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Vance Venner

Vance Venner
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Lecteur, spectateur et rédacteur. Je vais encore au cinéma (mais moins qu'avant, c'est vrai), le reste du temps je profite d'une bonne installation pour visionner films et séries de tous genres avec une prédilection pour la SF. "Mon Dieu, c'est plein d'étoiles !"

Iron Maiden : Burning Ambition, de Malcolm Venville

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  • Titre original : Iron Maiden : Burning Ambition
  • Date de sortie en salles :  13 mai 2026 avec Universal
  • Réalisation : Malcolm Venville
  • Distribution : Steve Harris, Bruce Dickinson, Nicko McBrain, Dave Murray, Adrian Smith, Javier Bardem, Tom Morello, Gene Simmons & Lars Ulrich dans leurs propres rôles
  • Scénario : David Teague
  • Photographie : Matthew Gormly, Jaimie Gramston, Stuart Luck & Jeff Tomcho
  • Musique : Iron Maiden
  • Support : 35 mm en 1.85:1 / 105 min

 

Synopsis : Couvrant cinq décennies, Iron Maiden: Burning Ambition retrace leur ascension emblématique pour devenir l’un des plus grands groupes de l’histoire de la musique.

Cinquante ans ! Un demi-siècle d’existence pour ce groupe qui s’est frayé une place au panthéon du rock dans les années 80 avant une période trouble qui aurait pu les voir disparaître comme tant d’autres, mais de laquelle ils sont revenus plus forts jusqu’à atteindre de nouveaux sommets. Iron Maiden est désormais une légende qui remue encore les foules, remplit encore des stades et suscite l’admiration sans bornes de ses fans comme le respect de ses concurrents.

Steve Harris – Paul Di’Anno

Il fallait bien un film pour entretenir le mythe et transmettre le flambeau à de nouvelles générations qui s’avèrent encore sensibles à sa musique (il suffit de regarder les vidéos qui pullulent en montrant les premières écoutes de gamins, enchantés par ce qu’ils entendent). Si les années 90 avait été synonyme de fin de carrière pour bon nombre d’artistes de la même génération et évoluant dans le même registre (le public nord-américain se détournant progressivement de hard-rock et du heavy metal pour le grunge et d’autres genres plus agressifs), elles n’ont pas pour autant signé leur arrêt de mort – et le documentaire permet de nous montrer leur chemin de croix avant une quasi-résurrection presque miraculeuse.

La formation classique à partir de 1981 : Adrian Smith, Dave Murray, Clive Burr, Steve Harris & Bruce Dickinson qui fait des tractions

Mais revenons au commencement. Le film s’ouvre sur une petite animation suivie d’images d’un concert et une voix off qui souligne ce qui sera le leitmotiv du métrage : les fans. C’est pour eux, pour cette famille qui dépasse les frontières et transcende les barrières sociales, religieuses ou politiques, que les membres ont accompli ce parcours dantesque, ponctué de records de dates en tournée. Un parcours qui les a propulsés au sommet après des débuts dans des petits clubs londoniens sous l’impulsion d’un Steve Harris déjà persuadé de tenir quelque chose qui fera date.

D’où l' »ambition » du titre, qu’on croirait tirée de Macbeth.

Steve Harris et son jeu « galopant »

Il faut reconnaître au film un bon paquet de qualités. Si l’on est profane, on assistera à un portrait très complet évitant le piège de l’hagiographie et n’hésitant pas à évoquer les moments les plus douloureux de l’histoire du groupe : le choix de se séparer de leur premier chanteur, Paul Di’Anno, dont le comportement et les excès nuisaient au projet du leader de Iron Maiden ; les tensions entre Steve et le chanteur Bruce Dickinson, son départ houleux puis son retour inespéré ; l’épuisement consécutif aux tournées à répétition (qui s’étendaient parfois sur plus d’un an) ; les maladies (un cancer de la gorge, un AVC) et la pression du public…

Le vrai fan n’apprendra sans doute pas grand chose. D’autant que (et contrairement à ce qui est affirmé dans une des bandes-annonces) les membres du groupe sont déjà intervenus dans des films précédents : un documentaire en deux parties au début des années 2000 ainsi que le film Flight 666 narrant la tournée Somewhere back in Time World Tour de 2008 (23 concerts en 45 jours à bord du Ed Force One, un Boeing 757 piloté par Bruce Dickinson himself !).

Comme quoi, le rock mène à tout et même aux commandes d’un avion de ligne (quand on sait qu’un des guitaristes avait tenté sa chance en Suisse comme horloger et que Steve Harris a commencé comme éboueur…).

À l’instar de tous les biopics musicaux sortis récemment, des choix drastiques ont été effectués, et le puriste pourra sans doute tiquer en n’entendant pas parler des tout premiers membres du groupe, quand Iron Maiden, entre 1975 et 1979, hantait les petits clubs de la capitale britannique et commençait à accumuler une petite légion d’admirateurs qui entretenaient le bouche à oreille jusqu’à la sortie de leur premier album éponyme : exit donc Dennis Stratton (guitare) ou Doug Sampson (batterie) – mais il faut reconnaître qu’ils apparaissent bien à la fin dans un bandeau récapitulant tous ceux qui ont fait partie de l’aventure et les trois qui ont perdu la vie depuis.

La force du documentaire réside surtout dans la passion qui anime les témoignages de tous ces admirateurs :

  • des anonymes venant du Liban, du Kosovo, d’Argentine ou du Brésil (où la communauté est sans doute la plus bruyante et fidèle), de Pologne, chacun avec sa petite anecdote (comme celui qui était aux premiers rangs lorsque Dickinson s’est blessé sur scène à l’arcade sourcilière) ;
  • des célébrités du monde musical : Tom Morello (Rage against the Machine), Gene Simmons (Kiss) ou Lars Ulrich (Metallica) ;
  • Javier Bardem (Skyfall, Mother !), sans doute le plus investi dans ces témoignages, pardonnant tous les excès du groupe, expliquant la portée, l’influence, le lyrisme et la portée de leurs morceaux avec une flamme dans le regard et des vibratos dans la voix qui ne peuvent que convaincre les indécis.

L’autre atout réside dans les interventions vocales des Irons eux-mêmes : les voix de Steve, Bruce, des trois guitaristes (Adrian Smith, Jannick Gers & Dave Murray), des batteurs (Clive Burr puis Nicko McBrain), des chanteurs (Paul Di’Anno, Bruce et Blaze Bayley) mais aussi de leur producteur fétiche, Rod Smallwood, qui fera de la formation le groupe phare de la New Wave of British Heavy Metal. Chaque fois qu’on les entend, c’est en voix off avec un bandeau qui les nomme tandis qu’on visionne des images d’archives (les premières vidéos sont de piètre qualité). Impossible de rester insensible à leur concert en Pologne, avec les policiers qui délimitaient tout mais qui ont fini par leur demander des autographes, et cette soirée où ils ont fini par jouer du Deep Purple à un mariage (vidéo à l’appui).

Le documentaire se focalise essentiellement sur les tournées, qui ont forgé le groupe : les premiers albums sont mentionnés jusqu’à Number of the Beast (1982) qui voit Iron Maiden se stabiliser et construire une formation durable, laquelle sert encore de référence pour les critiques musicaux. Les suivants seront évoqués brièvement mais le film s’attarde plutôt sur la décennie prodigieuse des années 80 avec ces séries de concerts dans tous les continents dont un premier point culminant en 1985 (le World Slavery Tour et ce concert à Rio devant plus de 250 000 spectateurs). Avant d’entrer dans le dur : les tournées se succèdent, les spectateurs suivent mais pas la volonté ou la santé des artistes.

Les années 90 ne sont donc pas éludées, ce qui est une bonne chose : on y voit Iron Maiden en tournée aux USA dans des salles ridiculement petites par rapport à ce qu’ils ont connu. Mais le reste du monde continue d’affluer en masse à leurs concerts. Leur musique évolue également mais demeure fidèle à certains principes : des paroles recherchées, des thèmes surprenants souvent liés à l’Histoire, une forme de lyrisme dans les compositions, la basse échevelée d’Harris et les solos de guitare qui se complètent en parfaite harmonie.

Bruce : moins de cheveux mais la même énergie

Puis c’est le retour en grâce. Avec beaucoup d’opportunisme (ce n’est pas mentionné dans le film mais les Maiden ont fini par céder aux sirènes du merchandising), le groupe se relance encore par des albums millimétrés et des tournées pharaoniques. On n’oublie pas non plus de parler d’Eddie, la mascotte dont Lars Ulrich vante l’impact incroyable, à nul autre pareil – avec sans doute une pointe de jalousie. Eddie présent dès les premières affiches, qui est devenu autant ambassadeur que signature (au même titre que la police d’écriture du nom du groupe). Eddie qui est pour les musiciens, à la personnalité souvent très introvertie, un moyen d’extérioriser leurs fantasmes.

Enfin, un passage raconte le malaise provoqué suite à des incidents malheureux (un assassinat perpétré par un individu qui écoutait leurs chansons, vous imaginez l’amalgame). Dickinson aura les mots qu’il faut pour démonter tous les argumentaires fallacieux (« musique sataniste », « propos déviants », « moralement scandaleux »).

Moins de deux heures pour présenter cinquante ans de carrière : mission accomplie. Beau boulot et Up the Irons !

