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Emmanuel Delextrat

Emmanuel Delextrat
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Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j’ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La Soupe aux Choux, mais avec aussi de nombreux dessins animés comme les courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo, les longs métrages Disney avec Alice au Pays des Merveilles en tête, les animés japonais comme Sailor Moon et Dragon Ball Z ainsi que d’autres séries comme Batman et Tintin. Mes années 90 ont été bercées par les comédies avec Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête) ou d’autres films que j’adore comme Les Valeurs de la Famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à Tout Prix. C’est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par Casino Royale, Et Pour Quelques Dollars de Plus, Kill Bill ou encore Rambo. Collectionneur, j’attache de l’importance au matériel et j’ai réuni trois étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Et plus on découvre de nouveaux films, plus on se rend compte qu’il nous en reste en fait énormément à voir…

Heavy Rain : le chef-d’œuvre de Quantic Dream célèbre ses 15 ans

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Date de sortie : 18 février 2010
Développeur : Quantic Dream
Concepteur : David Cage
Genre : Interactive novel

Nationalité : Français
Compositeur : Normand Corbeil
Console d’origine : PlayStation 3

Il y a 15 ans, un monument du jeu vidéo français débarquait en exclusivité sur PlayStation 3 pour consolider une ludothèque qui se faisait de plus en plus conséquente. Aboutissement de la vision émotionnelle et cinématographique du média chère à David Cage, Heavy Rain sublime le concept déjà avant-gardiste de Fahrenheit pour une nouvelle expérience mêlant scénario solide à embranchements et gameplay variant largement les QTE et les choix à conséquences plus ou moins déterminantes.

À cette époque où les consoles de salon de septième génération sont encore perçues comme décevantes par certains gamers à cause de la timidité des innovations et des productions devenant de plus en plus commerciales, au point de déchaîner de lourdes déceptions au sein même de sagas mythiques comme Metal Gear et Resident Evil, Heavy Rain fait partie de ces jeux qui osent bouleverser les codes pour mettre une véritable claque aux joueurs qui n’en attendent qu’un simple divertissement expérimental.

Avec un scénario policier pourtant classique et malgré une certaine lourdeur dans les déplacements, Quantic Dream est parvenu à profondément marquer l’histoire grâce à des acteurs fortement impliqués dans leur rôle et à de nombreuses scènes alternatives selon les choix effectués, les actions réussies et la survie des quatre personnages jouables, le tout sublimé par l’intensité des musiques de Normand Corbeil et par une intrigue obligeant à une méfiance envers le moindre individu croisé.

Son succès a rapidement inspiré d’autres studios ayant mis à profit leur propre patte artistique pour concevoir des jeux similaires, à commencer par Telltale Games avec plusieurs jeux issus de comics comme The Walking Dead, The Wolf among Us et Batman. On trouve aussi Dontnod et son enivrant Life is Strange, Supermassive Games qui joue sur les codes du slasher avec Until Dawn ou encore l’étonnant As Dusk Falls, dans lequel Interior Night remplace les scènes cinématiques par une succession d’images fixes sublimées par une direction artistique rappelant une bande dessinée.

Et si Heavy Rain a agacé bon nombre de joueurs férus de salles d’arcade en 2010 pour son statut hybride de film interactif, c’est bien parce que son succès lui a valu beaucoup de publicité tout en ayant su poser le débat de la frontière entre cinéma et jeu vidéo. Après tout, d’aucuns disaient de Dragon’s Lair en 1983 qu’il s’agissait d’un jeu vidéo et non d’autre chose, quand bien même le gameplay était autrement plus limité.

Vampire Forever, d’Howard Storm

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Date de sortie : 15 novembre 1985 (États-Unis)
Réalisateur : Howard Storm
Acteurs principaux : Jim Carrey, Lauren Hutton, Cleavon Little, Karen Kopins
Genre : Comédie fantastique
Nationalité : Américain
Compositeur : John Du Prez

La comtesse accompagnée de l’inénarrable Sebastian.

Parfois appelé Séduction à Pleines Dents depuis sa sortie relativement confidentielle en DVD, Once Bitten est une comédie fantastique réalisée par Howard Storm dans laquelle le jeune Jim Carrey concrétise son premier rôle principal en 1985, près de dix ans avant sa révélation au grand public dans The Mask. C’est en effet à la suite du succès européen de ce dernier que Pathé choisit de sortir en VHS deux films encore inconnus en France au beau milieu des années 1990 : Ace Ventura, Détective Chiens et Chats d’une part, et Once Bitten d’autre part. Le titre Vampire Forever fut inventé à l’occasion pour surfer sur le succès de Batman Forever, dans lequel Jim Carrey se déchaîne dans son incarnation d’Edward Nygma la même année. Le doublage français n’ayant été réalisé qu’en 1995, c’est bien Emmanuel Curtil qui prête sa voix à l’acteur avec sa petite folie reconnaissable dans ses intonations.

Le jeune Jim Carrey usait déjà de son irrésistible sourire !
Un décolleté plongeant sans soutif, la proie à sa merci !

Vampire Forever est un pur produit de la comédie américaine des années 1980 mettant en scène une bande de jeunes cherchant à conclure avec une fille. C’est notamment le cas de Mark qui, confortablement installé sur le siège avant de son camion glacier, tente de persuader sa petite amie Robin de passer à l’acte, qui bien sûr a encore besoin de temps, car on est dans un scénario des années 80 ! Parallèlement, une étrange comtesse jouée par la mannequin Lauren Hutton semble avoir besoin de sucer le sang d’un jeune-homme vierge pour conserver sa jeunesse éternelle. Son majordome Sebastian, interprété par Cleavon Little (Point Limite Zéro, Le Shérif est en Prison), lui apporte de bons conseils non sans humour grâce au doublage reconnaissable de Med Hondo (VF régulière d’Eddie Murphy, Rafiki dans Le Roi Lion).

Les grimaces avant l’heure !
« Salut, je m’appelle Russ, je suis sagittaire, j’aime le surf, les dîners aux chandelles et Tolstoï ! »

C’est lors d’une scène culte dans une sorte de cabaret favorisant les rencontres que, tandis que ses amis révisent leur discours de séducteur, Mark tombe nez à nez avec la comtesse. Pensant l’avoir conquise durant une nuit de folie sur un canapé, il adopte de plus en plus le comportement d’un vampire et doit trouver un moyen de rompre la malédiction avant d’être mordu trois fois. L’humour se veut assez kitsch entre des costumes et autres déhanchés des vampires, les rêves loufoques qui hantent Mark une fois mordu en haut de la cuisse, ou encore le cri qu’il fait en montrant les dents pour faire peur à des clients qui veulent une glace. De son côté, Sebastian apporte un ton très décalé à l’univers, et ce dès le début du film avec son thème musical presque envoûtant.

Vampire, vous avez dit vampire ?

Les gags chers aux années 80 sont également légion avec Russ et Jamie qui jouent les beaux parleurs pour enfin réussir à conclure. Le décalage entre leur discours et leur courage réel est notamment accentué lors de la scène de la laverie, pendant laquelle Russ prend peur face à une femme lui proposant d’utiliser une cravache au lit, tandis que Jamie se retrouve fourré à l’intérieur d’un sèche-linge. On peut aussi noter la scène de la douche, pendant laquelle ils tente de vérifier si leur ami Mark a bien été mordu près de l’entrejambe, les faisant immédiatement passer pour des homosexuels. Saupoudré de romance pour la présence de Karen Kopins et de rock branché avec la chanson du groupe 3-Speed, Vampire Forever fait partie de ces films cultes ayant mis en avant un acteur de talent plusieurs années avant ses premiers succès hollywoodiens.

La Reine des Neiges II, de Jennifer Lee et Chris Buck

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Date de sortie : 20 novembre 2019 (1h 44min)
Réalisateurs : Jennifer Lee et Chris Buck
Doubleurs principaux : Charlotte Hervieux, Emmylou Homs, Donald Reignoux, Dany Boon
Genre : Animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Christophe Beck, Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez

Une belle introduction éclaircissant le passé.

