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Emmanuel Delextrat

Emmanuel Delextrat
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Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j’ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La Soupe aux Choux, mais avec aussi de nombreux dessins animés comme les courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo, les longs métrages Disney avec Alice au Pays des Merveilles en tête, les animés japonais comme Sailor Moon et Dragon Ball Z ainsi que d’autres séries comme Batman et Tintin. Mes années 90 ont été bercées par les comédies avec Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête) ou d’autres films que j’adore comme Les Valeurs de la Famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à Tout Prix. C’est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par Casino Royale, Et Pour Quelques Dollars de Plus, Kill Bill ou encore Rambo. Collectionneur, j’attache de l’importance au matériel et j’ai réuni trois étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Et plus on découvre de nouveaux films, plus on se rend compte qu’il nous en reste en fait énormément à voir…

Batman Returns, chef-d’œuvre de Tim Burton

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Date de sortie : 19 juin 1992 (États-Unis), 15 juillet 1992 (France)
Réalisateur : Tim Burton
Acteurs principaux : Michael Keaton, Danny DeVito, Michelle Pfeiffer, Christopher Walken
Genre : Super-héros, fantastique
Nationalité : Américain
Compositeur : Danny Elfman

Un monocle et une froideur qui annoncent la couleur…

Trois années après un premier Batman mémorable, l’homme chauve-souris effectue son grand retour dans un scénario très sombre qui sacralise le personnage comme jamais. Inexplicablement francisé « Batman Le Défi » (alors qu’il n’y a pas plus de défi qu’ailleurs…), préférons-lui le sobre mais efficace titre originel Batman Returns. Bien plus axé sur la dramaturgie de la condition humaine, le scénario prend place trente-trois ans avant les événements qui s’apprêtent à se dérouler, mettant en avant le couple fortuné formé par Tucker et Esther Cobblepot. Respectivement joués par Paul Reubens et Diane Salinger (qui avaient déjà tous deux officié dans Pee-Wee’s Big Adventure), ils marquent fortement l’introduction en jetant du haut d’un pont leur enfant difforme, sous une neige sublimée par la mélodie d’une tristesse assommante de Danny Elfman.

« Vous y allez bille en tête, admirable chez un homme qui porte masque ! »
Le signal du premier film de retour pour symboliser l’appel du devoir.

La musique évolue astucieusement vers le thème principal de Batman tandis que le berceau s’échoue dans les égouts auprès des manchots du zoo, offrant un nouvel indice de taille sur l’antagoniste à venir. Les rôles principaux sont détenus par quatre acteurs clés s’apprêtant à offrir des personnages plus que mémorables. Bruce Wayne est de nouveau interprété par un Michael Keaton bien plus affirmé par le précédent film, alternant brillamment avec un Batman plus torturé que jamais. De son côté, Danny DeVito (Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, À la Poursuite du Diamant Vert, Jumeaux) excelle dans son interprétation d’un Pingouin animalisé qui cherche à se venger de ce que Gotham City lui a fait subir tout en recherchant qui il est vraiment avec une humanité touchante.

« Chéri, je suis rentrée ! Ah j’oubliais, j’suis pas mariée… »
Plusieurs allusions au chat se divulguent dans les scènes de Batman Returns mêlant Selina et Max Shreck.

La touche féminine est cette fois-ci réservée à Michelle Pfeiffer (Grease 2, Scarface, Les liaisons dangereuses), jouant une Selina Kyle profondément coincée et soumise par son ignoble patron Max Shreck, incarné par un Christopher Walken (Voyage au Bout de l’Enfer, Dangereusement Vôtre, The King of New York) terriblement cynique. Et ce n’est qu’après une magnifique tragédie fantastique qu’elle prendra l’apparence de Catwoman, voleuse masquée provocatrice expérimentant une alliance avec le Pingouin tout en accaparant Max Shreck comme sa proie. Suite indirecte du premier opus, il en reprend l’esprit tout en conservant les rôles de James Gordon et d’Alfred pour Pat Hingle et Michael Gough. Une allusion à Vicki Vale est même formulée lors d’une conversation entre Bruce et Selina, dont les liens complexes ne vont pas tarder à s’exprimer lors de différentes confrontations.

« Je suis Catwoman, écoutez-moi rugir ! »
« J’en connais un bout sur toi. Ce que tu caches, je le divulgue. Ce que tu jettes dans les toilettes, je l’expose sur ma cheminée ! »

Les événements s’entrechoquent dans une Gotham City enneigée plus noire que jamais, prenant des allures de conte gothique et carnavalesque avec le gang du Cirque du Triangle Rouge, dirigé par le Pingouin pour se servir de Shreck à des fins aux apparences légitimes. Il dénonce en effet le portrait de ce dernier comme étant celui de la pire espèce, mettant classiquement en avant la fracture entre les gens respectés du haut de la société et les conspués du dessous (« Aussi étrange que ça puisse te sembler Max, toi et moi, on a quelque chose en commun. Toi et moi, on est perçus comme des monstres. Mais va savoir pourquoi, les gens respectent le monstre que tu es, alors que moi jusqu’ici, non. »).

« Mais c’est humain hélas de redouter ce qui est autre. »
Un superbe gros plan mettant en lumière tout le travail réalisé pour le maquillage.

Si Jack Nicholson offrait un Joker absolument sublime dans le premier film, Danny DeVito va encore plus loin dans son interprétation d’un Pingouin à l’apparence affreuse et animalisée (au point de ne pouvoir résister à un poisson qu’on lui tend et de bouffer le nez d’une personne qui se moquait de lui). Dès ses premiers dialogues, il se montre terriblement émouvant dans sa position d’être difforme abandonné qui ne cherche qu’à être accepté par ses semblables et vivre auprès de ces derniers (« Je ne suis pas né dans les égouts, vois-tu ! Moi je viens de… comme toi, et comme toi, je veux qu’on me respecte, qu’on me reconnaisse la nature d’être humain. Mais plus que tout, je veux savoir qui je suis comme homme, apprendre qui sont mes parents, savoir enfin le nom que je porte. »).

« La vie est vache, et je suis très peau de vache ! »
Une alliance malsaine se prépare entre les deux créatures…

Le doublage français de Philippe Peythieu (Alexander Knox dans le premier Batman, VF officielle d’Homer Simpson) accentue l’aspect monstrueux de la créature de Tim Burton avec son timbre difforme reconnaissable, qui deviendra ensuite la voix française officielle de DeVito. Conformément à la psychologie de Batman à la fin du premier film, ce dernier se veut plus torturé et ne semble plus se soucier de laisser ses adversaires en vie, comme l’atteste le sort de sous-fifres tantôt carbonisés par la flamme de la Batmobile, tantôt attachés à des explosifs. Michelle Pfeiffer excelle dans son interprétation d’une Selina au faciès frôlant plus d’une fois la psychopathie, tout en laissant passer plusieurs allusions sexuelles qui dévoilent ses manques affectifs (« J’adore les grands types baraqués qui n’ont pas peur de jouer les durs devant une femme sans défense. Vas-y en douceur, c’est mon dépucelage ! »). On peut citer à cet égard sa conversation avec le Pingouin, durant laquelle elle tente de manger son petit oiseau tandis que ce dernier menace de se régaler avec sa chatte.

« Reconnais qu’avec moi cette hideuse cité marche à la baguette, ha ha ! »

L’influence du cinéma expressionniste sur Tim Burton est notamment marquée avec le personnage de Max Shreck, dont le nom est directement tiré de l’acteur qui jouait le Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau en 1922, pour mieux accentuer sur le caractère véreux de l’industriel qui n’hésite pas à employer des méthodes répréhensibles pour parvenir à ses fins. Alors que le Pingouin le mettait devant le fait accompli du meurtre de son ancien associé, Shreck n’hésite pourtant pas à tirer sur Bruce puis sur Selina jusqu’à épuiser ses neuf vies symboliques. L’humour cocasse se mêle d’ailleurs parfaitement au dramatique de certaines situations, lorsque le Pingouin rompt son alliance avec Catwoman (« Adieu ma belle rebelle, et va te faire voir au ciel ! ») ou encore quand Shreck comprend qui est sous le masque de la femme-chat (« Selina Kyle, vous êtes virée ! »). Il est de plus intéressant de noter que chaque méchant représente une partie de Bruce Wayne qui n’aurait pas bien tourné : l’orphelin pour le Pingouin, le vengeur masqué pour Catwoman, mais aussi l’homme d’affaire milliardaire pour Max Shreck.