Légendes d’automne, d’Edward Zwick

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  • Titre original : Legends of the Fall
  • Date de sortie en salles :  5 décembre 1995 avec Columbia TriStar
  • Réalisation : Edward Zwick
  • Distribution : Brad Pitt, Anthony Hopkins, Julia Ormond, Aidan Quinn & Henry Thomas
  • Scénario : Susan Shilliday & William D. Wittliff d’après le roman de Jim Harrison
  • Photographie : John Toll
  • Musique : James Horner
  • Support : Blu-ray Sony (2011) région All en 1.85:1 / 133 min

Synopsis :

1896. Au cœur du Montana, bien à l’abri de la folie des hommes, William Ludlow élève ses trois fils, Alfred, Tristan et Samuel. Mais vient la Grande Guerre et le plus jeune des frères n’en reviendra jamais, laissant derrière lui une veuve éplorée. Entre Tristan et Alfred débute alors une lutte sourde et violente dont l’enjeu est l’amour de la jeune femme. Chacun encaissera les grandes leçons de la vie, entre illusions perdues et vaines ambitions.

En 1995, Brad Pitt (Fury, Bullet Train) explosait à l’écran et imposait définitivement une image de séducteur farouche grâce à sa composition dans Thelma & Louise, Entretien avec un vampire et, surtout, Légendes d’automne d’Edward Zwick (le Prodige).

Brad Pitt est Tristan, le fils cadet du colonel Ludlow

Que penser de cette fresque épique s’étalant sur une vie d’homme (les premières images nous montrent Tristan Ludlow tout jeune et le film s’achève sur sa mort) ? Adaptée d’un roman du grand Jim Harrison, elle s’inscrit dans la lignée des sagas familiales dans lesquelles on prend fait et cause pour l’un des membre. Sur fond d’époque tragique, elle narre les liens et les dissensions qui entretiennent une existence. Ajoutez-y des paysages somptueux baignés de la lumière « moite » du Nord américain (ainsi que l’affirme le réalisateur dans l’amusant mais respectueux commentaire audio du DVD Columbia-TriStar) sublimement photographiés par John Toll (Oscar de la meilleure photo pour ce travail). Complétez par une magnifique ballade aux accents celtiques créée par James Horner (Aliens, Willow) et vous tenez un genre d’épopée dont sont friands les Anglo-Saxons.

Anthony Hopkins incarne le colonel Ludlow

Cependant, bien que ressemblant fortement à une œuvre de David Lean (cinéaste culte dont Edward Zwick avoue s’être pourtant fortement inspiré), et malgré l’intense travail de reconstitution historique (la recréation du centre-ville d’Helena à partir des rues de Vancouver choisie pour des raisons d’économie) ou les scènes restituant l’enfer des tranchées, on a moins le sentiment d’assister à un grand film d’aventures que celui de voir la trajectoire d’un homme. Atypique, hors du temps, des modes et des principes, voici un héros moderne, profondément romantique, autour duquel ne font que graviter, attentifs à s’insérer autant que faire se peut dans une société en pleine mutation (conséquences de la Révolution industrielle, éclatement de la Première Guerre Mondiale et prémisses de la Décolonisation), des personnages moins « magnétiques », voire iconiques.

Car le métrage, débutant sur le mode du témoignage a posteriori (un vieil Indien Cree, compagnon de toujours du colonel Ludlow et nommé One Stab, raconte l’histoire de Tristan) est tout entier axé, mais de façon presque masquée et subtile, sur le destin du fils cadet. Dès le début, le Peau-Rouge, qui s’évertue à ne jamais s’abaisser à parler la langue de l’Homme blanc – tout en la comprenant fort bien – et qui deviendra son mentor, le voit comme une force de la Nature : un être sauvage, indomptable, dont la fougue n’a d’égale que l’indiscipline. Tristan, malgré l’amour qu’il porte à ses deux frères (l’aîné, Alfred, posé et pénétré de son rôle de référent ; le benjamin, Samuel, diaphane, dont l’enthousiasme le dispute à la soif de (re)connaissance), est un animal solitaire en lequel, bien qu’il s’en cache – de moins en moins ouvertement – le colonel Ludlow voit l’incarnation de cette folie qu’il cherchait à ensevelir. Loin de la guerre civile pour laquelle il avait patiemment servi un gouvernement désormais honni, loin du bruit et de la fureur des grandes villes, il vit avec ses garçons dans ce Montana immense et sauvage dont les hivers rigoureux ont fait fuir jusqu’à sa femme.

Ainsi, insidieusement, le récit s’attellera à décrire la grandeur et la décadence de cette famille qui connut ses plus belles heures jusqu’au jour où Samuel, de retour de brillantes études, lui amena sa fiancée, Susannah, une jeune femme brillante mais orpheline.

Julia Ormond est Susannah, la fiancée de Samuel

Ce n’est pas la Grande Guerre pour laquelle, recherchant tout à la fois un sens à leur vie et la reconnaissance paternelle, Samuel et Alfred vont s’engager, qui va faire basculer leur vie, mais bien l’irruption de cette future épouse dans le cercle familial restreint. Elle n’est pourtant pas la seule femme, car Ludlow est déjà entouré d’une petite famille : outre son fidèle One Stab (qui était déjà à ses côtés dans le régiment qu’il dirigeait – en tant qu’ordonnance ? aide de camp ? éclaireur ?), on découvre un homme à tout faire au passé trouble, Decker, qui les aide à élever les chevaux et le bétail. Il a eu d’une Indienne, Pet, une jeune fille surnommée Isabel Deux (la première Isabel étant l’épouse du colonel). Cette dernière n’a d’yeux que pour Tristan et envisage, dès qu’elle en aura l’âge, de l’épouser.

Cependant, dès lors que Tristan croise le regard de Susannah, on comprend que les rapports entre les membres du clan Ludlow vont devenir extrêmement compliqués : son visage radieux, ses yeux de biche et son sourire éclatant ont, de facto, conquis les trois frères. Alfred passe du temps avec elle sous des prétextes aussi maladroits que ses gestes d’attention sont empressés. Samuel demande des conseils à Tristan car il redoute de ne pas être à la hauteur la première fois où il l’honorera physiquement. Et Tristan, lui, n’a pas besoin de lui faire la cour, de lui parler, ou même d’être présent : son côté rebelle, mal dégrossi, ses longs cheveux blonds, son air angélique cachant une farouche envie de vivre ont déjà, et irrésistiblement, enflammé le cœur de la promise du benjamin. Alfred les surprend même les yeux dans les yeux, à la lisière d’un baiser qui ne surviendra pas – en tout cas, pas avant la Guerre. Car le soir venu, les trois frères partent pour le Canada, s’engager aux côtés des Anglais qui se battent en France : Samuel croit y voir l’appel d’une liberté mise en péril ; Alfred se justifie plus vaguement par une forme de patriotisme flou dissimulant mal son envie d’en remontrer à un père qui ne l’épaule guère.

Les frères partent à la guerre. L’un d’entre eux n’en reviendra pas.

Tristan, pourtant, n’est pas du même avis : s’il s’engage, c’est uniquement pour veiller sur le petit frère, trop rêveur – et peut-être confronter sa science de la survie en forêt, sa résistance à la douleur et sa témérité aux réalités du combat moderne. Ludlow, dans une scène d’adieux réglée au millimètre suivant une forme de hiérarchisation patriarcale, et Susannah ne disent pas autre chose que : « Prends soin de Samuel. Ramène-le nous. »

La guerre aura raison de ce fragile équilibre, justifiant les choix de leur père qui avait été témoin des pires horreurs de tels conflits. Un drame terrible s’abattra sur la famille et y laissera une plaie suppurante, à jamais béante. La rage primale qui bouillait en Tristan se déversera alors en un déchaînement de violence irrationnelle, qui l’entraînera à maudire jusqu’à Dieu lui-même.

Incapable de digérer cette tragédie dont il se sent responsable, Tristan ne retournera au ranch familial qu’après de longs mois de pérégrinations et d’oubli de soi. Entretemps, Alfred se sera déclaré auprès de Susannah, essuyant un refus poli : c’est vers l’autre frère que se tournent désormais les pensées de la jeune femme. Au retour du fils prodigue, leur amour éclatera au grand jour : toutefois, c’est sans compter sur cette folie viscérale que Tristan ne parvient qu’à grand’ peine à contenir et qui l’éloignera de la maison Ludlow, à nouveau, alors que les temps deviennent plus difficiles. Doublement frustré, Alfred se confronte à son père qui lui révèle pourquoi Tristan est plus aimé que lui, qui s’est pourtant toujours efforcé de suivre les règles, de se conduire décemment. Cette injustice profonde le pousse également à quitter la demeure et à s’engager en politique.

Par petites touches parfois subtiles ou tendres, parfois espiègles, entrecoupées de scènes violentes et bruyantes (la guerre, les règlements de comptes), on suit le devenir instable de ces vies qui s’entrechoquent : le père, suite à une attaque, vit retiré du monde, handicapé et presque muet ; Susannah finit par faire un mariage de raison (avouant d’ailleurs que « l’Éternité s’est avérée trop longue ») ; et lorsque Tristan revient, en fin de compte, c’est Isabel Deux qui l’attend encore…

Tristan et Isabel Deux

L’histoire ne s’arrête pas là : les drames et les moments de bonheur continueront à enrichir cette vie et à illuminer ce métrage filmé sobrement, sans fioriture, magnifiant discrètement les paysages et les décors (mention spéciale au chef opérateur qui sait trouver des plans exquis d’une Nature mouvante au gré des saisons). Brad Pitt joue un Tristan à l’allure d’un demi-dieu nordique, au regard toujours inquiet, comme à l’écoute de sa voix intérieure. Julia Ormond (Un fils du Sud) est tout simplement adorable tandis que Anthony Hopkins (Elephant Man ; Dracula) achève de prouver son talent d’immense acteur (il faut le voir bredouiller – il a presque perdu l’usage de la parole : « Screw’m ! Screw’m all ! Screw the gov’m’nt ! »). Aidan Quinn (Benny & June) incarne magnifiquement cet homme qui a grandi trop vite, et son regard hypnotique trahit parfaitement les conflits qui agitent son coeur. Quant à Henry Thomas, il parvient parfois à faire oublier son rôle inoubliable dans E.T. l’extraterrestre.

