Scream : analyse de la saga de Wes Craven

Scream (1996)

 

Date de sortie : 20 décembre 1996 (États-Unis), 16 juillet 1997 (France)
Réalisateur : Wes Craven
Acteurs principaux : Neve Campbell, Skeet Ulrich, David Arquette, Courteney Cox
Genre : Slasher, policier
Nationalité : Américain
Compositeur : Marco Beltrami

Une introduction d’un tragique à glacer le sang…

Inspiré de grands classiques comme Halloween La Nuit des Masques et de l’affaire du tueur de Gainesville, Scream a marqué les années 1990 pour son regard nouveau sur les films d’épouvante proposé par Wes Craven (Les Griffes de la Nuit, le Sous-Sol de la Peur, Un Vampire à Brooklyn). Se déroulant dans la petite ville américaine de Woodsboro, il met en scène plusieurs lycéens aux prises avec un meurtrier armé d’un couteau de survie, vêtu de noir et portant un masque effrayant lui valant le nom de Ghostface. Détournant astucieusement le genre du slasher, il y apporte une dimension policière avec ce tueur en série dont le spectateur est invité à trouver l’identité parmi les principaux personnages du film.

Une ambiance de lycée tout ce qu’il y a de plus naturel.
« Hey Syd, si Hollywood faisait un film sur ta vie, tu verrais qui dans ton rôle ? »

Révélée après ses apparitions dans les séries Fais-Moi Peur et La Vie à Cinq, Neve Campbell y incarne l’héroïne Sidney Prescott, adolescente tourmentée depuis le décès de sa mère un an auparavant. Skeet Ulrich devient quant à lui connu pour le rôle de Billy Loomis, son petit ami au regard blafard qui le rend rapidement suspect. Le casting des jeunes est également composé de Rose McGowan (California Man, The Doom Generation, Bio-Dome), Matthew Lillard et Jamie Kennedy (Roméo + Juliette) qui fait office de geek de la bande spécialisé dans les films d’horreurs. La présence de Drew Barrymore (Le Double Maléfique, Wayne’s World 2, Batman Forever) marque également les premiers assassinats de la cultissime introduction, durant laquelle le tueur lui demande quel est son film d’horreur préféré au téléphone.

Une attirance qui s’installe rapidement entre les deux adultes.
Cette fâcheuse habitude de dévoiler les futures échappatoires…

Parmi les représentants adultes des personnages, David Arquette (Buffy Tueuse de Vampires) interprète Dewey, un jeu policier promu shérif adjoint pour l’enquête. Il s’éprend rapidement de Gale Westhers, jouée par Courteney Cox (Cocoon, Ace Ventura Détective Chiens et Chats, Friends), une journaliste opportuniste qui se joue des drames pour faire la une à la télévision. Leur âge ne les empêche pourtant pas de se fondre parmi les lycéens, ce qui appuie d’autant plus la dimension teen-movie du film avec la fête à la maison, la diffusion d’un film d’horreur et les discussions sur le sexe. Scream utilise surtout efficacement la mise en abyme avec la mention de nombreux classiques de l’épouvante tels que Carrie au Bal du Diable, Evil Dead, Candyman et Dracula.

Une soirée qui pourrait bien mal tourner…
Un masque devenu iconique.

Tandis que Jamie Lee Curtis est également nommée pour Le Bal de l’Horreur et apparaît à l’écran lors d’une diffusion d’Halloween, Ghostface parvient à tromper une de ses victimes en lui demandant qui est le tueur dans Vendredi 13. Outre la mention de Jodie Foster pour Le Silence des Agneaux et de Sharon Stone pour Basic Instinct, Wes Craven effectue en caméo en tant que concierge du lycée habillé comme Freddy Krueger. De manière générale, Scream détourne brillamment les stéréotypes du slasher pour mieux en faire la satire, avec des sursauts abusifs et des profils volontairement trop suspects. Pourvu d’une très bonne réalisation et de musiques stressantes, il surprend aussi par ses meurtres gores et ses mises en scène macabres, comme la pendaison d’une victime ensanglantée à un arbre et le coincement d’une autre dans la chatière de la porte du garage.