Une magnifique scène de bal dans laquelle Batman et Catwoman sont déguisés en Bruce et Selina…
La célèbre séquence des manchots télécommandés de Batman Returns.

D’une noirceur sans pareille, la phase finale instaure une conclusion puissante au récit allégorique parsemé de fantastique que constitue Batman Returns. La relation entre Selina et Bruce s’amplifie tandis que ce dernier lui confirme qui il est en arrachant son masque tout en insistant sur les limites de la double identité (« Selina, vous ne voyez pas, nous sommes pareils, double, chacun de nous est deux. »). Tandis que Selina dénonce avec rage la surprotection accordée aux célébrités riches et influentes, elle affirme néanmoins son désir d’un idéal où ils auraient pu mener une vie tranquille ensemble sans aucun masque (« Bruce, j’aimerais tellement vivre avec vous dans votre château, comme dans tous les vrais contes de fée… »), thématique brillamment reprise dans l’excellent épisode « Perchance to Dream » de la série animée.

« Ne soyez pas naïf : la loi ne s’applique pas pour des gens comme lui ou nous ! »
« Mais la seule chose importante dans tout ça, c’est qui tient le parapluie ! »

Si le Pingouin donne l’impression d’un méchant relativement classique dans le dessin animé, Batman Returns sublime entièrement le personnage en le plaçant en position de victime de la cruauté humaine avec une dimension biblique. Suite à un abandon sur l’eau similaire à celui de Moïse, puis dans une résurrection comparable à celle du Christ avec une action se déroule trente-trois ans plus tard, il parvient enfin à s’élever au rang d’humain en se faisant appeler par son vrai nom, Oswald Cobblepot, avant de finalement revendiquer sa condition de pingouin lorsque les habitants de Gotham découvrent comment il les considère (« Les crânes de piaf, les bamboches de Gotham ! »). Le piège de Batman est à ce propos des plus astucieux en pensant à un enregistrement rediffusé lors d’un discours public pour le discréditer à coup sûr. La déchéance du Pingouin s’accompagne ensuite brillamment de l’attaque des manchots télécommandés dans une volonté de sacrifice pour celui qui s’apparente à leur père, avant que Batman ne vienne retourner contre lui ceux qu’il appelle avec hargne ses « bébés ».

« Cette chaleur, quel enfer… je vais vous assassiner momentanément… oh mais avant tout, ce qu’il faut, c’est que je boive un verre d’eau bien glacée ! »
Une sépulture symbolisant toute la beauté macabre de l’œuvre de Tim Burton.

Et une fois Shreck hors d’état de nuire, les derniers réflexes du Pingouin finissent d’achever l’émotion du spectateur lors d’une séquence d’anthologie qui montre le personnage avançant péniblement vers l’écran, pour finalement brandir un parapluie inoffensif et dévoiler une terrible agonie par un gros plan sur son visage et une tirade finale très allégorique. La gravité du ton et la solennité de la musique annoncent la mort imminente du pauvre martyr, qui cherchait juste à être accepté par les humains après avoir vécu reclus si longtemps. La tristesse atteint son apogée alors que les manchots viennent se recueillir près de celui qu’ils considèrent comme leur père, pour mieux le glisser dans l’eau afin qu’il repose en paix et cesse de souffrir de sa différence. Une scène d’un pathétique sans pareil qui a profondément marqué ceux qui se sont attachés à cet excellent personnage, et qui termine de démontrer que l’on est bien face à un très grand chef-d’œuvre.

À l’instar du premier film, Batman Returns a vu des jeux vidéo sortir sur à peu près tous les supports de son époque. Si l’on excepte la très dispensable version Atari Lynx, deux sympathiques jeux d’action plates-formes ont été développés pour les consoles Sega : une version 8 bits sur Master System et Game Gear, ainsi qu’une version 16 bits sur Mega Drive et Mega CD. Chez Nintendo, c’est Konami qui s’est chargé de retranscrire l’ambiance si burtonienne du film dans deux jeux différents : un excellent beat’em up sur Super Nintendo, et un autre beaucoup moins soigné sur NES. Réalisée parallèlement à Batman Returns, la série animée Batman a fait connaître le personnage à un public plus jeune en enrichissant toujours son univers grâce à de nombreux épisodes de très bonne facture avec un Joker, un Pingouin et une Catwoman directement repris des films de Tim Burton. Mais aussi d’autres méchants qui apparaîtront dans le futur Batman Forever

Hocus Pocus, de Kenny Ortega

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Date de sortie : 16 juillet 1993 (États-Unis), 26 janvier 1994 (France)
Réalisateur : Kenny Ortega
Acteurs principaux : Omri Katz, Bette Midler, Sarah Jessica Parker, Kathy Najimy
Genre : Fantastique
Nationalité : Américain
Compositeur : John Debney

 

Oui petits enfants, je vais vous emmener
Dans le jardin des enchantements !

« Oh regardez, encore un matin radieux, ça me donne envie de vomir ! »

Film d’Halloween emblématique des productions Disney, Hocus Pocus remonte à la fin du XVIIème siècle, à l’époque où les sorcières de Salem se nourrissaient d’enfants pour rester éternellement jeunes. Alors que sa petite sœur est attirée dans leur chaumière, le courageux Thackery Binx accourt pour la sauver mais se fait transformer en chat noir pour le restant de ses jours avant que les gens du village ne viennent exécuter Sarah, Mary et Winifred Sanderson, respectivement jouées par Sarah Jessica Parker (Ed Wood, Mars Attacks, Sex and the City), Kathy Najimy (Sister Act, La fiancée de Chucky) et la chanteuse Bette Midler. Trois cents ans plus tard, le scénario se concentre sur Max Dennison, un adolescent californien qui a été contraint de déménager à Salem avec ses parents et sa petite sœur Dani, interprétée par Thora Birch (American Beauty, Ghost World, The Walking Dead saison 10). Kathleen Freeman (Mary Stigmata des Blues Brothers) y fait une apparition comme enseignante racontant une légende comme quoi les sorcières pourraient réapparaître si une personne vierge allumait la bougie à flamme noire de leur demeure durant une nuit d’Halloween.

« Tords-lui les os, brise-lui le dos… Fais fondre la maudite graisse de sa peau… »
« Comment t’appelles ça Max… des roploplos. Max aime beaucoup tes roploplos, je dirais même qu’il les adore ! »

Hocus Pocus pourrait se résumer à une sorte de teen movie fantastique, étant donné qu’il met en scène un groupe de jeunes devant lutter face aux trois sorcières revenues à la vie. En plus de sa petite sœur, Max est accompagnée par Allison, une camarade de classe pour laquelle il semble bien en pincer, ce qui donne lieu à de savoureuses piques lancées par Dani. Max croise également deux adolescents plus âgés, Jay et Ernie, dont les rôles très secondaires apportent néanmoins leur lot d’humour avec leur dégaine à la Wayne’s World, leur façon de le surnommer « Hollywood » du fait qu’il vient de Californie, leur parler très branché (« Tes shoes sont super giga ! ») et Dani qui n’a absolument pas peur d’eux au point de les traiter de « face d’œuf ». Mais le comique reste avant tout basé sur l’attitude des sorcières qui débarquent au XXème siècle tout en se croyant encore à leur époque, comme l’attestent la route goudronnée qu’elles prennent pour une rivière ou encore les pleins phares des véhicules qui les font fuir en criant.