Les trois frères avec Susannah

Un beau spectacle, un très beau récit qui ne cherche pas à s’appesantir sur le mélo ou les drames (pourtant nombreux), moins maniéré que Shakespeare in love du même réalisateur. L’émotion, toujours présente, s’affirme de manière discrète – mais n’empêchera pas le surgissement des larmes chez les plus sensibles d’entre vous.

La version HD (disponible sur le blu-ray Sony de 2011) rend enfin hommage à cette œuvre splendide, récupérant les bonus existant en DVD et rétablissant enfin un peu de justesse dans les sous-titres français. Elle est bien entendu à privilégier absolument, même si les arrière-plans souffrent d’une définition perfectible, avec des ciels parfois fourmillants et une photo manquant de piqué.

Règlement de comptes, de Fritz Lang

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  • Titre original : the Big Heat
  • Date de sortie en salles :  8 décembre 1953 avec Columbia Pictures
  • Réalisation : Fritz Lang 
  • Distribution : Glenn Ford, Gloria Grahame & Lee Marvin
  • Scénario : Sydney Boehm d’après le feuilleton de William P. McGivern
  • Photographie : Charles Lang
  • Musique : Henry Vars
  • Support : Blu-ray Wild Side (2015) région B en 1.33:1 / 90 min
Synopsis :

Lorsqu’un policier met fin à ses jours, le sergent Bannion est chargé de clore une enquête apparemment sans histoires. Sauf qu’une jeune femme qui lui avait révélé qu’elle avait entretenu une liaison avec le défunt est retrouvée morte, et que ses supérieurs lui recommandent vivement de boucler cette affaire au plus tôt. Bannion commence à soupçonner le crime organisé et décide de poursuivre ses investigations : c’est alors qu’un drame terrible frappe sa famille…

The big Heat fait partie de ces classiques immortels régulièrement cités au gré des discussions entre cinéphiles. Les plus grands cinéastes s’y réfèrent, l’admirant ou soulignant avec effet l’importance que ce métrage a eu sur leur carrière.

Pourtant, il est parfois méconnu et on lui colle souvent des étiquettes pas toujours pertinentes. On le traite par exemple comme le mètre-étalon du genre « film noir », alors qu’en 1953, lors de la sortie en salles, on se situait plutôt sur la fin de cette tendance qui avait démarré dans la décennie suivante – une époque où les studios, entamant leur montée en puissance, mais en panne d’inspiration, s’étaient tournés vers les polars à succès de Dashiell Hammett et Raymond Chandler. Certes, on y retrouve cette esthétique issue de l’expressionnisme allemand (Fritz Lang oblige) avec un jeu constant sur le sombres et un cadrage recherché ; le contexte géographique est également essentiellement urbain et le scénario baigne dans un fatalisme proche de la tragédie – mais pas de femme fatale, ni de tueur psychopathe ici.

De fait, et comme l’expliquent avec passion Martin Scorsese et Michael Mann dans les courts mais précieux suppléments de l’édition Wild Side, Lang s’est servi des modèles préexistants, de la dynamique des films noirs, pour écrire encore une fois une histoire de vengeance telle qu’il en a le secret (c’est sans aucun doute le thème qu’il a le plus traité dans son oeuvre). Une vengeance implacable et morbide, qui altère les perceptions et les valeurs de ceux qui s’y adonnent, les plongeant dans une spirale de laquelle ils ont peu de chances d’en sortir, et aucune de le faire indemnes.

Bannion est ici incarné par Glenn Ford (Milliardaire pour un jour) : un choix pertinent et crucial. Voici un gars solide, dont la carrure et le mâchoire apparaissent d’emblée rassurants. Malgré son apparente décontraction auprès de ses confrères, il incarne un homme plutôt respecté et légèrement blasé. L’enquête lui semble sans intérêt de prime abord, et il a hâte de retourner auprès des siens : une femme au caractère bien trempé qui n’a pas sa langue dans sa poche et son enfant adorée.

Sauf que… Fritz Lang (Cape & Poignard)  a su nous mettre en garde contre les apparences, tout en prenant le contrepied des standards de l’époque avec une certaine hardiesse. La première scène nous montre un homme qui se suicide sur son bureau, laissant une liasse de papiers visiblement compromettants sur lesquels met tout de suite la main sa veuve. Or cette dernière, loin de la femme éplorée et vulnérable qu’on est en droit d’attendre, réagit au quart de tour et contacte un homme qui n’est rien moins que le chef de la pègre locale : elle dispose à présent d’un moyen de pression sur l’homme qui régit secrètement toutes les affaires de la ville et auquel même les forces de l’ordre obéissent. Cependant, face aux policiers, elle sait jouer la femme fragile, choquée par le décès de son conjoint.

Bannion aurait pu, aurait dû tomber dans le même panneau que ses confrères, d’autant que son chef semble bien pressé de clore le dossier. Mais une petite pierre dans l’engrenage vient éveiller un vague soupçon chez l’enquêteur : une femme prétend qu’elle avait une liaison avec l’officier de police qui vient de mettre fin à ses jours, ce qui pourrait relancer l’enquête. Sans trop y croire (on le voit d’ailleurs traiter cette femme avec une certaine légèreté), Bannion va poser les questions qui fâchent à la veuve – et les réponses de celle-ci ne le rassurent guère. Quant à son chef, son empressement à en finir achève de le convaincre que quelque chose ne tourne pas rond. Quelque chose qui a sans doute à voir avec Lagana, ce mafieux intouchable…

C’est alors que la femme est retrouvée morte sur une route de campagne.

Bannion va commencer alors à fourrer son nez un peu plus loin dans cette affaire qui sent mauvais : la morgue, un bar, la veuve et même l’attitude de son capitaine et du commissaire en chef lui indiquent que la réalité est toute autre. On commence à le menacer, de plus en plus ouvertement. Il n’en dort plus mais sa femme l’encourage à rester fidèle à ses principes, alors il s’acharne, jusqu’à ce qu’il en paie le prix. Un prix trop élevé pour qu’il passe outre : « ils » sont allés trop loin, « ils » vont le regretter.

D’enquêteur lucide, Bannion se mue en ange de la vengeance, et personne ne pourra l’empêcher de faire éclater l’immonde vérité. Glenn Ford et vraiment impeccable dans ce registre, figure idéale du bon père de famille et du fonctionnaire affable et respectueux. La manière dont l’horrible drame qui le frappe le transforme est montrée avec savoir-faire. Il ne prend plus de gants et va user des armes mêmes contre lesquelles il luttait auparavant : menaces, intimidations, violence. S’il faut éliminer ses adversaires et sortir du cadre de la Loi, advienne que pourra.

Lente descente aux enfers d’un policier vertueux, spirale de la vengeance, le film est construit méthodiquement et met habilement en valeur les intentions des protagonistes : le cadre est millimétré, l’éclairage pertinent qui sait habilement utiliser les contraintes et les libertés du studio pour écraser les personnages dans de perpétuels huis-clos étouffants. Lee Marvin, encore dans un second rôle (celui de Vince, l’homme de main de Lagana), est assez impressionnant et montre une palette d’expressions qu’il perdra par la suite lorsqu’il incarnera des héros monolithiques dans les décennies suivantes (cf. À bout portant) : ce gangster menant grand train, brutal avec les femmes et ses subordonnés mais totalement soumis au grand patron, interprète un parfait mélange de bandit veule aveuglé par le pouvoir.

Toutefois, ce qui frappe surtout de nos jours, c’est la manière dont les femmes sont représentées : la veuve (Jeannette Nolan) avec son double visage, manipule à sa guise et les policiers (convaincus de sa vulnérabilité) et le chef de la pègre ; la femme de Bannion (Jocelyn Brando) étonne par sa liberté, son côté femme moderne qui fume et boit, picore dans les plats de son mari et le tance vertement tout en se montrant aimante et maternelle ; et surtout Debby (Gloria Grahame), la « poupée » de Vince.

Debby est en apparence une blonde évaporée, de celles que Marilyn Monroe interprétait à ses débuts (pour l’anecdote, c’est elle qui était prévue dans ce rôle, mais la Fox demandait beaucoup trop cher). Pourtant, elle n’est absolument pas dupe de la situation. Certes, elle jouit autant qu’elle peut du confort que lui procure Vince (bijoux, manteaux de fourrure et la belle vie) mais elle ne se prive pas de rappeler aux partenaires de Vince qu’ils ne sont que les pantins du big boss, auquel tout le monde obéit au doigt et à l’oeil. Et lorsqu’elle assistera à la première altercation entre Bannion et Vince (le policier prenant la défense d’une jeune femme que le malfrat martyrise), elle sera immédiatement intriguée par cet homme qui obéit à d’autres règles que celles de son monde.