Six ans après la déferlante de La Reine des Neiges, une suite voit le jour sous l’objectif des mêmes réalisateurs dans un scénario qui tente de s’émanciper encore plus du conte d’origine en mettant en opposition deux royaumes ; difficile de ne pas y voir un rapprochement avec le diptyque Maléfique, dont le deuxième épisode sortait un mois plus tôt. De nouveaux éléments de scénario mettent en lumière le passé d’Arendelle durant l’introduction, pendant laquelle le père d’Elsa et d’Anna mentionne un barrage établi par leur grand-père entre leur royaume et la forêt enchantée de Northuldra. Une séparation qui avait réveillé la colère des quatre esprits élémentaires et provoqué leur courroux.

Quel genre d’humour est-on censé comprendre…
Les mascottes toujours en forme.

Le présent prend place à l’arrivée de l’automne alors qu’Elsa est appelée par une étrange voix qu’elle ne peut s’empêcher de suivre, ce qui provoque une nouvelle fois la colère des esprits et oblige les habitants à évacuer. On retrouve ainsi Anna, Olaf, Kristoff, Sven et Pabbie dans une nouvelle aventure qui doit amener les deux sœurs à réparer les blessures du passé en découvrant ses secrets et l’origine des pouvoirs d’Elsa. Mais comme pour le premier film, la narration est vraiment trop classique et quelques éléments prévisibles entachent le scénario, sans parler des demandes en mariage de Kristoff envers Anna qui peuvent agacer tellement l’évidence de leur déroulement manque de subtilité.

Northuldra, une bien étrange contrée.
De magnifiques images sur les créatures élémentaires.

Le scénario ne manque toutefois pas de qualité dans sa tentative d’enrichir l’univers, à commencer par l’identité propre à chaque élément et la qualité de leur animation. Les chansons restent trop concentrées durant les premières minutes et peinent à réellement se démarquer même si les interprètes sont plus variés que dans le premier film. Charlotte Hervieux ne parvient pas à faire aussi fort avec sa chanson « Dans un autre monde » qu’Anaïs Delva et son célèbre « Libérée, délivrée ». C’est à la limite Dany Boon qui reste assez touchant dans son doublage d’Olaf et le plus efficace dans sa chanson « Quand je serai plus grand » et ses cris effarants. Un film animé plaisant mais Disney nous avait habitué à tellement mieux.

La Famille Addams (2019) de Conrad Vernon et Greg Tiernan

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Date de sortie : 4 décembre 2019
Réalisateurs : Conrad Vernon et Greg Tiernan
Doubleurs principaux : Kev Adams, Mélanie Bernier, Enzo Ratsito, Léopoldine Serre
Genre : Animation, comédie noire
Nationalité : Américain
Compositeurs : Mychael Danna et Jeff Danna

Un portail absolument terrifiant !

Après vingt ans d’absence, la famille la plus macabre de l’histoire de la pop culture est de retour à l’écran dans un chouette film d’animation 3D réalisé par Greg Tiernan et Conrad Vernon (Shrek 2, Madagascar 3, Sausage Party). Le scénario repart de zéro en commençant par montrer l’effroyable mariage de Morticia et Gomez avant de s’attaquer à leur emménagement dans un asile en haut d’une colline, puis à leurs enfants qui se plaisent toujours à s’entretuer. Mercredi et Pugsley sont d’ailleurs bien au centre du scénario : la première tente de survivre à la découverte d’un univers tout en couleurs en allant au collège pour la première fois, tandis que Pugsley cherche à maîtriser la chorégraphie de la Mazurka afin de passer à l’âge adulte devant le reste de sa famille.

La danse toujours au cœur de la narration.

La qualité des animations se remarque d’emblée avec les personnages très expressifs et les lieux ou objets vivants, comme le portail dont l’ouverture s’apparente à une mâchoire, l’arbre qui attrape toutes sortes de choses avec ses longues branches et la salle de bain qui prend son thé par la cuvette des toilettes avec une bonne chasse d’eau. Si le Cousin Machin a un langage toujours aussi incompréhensible, la Chose devient encore plus un personnage à part entière tandis qu’elle regarde sur Internet des photos d’autres mains et de pieds qui lui donnent envie. La direction artistique bien sombre colle parfaitement à l’univers macabre, les Addams se réjouissant du pire dans un humour noir toujours aussi efficace. L’humour n’est pas en reste avec des jeux de mots plus ou moins glauques (Mercredi qui dit que ça fait longtemps qu’elle n’a pas scié de nez quand on lui propose un ciné), ou encore la guillotine au-dessus du lit qui semble servir de réveil.

Il n’y a d’habitude que les clowns psychopathes qui tiennent ce genre de chose…
Un peu gluant mais appétissant !

Le film porte un message sur le jugement par la différence à travers le contraste entre la noirceur du manoir Addams et l’aseptisation colorée de la ville en-dessous supervisée par Margaux Needler, une décoratrice d’intérieur et animatrice de télévision un peu trop bien sous tout rapport pour être innocente. Il est amusant de voir sa fille prendre un style gothique comme Mercredi, tandis que cette dernière tente de s’habiller en rose et de porter des barrettes en forme de licorne. Les doublages français sont de qualité, à commencer par Kev Adams qui livre un accent comique efficace pour Gomez en plus de porter le même nom que la famille. Un retour des plus appréciables !

Star Wars épisode 9 : L’Ascension de Skywalker (critique commune)

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Date de sortie : 18 décembre 2019 (2h22min)
Réalisateur : Jeffrey Jacob Abrams
Acteurs principaux : Daisy Ridley, Adam Driver, Ian McDiarmid, Carrie Fisher
Genre : Space opera, science-fiction
Nationalité : Américain
Compositeur : John Williams

 

 

L’avis d’Emmanuel

Troisième épisode de la désormais intitulée « postlogie », L’Ascension de Skywalker met un point final à plus de quarante ans de scénario issu des neufs films principaux depuis 1977. Jeffrey Jacob Abrams récupère la réalisation de ce nouveau film et s’il est possible de lui reprocher un certain fan service comme ce fut le cas pour Le Réveil de la Force, la saga Skywalker se conclut d’une manière très honorable avec une Rey au top de sa forme, Daisy Ridley prouvant une fois de plus son grand talent d’actrice. Déjà teasé par la bande-annonce, le retour de Palpatine est plutôt bien justifié avec la planète Exegol et le background des Sith enrichi. À l’instar de Christopher Lee en son temps, Ian McDiarmid assure toujours du haut de son grand âge, dans le rôle de celui qui avait finalement tout manigancé depuis La Menace Fantôme.

Le manichéisme reste cependant mis à l’épreuve avec les personnages de Rey et de Kylo Ren, le nouveau leader suprême du Premier Ordre essayant toujours de ramener sa sœur ennemie du côté obscur de la force tandis qu’il coopère avec elle lors de belles séquences où ils se refilent subrepticement un sabre-laser à distance pour s’en sortir. Malgré le décès de Carrie Fisher trois ans auparavant, la générale Leia conserve un rôle important dans la communication avec son fils, même si son destin prévisible est amené d’une manière bien trop peu marquante. Finn reste quant à lui bien secondaire malgré de sympathiques passages avec Chewbacca et sa bande, comme celui où ils doivent attaquer des vaisseaux ennemis en s’y rendant à pied.

Le retour de Billy Dee Williams dans le rôle de Lando Calrissian fait tout autant plaisir à voir que les réapparitions fantomatiques des charismatiques Han Solo et Luke Skywalker, l’introduction traditionnelle et les musiques emblématiques rappelant que la saga a su conserver un fort cachet en racontant des histoires à travers plusieurs années. Demeurent des pouvoirs de guérir et de transférer sa vie bienvenus mais qui auraient dû être amenés auparavant pour gagner cohérence. À travers sa prestation magistrale de Rey tout au long de la postlogie, Daisy Ridley a su imposer un puissant personnage Jedi dont les origines ont de quoi surprendre tout en s’émancipant d’une identité plus logique sur la fin. Prévisibles sur certains points mais beaucoup moins sur d’autres comme l’attestent les théories erronées des fans, les épisodes VII, VIII et IX restent des films marquants pour une saga qui aura su accompagner plusieurs générations dans un univers de science-fiction d’une grande richesse.