« Mais on est tous un peu fous à notre manière. Anthony Perkins, Psychose. »

Plus qu’un simple film d’horreur, Scream induit surtout les spectateurs en erreur avec non pas un, mais bien deux meurtriers qui se partagent le costume. Créant plusieurs alibis pour Billy alors que tous les éléments convergent vers lui, ce dernier révèle qu’il fait pourtant bien parti du duo lors d’une réplique cinglante empruntée à Psychose. Si le mobile des meurtres demeure anecdotique, le scénario parvient à garder le suspense sur qui se cache derrière le masque et apporte sa petite touche satirique lorsque Sidney enfile elle-même le costume pour achever ses opposants. Un grand classique dont le succès a donné lieu à plusieurs suites, une série télévisée, la saga parodique Scary Movie (en référence au titre initialement prévu pour Scream) et lancé une nouvelle vague de slashers, comme Souviens-toi l’Été Dernier.

« La vie c’est ça, un grand film où tous les genres de mélangent, nous ne sommes jamais que des figurants. »

 

Scream 2

 

Date de sortie : 12 décembre 1997 (États-Unis), 8 juillet 1998 (France)
Réalisateur : Wes Craven
Acteurs principaux : Neve Campbell, Jerry O’Connell, Timothy Olyphant, Courteney Cox
Genre : Slasher, policier
Nationalité : Américain
Compositeur : Marco Beltrami

Une soirée cinéma tout ce qu’il y a de plus classique…

Un an seulement après le succès du premier film, Scream 2 poursuit son analyse et sa satire du slasher avec une mise en abyme intéressante et une belle évolution des personnages. Deux ans après les événements de Woodsboro, Sidney étudie l’art dramatique à l’université de Windsor auprès de son petit-ami Derek, interprété par Jerry O’Connell (Stand by Me, Bienvenue chez Joe, Jerry Maguire). De nouveaux venus apparaissent parmi les étudiants, notamment Cici, Mickey et sa colocataire Hallie, respectivement joués par Sarah Michelle Gellar (Buffy contre les Vampires, Souviens-toi l’Été Dernier, Sexe Intentions), Timothy Olyphant (Une Vie moins ordinaire, Go) et Elise Neal (Malcolm X, Mission to Mars).

Une nouvelle fois menacée, Sidney mène l’enquête.
Sarah Michelle Gellar, décidément reliée aux productions horrifiques.

Neve Campbell, Jamie Kennedy, David Arquette et Courteney Cox reprennent quant à eux leur rôle des survivants de Woodsboro. Tandis que Liev Schreiber incarne un Cotton Weary à l’importance largement revalorisée, Gale obtient une concurrente de taille avec la journaliste Debbie Salt, interprétée par Laurie Metcalf (JFK, U-Turn). Restant dans la lignée de son aîné, Scream 2 se pourvoit d’une réalisation toujours au top, Sidney gagnant fortement en charisme. Il entame les références dès son introduction en prenant place dans un cinéma pour la sortie d’un film qui raconte le massacre de Woodsboro. Tandis que plusieurs spectateurs revêtent le masque de Ghostface, un étudiant et sa copine sous les traits de Jada Pinkett Smith (Le Professeur Foldingue, Ali, Matrix Reloaded) se font tuer comme s’il s’agissait d’une campagne publicitaire.

Des plans pertinents qui font toute la qualité de cette suite.
Le geek de service gagne lui aussi en charisme.

Le film amène aussi les étudiants à débattre sur l’imputabilité du film vis-à-vis des meurtres puis sur l’intérêt des suites. Allant du prétexte que « par définition, la suite est un sous-produit » à la considération que « bien des suites ont surpassé l’œuvre originale », la discussion mentionne des classiques comme Aliens Le Retour et House 2, allant au-delà même du genre de l’épouvante avec Le Parrain 2 et Terminator 2, Sarah Connor et Linda Hamilton étant également mentionnées. Outre un extrait de Nosferatu Le Vampire sur un écran de télévision en clin d’œil à Buffy contre les Vampires, Scream 2 dévoile ses meurtriers subrepticement avec des identités qui peuvent surprendre, mais plutôt cohérentes avec le scénario. Auréolé d’un succès proche de celui du premier film, il demeure une suite de réelle qualité.

Une antagoniste étonnante difficile à déceler.

 

Scream 3

 

Date de sortie : 4 février 2000 (États-Unis), 19 avril 2000 (France)
Réalisateur : Wes Craven
Acteurs principaux : Neve Campbell, Patrick Dempsey, Scott Foley, Emily Mortimer, Lance Henriksen
Genre : Slasher, policier
Nationalité : Américain
Compositeur : Marco Beltrami

Nouveau départ pour Sidney, qui n’est pourtant pas au bout de ses peines.

