Home Auteurs Publication de Marcel Duchamp

Marcel Duchamp

Marcel Duchamp
92 PUBLICATION 3 COMMENTAIRES
Marcel Duchamp, du Nord de la France. Slameur et cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Enemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

Comparaison : Les Proies de Siegel (1971) / Les Proies de Copolla (2017)

0

46 ans séparent les deux propositions : a-t-on le droit à deux versions identiques, ou est-ce que les choix des deux réalisateurs diffèrent ?

Approfondir ou laisser plus de marge aux spectateurs ?

Les deux structures narratives sont les mêmes, avec deux durées sensiblement identiques et un élément perturbateur qui arrive quasiment dans le même timing. Les événements s’enchainent presque de la même manière du début à la fin.

En revanche, là où Siegel fait le choix de vraiment développer ses personnages, Coppola opte pour moins de détails. Dans le film de 1971, on nous propose à des flashbacks qui nous permettent de cerner facilement les problématiques des différents protagonistes. On comprend mieux les réactions des unes et des autres et leurs relations. En 2017, on en sait peu, ce qui peut ouvrir la voie vers plus de liberté et de subtilité.

Le rapport à la Guerre de Sécession est également très différent. Dans le premier film, on parle souvent des conflits entre Sudistes et Nordistes, on sent que ça affecte le quotidien de chacun. En revanche, dans le deuxième opus, on a quelques évocations rapides, mais on retient plus qu’il y a une guerre en général, sans considérer cet événement en particulier.

Thriller rythmé ou contemplation feutrée ?

Ces choix divergents contribuent à une différence de rythme entre les deux films. Chez Siegel, on sent une vraie tension du début à la fin. L’ouverture à base de photos, la découverte du sang et du caporal bien abîmé montrent d’emblée des partis-pris différents. Les corbeaux semblent être un avertissement que tout cela va mal tourner. Coppola choisit une mise en scène beaucoup plus contemplative, avec un extérieur plus propre et aéré, là où les scènes d’intérieur sont vite étouffantes, malgré un rythme plus lent.

Les musiques appuient cette tendance. Dans la version originale, elle est omniprésente et créé une vraie mélodie dramatique, avec des musiques entrainantes, parfois limite cavalcade de western. L’ouverture se fait sur une petite ritournelle qui viendra également clore le film, donnant du sens à l’ensemble : ne laissez pas vos hommes partir à la guerre. Dans le remake, il y a peu de sons, ça reste très sur la réserve, comme si on voulait nous laisser entrer dans le film à notre rythme.

Si les structures narratives sont presque identiques, le timing du partage de digestifs entre le caporal et la maîtresse de maison diffère. Ce détail n’en est pas un. En effet, chez Copolla, cet événement intervient bien avant. On sent que Nicole Kidman pourrait se laisser tenter par cet homme, mais elle reprend finalement bien vite le contrôle. Chez Siegel, ce moment a lieu juste avant le drame. Après un baiser enflammé (absent dans la 2ème version), elle ne ferme pas la porte à clef, invitation non voilée pour que bellâtre vienne la rejoindre. Cette différence apporte un éclairage différent dans le débat « Etait-il indispensable de lui couper la jambe, ou est-ce une vengeance personnelle ? ».

Peut-on être encore transgressif à l’époque des réseaux sociaux ?

Je n’ose imaginer le déferlement de critiques sur facebook en 1971… Les journaux de la bien-pensance auraient bondi ! Si Clint Eastwood se montre bien plus charismatique que le très verbeux Colin Farrell, il multiplie cependant les transgressions. Il ne lui faut même pas dix minutes pour embrasser sur la bouche une fillette de 12 ans. De nos jours, on crie à l’apologie de la pédophilie pour bien moins que ça…

Notre charmant militaire y va également de sa charmante logorrhée expliquant à la servante noire qu’il veut lui faire l’honneur du plaisir donné par l’homme blanc. En 2017, on ne peut pas se permettre ce genre de propos raciste. C’est tellement impossible que dans le remake, le personnage de la servante noire n’existe même pas !

Pour compléter ce joli tableau de chasse, les flashbacks nous apprennent que la maîtresse de maison n’a pas eu de relation intime depuis celle passionnelle qu’elle a entretenue avec… son frère ! On se croirait dans Game of throne ! Pédophilie, racisme, inceste… Copolla préfère développer l’axe du féminisme, beaucoup plus d’actualité.

Au final, j’ai nettement préféré le film original. Si le remake propose un casting féminin de haute volée, le manque d’épaisseur des personnages m’a gêné. Le rythme très lent ne m’a également pas permis de me sentir dans un thriller, là où le film de Siegel est beaucoup plus immersif. Pour être tout à fait complet, il ne nous reste plus qu’à lire le roman de Thomas Cullinan dont sont issues ces deux propositions !

120 battements par minute : Analyse en 5 questions

0

Drame français sorti le 23 août 2017 (2h20) réalisé par Robin Campillo

Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel

Critique dithyrambique (4,6 presse et 4,4 spectateurs sur Allociné !), coup de cœur à Cannes, le film choc de Robin Campillo sortait « enfin » en salle ce mercredi 23 août.

Film social, film politique, film utile ?

Nous sommes immergés dans le collectif Act up au début des années 90, groupe de militants qui organisent des actions afin de casser l’indifférence générale sur un virus du Sida qui tue pourtant depuis une dizaine d’années.

On le comprend vite, le film se veut utile. De nos jours, le Sida continue de sévir et une piqure de rappel ne fait jamais de mal. La partie documentaire est très fournie avec quelques repères historiques comme l’affaire du sang contaminé, une campagne de prévention dans un lycée, des parties qui expliquent comment agit le virus et comment on tente de le stopper.