Un duo comique qui regrettera plus tard de s’être frotté aux sorcières !
« Parbleu de morbleu, j’tremble un p’tit pneu ! »

Sarah se plaît à jouer la blonde de service en se laissant draguer par le conducteur du bus et en voulant toujours s’amuser avec les enfants en plus chercher à dévorer tout ce qui bouge (« Une magnifique araignée ! »). Bien plus réservée, Mary semble regarder l’écran de télévision comme s’il sortait d’un autre univers lorsqu’elles se retrouvent chez un homme déguisé en diable interprété par Garry Marshall (réalisateur de Pretty Woman), qu’elles prennent alors pour leur maître. Cerveau de l’équipe, Winifred peut renvoyer une image humoristique avec ses manières et son faciès particulier, mais elle se laisse toutefois prendre au piège lorsque Max utilise leur méconnaissance du XXème siècle pour mieux feindre un sortilège. Jouant sur une mise en scène en s’autoproclamant « Max l’invincible », il fait réagir les extincteurs installés au plafond de ce qui sert désormais de musée pour leur demeure d’antan en leur faisant croire qu’une pluie acide s’abat sur elles (« Que la pluie brûlante de la mort vous inonde ! »).

« Mais qui donc a allumé la bougie à flamme noire ? »

 

Que mon pouvoiiir t’envoûte, tu seras à moiii !
Acceeepte ta déroute, c’est la loooooiiii !

« Infidèle amant mort depuis longtemps, toi qui dors si bien dans ton linceul blanc. Remue les orteils, ouvre grand les yeux, agite les doigts vers les vastes cieux ! »

Un certain humour noir se dégage également d’Hocus Pocus à la manière de La Famille Addams. Les sorcières n’ont en effet aucune peur de la mort et se paient  même le luxe de répondre favorablement à la souffrance (« – Va en enfer ! – J’en viens, merci, j’ai trouvé l’endroit fort agréable ! ») quand ce ne sont pas de drôles d’idées qui viennent les rassurer (« Pensez à des choses apaisantes : des chauve-souris, la peste noire, la tarte aux scorpions de maman. »). Le fantastique se mêle au registre macabre avec un scénario autour de la mort, un cimetière empêchant les sorcières de s’y rendre autrement que par les airs et la présence d’un zombie à la bouche cousue qui se déplace sans aucune coordination et perd sa tête à toute occasion. Les effets spéciaux sont très corrects, notamment les éclairs que peut envoyer Winifred, la magie passant aussi par la fameuse bougie à flamme noire ainsi que par le grimoire pourvu d’un œil contenant plusieurs formules magiques (« – Mes sœurs, nous sommes parties pendant trois siècles. – Ça alors Winnie, comme le temps passe vite. – Surtout quand on est mort ! »).

« Je ne vous avais pas vues depuis des siècles mais je vous en prie entrez, c’est non fumeur à l’intérieur ! »
Thora Birch très attachante.

Le fantastique d’Hocus Pocus passe également par les superbes musiques de John Debney, sublimant le suspense tout en offrant du spectacle lors du bal où Max et Dani retrouvent leurs parents. Tandis qu’ils tentent d’expliquer au public que les sorcières sont réellement de retour, Winnie se sert de la naïveté des gens pour faire croire à une mise en scène et interprète une chanson tirée du célèbre « I put a spell on you » composée par Jay Hawkins en 1956. Élizabeth Wiener se lâche dans son doublage français pour étoffer efficacement la personnalité de Winifred Sanderson. Thackery Binx conserve quant à lui un rôle important dans sa forme de chat doué de parole éclaircissant la légende pour mieux guider le groupe. Son personnage reste touchant pour l’héritage qu’il transporte et la manière dont il exprime ses sentiments à travers la perte de sa sœur. Un parallèle se crée alors entre lui et Max, ce dernier prenant conscience de l’attachement qu’il a pour sa sœur en la protégeant à plusieurs reprises (« Prends bien soin de ta petite sœur, Max. On ne comprend à quel point on aime quelqu’un que lorsqu’on l’a perdu. »).

« Tu vas me transformer en un de ces gros chats bien contents qui ne servent à rien ! »

Thackery est même bien parti pour devenir le chat de la famille et ironise déjà sur le sort qu’on lui réserve. Les valeurs familiales s’appliquent également aux sœurs Sanderson, tout aussi inséparables qu’elles mentionnent parfois leur mère, Winnie parlant à son grimoire comme s’il s’agissait de son enfant. Malgré quelques limites comme un certain conformisme au grand public et un doublage français parfois cocasse ou surjoué, Hocus Pocus demeure un film culte de la période d’Halloween grâce à ses personnages efficaces et à son scénario qui a de quoi émouvoir.

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? la consécration de Robert Zemeckis

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Date de sortie : 22 juin 1988 (États-Unis),
18 octobre 1988 (France)

Réalisateur : Robert Zemeckis
Acteurs et doubleurs principaux : Bob Hoskins, Christopher Lloyd, Luq Hamet, Tania Torrens
Genre : Policier, animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Alan Silvestri, Kansas Joe McCoy
et Amy Irving (chanson)

Une introduction in medias res avec un bon vieux cartoon !

Adapté du roman Qui a censuré Roger Rabbit ? (1981) de Gary Kenneth Wolf, Qui veut la Peau de Roger Rabbit ? est une sorte de polar à la fois glauque et comique mêlant animation et prises de vue réelles avec des personnages mémorables, vingt-quatre ans après Mary Poppins. Coproduit par la filiale de Walt Disney Pictures Touchstone et réalisé par l’illustre Robert Zemeckis (À la Poursuite du Diamant Vert, Retour vers le Futur), il met en scène le non moins illustre Bob Hoskins (Brazil, Hook, Super Mario Bros.) dans le rôle d’Eddie Valiant, un détective privé coléreux et alcoolique car profondément attristé par le meurtre de son frère dans la Los Angeles de 1947. L’ambiance est exquise grâce à la cohabitation entre les humains et les toons, qui viennent de Toonville jusqu’à Hollywood pour tourner des dessins animés. Qui veut la Peau de Roger Rabbit ? commence d’ailleurs par l’un d’entre eux dans une ruée de gags à la Tom & Jerry avec un Roger Rabbit exubérant qui ne fait que des gaffes aux côtés de Baby Herman.

« Nous allons surmonter ces petites peccadilles et nous serons à nouveau heureux, vous comprenez ? HEUREUX ! E-R-E !! »
Un incursion très maîtrisée des personnages dessinés dans des prises de vue réelles !

Ce dernier se relève en fait être un bébé ultra vulgarisé par la voix grave et virile de Richard Darbois une fois le tournage terminé, ce qui détonne totalement avec le personnage et certains de ses comportements comme ses pleurs aigus intempestifs, allant même jusqu’à fumer un cigare et donner une fessée à une femme pour qu’elle lui apporte quelque chose. L’humour est omniprésent avec de nombreux caméos de personnages issus de Disney comme Mickey, Donald, Dingo et Pinocchio, mais aussi de Tex Avery avec Bugs Bunny, Daffy Duck, Droopy ou encore Woody Woodpecker. La voix aiguë et plaintive de Luq Hamet rend bien souvent Roger hilarant tandis que la pulpeuse Jessica Rabbit, doublée par Tania Torrens (VF de Sigourney Weaver), fait bien plus sérieuse en jouant la femme fatale (« C’est la joie d’me revoir ou tu caches un lapin dans ton pantalon ? »), y compris lors de la reprise par Amy Irving de la chanson « Why don’t you do right » de Kansas Joe McCoy (1936). Le fort contraste entre la comédie cartoonesque et la narration dramatique incarné par les meurtres et la tristesse de Valiant donne un cachet particulier à Qui veut la Peau de Roger Rabbit ? pour en faire une œuvre absolument unique.