Davantage que le chemin de croix du héros, c’est l’évolution de cette femme qui interpelle, ne répondant pas aux canons en vigueur à l’époque – ainsi que la violence de certaines situations, Fritz Lang ne reculant pas pour faire souffrir ses personnages, allant jusqu’à les torturer ou les défigurer. Le film est violent, brutal même, les morts nombreuses – et les cadavres disparaissent.

Incontestable réussite du cinéma des années cinquante, qui ne sera égalée que par la Soif du Mal d’Orson Welles quelques années plus tard, the Big Heat s’avère encore de nos jours puissant et inspirant. L’édition blu-ray Wild Side est remarquable tant par ses interviews que par le contenu de son très beau livret, magnifiquement illustré.

A girl walks home alone… d’Ana Lily Amirpour

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  • Titre original : A girl walks home alone at night
  • Date de sortie en salles :  14 janvier 2015 avec Pretty Pictures
  • Réalisation : Ana Lily Amirpour
  • Distribution : Sheila Vand, Arash Marandi, Mozhan Marno & Dominic Rains
  • Scénario : Ana Lily Amirpour
  • Photographie : Lyle Vincent
  • Musique : Bei Ru
  • Support : DVD M6 Vidéo (2015) zone 2 en 2.39:1 / 97 min
Synopsis :

Dans la ville étrange de Bad City, lieu de tous les vices où suintent la mort et la solitude, les habitants n’imaginent pas qu’un vampire les surveille. Mais quand l’amour entre en jeu, la passion rouge sang éclate…

Pour fêter dignement le onzième anniversaire du Coin des Critiques Ciné, nous avons sélectionné un film qui est sorti trop discrètement en France au tout début de l’an 2015, malgré son extraordinaire cote de popularité dans la douzaine de festivals qui l’ont sélectionné et les quelques prix glanés (dont le Prix de la Révélation Cartier pour la réalisatrice au Festival de Deauville et trois récompenses décrochées à Sitges dont « Best Directorial Revelation »). Il mérite pourtant largement le coup d’oeil, et pas seulement si on est amateur de films de vampires.

De fait, A girl walks… a le don de prendre le spectateur à rebrousse-poil. Ça peut irriter, et si l’on effectue les recherches adéquates on verra que les notes des spectateurs ainsi que des critiques (professionnels ou non) l’on constatera qu’elles sont plutôt disparates. C’est bien le genre de film qui divise, qui fascinera les uns et ennuiera les autres. Typiquement, un film qui mérite donc d’être vu pour alimenter les débats entre cinéphiles passionnés.

Financé par des firmes américaines (SpectreVision et Logan Pictures), produit par Elijah Wood, le métrage donne l’impression de sortir d’Iran après être passé malicieusement sous les fourches caudines d’une censure d’État. C’est que la distribution est essentiellement américano-iranienne et la scénariste-réalisatrice, bien que d’origine perse, est née en Angleterre avant de s’installer en Floride (contrairement par exemple à Marjane Satrapi qui a grandi en Iran avant de s’installer en France). Or, le film est tourné en persan (mais en Californie…) ! Et en noir & blanc qui plus est ! Difficile à cerner donc, jusque dans ses origines – ce qui peut décontenancer le spectateur de base.

D’autant que le contenu possède les mêmes caractéristiques, mélangeant allègrement les genres tout en affichant un respect total pour les codes des oeuvres et cinéastes de référence. Oui, il y a un peu de Tarantino dans cet amalgame improbable de film de vampires et de western moderne, mais un Tarantino languissant, plus nostalgique que provocateur, préférant souligner l’ambiance plutôt que d’aligner des séquences violentes.

Avec ce choix d’un noir & blanc époustouflant (le chef opérateur a largement été cité dans la liste des lauréats des festivals, remportant le prix de a meilleure photo au Festival de Dublin), la réalisatrice opte pour un expressionnisme éthéré qui délite l’action et brouille la narration. Le cadre est à l’aune de la photo qui propose des plans parfois fuligineux, parfois géométriques, jamais anodins, jouant sur les sens et les symboles. À dire vrai, c’est dans l’immobilisme de ses séquences muettes que le film prend toute sa valeur (on sent l’origine du court-métrage), dans ce déroulement sépulcral d’une narration affectée, où les personnages et les décors deviennent plus important que l’histoire elle-même.

Le chat, pas prévu au scénario, est devenu un personnage à part entière du film.

Pourtant, les dialogues ne sont pas délaissés et il n’est pas rare de voir ces individus, hantant la ville plus qu’ils ne l’habitent, philosopher sur une existence qui leur échappe. Bad City donne parfois cette impression d’étrangeté qu’on éprouve lors de certaines scènes spécifiques d’Eraserhead de David Lynch. Ainsi, des structures connues sont présentées hors contexte, dans un cadrage et sous un éclairage hors normes. Il y a une poésie immanente et romantique dans les errances de ces êtres dépeints par petites touches et conservant une grosse part de mystère ou dans leurs réflexions désabusées, qui confère à chaque scène une texture « fin du monde ».

Pour finir, la réalisatrice continue de cultiver ses paradoxes et ses ruptures de ton en insérant l’air de rien quelques réflexions bien senties sur la société patriarcale rigide liée à la révolution islamique (qui, si elle continue de peser sur chacun de ses membres, n’est respectée, que pour la forme, par les nantis : cette jeune aristo accepte des hommes dans sa chambre sans sourciller – sacrilège ! – sort sans voile, danse, boit et se drogue sans vergogne).

L’étrange personnage central, une vampire presque muette, tient dans cette ville sans substance un rôle intéressant, qui le rend encore plus fascinant : à la fois prédatrice et gardienne, chasseuse et bergère. Face à la sexualité un peu flétrie de la prostituée et à la sensualité provocatrice de la jeune bourgeoise, elle affiche une silhouette morbide, celée sous un voile presque intégral – comme si elle gardait en laisse son pouvoir de séduction. Discrète, spectrale, elle se fond dans le décor, la brume et la nuit et frappe ceux qui le méritent, laissant alors, et seulement, libre cours à sa soif sanguinaire. Pourtant, ce jeune homme aux allures de James Dean oriental a le don de la détourner de la voie qu’elle s’est tracée – et leur relation sera traitée avec infiniment de délicatesse.

Voici donc, pour tous les amoureux des films différents, une découverte de 2015 très riche, à la photo et au rythme hypnotique.

L’un des nôtres, de Thomas Bezucha

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  • Titre original : Let him go
  • Date de sortie en salles :  16 juin 2021 avec Universal Pictures
  • Réalisation : Thomas Bezucha
  • Distribution : Kevin Costner, Diane Lane, Lesley Manville & Jeffrey Donovan
  • Scénario : Thomas Bezucha & Larry Watson d’après son roman
  • Photographie : Guy Godfree
  • Musique : Michael Giacchino
  • Support : Blu-ray Universal (2021) en 2.39:1 / 113 min
Synopsis :

Après la perte de leur fils, le shérif à la retraite George Blackledge et son épouse, Margaret quittent leur ranch du Montana pour sauver leur jeune petit-fils des griffes d’une dangereuse famille tenue d’une main de fer par la matriarche Blanche Weboy. Quand ils découvrent que les Weboy n’ont pas l’intention de laisser partir l’enfant, George et Margaret n’ont pas d’autre choix que de se battre pour réunir enfin leur famille.

Kevin Costner (Horizon ; Robin des bois, prince des voleurs) à cheval sur fond de soleil couchant dans les contrées verdoyantes et vallonnées du Montana, ça a quelque chose de rassurant, de puissant et de noble qu’on contemple avec un respect mêlé de nostalgie : il y a dans sa silhouette placide, son regard éthéré et son accent traînant un sentiment de normalité, de l’ordre de la tradition ancestrale, qui vous réchauffe et vous enveloppe à l’instar de ces plaids cousus par la grand-mère et patiemment assemblés à partir de vieux bouts d’étoffe élimés par le temps. Instantanément, il évoque en vous de ces souvenirs grandioses, flamboyants et sauvages, de Silverado à Open Range en passant par l’incontournable Danse avec les loups.Costner & Diane Lane (Serenity ; Dalton Trumbo), c’est pareil : un couple qui semble une évidence, tout de charme et de sagesse ; en eux étincelle encore par moments ce pouvoir de séduction dont ils jouèrent à leurs débuts, sourires aguicheurs et œillades complices, parfois coquins, jamais vulgaires. Et depuis Man of steel, impossible de ne pas penser à leurs séquences de bons parents aimants et attentionnés, appliqués à faire de leur super-enfant trouvé le Messie qui sommeillait en lui.

Les voici donc à nouveau réunis, toujours à la campagne, environnés de chevaux et menant une vie simple et pacifique. Du Kansas où se situait la ferme des Kent, les voilà au Montana : Kevin interprète un shérif à la retraite désireux de profiter de la vie, loin du tumulte lié à ses précédentes fonctions.

Ainsi, derrière son visuel proche des westerns contemporain, le film dissimule une aura beaucoup plus psychologique et n’hésite pas, selon la volonté du réalisateur, à mêler les genres, entre road-trip et thriller. Plantant sagement sa caméra dans les faubourgs de Vancouver censés reproduire les horizons du Montana, Thomas Bezucha s’attache à nous lancer doucement sur la route périlleuse qui conduira ce couple modèle à affronter des êtres pernicieux : ils ont déjà perdu un enfant, ils ne peuvent plus se permettre de perdre leur petit-fils.