Au final, ça fonctionne. Campillo évite le piège de la moralisation. Il ne se met jamais au dessus de ses personnages qui eux-mêmes ne sont pas toujours d’accord et dont les débats demeurent virulents, créant un point d’équilibre entre mobilisation et remise en cause. Même les membres de l’institut thérapeutique ou les policiers ne sont pas ridiculisés ou traités avec exagération. Forcément, l’action du film est datée mais l’implicite murmurant que les idées d’Act up sont toujours d’actualité semble évident.

Un rapport à l’émotion maitrisé ?

Le pitch et les bandes-annonces laissent présager un film plombant, le genre de long-métrage dont on ne sort pas indemne et qui trotte dans la tête la nuit qui suit le visionnage. Le générique de fin défile, sans son, accentuant le silence de cathédrale dans le cinéma. Forcément, on s’en doutait : le film n’est pas gai.

Néanmoins, je l’ai trouvé plutôt équilibré, avec des petites doses d’humour, des scènes où on peut s’échapper de la dure réalité. Le réalisateur évite un nouvel écueil : le déferlement d’émotions. On n’insiste pas sur notre fibre lacrymale, on n’exagère pas le pathos. Le sujet en lui-même suffit. Certains spectateurs vont quand même l’avoir dur, mais on peut apprécier ce traitement plutôt subtil.

Les acteurs contribuent grandement à cette perspective. Mélange d’acteurs novices ou confirmés (au milieu desquels Adèle Haenel évolue encore avec une aura quasi divine), cette troupe sonne vrai, malgré les excès des uns et les doutes des autres. Sean pourrait agacer dans sa radicalité, mais on le sent tellement sincère que l’on s’attache automatiquement.

Un grand prix du Festival de Cannes mérité ?

Certains ont milité pour que 120 battements par minute (hommage aux musiques de l’école) décroche la Palme d’Or à Cannes, là où le jury lui a préféré The Square (sortant prochainement). Mais le réalisateur d’Eastern Boys n’est pourtant pas reparti bredouille puisque son film a reçu le Grand Prix, succédant à Juste la fin du monde et au Fils de Saul.

Est-ce mérité ? On critique souvent les récompenses qui reviennent à des films sociaux ou politiques : ça fait bien-pensant, ça fait très bobo parisien se donnant bonne conscience en mettant en avant des films comme Moi Daniel Blake, Moonlight ou La Vie d’Adèle. Je ne partage pas cet avis, à condition que le film soit de qualité et offre de vraies propositions cinématographiques (ce qui est, je trouve, le cas des trois films cités).

Ici, la réalisation se montre également très soignée. Les plans sont bien construits, on alterne les moments de réunion, les moments d’action avec un tout autre rythme, les scènes plus intimes avec plus de gros plans et une lumière travaillée. Les moments plus durs émotionnellement sont généralement contrebalancés par des bouffées d’oxygène, comme si nous étions nous aussi malades et que nous profitions des moments de légèreté pour profiter de la vie à pleines dents. Aucun doute, c’est du cinéma, du vrai, du bon.

Les deux parties se valent-elles ?

J’ai vécu une première heure magique. Parfaitement maitrisée, avec de la variété, un mouvement perpétuel qui m’a permis d’entrer à la fois dans le propos et dans le quotidien de ces militants. On découvre les personnages, on a envie de lancer des bombes de faux sang avec eux, on apprend des choses, on sent se tisser les liens entre Sean et Nathan, on est ému, on rit de bon cœur et pour se soulager.

Et puis le film entre dans une routine. Une réunion qui prépare une action, une action, un moment pour évacuer, une scène intime. Une réunion qui prépare une action, une action, etc. Le seul enjeu restant semble être l’histoire d’amour, sans but précis. On peut me rétorquer que le but premier des personnages est déjà de survivre, tout en essayant de faire avancer leur cause. Mais j’aurais aimé une histoire servant de fil rouge, pourquoi pas dans le combat avec cet institut thérapeutique.

J’ai trouvé que le film, tout en gardant les qualités déjà citées, devenait parfois trop pédagogique. J’ai apprécié la divergence de points de vue entre Sean et Thibaut et j’aurais aimé que cela soit plus creusé. Après, je comprends que ce film n’ait pas vraiment de début ou de fin, puisque la lutte n’est pas finie.

Au final, à conseiller un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout ?

On a senti certains spectateurs gênés par les scènes de sexe homosexuel, même si je trouve que cela reste très soft et que ça ne cherche pas la provocation. Le film peut impacter émotionnellement, mais il ne vire pas du tout dans l’excès et c’est une très bonne chose.

Néanmoins, je pose un bémol sur la deuxième partie du film que j’ai trouvé un peu rébarbative. Les 2 heures 20 n’étaient à mon sens pas nécessaires, et le film aurait encore gardé en efficacité en étant réduit d’une demi-heure.

En définitive, la qualité cinématographique est au rendez-vous, le sujet est profond, la bande d’acteurs sonne vraie, avec des nuances et des contradictions. J’ai eu la douce sensation d’apprendre des choses, et de ne pas être jugé. Pour toutes ces raisons, et malgré les limites évoquées, je trouve que ce film est à voir !

 

Pourquoi je n’ai pas aimé La Planète des Singes : Suprématie

0

Il est rare que je sorte à ce point déçu d’un film pour lequel je n’avais aucun doute sur sa capacité à me plaire. Fan de ce genre d’univers SF, ayant vraiment apprécié les deux premiers opus de cette trilogie préquelle pertinente, très bons retours critiques : je m’étais gardé ce petit plaisir pour la fin des vacances.

