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Vance Venner

Vance Venner
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Lecteur, spectateur et rédacteur. Je vais encore au cinéma (mais moins qu'avant, c'est vrai), le reste du temps je profite d'une bonne installation pour visionner films et séries de tous genres avec une prédilection pour la SF. "Mon Dieu, c'est plein d'étoiles !"

Urgence, de Gilles Béhat

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  • Titre original : Urgence
  • Date de sortie en salles : 30 janvier 1985 avec Parafrance
  • Réalisation : Gilles Béhat
  • Distribution : Richard Berry, Bernard-Pierre Donnadieu, Fanny Bastien, Jean-François Balmer & Catherine Allégret
  • Scénario : Gilles Béhat & Jean Herman d’après le roman Qui vous parle de mourir ? de Gérard Carré & Didier Cohen
  • Photographie : Pierre Lhomme
  • Musique : Jean-Hector Drand
  • Support : Blu-ray Arcadès (2026) en 1,85:1 /100 min

Synopsis :

Paris, 1985. Max Forestier, jeune journaliste infiltré dans un groupe terroriste néo-nazi, est surpris par l’un d’eux, Lucas Schroeder, en train de filmer la mise en place d’un attentat raciste. Mortellement blessé et poursuivi, il a juste le temps de remettre à sa sœur, Lyza, un étrange message. D’abord prise en chasse par les poursuivants de Max, Lyza parvient à s’enfuir et arrive jusqu’à l’agence de presse Omega, pour laquelle son frère travaillait dans l’ombre du journaliste Villard. Elle y rencontre Jean-Pierre Mougin, un jeune chroniqueur sportif qui, malgré lui, se trouve embarqué dans une enquête marathon de trente-six heures, pour comprendre où et quand aura lieu cet attentat.

Fanny Bastien est Lyza, la soeur de Max

Avec Urgence, nous continuons d’explorer au gré des sorties exclusives en blu-ray orchestrées par les éditions Arcadès cette décennie riche en films policiers qui envahirent les salles obscures entre 1979 et 1987. Comme le raconte le spécialiste interrogé dans l’un des suppléments du disque (le Cinéma français en garde à vue), le succès surprise de la Guerre des polices en 1979 a eu pour effet de lancer la production de polars plus ancrés sur le réel, cherchant à toucher une nouvelle génération. De jeunes réalisateurs furent appelés alors pour porter à l’écran des adaptations de la « Série Noire » ou des scripts originaux, et les jeunes comédiens ne rechignèrent plus à participer à ces métrages, auparavant jugés moins nobles : on l’a pu voir avec notre précédente chronique, où Sandrine Bonnaire et Laurent Malet tenaient tête à un vieux de la vieille (Jean Carmet).

Richard Berry est Jean-Pierre, reporter sportif

Les plus âgés de nos lecteurs se souviennent sans doute plus aisément des grosses productions de ces années-là avec Jean-Paul Belmondo (le Professionnel, le Marginal) ou Alain Delon (plein de films avec le vocable « flic » dans le titre), mais le vent était en train de tourner en suivant la société post-1981 et le public cherchait de nouvelles têtes, de nouvelles sensations – d’où l’énorme succès rencontré par la Balance (1982). Jusqu’à ce que TF1 se lance à son tour dans ce manège en produisant d’innombrables téléfilms policiers, avant de mettre en chantier des séries ultra-populaires comme Navarro. Cela sonna donc le glas de cette mode passagère mais ô combien prolifique, dont Urgence constitue un exemple assez intéressant.

Contrairement à Tir à vue, qui mettait en avant l’image au détriment d’un scénario simpliste, et jouait ostensiblement sur le charme de ses jeunes acteurs, Gilles Béhat (lequel s’était fait un nom avec l’intriguant Rue barbare en 1984) a construit son métrage sur une trame nettement plus dense, soulevant des problèmes qui font étrangement écho à ceux que nous connaissons aujourd’hui : la radicalisation des messages et actions politiques recourant à la violence, voire au meurtre. Urgence s’ouvre sur un film dans le film, celui tourné par un jeune homme prénommé Max qui enregistre d’abord l’arrivée d’un camion de matériel scénique destiné à un concert, puis celle d’un groupe d’individus dissimulant un dispositif dans un des appareils d’amplification. Repéré par un des truands, il s’enfuit in extremis avec sa caméra, gravement touché par un tir de revolver dans le dos.

C’est le début d’une course-poursuite dans laquelle il est le poursuivi, avant de transmettre le flambeau à sa soeur qui fait du baby-sitting chez un bourgeois bien antipathique. Poursuite qui se mue ensuite en filature, le dénommé Lucas étant chargé de veiller à ce que la soeur ne dévoile pas les secrets enregistrés par Max – c’est là qu’on apprend que Lucas est un flic et qu’il peut user facilement des informations que sa hiérarchie lui fournit.

Bernard-Pierre Donnadieu est Lucas, le nazi à leurs trousses

En acceptant de l’aider (d’abord à contrecoeur, et doutant sincèrement des allégations fumeuses de la « jeune sirène » – elle s’est présentée à lui pieds nus, sous la pluie), Jean-Pierre va risquer plusieurs fois sa vie, jusqu’à ce qu’il comprenne que celle de nombreux autres innocents sont en jeu : il devra remonter le fil ténu de l’enquête commençant au repaire de Max (dans une banlieue désaffectée, fréquentée par des loubards désoeuvrés) mais aussi convaincre ses responsables tout en échappant à la fois à Lucas et aux flics, tous lancés à ses trousses en le croyant coupable de la mort d’un collègue journaliste.

Un rythme qui ne faiblit pas, de l’action constante (poursuites en voiture ou à pied, pugilats ou combat à l’arme blanche), une tension permanente, des dialogues acérés et un thème qui met mal à l’aise, servi par des acteurs qui semblent investis : Richard Berry incarne son rôle avec une certaine désinvolture, plus à l’aise dans le feu de l’action que dans les dialogues, pour lesquels il n’a pas encore le flow qu’il acquerra en vieillissant. Face à lui, l’éternel antagoniste au regard de tueur, Bernard-Pierre Donnadieu (qui sait si bien se faire détester, comme il le prouvait déjà dans le Professionnel en 1981) est plus que convaincant, avec ce côté implacable qui sied parfaitement aux assassins. Sa coupe de cheveux, sa moustache et sa tenue peuvent faire tiquer, mais elles s’accordent avec son alignement idéologique.

Fanny Bastien n’a ni l’aura ni l’aisance scénique de ses partenaires, mais elle compense par une certaine hargne bienvenue dans ses répliques – ça fait plaisir de voir une jeune femme qui ne s’en laisse pas compter et refuse le statut de victime. On saluera également le fait que, pour une fois, en dehors d’une seule scène, elle n’aura pas à dévoiler son corps à la caméra, comme il était de règle à cette époque pour les jeunes actrices. Pour l’anecdote, on aura la surprise de reconnaître Artus de Penguern (Amélie Poulain) et Muriel Robin en figurante.

Le fond de l’histoire (l’existence d’un groupuscule néo-nazi dans lequel sont compromis des politiques et des officiers de police) montre que cette préoccupation ne fait que resurgir de manière cyclique : la triste actualité prouve que la violence demeure un moyen toujours aussi mortellement efficace de faire passer son message. Béhat le traite sans doute de façon un peu naïve (la cérémonie filmée frise le grotesque), toutefois le pot-aux-roses est révélé assez astucieusement, avec la scène la plus prenante et la plus réussie du film.

Cela mis à part, il ne faut pas s’attendre non plus à un chef-d’oeuvre : malgré le soin apporté aux scènes de combat, leur chorégraphie fait peine à voir eu égard aux standards actuels. Le côté très écrit des dialogues sonne parfois faux, même si c’est moins flagrant que dans Tir à vue. Enfin, certaines facilités scénaristiques peuvent faire sortir de l’intrigue, qui a néanmoins le mérite d’être moins transparente que dans nombre de productions de l’époque.

Si vous êtes intéressés, Arcadès le sort pour la première fois en blu-ray le 17 mars 2026, incluant le documentaire cité plus haut et une présentation détaillée du métrage. L’occasion d’apprécier un film nerveux, sans temps mort et réalisé efficacement, reflet d’une époque révolue où le cinéma de genre renouvelait ses codes.

 

Le Meilleur, de Barry Levinson

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  • Titre original : The Natural
  • Date de sortie en salles : 19 septembre 1984 avec TriStar
  • Réalisation : Barry Levinson
  • Distribution : Robert Redford, Glenn Close, Robert Duvall, Barbara Hershey, Michael Madsen & Kim Basinger
  • Scénario : Phil Dusenberry & Roger Towne d’après le roman de Bernard Malamud
  • Photographie : Caleb Deschanel
  • Musique : Randy Newman
  • Support : Blu-ray UHD 4K TriStar (2019) en 1,85:1 /138 min
Synopsis :

En 1918, le rêve de Roy Hobbs était de devenir joueur de Base-Ball ; son père était fermement persuadé qu’il serait le plus grand de tous, et l’a encouragé dans cette voie. Il était sur le point d’accéder à la renommée nationale lorsque sa carrière s’interrompit brutalement quand une femme lui tira dessus. Il lui a fallu quinze années de galère avant de pouvoir à nouveau intégrer une équipe de professionnels, bien décidé à aller au bout de son rêve : mais comment convaincre quand on est un rookie de trente-cinq ans ?