 

L’avis de Liam

C’est un refrain sempiternel que la sortie d’un nouvel épisode de Star Wars : il suffit de quelques heures pour que chaque nouveau volet se fasse descendre ou auréoler, poussant à la bagarre si le film est un chef-d’œuvre du septième art ou un gros mollard craché à la figure des fans. Bien évidemment, c’est de nouveau le cas de cette Ascension de Skywalker, comme si personne ne voulait apprendre de ses erreurs (petit rappel que CHAQUE film de la saga s’est fait descendre avant de se voir réévalué en comparaison de l’épisode suivant). Alors, sans se placer sur un autel impossible d’objectivité, ce Star Wars 9 est-il la purge annoncée ?

On peut grandement répondre par la négative. En effet, JJ Abrams offre une belle conclusion à cette jolie postlogie, miroir des doutes des fans sur la mythologie par le biais de ces nouveaux personnages obligés d’être mis en avant dans une histoire qui les dépasse et les a nourris. On sent d’ailleurs qu’Abrams a beaucoup à raconter, trop même, au vu de sa première partie qui fonce tellement vite qu’on attend qu’il sorte inévitablement de la route. Et pourtant, ce n’est pas le cas : ce nouvel épisode offre une soif d’aventures qui revigore tout en prolongeant des thématiques d’identité charriées depuis le septième volet et que Johnson aura su se réapproprier avec brio. Le déterminisme, l’un des cœurs narratifs de la saga, fait encore des siennes et chacun se doit de s’affirmer tel qu’il agit et non tel qu’il est né, chacun trouvant face à de nouvelles figures des reflets d’un passé face auquel il est obligatoire de se confronter pour pouvoir se trouver en tant qu’individu.

Tout en continuant d’enrichir son arrière-plan politique par le retour d’un Mal qui n’est jamais réellement parti (un regard sur l’actualité suffira pour faire des liens), Abrams offre avec cette Ascension de Skywalker un blockbuster racé, s’inscrivant aussi bien dans les thématiques abordées dans sa filmographie que dans celles de la saga dans une clôture forte et divertissante. Rendez-vous dans 10 ans (même plus tôt, espérons) pour que l’on arrête de lui cracher dessus grossièrement et facilement pour se rendre compte que cette postlogie est d’une force narrative et émotionnelle élevée, bien loin des autres productions simplistes et factices mais néanmoins plus célébrées de la part de Disney.

 

L’avis de Brian

Le temps passe vite, déjà sept ans que Star Wars a rejoint le pavillon de Disney. Commencée en 2015 avec l’académique Le Réveil de la Force, poursuivi en 2017 avec le génial mais parfois incompris Les Derniers Jedi, voilà que la désormais nommée Postlogie doit nous délivrer son épisode final qui, en plus, servira de point final à la saga des Skywalker qui nous a ouvert ses portes en 1977. Conclure une trilogie n’est déjà pas une chose aisée, inutile donc de souligner la difficulté abyssale qui se dresse devant un réalisateur qui doit conclure trois trilogie. J.J Abrams est ici de retour à la réalisation et confirme dès le début du film son intention de balayer d’un revers de la main les portes ouvertes et les thématiques développées dans l’épisode VIII. Pas de surprise ici, les bandes annonces nous le faisaient déjà comprendre en nous présentant le casque reforgé de Kylo Ren, tel un symbole des cicatrices laissées par Johnson sur les plans de Abrams, ou en nous ramenant d’entre les morts le sinistre empereur Palpatine. Abrams, étant ce qu’il est, n’essaie à aucun moment de saisir le bâton de liberté créative tendu par Johnson.

Malheureusement pour nous dans l’esprit d’Abrams, Star Wars rime forcément avec destruction de planète et méchante figure impériale ayant un valet en quête de rédemption à ses côtés. Oubliez toutes les thématiques autour de l’équilibre dans la Force et sur la nécessité de s’affranchir du passé que portait le VIII, ici Abrams plonge à cœur joie dans la nostalgie, parfois de très mauvais goûts et nous en abreuve jusqu’à l’écœurement. L’épisode IX est le résultat malheureusement logique d’une trilogie menée par deux très bon réalisateurs aux optiques radicalement opposées. Malgré un Épisode VII solide et un épisode VIII brillant, l’opposition explosive de ces deux visions antinomiques, le VII glorifiant le passé, le VIII cherchant à le déconstruire et à le remettre en perspective, ne pouvait qu’accoucher d’une conclusion bancale et schizophrénique. Il est très compliqué de commencer à parler de ce film sans aborder le contexte l’entourant.

Qu’en est t’il du film en lui même ? Si l’on met de côté cette guerre d’ego entre Abrams et Johnson que nous reste-il ? Star Wars IX est malheureusement une démonstration académique de tout ce qu’il ne faut pas faire quand on cherche à s’inscrire au sein de l’héritage d’une grande saga. L’Ascension de Skywalker est un véritable festival de facilités scénaristiques et de mauvais fan service. Abrams donne l’impression d’avoir erré telle une âme en peine durant tout le processus créatif qui a enfanté ce fantôme de Star Wars. Pas grand chose ne tient debout dans ce film ou rien n’est expliqué de bout en bout. Ne cherchez pas de logique dans les événements du film. N’essayez pas de comprendre comment Palpatine a pu revenir et ce qu’il attendait dans son trou, comment Rey a développé telle ou telle capacité, ou la logique de la chasse au MacGuffin sur laquelle repose ce film, vous n’aurez aucune réponse si ce n’est de vagues relents acides de « Tais-toi, c’est magique ! ». Le fan service grossier du film, comme le fait de faire revenir inutilement Lando n’est là que pour endormir votre esprit et tenter de vous remettre dans un état de crédulité extrême après de trop gros enchaînements d’événements abracadabrantesques. C’est bien tenté mais raté J.J. Si encore le film traitait les conséquences de ses choix mais non. Votre encéphalogramme restera plat du début à la fin, tout le monde connaîtra une fin heureuse sauf ceux qui ne le méritent pas. Le film tentera bien quelques fois de vous faire croire à la perte de tel ou tel personnage mais tout sera rapidement annulé par un twist sorti du sac parfois digne d’un triste soap opera.

Dans ce marasme créatif, on a quand même envie de sauver certains acteurs. John Boyega et Daisy Ridley s’en sortent aussi bien que possible malgré des personnages vides de tout développement. Mark Hamill semble n’en avoir rien à faire et il est assez cocasse de constater son je-m’en-foutisme total quand il campe un Luke qui lui correspond quand on se rappelle du génie de sa performance dans le VIII alors qu’il n’aimait pas le traitement du personnage. À croire que donner aux gens ce qu’ils veulent, fussent-ils acteurs ou spectateurs, est définitivement une mauvaise chose. Au final, seul Adam Driver s’en sort véritablement avec les honneurs, malgré une négation des scénaristes de l’évolution de son personnage durant Les Derniers Jedi. Adam Driver nous inonde de son talent et de son charisme, arrivant à sauver à lui seul quelques passages du films. Il n’en est que plus regrettable de constater le manque de respect total à son égard dont le film fait preuve dans son dernier tiers. Dans un film censé clôturer l’arc des Skywalker, il est difficilement pardonnable de voir le dernier représentant de cette lignée être cantonné à un rôle de faire-valoir de la belle héroïne à qui tout aura réussi du début à la fin. Rey est malheureusement trop parfaite pour provoquer la moindre empathie chez le spectateur. À bien des égards, Star Wars IX ressemble à un buffet à volonté mal pensé où tout n’est qu’excès et abondance et où les saveurs se sabotent entre elles.

À tout cela on pourrait répondre qu’un film mal écrit et au scénario digne d’une fan fiction peut avoir une réalisation du tonnerre et être un pur chef-d’œuvre de technique, un vrai bel objet filmique. À cela je réponds oui, malheureusement ce n’est pas le cas de cet épisode IX. Certes il est loin d’être moche, ce qui est normal pour un film à trois cent millions de dollars de budget, son plus gros problème étant surtout d’étouffer le spectateur du début à la fin. Entre des plans serrés à outrance, privant les scènes de sentiment de grandeur et d’oxygène, le tout couplé à un montage parfois épileptique souvent indigne d’un clip musical tant tout y est rushé, vous obtenez un film qui ne vous laissera jamais vous imprégner de ses enjeux et de ses personnages. Tout cela nous donne le sentiment paradoxal qu’il se passe énormément (trop) de choses et qu’en même temps, il ne se passe rien. Que retenir de cet opus à part une ou deux scène maîtrisées ? Pas grand chose, si ce n’est éventuellement une annihilation totale du parcours des héros des six premiers films. Passez votre chemin.