Un début prometteur

Les premières scènes m’ont accroché. La forêt, magnifique et bien mise en scène par le cadrage, donne envie de partir vivre dans cette partie ouest du Canada. Les singes sont très bien faits, les effets spéciaux fonctionnent vraiment à merveille. La latence de l’attaque des humains sur la tribu de César renforce le côté dramatique. Les images nous montrent que visiblement, des singes-traitres ont rejoint le camp des hommes. L’attaque survient, brutale, et on comprend que les beaux discours et les bons sentiments de César vont être mis à mal. Bref, les vingt premières minutes ne m’ont pas déçu.

Une troupe qui se forme avec beaucoup (trop ?) d’émotions.

César décide de partir se venger de son côté. Soit. Maurice vient avec lui : sans ironie, c’est mignon tout plein. Ils récupèrent la petite fille muette et néo-orpheline (que l’on va baptiser Nova, clin d’œil pour faire le lien avec l’histoire de Pierre Boule). J’adhère encore, c’est intéressant d’intégrer une humaine pour montrer la capacité d’empathie et de nuances chez les singes. On peut vivre tous ensemble, si on respecte les mêmes valeurs. Même si l’enchainement de mélo (avec les musiques qui appuient bien) commence à me peser. La petite troupe récupère ensuite le singe qui parle encore mieux que César, la petite touche humour indispensable au cahier des charges de tout bon blockbuster qui se respecte (ou pas d’ailleurs). On découvre quelques humains enterrés qui montrent que quelque chose n’est pas net : suspense. La mise en scène me plait toujours, les forêts sont devenues enneigées (Winter is coming ?) et les différents singes sont vraiment bien foutus (aucun travers zoophiles dans ces propos). Mais après une petite heure de film, j’attends qu’il se passe quelque chose dans ce déluge d’émotions. Que le scénario avance, que l’on ait une ou deux scènes d’action (attention, ne me fouettez pas sur la prison publique comme César : je suis tout le contraire d’un fan d’action, mais quand je vais voir ce genre de film, autant ça ne me dérange pas que ça ne soit pas très profond, mais qu’il y ait au moins un peu d’action).

Woody… pourquoi ?

Le Colonel entre en scène. J’adore Woody Harrelson, il a bercé mon adolescence avec les Blancs ne savent pas sauter. J’ai bien compris que Matt Reeves faisait un hommage à Ape-calypse Now et ce cher Colonel Kurtz. Je comprends bien qu’un chef très méchant doit être représenté par un vrai homme viril. Mais entre cliché et caricature, le film a commencé à me perdre. « Je tue tout le monde et je suis un bonhomme, je me rase le crâne patiemment en haut de ma tour d’ivoire pendant que mes troupes m’idolâtrent d’en bas, et ils ont intérêt sinon je les tue, parce que je suis vraiment un méchant. » J’avoue la VF n’a pas du aider. Une nouvelle fois, ne me faites pas de mal : je ne regarde jamais un film en VF, mais on pourrait quand même espérer un peu de sérieux dans le travail de doublage, non ? Parce qu’entre la voix de César et la voix du singe comique, ça pique pas mal quand même… Quant au « Si César est vivant demain matin, forcez-le à travailler. Sinon tuez-le. », je veux bien que parfois il y ait des soucis de traduction, mais là mon esprit a bifurqué près de la zone de non-retour.

Au niveau cohérence, c’est bizarre quand même, non ?

Je veux bien que les films nécessitent quelques ficelles scénaristiques, mais là c’est un peu gros, non ? Premier point, comment la petite fille entre dans la base militaire de ces hommes surarmés et qui jouent leur survie ? On m’a rétorqué que comme c’était une humaine elle était passée inaperçue. Mais impossible : d’une part parce que les copains à Woody ont des ennemis humains qui vont bientôt arriver pour les exterminer. Et d’autre part, si elle était si détendue, elle n’irait pas se cacher juste après. Donc allons-y, poussons un peu le bouchon : elle va pouvoir aller chercher de l’eau, aller d’une cage à l’autre tranquillement. Pas de garde, rien. Normal.

Si, à un moment donné, il y a quand même un garde. Pas très futé quand même pour rentrer tout seul dans la cage où il y a plein de singes un peu costaud. Toujours normal. D’ailleurs, quand il se fait neutraliser, il n’y aucun autre équipier : tous les singes se barrent, toujours tranquillement en grimpant. C’est toujours cohérent ? On rappelle que la base attend l’arrivée imminente d’une attaque d’autres humains ? Pourquoi s’embêtent-ils à venir avec des hélicos d’ailleurs : ils auraient juste du venir tranquillement la nuit : tout le monde dort, il n’y a pas de tour de garde, juste un soldat qui veille !

Et en cas de terrible avalanche meurtrière et destructrice : conseil à tous les randonneurs : faites comme César, grimpez dans l’arbre le plus proche et patientez !

Un scénario plus étoffé que celui de Valérian ?

J’avoue, j’étais déjà très loin du film à ce moment-là. Je regardais frénétiquement l’heure en me demandant quand le film allait vraiment démarrer. Parce que ça faisait quand même 1h50 de film : on méritait quand même qu’il se passe quelque chose. Si on résume : les humains cherchaient César. Le Colonel tue sa femme et son fils alors César veut se venger. Il part de son côté et dirige malgré lui sa troupe vers un piège et tout le monde se fait capturer. Finalement, les singes s’évadent, les humains s’entretuent, avalanche, ça y est : nous sommes sur la Planète des Singes. C’est léger, non ? Ca ne me dérange pas, c’est un blockbuster, d’accord. Mais bon, pour un film sans action, ça pourrait être bien qu’il y ait quand même un scénario… Au moins dans Valérian, il y a de l’action !