Un peu plus de deux ans après le deuxième film, Scream 3 passe à la satire des trilogies de films d’horreur tout en étant un peu plus orienté vers la comédie au détriment des scènes gore suite au massacre de Columbine en 1999. Après une introduction mettant en scène un Cotton Weary devenu célèbre, on retrouve Sidney recluse dans une forêt près de Los Angeles, travaillant comme téléconseillère pour femmes en détresse sous un nom d’emprunt. Alors que Gale se tient à l’affût d’un nouveau meurtre, Dewey travaille comme assistant sur le tournage de Stab 3, troisième volet de la trilogie racontant l’histoire de Sidney dont un nouveau Ghostface cible les acteurs.

La classe (presque) incarnée.
« Le vieux truc du tueur qui joue avec les flics ça fait très Hannibal Lecter, très Seven. »

Réalisé par un certain Roman Bridger incarné par Scott Foley, Stab 3 stoppe alors rapidement son tournage tandis que l’inspecteur Mark Kincaid mène l’enquête sous les traits de Patrick Dempsey. Interprété par Lance Henriksen (Terminator, Aliens Le Retour, Chasse à l’Homme), le producteur John Milton reçoit alors de lourdes accusations d’intimidation sexuelle par divers actrices qui se mêlent au scénario principal, comme celles jouées par Parker Posey et Emily Mortimer (Le Retour de Mary Poppins). Une habile attaque de Wes Craven envers les pratiques de certains producteurs hollywoodiens dont Harvey Weinstein, qui produit justement Scream 3. Carrie Fisher est elle-même présente lors d’une scène en référence à son passé tumultueux avec George Lucas.

Un décor des plus rassurants pour se cacher…
« On en revient au commencement et on découvre les choses qui n’étaient pas vraies au départ. »

Le film n’en oublie pas sa mise en abyme habituelle avec un caméo de Jamie Kennedy, à l’occasion d’une vidéo dans laquelle il annonce qu’il s’agit du chapitre final et présente le mode d’emploi d’une trilogie, en prenant comme exemple Le Parrain et Star Wars. Outre la mention de Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, on retrouve sur le plateau de tournage les répliques exactes des maisons dans lesquelles vivaient Stuart et de Sidney à Woodsboro, cette dernière s’amusant à demander à l’inspecteur de police quel est son film d’horreur préféré. Moyennement reçu par la critique et le public, Scream 3 ne manque pourtant pas d’atouts bien qu’il accuse un certaine essoufflement qui place la saga en stand-by durant la décennie à venir.

 

Scream 4

 

Date de sortie : 13 avril 2011 (1h 51min)
Réalisateur : Wes Craven
Acteurs principaux : Neve Campbell, Emma Roberts, Hayden Panettiere, Rory Culkin
Genre : Slasher, policier
Nationalité : Américain
Compositeur : Marco Beltrami

Comme un air de déjà-vu, les pop-corn en moins.

Plus de dix ans après la trilogie d’origine, Scream effectue son grand retour sous l’objectif de Wes Craven avec une nouvelle suite dans laquelle Sidney se retrouve à Woodsboro pour la promotion de son premier livre autobiographique. Dewey y est désormais shérif aux côtés d’une adjointe jouée par Marley Shelton (Boulevard de la Mort, Planète Terreur) et marié à Gale, qui souffre d’un manque d’inspiration depuis que le calme est revenu. Heureusement pour elle, une nouvelle vague de meurtres survient pour s’attaquer à Sidney et à plusieurs jeunes dont sa cousine Jill, interprétée par Emma Roberts (American Horror Story, Nerve). De nouveaux personnage font alors leur apparition avec Charlie, Robbie et Trevor, respectivement incarnés par Rory Culkin (Richie Rich, Signes), Erik Knudsen (Saw II, Scott Pilgrim) et Nico Tortorella (Felix de The Walking Dead World Beyond).

Enfin un peu d’animation après dix années d’inertie.
Réelle frayeur, comédie bien trempée ou les deux ?

Reprenant le style de l’introduction du premier film plusieurs fois de suite, Scream 4 propose d’emblée une réflexion sur les remakes de films d’horreur, qui ont particulièrement sévi dans les années 2000 avec des titres comme Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit, Massacre à la Tronçonneuse et La Maison de Cire. De plus, le cinéma d’horreur avait évolué vers des films plus violents et gore comme Saw et Hostel. Plusieurs éléments du premier Scream sont ainsi réinterprétés et modifiés pour mieux surprendre, tandis que le film pointe du doigt l’obsession de célébrité de certains jeunes par l’usage excessif des réseaux sociaux et des téléphones portables.

Des situations toujours plus inventives.
Sidney sur le qui-vive, Ghostface est partout.