« – Vous ne savez pas comme c’est dur d’être une femme qui a mon physique. – Vous ne savez pas comme c’est dur d’être un homme qui regarde une femme qui a votre physique ! »
Sans doute le rôle le plus sombre de toute la carrière de Christopher Lloyd !

Le rôle le plus marquant est sans doute celui de Christopher Lloyd (Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, Retour vers le Futur, La Famille Addams), qui incarne le charismatique DeMort, un mystérieux juge vêtu de noir qui se déplace bizarrement avec sourire délicieusement terrifiant et une voix autoritaire sublimée par le doublage de Pierre Hatet. Ses méthodes radicales rappellent la volonté d’extermination de la seconde guerre mondiale, notamment avec son mélange liquide appelé « trempette » qui anéantit les toons en les faisant fondre de manière assez gore et impitoyable comme une sorte d’acide. Le duo formé par Roger Rabbit et Eddie Valiant est très efficace (« Rassure-toi fiston : t’es pas le premier mec dont la femme fait picoti avec un autre ! »), l’animation des personnages s’incrustant parfaitement dans les prises de vue réelles. Les référence sont nombreuses et souvent détournée pour accentuer l’humour, comme les relations sexuelles sous-entendues entre Jessica et Marvin Acme du fait qu’ils jouent à « picoti-picota », (« – Jessica est la lumière de ma vie ! La prunelle de mes yeux ! La crème dans mon café ! – Tu ferais mieux de commencer à le prendre noir, c’est Acme qui se tape la crème. »). Outre Titi qui fait tomber Valiant alors qu’il est accroché en détachant ses doigts un par un (un petit doigt, deux petits doigts, …), ce dernier improvise une chanson sur le rythme du générique de fin des Looney Tunes afin de se débarrasser des fouines en les faisant mourir de rire.

Les fouines rappellent fortement que personnage dessiné ne rime pas forcément avec « tout mignon pour enfants »…

 

« Tu te souviens de moi Eddie ? Lorsque j’ai tué ton frère, je parlais plutôt comme ÇAAAAAA !!! »

Les objets animés font de réels dégâts pour mieux faire comprendre que « dessin animé » ne rimait pas forcément avec « enfant » ou « pas sérieux », entre l’enclume, la tronçonneuse, le maillet qui s’allonge, le revolver avec ses balles vivantes et les trous qui permettent de faire disparaître une partie de la matière. Séquence d’anthologie du film, l’affrontement contre DeMort fait référence à la chanson « Witchcraft » de Franck Sinatra (1957) tandis qu’Eddie pointe une épée chanteuse inefficace au combat. Si le monologue de DeMort sur la rentabilité des futures autoroutes est cohérent avec le contexte du récit, la révélation de sa véritable identité est extrêmement bien amenée grâce aux plans suggestifs laissant place à d’effrayants yeux rouges qui sortent de leurs orbitent accompagnés par la voix suraiguë du personnage, qui a autant de quoi terrifier Eddie que le spectateur. La séquence est d’autant plus marquante pour la mort du toon qui périt de sa propre trempette avec un cri strident tout en faisant directement référence à la sorcière du Magicien d’Oz avec sa réplique « Je fonnnds ! ». Un méchant plus glauque que le Joker tout aussi génial que le concept de cet excellent film emblématique de son époque !

Les Valeurs de la Famille Addams, de Barry Sonnenfeld

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Date de sortie : 13 novembre 1993 (États-Unis), 22 décembre 1993 (France)
Réalisateur : Barry Sonnenfeld
Acteurs principaux : Raul Julia, Anjelica Huston, Christopher Lloyd, Christina Ricci, Joan Cusack
Genre : Comédie noire
Nationalité : Américain
Compositeurs : Marc Shaiman, Vic Mizzy (thème principal), Ralph Sall

– Elle cacha le diamant sous une énorme feuille de chou
et le diamant se changea en bébé.
– Nos parents aussi vont avoir un bébé.
– Mais eux ils ont un sexe !

« C’est lugubre, déprimant, une abomination : la chambre d’enfant idéale ! »

Suite directe de La Famille Addams avec un casting d’anthologie qui respire les années 90, Les Valeurs de la Famille Addams reprend toutes les qualités de son prédécesseur afin de proposer un scénario inoubliable parsemé de références aussi morbides que sexuelles. Des événements majeurs vont en effet venir bousculer la vie quotidienne de la famille, à commencer par la naissance soudaine d’un troisième enfant (« – Madame Addams, souhaitez-vous une anesthésie ? – Non sans façon, proposez-la donc aux enfants ! »). Le bébé va alors donner de nouvelles idées de jeux à Mercredi et Pugsley (« – On le déteste pas, on veut seulement jouer avec lui. – Avec sa tête surtout. »), comme la condamnation à mort à la guillotine et la chute libre avec un boulet pour vérifier lequel des deux va rebondir. La légende raconte même qu’un des deux enfants doit mourir si une nouvelle naissance devait arriver, avant que la grand-mère ne vienne la démentir avec une profonde nostalgie envers l’époque pendant laquelle c’était effectivement le cas, Carol Kane ayant un jeu bien plus amusant que Judith Malina dans ce rôle. Les enfants devenant intenables, Gomez et Morticia font appel à une gouvernante pulpeuse à moitié barrée du nom de Debbie, jouée par la brillante Joan Cusask.

« Une maison, des enfants, et tellement de fenêtres ! »
« Elle me rend dingue !! »

Mercredi l’ayant percée à jour très rapidement (« Vous allez souffrir, vous allez beaucoup souffrir ! »), elle va être à l’origine de l’envoi des deux enfants dans un camp de vacances ainsi que du coup de foudre de Fétide, le scénario insistant fortement sur son célibat (« Les hommes bizarres et les femmes qui les évitent. ») et ses richesses. Peter Graves (connu pour son rôle dans le diptyque Y a-t-il un Pilote dans l’Avion ?) fait même une apparition comme présentateur télé en mentionnant une certaine veuve noire qui se marie avec des hommes riches avant de les abattre en faisant passer ça pour un accident afin d’hériter de leur argent. Les Valeurs de la Famille Addams alterne ainsi efficacement les scènes montrant la séduction tacite de Debbie pour approcher Fétide et celles dévoilant l’horrible punition que constitue le camp Chippewa pour Mercredi et Pugsley. Le couple composé par Gary et Betty Martin Granger, respectivement interprétés par Peter McNicol (SOS Fantômes 2, Dracula Mort et Heureux de l’Être, Ally McBeal) et Christine Baranski (Birdcage, Le Grinch, Chicago), constitue en effet l’archétype des animateurs bien-pensants, hystériques et discriminatoires comme l’illustre parfaitement le poison que s’apprête à boire Mercredi après avoir entendu leur discours de présentation.

« – Alors l’une d’entre vous va jouer la victime et que fera l’autre petite fille ? Elle va jouer le sauveteur ! – Ce sera moi la victime ! – Oui toute ta vie… »
« Kumbaya my lord, kumbaya ! »

Jouée par Mercedes McNab (Buffy contre les Vampires), la jeune Amanda, qui avait déjà une courte apparition à la fin du premier film, représente la parfaite enfant modèle de bonne famille et le doublage français suraigu d’Annabelle Roux rend son personnage encore plus tête à claque. Tandis qu’elle rentre rapidement en conflit avec Mercredi, cette dernière est de plus en plus attirée par Joël, un garçon pas comme les autrese t allergique à tout, leur petite romance apportant une certaine légèreté tranchant avec l’humour noir du film. Le camp Chippewa devient rapidement le symbole d’une société aseptisée dans laquelle tout le monde doit suivre la même voie sous peine d’être puni. Si le concept de la cabane Disney aurait mérité davantage de subtilité, la scène assénant la chanson de negro spiritual « Kumbaya » à la guitare, grand classique des feux de camp depuis sa première apparition dans les années 1920, est absolument exquise dans le malaise provoqué par le ridicule des méthodes employées. Mercredi se plaît à ridiculiser Amanda avec des répliques percutantes (« – Oh, Mercredi est parfaite : elle approche de l’âge où les fillettes n’ont qu’une chose à l’esprit. – L’amour ? – L’homicide. »), notamment lors de l’exercice de sauvetage pendant lequel elle la laisse couler avant d’annoncer qu’elle ne sait pas nager.