Robert Duvall s’en est allé, après une longue et prolifique existence (plus de 140 films à son actif en tant qu’acteur) récompensée par un Oscar et des rôles marquants dans des films incontournables (Apocalypse now, le Parrain). Pourtant, si l’on me demande, c’est d’abord son rôle de Max Mercy, chroniqueur et illustrateur de base-ball dans le Meilleur, qui me revient en premier à l’esprit. Un rôle qui lui allait comme un gant, avec ce côté suspicieux et ironique, son regard acéré, sa manière de grommeler et de marmonner, et sa posture rappelant celle d’un boxeur en train d’esquiver. À bien y réfléchir, il ressemble à Cash dans Jack Reacher où il incarnait le gérant d’un club de tir : mêmes mimiques, mêmes sous-entendus, même filouterie. Et à tant d’autres de ses personnages finalement très similaires (autre exemple : Otto dans 60 secondes chrono).

Robert Duvall dans le rôle de Max Mercy

Lui dire adieu, c’est donc se rappeler les bons moments passés avec lui, comme, donc, le Meilleur, ce film typiquement américain sur la seconde chance, le don, le sport et ses valeurs humanistes, mais également si romantique dans sa conception et si mythologique dans sa portée, servi par un très grand Robert Redford (Brubaker) et porté par une partition magistrale de Randy Newman (l’inoubliable compositeur de Toy Story) dont le thème principal a été régulièrement repris (et qui a fort justement été récompensée par un Grammy Award).

Un film qui fait partie de mes préférés pour plein de petits détails, outre un casting idéal – au sein duquel on remarque un jeune Michael Madsen (Reservoir Dogs), bien éclipsé par l’aura déjà étincelante de Kim Basinger (Batman) – mais également pour cette réalisation subtilement élégante de Barry Levinson (Rain Man) sachant gérer la tension avec maestria, afin d’épouser le crescendo inouï (de la foule et de la musique) au moment où Roy Hobbs va frapper la balle pour la première fois alors qu’il a attendu des semaines que son coach l’appelle.

Voici donc, explosant les rétines, un climax avant l’heure, qu’on retrouvera décuplé à la toute fin, dans ce match de la dernière chance où le destin d’une équipe, d’un club et d’un entraîneur reposent sur la capacité du héros à surmonter la douleur (de sa blessure handicapante et de ses doutes) et à faire appel à ce don qu’il a cultivé par amour pour un père trop tôt disparu.

Robert Redford est Roy Hobbs

C’est ce point d’orgue d’une ampleur insoutenable et la délivrance cathartique qui s’ensuit qui me font aimer le cinéma dans ce qu’il a de plus libérateur et merveilleux.

Certes, les valeurs mises en avant sont avant tout états-uniennes, avec l’idéalisation de la relation paternelle qui se traduit souvent outre-Atlantique par l’image du père et du fils se lançant la balle, comme un rite de passage obligé (ils l’évoquent abondamment dans l’interview qu’organise Kevin Costner avec trois stars des Major Leagues en supplément du blu-ray de Jusqu’au bout du rêve). On pourra sans doute y trouver un aspect un peu trop conservateur, (Roy a grandi dans une ferme, dans une vie simple et saine, entouré et aimé, tout comme Clark Kent) mais la morale de l’histoire et sa portée restent universelles.

On remarquera également que la manière de gérer l’inévitable suspense lié au monde du sport, de la compétition et du dépassement de ses limites est souvent parfaitement traduite dans le cinéma américain : on peut ne rien comprendre au base-ball, mais on est tout de même happé par la mise en scène. La trame des oeuvres fondées sur la vie d’un sportif hors du commun est souvent prévisible, inscrite dans le marbre, calquée sur celle des héros mythologiques dont ils sont les héritiers putatifs : grandeur, décadence et rédemption. Si l’auteur du roman y avait insufflé des notions inspirées de la chevalerie (les personnages étant des équivalents modernes des Chevaliers de la Table ronde), le scénariste a quant à lui ajouté des références liées à l’Odyssée d’Homère. Quoi qu’il en soit, tous ces grands sportifs d’exception à l’écran finissent souvent par se ressembler.

Glenn Close joue Iris Gaines

Outre Duvall et les jeunes acteurs cités, on trouvera avant tout deux interprétations de haut niveau : Glenn Close, discrète, mais rayonnante, est d’une justesse convaincante, en parfait contrepoint à la vénéneuse Barbara Hershey (Black Swan). Quant à Redford, il incarne à merveille ce joueur vieillissant mais à l’apparence juvénile, au sourire dévastateur et à la mèche rebelle, qu’on croirait né pour ce sport (il a calqué ses gestes sur un grand professionnel, au point que des spécialistes ont dit de lui qu’il serait immédiatement engagé s’il se produisait devant un recruteur).

Barbara Hershey est Harriet Bird

Pourquoi parler de celui-ci aujourd’hui ? Sans doute parce qu’il a une valeur particulière à mes yeux, et qu’il n’a, dans nos contrées, pas une grande renommée : ainsi prenez-le comme une perle dénichée au hasard d’une errance en vidéoclub, ou d’un zapping chanceux en seconde partie de soirée. De nos jours, il est désormais trouvable dans d’excellentes éditions, contenant en plus le director’s cut avec près d’un quart d’heure supplémentaire (des séquences pas vraiment nécessaires, mais l’une d’elles donne une réelle explication à une scène de funérailles qui ne marche pas trop sans elle).

Le blu-ray UHD édité par TriStar est très intéressant, propose les deux versions du film et une image restaurée sans trop d’artefacts, à la colorimétrie dopée. La bande son est d’une puissance assez impressionnante. Comme dit dans la bande-annonce :

It’s time to believe… again.

Tir à vue de Marc Angelo

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  • Titre original : Tir à vue
  • Date de sortie en salles : 5 septembre 1984 avec Parafrance Films
  • Réalisation : Marc Angelo
  • Distribution : Laurent Malet, Sandrine Bonnaire, Jean Carmet & Michel Jonasz
  • Scénario : Yves Mourot
  • Photographie : Charles Van Damme
  • Musique : Gabriel Yared
  • Support : Blu-ray Arcadès (2026) en 1,85:1 /90 min
Synopsis :

Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Il vole ensuite une moto et agresse un pompiste. C’est alors qu’il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent leur seul témoin, un vieux Maghrébin connu de leur service.

les inspecteurs de police : Michel Jonasz – Jean Carmet

La collection « Polar » des éditions Arcadès se propose de nous présenter un panorama d’un temps oublié de notre histoire cinématographique, noyé sous les rares tentatives de films à grand spectacle et les comédies franchouillardes et disparaissant sous les souvenirs plus marquants des films de cape et d’épée d’antan, ou des dialogues de Michel Audiard. Pourtant, l’Hexagone ne fut pas avare en thrillers nerveux, sombres et désespérés, et notamment dans la décennie 80 où flamboyaient davantage les héros des actioners américains. Les deux documentaires en bonus sur le disque blu-ray permettent d’en apprendre davantage sur cette décennie cinématographique.

le voyou : Laurent Malet

Sorti en 1984, Tir à vue est loin d’être le plus connu de cette catégorie, et sa ressortie (pour la première fois en HD) permettra de combler pas mal de lacunes. Le cinéphile y reconnaîtra sans doute, et d’abord, Laurent Malet, un bôgosse croisé sans doute dans une des nombreuses séries TV auxquelles il a participé, avant de tomber sur un Jean Carmet dans l’un de ses rôles « sérieux », puis une toute jeune et fraîche Sandrine Bonnaire, qui sortait d’À nos amours de Maurice Pialat, un an avant Sans toit, ni loi d’Agnès Varda. Du beau monde, en somme.

la compagne du voyou : Sandrine Bonnaire

La nervosité de la réalisation, faisant alterner brutalement les très gros plans (notamment sur les regards et les mains) et les plans américains au sein d’un Paris intra-muros gris et sale, qui enferme ses habitants dans une prison d’acier et de béton (le film s’ouvre sur des rails vus en plongée avec des trains qui passent dans l’indifférence tandis que résonnent les notes grinçantes des synthés de Gabriel Yared – on est loin de la partition élégante du Patient anglais), instille une sorte de malaise existentiel prolongé par la personnalité et les agissements du personnage principal, un voyou qui gamberge et attend l’occasion de sortir de sa condition. La vengeance, mentionnée au départ dans un dialogue presque surréaliste avec un gamin, n’apparaît au final que comme un motif fumeux pour un jeune homme sans but.

Richard est jeune, beau et athlétique, cependant la mise en scène ne fait pas grand-chose pour nous le rendre sympathique : il brise les codes, tabasse, agresse et cambriole sans style. Sa romance furieuse avec Marylin est filmée sans concession : leurs corps sont montrés régulièrement nus et fougueusement enlacés, comme un contrepoint à la laideur du monde qui les entoure, et qui ne les comprend pas. Malet et Bonnaire, pour le coup, s’avèrent physiquement parfaits pour leur rôle, au grand bonheur des esthètes (ou des petits coquins).

Les forces de l’ordre en prennent également pour leur grade : l’inspecteur Casti est le seul qu’on peut raisonnablement prendre au sérieux, mais on sent bien qu’il a perdu le feu sacré (on comprend vaguement qu’il y a là-dessous la perte d’un enfant). Jean Carmet l’incarne avec sa bonhomie habituelle, avec un côté détaché assez séduisant. Son adjoint Galo, en revanche, en s’acharnant sans véritable raison sur un témoin, révèle une image peu flatteuse de la police ; on ne peut pas non plus porter aux nues l’interprétation de Michel Jonasz, qu’on sent un peu emprunté, et qui se montre rarement convaincant.

