorables de tout Disney ! Il est juste dommage que Jafar n’ait pas une chanson diabolique aussi marquante que ses confrères (Ursula, Gaston, Scar, Frollo, …), même si sa courte reprise parodique de « Prince Ali » se montre succulente grâce à l’apparence monstrueuse qu’il revêt en éclatant de rire.

« Si tu veux faire la cour à la donzelle, il vaut mieux pas qu’tu tires dans les coins, tu piges ? »

Comme tout bon disney, les références érotiques sont bien cachées mais décelables, à commencer par le génie, qui entame les hostilités en rappelant à Aladdin que c’est bien lui qui avait frotté sa lampe. Lors de la chanson « Prince Ali », il affirme qu’il y a du monde au balcon tout en arborant l’apparence d’une femme très plantureuse. Le conseil de son Jack Nicholson est tout aussi flou qu’il peut porter à confusion, tout comme la proximité entre Jafar et Iago se montre parfois étrange, surtout lorsque ce dernier se sent flatté après l’avoir grassement imité (« Oh Jafar, c’est trop ma grande, arrête ton char tu vas me faire rougir ! »). Plus direct mais pas nécessairement moins subtil, la diversion sensuelle à laquelle joue Jasmine (« Et votre barbiche est tellement… entortillée ! ») lorsqu’Aladdin se faufile derrière Jafar pour lui dérober la lampe participe également à cette vision pour adultes.

 

La guerre des Aladdin !

D’une qualité rarement égalée, Aladdin a rapidement donné lieu à une des premières suites de l’histoire des grands classiques Disney, Le Retour de Jafar, ainsi qu’à un troisième film mettant en scène les quarante voleurs. Pas moins de trois adaptations différentes ont vu le jour en jeux vidéo : une version très complète et fidèle sur Mega Drive, une version plus libre, plus jouable et pas moins agréable sur Super Nintendo, ainsi qu’une version avec du scrolling automatique et des passages absents des deux précédentes qui fait office de réelle prouesse graphique sur Master System. Une sympathique itération en trois dimensions est également sortie plus tard sur PlayStation avec Aladdin La Revanche de Nasira.

 

27 ans plus tard, Disney adapte de plus en plus de ses classiques en remake live et Aladdin n’échappe pas à la règle. Réalisée par Guy Ritchie, cette adaptation est une grande réussite grâce à sa grande fidélité, ses nombreuses nouveautés et scènes alternatives qui enrichissent le background de l’univers en lui offrant un nouvel aperçu.

Le Roi Lion (2019) de Jon Favreau

0

Date de sortie : 17 novembre 2019 (1h 58min)
Réalisateur : Jon Favreau
Doubleurs principaux : Jean Reno, Michel Lerousseau, Lévanah Solomon, Rayane Bensetti, Anne Sila
Genre : Animation, aventure
Nationalité : Américain
Compositeurs : Hans Zimmer, Elton John, Tim Rice

Bébé Simba est né

Trois ans après le somptueux remake du Livre de la Jungle, Jon Favreau remet le couvert pour les vingt-cinq ans du Roi Lion dans une adaptation recréant les décors et les personnages avec de superbes images de synthèse nous plongeant en plein cœur de la savane africaine. Comme toujours, il s’agit pour Disney de livrer un film d’une grande fidélité à un dessin animé ayant marqué son époque, tout en y apportant son petit lot de nouveautés et de modifications. Plus que jamais dans esprit shakespearien, l’œuvre tente de montrer d’une nouvelle manière le destin de Simba, jeune lionceau qui doit faire face à son destin en trouvant par lui-même sa place dans le cycle de la vie. Certains artistes reprennent ainsi leur rôle d’origine, à commencer par Hans Zimmer qui réorchestre ses compositions d’une très belle manière en insistant davantage sur certains passages. Jean Reno réitère son doublage pour le roi Mufasa, mais le vieillissement de sa voix la rend moins majestueuse et donne l’impression que le personnage est fatigué comme pour annoncer que son règne allait cesser.

Une symbolique toujours aussi parlante.