 

Il a les yeux de mon père ce cher ange.
Gomez, enlève-les lui de la bouche !

De loin la plus grande prestation de Christina Ricci !

Les Valeurs de la Famille Addams se veut en fait être une véritable critique de la discrimination à travers les pratiques que se permettent les dirigeants du camp Chippewa. Outre leur mise à l’écart de Pugsley, Mercredi et Joël, le paroxysme de leur stigmatisation intervient lors du choix des rôles pour le spectacle de fin de séjour. S’ils ont la délicatesse de proposer à Mercredi et Joël le rôle de Pocahontas et de son fiancé indien, ils donnent comme par hasard le premier rôle à leur chouchoute Amanda ainsi que ses assistantes à l’ensemble des petites têtes blondes avec qui elle est amie. Les enfants d’origine étrangère ou en situation en handicap sont explicitement évincés tandis que Betty peine à prononcer leurs noms correctement. Quant à Pugsley, son obésité lui vaut le rôle de l’énorme dindon dans la sympathique chanson « Mangez-nous ! », amusante bien que très scolaire dans ses paroles. Les dialogues du spectacle sont volontairement stéréotypés et avilissants envers les Indiens, la mise en scène d’une rébellion organisée par Mercredi à l’insu des organisateurs constituant une excellente idée scénaristique accompagnée par ses paroles rappelant les méfaits de la colonisation infligée aux Indiens d’Amérique. Le doublage français de Claire Guyot est d’une justesse imperturbable jusqu’à ce plan d’anthologie durant lequel Mercredi craque une allumette en souriant sous le regard effrayé de sa rivale.

Une concrétisation assez inattendue !
« Je l’ai attaché à une voie ferrée avant de lui arracher ses quatre plus belles molaires ! »

Le spectacle et la musique ne sont pas en reste avec de superbes scènes comme celle où Gomez envoie Fétide contre le mur et l’entoure de couteaux, celle du tango enflammé et celle du mariage qui ressemble davantage à un enterrement avec sa mélodie grave et ses costumes morbides. Les musiques apportent énormément à l’ambiance du film en parvenant à mêler le thème principal à certaines pistes, notamment lors de l’introduction et de la révolte du spectacle. Lors d’une courte séquence mettant en avant la chanson « Macho Man » des Village People, il est possible d’apercevoir Tony Shalhoub costumé en marin, une dizaine d’années avant son rôle dans la série Monk. La maturité des Valeurs de la Famille Addams passe également par de nombreuses allusions sexuelles qui donnent du sens aux problématiques entourant les situations de Fétide et de Mercredi. Si cette dernière multiplie les remarques graveleuses du haut de sa préadolescence, c’est bien Debbie qui va attirer Fétide jusqu’à « l’envoûter dans un mystérieux charme sexuel », après des assertions comme « Je suis encore vierge » et surtout « J’aime les mains baladeuses » lorsque la Chose vient sur son épaule.

« – Mon bébé est malade, et mon cher époux se meurt. Oh maman, comment vais-je m’en sortir ? – Tu as déjà la robe noire, chérie ! »
« Je suis navré pour le dîner Deb, le Pape a une angine ! »

Les passages avec Fétide et Debbie sont l’occasion de rappeler l’absurde du scénario (« Rien que d’entendre son prénom Debbie […] il me fait penser à vestiges, débris ! ») et contribuent à penser que la famille est réellement immortelle, Fétide résistant à toutes les tentatives d’assassinat et Puberté sauvant tout le monde inopinément après une magnifique alternance de séquences entre l’histoire racontée par Debbie et le parcours d’obstacles du bébé dans la maison. Les valeurs familiales (d’où le titre du film ?) restent au cœur du propos de l’ensemble tandis que Puberté devient malade en obtenant l’apparence d’un adorable petit garçon blond aux cheveux bouclés dans une chambre recolorée, du fait de l’absence de Fétide. L’humour noir fonctionne alors dans l’autre sens tandis que la grand-mère annonce avec désarroi qu’il pourrait avoir des fossettes et obtenir un métier hautement qualifié. Toujours très présent dans l’esthétique et la narration, le macabre se caractérise moins par des décors sombres que par des situations quelque peu dérangeantes, comme le déterrement de la bague de la mère de Gomez pour de nouvelles fiançailles ou encore le visage démoniaque qu’expose Mercredi lorsqu’elle essaie sincèrement de sourire au reste du camp. Le vice est poussé jusqu’à faire intervenir une nouvelle gouvernante à l’apparence calquée sur celle de Fétide (« – Ohhh Dementia, que voilà un prénom admirable ! – Cela veut dire aliénation. – Ohhh moi, je m’appelle Fétide, cela veut dire répugnant ! »), sans oublier cette fin succulente durant laquelle la main de Debbie sort de la terre pour effrayer Joël sous le sourire sadique de Mercredi.

« Tu es un pudding au tapioca avec une bouche !! »

Outre quelques blagues difficiles à cerner (Fétide qui est sale car il viendrait d’Europe ? Des plantes vertes ?) et l’apostrophe « cara mia » bien trop présente dans l’ensemble, Les Valeurs de la Famille Addams demeure un véritable petit bijou de l’humour noir.

 

La Famille Addams (1991) de Barry Sonnenfeld

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Date de sortie : 22 novembre 1991 (États-Unis), 15 avril 1992 (France)
Réalisateur : Barry Sonnenfeld
Acteurs principaux : Raul Julia, Anjelica Huston, Christopher Lloyd, Christina Ricci
Genre : Comédie noire
Nationalité : Américain
Compositeurs : Marc Shaiman, Vic Mizzy (thème principal), MC Hammer (générique de fin)

Une famille tout ce qu’il y a de plus normal…

À la suite de la série télévisée d’origine de 1964, d’une série d’animation en 1973 et même d’un téléfilm en 1977, les personnages créés par Charles Addams se voient enfin portés son grand écran dans un film qui a fortement marqué les années 1990 ainsi que les débuts des réalisations de Barry Sonnenfeld, futur auteur de la trilogie Men in Black. Le thème musical aux indémodables claquements de doigts originellement composé par Vic Mizzy est ici repris et popularisé afin d’insister sur le mystère entourant les personnages. Le genre de la comédie noire sur la mort devient particulièrement culte avec cette Famille Addams pas comme les autres qui mène une vie macabre dans son manoir, dans lequel les parents éprouvent un plaisir incroyable à la moindre souffrance et où les deux enfants s’amusent à se torturer. Le casting est de taille et certains acteurs ont connu un rôle qui leur sera resté, à commencer par le père de famille Gomez, alors incarné par Raul Julia, cet excentrique si classe aux yeux globuleux qui a affronté Clint Eastwood dans La Relève ainsi que Jean-Claude Van Damme dans l’adaptation mythique du jeu vidéo Street Fighter.

« – Les enfants, mais qu’est-ce que vous faites ? – Je veux seulement l’électrocuter. »
Sans ces horribles cheveux, ce sera toujours plus crédible…

Sa femme Morticia arbore une sinistre robe noire et un visage terriblement pâle, mais se plaît surtout à sortir quelques allusions sexuelles entre deux répliques macabres (« Nous aimons nous repaître de ceux qui aimeraient nous soumettre. »). Interprétée par Christina Ricci, qui retrouvera des rôles notables dans des films comme Casper et le Sleepy Hollow de Tim Burton, Mercredi est une enfant imperturbable qui se plaît à surveiller son entourage avec un regard glaçant et à sortir des phrases qui font sourire (« Tu as dit que tu nous aiderais, pour le meilleur et le Shakespeare. »). L’oncle Fétide est quant à lui joué par l’illustre Christopher Lloyd (Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, Retour vers le Futur, Qui veut la Peau de Roger Rabbit ?) et son excellent doublage français assuré par Pierre Hatet lui offre une personnalité absolument exquise mêlant habilement macabre et comédie. Le fils Pugsley est plus discret et sert surtout de souffre-douleur à sa grande sœur, tandis que la grand-mère participe aux valeurs familiales de l’œuvre en rappelant délicieusement le passé de la famille.