D’ailleurs, l’autre élément de malaise vient du jeu des acteurs : aucun d’entre eux ne semble à l’aise avec les dialogues sur-écrits d’Yves Mourot, mêlant tournures recherchées et argot désuet, poussant les comédiens à des effort de récitation qui nuisent au naturel des situations – au point que, par deux fois au moins, Richard somme sa petite amie d’arrêter de « dire des phrases ». Cet aspect un peu théâtral n’engendre même pas le comique, mais une ambiance malsaine avec des personnages qui paraissent se débattre dans un univers qui les dépasse, écrasés par leur destin, dans une fuite en avant mortifère et suicidaire.

On en vient à trouver que Sandrine Bonnaire joue affreusement mal, alors qu’on connaît ses qualités d’actrice : c’est uniquement parce que son personnage est écrit ainsi, jeune lolita en mal de reconnaissance, qui va se brûler les ailes auprès d’un ange de la Mort. Elle déclame sa prose comme si elle savait la fatalité qui pesait sur elle. On est à la fois très loin du Bonnie & Clyde d’Arthur Penn (auquel la presse de l’époque n’avait pas hésité à le comparer – idée reprise dans le documentaire inclus dans le blu-ray), au moins aussi brutal, plus sanglant, mais autrement plus stylé et ironique, et des productions actuelles qui auraient mué ces personnages en anti-héros séduisants.

C’est sans doute le point fort de ce métrage, qui peine vraiment à plaire aujourd’hui, avec son montage chaotique et son ambiance morbide, sa musique discordante et ses tirades pompeuses, les éclat de rire de Marilyn et les crises de rage de Richard, et surtout cette atmosphère pesante, reflet d’une société ouvertement raciste et homophobe, qui annihile tout espoir de happy end. Car c’est une oeuvre qui, droite dans ses bottes, refusera les compromis jusqu’à la fin.

Les éditions Arcadès concoctent une sortie nationale en HD pour le 17 mars 2026 avec une piste son en DTS HD, agréablement restaurée, aux dialogues clairs mais capable de bien faire ressortir quelques rares effets sonores. L’image ne présente aucun défaut majeur avec une palette de couleurs restreinte mais à l’image de la réalisation qui sait faire ressortir les tons vifs (le rouge des lèvres et de la tenue de Marilyn). On y trouvera donc aussi un bonus sur le polar des années 80 intitulé le Cinéma français en garde-à-vue, doublé d’une présentation plus ciblée du film : « Un Bonnie & Clyde moderne ».

Nuremberg, de James Vanderbilt

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  • Titre original : Nuremberg
  • Date de sortie en salles : 28 janvier 2026 avec Nour Films
  • Réalisation : James Vanderbilt
  • Distribution : Russell Crowe, Rami Malek, Michael Shannon, John Slattery, Leo Woodall & Richard E. Grant
  • Scénario : James Vanderbilt d’après le livre The Nazi and the Psychiatrist de Jack El-Hai
  • Photographie : Darius Wolski
  • Musique : Brian Tyler
  • Support : 35 mm en 2,39:1 /148 min
Synopsis :

Après la chute du régime nazi en 1945, les Alliés disposent d’un nombre important de hauts dignitaires qu’ils décident de traduire en Justice. C’est une première car aucune loi internationale ne supplantait encore le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le risque est immense, et notamment que ces responsables utilisent le tribunal comme plateforme pour se justifier et humilier les dirigeants des pays vainqueurs de la guerre. C’est pourquoi les militaires américains engagent Douglas Kelley, psychiatre ambitieux, pour évaluer la santé mentale de leurs prisonniers et déterminer s’ils sont aptes à être jugés. Mais face à Hermann Göring, bras droit d’Hitler et manipulateur hors pair, la partie risque d’être serrée…

Göring/Crowe dans son uniforme de Reichsmarschall se rend à une escouade de soldats US

Écrire, réaliser et produire un film sur le procès de Nuremberg peut interloquer : pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi un autre ? N’oublions pas que Frédéric Rossif avait déjà créé un formidable documentaire (de Nuremberg à Nuremberg, 1988) et que le cinéma avait déjà exploité le sujet avec plus ou moins de délicatesse et de justesse.

L’on peut par exemple citer le Stanley Kramer de 1961, avec une distribution phénoménale (Spencer Tracy, Richard Widmark, Burt Lancaster, Marlene Dietrich, Judy Garland, Montgomery Clift et même William Shatner !) et qu’on considère comme étant une référence – toutefois le film s’intéresse plutôt à quatre juges allemands estimés trop complaisants avec le régime, et se déroule postérieurement au procès des hauts dignitaires.

Plus proche de nous, un téléfilm québécois en deux parties (Nuremberg, 2000) reprenait les mêmes personnages que le film de Vanderbilt qui vient de sortir : la vingtaine de dignitaires du régime nazi, dont Göring, le juge Jackson et son acolyte britannique Maxwell-Fyfe.

Lorsqu’il reconnaît à qui il a affaire, le sous-officier n’en croit pas ses yeux.

Ce que propose James Vanderbilt pour sa seconde réalisation après Truth, le prix de la vérité (il a longtemps été producteur de séries TV comme Altered Carbon ou des derniers Scream) est une approche différente, qui lui est venue en 2012 à la lecture du roman de Jack El-Hai : au lieu de se focaliser sur la cour, les arguments, les interrogatoires et contre-interrogatoires, il choisit un angle singulier, celui de la psychologie des prévenus. On se rapproche ainsi d’une tendance similaire dans les productions télévisuelles avec nombre de séries et documentaires sur des criminels au travers de leur examen psychologique : l’excellente Mindhunters de David Fincher en est un bon exemple.

Kelley/Malek fait le joli coeur avec une journaliste venue couvrir l’événement.

Pour autant, la production ne va pas lésiner sur la réalité historique et la reconstitution, en choisissant par exemple de tourner en Hongrie, sans doute le pays qui a subi le plus de torts au moment de la fameuse « solution finale ». Et le réalisateur a tenu par dessus tout à inclure six minutes du documentaire mythique Nazi Concentration Camps qui fut projeté dans son intégralité lors des propos liminaires de la mise en accusation.

Six minutes qu’il a demandé à ses comédiens de ne pas visionner, afin de conserver intactes leur émotion et leurs réactions – seul Michael Shannon a exigé de ne pas être filmé en gros plan à ce moment-là, sachant à l’avance combien il serait bouleversé.

Certes, pour les besoins du film, quelques libertés ont été prises, mais elles sont mineures et à la marge de la trame principale (par exemple, dans la réalité, Göring a pu voir sa femme au moins une fois pendant sa captivité).

Atteint-il alors l’aura du chef-d’oeuvre de Stanley Kramer cité plus haut ? Non, malheureusement. Son principal défaut est sans doute de manquer de suspense, de ne pas s’appuyer suffisamment sur les plaidoiries et les enquêtes qui agrémentent généralement les films de procès, et d’insérer quelques effets un peu grandiloquents pour générer une émotion bien légitime, en comptant sur la musique bien ronflante de Brian Tyler.

Néanmoins, le film est important, voire nécessaire. D’une part parce qu’il retrace un tournant majeur dans l’histoire de l’Humanité, un moment-clef dont on ne se rend pas bien compte aujourd’hui. En effet, en 1945, les Alliés avaient remporté la guerre et l’Allemagne, vaincue, s’était rendue.

Mais le nazisme n’était pas encore mort. La preuve en était incarnée par le Reichsmarschall Göring, chef de la Luftwaffe et numéro 2 du régime hitlérien, qui s’était rendu volontairement aux GI’s, persuadé de pouvoir tirer parti de la confusion juridique qui allait s’ensuivre. Car (comme le démontre l’assistante du procureur, le Chief Justice Jackson), il n’existait aucune loi internationale à l’époque sur laquelle les Alliés pouvaient bâtir leur accusation et donc remporter un éventuel procès.

Et en face, les responsables avaient beau jeu de faire valoir leur droit de pays en guerre : que pouvait-on leur reprocher en dehors du fait d’avoir défendu leur nation ?

C’est à ce moment précis de notre Histoire qu’apparaît le concept de « crime contre l’Humanité » qui allait s’inscrire définitivement dans le droit international et permettre ainsi de juger sur pièces les atrocités commises par les officiers du Führer.

Le film de Vanderbilt ne s’attarde toutefois pas là-dessus, sans pour autant omettre son apparition capitale. Il préfère montrer à l’écran la relation privilégiée que va entretenir Kelley avec Göring, l’un comprenant très vite les capacités de manipulation de l’autre, tentant de jouer avec afin de comprendre ses failles et les rouages de son psychisme, dans le but, d’abord, de fournir des armes à l’accusation, mais également, et il ne le nie pas, d’en profiter pour écrire un livre dont il est certain qu’il sera un best-seller.

Maxwell-Fyfe, Jackson et Kelley (de gauche à droite Richard E. Grant, Michael Shannon & Rami Malek)

Un jeu du chat et de la souris plaisant, grâce à des dialogues au cordeau et à l’implication des deux acteurs. Russell Crowe joue un Göring étonnant, magnétique, forcé de maigrir et de se priver de ses cachetons pour pouvoir être en bonne santé devant les juges : il impressionne l’audience, hypnotise son vis-à-vis et réussit systématiquement à le mettre dans ses petits souliers en le poursuivant de son sourire carnassier.

Pas étonnant que les producteurs l’aient choisi en priorité, tout comme Rami Malek qui avait auparavant fasciné le réalisateur. Ce dernier confiait en effet, lors d’un entretien pour Cinéaste Magazine mené par Christian Delage, qu’il lui fallait un individu audacieux, brillant et un poil trop sûr de lui, qui sera longtemps persuadé de pouvoir lire dans le cerveau du Reichsmarschall, avant de devoir déchanter en découvrant les abominations dont il était responsable. On pourra à la rigueur regretter dans son jeu quelques stigmates de l’époque Bohemian Rhapsodymais il fait honnêtement son job.