Le magistral Jean Piat étant malheureusement décédé en fin d’année 2018, il a fallu trouver quelqu’un d’autre pour doubler Scar en la personne de Michel Lerousseau, qui avait déjà prêté sa voix convaincante au mémorable Ernesto de la Cruz du pixar Coco. Pour Timon, Jamel Debbouze apporte un aspect comique plus marqué mais moins déjanté que Jean-Philippe Puymartin, tandis que Pumbaa perd son doublage reconnaissable pour une prestation qui manque de charme. Le doublage de Sébastien Desjours (VF de Bob l’Éponge) pour Zazu lui donne une voix encore plus joviale et aristocratique que dans le dessin animé, ce qui amène parfois le calao à surjouer. Juliette Degenne (VF de Famke Janssen et d’Uma Thruman) rend hommage à la reine Sarabi grâce à l’humilité et à la prestance de son doublage. Banzaï et Ed ont étrangement été renommés Azizi et Karami, le premier étant doublé par Jean-Baptiste Anoumon (VF de Jamie Foxx et de Michael B. Jordan) et le second renforce sa bêtise en étant désormais doué de paroles.

« Mufasa a toujours imposé trop de contraintes, trop de lois en matière de chasse. Quand je serai roi, je promets de n’imposer qu’une loi : la loi du plus fort, car le ventre d’une hyène n’est jamais plein. »

Elton John et Tim Rice sont également de retour dans l’élaboration des chansons. Fidèle au matériau d’origine, le film s’ouvre sur la très entraînante « Histoire de la vie » et son introduction reconnaissable par Lebo M. China Moses fait preuve d’une interprétation très enjouée avec une légère variante dans le rythme. C’est sans doute avec « Je voudrais déjà Être Roi » que la VF et le choix du réalisme montrent le plus leurs limites. Cette chanson peut en effet avoir des difficultés à convaincre avec la voix du jeune Ismaël El Marjou qui ne colle pas totalement ainsi que celle de Zazu qui fait clairement trop pompeuse, mais surtout à cause des plans de caméra qui peinent à retranscrire le visuel très coloré et hallucinatoire de l’animation d’origine. À deux doigts d’être retirée pour sa référence au nazisme, la chanson « Soyez Prêtes » a finalement été conservée bien qu’amputée d’une bonne partie de ses paroles, les seules en commun constituant les dernières phrases pendant lesquelles Scar monte en puissance (« Soyez prêtes pour le coup le plus génial, soyez prêtes pour le plus beau scandale. »). Si elle se trouve assez loin de la qualité de l’originale, Michel Lerousseau parvient tout de même à rendre ce moment fort grâce à un ton posé (« Mufasa fait partie du passé, d’une époque finie, révolue. […] Pour nous, les lions, les temps ont changé. ») qui monte en intensité avec une hargne particulière (« Je dis compromission, je dis conspiration, le crie humiliation : ces mots feront de moi le roi incontesté, respecté, salué, le seul dieu vivant qu’on acclame ! ») permettant à la mélodie d’accroître son intensité malgré la répétitivité des paroles finales (« Oui le roi vous invite à la fête : soyez prêtes ! »).

Timon et Pumbaa (à droite le redesign par l’illustrateur Ellejart).

La célèbre chanson « Hakuna Matata » est toujours aussi drôle et comporte quelques modifications appréciables, en plus du fait que Timon et Pumbaa vivent cette fois-ci en communauté avec toutes sortes d’animaux. En référence à l’engouement qu’elle avait provoqué à la sortie du dessin animé, Timon et Pumbaa s’étonnent du manque de réaction de Simba lors du démarrage (« C’est tout ce que ça te fait ? D’habitude, c’est l’euphorie ! »). Lorsque Pumbaa raconte son passé, le flashback le dévoile cette fois-ci comme un petit marcassin. Et mieux encore, le phacochère s’étonne que Timon ne l’arrête pas avant qu’il ne termine enfin sa phrase « … à chaque fois que je pète. » en plus de concrétiser physiquement l’échappée de gaz, ce dernier ayant lâché l’affaire après vingt-cinq ans de répétitions acharnées. Leur reprise de « Le Lion s’endort ce soir » est également allongée d’un peu plus d’une minute avant que Nala réalise un effet de surprise en leur bondissant dessus. Assez similaire à l’originale, la chanson romantique « L’Amour brille sous les étoiles » est ici interprétée par Anne Sila mais avec la voix de Michaël Lelong (VF de Simba adulte) en fond, offrant ainsi un timbre différent.

Le Rocher de la Fierté, toujours resplendissant.

Une nouvelle chanson nommée « Pour Toi » est également assurée par Anne Sila (ou Beyoncé en VO) lorsque Simba court pour rattraper Nala en retournant vers la Terre des Lions. En plus des chansons « Never Too Late » et « Mbube » respectivement interprétées par Elton John et Lebo M, ce dernier revisite la chanson d’introduction du Roi Lion II « He Lives in You ». On trouve aussi une référence à « C’est la Fête » de La Belle et la Bête à la place de la chanson populaire américaine « Hawaiian War Chant » lorsque Timon et Pumbaa font diversion pour que les hyènes ne repèrent pas Simba et Nala. Le dîner-spectacle organisé par Lumière est bien adapté à l’appât que représente Pumbaa et rapidement reconnaissable avec les paroles « Détendez-vous, ne pensez plus à rien, prenez place et laissez la haute gastronomie française vous présenter… votre dîner ! C’est… la… f…» avant que le duo ne parte en courant pour échapper aux hyènes.