D’office, on va aimer ces deux-là, on va souffrir avec eux et on les suivra dans leur périple vengeur, portés par la farouche détermination de Margaret que tempère à grand-peine un George prudent car conscient de ses limites. Ex-garant de la Loi, il connaît la rouerie et la brutalité des hommes et fera tout pour empêcher que dégénère une situation dont il sait par avance, et avec raison, combien elle peut s’envenimer, pour un oui ou pour un non.

C’est à travers ces deux personnages merveilleusement interprétés, que l’on va suivre une histoire parfois cousue de fil blanc, qui ne surprendra jamais sauf dans certains excès de violence : on sait très vite ce qu’il adviendra du jeune Indien solitaire que rencontre Margaret et on comprend immédiatement, dès l’apparition sinistre de Blanche, la matriarche, que la confrontation tournera au vinaigre. Cette dernière est également parfaitement campée par Lesley Manville (Mum ; Queer), déjà sublimement redoutable dans un rôle similaire dans la série Harlots.

L’Un des nôtres n’a pas vocation à révolutionner, voire à choquer. Il s’agit d’un métrage honnête, filmé consciencieusement, mis en valeur par la grâce de ses interprètes principaux et la splendeur des paysages traversés – pour l’anecdote, le cinéphile y retrouvera les décors ayant servi à Brokeback Mountain. Cet homme solide, cette mère courage, cette matrone perfide sauront faire résonner en chaque spectateur quelques souvenirs, éveiller quelques émotions et délivrer quelques messages évidents.

Il vaut mieux privilégier évidemment la VO pour jouir pleinement des dialogues souvent bardés de sous-entendus. L’image du blu-ray est particulièrement soignée, avec ces nombreuses scènes nocturnes, au coin du feu, ou sous les lueurs fragiles d’un soleil naissant, qui confèrent une atmosphère singulière à cette quête de réponses se muant en équipée sauvage.

Un drame dans une ambiance de thriller en somme, comme Netflix en sort régulièrement (Le Diable, tout le temps notamment).

Le Dictateur, de Charlie Chaplin

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  • Titre original : the Great Dictator
  • Date de sortie en salles :  4 avril 1945 avec United Artists
  • Réalisation : Charlie Chaplin
  • Distribution : Charlie Chaplin, Paulette Goddard & Reginald Gardiner
  • Scénario : Charlie Chaplin
  • Photographie : Karl Struss & Roland Totheroh
  • Musique : Charlie Chaplin & Meredith Wilson
  • Support : Blu-ray MK2 (2011) en 1.33:1 / 125 min
Synopsis :

Dans le ghetto juif vit un petit barbier qui ressemble énormément à Adenoid Hynkel, le dictateur de Tomania qui a décidé l’extermination du peuple juif et prépare activement l’invasion du pays frontalier. Au cours d’une rafle, le barbier est arrêté en compagnie de Schultz, un farouche adversaire d’Hynkel, évadé d’un camp de concentration…

Hannah et le petit barbier

Voici un authentique chef-d’oeuvre qui continue à fasciner les cinéphiles et à être présenté à l’école. Pourtant, on n’en connaît généralement que certains extraits, alors que le métrage dans son entier mérite largement le détour.

Car c’est un film étonnant, aussi sincère dans sa démarche que déroutant dans sa construction. Chaplin, qui y utilise pour la dernière fois les attributs de son double vagabond (officiellement retiré à la fin des Temps modernes), y a construit une œuvre où le mélange d’émotion et de burlesque caractéristique de la majorité de ses réalisations se trouve soudain perturbé par des préoccupations beaucoup plus évidentes que par le passé. Car il y a investi énormément : du temps, de l’énergie, de la créativité, au point que ses relations humaines en ont pâti (son couple avec Paulette Goddard en souffrira cruellement et ses collaborateurs ont plusieurs fois souligné son intransigeance inhabituelle).

Les deux dictateurs jouant à celui qui a la plus haute.

Commencé en 1937, le tournage a également été perturbé par la menace des studios de refuser d’accorder les fonds – au point que le Président Roosevelt lui-même a dû intervenir. Ces écueils, tant politiques qu’économiques, n’empêcheront pas Chaplin de mettre la touche finale à son œuvre alors que le monde entier découvrait les véritables intentions d’Hitler, cet homme dont Chaplin avait du mal à supporter la ressemblance (ils sont d’ailleurs né à une semaine d’intervalle !).

Et le résultat n’est rien moins qu’admirable. Le premier film intégralement parlant de ce cinéaste de génie (interprète-scénariste & compositeur) suscite le respect tant par son montage (malgré quelques ellipses intempestives dues parfois au fait que le réalisateur s’était passé des script-girls) que par l’interprétation faite de ce dictateur tour à tour pathétique et inquiétant, grandiloquent et lâche. On applaudit le parallèle permanent avec le personnage immédiatement sympathique du barbier juif, héros malgré lui, toujours aussi généreux et sensible mais capable de se révolter, plus déterminé qu’auparavant. On rit devant les bouffonneries de Herring et on s’interroge lorsque l’âme damnée d’Hynkel, Garbitsch, lui murmure la marche à suivre pour étendre sa domination sur la planète.

Le monde à portée de main…

Il y aurait tant à dire sur les enjeux de ce film puissant et prémonitoire, automatiquement propulsé comme classique (Eisenhower s’est empressé de le faire doubler en français pour qu’il soit diffusé au lendemain de la Libération) même si les Italiens durent attendre 2002 pour en voir une version non expurgée des scènes de Napaloni – par respect pour la veuve de Mussolini…

Chaplin semble avoir été profondément déçu de ne recevoir aucun des cinq Oscars pour lequel son film avait été nommé. Cependant, nul doute qu’il a dû pousser un soupir de soulagement à la fin du tournage de cette œuvre nécessaire, parfois maladroite mais toujours sincère où le contrepoint du rire n’empêche pas l’amer constat de l’échec de la diplomatie. On n’oubliera plus jamais le plan-séquence fameux chez le barbier (sur du Brahms), la danse avec le globe (qui a fait le tour d’internet) ou l’émouvant et lancinant discours final.

La Grande Course autour du monde, de Blake Edwards

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  • Titre original : the Great Race
  • Date de sortie en salles :  17 février 1966 avec Warner Bros.
  • Réalisation : Blake Edwards
  • Distribution : Tony Curtis, Natalie Wood, Jack Lemmon, Peter Falk, Keenan Wynn & Ross Martin
  • Scénario : Arthur A. Ross & Blake Edwards
  • Photographie : Russell Harlan
  • Musique : Henry Mancini
  • Support : DVD Warner zone 1 (2001) en 2.35:1 / 146 min
Synopsis :

Au début du XXe siècle, le Grand Leslie, cascadeur cultivé et homme du monde, accomplit prouesse sur prouesse, battant des records à chaque tentative ; ce qui rend fou de rage son rival, le Professeur Fatalitas, génial mais malchanceux inventeur en quête de notoriété. Lorsque Leslie propose à une firme automobile de promouvoir sa voiture en organisant une course New-York-Paris, Fatalitas y voit le moyen d’enfin ridiculiser Leslie : il met au point un véhicule bourré de gadgets et ne s’arrêtera devant aucune forfaiture pour parvenir à l’emporter. Pendant ce temps, Maggie DuBois, une suffragette décidée, use de tous ses atouts pour couvrir la course en tant que reporter…

Voilà un film qui est étrangement tombé dans l’oubli malgré les investissements financiers conséquents, le casting éblouissant et le succès relatif de l’époque (il a rapporté rien qu’aux États-Unis 12 millions de dollars environ). Désormais quasi introuvable en DVD (et encore moins en blu-ray), il a pourtant fait le bonheur de nombreuses familles lors des diffusions sur TF1.

Il s’agit sans conteste de l’une des plus grandes réussites de Blake Edwards. Un peu comme dans le célèbre the Party avec Peter Sellers, l’histoire débute tambour battant, passé un écran fixe sur fond musical : il faut dire que, à l’instar des Dix Commandements, on est partis pour une très longue séance (la version cinéma dure 2 heures et 40 minutes, mais elle a été souvent raccourcie à la télé, avec des montages qui suppriment l’une des sous-intrigues sur les suffragettes). Du coup, l’entracte (mais oui !) n’étonnera pas les cinéphiles.

Le film a cependant du mal à conserver tant d’intensité sur la durée : on y sent le réalisateur complètement libre de ses mouvements, prolongeant ses séquences jusqu’à plus soif, mettant de longues minutes avant d’amener un gag ou un jeu de mot loufoque. On n’a pourtant pas le loisir de s’occuper des paysages variés (une grande partie du métrage a été tournée en Autriche, une autre à Paris, le reste en studio) tant la caméra fait la part belle aux duos et trios d’acteurs. En ce sens, on est servis : Jack Lemmon (l’Adorable Voisine, la Garçonnière) en Fatalitas (Fate en VO) avec un rire incroyable emporte l’adhésion par son abattage, d’autant qu’il interprète également un gentil prince un peu niais d’Europe de l’Est. Il a toujours considéré ce rôle comme son préféré.

Son acolyte et âme damnée, Max, n’est autre que l’inénarrable Peter Falk (l’Histoire sans fin),  véritable fouine plus maladroite que stupide. Il ponctue régulièrement les propos de son maître par un « Diabolique, professeur ! » qui rend encore mieux en version originale.