Ce sont les seconds rôles qui sont finalement les plus enthousiasmants : Michael Shannon interprète avec une justesse infinie un procureur conscient de l’importance du moment, semblant porter le poids d’une partie du monde sur ses épaules, révélant dans son sourire crispé, ses yeux fatigués, des failles liées à une tension extrême. On saluera également Richard E. Grant, dans le rôle du procureur britannique (considéré comme étant le meilleur « contre-interrogateur » de l’époque), impeccable d’élégance et de pertinence.

La photographie de Darius Wolski, toujours aussi élégante, sait se montrer discrètement efficace, et parfois glaçante, toujours à propos.

À voir pour s’enrichir et ne pas oublier.

Il était une fois en Chine III : le Tournoi du Lion de Tsui Hark

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  • Titre original : Wong Fei Hung III : Si wong jaang ba
  • Date de sortie en salles : 8 novembre 2000 avec Golden Harvest
  • Réalisation : Tsui Hark
  • Distribution : Jet Li, Rosamund Kwan & Max Mok
  • Scénario : Tsui Hark, Chan Tin-suen & Cheung Tan
  • Photographie : Wai Keung-lau
  • Musique : Wai Lap Wu
  • Support : DVD HK Vidéo (2003) en 2,35:1 /105 min
Synopsis :

L’impératrice douairière décide dans le plus grand secret d’instaurer la compétition de la Tête de Lion, qui doit distinguer les plus grandes écoles de kung-fu de Chine. Maître Wong et ses disciples s’inscrivent à la compétition afin de déjouer un complot d’assassinat et de combattre un adversaire arrogant et fourbe.

La saga Il était une fois en Chine a été vue en Occident comme une petite révolution, popularisant enfin un personnage-clef de l’histoire récente chinoise, Huang Fei-Hong (dont le nom a été ensuite ré-orthographié en Wong Fei-hung) décédé en 1925. L’histoire de cet acupuncteur chinois du XIXème siècle, spécialiste des arts martiaux – réputé n’avoir perdu aucun combat de toute sa vie – et révolutionnaire, avait déjà été portée à l’écran depuis les années 1940 et sur plus d’une centaine de films depuis. Un héros extrêmement populaire dont les vidéophiles avaient déjà découvert la virtuosité et la coolitude dans le Combat des maîtres (1976) et surtout le tonitruant Martial Club de Liu Chia-liang en 1981 avec l’irremplaçable Gordon Liu (auquel Tarantino a rendu un vibrant hommage en l’incorporant au casting de Kill Bill).

Le Tournoi du Lion constitue le troisième épisode de la saga née en 1991 avec Tsui Hark (Time & Tide) aux commandes. L’histoire, sans être complexe, s’articule parfaitement autour de notre héros cantonais, professant la tolérance et la non-violence, médecin à ses heures, peu enclin à s’ouvrir au monde occidental mais dont l’esprit (et le cœur) parviendra à l’accepter par le biais de sa « nièce » (aussi appelée Tante Yee, allez savoir !) laquelle a fait des études en Angleterre. Il aime cette jeune femme (interprétée par Rosamund Kwan, actrice connue par les fans pour ses rôles dans des films d’arts martiaux aux côté de Sammo Hung et Jackie Chan) mais son éducation stricte l’empêche de manifester ouvertement ses sentiments, ce qui entraîne quelques-unes des scènes les plus comiques du film (la séquence du « I love you » est très représentative, classique mais réussie) où Jet Li, comédien né à Pékin, se fond à merveille dans la peau de cette icône chinoise.

Après un second volet chorégraphié par Yuen Woo-Ping, on a droit ici à des combats axés sur la voltige et la légèreté, ponctués de bruitages toujours aussi savoureux, un simple coup de poing faisant autant de bruit que la détonation d’un canon, avec une prédilection pour les pieds (et l’introduction de Pied-du-Diable, devenant par la suite Pied-bot, adversaire puis allié de nos héros).

En revanche, on peut regretter l’absence d’un véritable duel, même dans le finale pourtant spectaculaire : Fei-Hung a une telle stature qu’il semble improbable de trouver un combattant de sa trempe. On lui en oppose donc plusieurs fois toute une troupe et on le met dans les situations les plus périlleuses afin d’éprouver son sens de l’équilibre et sa maîtrise du kung-fu. Cependant, il n’apparaît jamais vraiment en mauvaise posture, ce qui ôte un peu au caractère dramatique des combats.

En outre, l’intrigue prend un tour nouveau quand, à la traditionnelle rivalité avec un caïd des écoles d’arts martiaux (une trame qui rappelle le second épisode), s’ajoute un complot politique visant à éliminer un personnage important. Du coup, la promise de Fei-Hung, son père et ses acolytes se voient confier une mission autrement plus importante que le simple fait de rabattre son caquet à l’ignoble et rigolard Tin-Bai.

Bref, un excellent moment malgré la déception relative à l’absence d’un duel titanesque qu’on pensait être indissociable de ce genre de métrages.

La VF en 5.1 propose des voix parfois cocasses, mais finalement plus convaincantes que dans les deux premiers volets de la franchise. Toutefois, on n’aura droit qu’à très peu d’effets surround et les basses sont quasiment absentes. La VO est un peu plus équilibrée.

L’image remasterisée du DVD de l’époque est également plus agréable que sur les deux précédents épisodes et ose enfin les séquences prolongées en pleine journée. L’intrigue se déroulant désormais à Pékin où Fei-hung va à la rencontre de son père à l’occasion d’une fête, on y admire les processions de dragons multicolores du plus bel effet, bien mises en valeur par la photographie de Wai Keung-lau. Cela dit, les couleurs paraissent tout de même un peu fades et quelques plans sont légèrement surexposés. En revanche, on constatera fort peu de défauts en dépit d’un grain présent. Le DVD était vendu dans un coffret comprenant également l’épisode 4, à l’image plus définie mais à l’histoire moins captivante.

Dark Water de Walter Salles

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  • Titre original : Dark Water
  • Date de sortie en salles : 31 août 2005 avec Buena Vista International
  • Réalisation : Walter Salles
  • Distribution : Jennifer Connelly, Tim Roth, Dougray Scott, John C. Reilly & Pete Postlethwaite
  • Scénario : Rafael Yglesias d’après la nouvelle L’Eau Flottante de Kôji Suzuki & le film Dark Water d’Hideo Nakata
  • Photographie : Alfonso Beato
  • Musique : Angelo Badalamenti
  • Support : DVD Touchstone zone 2 (2006) en 2,39:1 /105 min
Synopsis :

Une jeune femme tente de trouver un équilibre vacillant en cherchant un appartement afin d’y élever sa fille loin d’un ex-mari revanchard. Mais l’immeuble qu’elle déniche recèle des mystères qui se manifestent par des bruits de pas, des chuchotements et surtout l’infiltration persistante d’une eau sombre venue d’en haut…

Dark Water (à ne pas confondre avec Dark Waters, le film de Todd Haynes sorti en 2019) est au départ une histoire sombre, axée sur le mal-être et l’angoisse de la perte,  mise en scène par Walter Salles, le cinéaste brésilien lauréat de nombreux prix et distinctions pour Carnets de voyage et d’un Oscar du Meilleur Film International en 2024 pour Je suis toujours là.

En 2005, il était invité à porter à l’écran un remake d’un film d’horreur japonais (par Hideo Nakata en 2003) lui-même adapté d’une nouvelle ancrée sur le thème de la maternité – un domaine que Salles avait exploré de fort belle manière dans Central Do Brasil (1998). Son remake américain s’inscrivait dans cette mouvance morbide initiée par Ring du même Hideo Nakata (1998), cependant les cinéphiles européens étaient prêts à critiquer toute tentative de lissage et de formatage hollywoodien habituel. Il est désormais notoire que le Cercle de Gore Verbinski (2002) – version américaine du précédent – s’il gagne en délire visuel, perd beaucoup de cet aspect dérangeant qui était l’apanage des films nippons préférant instiller une impression de malaise davantage que rechercher les effets choc et les séquences horrifiques, quitte à sacrifier le caractère plastique de l’oeuvre. La partie n’était donc pas gagnée d’avance mais Salles avait des atouts non négligeables pour emporter l’adhésion des spectateurs.

Au visionnage, les impressions peuvent être confuses, sûrement à cause des trois premiers quarts du film qui semblent vides et mornes, sans enjeu ni intérêt autre que celui de voir Jennifer Connelly, toujours sublime, tenter de garder le contrôle de sa vie de mère divorcée d’une jeune fille plutôt éveillée pour son âge. Les personnages qu’elle côtoie sont pour la plupart fades et sans épaisseur, malgré la présence du toujours juste Pete Postlethwaite dans le rôle d’un gardien d’immeuble pas très disert mais qui suscite interrogation et malaise ; on a connu John C. Reilly et Tim Roth dans des rôles bien plus marquants. Le contexte géographique ne manque pas d’intérêt : l’île Roosevelt, qui jouxte New-York City, constitue une sorte de microcosme imbriqué au climat perpétuellement maussade (tout le contraire de la réalité d’ailleurs, d’où une certaine ironie). Pris séparément, les éléments sont là qui peuvent induire un sentiment d’oppression et de tristesse, propice à l’irruption du fantastique ou du macabre. Mais cela ne fonctionne guère et on a juste l’impression de se débattre dans une intrigue floue qui hésite à se dévoiler.