Un rendu qui marque efficacement toute la rancœur de Scar.

Figure machiavélique s’il en est, le traitement de Scar est certes moins marquant que dans le dessin animé mais pas moins intéressant pour ce qu’il propose. Dans la continuité de la séquence montrant la beauté des lieux avec une petite souris qui trottine sur les pierres du Rocher de la Fierté avant d’arriver dans le repère de Scar, ce dernier émet un parallèle intéressant entre les différences de richesses qui submergent le monde (« Tandis que certains naissent dans l’abondance, d’autres passent leur vie dans l’obscurité, à quémander des miettes ! »). S’adressant au rongeur d’une manière plus personnelle (« La vie est injuste, n’est-ce pas mon jeune ami ? »), il va jusqu’à dire qu’il ne voit encore différence entre leurs deux situations tant il se sent mis à l’écart des autres lions. Cette rancœur s’oppose fortement à la bonté dont Mufasa fait preuve lorsqu’il affirme à Simba que « quand chacun se demande ce qu’il peut gagner, un vrai roi se demande ce qu’il peut offrir. ». Il est aussi intéressant de noter qu’on la retrouve symboliquement la souris indemne à la fin du film, au même moment que la nature revit lorsque Simba reprend sa place en tant que roi.

Passage à l’âge adulte…
Leader des hyènes, Shenzi en impose davantage.

Tandis que Scar évoque un duel passé entre Mufasa et lui-même dont il garde un souvenir amer, la cicatrice au niveau de son œil gauche semble y trouver son origine. Défaite qui pourrait tout aussi bien expliquer le fait que Scar craigne un affrontement de face avec Mufasa, et qu’il craigne d’autant plus la comparaison que les autres personnages font entre les deux frères quand le pouvoir bascule. Fait étrange : avant que Scar ne rassemble les hyènes pour assouvir sa soif de vengeance, il ne semblait pas connu de ses dernières lorsqu’il arrive vers elles, ces dernières ayant l’impression de revoir Mufasa venir au loin. Une idée loin d’être mauvaise si ce n’est qu’elle aurait mérité d’être approfondie pour gagner en clarté et en crédibilité. Les hyènes sont mises en avant d’une manière différente en se montrant d’emblée nombreuses lorsque Simba et Nala s’aventurent dans le cimetière d’éléphants. Shenzi gagne fortement en charisme en devenant un leader bien plus prononcé, sortant en dernier de sa tanière en arborant une carrure autrement plus imposante que ses congénères. Lors d’un combat final amélioré et intensifié grâce à la musique d’Hans Zimmer qui reprend sa mélodie de la poursuite des gnous avec un timbre à l’esprit bien plus combatif, Shenzi s’émancipe encore avec un joli face à face contre Nala avant de brillamment se retourner contre Scar en lui rappelant qu’effectivement, « le ventre d’une hyène n’est jamais plein ».

Un jeune lion adulte à la voix plus juvénile pour Simba.

Si la séquence pendant laquelle Zazu chantait diverses références musicales pour Scar depuis la cage thoracique qui lui servait de prison a été supprimée, une toute nouvelle scène renforce le personnage de Nala en la faisant se lever en pleine nuit afin de quitter la Terre des Lions et trouver de l’aide. Ce passage montre clairement la terreur dans laquelle Scar les a plongés alors que Nala est obligée de s’infiltrer prudemment pour échapper à la vigilance des hyènes qui rôdent ainsi qu’à celle du tyran veille sur les lieux car semblant avoir compris que quelque chose se tramait. Plus mégalomane que jamais, Scar va encore plus loin en proposant à Sarabi de devenir sa reine pour apaiser sa faim, lui qui affirmait déjà au début du film qu’il avait un profond respect pour elle. Mais alors que Sarabi refuse fermement en lui précisant que la pénurie de gibier était due à la chasse excessive qu’il avait mise en place, il reste encore dommage que cet apport scénaristique n’ait pas non plus été approfondi tant il pouvait s’avérer intéressant dans la relation des personnages en lutte pour l’acceptation et le pouvoir. La mère de Simba conserve cependant l’intérêt de son rôle tandis qu’elle devine cette fois-ci la vérité quant à la mort de Mufasa en entendant Scar murmurer aux oreilles de son fils.