En face, Tony Curtis joue la sobriété : le Grand Leslie, toujours impeccable dans ses tenues immaculées, circulant dans un magnifique véhicule blanc, est en effet le prototype du héros viril et élégant au sourire étincelant auquel nulle femme ne résiste. Sauf peut-être Natalie Wood (West Side Story, la Fureur de vivre), totalement rayonnante, une « femme émancipée » qui nous gratifie en outre du premier karaoké de l’histoire du cinéma dans une séquence destinée à faire chanter le public des  salles. Son personnage change constamment de tenue à chaque scène, ce qui confère à chacune de ses apparitions une dimension humoristique. Enfin, véritable personnage du métrage, la Hannibal 8, le prototype à 6 roues du professeur, aussi noir que ses pensées, force l’admiration : elle aurait pu faire bonne figure dans un James Bond.

La Grande Course… est de ces films prétextes à rassembler un maximum de têtes d’affiche sur un plateau afin de multiplier les scènes dans lesquelles ils interagissent. Une recette qui resurgit de temps à autre chez les producteurs peu inspirés, mais qui ne fonctionne vraiment qu’avec un réalisateur inventif. C’est le cas ici : le métrage s’avère bourré de trouvailles, de décors sensationnels – souvent réduits en poussière après le passage de nos concurrents, comme ce saloon au début de l’épreuve – et de situations loufoques, proches du vaudeville (l’action en parallèle des suffragettes qui militent pour obtenir des emplois féminins). On pourra du coup regretter que l’argument de la course ne tient pas très longtemps, celle-ci se réduisant très vite à un duel à distance et à des péripéties complètement insensées.

Sur des airs de Bach et une musique originale virevoltante de Mancini qui s’est amusé à remixer des airs patriotiques ronflants,  cette comédie emporte l’adhésion, proche par son traitement des Merveilleux Fous volants dans leurs drôles de machines de Ken Annakin (1965), autre comédie à grand spectacle avec une pluie d’étoiles au casting. Entre quiproquos, pièges machiavéliques et duel à l’épée, l’œuvre culmine avec la très fameuse scène des tartes à la crème : 2357 tartes à 7 parfums différents – un record – que se balancent allègrement les protagonistes dans une séquence culte qui a nécessité 5 jours de tournage (pour environ 4 minutes à l’écran). Bien que fondée sur des ressorts comiques dépassés aujourd’hui, elle est encore vraiment irrésistible.

Une scène entrée dans les annales qui illustre également la manière dont le budget a explosé suite aux demandes de plus en plus farfelues du metteur en scène qui s’est inspiré pourtant, pour la situation de départ, d’une véritable course New-York-Paris ayant eu lieu en 1908. Le montant de la facture finale (le double du budget initialement prévu) a sans doute découragé les producteurs à poursuivre ce genre d’entreprises.

La fin de la course est également très réussie, avec des dialogues ambivalents, aux délicieux sous-entendus, rappelant le Grand Sam (Henry Hathaway, 1960). Un spectacle qui rend nostalgique devant tant de bonne humeur, de cocasseries et d’inventions, annonçant le non moins célèbre dessin animé des Fous du volant que les producteurs Hanna & Barbera ont calqué sur l’intrigue du film, lequel se veut un hommage aux grandes comédies muettes de l’ère du Noir & Blanc (le film est d’ailleurs dédié à Laurel & Hardy).

Les DVD Warner qu’on trouve actuellement ont pu bénéficier d’une formidable remastérisation datant de 2001 : les images ont été restaurées avec soin, magnifiant les ambiances colorées pleines de contrastes (Leslie et son équipement, toujours blancs, Fatalitas toujours en noir, les femmes dans des tenues hautes en couleurs et chamarrées). Ni griffure ni tache ne subsistent et même la compression tient la route. Certains décors peints ne résistent plus à l’examen, mais l’ensemble est de très haute tenue. C’est un réel bonheur pour les yeux.

Les oreilles ne sont pas en reste : très agréable surprise que cette VF en mono ! D’abord on retrouve les doubleurs habituels de Jack Lemmon et surtout de Tony Curtis (avec un Michel Roux un peu moins en roue libre que dans Amicalement vôtre mais tellement plus expressif que l’original !) ; ensuite, à part quelques rares variations de tonalité, elle garde une bonne dynamique, avec des dialogues très audibles qui ne dénaturent pas la musique. Cette bande s’avère du coup très peu nasillarde, en tout cas beaucoup moins que nombre de pistes mono de cette époque. La VO remasterisée en 5.1 élargit considérablement l’espace sonore, même si l’essentiel est concentré sur l’avant : les bruitages de la Hannibal 8 (une sorte de grondement sourd) et les scènes de foule bénéficient d’un rendu très convaincant. C’est, à n’en pas douter, de la très belle ouvrage.

Sinon, il est disponible à l’achat ou la location sur Apple +. Ou alors, attendre une rediffusion sur Arte.

the Shadow’s Edge, de Larry Yang

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  • Titre original :  Bu feng zhui ying
  • Date de sortie en salles :  3 décembre 2025 avec Space Odyssey
  • Réalisation : Larry Yang
  • Distribution : CiSha, Jackie Chan, Tony Leung Ka Fai, Wen Junhui & Zhang Zifeng
  • Scénario : Larry Yang d’après le film coréen Eye in the sky
  • Photographie : Tiantian Qian
  • Musique : Nicolas Errèra
  • Support : Blu-ray AB Vidéo (2026) en 2.39:1 / 141 min
Synopsis :

À Macao, un mystérieux mafieux et ses sept fils adoptifs manipulent et ridiculisent la police en piratant le système de surveillance ultramoderne de la ville, dans le but de récupérer une fortune en crypto-monnaie. La police devenue impuissante doit faire appel à un ancien expert qui va s’associer avec une jeune policière à laquelle il est lié par un secret qu’elle ignore. Une partie d’échecs commence alors, où les cerveaux et la loyauté seront mis à l’épreuve.

Tout auréolé de nombreux prix glanés dans les festivals asiatiques, the Shadow’s Edge de Larry Yang a fini par sortir en France en décembre 2025, axant sa campagne sur le retour de Jackie Chan essentiellement. Et même si le métrage compte bien d’autres atouts, la présence de cette star incontestable des films d’arts martiaux hong-kongais, grand admirateur de Belmondo, constitue une sorte de plus produit. À plus de 60 ans (il est né en 1954), l’interprète de Rush Hour, Police Story, du Marin des mers de Chine mais également du remake de Karaté Kid ou du plus récent the Foreigner montre qu’il a encore du potentiel – et que les jeunes n’ont qu’à bien se tenir.

Chris Tucker & Jackie Chan dans « Rush Hour 3 ».

C’est d’ailleurs plutôt revigorant de le voir en pleine action quand on sait le nombre incroyable de blessures qu’il a endurées (le bougre ayant accompli la quasi-totalité de ses cascades lui-même). Ceux qui ne le connaîtraient pas peuvent compter sur Internet qui regorge de vidéos de ses exploits ahurissants, ses chutes monumentales et ses cabrioles. Cependant, c’est surtout pour sa maîtrise des arts martiaux qu’il est connu, arrivé dans le métier (après avoir bien galéré) pour percer peu après l’ère Bruce Lee. Mais comme il lui fallait se distinguer, il s’est tourné vers la comédie, adoptant des postures et des attitudes presque clownesques, inventant un genre à lui-seul : même s’il a également interprété l’illustre Wong Fei-Hung dans Combats de maîtres, il s’est avant tout fait un nom dans toute une série de films mettant en avant sa truculence et son sens du timing, capable de prouesses acrobatiques qu’il effectue au millimètre en donnant l’impression de « ne pas le faire exprès ».

Il est ainsi devenu un maître dans l’art d’utiliser l’environnement immédiat pour se défendre lorsque son personnage est en mauvaise posture (c’est à dire tout le temps, il incarne régulièrement des individus mettant les pieds dans le plat), apte à utiliser l’objet le plus banal comme arme. Toutefois, the Shadow’s Edge a bien d’autres choses à présenter qu’une énième succession d’acrobaties de Jackie Chan, et notamment la paternité, la filiation, la loyauté, le progrès et le conflit de générations.

De gauche à droite : Zifeng Zhang/He Qiuguo ; Wong Tak-shung/Jackie Chan & Fu Longsheng/Tony Leung Ka Fai

Bien qu’assez long, le métrage se suit avec plaisir grâce à un montage enlevé enchaînant des séquences de haute volée : fusillades, pugilats, piratage informatique, traque, poursuites, filatures mettant en avant la haute technologie tout autant que les capacités physiques hors normes des protagonistes. Le tout commençant par un braquage sous tension, qui s’avère bien vite irrespirable. La police de Macao est très tôt avertie qu’un crime va avoir lieu et active alors son système vedette : l’Eye in the Sky est un réseau de milliers de caméras de surveillance piloté par une intelligence artificielle, à même de prévoir la progression des malfrats captés par ses yeux électroniques et d’échafauder la meilleure parade possible.