Et puis c’est bavard, incroyablement bavard. Pour moi, faire du cinéma c’est réussir à faire parler les images animées. Là, les personnages ont besoin de raconter l’histoire, comme si les images ne pouvaient pas le faire. A l’image du Colonel qui raconte tout ce qui s’est passé et ce qui va se passer…

Alors oui, je veux bien qu’il y ait toutes les questions philosophiques sur le vivre ensemble, le spécisme, ce qui nous rend humain ou pas, la nécessité du langage, la perte d’humanité (tout le monde perd son fils d’ailleurs dans ce film). Mais c’est abordé d’une façon très superficielle, non ? Si on fait trois films préquels, c’est pour étoffer le propos du film originel, non ? Et puis ce final… Après cette jolie mise en valeur du drapeau américain, un César en mode Jésus-Christ sur sa croix, qui emmène sa troupe façon Moïse pour arriver au Jardin d’Eden… J’imagine que l’intérêt du film, c’était de suivre César, sa destinée, ses convictions, ses tourments, ses choix. Trop creux, too much.

En conclusion, je suis vraiment triste de ne pas avoir su aimer ce film, c’est rare que ça m’arrive ! 2h20 bien vides pour moi, sans action et avec un propos développé de façon très superficiel, malgré un très beau visuel. Heureusement, en ce moment il y a des bons trucs à voir (Peggy Guggenheim la Collectionneuse, Egon Schiele, 120 battements par minute) et à revoir (vive les rétrospectives de l’été qui permettent de revoir des bijoux comme Paterson !).

L’amant double : Ozon le jeu des miroirs

0

Thriller érotique français sorti le 26 mai 2017 (1h47) et réalisé par François Ozon

Avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset

Interdit aux -12 avec avertissement

Réalisateur à la filmographie déjà bien copieuse, François Ozon restait sur un film fort apprécié des critiques (11 nominations aux Césars). Pour cette année 2017, le Parisien présentait à Cannes son dernier (bi)jou(jou) : l’Amant double. Un jeu de miroirs saisissant qui nous rappelle bon nombre de ses films que nous avons adorés !

Frantz… pour son esthétique (ici la forme est totalement au service du fond) et cette ambiance de dupes qui émane de tous ces plans mystérieux qu’on tente de décrypter. Pierre Niney avait un secret… il n’est pas le seul !

Une nouvelle amie… pour cette dualité ambiguë qui sommeille en chacun de nous. Romain Duris explorait sa part féminine après un deuil. Ici, les deux acteurs principaux luttent contre leurs démons intérieurs avec plus ou moins de sérénité.

Jeune et jolie… pour son actrice – Marine Vacth – qui crève littéralement l’écran. Pour son premier rôle, elle jouait à l’époque une jeune fille qui se prostituait par plaisir. Ici, son personnage est en thérapie pour tenter d’identifier la cause de ses maux.

Dans la maison… pour son côté malsain, cette perversité qui s’installe petit à petit dans une intrigue bien ficelée. On entre doucement dans le piège, la tension monte et on en sort pas indemne ! Qui manipule qui ? En 2012, Lucchini se mesurait à l’un de ses élèves les plus doués. Aujourd’hui, entre le thérapeute et sa cliente, qui manipule qui ?

Potiche… pour cette étude subtile des relations homme-femme, dans lesquels la domination est un enjeu constant, visible ou non. Si le ton de ce film qui réunissait Deneuve et Depardieu restait léger et enlevé, L’Amant double impose aux spectateurs une atmosphère nettement plus angoissante !

Swimming pool… pour son côté sulfureux. Ludivine Sagnier avait bénéficié d’un coach particulier pour oser exhiber sa plastique parfaite dans ce récit où fiction et réalité se mélangeaient subtilement. L’histoire ne dit pas si Marine Vacth a dû se soumettre aux mêmes exercices physiques… mais en tout cas le résultat ne souffre d’aucune réserve !

Huit femmes… pour les scènes théâtrales, limite en huis-clos. L’amant double mise beaucoup sur les confrontations duelles, qu’elles s’expriment par les mots ou par la chair.

Les amants criminels… pour Jérémie Rénier qui, déjà, composait un binôme dangereux… Dans la peau de ce thérapeute bienveillant, mais aussi de son double mystérieux et colérique, l’acteur propose une jolie palette des extrêmes !

Ouverture (avec spoilers) : le chat de Chloé, c’est la toupie d’Inception ?

On l’appelle Jeeg Robot : l’Analyse en 4 questions

0

Film de super-héros italien (durée : 1h58) réalisé par Gabriele Mainetti

Avec Claudio Santamari, Luca Marinelli, Ilenia Pastorelli

Tiger Boy : pourquoi attendre tout un court-métrage pour que le héros retire son masque ?

                C’était 2012, ce court-métrage vu lors du Festival International du Court à Lille m’avait marqué et bluffé. Tiger Boy, 23 minutes-choc réalisées par l’Italien Gabriele Mainetti et qui avait été longtemps en lice pour les Oscars.

                Le pitch ? Un enfant solitaire et pas très loquace, ne quitte plus le masque de son catcheur préféré, provoquant les profondes inquiétudes de sa mère. On comprend bien que le gamin a un secret, malgré la bienveillance qui l’entoure. La chute – l’enfant prenant sa revanche sur un directeur d’école pédophile – résonne encore dans mon esprit de spectateur.

                Dans ce court disponible gratuitement (sous-titré en anglais) sur Viméo, nous devons attendre la toute fin pour que le personnage principal retire son masque. Une partie d’un costume qui permet de se cacher, de se protéger pour mieux affronter la réalité…

Pourquoi est-ce tout l’inverse dans « On l’appelle Jeeg Robot » ?