La fin, sans parvenir à sauver l’ensemble, lui donne tout de même plus d’épaisseur, de sens et de substance dramatique. Ça paraît très laborieux toutefois mais l’histoire a au moins une fin, logique et simple, sans surprise… et somme toute acceptable, d’autant qu’elle colle davantage à la nouvelle originale qu’au film d’horreur japonais.

Pour le reste : amateurs d’angoisse, de morbide, de suspense, de gore ou de frissons, passez votre chemin. Le film de Salles n’instaure aucune ambiance palpable en dehors d’une sorte de morosité terne, baignant dans une luminosité à dominante verdâtre et à la photo recherchée, comme une copie sans âme de l’ambiance originelle. C’est le domaine visuel qui est sans doute le plus réussi, totalement assorti à la vision qu’en avait sans doute le réalisateur : l’eau est présente partout (dans la pluie, l’humidité ambiante, les coulures persistantes au plafond et sur les murs) et instille une sensation tenace de moiteur délétère. Cet élément liquide semble accompagner le développement chaotique du personnage de Dahlia (Jennifer Connelly) dans sa manière de tenter de rebondir face à l’adversité. La bande son et le score de Badalamenti n’apportent cependant rien à l’ensemble. Les spectateurs qui ont la chance d’être parents seront sans doute davantage touchés par la détresse de ce couple mère/fille et, en ce sens, parviendront à vibrer, un peu, sur le dernier quart d’heure. C’est déjà ça.

Malgré son relatif ratage, le film revint quelques années plus tard sur le devant de la scène du fait d’un épisode tragique en 2013 (l’affaire Elisa Lam) dont les circonstances rappellent étrangement celles décrites dans ce film pourtant réalisé huit ans plus tôt…

 

Si Versailles m’était conté de Sacha Guitry

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  • Titre original : Si Versailles m’était conté
  • Date de sortie en salles : 10 mars 1959 avec Cocinor
  • Réalisation : Sacha Guitry
  • Distribution : Jean-Pierre Aumont, Jean-Louis Barrault, Claudette Colbert, Sacha Guitry, Jean Marais, Georges Marchal, Micheline Presle, Gérard Philipe, Édith Piaf, Orson Welles, Jacques François, Bourvil & Brigitte Bardot
  • Scénario : Sacha Guitry
  • Photographie : Pierre Montazel
  • Musique : Jean Françaix
  • Support : Blu-ray UHD 4K Rimini 2025 en 1,37:1 /176 min
Synopsis :

L’histoire du château de Versailles, depuis l’instant où, enfant, le futur roi Louis XIII découvre le site, jusqu’aux années cinquante où le château de Louis XIV est devenu un musée. À l’origine, Louis XIII fit élever un pavillon de chasse dans la forêt de Versailles, que son fils Louis XIV transforma en un château somptueux. Le train de vie faste du monarque et de sa cour éveilla la colère du peuple, qui fit trembler les murs du palais…

À travers les grandes figures qui l’ont habité, Sacha Guitry se réapproprie l’histoire du château de Versailles, lui rendant un formidable hommage.

Les éditions Rimini ont gâté les cinéphiles pour les fêtes de fin d’année, ainsi que les amoureux de l’Art et de l’Histoire, en mettant sur le marché la version entièrement restaurée de ce très grand succès du cinéma français : près de 7 millions d’entrées en 1954 !

Madame de Montespan (Claudette Colbert) et ses admirateurs

Premier métrage en couleurs de Sacha Guitry, son succès fut tel qu’il encouragea son créateur (réalisateur, scénariste et interprète) à poursuivre sur la même voie avec Si Paris m’était conté et Napoléon, des films de commande qui lui permirent de retrouver la faveur du public et d’une partie de la critique – cette dernière n’ayant jamais été très tendre avec lui, son ego, sa manière de se mettre en avant presque systématiquement et de produire à l’écran du théâtre filmé hiératique et pompeux. Des œuvres qui sonnèrent également le glas de son existence puisqu’il nous a quittés en 1957, atteint par un cancer, après une vie tumultueuse dont on retient surtout les cinq mariages et une quantité de pièces de théâtre où son humour caustique et son sens de la réplique ont fait mouche.

Batifolage lors de la soirée « blanc & noir »

L’accueil de ce projet d’ampleur inhabituelle ne fut pas pour autant unanime : on lui reprocha notamment quelques libertés avec l’Histoire, des omissions et des erreurs factuelles. Ceux qui le connaissent et le respectent, dont François Truffaut, très admiratif de son œuvre, savent pourtant que ces dernières ne résultent pas d’une maladresse ou d’une négligence, tant ses recherches se sont montrées pointilleuses : il faut davantage y voir un de ces clins d’œil qu’il avait l’habitude d’adresser au spectateur, brisant le quatrième mur ou utilisant simplement son inimitable voix off pour des commentaires caustiques souvent percutants.

Pour les très nombreux profanes, la simple vue des quelques captures d’écran risque de mal les orienter : Si Versailles m’était conté, bien que vrai film en costumes, ne va pas s’aventurer sur les terrains de chasse d’André Hunebelle (Le Bossu, Le Capitan) ou de Bernard Borderie (Angélique, marquise des Anges). Les similitudes se bornent aux costumes et décors d’époque, avec un ancrage historique, mais on n’est pas devant un de ces films de cape et d’épée qui fleuriront dans la décennie suivante : il s’agit d’une suite de tableaux, assez statiques (nous y reviendrons), présentant des épisodes de l’Histoire de France dont le plus beau château du monde a été le témoin impassible. On est également très loin du Marie-Antoinette de Sofia Coppola.

Louis XV (Jean Marais) & Madame de Pompadour (Micheline Presle)

Cela commence par un banc-titre plein de malice dans lequel les collaborateurs de Guitry sont chaudement remerciés. Puis l’homme apparaît à l’écran et s’assoit devant un bureau, ouvrant un livre imposant portant le titre du film, tout en parlant avec sa voix légèrement grinçante où percent une ironie perpétuelle et une sorte de détachement un peu snob. Les pages nous montrent la distribution, qui s’avère exceptionnelle : même si les grandes heures d’Hollywood ont mis à l’écran des productions constellées de stars, la densité du casting de celle-ci semble très difficile à égaler. Que Sacha Guitry interprète Louis XIV (vieux, le monarque ayant droit d’ailleurs à trois acteurs pour différentes périodes de sa vie), cela tombe sous le sens et colle parfaitement à ce qu’on sait de l’artiste. Mais je vous laisse parcourir la liste (non exhaustive) des comédiens engagés, dont certains étaient à peine connus (il s’agit du premier rôle d’Annie Cordy par exemple, et sans doute l’un des tout premiers de Brigitte Bardot) et d’autres au faîte de leur gloire, quand d’autres encore sont venus par habitude. L’image d’Edith Piaf en sans-culottes chantant une version moderne de Ah, ça ira ! est fort connue, mais on sait moins que Tino Rossi interprète un gondolier (lors d’une de fêtes nautiques au palais), Bourvil un guide de musée un peu nostalgique, Gino Cervi un Cagliostro facétieux, Gérard Philipe un D’Artagnan en colère sans parler d’Orson Welles dans la peau de Benjamin Franklin ! Et on n’en a pas fini… S’il n’y a pas Fernandel, c’est sans doute en raison d’une terrible brouille entre eux à propos d’un film écrit par Guitry mais réalisé par l’acteur comique, qui les a menés devant les tribunaux.

Une fille du peuple en colère (Edith Piaf)

Donc, que l’on ne s’attende pas à des courses poursuites à cheval ou des duels à l’épée : Guitry est un spécialiste du dialogue et il a construit son récit (divisé en deux parties d’environ 1h30) en petits tableaux, parfois très courts, situés sans exception dans le château ou ses dépendances. Film de commande, on vous l’a dit, il a permis de récolter plusieurs dizaines de millions de francs destinés à la restauration de ce chef-d’œuvre d’architecture, de ce creuset artistique où vécurent et travaillèrent ensemble certains des plus grands esprits créatifs de leur époque. Et Guitry, malgré sa gouaille et son franc-parler, se montre profondément respectueux du lieu et de son histoire, lui qui a longtemps œuvré à la défense de la Culture française (arrêté en 1940, il dut son salut à son statut d’artiste, une des nombreuses choses qui lui furent reprochées quant à sa vie pendant l’Occupation).

Très vite, on comprend qu’il va prendre soin du château (le plus beau du monde, on vous le répète, et il prend soin de l’asséner régulièrement) comme des personnages – on le sent plein de complaisance envers Louis XIV, et sa discrétion quant à Napoléon (qui refusa de dormir dans le lit du roi) peut s’expliquer par le fait qu’il avait sans doute déjà le projet d’un film sur lui. Cependant, le procédé ne fait malheureusement guère honneur aux décors : les plans fixes, souvent cadrés sur un groupe dans une salle (assis à un bureau, sur un divan, debout à causer dans un coin) et à hauteur d’homme laissent peu de place aux statues, dorures, toiles, tapisseries et surtout aux jardins qu’on voit finalement très peu. Alors que la restauration en 4K est absolument phénoménale, faisant ressortir comme jamais les soieries (le bleu des robes et des tenues royales est somptueux) et les bijoux, boostant les couleurs, on se rend compte aussi des ravages du temps sur Versailles : les balustrades abîmées, les dallages écaillés ou décollés, les dorures des grilles presque effacées ne rendent pas hommage à la splendeur de ce berceau de notre Histoire.