Sauf que, tout foire, et les forces de police constatent leur impuissance face à un groupe parfaitement organisé, rapide, précis et semblant avoir systématiquement plusieurs coups d’avance – d’autant qu’ils ont piraté leur réseau informatique, semant les inspecteurs, pourtant compétents, et les envoyant sur de fausses pistes. Imaginez Ocean’s Eleven rencontrant le Mission : Impossible de De Palma, avec des relents de Heat et de the Raid. Contre un groupe aussi bien dirigé par un leader totalement maître de son sujet, les policiers même les plus efficaces et observateurs n’ont aucune chance : ce groupe leur a tout simplement filé entre les doigts. À croire qu’il y a un traître parmi eux…

Quelques secondes avant le remake de la scène de l’ascenseur de « Captain America : Winter Soldier »…

Le résultat ne se fait pas attendre : tandis que la bande concocte déjà la seconde partie de son plan extrêmement ambitieux, les flics sont sommés de prendre toutes les mesures nécessaires pour les retrouver. Le problème vient de leur inaptitude à agir correctement sans l’appui des réseaux informatiques : il faut donc en revenir aux bonnes vieilles méthodes. C’est là qu’on va faire appel à une ancienne gloire des forces de l’ordre, désormais à la retraite (il est dog-sitter !) : Wong Tak-Chung aura tôt fait de comprendre que derrière ce casse diabolique se cache l’un de ses anciens adversaires, Fu Longsheng, maître des illusions et des déguisements, que personne n’a jamais identifié.

L’ancien flic reconverti en dog-sitter…

C’est là qu’on aborde l’acte II du the Shadow’s Edge : la traque. Les indices sont très minces et Wong sait qu’il faudra mettre en place un programme de filature patient et méticuleux. Or, les policiers d’aujourd’hui ne sont plus formés à ce genre d’exercice. Autre problème : il faut absolument utiliser des recrues dont le visage ne sera pas connu des malfrats. Voilà donc Wong à la tête d’un groupe de jeunes flics qu’il affuble de noms de code grotesques. Parmi eux, He Qiuguo, la fille de son ancien partenaire, mort à cause de lui : les relations, évidemment, seront d’abord extrêmement tendues entre le caractère farouche de la jeune fille et le paternalisme coupable du vieil enquêteur…

Si l’on perd évidemment en rythme après la très intense première demi-heure, la réalisation parvient à entretenir un tempo soutenu par une succession de petites saynètes et quelques intermèdes plutôt drôles, avant de passer aux choses sérieuses et de resserrer le noeud autour de leur cible. L’utilisation malicieuse des drones permet de varier adroitement les points de vue sans exagérer comme on a pu le voir dans les récentes productions Netflix, ou le dernier Michael Bay.

Cependant, le traqué se mue très vite en traqueur, et l’équipe de braqueurs, qui a des velléités d’autonomie, pourrait bien choisir de se passer de son vieux chef. De quoi pimenter encore un peu plus le film qui se dirige vers une résolution finale parsemée de retournements de situation avec des scènes d’action encore plus brutales où Jackie Chan fait parler sa classe en vieux flic qui en a sous la pédale. Toutefois, il aura fort à faire avec un Tony Leung assez impressionnant, tandis que les jeunes flics font face à des hors-la-loi tout aussi jeunes et assez charismatiques.

Parmi ces derniers, les aficionados reconnaîtront sans peine Junhui Wen du groupe de K-Pop Seventeen : sa grâce et son physique de BG le trahissent immédiatement. À ses côtés se révèle CiSha dans le rôle de Simon, l’aîné des « enfants » de Longsheng, dans un personnage ambivalent : les cinéphiles l’avaient sans doute remarqué dans Creation of the Gods. La jeune Zifeng Zhang se montre plutôt prometteuse sous sa moue boudeuse. Toutefois, Tony Leung Ka Fai emporte l’adhésion : l’inoubliable interprète de l’Amant de Jean-Jacques Annaud (mais aussi de Detective Dee : le Mystère de la flamme fantôme ou des Cendres du temps) se révèle tout à fait convaincant, voire impressionnant dans la peau de ce caméléon qui envisage chaque action comme un mouvement aux échecs.

Les ressorts dramatiques sont certes usés jusqu’à la corde et on sait qu’on aura son lot de twists (et même une scène post-générique !), mais l’ensemble est agréable, tendu et délassant, avec une belle complicité entre les anciens et les modernes et un regard assez intéressant sur l’usage de la technologie. Tout au long du générique de fin, comme c’est de coutume dans les films de Jackie Chan, vous pourrez avoir quelques prises ratées démontrant la rudesse de certaines scènes et l’implication des comédiens.

Les vieux loups montrent encore les dents…

Le blu-ray sortant le 7 avril 2026 chez AB Vidéo procure une image propre, très synthétique, qui colle bien aux séquences bourrées d’acrobaties et d’écrans. La bande son diffuse des basses généreuses, surtout en VO (tout le film a été tourné en mandarin). De quoi redonner sa chance à ce bon blockbuster asiatique qui annonce une suite.

Million Dollar Baby de Clint Eastwood

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  • Titre original : Million Dollar Baby
  • Date de sortie en salles :  23 mars 2005 avec Mars Distribution
  • Réalisation : Clint Eastwood
  • Distribution : Clint Eastwood, Morgan Freeman, Hilary Swank, Jay Baruchel & Anthony Mackie
  • Scénario : Paul Haggis d’après le roman de F. X. Toole
  • Photographie : Tom Stern
  • Musique : Clint & Kyle Eastwood
  • Support : Blu-ray Studio Canal (2008) region B en 2.35:1 / 132 min
Synopsis :

Rejeté depuis longtemps par sa fille, l’entraîneur Frankie Dunn s’est replié sur lui-même et vit dans un désert affectif, en évitant toute relation qui pourrait accroître sa douleur et sa culpabilité. Le jour où Maggie Fitzgerald, 31 ans, pousse la porte de son gymnase à la recherche d’un coach, elle n’amène pas seulement avec elle sa jeunesse et sa force, mais aussi une histoire jalonnée d’épreuves et une exigence, vitale et urgente : monter sur le ring, entraînée par Frankie, et enfin concrétiser le rêve d’une vie. Après avoir repoussé plusieurs fois sa demande, Frankie se laisse convaincre par l’inflexible détermination de la jeune femme. Une relation mouvementée, tour à tour stimulante et exaspérante, se noue entre eux, au fil de laquelle Maggie et l’entraîneur se découvrent une communauté d’esprit et une complicité inattendues…

Dans la filmographie du grand Clint Eastwood (Juré n°2, le Cas Richard Jewell) qui a vu sa popularité en Europe grandir au fur et à mesure qu’on regardait ses premiers Inspecteur Harry d’une manière plus détachée, Million Dollar Baby figure parmi les succès les plus consensuels, drainant les spectateurs et la sympathie de la plupart des critiques, même les plus blasés.

Il y avait pourtant de quoi le critiquer, car l’oeuvre s’avère complètement prévisible : nombre de situations sont déjà vues et l’on devine souvent la conclusion dès leur entame (l’arrivée chez sa mère avec les clefs de la nouvelle maison : on se doutait déjà que l’accueil serait glacial). Parfois, on n’est pas loin du mélo, il faut bien se l’avouer. Et il ne s’en faut pas de beaucoup pour qu’on dise de Million Dollar Baby que c’est juste un énième film sur des concepts éculés.

Pourtant, l’ensemble fonctionne. Étonnamment bien, avouons-le. Parce que les comédiens sont formidables, la mise en scène soignée et élégante, sans effet de manche, la musique discrète et juste : parce qu’une réelle synergie nous concocte dans une vieille marmite avec une vieille recette un des métrages les plus enthousiasmants et les plus émouvants de la décennie 2000. 

En fait, il fallait trois éléments : les trois comédiens principaux, tout simplement, l’un d’entre eux étant en outre le chef d’orchestre touche-à-tout (compositeur, entre autres choses). Tout le long du film, Eastwood se rapproche de son sujet, l’enveloppe, le cerne avant de le magnifier avec élégance et discrétion. Peu de gros plans avant la fin, magistrale et pourtant cadrée si simplement que c’en est bluffant de maîtrise. La lumière participe de cette progression : l’intégralité du métrage baigne dans une atmosphère ouatée, dans une ambiance délétère entre vestiaire et chambre d’hôpital ; on sent presque l’éther et la sueur, l’odeur du vieux caoutchouc et du moisi, celle d’un cheeseburger complaisamment donné à un ami – ou d’une tarte au citron meringué fait maison…

Eastwood maîtrise le clair-obscur et n’expose que rarement ses personnages qui naviguent toujours entre l’ombre et la lumière ; seule Maggie, dont le sourire illumine certaines images, se révèle, tout en gardant quelques secrets qu’elle dévoilera au spectateur patient et attentif.

Car malgré le thème de la boxe, le film n’a rien de violent, au contraire : il s’articule sur beaucoup de dialogues monocordes dont Eastwood et Freeman ont le secret, une voix off qui ponctue le film et lui donne une fluidité et une limpidité hallucinantes. Toutefois, il y a aussi des combats. Brutaux, rythmés, saisissants… et rapides. Clint ne s’appesantit pas sur eux, tout en en laissant suffisamment pour ne pas frustrer l’amateur de punchs et d’uppercuts.

C’est uniquement le destin de deux personnes qui se joue, deux êtres qui vont se trouver grâce à une troisième personne : le personnage de Morgan Freeman (Robin des bois, prince des voleurs, les Évadés) est indispensable à ce duo improbable, il constitue un liant indissociable de la préparation, un trait d’union humain. Freeman, justement, y est extraordinaire et son jeu sans fioriture est un exemple pour ceux qui cherchent à en faire trop. Vous me direz qu’il a l’avantage de l’âge. Peut-être, mais quelle élégance et quel charisme ! Gwyneth Paltrow ne tarissait d’ailleurs pas d’éloges sur son partenaire de Seven, dans des termes équivalents, alors qu’elle interprétait la femme de Brad Pitt !