                Quand j’ai découvert que le réalisateur de ce Tiger Boy sortait son premier long, de surcroit sur un super-héros, l’excitation fut d’emblée au rendez-vous ! Mais ici, c’est l’idée-contraire : nous allons devoir attendre la fin du film pour que le (anti)-héros accepte de porter le masque.

                Il faut dire qu’ici, nous sommes confrontés à un pauvre type pas vraiment méchant qui va attraper fortuitement des super-pouvoirs, sans assumer et sans nourrir la moindre ambition autre que de continuer à manger des Danette en matant des films pornos !

                Le film sera un long voyage initiatique où l’amour (qui expliquera ce titre assez mystérieux) et la dualité/opposition avec son némésis va permettre non sans mal à notre Enzo national d’enfin comprendre, à l’instar d’un Peter Parker qu’ « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ».

Un masque cousu main… tout un symbole ?

                Loin de la surenchère Hollywodiennes des effets spéciaux, encore repoussés par le récent Docteur Strange, cet ovni cinématographique propose au contraire de revenir à l’essence de ce genre de film : le surhomme, de sa naissance à son acceptation.

             En se concentrant exclusivement sur l’humain, Gabriele Mainetti nous livre un portrait proche de nous-même dans lequel il est facile de s’identifier. C’est un long-métrage sur l’identité qui interroge sur ce qui fait que nous sommes nous-mêmes, dans toute notre unicité et notre altérité, mais aussi dans nos interactions avec les gens qui nous entourent, si différents ou si ressemblants.

         Ce film aux 7 Césars italiens peut s’appuyer sur de solides acteurs récompensés, à l’image d’un Claudio Santamari qui incarne à merveille le looser des classes populaires italiennes. Iliena Pastorelli titille parfois notre agacement mais s’illustre avec brio dans la peau de la barge sympathique. Et que dire de la performance de Luca Marinelli dans la peau de ce super-méchant attachant et complexe ?

Peut-on faire un film de super-héros sans licence Marvel, DC Comics ou Vertigo ?

                Si les films de super-héros sont de plus en plus fréquents dans le paysage cinématographique, ils s’appuient quasiment tous sur les comics autour des trois licences-phares américaines : le familial Marvel, le plus sombre DC Comics et le plus décalé Vertigo.

                En dehors de ces titres trustant les cartons au box office, cet ovni se permet de sillonner les rues de Rome, s’inscrivant dans la même ligne qu’un Hancock (apprentissage de la maîtrise des super-pouvoirs), Chronicles (les luttes bien/mal), Kick Ass (pour le côté déjanté de l’anti superh-héros) ou Vincent n’a pas d’écaille (pour la quête initiatique).

                Au final, le film ravira aussi bien les afficianados du genre que les autres en proposant un traitement (trop ?) classique. Preuve que Jeeg Robot a sa place au côté de Batman et de Captain America, malgré les différences et l’originalité que nous avons soulignées, la fin n’exclut pas la possibilité d’une suite… et si Disney rachetait les droits pour en faire une franchise ?

L’exposition DC Comics à Paris (31 mars au 10 septembre)

0

Fans de pop culture et de super-héros, le Musée d’art Ludique à Paris  vous offre une exposition sur les DC Comics jusqu’au 10 septembre. Ce musée (situé à 2 kilomètres du Louvre) propose depuis son ouverture en 2013 des expositions temporaires de haute volée : Studio Ghibli, Super-héros Marvel, Disney…

Est-ce que ça vaut le coup et le coût ? (16€50, audioguide fourni)

                L’Aube des super-héros nous emmène à la naissance des super-héros lorsqu’en 1938, Superman pointe le bout de son slip rouge. On comprend l’origine de « DC » puisque l’un des comics de l’époque s’appelait Detective Comics. On découvre que, tandis que les super-héros n’existaient pas encore (les temps ont bien changé mon bon monsieur !), ces magazines bon marché faisaient la part belle aux enquêtes policières et aux détectives privés. En guise de préliminaires, on a le droit à des planches d’époque, à des costumes de l’extra-terrestre à la cape rouge, à une vidéo de l’actuel patron de DC Comics qui explique qu’il est arrivé dans la boîte en tant que stagiaire, à un panel d’illustrations réalisées par ordinateur pour trouver le design de Man of Steel et même quelques traces du Superman avec Nicolas Cage, projet non mené à terme. Le tout copieusement commenté grâce à l’audioguide. Un très bon séjour à Métropolis !

                Le bleu laisse alors place au noir, avec une statue impressionnante du Batman… C’est la partie de l’expo la plus fournie, la plus riche, la plus étayée. Tout d’abord : les origines de l’homme-chauve-souris qui laisse place au Pingouin, au Joker, au Sphinx, à Double Face, etc… pour  une présentation étoffée du formidable « bestiaire » des méchants de Gotham (on apprend même que cette dernière tire son nom d’origine d’un vrai village d’Angleterre où les habitants ont décidé de se faire passer pour des fous pour éviter qu’une route commerciale ne le traverse au XIIIème siècle)… l’occasion de présenter les costumes et notamment Catwoman dans une pose très lascive ! Nous avons également droit aux engins motorisés du justicier de l’ombre, à des interviews fort intéressantes de Christopher Nolan et de Lindy Hemming (sa costumière qui nous explique notamment comment elle a ancré l’univers de Batman dans le réel, notamment avec l’exemple de Bane) et d’autres surprises bien agréables. Fans de Bruce Wayne, vous vous croirez dans la Batcave remplie de trésors !