Louis XIV vieux (Sacha Guitry)

Guitry ne semble guère avoir eu la possibilité pour aller à sa guise où il le souhaitait, on retrouve cette forme de limitation dans les prises de vues qui pèsent sur la réalisation d’un film comme le Dune de Lynch, plombée par des décors en dur dans lesquels les caméras ne pouvaient pas se mouvoir. Certes, on verra la Galerie des Glaces, mais sans la parcourir, uniquement depuis l’un des salons aux extrémités (dont le monumental Salon de la Guerre).

L’autre problème tient justement à la manière de faire de Guitry : les dialogues sont sur-écrits et certains acteurs manquent de naturel devant ces répliques pleines d’esprit et de malice. Le montage n’arrive pas à conférer la fluidité nécessaire aux transitions qui ont recours aux fondus-enchaînés assez laborieux. Heureusement, on aura quelques plongées sur des arrivées à cheval, des entrées et sorties du palais, et des panoramiques élégants dans les scènes ayant davantage de recul (comme celles au Hameau de la Reine).

Louis XIV adulte (Georges Marchal)

En outre, nombre de ces répliques perdent de leur impact si on n’a pas la réf, même si Sacha Guitry essaie souvent de limiter cela en présentant les personnages (« Mais quel est donc votre nom, mon bon monsieur ? ») : les présences de Molière, Racine et Marivaux permettront d’insérer quelques échanges verbaux en vers pleins de charme suranné. Mais on risque d’en apprendre beaucoup sur les affaires des poisons et du Collier de la Reine, qui ont pourri les relations au sein de la Cour pendant des décennies.

Enfin, sachant l’attrait de Guitry pour la gent féminine, et au vu de la distribution, on verra que les actrices sont largement à leur avantage, dotées de tenues aussi éblouissantes que leurs parures : là-aussi, la restauration de l’image fait des merveilles, les blancs sont éclatants et les roses et rouges flamboyants. D’ailleurs, les costumes et les bijoux ressortent davantage que les ors des couloirs du palais, ce qui nuit quelque peu à la mission originelle – mais qui n’a pas empêché un regain d’attirance pour ce fleuron de notre culture. En revanche, côté audio, pas de miracle sur la piste originale (qui était enregistrée en mono), mais on notera une baisse sensible de la propension des voix de l’époque à aller dans les aigus et un rééquilibrage avec la musique. Néanmoins, certaines paroles paraissent parfois étouffées, notamment lors des transitions.

Marie-Antoinette (Lana Marconi)

Le très beau coffret Rimini sorti le 5 décembre 2025 comprend donc la version remastérisée en 4K Ultra HD mais également un blu-ray avec le film et un second contenant plus de deux heures de bonus dont voici le détail :

SUPPLÉMENTS BLU-RAY :

  • Si Versailles m’était conté… : l’Histoire selon Sacha Guitry, par Noël Herpe, historien du cinéma. (39’15’’)
  • Anecdotes et souvenirs par Albert Willemetz, président de l’Association des Amis de Sacha Guitry (24’22’’)
  • À vous aussi Versailles sera conté : archive INA – 1ère diffusion le 29 décembre 1953 (32’04’’)
  • Et Versailles vous est conté – archive INA – 1ère diffusion le 12 octobre 1953 (32’04’’)
  • La restauration du film (3’36’’)

Une oeuvre pharaonique qu’il convient d’avoir vu une fois au moins.

L’Adorable Voisine de Richard Quine

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  • Titre original : Bell, Book & Candle
  • Date de sortie en salles : 10 mars 1959 avec Columbia International Films
  • Réalisation : Richard Quine
  • Distribution : Kim Novak, James Stewart, Elsa Lanchester & Jack Lemmon
  • Scénario : Daniel Taradash d’après la pièce de John Van Druten
  • Photographie : James Wong Howe
  • Musique : George Duning
  • Support : DVD Columbia zone 2 en 1,85:1 /98 min
Synopsis :

Gillian Holroyd est une jeune et belle sorcière qui tient un magasin d’art africain, à Greenwich Village, quartier de la bohème new-yorkaise. L’étrange pouvoir qui lui permet de faire et défaire à sa guise les choses de la vie ne l’empêche pas d’être bien seule en cette veille de Noël. Elle sait que le jour où elle tombera amoureuse, son pouvoir magique disparaitra. C’est alors que le séduisant éditeur Shep Henderson, locataire du troisième étage, frappe à sa porte, son téléphone étant malencontreusement tombé en panne…

L’Adorable Voisine fait partie de ces films qui ont bercé de leur féerie particulière les longues soirées d’hiver de notre enfance (il est régulièrement programmé sur les chaînes de télé à l’occasion des fêtes de fin d’année). On y retrouve l’incontournable James Stewart, figure tutélaire d’un certain cinéma américain, élégant, versatile, joyeux mais très professionnel. Il figure ici un éditeur célibataire dans un métrage qui semble se situer à une époque charnière de sa carrière : en effet, il s’agit là sans nul doute d’une de ses dernières comédies puisqu’il enchaînera sur l’éblouissant Vertigo et continuera dans un registre plus dramatique, qui convenait également davantage à son âge. Pour le coup, c’est assez délassant, et un peu déstabilisant, de voir l’Homme qui tua Liberty Valance (John Ford 1962) opter pour des mimiques et des postures typiquement comiques – c’est même un élément assez peu caractéristique de son jeu fondé sur une désinvolture calculée.

Face à lui, sa partenaire du film d’Hitchcock pré-cité : Kim Novak. Le même regard envoûtant, la même beauté marmoréenne que dans Sueurs froides – mais exposés d’une façon radicalement différente. Richard Quine (qui travaillera avec elle pour trois autres productions) joue moins sur l’éclairage que sur un cadrage savant, quoique un peu frivole, et parvient à mettre en valeur la sublime silhouette de l’actrice et ses magnifiques costumes (nommés aux Oscars) sans avoir à jouer sur les contrejours – il sera malgré tout assez aisé à l’œil fripon de deviner que, fidèle à sa réputation d’alors qui avait déstabilisé Alfred Hitchcock (ainsi qu’il le confie dans son long entretien avec François Truffaut), la star ne portait jamais de soutien-gorge…

L’ensemble étant adapté d’une pièce de Broadway à succès du début des années 50, on ne s’étonnera pas de la longueur parfois lassante des dialogues et de la mollesse du rythme. Ça n’en demeure pas moins une charmante comédie très new-yorkaise sur fond de sorcellerie contemporaine, qui se permet de mettre à l’écran l’inoubliable interprète de la Fiancée de Frankenstein dans le rôle d’une tante Queenie un peu à l’Ouest, ainsi qu’un Jack Lemmon encore en devenir, dans un registre clownesque (il devait enchaîner sur Certains l’aiment chaud) qui ne l’a pas vraiment satisfait – quand bien même il ait reçu les meilleures critiques pour sa prestation.

On le voit, un film charnière pour nombre de ses vedettes. On pourra en outre signaler la présence de notre compatriote Philippe Clay en chanteur évanescent dans le club de jazz fréquenté par les sorciers de Manhattan. Les cinéphiles adoreront, en examinant les décors extérieurs, retrouver les lieux ayant servi pour la Quatrième Dimension et surtout pour l’inoubliable Chantons sous la pluie.

Le film vaut surtout pour la gouaille de James Stewart et le charisme ensorcelant de Kim Novak, parfaite en sorcière rêvant de tomber amoureuse d’un mortel, malgré les risques encourus (on est tout de même loin de la dramatique pourtant similaire entre Arwen et Aragorn dans le Seigneur des Anneaux). L’évolution de leur romance n’étonnera personne, suivant des rails parfaitement huilés, ponctuée qu’elle est par quelques sourires rassurants. Les principes inhérents à toute bonne comédie romantique, qui plus est située à l’époque de Noël, viennent très vite se substituer à l’atmosphère onirique et au contexte fantastique dans lequel évoluent les personnages. À signaler que le nom du chat de Gillian apparaît beaucoup plus mystérieux en VF (quelque chose comme « Baal-Moloch ») qu’en VO (« Pyewacket », une référence assez obscure à un chat ayant joué un rôle dans la chasse aux sorcières de Salem). Un gentil film, dont la saveur douce sera rehaussée par l’inimitable aura de Kim Novak.

Le DVD Columbia est malheureusement d’un autre âge, souffrant de beaucoup de grain et d’une colorimétrie vacillante qui ne rend pas hommage au travail du chef opérateur et du directeur artistique. Le son reste correct mais la VO est à privilégier, même si le doublage conserve une certaine élégance, et les amateurs de jazz se régaleront s’ils ont une bonne installation.

Pluribus, saison 1

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  • Titre original : Pluribus
  • Date de première diffusion : 6 novembre 2025 sur Apple+
  • Création : Vince Gilligan
  • Distribution : Rhea Seehorn, Karolina Wydra, Carlo-Manuel Vesga & John Cena
  • Scénario : Vince Gilligan, Vera Blasi, Ariel Levine, Jonny Gomez, Gordon smith, Alison Tatlock & Jenn Carroll
  • Photographie : Marshall Adams & Paul Donachie
  • Musique : Dave Porter
  • Support : Streaming sur Apple + en 1,78:1 /9 épisodes de 60 min
Synopsis :

Carol Sturka est romancière à succès, installée avec sa compagne dans une belle maison au Nouveau-Mexique. Le jour où la population mondiale, suite à la propagation d’un virus extraterrestre, se retrouve dans une forme de communion d’esprit pacifique et heureuse, Carol se braque et se rebiffe, refusant d’en voir les avantages et cherchant désespérément à trouver un moyen pour « sauver le monde »…

Quand l’équipe à la tête de Breaking Bad et Better Call Saul lance un nouveau projet, le monde des séries TV retient désormais son souffle. Et si Vince Gilligan a choisi de tourner à nouveau avec une bonne partie de son staff, et de placer l’intrigue dans la ville d’Albuquerque, c’est autant par commodité (nombre de ses collaborateurs y résident) que pour être fidèle à sa ligne de conduite – d’aucuns nomment cela une « signature ».