On en oublierait presque d’évoquer Hilary Swank : merveilleuse, lumineuse, elle nous interprète une Maggie à l’enthousiasme juvénile alors que la vie l’a déjà bien consumée, une vie misérable dans un contexte misérable. Elle a une chance à saisir, une seule peut-être, et elle choisit de la confier à cet ancien soigneur devenu patron d’une salle de boxe et qui vient justement de perdre son poulain le plus prometteur. Une relation chaotique commence alors, emplie de heurts et beaucoup de non-dits, mais une relation appelée à évoluer. C’est cette relation qui cimente le film et on finit par s’apercevoir qu’on n’est pas si loin de la tendre passion de Sur la Route de Madison. Les Oscars obtenus, ne serait-ce que de ce point de vue, sont amplement mérités.

N’oublions pas Clint, tout de même : il campe un être digne, dur mais qu’on devine vulnérable, tournant en bourrique le prêtre de l’église qu’il fréquente chaque jour et nourrissant une culpabilité qui le ronge. Il interprète son personnage avec beaucoup de justesse, juste ce qu’il faut de robustesse et de fêlure. Un grand numéro également, qu’on aura par la suite l’occasion de revoir par intermittences dans Gran Torino ou the Mule. Il fait écho à la prestation majuscule de Nick Nolte dans Warrior, dans un registre similaire.

Reste le final : sans tambour ni trompette, la dernière séquence vient couronner cette œuvre magistrale qui ne déroutera personne et a dû en émouvoir beaucoup.

le Bandit aveugle de Kazuo Mori

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  • Titre original : Shiranui kengyō
  • Date de sortie en salles (Japon) :  1er septembre 1960 avec Daiei
  • Réalisation : Kazuo Mori
  • Distribution : Shintarō Katsu, Tamao Nakamura, Fujio Suga & Tōru Abe
  • Scénario : Minoru Inuzuka d’après une pièce de kabuki de Nobuo Uno
  • Photographie : Sōichi Aisaka
  • Musique : Ichirō Saitō
  • Support : Blu-ray Roboto (2025) en 2,35:1 /91 min 
Synopsis :

Suginoichi, aveugle de naissance, est recueilli par un kengyō, maître respecté d’une école pour aveugles, dans laquelle il apprend les arts traditionnels du massage, de l’acupuncture et du shamisen. Cependant, Suginoichi refuse d’accepter sa condition modeste et aspire à un pouvoir social et matériel plus élevé que ce que lui offre son rang. Il met très tôt son intelligence au service de la ruse et de la manipulation. Il devient progressivement un criminel sournois, usant du vol, de l’escroquerie et du meurtre pour abuser de femmes sans défense et éliminer ses rivaux dans la quête de succession à la tête de l’école des aveugles, allant jusqu’à s’associer à une bande de malfrats sans scrupules.

Fin décembre 2025, l’éditeur Roboto films proposait à la vente un coffret alléchant intitulé « les Origines de Zatoïchi » volume 1 : cinq films en blu-ray glissés dans des digipacks solides au sein d’un étui rigide de bonne facture, chaque film étant en outre accompagné en bonus d’une présentation exhaustive par Clément Rauger des Cahiers du Cinéma.

De quoi attirer tous les cinéphiles en général, les amateurs de wu xia pian en particulier mais également les plus jeunes, qui ont découvert la saga Zatoïchi avec l’un de ses derniers avatars, le film de Takeshi Kitano de 2003. Car cette saga est un monument du cinéma nippon : le film de 2003 en marque ainsi le 27e opus d’une histoire également déclinée au théâtre et à la télévision.

Sauf que le film que nous vous présentons aujourd’hui, bien qu’intégré dans le coffret cité plus haut, ne concerne pas le personnage du masseur/sabreur aveugle s’efforçant d’aider les plus démunis : Suginoichi, quoiqu’affublé du même handicap, est bien loin d’avoir les mêmes principes et aspirations que Zatoïchi. En dehors du contexte historique, le seul autre point commun justifiant sa place dans l’édition réside dans l’acteur principal, Shintarō Katsu, qui justement incarnera plusieurs fois le héros légendaire de cette saga par la suite.

Suginoichi attendant patiemment que son maître lui confie une mission.

En effet, le Bandit aveugle est sorti en 1960, soit deux ans avant le premier film officiel de la franchise, la Légende de Zatoïchi : le Masseur aveugle, réalisé par Kenji Misumi. Sa mise en scène a été confié à un cinéaste bien rôdé qui végétait quelque peu mais disposait d’un savoir-faire certain hérité de son expérience : Kazuo Mori sait placer son cadre, gérer les espaces restreints typiques des intérieurs japonais et diriger ses acteurs. Fait intéressant : on lui confiera d’ailleurs les rênes du plusieurs autres films de la saga, où il retrouvera donc Katsu.

Ce dernier est sans aucun doute l’atout majeur du Bandit aveugle : son interprétation totalement habitée, à la limite du sur-jeu, finit par emporter l’adhésion, et hausse le drame proposé par Mori au-dessus du tout-venant, s’achevant sur un final où son emphase presque hallucinée s’ajoute à la dramatisation de l’événement qui met fin à la carrière de ce gredin.

Car contrairement à Zatoïchi, comme nous vous le disions, Suginoichi est un ambitieux sans scrupules. La première séquence nous montre un charmant bambin au sourire enjôleur et à la diction précise, flanqué d’un garçon un peu simplet, Tomekichi, qui use de sa cécité pour attirer la sympathie des adultes et, ainsi, tenter de leur soutirer quelque menue monnaie. Car le maigre pécule rapporté par le père ne le satisfait pas, et il fait sienne la devise de sa mère : « Tout tourne autour de l’argent. » Dès lors, son admission dans un institut dirigé par un kengyō (un sage aveugle dirigeant une sorte d’académie de non-voyants qui apprennent l’acupuncture et l’art du massage) ne constituera qu’une étape de son ascension sociale, qu’il désire irrésistible.

Dès lors, devenu masseur, mais visiblement relégué au second rang de cette école, Suginoichi attend son heure. On l’a vu, enfant, malicieux et retors, capable d’extorquer de l’argent à des adultes crédules (et bien naïfs). Il a développé son esprit pour être capable de profiter de la moindre occasion de s’enrichir sur le dos des autres. Il fait de son handicap un atout, le rendant insoupçonnable (d’autant que les aveugles avaient un statut assez respecté, surtout lorsqu’ils possédaient des aptitudes de soignants). Lors d’une mission à l’extérieur, il commet son premier forfait mais se voit contraint de partager son butin avec Kurakichi, un malfrat notoire surnommé « le coupeur de têtes » qui avait été témoin de son acte.

Suginoichi soulageant (définitivement) les douleurs d’un voyageur imprudent.

Suginoichi se retrouve donc à la solde de ce bandit de grand chemin, lui promettant l’accès aux maisons les plus respectées dans le but d’y dérober les richesses cachées. On sent bien que l’aveugle cherchera par tous les moyens à se servir de ses complices avant de se débarrasser d’eux : le véritable visage du masseur se fait jour. Katsu se fait un malin plaisir de nous le montrer en apparence vulnérable, obéissant et poli avant de dévoiler une face obscure, machiavélique et immorale.

Les jeunes femmes mariées sont des proies aisées pour lui, et l’on comprend également qu’outre le vol et l’extorsion de fonds, il n’hésitera pas non plus à abuser d’elles en se servant de leurs plus grands secrets. Il suffit de voir comment il traite son éternel acolyte, Tome, pour comprendre à quel point il s’estime supérieur à la plèbe laborieuse.

N’y cherchez pas cependant de combats de sabre ou de séquences d’arts martiaux : le Bandit aveugle est avant tout une histoire dramatique suivant un homme que rien n’arrêtera sur la voie du succès, se plaçant d’office au-dessus de la morale et des principes sociaux. Il n’hésitera ni à tromper, flouer, ou mentir, ni encore à assassiner ou violer ses victimes, sans regret ni remords. Assez déstabilisant si l’on pensait suivre l’ascension d’un héros redresseur de torts. Pour le coup, le rythme s’en ressent également, bien alourdi par la musique lancinante.

Le blu-ray est une semi-réussite de la remastérisation, compte tenu de l’âge du métrage. La piste VO en DTS HD-MA 2.0 s’avère relativement claire et épargnée par le côté nasillard des enregistrements de l’époque, même si elle manque de dynamique.

Suginoichi devenu maître à son tour – mais cela ne suffit pas à son ambition sans limites.

Côté image, les plans ont été nettoyés mais certains conservent encore quelques scratches et griffures – qui ne gênent néanmoins pas la lecture. L’ensemble est plutôt propre. On déplorera le manque de contraste dans la plupart des scènes, visible dans les séquences nocturnes ou dans les transitions extérieur/intérieur, et une tendance à une petite surexposition des scènes diurnes. Cela étant dit, les gros plans révèlent une définition satisfaisante, ce qui permet de mettre en valeur la réalisation qui n’est pas avare de ceux-ci.

À vous à présent de juger sur pièces pour un film jamais sorti au cinéma en France, très rarement édité en vidéo (il n’est pas inclus dans le coffret Critérion, on le trouve parfois référencé sous le titre Agent Shiranui) qui dépeint quelques aspects méconnus d’une civilisation pleine de contradictions au travers de l’ascension d’un salopard ingénieux. Une rareté donc, à l’image de bon nombre de pièces de ce coffret qui ravira les collectionneurs et les cinéphiles.