Batman Returns, chef-d’œuvre de Tim Burton

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batman returns header

Date de sortie : 19 juin 1992 (États-Unis), 15 juillet 1992 (France)
Réalisateur : Tim Burton
Acteurs principaux : Michael Keaton, Danny DeVito, Michelle Pfeiffer, Christopher Walken
Genre : Super-héros, fantastique
Nationalité : Américain
Compositeur : Danny Elfman

Un monocle et une froideur qui annoncent la couleur…

Trois années après un premier Batman mémorable, l’homme chauve-souris effectue son grand retour dans un scénario très sombre qui sacralise le personnage comme jamais. Inexplicablement francisé « Batman Le Défi » (alors qu’il n’y a pas plus de défi qu’ailleurs…), préférons-lui le sobre mais efficace titre originel Batman Returns. Bien plus axé sur la dramaturgie de la condition humaine, le scénario prend place trente-trois ans avant les événements qui s’apprêtent à se dérouler, mettant en avant le couple fortuné formé par Tucker et Esther Cobblepot. Respectivement joués par Paul Reubens et Diane Salinger (qui avaient déjà tous deux officié dans Pee-Wee’s Big Adventure), ils marquent fortement l’introduction en jetant du haut d’un pont leur enfant difforme, sous une neige sublimée par la mélodie d’une tristesse assommante de Danny Elfman.

« Vous y allez bille en tête, admirable chez un homme qui porte masque ! »
Le signal du premier film de retour pour symboliser l’appel du devoir.

La musique évolue astucieusement vers le thème principal de Batman tandis que le berceau s’échoue dans les égouts auprès des manchots du zoo, offrant un nouvel indice de taille sur l’antagoniste à venir. Les rôles principaux sont détenus par quatre acteurs clés s’apprêtant à offrir des personnages plus que mémorables. Bruce Wayne est de nouveau interprété par un Michael Keaton bien plus affirmé par le précédent film, alternant brillamment avec un Batman plus torturé que jamais. De son côté, Danny DeVito (Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, À la Poursuite du Diamant Vert, Jumeaux) excelle dans son interprétation d’un Pingouin animalisé qui cherche à se venger de ce que Gotham City lui a fait subir tout en recherchant qui il est vraiment avec une humanité touchante.

« Chéri, je suis rentrée ! Ah j’oubliais, j’suis pas mariée… »
Plusieurs allusions au chat se divulguent dans les scènes de Batman Returns mêlant Selina et Max Shreck.

La touche féminine est cette fois-ci réservée à Michelle Pfeiffer (Grease 2, Scarface, Les liaisons dangereuses), jouant une Selina Kyle profondément coincée et soumise par son ignoble patron Max Shreck, incarné par un Christopher Walken (Voyage au Bout de l’Enfer, Dangereusement Vôtre, The King of New York) terriblement cynique. Et ce n’est qu’après une magnifique tragédie fantastique qu’elle prendra l’apparence de Catwoman, voleuse masquée provocatrice expérimentant une alliance avec le Pingouin tout en accaparant Max Shreck comme sa proie. Suite indirecte du premier opus, il en reprend l’esprit tout en conservant les rôles de James Gordon et d’Alfred pour Pat Hingle et Michael Gough. Une allusion à Vicki Vale est même formulée lors d’une conversation entre Bruce et Selina, dont les liens complexes ne vont pas tarder à s’exprimer lors de différentes confrontations.

« Je suis Catwoman, écoutez-moi rugir ! »
« J’en connais un bout sur toi. Ce que tu caches, je le divulgue. Ce que tu jettes dans les toilettes, je l’expose sur ma cheminée ! »

Les événements s’entrechoquent dans une Gotham City enneigée plus noire que jamais, prenant des allures de conte gothique et carnavalesque avec le gang du Cirque du Triangle Rouge, dirigé par le Pingouin pour se servir de Shreck à des fins aux apparences légitimes. Il dénonce en effet le portrait de ce dernier comme étant celui de la pire espèce, mettant classiquement en avant la fracture entre les gens respectés du haut de la société et les conspués du dessous (« Aussi étrange que ça puisse te sembler Max, toi et moi, on a quelque chose en commun. Toi et moi, on est perçus comme des monstres. Mais va savoir pourquoi, les gens respectent le monstre que tu es, alors que moi jusqu’ici, non. »).

« Mais c’est humain hélas de redouter ce qui est autre. »
Un superbe gros plan mettant en lumière tout le travail réalisé pour le maquillage.

Si Jack Nicholson offrait un Joker absolument sublime dans le premier film, Danny DeVito va encore plus loin dans son interprétation d’un Pingouin à l’apparence affreuse et animalisée (au point de ne pouvoir résister à un poisson qu’on lui tend et de bouffer le nez d’une personne qui se moquait de lui). Dès ses premiers dialogues, il se montre terriblement émouvant dans sa position d’être difforme abandonné qui ne cherche qu’à être accepté par ses semblables et vivre auprès de ces derniers (« Je ne suis pas né dans les égouts, vois-tu ! Moi je viens de… comme toi, et comme toi, je veux qu’on me respecte, qu’on me reconnaisse la nature d’être humain. Mais plus que tout, je veux savoir qui je suis comme homme, apprendre qui sont mes parents, savoir enfin le nom que je porte. »).

« La vie est vache, et je suis très peau de vache ! »
Une alliance malsaine se prépare entre les deux créatures…

Le doublage français de Philippe Peythieu (Alexander Knox dans le premier Batman, VF officielle d’Homer Simpson) accentue l’aspect monstrueux de la créature de Tim Burton avec son timbre difforme reconnaissable, qui deviendra ensuite la voix française officielle de DeVito. Conformément à la psychologie de Batman à la fin du premier film, ce dernier se veut plus torturé et ne semble plus se soucier de laisser ses adversaires en vie, comme l’atteste le sort de sous-fifres tantôt carbonisés par la flamme de la Batmobile, tantôt attachés à des explosifs. Michelle Pfeiffer excelle dans son interprétation d’une Selina au faciès frôlant plus d’une fois la psychopathie, tout en laissant passer plusieurs allusions sexuelles qui dévoilent ses manques affectifs (« J’adore les grands types baraqués qui n’ont pas peur de jouer les durs devant une femme sans défense. Vas-y en douceur, c’est mon dépucelage ! »). On peut citer à cet égard sa conversation avec le Pingouin, durant laquelle elle tente de manger son petit oiseau tandis que ce dernier menace de se régaler avec sa chatte.

« Reconnais qu’avec moi cette hideuse cité marche à la baguette, ha ha ! »

L’influence du cinéma expressionniste sur Tim Burton est notamment marquée avec le personnage de Max Shreck, dont le nom est directement tiré de l’acteur qui jouait le Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau en 1922, pour mieux accentuer sur le caractère véreux de l’industriel qui n’hésite pas à employer des méthodes répréhensibles pour parvenir à ses fins. Alors que le Pingouin le mettait devant le fait accompli du meurtre de son ancien associé, Shreck n’hésite pourtant pas à tirer sur Bruce puis sur Selina jusqu’à épuiser ses neuf vies symboliques. L’humour cocasse se mêle d’ailleurs parfaitement au dramatique de certaines situations, lorsque le Pingouin rompt son alliance avec Catwoman (« Adieu ma belle rebelle, et va te faire voir au ciel ! ») ou encore quand Shreck comprend qui est sous le masque de la femme-chat (« Selina Kyle, vous êtes virée ! »). Il est de plus intéressant de noter que chaque méchant représente une partie de Bruce Wayne qui n’aurait pas bien tourné : l’orphelin pour le Pingouin, le vengeur masqué pour Catwoman, mais aussi l’homme d’affaire milliardaire pour Max Shreck.