La saison 1 de Pluribus venant de s’achever, nous sommes donc en mesure de pouvoir vous en parler, en tâchant de ne pas trop spoiler, bien entendu. Et ça n’est guère évident. Quand le projet a été lancé, le secret était de mise (d’ailleurs, si vous naviguez sur le site de l’IMDb, vous verrez que le synopsis indique : « L’histoire est gardée secrète. »). Les fans savaient pourtant dès 2022, au lancement du projet, que la nouvelle série lorgnerait vers la science-fiction : X-Files ou la Quatrième Dimension ont même été évoquées. Des titres provisoires se sont multipliés, comprenant de nombreux jeux de mots (le plus drôle étant sans aucun doute « Be Kind, Re-Mind »). Et le secret s’est maintenu sur le plateau puisque l’identité de certains comédiens n’a pas été divulguée à la principale actrice, Rhea Seehorn, laquelle s’est retrouvée dans une production bien différente des précédentes, au sein d’une équipe réduite : beaucoup de figurants (dont le maire d’Albuquerque), un guest mais très peu de partenaires à l’écran.

 

Et le résultat est pour le moins troublant : un film d’extraterrestres sans extraterrestres, d’invasion sans envahisseurs. Des spectateurs, mal orientés, risquent de se retrouver déboussolés ; les moins patients peuvent laisser tomber car, parfois, il ne se passe pas grand-chose à l’écran – pourtant l’intrigue est suffisamment accrocheuse pour qu’on cherche à y voir plus clair, qu’on espère des révélations, qu’on guette chaque avancée. C’est clairement une série difficile d’accès, non parce qu’elle est compliquée à suivre (l’aspect hard science est volontairement mis de côté, on ne subira guère de techno babble) mais parce qu’elle ne s’appuie pas sur les invariants habituels. Le suspense est là, né avec l’événement déclencheur, mais l’héroïne sort des sentiers battus et son actrice fait tout pour nous la rendre parfois antipathique, souvent agaçante voire pathétique.

Cela commence comme Contact (le très beau film de Zemeckis) et deux préludes nous placent dans une situation connue : la Terre a capté un message venant d’ailleurs, et a fini par le décrypter – ce qui a déclenché un événement qui s’est répandu à la vitesse d’une gigantesque trainée de poudre. La population mondiale s’est retrouvée affectée sur le même mode que les innombrables films d’apocalypses zombies (mais sans effusion de sang ou violence). Tous les êtres humains se retrouvent désormais unis par la pensée dans une communauté planétaire qui ne recherche que le bonheur, la quiétude et la paix : les nécessiteux sont soignés, l’énergie distribuée là où le besoin s’en fait sentir. On se trouve à l’opposé de ce que proposait Garth Ennis dans Crossed, où cette « contamination » faisait ressortir les pires vices des hommes touchés. Ici, chaque individu dispose du savoir, des compétences et des souvenirs des milliards d’autres et ne poursuit qu’un but : le bien-être de tous. La Terre est redevenue un paradis.

Sauf que…

Carol résiste à cette contamination pacifique. Pourquoi ? On ne le sait pas. Dotée d’un sale caractère, elle voit d’un œil farouche le monde entier changer en quelques secondes : autour d’elle, tout n’est que bienveillance et sympathie. Tous les habitants d’Albuquerque se sont transformés en Bisounours souriants, ne désirant que son bonheur. Elle-même, déjà très affectée par un drame personnel, va se murer dans le refus, avant de décider de sauver le monde de lui-même. Certes, la planète ne s’est jamais aussi bien portée, le genre humain connaît une sérénité inédite : plus de guerres, plus de combats, plus de disputes, plus de famine ou de misère – mais Carol n’en a cure, elle s’accroche bec et ongles à son individualisme, ce qui accentue sa méfiance naturelle et sa paranoïa naissante. Chaque offre généreuse, chaque proposition, chaque main tendue des « autres » est perçue par elle comme une agression. Pourtant, le monde entier est prêt à se plier en quatre pour satisfaire ses moindres exigences, mais elle s’obstine à refuser toute aide et se retranche dans sa maison en demandant qu’on la laisse tranquille, fomentant des plans avec l’application d’une romancière aguerrie. Seule face au monde entier, ses chances de succès sont aussi minces que les connaissances dont elle dispose sur le phénomène : il lui faut donc enquêter. Cela tombe bien, « ils » sont tout disposés à répondre à ses questions. C’est alors qu’elle apprend qu’elle n’est pas la seule à « résister » à cette fusion des esprits : une poignée d’autres individus ont conservé leur libre arbitre…

Voici une série qui sort des sentiers battus, écrite avec beaucoup de malice, qui joue avec les codes pour nous embrouiller mais sans cynisme, conservant en permanence une sorte d’ironie douce-amère qui jette un œil assez lucide sur le monde qui nous entoure, et nous pousse systématiquement à nous demander : qu’aurions-nous fait à la place de Carol ? Le monde à portée de mains, rien ni personne pour nous empêcher de faire ce qu’on veut, de prendre ce qu’on veut… Ces possibilités presque infinies qu’on retrouve de temps à autre dans les récits post-apocalyptiques (le Survivant ou Je suis une légende), mais aussi dans une des nouvelles des Chroniques martiennes de Ray Bradbury (les colons ont quitté Mars, un homme est resté et prend du bon temps dans les cités abandonnées, profitant des hôtels, restaurants et cinémas, mangeant ce qu’il désire et dormant où il le souhaite) : sauf que Carol n’en veut pas, de ce luxe inouï. Elle rejette la facilité pour faire acte de résistance, persuadée de trouver un moyen pour que le monde redevienne normal. Mais : est-ce souhaitable ? Trouvera-t-elle des alliés ? Les autres finiront-ils par l’en empêcher ?

Voilà l’un des enjeux de cette série étrange, au rythme singulier, où l’on suivra le quotidien d’une femme acariâtre et opiniâtre, ses tentatives et ses échecs, et de nombreuses situations parfois loufoques engendrées par le nouvel ordre mondial. Une série qui pose des questions sur la gestion du monde mais aussi sur le regard des autres, la relation avec autrui et ce qui fait société : rarement la solitude n’a été montrée avec autant d’acuité.

Surprenant, fascinant et réalisé avec savoir-faire. À découvrir.

Avatar : De feu et de Cendres de James Cameron

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  • Titre original : Avatar : Fire & Ash
  • Date de sortie en salles : 17 décembre 2025 avec 20th Century Fox
  • Réalisation : James Cameron
  • Distribution : Sam Worthington, Zoé Saldaña, Sigourney Weaver, Kate Winslet, Stephen Lang, Oona Chaplin & David Thewlis
  • Scénario : James Cameron, Rick Jaffa & Amanda Silver
  • Photographie : Russell Carpenter
  • Musique : Simon Franglen
  • Support : IMAX 3D en 1,85:1/197 min
Synopsis :

Souffrant encore de la perte de leur premier né, Jake et Neytiri finissent par prendre la décision de retourner ensemble au camp de base avec leurs enfants, dont Kiri qui ne connaît pas encore sa place dans ce monde et Lo’Ak qui tente de retrouver la confiance de ses parents. Mais ils tombent sur une tribu renégate de Na’Vi menés par la redoutable Varang, tandis que Quaritch met tout en oeuvre pour retrouver Jake et en finir avec lui…

Kiri/Sigourney Weaver

Seize ans après la sortie du premier Avatar, le troisième volet apparaît sur nos écrans. L’attente du public, sans doute moins forte, et sa capacité à être émerveillé moins évidente, ont poussé les producteurs à être prêts à s’en tenir à cet épisode si le succès n’était pas au rendez-vous. Raison pour laquelle, contrairement à la Voie de l’Eaules principales intrigues sont destinées à être bouclées, le cheminement de chacun des protagonistes atteignant un point nodal. Ainsi, quoique conçue comme une pentalogie à l’origine, la saga Avatar est censée trouver une première conclusion : une approche pertinente, qui colle avec les habitudes du public nourri aux grandes trilogies (quand bien même nombre d’entre elles, succès aidant, se soient vues prolongées ultérieurement de quelques épisodes généralement moins intéressants).

Nous tenons donc là l’équivalent d’un Retour du Jediou d’un Retour du Roi : un film construit comme une apothéose et un achèvement. Inutile de s’attarder sur le rendu visuel : si vous avez la chance de le visionner en IMAX 3D, vous serez ébloui de la première à la dernière seconde. Une profondeur de champ ahurissante, des détails foisonnants, une gestion de la lumière magistrale mettant en valeur ces décors somptueux : Cameron sait qu’il n’a plus besoin d’en passer par des effets de surgissement qui faisaient la joie des plus jeunes dans les premiers films en 3D, il préfère multiplier les angles de caméra et jouer avec les différents plans, avec des cadrages millimétrés et une recherche constante du rendu le plus spectaculaire qui soit, tout en soignant l’intelligible. On passe très vite de la stupeur admirative devant ces visions de carte postale à la frénésie d’un montage habile destiné à révéler un maximum de séquences enlevées lors des combats et des péripéties : plus de trois heures et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.