                Après une petite escale rapide dans l’univers de Suicide Squad (avec quelques pièces d’époque et d’autres du film sorti en 2016), nous poursuivons la visite avec Wonderwoman. On y rencontre ses costumes d’hier et d’aujourd’hui, des planches et des explications sur les liens entre les superhéros et la mythologie (avec les liens évidents entre Flash et Hermès, Aquaman et Poséidon, etc). Cette dernière partie est moins fournie que les deux premières, on est un peu dans fourre-tout peu développé avec quelques planches en rapport avec la Justice League. On aurait aimé découvrir plus en profondeur Green Lantern, Green Arrow ou Cyborg. Autant l’univers cinématographique est très bien documenté, autant les séries DC ont été totalement éludées. Avant de rejoindre une boutique-souvenirs avec livre sur l’expo, cartes postales, mugs et autres goodies, nous avons le droit à un visionnage de cinq minutes qui reprend les différents temps forts de l’Aube des super-héros, combinant Histoire et présent de bien belle façon.

                Au final, nous avons passé plus de deux heures à déguster tous ces plaisirs coupables de l’univers des DC Comics. A la fois agréable et bien documenté, cette exposition est particulièrement réussie pour la partie Batman et (à un léger degré moindre) Superman. Le reste a le mérite d’exister, même si c’est est moins aboutie. Les plus jeunes, après un émerveillement visuel lié principalement aux costumes et aux objets, risquent de se lasser rapidement des explications approfondies qui en revanche raviront les fans du genre. Merci au Musée d’Art Ludique pour ce concept original qui vient enrichir la culture pop : nous allons guetter avec attention les prochaines expos !

A voix haute – Critique en slam

0

Il y a des films pour lesquels on a de grandes attentes,
Des films dont on espère qu’il nous fasse remonter la pente…
J’invoque, un documentaire dont on ne sait guère qu’il est sorti de terre,
Diffusion mini riquiqui en catimini entre deux rugissants blockbusters.
Une œuvre rapide et furieuse qui montre la banlieue heureuse,
Loin des chichis clichés d’assistés terroristes à l’insulte haineuse,
Déclamant des mots si différents, pour former une phrase à l’unisson,
Guérissant des maux traumatisants, car la force ne se décuple que dans l’union.
Des jeunes combattants s’entrainant à boxer avec les rimes,
Pour le plaisir de vaincre l’oppressant, assurément pas pour la frime.
Jugés sur la forme et sur le fond : sauront-ils relever les exercices de style ?
A Saint-Denis t’as la pression : t’as pas intérêt à perdre le fil.
Une classe black-blanc-beur criant des textes aux 1001 couleurs
Vaincre sa timidité : un dur labeur pour exalter toutes ces saveurs.
Un concours, pas un sauveur mais une belle bouffée d’oxygène,
Même pour vous les spectateurs, vous n’en sortirez pas indemnes.
J’invoque l’authenticité, des acteurs vrais se donnant sans tricher,
Sans dissimuler leur émotivité, stress et ressenti, en toute sincérité.
Des banlieusards motivés : non je ne m’essaie pas à l’oxymore,
Que du réel, pas du chiqué, pas question de s’apitoyer sur leur sort.
Parce qu’au ciné y a pas que Scarlett, Dany et les caïds du box office,
Va voir ces improbables doués poètes, Victor Hugo, ses filles, ses fils.
« A voix haute, la force de la parole », en pleine période électorale,
Simple hasard ou puissante parabole, c’est bientôt le grand oral.
C’est pas l’heure de la morale : pas du tout l’esprit de cette bobine,
Infiniment merci pour ce film viscéral : il résonne en moi, dans ma trombine.

 

Quel film original mater ce soir ? 3 pépites du cinéma US indépendant

0

Le cinéma américain, Hollywood, les blockbusters, les franchises, les reboots-prequels-spin off et tutti quanti…

Le cinéma d’auteur, masturbation intellectuelle, rythme ultra lent et plombant, ennui réservé aux Festivals…

Entre ces deux visions associant extrêmes et clichés, nous vous proposons un coup de projecteur sur 3 pépites du cinéma US : Dope, This is not a love story et Dear White People. Avec un dénominateur commun, hormis l’année de sortie en salles : l’adolescence !

Dope (2015, réalisé par Rick Famuyiwa)

                Film qui a fait son petit effet à Sundance, Cannes et Deauville, avec comme noms prestigieux Forrest Whitaker en producteur et Pharrell Williams à la bande son, Dope nous fait suivre les aventures d’un trio d’adolescents fort attachants. Fans de hip hop des années 90, ils essaient de grandir comme ils peuvent et sans se faire remarquer dans le quartier craignos d’Inglewood. Si le héros – Malcolm – rêve d’intégrer Harvard malgré sa couleur de peau, il va devoir endosser malgré lui le rôle de dealer.

Rassurez-vous, nous ne sommes pas dans la version originale de Gangsterdam ou dans un énième film de drogue. Servi par une bande son rap de haute volée, le réalisateur nous offre 1001 petites astuces funs pour passer 1h45 de pur plaisir. Arrêts sur image, coupes surprises pour accélérer le rythme, running gags, dialogues de qualité, personnages ultra-sympathiques… L’équation parfaite pour ce film qui se joue des clichés sur l’image qui est collée aux Afro-Américains.

This is not a love story (2015, réalisé par Alfonso Gomez-Rejon)

                Un titre original fort différent (ça arrive) – « Me and Earl and the Dying Girl » – qui décrit mieux le pitch : Greg est un ado isolé qui cherche surtout à passer inaperçu et qui n’a qu’un seul véritable ami (Earl) avec qui il s’amuse à tourner des parodies de films connus. Jusqu’au jour où sa mère lui demande de tenir compagnie à leur voisine atteinte d’une leucémie.

Version plus subtile et moins grandiloquente que « Nos étoiles contraires », This is not a love story propose un regard à la fois drôle, décalé et touchant sur ce trio de jeunes américains. Les courts-métrages parodiques tournés par les deux héros sont terribles… Imaginez Orange Mécanique revisité avec des chaussettes ! On rit beaucoup de ces personnages forts, on est ému mais sans tomber dans le concours de larmes à la Hollywood… Bref, une vraie pépite !