Une magnifique scène de bal dans laquelle Batman et Catwoman sont déguisés en Bruce et Selina…
La célèbre séquence des manchots télécommandés de Batman Returns.

D’une noirceur sans pareille, la phase finale instaure une conclusion puissante au récit allégorique parsemé de fantastique que constitue Batman Returns. La relation entre Selina et Bruce s’amplifie tandis que ce dernier lui confirme qui il est en arrachant son masque tout en insistant sur les limites de la double identité (« Selina, vous ne voyez pas, nous sommes pareils, double, chacun de nous est deux. »). Tandis que Selina dénonce avec rage la surprotection accordée aux célébrités riches et influentes, elle affirme néanmoins son désir d’un idéal où ils auraient pu mener une vie tranquille ensemble sans aucun masque (« Bruce, j’aimerais tellement vivre avec vous dans votre château, comme dans tous les vrais contes de fée… »), thématique brillamment reprise dans l’excellent épisode « Perchance to Dream » de la série animée.

« Ne soyez pas naïf : la loi ne s’applique pas pour des gens comme lui ou nous ! »
« Mais la seule chose importante dans tout ça, c’est qui tient le parapluie ! »

Si le Pingouin donne l’impression d’un méchant relativement classique dans le dessin animé, Batman Returns sublime entièrement le personnage en le plaçant en position de victime de la cruauté humaine avec une dimension biblique. Suite à un abandon sur l’eau similaire à celui de Moïse, puis dans une résurrection comparable à celle du Christ avec une action se déroule trente-trois ans plus tard, il parvient enfin à s’élever au rang d’humain en se faisant appeler par son vrai nom, Oswald Cobblepot, avant de finalement revendiquer sa condition de pingouin lorsque les habitants de Gotham découvrent comment il les considère (« Les crânes de piaf, les bamboches de Gotham ! »). Le piège de Batman est à ce propos des plus astucieux en pensant à un enregistrement rediffusé lors d’un discours public pour le discréditer à coup sûr. La déchéance du Pingouin s’accompagne ensuite brillamment de l’attaque des manchots télécommandés dans une volonté de sacrifice pour celui qui s’apparente à leur père, avant que Batman ne vienne retourner contre lui ceux qu’il appelle avec hargne ses « bébés ».

« Cette chaleur, quel enfer… je vais vous assassiner momentanément… oh mais avant tout, ce qu’il faut, c’est que je boive un verre d’eau bien glacée ! »
Une sépulture symbolisant toute la beauté macabre de l’œuvre de Tim Burton.

Et une fois Shreck hors d’état de nuire, les derniers réflexes du Pingouin finissent d’achever l’émotion du spectateur lors d’une séquence d’anthologie qui montre le personnage avançant péniblement vers l’écran, pour finalement brandir un parapluie inoffensif et dévoiler une terrible agonie par un gros plan sur son visage et une tirade finale très allégorique. La gravité du ton et la solennité de la musique annoncent la mort imminente du pauvre martyr, qui cherchait juste à être accepté par les humains après avoir vécu reclus si longtemps. La tristesse atteint son apogée alors que les manchots viennent se recueillir près de celui qu’ils considèrent comme leur père, pour mieux le glisser dans l’eau afin qu’il repose en paix et cesse de souffrir de sa différence. Une scène d’un pathétique sans pareil qui a profondément marqué ceux qui se sont attachés à cet excellent personnage, et qui termine de démontrer que l’on est bien face à un très grand chef-d’œuvre.

À l’instar du premier film, Batman Returns a vu des jeux vidéo sortir sur à peu près tous les supports de son époque. Si l’on excepte la très dispensable version Atari Lynx, deux sympathiques jeux d’action plates-formes ont été développés pour les consoles Sega : une version 8 bits sur Master System et Game Gear, ainsi qu’une version 16 bits sur Mega Drive et Mega CD. Chez Nintendo, c’est Konami qui s’est chargé de retranscrire l’ambiance si burtonienne du film dans deux jeux différents : un excellent beat’em up sur Super Nintendo, et un autre beaucoup moins soigné sur NES. Réalisée parallèlement à Batman Returns, la série animée Batman a fait connaître le personnage à un public plus jeune en enrichissant toujours son univers grâce à de nombreux épisodes de très bonne facture avec un Joker, un Pingouin et une Catwoman directement repris des films de Tim Burton. Mais aussi d’autres méchants qui apparaîtront dans le futur Batman Forever

Hocus Pocus, de Kenny Ortega

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Date de sortie : 16 juillet 1993 (États-Unis), 26 janvier 1994 (France)
Réalisateur : Kenny Ortega
Acteurs principaux : Omri Katz, Bette Midler, Sarah Jessica Parker, Kathy Najimy
Genre : Fantastique
Nationalité : Américain
Compositeur : John Debney

 

Oui petits enfants, je vais vous emmener
Dans le jardin des enchantements !

« Oh regardez, encore un matin radieux, ça me donne envie de vomir ! »

Film d’Halloween emblématique des productions Disney, Hocus Pocus remonte à la fin du XVIIème siècle, à l’époque où les sorcières de Salem se nourrissaient d’enfants pour rester éternellement jeunes. Alors que sa petite sœur est attirée dans leur chaumière, le courageux Thackery Binx accourt pour la sauver mais se fait transformer en chat noir pour le restant de ses jours avant que les gens du village ne viennent exécuter Sarah, Mary et Winifred Sanderson, respectivement jouées par Sarah Jessica Parker (Ed Wood, Mars Attacks, Sex and the City), Kathy Najimy (Sister Act, La fiancée de Chucky) et la chanteuse Bette Midler. Trois cents ans plus tard, le scénario se concentre sur Max Dennison, un adolescent californien qui a été contraint de déménager à Salem avec ses parents et sa petite sœur Dani, interprétée par Thora Birch (American Beauty, Ghost World, The Walking Dead saison 10). Kathleen Freeman (Mary Stigmata des Blues Brothers) y fait une apparition comme enseignante racontant une légende comme quoi les sorcières pourraient réapparaître si une personne vierge allumait la bougie à flamme noire de leur demeure durant une nuit d’Halloween.

« Tords-lui les os, brise-lui le dos… Fais fondre la maudite graisse de sa peau… »
« Comment t’appelles ça Max… des roploplos. Max aime beaucoup tes roploplos, je dirais même qu’il les adore ! »

Hocus Pocus pourrait se résumer à une sorte de teen movie fantastique, étant donné qu’il met en scène un groupe de jeunes devant lutter face aux trois sorcières revenues à la vie. En plus de sa petite sœur, Max est accompagnée par Allison, une camarade de classe pour laquelle il semble bien en pincer, ce qui donne lieu à de savoureuses piques lancées par Dani. Max croise également deux adolescents plus âgés, Jay et Ernie, dont les rôles très secondaires apportent néanmoins leur lot d’humour avec leur dégaine à la Wayne’s World, leur façon de le surnommer « Hollywood » du fait qu’il vient de Californie, leur parler très branché (« Tes shoes sont super giga ! ») et Dani qui n’a absolument pas peur d’eux au point de les traiter de « face d’œuf ». Mais le comique reste avant tout basé sur l’attitude des sorcières qui débarquent au XXème siècle tout en se croyant encore à leur époque, comme l’attestent la route goudronnée qu’elles prennent pour une rivière ou encore les pleins phares des véhicules qui les font fuir en criant.

Un duo comique qui regrettera plus tard de s’être frotté aux sorcières !
« Parbleu de morbleu, j’tremble un p’tit pneu ! »

Sarah se plaît à jouer la blonde de service en se laissant draguer par le conducteur du bus et en voulant toujours s’amuser avec les enfants en plus chercher à dévorer tout ce qui bouge (« Une magnifique araignée ! »). Bien plus réservée, Mary semble regarder l’écran de télévision comme s’il sortait d’un autre univers lorsqu’elles se retrouvent chez un homme déguisé en diable interprété par Garry Marshall (réalisateur de Pretty Woman), qu’elles prennent alors pour leur maître. Cerveau de l’équipe, Winifred peut renvoyer une image humoristique avec ses manières et son faciès particulier, mais elle se laisse toutefois prendre au piège lorsque Max utilise leur méconnaissance du XXème siècle pour mieux feindre un sortilège. Jouant sur une mise en scène en s’autoproclamant « Max l’invincible », il fait réagir les extincteurs installés au plafond de ce qui sert désormais de musée pour leur demeure d’antan en leur faisant croire qu’une pluie acide s’abat sur elles (« Que la pluie brûlante de la mort vous inonde ! »).