La Chose, cette incroyable main membre à part entière de la famille. Rien à voir avec un certain film de John Carpenter
Une boule de poils… toujours mieux qu’un escroc amateur.

D’autres personnages apportent un cachet glauque particulier à La Famille Addams, comme le géant Max au physique proche de celui de la créature Frankenstein, cette main autonome appelée La Chose qui se balade librement dans la maison, ou encore le cousin Machin, petit homme recouvert par des cheveux tombant jusqu’au sol et exprimant des babillements au lieu de parler. Valant essentiellement pour ses personnages et son univers absolument cultes, le film comporte un scénario étrangement convenu avec une simple histoire d’usurpation d’identité par des personnes qui cherchent juste à s’emparer d’un trésor caché dans le manoir. Ainsi, la véreuse Abigail Craven envoie son fils adoptif Gordon afin qu’il se fasse passer pour l’oncle Fétide, se camouflant elle-même en psychologue à l’accent allemand douteux afin de parfaire son plan. Elle est accompagnée du maladroit Tully Alford, dont la femme Margaret restera tout de même en se liant aux Addams dans une romance des plus étranges lors d’une réception suivie d’une valse. Assez peu marquants, les événement n’auront pas empêché La Famille Addams de devenir un classique et surtout d’obtenir une suite qui sublimera largement son univers.

Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, de John Carpenter

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Date de sortie : 2 juillet 1986 (États-Unis),
3 septembre 1986 (France)

Réalisateur : John Carpenter
Acteurs principaux : Kurt Russell, Dennis Dun, James Hong, Carter Wong
Genre : Arts martiaux, fantastique
Nationalité : Américain
Compositeurs : Alan Howarth et John Carpenter

Si ça c’est pas une belle équipe de vainqueur !

Quelques années après New York 1997 et The Thing, la collaboration entre John Carpenter et Kurt Russell continue avec un film d’aventure parsemé de chorégraphies combattives, aussi bien inspiré par Indiana Jones et la comédie d’action comme Zu, Les Guerriers de la Montagne Magique du réalisateur hongkongais Tsui Hark. Échec commercial 1986, il fait partie de ces films devenus cultes grâce au succès de leur sortie en VHS des années plus tard, ce qui a conforté Carpenter dans son idée de laisser Hollywood de côté au profit du cinéma indépendant. Nommé Big trouble in Little China dans sa version originale, la francisation n’a rien trouvé de mieux que le titre à rallonge des Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, annonçant déjà une réalisation de série B inoubliable. Le scénario place Kurt Russell dans la peau de Jack Burton, un camionneur lambda qui se retrouve en plein conflit au cœur de Chinatown à San Fransisco avec son ami Wang Chi, joué par Dennis Dun (que Carpenter reprendra l’année suivante dans Prince des Ténèbres), qui allait juste chercher sa fiancée Miao Yin à l’aéroport.

« – Qu’est-ce qu’il y a d’écrit ? – Si yu som nio, l’enfer des ébouillantés ! – Tu rigoles ? – Ouais, y’a écrit « Défense d’entrer. »
« Je connais une grenouille dans une fable qui a explosé pour moins que ça ! »

Cette dernière est convoitée par une sorte de secte dirigée par Lo Pan, interprété par James Hong (Chinatown, Y a-t-il un Pilote dans l’Avion ?, Blade Runner), un vieux sorcier au visage croulant qui cherche à rajeunir son enveloppe charnelle en épousant une asiatique aux yeux verts. Ne se prenant pas totalement au sérieux, le film nous emmène en plein affrontement entre plusieurs clans provoquant une avalanche d’effets spéciaux, avec un surplus d’éclairs, des flammes vertes et des apparitions difformes. La trame scénaristique fouillis provoque quelques longueurs au beau milieu du film, l’humour scabreux et les clichés asiatiques aidant à garder le sourire. Si la VF est plutôt correcte, l’adaptation n’échappe pas à quelques accents surjoués et à plusieurs blagues faciles du genre « c’est du chinois ». Au sein de magnifiques décors dignes des plus grands temples d’Asie, l’affrontement final réunit tous les effets spéciaux possibles pour des chorégraphies d’anthologie qui préfiguraient presque Tigre & Dragon, avec un Wang Chi qui semble avoir effectué du levelling tellement il devient de plus en plus puissant avec de nouvelles techniques dévastatrices.

De somptueux décors du folklore asiatique.
« Je suis Raiden, le dieu du Tonnerre !! »

Véritable melting-pot entre les cultures occidentale et orientale, Les Aventures de Jack Burton a été une grande source d’inspiration pour des licences comme la saga de jeux vidéo Mortal Kombat. Outre les sauts surdimensionnés qu’effectuent les personnages, Shang Tsung rappelle fortement Lo Pan avec sa barbe, sa pouvoirs de sorcellerie et son rajeunissement. Quant au trio Thunder, Rain et Lightning, ils ont clairement inspiré le dieu du Tonnerre Raiden avec leurs chapeaux coniques, leurs cagoules noires et leur capacité de générer des éclairs, le charismatique Carter Wong ayant une interprétation tout simplement géniale. Concernant les musiques, Alan Howarth collabore une nouvelle fois avec John Carpenter après New York 1997, Halloween 2, Halloween 3 et Christine dans une bande-son rappelant fortement les pistes des jeux de consoles rétro comme la Mega Drive de Sega. La chanson des crédits de fin est interprétée par le groupe The Coupe De Villes, composé de Nick Castle, Tommy Lee Wallace et John Carpenter lui-même. Un film de renom qui a marqué l’histoire des années 1980 !

« Ton âme… est à moi !! »

Maléfique Le Pouvoir du Mal, de Joachim Rønning

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Date de sortie : 16 octobre 2019 (1h 59min)
Réalisateur : Joachim Rønning
Acteurs principaux : Angelina Jolie, Elle Fanning, Harris Dickinson, Michelle Pfeiffer
Genre : Fantastique
Nationalité : Américain
Compositeur : Geoff Zanelli

« Les histoires d’amour finissent toujours mal, Mocheté… »

Trois années après Alice de l’Autre Côté du Miroir, c’est au tour de Maléfique d’obtenir une suite avec un scénario cette fois-ci totalement nouveau. Alors que la princesse Aurore règne sur la Lande, le prince Philippe ressurgit afin de lui demander sa main, espérant ainsi unifier leurs deux royaumes. Si la Belle au Bois Dormant est toujours jouée par Elle Fanning (The Neon Demon, Les Proies), Brenton Thwaites laisse le rôle du prince à Harris Dickinson. Alors qu’un mariage est organisé au château du royaume de Philippe, Maléfique et Aurore sont amenés à rencontrer le bon roi John et la pernicieuse reine Ingrith, brillamment interprétée par Michelle Pfeiffer (Dark Shadows, Mother, Le Crime de l’Orient-Express). Comme la scène d’introduction le suggère, on découvre également que Maléfique fait partie d’un peuple de Fées Noires, qui vont rapidement de sentir menacées face aux humains qui avaient déjà décimées une partie de leurs semblables.

La belle-mère et la bru, une grande histoire d’amour.