Dear white people (2015, réalisé par Justin Simien)

                Prix spécial du jury à Sundance en tant que « Meilleure fiction américaine », Dear White People raconte la vie de quatre étudiants noirs dans une école prestigieuse. Comment vivre dans un monde de blancs quand on est noir ? Le titre fait d’ailleurs référence au nom de l’une des radios du campus qui dénonce les étranges habitudes des blancs vis-à-vis de leurs camarades de couleur. « Chers amis blancs, le nombre officiel d’amis noirs nécessaires pour ne pas être considéré comme raciste passe de 2 à 3 : dépêchez-vous de vous ajuster à cette nouvelle norme ! ».

Le film est acerbe, il pique là où ça fait mal. D’ailleurs, le réalisateur s’est fait attaquer au Texas pour « racisme envers les blancs ». Il s’est défendu et a mis en avant ses références aux grands réalisateurs qu’il chérit comme Kubrick, Lang ou Bergman. On reconnait du Spike Lee chez Simien. Ce film joue moins sur le côté fun que Dope, c’est plus politisé, plus posé. Mais plus incisif aussi. Certains lui reprocheront son côté trop bavard, mais la fin est particulièrement réussie !

Etre un bon film ou ne pas être ?

1

Sempiternelles questions… « Alors, tu as aimé le film ? », « Est-ce qu’il est bien ? », « Lequel préfères-tu ? » Entre ceux qui prônent une subjectivité intégrale (« les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas ! ») et les dictateurs du beau (« objectivement, j’ai raison »), n’y a-t-il pas des réflexions plus nuances et abouties ? Telles étaient mes attentes en lisant « La valeur d’un film, philosophie du beau au cinéma » d’Eric Dufour, édité chez Armand Colin. Je vous propose d’ouvrir le débat en dressant rapidement ce que j’ai retenu et interprété de cet ouvrage.

De base, deux grandes conceptions du cinéma peuvent s’opposer : ceux qui sont davantage centrés sur la réalité, comme si on associait le cinéma au théâtre, et ceux relevant de l’héritage de Méliès davantage basés sur les effets spéciaux, c’est-à-dire tout ce que le cinéma peut se permettre et que le théâtre ne peut pas. On peut également opposer la conception où la réalisation priorise la narration, c’est-à-dire l’enchainement cohérent des différents éléments d’une intrigue qui se déroule sous nos yeux et la conception davantage formaliste où chaque plan ne prend véritablement sens qu’en rapport avec l’ensemble. Certains d’entre nous ont déjà une sensibilité plus développée pour tel ou tel type de film, même si évidemment, rien n’est manichéen et la plupart des films croisent ces différentes conceptions.

On peut également s’interroger sur la dimension sociale et politique d’un film. Certains festivals mettent régulièrement en avant ces œuvres qui ont la volonté de faire progresser les mentalités sur le triptyque classique : la classe sociale, l’origine ethnique et le genre. On reproche parfois à des films comme Moonlight, La Vie d’Adèle ou Moi Daniel Blake de surfer sur la bien-pensance au détriment de la qualité technique ou du plaisir procudré. D’autres mettront en avant l’utilité de ces films, avançant que la culture permet de faire bouger les lignes et ouvrir les esprits étriqués. Mais puisque l’on parle de remise de prix, fatalement rejaillit l’épineuse question : peut-on objectivement définir un bon (un beau ?) film ?

Certains analystes de cinéma ont tenté de catégoriser les films : les westerns, les films à suspense, les films de braquage, etc… Pour mieux hiérarchiser ? Peut-on dire qu’un film d’arts et essais est meilleur qu’un blockbuster ? Selon quels critères ? Un meilleur montage, un meilleur cadrage, une meilleure photographie ? On peut aussi entreprendre cette démarche pour classer des films d’une même catégorie en réfléchissant par exemple sur les critères d’un bon thriller en huis-clos. Mais non seulement ces critères seraient eux aussi subjectifs, mais de surcroit, il est difficile de ranger de nombreux films dans une seule catégorie.

Les plus pragmatiques se réfugieront dans la notion de plaisir. C’est là que certaines problématiques me semblent vraiment intéressantes. Quand on dit aimer un film, aime-t-on tout du film ? Qu’est-ce qui fait pencher la balance du côté du « bon » ou du « mauvais ? » Aura-t-on le même ressenti sur un film à n’importe quel moment de sa vie, quelque soit le contexte de visionnage ? Si l’on voit plusieurs fois un même film, aura-t-on toujours le même avis ? Ces nombreuses questions illustrent bien toute la subjectivité et la relativité des ressentis. Finalement, ces sensations ne sont-elles pas davantage la matérialisation de son propre intérieur, reléguant le film au rang de médium permettant de faire émerger son propre soi ? Un film nous émeut parce que nous sommes vulnérables émotionnellement à cet instant, et plus particulièrement sur ce type de sujet ?

Fort logiquement, on en arrive à une autre donnée qui me semble importante : les attentes. Quand on choisit de visionner un film, il y a (ou non d’ailleurs) un ensemble d’attentes. On adore l’acteur principal et on va donc mettre le focus sur sa prestation. Nous sommes fans de scènes d’action et nous serons particulièrement friands à ces moments. Nous avons besoin d’un grand moment de détente décébrée nous allons juger le film sur le plaisir jouissif qu’il nous procurera, fut-ce t’il rétrograde. Nous nous embourgeoisons et nous serons particulièrement réceptifs à ce film ouzbèke en VO non sous-titré ou à ce vieux classique des années 50 qui a été depuis 4 fois rebooté. Nous entrons dans une phase où les enfants prennent une part importante dans le quotidien et nous serons en recherche de vrais films familiaux pouvant plaire aux petits comme aux grands. Un bon film sera alors celui qui aura comblé nos attentes, même si certains veulent avant tout être surpris.