« Mais qui donc a allumé la bougie à flamme noire ? »

 

Que mon pouvoiiir t’envoûte, tu seras à moiii !
Acceeepte ta déroute, c’est la loooooiiii !

« Infidèle amant mort depuis longtemps, toi qui dors si bien dans ton linceul blanc. Remue les orteils, ouvre grand les yeux, agite les doigts vers les vastes cieux ! »

Un certain humour noir se dégage également d’Hocus Pocus à la manière de La Famille Addams. Les sorcières n’ont en effet aucune peur de la mort et se paient  même le luxe de répondre favorablement à la souffrance (« – Va en enfer ! – J’en viens, merci, j’ai trouvé l’endroit fort agréable ! ») quand ce ne sont pas de drôles d’idées qui viennent les rassurer (« Pensez à des choses apaisantes : des chauve-souris, la peste noire, la tarte aux scorpions de maman. »). Le fantastique se mêle au registre macabre avec un scénario autour de la mort, un cimetière empêchant les sorcières de s’y rendre autrement que par les airs et la présence d’un zombie à la bouche cousue qui se déplace sans aucune coordination et perd sa tête à toute occasion. Les effets spéciaux sont très corrects, notamment les éclairs que peut envoyer Winifred, la magie passant aussi par la fameuse bougie à flamme noire ainsi que par le grimoire pourvu d’un œil contenant plusieurs formules magiques (« – Mes sœurs, nous sommes parties pendant trois siècles. – Ça alors Winnie, comme le temps passe vite. – Surtout quand on est mort ! »).

« Je ne vous avais pas vues depuis des siècles mais je vous en prie entrez, c’est non fumeur à l’intérieur ! »
Thora Birch très attachante.

Le fantastique d’Hocus Pocus passe également par les superbes musiques de John Debney, sublimant le suspense tout en offrant du spectacle lors du bal où Max et Dani retrouvent leurs parents. Tandis qu’ils tentent d’expliquer au public que les sorcières sont réellement de retour, Winnie se sert de la naïveté des gens pour faire croire à une mise en scène et interprète une chanson tirée du célèbre « I put a spell on you » composée par Jay Hawkins en 1956. Élizabeth Wiener se lâche dans son doublage français pour étoffer efficacement la personnalité de Winifred Sanderson. Thackery Binx conserve quant à lui un rôle important dans sa forme de chat doué de parole éclaircissant la légende pour mieux guider le groupe. Son personnage reste touchant pour l’héritage qu’il transporte et la manière dont il exprime ses sentiments à travers la perte de sa sœur. Un parallèle se crée alors entre lui et Max, ce dernier prenant conscience de l’attachement qu’il a pour sa sœur en la protégeant à plusieurs reprises (« Prends bien soin de ta petite sœur, Max. On ne comprend à quel point on aime quelqu’un que lorsqu’on l’a perdu. »).

« Tu vas me transformer en un de ces gros chats bien contents qui ne servent à rien ! »

Thackery est même bien parti pour devenir le chat de la famille et ironise déjà sur le sort qu’on lui réserve. Les valeurs familiales s’appliquent également aux sœurs Sanderson, tout aussi inséparables qu’elles mentionnent parfois leur mère, Winnie parlant à son grimoire comme s’il s’agissait de son enfant. Malgré quelques limites comme un certain conformisme au grand public et un doublage français parfois cocasse ou surjoué, Hocus Pocus demeure un film culte de la période d’Halloween grâce à ses personnages efficaces et à son scénario qui a de quoi émouvoir.

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? la consécration de Robert Zemeckis

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Date de sortie : 22 juin 1988 (États-Unis),
18 octobre 1988 (France)

Réalisateur : Robert Zemeckis
Acteurs et doubleurs principaux : Bob Hoskins, Christopher Lloyd, Luq Hamet, Tania Torrens
Genre : Policier, animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Alan Silvestri, Kansas Joe McCoy
et Amy Irving (chanson)

Une introduction in medias res avec un bon vieux cartoon !

Adapté du roman Qui a censuré Roger Rabbit ? (1981) de Gary Kenneth Wolf, Qui veut la Peau de Roger Rabbit ? est une sorte de polar à la fois glauque et comique mêlant animation et prises de vue réelles avec des personnages mémorables, vingt-quatre ans après Mary Poppins. Coproduit par la filiale de Walt Disney Pictures Touchstone et réalisé par l’illustre Robert Zemeckis (À la Poursuite du Diamant Vert, Retour vers le Futur), il met en scène le non moins illustre Bob Hoskins (Brazil, Hook, Super Mario Bros.) dans le rôle d’Eddie Valiant, un détective privé coléreux et alcoolique car profondément attristé par le meurtre de son frère dans la Los Angeles de 1947. L’ambiance est exquise grâce à la cohabitation entre les humains et les toons, qui viennent de Toonville jusqu’à Hollywood pour tourner des dessins animés. Qui veut la Peau de Roger Rabbit ? commence d’ailleurs par l’un d’entre eux dans une ruée de gags à la Tom & Jerry avec un Roger Rabbit exubérant qui ne fait que des gaffes aux côtés de Baby Herman.

« Nous allons surmonter ces petites peccadilles et nous serons à nouveau heureux, vous comprenez ? HEUREUX ! E-R-E !! »
Un incursion très maîtrisée des personnages dessinés dans des prises de vue réelles !

Ce dernier se relève en fait être un bébé ultra vulgarisé par la voix grave et virile de Richard Darbois une fois le tournage terminé, ce qui détonne totalement avec le personnage et certains de ses comportements comme ses pleurs aigus intempestifs, allant même jusqu’à fumer un cigare et donner une fessée à une femme pour qu’elle lui apporte quelque chose. L’humour est omniprésent avec de nombreux caméos de personnages issus de Disney comme Mickey, Donald, Dingo et Pinocchio, mais aussi de Tex Avery avec Bugs Bunny, Daffy Duck, Droopy ou encore Woody Woodpecker. La voix aiguë et plaintive de Luq Hamet rend bien souvent Roger hilarant tandis que la pulpeuse Jessica Rabbit, doublée par Tania Torrens (VF de Sigourney Weaver), fait bien plus sérieuse en jouant la femme fatale (« C’est la joie d’me revoir ou tu caches un lapin dans ton pantalon ? »), y compris lors de la reprise par Amy Irving de la chanson « Why don’t you do right » de Kansas Joe McCoy (1936). Le fort contraste entre la comédie cartoonesque et la narration dramatique incarné par les meurtres et la tristesse de Valiant donne un cachet particulier à Qui veut la Peau de Roger Rabbit ? pour en faire une œuvre absolument unique.

« – Vous ne savez pas comme c’est dur d’être une femme qui a mon physique. – Vous ne savez pas comme c’est dur d’être un homme qui regarde une femme qui a votre physique ! »
Sans doute le rôle le plus sombre de toute la carrière de Christopher Lloyd !

Le rôle le plus marquant est sans doute celui de Christopher Lloyd (Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, Retour vers le Futur, La Famille Addams), qui incarne le charismatique DeMort, un mystérieux juge vêtu de noir qui se déplace bizarrement avec sourire délicieusement terrifiant et une voix autoritaire sublimée par le doublage de Pierre Hatet. Ses méthodes radicales rappellent la volonté d’extermination de la seconde guerre mondiale, notamment avec son mélange liquide appelé « trempette » qui anéantit les toons en les faisant fondre de manière assez gore et impitoyable comme une sorte d’acide. Le duo formé par Roger Rabbit et Eddie Valiant est très efficace (« Rassure-toi fiston : t’es pas le premier mec dont la femme fait picoti avec un autre ! »), l’animation des personnages s’incrustant parfaitement dans les prises de vue réelles. Les référence sont nombreuses et souvent détournée pour accentuer l’humour, comme les relations sexuelles sous-entendues entre Jessica et Marvin Acme du fait qu’ils jouent à « picoti-picota », (« – Jessica est la lumière de ma vie ! La prunelle de mes yeux ! La crème dans mon café ! – Tu ferais mieux de commencer à le prendre noir, c’est Acme qui se tape la crème. »). Outre Titi qui fait tomber Valiant alors qu’il est accroché en détachant ses doigts un par un (un petit doigt, deux petits doigts, …), ce dernier improvise une chanson sur le rythme du générique de fin des Looney Tunes afin de se débarrasser des fouines en les faisant mourir de rire.