Plus encore que le premier volet, Maléfique Le Pouvoir du Mal traite de l’ambition de conquête démesurée des hommes face aux peuples dits moins civilisés, avec la perduration de la légende comme quoi Maléfique est dangereuse malgré la bonté qui l’anime. La scène du repas a de quoi provoquer la malaise tellement la rigidité des traditions transparaît dans les manières et les paroles des personnages, sans parler des consignes données aux soldats par le général (« Le premier qui quitte son poste sera pendu. »). Angelina Jolie assure toujours en jouant une Maléfique qui marque une fois de plus le coup en assombrissant la séquence par sa magie et sa colère face aux provocations de la reine Ingrith, les effets spéciaux se montrant toujours aussi impressionnants. Les relations entre Aurore et celle qu’elle considère comme sa mère se complexifient tandis que la guerre est intérieurement déclarée entre les deux royaumes, la communication extérieure laissant croire aux fées que le mariage aura bien lieu.

« Vous êtes allée à l’encontre de votre nature avec une force admirable pour élever cette enfant. »
Une opposition déchirante entre les deux héroïnes.

La trahison de la reine Ingrith dévoile un arrière du décor somptueux avec un passage secret morbide à son image menant à un sous-sol où les soldats préparaient déjà les armes. L’idée de la réutilisation du maléfice par le fuseau est bonne mais sa mise en place aurait mérité une conséquence moins prévisible. L’ingénieure exécutrice Gerda, jouée par la brillante Jenn Murray (Dorothy, Les Animaux Fantastiques), est un personnage très réussi dans son comportement psychotique aussi bien à l’arbalète que lorsqu’elle joue de l’orgue avec une mise en scène tout aussi dérangeante. Le scénario orienté vers la guerre laisse place à des plans aériens efficaces et met très en avant le peuple des Fées Noires, notamment le leader Conall sous les traits de Chiwetel Ejiofor (American Gangster, Doctor Strange, Le Roi Lion), et le guerrier Borra interprété par Ed Skrein (Le Transporteur Héritage, Deadpool Alita Battle Angel), leur maquillage et leur jeu n’étant pas sans rappeler Le Dernier des Mohicans.

Bras droit de la reine, la psychotique Gerda symbolise fortement le cynisme de l’esprit guerrier du royaume.
« Vous avez passé des années à chérir un humain : il est temps de penser à votre peuple ! »

Très classique dans le fond, Maléfique Le Pouvoir du Mal est tout aussi réussi que son aîné grâce à des situations variées et à des décors fantastiques de toute beauté. Aurore est cette fois-ci bien plus mise en avant tandis que les antagonistes sont clairement identifiables pour un affrontement d’anthologie. Le serviteur Diaval y a également un rôle plus important, sa forme humaine lui permettant une courte séquence d’infiltration tandis que la magie n’opère plus. Le background des fées prend une nouvelle dimension avec ce peuple inattendu et la renaissance en Phénix prend tout son sens étant donné l’origine des pouvoirs de Maléfique. La réalisation de ce passage est d’ailleurs magnifique, entre la désintégration en cendres et la violence portée par la poudre rouge. Une belle suite qui fait honneur au genre du film fantastique !

Maléfique, de Robert Stromberg

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Date de sortie : 28 mai 2014 (1h 37min)
Réalisateur : Robert Stromberg
Acteurs principaux : Angelina Jolie, Sharlto Copley, Elle Fanning, Sam Riley
Genre : Fantastique
Nationalité : Américain
Compositeur : James Newton Howard

 

Je vous invite à revisiter un conte célèbre,
que vous pensez connaître…

La jeunesse de deux héros séparés par le destin.

Cinquante-cinq longues années après l’adaptation de La Belle au Bois Dormant par Disney, Maléfique nous fait revisiter le conte de Charles Perrault à travers le point de vue de la célèbre sorcière dans un film qui s’impose comme une réécriture réussie malgré le classicisme de son style fantastique. Préfigurant la volonté de Disney de faire revivre ses grands classiques dans années 2010 quatre ans après l’adaptation d’Alice au Pays des Merveilles par Tim Burton, il met en scène Maléfique comme une héroïne intéressante dans ce sens où la méchanceté ne domine par forcément ses autres sentiments. Interprétée par Isobelle Molloy et Ella Purnell durant son enfance puis par Angelina Jolie (Tomb Raider, Mr. & Mrs. Smith, La Légende de Beowulf) une fois adulte, on lui découvre un passé touchant et douloureux avec le futur roi Stéphane qui expliquent pourquoi elle lance sa malédiction à la princesse Aurore, jouée par Vivienne Jolie-Pitt (la fille d’Angelina Jolie et de Brad Pitt) puis par Elle Fanning (Babel, L’Étrange Histoire de Benjamin Button, Super 8).

« La princesse pourra sortir de ce sommeil semblable à la mort. Mais pour cela il faudra… un baiser d’amour sincère. »

Arborant une certaine prestance, Maléfique voit son charisme à son apogée lors du baptême, les effets spéciaux et les mots prononcés donnant un puissant cachet à cette séquence emblématique. Si le jeu d’actrice d’Angelina Jolie n’est pas toujours à la hauteur, notamment lorsqu’elle pleure et dans la façon parfois immature qu’elle a de se comporter, il reste globalement convaincant pour faire honneur au personnage. Sa relation avec Aurore est assez touchante dans le sens où elle la surveille et la rencontre, pour finalement s’attacher à elle jusqu’à vouloir annuler le sort. Le scénario séparant l’univers hostile et vaniteux des hommes et l’univers merveilleux et prospère des fées (Maléfique faisant partie de ce dernier), il va sans dire que les marraines refont surface, cette fois-ci sous le nom de Capucine, Florette et Hortense, cette dernière étant jouée par Imelda Staunton (Harry Potter et l’Ordre du Phénix, Alice au Pays des Merveilles). Présentées comme un trio cherchant à répandre la paix entre les deux royaumes, elles sont assez comiques et maladroites au point d’être qualifiées d’idiotes par le roi.

L’annonce d’une relation déjà ambiguë.
« Avant le coucher du soleil le jour de son seizième anniversaire, notre chère princesse à l’aiguille d’un fuseau se piquera le doigt, et tombera ainsi dans un sommeil éternel ! »

Interprété par Sharlto Copley (District 9, L’Agence Tous Risques, Oldboy), le roi Stéphane voit son traitement subir un virage à cent quatre-vingts degrés étant donné qu’il est clairement présenté comme le méchant du scénario. Sa romance avec Maléfique dans leur jeunesse est à l’origine du baiser d’amour sincère donnant du sens à l’annulation du sort, et son choix de ramener ses ailes au précédent roi plutôt que l’assassiner est un clin d’œil rappelant le geste du chasseur dans Blanche-Neige et les Sept Nains. Cet élément renforce le dramatique de la lutte finale avec une mise en pratique de la sensibilité que les fées ressentent avec le fer, le corbeau qui devient un dragon (référence au dessin animé de 1959) et la séparation définitive des deux personnages alors que le roi s’écrase dans le vide avec un joli ralenti en plongée.

De magnifiques plans alliant habilement ombres et lumières.
L’ambition démesurée du roi Stéphane.

Sous les traits de Brenton Thwaites (Dick Grayson dans la série Titans), le prince Philippe est clairement relégué au rang de personnage secondaire avec une romance assez expéditive, et surtout tournée au ridicule lorsque son baiser à la princesse ne produit aucun effet. Mais c’est pour mieux valoriser le personnage de Maléfique qui, s’en voulant de n’avoir pu revenir en arrière, réveille elle-même Aurore grâce à un baiser sur le front, rapprochant définitivement la princesse et celle qu’elle considère être sa bonne fée. Maléfique se veut donc une réécriture touchante, ancrée dans un univers merveilleux peuplé de toutes sortes de créatures fantastiques, et dont les personnages sont réinterprétés d’une manière efficace. La boucle est alors bouclée alors que l’on apprend que la narratrice de l’histoire n’était autre que la belle au bois dormant elle-même.