Ces attentes renvoient également à la position sociale renvoyée par l’avis que nous manifestons et l’appartenance à un groupe que cette sentence entraine. Trouver la dernière Palme d’or magnifique vous place directement dans le clan des cinéphiles avertis et distingués. Adorer Cinquante nuances de Grey vous permet de faire partie des branchés à la sexualité débridée et assumée. Suivre minutieusement l’intégralité de l’Univers Marvel permet de tisser des liens sociaux auprès des nombreux fanas de la culture pop. Tous ces enjeux ont leur importance (consciente ou inconsciente) au moment de lever le pouce ou de le baisser.

En dernière partie, on peut s’interroger sur l’usage d’un film, notion qui va prendre deux formes. Tout d’abord, que nous fait le film ? Est-ce qu’un bon film, ce n’est pas un film qui nous donne de l’espoir, qui ravive notre joie de vivre, qui ouvre notre esprit, qui nous permet de comprendre pourquoi telle ou telle situation personnelle s’est déroulée ainsi ? La deuxième piste de l’usage d’un film, c’est de se demander ce que l’on fait du film. Comment allons-nous utiliser ce film sur le court,  le moyen, le long terme ? Il y a des films qui font du bien sur le moment, et que l’on oublie presque instantanément. Et il y a des films qui marquent toute une vie… N’est-ce pas ça finalement la définition d’un bon film ?

Vous l’aurez compris, philosophie oblige, on ne peut pas répondre de manière catégorique à cette question. C’est d’ailleurs tout ce qui fait la richesse du débat… N’hésitez pas à lire l’ouvrage référencé au début de cet article : vous pourrez approfondir ce sujet si vaste !

L’analyse d’ « 1 :54 » en 4 questions

0

Un titre qui interpelle pour un film qui laissera le spectateur groggy…

Drame canadien sorti le 15 mars 2017 (1h46) réalisé par Yan England

Avec Antoine-Olivier Pilon, Sophie Nélisse, Lou-Pascal Tremblay

Pourquoi on nous a trompés sur la marchandise ?

Le titre et l’affiche le présentent ainsi : nous avons affaire à un film de course à pied mettant en scène des adolescents. La bande-annonce (oui, je l’ai vue malgré http://lecoindescritiquescine.com/les-dossiers-cinema/ne-regarde-presque-jamais-bande-annonces/) va d’ailleurs dans ce sens. On sent une rivalité entre les deux personnages masculins principaux, le défi d’atteindre la fameuse minute cinquante-quatre en travaillant dur. C’est d’ailleurs un sujet qui ne me semblait pas très intéressant, d’où ma première réticence à me rendre au ciné.

En réalité, il y a des scènes de courses (pas toujours convaincantes d’ailleurs), mais ce n’est pas du tout le propos central. 1 :54 développe une intrigue autour du harcèlement au lycée, en plaçant le focus sur Tim qui a d’autant plus de mal à assumer son homosexualité qu’il subit les railleries poussées de ses pairs. Remporter la course symbolise juste se venger du harceleur principal.

Quelles influences pour ce premier film de Yan England ?

D’emblée, la présence d’Antoine-Olivier Pilon nous rappelle Mommy. Le jeune canadien se contient davantage que dans le rôle explosif du chef d’œuvre de Xavier Dolan, mais il crève l’écran une nouvelle fois en ado particulièrement mal dans sa peau. Notons également la présence de Sophie Mélisse que nous avions découverte dans Monsieur Lahzar, un autre film touchant se déroulant au lycée.

Si certains aspects nous font penser au Polytechnique d’un autre maître canadien (Denis Villeneuve), la manière de filmer (cadrage, couleurs) m’a tout de suite évoqué l’Elephant de Gus Van Saint. Le comportement de ses lycéens qui ne s’épargnent pas entre eux va également dans ce sens. Tout l’aspect dur et malsain du harcèlement m’a également rappelé le trop méconnu Respire de Mélanie Laurent.

Finalement, que vaut ce film ?

J’ai trouvé que ce 1 :54 avait les qualités et les défauts d’un bon premier film. Le scénario est plutôt bien ficelé avec un événement qui vient poser un premier jalon fort au bout d’une demi-heure et qui va amener l’intrigue autour de la course. La dernière partie est à la fois efficace et poignante. La réalisation soignée nous immerge totalement dans ce monde de brutes. Yan England évite également le principal danger de ce genre de thème : le pathos.

Nous sommes face à un film qui marque, de la famille de ceux dont on en parle encore le lendemain. On regrettera juste le côté un peu trop mécanique et le manque de profondeur des personnages secondaires. Jennifer et Jeff auraient mérité un traitement plus important et plus subtil : on a du mal à aller plus loin de « la gentille et le méchant ».

Un film utile ?

1 :54 est visionné dans de nombreuses classes au Canada, preuve de son utilité. Proposant une qualité bien plus ambitieuse que la plupart des téléfilms de TF1, ce film permet d’ouvrir le débat à la fois sur le harcèlement et sur l’homophobie (terme peu apprécié par Morgan Freeman), la violence des réseaux sociaux et de se sensibiliser au fait que l’on croit souvent (par négligence, par égocentrisme ?) que les mal-êtres ne sont pas si profonds.

En France, le film est peu et mal diffusé (vu lors de sa semaine de sortie dans la plus petite salle du complexe cinématographique).  Faut comprendre les cinémas : Kong, la Belle et la Bête et les autres blockbusters rapportent nettement plus.