Rafiki continue de veiller sur la Terre des Lions.

Le film contient d’autres changements plus mineurs, notamment en ce qui concerne Rafiki, qui grave cette fois-ci la silhouette de Simba grâce à des insectes nocturnes sur son arbre. Avant que le babouin ne récupère la mèche de poils de Simba adulte, celle-ci est emmenée au loin par différents animaux (un oiseau, une girafe, un bousier puis une colonie de fourmis) pour symboliser le cycle de la vie. Afin d’échapper aux hyènes suite à la mort de son père, Simba se cache simplement dans un petit renforcement en contrebas de la falaise en lieu et place du champ de ronces. Bien réussi dans son ensemble, le film ne met cependant pas tout le monde d’accord en ce qui concerne le choix réaliste des animaux sans animation rajoutée, qui peine effectivement à convaincre totalement du fait que les personnages se retrouvent avec une personnalité moins marquée. Et c’est l’illustrateur Nikolay Mochkin qui, en proposant des faciès de personnages reprenant le design du dessin animé, a montré qu’il aurait été possible de rendre le tout plus expressif. S’il n’est pas tout à fait aussi réussi que d’autres remakes Disney à cause d’un doublage imparfait et d’un réalisme poussé qui trouve ses limites, Le Roi Lion reste une revisite bien soutenue et très intéressante à plus d’un titre.

Le Roi Lion (1994), analyse d’un chef-d’œuvre intemporel

1

L’épopée la plus intense de l’histoire de Disney !

La sortie en salle du film live Le Roi Lion par Jon Favreau donne l’occasion de se replonger dans le dessin animé même quand on le connaît déjà par coeur depuis des années. Et alors que le film vient de fêter ses 25 ans d’existence, il n’a toujours rien perdu de sa superbe ! Il va sans dire que ce dossier contient un nombre incalculable de SPOILERS

Toy Story 4, de Josh Cooley

0

 

Date de sortie : 26 juin 2019 (1h40min)
Réalisateur : Josh Cooley
Doubleurs français : Jean-Philippe Puymartin, Richard Darbois, Audrey Fleurot, Pierre Niney
Genre : Animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Randy Newman, Charlélie Couture (VF)

Fourchette, nouvelle recrue !

Près de dix ans après le retour fracassant de Buzz et Woody dans Toy Story 3, un quatrième épisode voit le jour avec une animation et un propos toujours aussi modernes. Le relais ayant été passé, c’est maintenant chez la petite Bonnie que les jouets ont élu domicile. Et pour la rentrée en maternelle, son inquiétude pousse Woody à se cacher dans son sac pour veiller sur elle. Dans ses activités, elle va fabriquer un objet qui va devenir fondamental pour son estime personnelle : il s’agit de Fourchette, création à partir de plusieurs matériaux que Bonnie va considérer comme un jouet. Mais ne comprenant pas l’importance qu’elle a pour Bonnie, elle ne pense qu’à retourner dans la poubelle d’où elle vient et finit même par s’échapper par la fenêtre lors d’un voyage en camping-car. Woody part alors à sa recherche et veille à ce que Fourchette ne redevienne pas un amas de déchets.

Un comité d’accueil au grand complet !
Des créatures qui font froid dans le dos…

Après la maison de Sid, le magasin de jouets et la garderie, c’est dans un magasin d’antiquités que Woody va se retrouver prisonnier par Gabby Gabby, une poupée des années 1950, et ses quatre pantins aux visages rappelant certaines figures du cinéma d’épouvante ou de séries comme Chair de poule. Son apparence innocente laisse place à un personnage torturé qui a été déposé ici à cause de sa boîte vocale défectueuse. Projetant d’attirer Harmony, la petite-fille de la gérante, elle cherche à s’emparer de la boîte vocale de Woody mais prend Fourchette en otage lorsque ce dernier lui échappe. Le thème de l’attachement est alors notamment mis en avant à travers elle : n’ayant appartenu à aucun enfant, elle se persuade qu’une telle réparation lui permettra de vivre heureuse en quittant la boutique. En parallèle, c’est l’attachement que Bonnie éprouve pour Fourchette qui justifie la trame scénaristique.

Un univers qui s’étend jusqu’à la fête foraine.