Joker (2019) de Todd Phillips

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Date de sortie : 1er octobre 2019 (Lettonie), 9 octobre 2019 (France)
Réalisateur : Todd Phillips
Acteurs principaux : Joaquin Phoenix, Robert de Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy
Genre : Drame, thriller
Nationalité : Américain
Compositrice : Hildur Guðnadóttir

« Avant je me disais que ma vie était une tragédie. Je me rends compte… que c’est une comédie ! »

À la suite de plusieurs comédies comme Road Trip, Starsky & Hutch et la trilogie Very Bad Trip, Todd Phillips choisit de s’inspirer de l’univers des comics tout en contrecarrant son genre traditionnel, considérant qu’il est devenu difficile de réaliser des comédies pertinentes, l’industrie hollywoodienne étant aujourd’hui plus sensible aux sujets dramatiques tels que l’oppression des minorités. Conservant tout de même une narration irrévérencieuse, il obtient l’opportunité de réaliser un film sur la naissance du Joker, profitant ainsi du manque de consistance de l’univers cinématographique DC et de l’annulation du long métrage centré sur l’interprétation de Jared Leto. Ayant l’audace d’imaginer sa propre version du personnage sans spécifiquement suivre les comics, allant de fait à l’opposé de la facilité commerciale de l’univers cinématographique Marvel, il met en scène Joaquin Phoenix (Her, A Beautiful Day, Les Frères Sisters) dans le rôle d’Arthur Fleck, un comédien qui peine à se démarquer et à se faire respecter à Gotham City, méprisé de tous et régulièrement agressé.

Une relation intéressante avec la voisine de palier.
Une interprétation glaçante qui montre une fois de plus que Thomas Wayne était loin d’être un bienfaiteur.

On suit alors sa descente aux enfers à la manière d’un Taxi Driver, la présence de Robert de Niro (Machete, Killer Elite, Joy) dans la peau du présentateur d’émission télévisée Murray Franklin en étant assurément un sacré clin d’œil. Le film est en effet un véritable drame dépeignant une société qui sombre dans la folie, avec une Gotham City qui croule sous les rues malfamées, accompagnées de ses métros bourrés de tags et d’agresseurs. Une fois de plus, les pauvres se retrouvent méprisés par la classe supérieure, symbolisée par l’émission « Live With Murray Franklin » et surtout par Wayne Enterprises, Brett Cullan interprétant un Thomas Wayne froid, hautain et dépréciant les gens du peuple tout en cherchant davantage de pouvoir en se présentant aux élections municipales. Le film se voit donc bien raccroché à l’univers de Batman, Bruce Wayne apparaissant même étant enfant aux côtés d’Alfred Pennyworth, joué par Douglas Hodge (Robin des Bois, Red Sparrow, Gemini Man).

« Quand j’étais petit et que je disais que je voulais faire comique quand je serais grand, tout le monde riait de moi. »

L’interprétation de Joaquin Phoenix est très juste, son personnage n’étant pas directement le Joker mais bel et bien un homme sombrant dans la folie et prenant conscience qu’il existe enfin à travers les émeutes populaires qui sévissent dans la ville. Présent durant une grande majorité des scènes, il est valorisé par de nombreux plans sur son visage montrant sa chute et son entraînement aux sourires. Vivant chez sa mère dans un immeuble au bord de l’effondrement, il obtient une certaine sympathie de sa jeune voisine Sophie Dumond, sous les traits de Zazie Beetz (Geostorm, Deadpool 2). Cependant, la narration semble montrer que de nombreuses scènes bénéfiques à son encontre ne relèvent en fait que de ses fantasmes et participent au grandissement de sa folie. Les blagues autour du revolver qu’il porte concrétisent brillamment sa future identité, tout comme ses nombreux rires aigus qu’il ne peut s’empêcher de laisser éclater pour des raisons psychiatriques. Présente qu’à certains moments, la violence sait surprendre et se montrer percutante avec des coups particulièrement francs et des giclées de sang aussi glauques que réalistes.

Face à face imminent avec le méprisable Murray Franklin.
Une scène troublante qui tissant déjà des liens malsains entre les deux personnages.

L’instabilité du personnage est fascinante à suivre tandis qu’une certaine notoriété s’abat sur lui pour finalement l’acclamer au rang de héros aux yeux des émeutiers, portant un masque de clown pour mieux annoncer le signe reconnaissable de ses futurs fidèles (à l’instar des masques utilisés dans The Dark Knight). Sa mère étant marquée par des comportement hystériques, il reste dommage que le scénario choisisse la facilité sempiternelle du parent adoptif caché comme pour justifier une partie des troubles de l’enfant. À moins qu’il s’agisse d’un énième leurre du scénario, à l’instar de la croyance d’Arthur comme quoi Thomas Wayne serait son père, ce qui lui donnerait un lien vraiment intéressant avec son futur ennemi. Si on peut reprocher à Joker quelques grossièretés issues d’une VF pourtant très correcte et une séquence bien trop expéditive pour la mort de parents Wayne, Joker reste un film de grande qualité dont on n’est pas près d’arrêter de reparler. D’aucuns diraient qu’il ferait même un candidat idéal pour précéder le futur film The Batman mettant en scène Robert Pattinson.

« J’ai passé toute ma vie sans même savoir si j’existais réellement. Eh bien oui, j’existe ! Et les gens commencent à s’en rendre compte… »

Gemini Man, d’Ang Lee

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Date de sortie : 2 octobre 2019 (1h 57min)
Réalisateur : Ang Lee
Acteurs principaux : Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Clive Owen, Benedict Wong
Genre : Action, science-fiction
Nationalité : Américain
Compositeur : Lorne Balfe

« Allongé sur le ventre prêt à tirer, il n’y a que dans cette position que je me sens revivre. »

Film d’action saupoudré de science-fiction, Gemini Man met en scène Will Smith (Je suis une légende, Suicide Squad, Aladdin) dans le rôle d’Henry Brogan, un tueur à gages cinquantenaire qui s’apprêtait à lâcher les armes avant de se retrouver face à un dangereux clone plus jeune que lui. Programmé pour l’assassiner par un scientifique fou et manquant surtout d’originalité interprété par Clive Owen (Sin City, Killer Elite, Valérian et la Cité des Mille Planètes), il va traquer son modèle avec un désir quasi insatiable de le remplacer dans des scènes d’action comprenant des courses poursuites tonitruantes à moto plus ou moins inspirées. Henry est secondé par une jeune étudiante qui a bien plus de capacités qu’elle veut bien l’admettre et jouée par Mary Elizabeth Winstead (The Thing, Abraham Lincoln Vampire Hunter, 10 Cloverfield Lane), puis aidé par un de ses alliés de la Defense Intelligence Agency sous les traits de Benedict Wong (Prometheus, Crazy Joe, Doctor Strange).

Une esquive digne des meilleurs films avec Steven Seagal !
Petite réunion sur la terrasse d’un café.

Si Ang Lee est connu pour la variété de des genres qu’il traite (les chorégraphies d’arts martiaux pour Tigre et Dragon, le drame avec Le Secret de Brokeback Mountain, ou encore l’aventure pour L’Odyssée de Pi), il s’aventure cette fois-ci dans le registre de la science-fiction mais s’empêtre dans un scénario terriblement convenu avec une part bien trop importante réservée à l’action. Intéressant dans ses premiers instants, le film se contente ensuite d’empiler les clichés et les scènes d’action surfaites pour montrer du vu, et surtout du revu. Certains plans restent intéressants (les deux personnages qui se voient grâce à l’angle offert par un miroir entre deux étages), mais les relations entre Brogan et Junior virent trop au mélodramatique manquant de finesse et le twist final se sent facilement venir à plusieurs kilomètres. Il reste appréciable pour sa réalisation dans une salle de cinéma immersive.

Se pourrait-il que même les caïds ayant été élevés pour être les méchants aient finalement une petite sensibilité au fond de leur cœur ? Vous avez quatre heures.