Les fouines rappellent fortement que personnage dessiné ne rime pas forcément avec « tout mignon pour enfants »…

 

« Tu te souviens de moi Eddie ? Lorsque j’ai tué ton frère, je parlais plutôt comme ÇAAAAAA !!! »

Les objets animés font de réels dégâts pour mieux faire comprendre que « dessin animé » ne rimait pas forcément avec « enfant » ou « pas sérieux », entre l’enclume, la tronçonneuse, le maillet qui s’allonge, le revolver avec ses balles vivantes et les trous qui permettent de faire disparaître une partie de la matière. Séquence d’anthologie du film, l’affrontement contre DeMort fait référence à la chanson « Witchcraft » de Franck Sinatra (1957) tandis qu’Eddie pointe une épée chanteuse inefficace au combat. Si le monologue de DeMort sur la rentabilité des futures autoroutes est cohérent avec le contexte du récit, la révélation de sa véritable identité est extrêmement bien amenée grâce aux plans suggestifs laissant place à d’effrayants yeux rouges qui sortent de leurs orbitent accompagnés par la voix suraiguë du personnage, qui a autant de quoi terrifier Eddie que le spectateur. La séquence est d’autant plus marquante pour la mort du toon qui périt de sa propre trempette avec un cri strident tout en faisant directement référence à la sorcière du Magicien d’Oz avec sa réplique « Je fonnnds ! ». Un méchant plus glauque que le Joker tout aussi génial que le concept de cet excellent film emblématique de son époque !

Les Valeurs de la Famille Addams, de Barry Sonnenfeld

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Date de sortie : 13 novembre 1993 (États-Unis), 22 décembre 1993 (France)
Réalisateur : Barry Sonnenfeld
Acteurs principaux : Raul Julia, Anjelica Huston, Christopher Lloyd, Christina Ricci, Joan Cusack
Genre : Comédie noire
Nationalité : Américain
Compositeurs : Marc Shaiman, Vic Mizzy (thème principal), Ralph Sall

– Elle cacha le diamant sous une énorme feuille de chou
et le diamant se changea en bébé.
– Nos parents aussi vont avoir un bébé.
– Mais eux ils ont un sexe !

« C’est lugubre, déprimant, une abomination : la chambre d’enfant idéale ! »

Suite directe de La Famille Addams avec un casting d’anthologie qui respire les années 90, Les Valeurs de la Famille Addams reprend toutes les qualités de son prédécesseur afin de proposer un scénario inoubliable parsemé de références aussi morbides que sexuelles. Des événements majeurs vont en effet venir bousculer la vie quotidienne de la famille, à commencer par la naissance soudaine d’un troisième enfant (« – Madame Addams, souhaitez-vous une anesthésie ? – Non sans façon, proposez-la donc aux enfants ! »). Le bébé va alors donner de nouvelles idées de jeux à Mercredi et Pugsley (« – On le déteste pas, on veut seulement jouer avec lui. – Avec sa tête surtout. »), comme la condamnation à mort à la guillotine et la chute libre avec un boulet pour vérifier lequel des deux va rebondir. La légende raconte même qu’un des deux enfants doit mourir si une nouvelle naissance devait arriver, avant que la grand-mère ne vienne la démentir avec une profonde nostalgie envers l’époque pendant laquelle c’était effectivement le cas, Carol Kane ayant un jeu bien plus amusant que Judith Malina dans ce rôle. Les enfants devenant intenables, Gomez et Morticia font appel à une gouvernante pulpeuse à moitié barrée du nom de Debbie, jouée par la brillante Joan Cusask.

« Une maison, des enfants, et tellement de fenêtres ! »
« Elle me rend dingue !! »

Mercredi l’ayant percée à jour très rapidement (« Vous allez souffrir, vous allez beaucoup souffrir ! »), elle va être à l’origine de l’envoi des deux enfants dans un camp de vacances ainsi que du coup de foudre de Fétide, le scénario insistant fortement sur son célibat (« Les hommes bizarres et les femmes qui les évitent. ») et ses richesses. Peter Graves (connu pour son rôle dans le diptyque Y a-t-il un Pilote dans l’Avion ?) fait même une apparition comme présentateur télé en mentionnant une certaine veuve noire qui se marie avec des hommes riches avant de les abattre en faisant passer ça pour un accident afin d’hériter de leur argent. Les Valeurs de la Famille Addams alterne ainsi efficacement les scènes montrant la séduction tacite de Debbie pour approcher Fétide et celles dévoilant l’horrible punition que constitue le camp Chippewa pour Mercredi et Pugsley. Le couple composé par Gary et Betty Martin Granger, respectivement interprétés par Peter McNicol (SOS Fantômes 2, Dracula Mort et Heureux de l’Être, Ally McBeal) et Christine Baranski (Birdcage, Le Grinch, Chicago), constitue en effet l’archétype des animateurs bien-pensants, hystériques et discriminatoires comme l’illustre parfaitement le poison que s’apprête à boire Mercredi après avoir entendu leur discours de présentation.

« – Alors l’une d’entre vous va jouer la victime et que fera l’autre petite fille ? Elle va jouer le sauveteur ! – Ce sera moi la victime ! – Oui toute ta vie… »
« Kumbaya my lord, kumbaya ! »

Jouée par Mercedes McNab (Buffy contre les Vampires), la jeune Amanda, qui avait déjà une courte apparition à la fin du premier film, représente la parfaite enfant modèle de bonne famille et le doublage français suraigu d’Annabelle Roux rend son personnage encore plus tête à claque. Tandis qu’elle rentre rapidement en conflit avec Mercredi, cette dernière est de plus en plus attirée par Joël, un garçon pas comme les autrese t allergique à tout, leur petite romance apportant une certaine légèreté tranchant avec l’humour noir du film. Le camp Chippewa devient rapidement le symbole d’une société aseptisée dans laquelle tout le monde doit suivre la même voie sous peine d’être puni. Si le concept de la cabane Disney aurait mérité davantage de subtilité, la scène assénant la chanson de negro spiritual « Kumbaya » à la guitare, grand classique des feux de camp depuis sa première apparition dans les années 1920, est absolument exquise dans le malaise provoqué par le ridicule des méthodes employées. Mercredi se plaît à ridiculiser Amanda avec des répliques percutantes (« – Oh, Mercredi est parfaite : elle approche de l’âge où les fillettes n’ont qu’une chose à l’esprit. – L’amour ? – L’homicide. »), notamment lors de l’exercice de sauvetage pendant lequel elle la laisse couler avant d’annoncer qu’elle ne sait pas nager.

 

Il a les yeux de mon père ce cher ange.
Gomez, enlève-les lui de la bouche !

De loin la plus grande prestation de Christina Ricci !

Les Valeurs de la Famille Addams se veut en fait être une véritable critique de la discrimination à travers les pratiques que se permettent les dirigeants du camp Chippewa. Outre leur mise à l’écart de Pugsley, Mercredi et Joël, le paroxysme de leur stigmatisation intervient lors du choix des rôles pour le spectacle de fin de séjour. S’ils ont la délicatesse de proposer à Mercredi et Joël le rôle de Pocahontas et de son fiancé indien, ils donnent comme par hasard le premier rôle à leur chouchoute Amanda ainsi que ses assistantes à l’ensemble des petites têtes blondes avec qui elle est amie. Les enfants d’origine étrangère ou en situation en handicap sont explicitement évincés tandis que Betty peine à prononcer leurs noms correctement. Quant à Pugsley, son obésité lui vaut le rôle de l’énorme dindon dans la sympathique chanson « Mangez-nous ! », amusante bien que très scolaire dans ses paroles. Les dialogues du spectacle sont volontairement stéréotypés et avilissants envers les Indiens, la mise en scène d’une rébellion organisée par Mercredi à l’insu des organisateurs constituant une excellente idée scénaristique accompagnée par ses paroles rappelant les méfaits de la colonisation infligée aux Indiens d’Amérique. Le doublage français de Claire Guyot est d’une justesse imperturbable jusqu’à ce plan d’anthologie durant lequel Mercredi craque une allumette en souriant sous le regard effrayé de sa rivale.