Les références aux classiques du cinéma d’épouvante ne manquent évidemment pas avec les affiches de La Colline a des Yeux, The Thing, La Ligne Verte et L’Armée des Morts dans le ciné-club, ou encore la mention de Destination Finale et Shaun of the Dead, allant même jusqu’à présenter Le Voyeur de Michael Powell comme le précurseur des slashers. /!\ SPOILERS /!\ Toujours aussi bien ficelé, le scénario mène à de nouvelles révélations sur la famille de Sidney, sa cousine ayant visiblement un peu trop mal vécu le fait de vivre dans son ombre. Le final à l’hôpital apporte une tension supplémentaire efficace alors que les journalistes continuent de présenter Jill comme une héroïne, faire la une l’emportant plus que jamais sur le reste. Pour son tout dernier, Wes Craven réussit haut la main le retour de sa plus grande saga à succès.

 

Scream (2022)

 

Date de sortie : 12 janvier 2022 (1h 55min)
Réalisateurs : Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett
Acteurs principaux : Melissa Barerra, Jenna Ortega, Jack Quaid, Mikey Madison, Dylan Minnette, Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette
Genre : Slasher, policier
Nationalité : Américain
Compositeur : Marco Beltrami

Une introduction très réussie.

Il faut attendre onze nouvelles années pour que Ghostface réapparaisse au cinéma sous forme de requel, une suite faisant aussi office de reboot avec le retour d’anciens acteurs phare auxquels s’ajoutent une toute nouvelle génération. Sobrement intitulé Scream pour cette raison, il marque le vingt-cinquième anniversaire de la saga avec Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin à la réalisation, déjà connus pour des films horrifiques comme The Baby, 666 Road et Wedding Nightmare. L’intrigue démarre à Woodsboro autour de deux sœurs, Samantha et Tara Carpenter, jouées par Melissa Barrera et Jenna Ortega, menacées par un nouveau Ghostface.

Une nouvelle génération très branchée.
De nouveaux personnages corrects, mais sans le charisme des précédents.

Portée par de jeunes acteurs comme Jack Quaid (Hunger Games, The Boys), Mikey Madison (Once Upon A Time in Hollywood, La Famille Addams) et Dylan Minnette (Prisoners, Don’t Breathe, 13 Reasons Why), leur bande d’amis est rapidement mise en danger et se trouve reliée aux survivants des précédents massacres. Sidney est désormais mariée et mère de deux filles, Gale se retrouve animatrice d’un talk-show matinale et Dewey a laissé sa place de shérif à sa collègue Judy Hicks. Pourvu de meurtres plus brutaux et sanglants, Scream compose avec une réalisation moins bonne qu’à l’accoutumée tandis que certains personnages se font tuer bien trop facilement. Il n’en oublie pas pour autant ses origines avec un final se déroulant dans la maison de Stu Macher et Samantha qui est guidée par le reflet dans le miroir de Billy Loomis, qui n’est autre que son père.

Vingt-cinq ans plus tard, Neve Campbell est toujours là.
Des plans réussis malgré une réalisation en deçà.

Conscient d’être le résultat d’une pure exploitation commerciale d’un genre en déclin depuis déjà plusieurs années, le scénario commence par s’en prendre à la nouvelle vague de films d’horreur psychologique apparue lors des années 2010, comme It Follows et Hérédité, qu’il considère comme trop sérieux. Avec la mise en abyme de Stab 8, Scream dénonce également la tendance qu’a Hollywood de toujours vouloir rallonger ses franchises à succès, une critique des suites à outrance déjà présente dans Matrix Resurrections. Mieux encore, le film dénonce la toxicité de certaines communautés de fans, qui exigent toujours plus et déversent leur haine sur les réseaux sociaux en voulant réécrire le film, les tueurs constituant une parfaite caricature de ce genre de fans toxiques. Clairement moins bon que ses prédécesseurs, Scream en reprend toutefois suffisamment de qualités pour proposer un film honnête.

Emmanuel Delextrat

Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j'ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La soupe aux choux, mais aussi de nombreux dessins animés (courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo ; longs métrages Disney avec Alice au pays des merveilles en tête ; animés japonais avec Sailor Moon et Dragon Ball Z ; j'aime aussi particulièrement Batman et Tintin). Mes années 90 ont été bercées par les comédies de Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête), ou d'autres films que j'adore comme Les valeurs de la famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à tout prix). C'est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par The Dark Knight, Casino Royale, Dragon l'histoire de Bruce Lee ou encore Rambo. Collectionneur, j'attache de l'importance au matériel et j'ai réuni deux étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Il va sans dire qu'il m'en reste encore beaucoup à voir...

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