L’expérience IMAX ne s’arrête pas là : le son bénéficie également d’un traitement ad hoc qui rendra les dialogues encore plus compréhensibles tout en renforçant les basses. La profondeur de la voix du patriarche des tulkuns (ces espèces de cétacés pacifiques qui se font chasser pour que les humains puissent récupérer une substance tirée de leur cerveau) résonnera à travers votre squelette et vous scotchera au siège aussi bien que l’explosion d’un volcan ou d’un vaisseau. Pour le coup, on risque de trouver que la musique soit un brin en retrait (d’autant que ce n’est plus James Horner) mais rien de gênant, les violons seront bien là pour accompagner les séquences les plus émotionnellement chargées (ce volet est de loin le plus émouvant des trois).

Cela dit, contrairement à ce qui se dit ici ou là depuis la sortie du premier film, le scénario bien que facile à comprendre n’est pas si simpliste que cela : James Cameron a voulu montrer des personnages qui souffrent, se trompent, échouent et prennent les mauvaises décisions, font les mauvais choix – mais qui essaient cependant. Tour à tour, Jake, Neytiri et leur fils montreront des aspects peu reluisants, on les aimera et les détestera au gré de leurs accès de colère ou de leurs actes hasardeux, mais toujours on les respectera pour leur résilience, leur force de caractère et surtout leur détermination à avancer, à assumer leur destin et affronter un ennemi en apparence invincible.

Jake/Sam Worthington

Jake, par exemple, doit faire face à plusieurs problèmes peu compatibles entre eux. D’une part, il est un humain dans un corps de Na’Vi : bien qu’il ait totalement embrassé leur philosophie de vie et leurs principes, il ne peut effacer d’un seul coup tous ceux d’une civilisation, si critiquable soit-elle, dans laquelle il est né et a grandi. Dans le second volet, il se sert de son passé comme d’une force, une source de connaissances qui lui permet d’anticiper sur les actes des sky people (« les gens du ciel »), que Neytiri n’hésite plus à traiter de « peaux roses ». Mais il finit par s’apercevoir que, à la moindre occasion, à chacun de ses échecs, ce passé risque de peser dans la manière qu’ont les gens de le voir. À moins qu’il accepte de redevenir celui qu’il a été, lors de la première grande révolte : Toruk Makto, le Cavalier de la Dernière Ombre qui seul pourra unifier les clans à nouveau.

Neytiri/Zoé Saldaña

Neytiri, elle, suit un parcours relativement similaire mais tout aussi ponctué de choix drastiques : son peuple a été exterminé, son lieu de vie réduit en cendres et si elle a fui, c’est parce qu’elle croyait dans le plan de son époux. Sauf que, on l’a vu dans la Voie de l’Eau, fuir n’était pas une solution, ils n’ont fait que déplacer le problème, et impliqué une autre population qui, risque, elle aussi – et à cause d’eux – l’anéantissement. D’ailleurs, déjà dans ce film, on la voyait regarder différemment Spider au moment de défendre sa famille : après tout, il n’est qu’une pièce rapportée, un enfant humain avec lequel jouent Kiri et ses enfants. Dans ses yeux à elle, on l’a vu, Spider n’est pas l’un des siens. Elle l’a accepté, mais lorsqu’il faudra effectuer un choix entre sa famille et lui, on sait déjà qu’elle n’hésitera pas à le sacrifier. Ainsi, on la sent à la fois plus critique envers Jake dans ce volet et plus lucide : le temps du compromis n’est plus, car elle a déjà perdu un enfant, et elle n’acceptera pas d’en perdre un autre. La farouche guerrière devenue mère éplorée ne nécessitera qu’un drame de plus pour que la vengeance l’anime à nouveau (et ce ne seront pas les drames qui manqueront).

Lo’Ak/Britain Dalton

Reste Lo’Ak. Il a du mal à accepter l’attitude de son père et pense qu’on lui reproche encore la mort de son grand-frère. Pourtant, tout ce qu’il a fait, c’était animé des meilleures intentions. Mais il est jeune, il ne parvient pas encore à assimiler la portée de chacun de ses actes, et toutes les fois où son père lui ordonne de rester à terre, afin de veiller sur les petits (Kiri et Tuk), il le prend pour une punition. Lui qui désire montrer sa bravoure et ses compétences a l’impression de se faire rabrouer – et voilà que son frère de coeur, le tulkun renégat, est mis au ban de la société de ses congénères, condamné à l’exil. C’en est trop pour ce garçon qui ne comprend plus les adultes – et l’on devine que les actions qui s’ensuivront auront des conséquences désastreuses.

Quaritch/Stephen Lang

On n’oubliera pas Quaritch. Utilisant son avatar comme un simple uniforme afin de se fondre dans l’environnement de Pandora, finira-t-il par la voir autrement que comme le terrain de jeux (et de chasse) de ses compatriotes avides ? Sa relation avec Spider semble avoir éveillé en lui un semblant de fibre paternelle et l’on se prend à penser qu’il évoluera, envers et contre tout – mais dans quel sens ? Sa haine sincère envers Jake Sully et Neytiri (qui a mis fin à sa vie d’humain) s’effacera-t-elle ? Ce serait trop aisé de le penser, même si on le souhaite tous. Rassurez-vous, James Cameron et son équipe de scénaristes lui ont construit une trajectoire beaucoup moins rectiligne et évidente que prévu, et lui glisseront dans la bouche quelques-unes des répliques les plus savoureuses de la saga.

Quaritch, c’est un peu l’électron libre dans cette équation, le Marine obtus pour qui la fin justifie les moyens mais qui s’avère étrangement plus perspicace et ouvert d’esprit que sa supérieure la générale, Selfridge (Giovanni Ribisi, peut-être encore plus détestable que dans le premier film) ou Scoresby le chef d’équipage de chasse au tulkuns. De l’autre côté, on trouvera chez le biologiste de l’équipage les mêmes inquiétudes et la même empathie issue d’une admiration profonde envers la richesse de l’écosystème qu’ils s’apprêtent à dévaster que les scientifiques du premier film. On est très loin de leurs homologues totalement idiots d’Alien : Prometheus ou Covenant

Toutefois, le film ne se réduit pas qu’à la résolution des décisions de ces personnages : l’univers s’agrandit encore, et avec lui sa palette de protagonistes. Impossible de ne pas être séduits par les Négociants qui naviguent sur les vents (et procurent ainsi certaines des plus belles images de la saga), mais les Mangkwan vont vite accaparer notre attention. Car Cameron a voulu montrer que tous les Na’vi ne sont pas des partisans d’Eywa : certains choisissent, pour des raisons que vous découvrirez, une voie plus radicale, plus destructrice et meurtrière. Et à leur tête, animée par une rage inextinguible, Varang est prête à tout afin d’imposer sa vision : raids, pillages et sacrifices. Voici donc une troisième force entrant dans la balance et qui risque fort d’altérer le cours des événements.

Varang/Oona Chaplin

On ne reviendra pas non plus sur les interprétations respectives des personnages-clefs (on sera assurément bluffés par la performance de Sigourney Weaver dans la peau d’une toute jeune Na’Vi mutante, et Zoé Saldaña confirme qu’elle est née pour incarner Neytiri) néanmoins il faut absolument souligner la performance d’Oona Chaplin, dont la gestuelle et la démarche élaborent les contours d’un individu tellement plus intéressant que ce qui en était révélé sur le papier. Son interprétation de la troublante Varang, toute en beauté vénéneuse et en exquise cruauté, hisse chacune des séquences auxquelles elle participe à un niveau supérieur.Alors, on tient un film parfait ? Non, bien entendu, et on en est assez loin. C’est vrai qu’on ne peut que saluer le fait que les héros de cette histoire, au lieu d’attendre patiemment, agissent et prennent des décisions (ce qui les rend plus intéressants que nombre d’élus qui tergiversent avant de finalement embrasser leur destin). Sur l’acceptation de soi, celle d’autrui, sur le sens du devoir et celui de la famille (sans parler de la notion de nation et la préservation de l’écosystème), ce film va très loin, pas toujours très finement, avec une tendance déjà perceptible dans les précédents épisodes à sur-souligner les propos,  mais toujours sincèrement. Les « gentils » s’y montrent faillibles et parfois détestables, les antagonistes nettement moins monolithiques (en dehors de connards de base qui auront le sort qu’ils méritent – sur Pandora aussi, le karma peut avoir le dernier mot). D’autre part, certains regretteront une vocation à se répéter, nombre de scènes semblant faire écho à de précédentes (mêmes enjeux, mêmes lieux) : ce troisième opus s’inscrit totalement dans une continuité qui lui fait récupérer les éléments épars des deux premiers afin de tisser une trame solide à partir de laquelle les exégèses seront possibles. C’est l’épisode qui ressemble le plus à un épisode – ce qui engendre peut-être une forme de lassitude et un peu moins d’émerveillement par manque de nouveauté. Enfin, tous les protagonistes ne sont pas forcément logés à la même enseigne, certains sont inévitablement mis en avant, cependant on admirera le remarquable équilibre entre les sous-intrigues. Et puis la musique souffre d’un manque de nouveaux thèmes marquants, n’étant là que pour illustrer du mieux qu’elle peut en s’appuyant sur les partitions de James Horner.

Cela constitue malgré ces petits reproches une expérience qu’il faut absolument vivre en salles, dans les meilleures conditions que peut vous procurer votre complexe habituel : James Cameron est probablement le seul actuellement à proposer ce genre de cinéma total, riche en émotions et en merveilleux, grâce auquel on vibre et on voyage hors du temps et de l’espace. On ne sait pas ce que donneront les suites, mais ce qui est actuellement sur les écrans est proprement époustouflant.