Un nouveau Toy Story voit également l’apparition de nouveaux jouets ! Woody commence déjà par retrouver Bo, la bergère qui appartenait à Andy, devenue une femme indépendante et responsable auprès de ses brebis Bi, Bop et Loula. On trouve également le duo de peluches assez comiques sorties tout droit d’une fête foraine, Bunny et Ducky, ce dernier étant doublé par Jamel Debbouze. S’ajoutent à elles Giggle McDimples, une petite policière qui semble admirer le statut de shérif de Woody, ainsi que Duke Caboom, un motard à l’accent québécois particulièrement distingué. Gabby Gabby est quant à elle doublée par la chanteuse belge Angèle, avec une voix innocente parfaitement maîtrisée. Assez peu présentes, les chansons donnent tout de même l’occasion de retrouver le mythique Charlélie Couture pour une nouvelle version de « Je suis ton ami » en début de film.

Duke Caboom, un motard très branché !

Particulièrement convaincant, Toy Story 4 apporte un nouveau bol d’air frais aux productions Pixar en proposant une aventure trépidante parsemée d’humour et d’émotions dans une animation de haute volée. Tous unis pour récupérer Fourchette, les jouets font face à une Gabby Gabby implacable qui finit néanmoins par être repoussée par Harmony bien qu’elle ait récupéré la boîte vocale de Woody. Mais étant adoptée par une autre petite fille, elle se rend bien compte que sa valeur n’était pas celle qu’elle croyait. Il est cependant assez dommage qu’elle ne reste pas méchante jusqu’au bout, ou au moins que son background n’ait pas été davantage étoffé. La fin marque une nouvelle rupture scénaristique tandis que Fourchette accepter de retrouver Bonnie alors que Woody choisit de rester avec Bo et les jouets abandonnés sur l’aire de jeux où ils vivent. S’étendant toujours plus loin, la saga Toy Story ne cesse de se renouveler et d’apporter de nouvelles pierres au grand édifice de Pixar.

 

Dans la même rubrique

Spider-Man Far From Home, de Jon Watts

0

 

Date de sortie : 3 juillet 2019 (2h 10min)
Réalisateur : Jon Watts
Principaux acteurs : Tom Holland, Jake Gyllenhaal, Zendaya, Samuel Jackson
Genre : Super-héros
Nationalité : Américain
Compositeur : Michael Giacchino

Quand tu peux même plus voyager incognito…

Suite aux événements d’Avengers Endgame, Peter Parker est de retour dans sa contrée mais souhaite laisser son costume de côté et partir en vacances à Venise avec ses amis. Mais comme on sait qu’un super-héros ne peut jamais rester longtemps tranquille, il est rapidement amené à combattre de redoutables créatures représentant les quatre éléments sur la demande de Nick Fury, toujours omniprésent dans les films Marvel, contrairement à Maria Hill qui effectue son retour toujours sous les traits de Cobie Smulders (Les Agents du SHIELD, Captain America Le Soldat de l’Hiver, Avengers L’Ère d’Ultron). On retrouve également Jon Favreau (réalisateur de l’adaptation live du Roi Lion) dans le rôle d’Happy Hogan, Marisa Tomei dans le rôle de tante May et surtout Zendaya, la fameuse MJ à qui Peter aimerait avouer ses sentiments durant le voyage, donnant une petite légèreté romantique adolescente qui fait toujours son petit effet.

Une collaboration qui fait des étincelles.

C’est surtout Quentin Beck, interprété par le talentueux Jake Gyllenhaal (Nocturnal Animals, Okya, Les Frères Sisters), qui en impose dans son costume de Mystério en cherchant à terrasser les quatre créatures. Peter ayant récupéré les lunettes tactiques de Tony Stark, il choisit alors de les léguer à Mystério en l’estimant comme un meilleur successeur. Cependant, ce dernier étant un ancien agent de Stark Industries congédié pour son caractère instable, il compte utiliser la technologie de l’entreprise pour semer la terreur et se faire passer pour un héros en détruisant des illusions qu’il a lui-même créées, stratagème original et correctement mis en scène bien qu’assez cliché dans ses ambitions.

Assassin’s Creed ?
Un look toujours aussi original pour Mystério.

Mis à part quelques éléments scénaristiques qui parviennent tant bien que mal à se démarquer, le film reste profondément marqué par le formatage de l’univers cinématographique Marvel avec de nombreux plans très convenus, un humour américanisé vu et revu, ainsi que des effets spéciaux à n’en plus pouvoir qui font presque passer Peter pour Superman tellement il esquive de drones et d’explosion sur la fin. En tant que dernier film de la phase III du MCU, Spider-Man Far From Home vaut à peu près son aîné mais reste encore une fois un simple divertissement loin des prestations passées de Sam Raimi et de Marc Webb.