Une concrétisation assez inattendue !
« Je l’ai attaché à une voie ferrée avant de lui arracher ses quatre plus belles molaires ! »

Le spectacle et la musique ne sont pas en reste avec de superbes scènes comme celle où Gomez envoie Fétide contre le mur et l’entoure de couteaux, celle du tango enflammé et celle du mariage qui ressemble davantage à un enterrement avec sa mélodie grave et ses costumes morbides. Les musiques apportent énormément à l’ambiance du film en parvenant à mêler le thème principal à certaines pistes, notamment lors de l’introduction et de la révolte du spectacle. Lors d’une courte séquence mettant en avant la chanson « Macho Man » des Village People, il est possible d’apercevoir Tony Shalhoub costumé en marin, une dizaine d’années avant son rôle dans la série Monk. La maturité des Valeurs de la Famille Addams passe également par de nombreuses allusions sexuelles qui donnent du sens aux problématiques entourant les situations de Fétide et de Mercredi. Si cette dernière multiplie les remarques graveleuses du haut de sa préadolescence, c’est bien Debbie qui va attirer Fétide jusqu’à « l’envoûter dans un mystérieux charme sexuel », après des assertions comme « Je suis encore vierge » et surtout « J’aime les mains baladeuses » lorsque la Chose vient sur son épaule.

« – Mon bébé est malade, et mon cher époux se meurt. Oh maman, comment vais-je m’en sortir ? – Tu as déjà la robe noire, chérie ! »
« Je suis navré pour le dîner Deb, le Pape a une angine ! »

Les passages avec Fétide et Debbie sont l’occasion de rappeler l’absurde du scénario (« Rien que d’entendre son prénom Debbie […] il me fait penser à vestiges, débris ! ») et contribuent à penser que la famille est réellement immortelle, Fétide résistant à toutes les tentatives d’assassinat et Puberté sauvant tout le monde inopinément après une magnifique alternance de séquences entre l’histoire racontée par Debbie et le parcours d’obstacles du bébé dans la maison. Les valeurs familiales (d’où le titre du film ?) restent au cœur du propos de l’ensemble tandis que Puberté devient malade en obtenant l’apparence d’un adorable petit garçon blond aux cheveux bouclés dans une chambre recolorée, du fait de l’absence de Fétide. L’humour noir fonctionne alors dans l’autre sens tandis que la grand-mère annonce avec désarroi qu’il pourrait avoir des fossettes et obtenir un métier hautement qualifié. Toujours très présent dans l’esthétique et la narration, le macabre se caractérise moins par des décors sombres que par des situations quelque peu dérangeantes, comme le déterrement de la bague de la mère de Gomez pour de nouvelles fiançailles ou encore le visage démoniaque qu’expose Mercredi lorsqu’elle essaie sincèrement de sourire au reste du camp. Le vice est poussé jusqu’à faire intervenir une nouvelle gouvernante à l’apparence calquée sur celle de Fétide (« – Ohhh Dementia, que voilà un prénom admirable ! – Cela veut dire aliénation. – Ohhh moi, je m’appelle Fétide, cela veut dire répugnant ! »), sans oublier cette fin succulente durant laquelle la main de Debbie sort de la terre pour effrayer Joël sous le sourire sadique de Mercredi.

« Tu es un pudding au tapioca avec une bouche !! »

Outre quelques blagues difficiles à cerner (Fétide qui est sale car il viendrait d’Europe ? Des plantes vertes ?) et l’apostrophe « cara mia » bien trop présente dans l’ensemble, Les Valeurs de la Famille Addams demeure un véritable petit bijou de l’humour noir.

 

La Famille Addams (1991) de Barry Sonnenfeld

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Date de sortie : 22 novembre 1991 (États-Unis), 15 avril 1992 (France)
Réalisateur : Barry Sonnenfeld
Acteurs principaux : Raul Julia, Anjelica Huston, Christopher Lloyd, Christina Ricci
Genre : Comédie noire
Nationalité : Américain
Compositeurs : Marc Shaiman, Vic Mizzy (thème principal), MC Hammer (générique de fin)

Une famille tout ce qu’il y a de plus normal…

À la suite de la série télévisée d’origine de 1964, d’une série d’animation en 1973 et même d’un téléfilm en 1977, les personnages créés par Charles Addams se voient enfin portés son grand écran dans un film qui a fortement marqué les années 1990 ainsi que les débuts des réalisations de Barry Sonnenfeld, futur auteur de la trilogie Men in Black. Le thème musical aux indémodables claquements de doigts originellement composé par Vic Mizzy est ici repris et popularisé afin d’insister sur le mystère entourant les personnages. Le genre de la comédie noire sur la mort devient particulièrement culte avec cette Famille Addams pas comme les autres qui mène une vie macabre dans son manoir, dans lequel les parents éprouvent un plaisir incroyable à la moindre souffrance et où les deux enfants s’amusent à se torturer. Le casting est de taille et certains acteurs ont connu un rôle qui leur sera resté, à commencer par le père de famille Gomez, alors incarné par Raul Julia, cet excentrique si classe aux yeux globuleux qui a affronté Clint Eastwood dans La Relève ainsi que Jean-Claude Van Damme dans l’adaptation mythique du jeu vidéo Street Fighter.

« – Les enfants, mais qu’est-ce que vous faites ? – Je veux seulement l’électrocuter. »
Sans ces horribles cheveux, ce sera toujours plus crédible…

Sa femme Morticia arbore une sinistre robe noire et un visage terriblement pâle, mais se plaît surtout à sortir quelques allusions sexuelles entre deux répliques macabres (« Nous aimons nous repaître de ceux qui aimeraient nous soumettre. »). Interprétée par Christina Ricci, qui retrouvera des rôles notables dans des films comme Casper et le Sleepy Hollow de Tim Burton, Mercredi est une enfant imperturbable qui se plaît à surveiller son entourage avec un regard glaçant et à sortir des phrases qui font sourire (« Tu as dit que tu nous aiderais, pour le meilleur et le Shakespeare. »). L’oncle Fétide est quant à lui joué par l’illustre Christopher Lloyd (Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, Retour vers le Futur, Qui veut la Peau de Roger Rabbit ?) et son excellent doublage français assuré par Pierre Hatet lui offre une personnalité absolument exquise mêlant habilement macabre et comédie. Le fils Pugsley est plus discret et sert surtout de souffre-douleur à sa grande sœur, tandis que la grand-mère participe aux valeurs familiales de l’œuvre en rappelant délicieusement le passé de la famille.

La Chose, cette incroyable main membre à part entière de la famille. Rien à voir avec un certain film de John Carpenter
Une boule de poils… toujours mieux qu’un escroc amateur.

D’autres personnages apportent un cachet glauque particulier à La Famille Addams, comme le géant Max au physique proche de celui de la créature Frankenstein, cette main autonome appelée La Chose qui se balade librement dans la maison, ou encore le cousin Machin, petit homme recouvert par des cheveux tombant jusqu’au sol et exprimant des babillements au lieu de parler. Valant essentiellement pour ses personnages et son univers absolument cultes, le film comporte un scénario étrangement convenu avec une simple histoire d’usurpation d’identité par des personnes qui cherchent juste à s’emparer d’un trésor caché dans le manoir. Ainsi, la véreuse Abigail Craven envoie son fils adoptif Gordon afin qu’il se fasse passer pour l’oncle Fétide, se camouflant elle-même en psychologue à l’accent allemand douteux afin de parfaire son plan. Elle est accompagnée du maladroit Tully Alford, dont la femme Margaret restera tout de même en se liant aux Addams dans une romance des plus étranges lors d’une réception suivie d’une valse. Assez peu marquants, les événement n’auront pas empêché La Famille Addams de devenir un classique et surtout d’obtenir une suite qui sublimera largement son univers.