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Vance Venner

Vance Venner
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Lecteur, spectateur et rédacteur. Je vais encore au cinéma (mais moins qu'avant, c'est vrai), le reste du temps je profite d'une bonne installation pour visionner films et séries de tous genres avec une prédilection pour la SF. "Mon Dieu, c'est plein d'étoiles !"

L’un des nôtres, de Thomas Bezucha

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  • Titre original : Let him go
  • Date de sortie en salles :  16 juin 2021 avec Universal Pictures
  • Réalisation : Thomas Bezucha
  • Distribution : Kevin Costner, Diane Lane, Lesley Manville & Jeffrey Donovan
  • Scénario : Thomas Bezucha & Larry Watson d’après son roman
  • Photographie : Guy Godfree
  • Musique : Michael Giacchino
  • Support : Blu-ray Universal (2021) en 2.39:1 / 113 min
Synopsis :

Après la perte de leur fils, le shérif à la retraite George Blackledge et son épouse, Margaret quittent leur ranch du Montana pour sauver leur jeune petit-fils des griffes d’une dangereuse famille tenue d’une main de fer par la matriarche Blanche Weboy. Quand ils découvrent que les Weboy n’ont pas l’intention de laisser partir l’enfant, George et Margaret n’ont pas d’autre choix que de se battre pour réunir enfin leur famille.

Kevin Costner (Horizon ; Robin des bois, prince des voleurs) à cheval sur fond de soleil couchant dans les contrées verdoyantes et vallonnées du Montana, ça a quelque chose de rassurant, de puissant et de noble qu’on contemple avec un respect mêlé de nostalgie : il y a dans sa silhouette placide, son regard éthéré et son accent traînant un sentiment de normalité, de l’ordre de la tradition ancestrale, qui vous réchauffe et vous enveloppe à l’instar de ces plaids cousus par la grand-mère et patiemment assemblés à partir de vieux bouts d’étoffe élimés par le temps. Instantanément, il évoque en vous de ces souvenirs grandioses, flamboyants et sauvages, de Silverado à Open Range en passant par l’incontournable Danse avec les loups.Costner & Diane Lane (Serenity ; Dalton Trumbo), c’est pareil : un couple qui semble une évidence, tout de charme et de sagesse ; en eux étincelle encore par moments ce pouvoir de séduction dont ils jouèrent à leurs débuts, sourires aguicheurs et œillades complices, parfois coquins, jamais vulgaires. Et depuis Man of steel, impossible de ne pas penser à leurs séquences de bons parents aimants et attentionnés, appliqués à faire de leur super-enfant trouvé le Messie qui sommeillait en lui.

Les voici donc à nouveau réunis, toujours à la campagne, environnés de chevaux et menant une vie simple et pacifique. Du Kansas où se situait la ferme des Kent, les voilà au Montana : Kevin interprète un shérif à la retraite désireux de profiter de la vie, loin du tumulte lié à ses précédentes fonctions.

Ainsi, derrière son visuel proche des westerns contemporain, le film dissimule une aura beaucoup plus psychologique et n’hésite pas, selon la volonté du réalisateur, à mêler les genres, entre road-trip et thriller. Plantant sagement sa caméra dans les faubourgs de Vancouver censés reproduire les horizons du Montana, Thomas Bezucha s’attache à nous lancer doucement sur la route périlleuse qui conduira ce couple modèle à affronter des êtres pernicieux : ils ont déjà perdu un enfant, ils ne peuvent plus se permettre de perdre leur petit-fils.

D’office, on va aimer ces deux-là, on va souffrir avec eux et on les suivra dans leur périple vengeur, portés par la farouche détermination de Margaret que tempère à grand-peine un George prudent car conscient de ses limites. Ex-garant de la Loi, il connaît la rouerie et la brutalité des hommes et fera tout pour empêcher que dégénère une situation dont il sait par avance, et avec raison, combien elle peut s’envenimer, pour un oui ou pour un non.

C’est à travers ces deux personnages merveilleusement interprétés, que l’on va suivre une histoire parfois cousue de fil blanc, qui ne surprendra jamais sauf dans certains excès de violence : on sait très vite ce qu’il adviendra du jeune Indien solitaire que rencontre Margaret et on comprend immédiatement, dès l’apparition sinistre de Blanche, la matriarche, que la confrontation tournera au vinaigre. Cette dernière est également parfaitement campée par Lesley Manville (Mum ; Queer), déjà sublimement redoutable dans un rôle similaire dans la série Harlots.

L’Un des nôtres n’a pas vocation à révolutionner, voire à choquer. Il s’agit d’un métrage honnête, filmé consciencieusement, mis en valeur par la grâce de ses interprètes principaux et la splendeur des paysages traversés – pour l’anecdote, le cinéphile y retrouvera les décors ayant servi à Brokeback Mountain. Cet homme solide, cette mère courage, cette matrone perfide sauront faire résonner en chaque spectateur quelques souvenirs, éveiller quelques émotions et délivrer quelques messages évidents.

Il vaut mieux privilégier évidemment la VO pour jouir pleinement des dialogues souvent bardés de sous-entendus. L’image du blu-ray est particulièrement soignée, avec ces nombreuses scènes nocturnes, au coin du feu, ou sous les lueurs fragiles d’un soleil naissant, qui confèrent une atmosphère singulière à cette quête de réponses se muant en équipée sauvage.

Un drame dans une ambiance de thriller en somme, comme Netflix en sort régulièrement (Le Diable, tout le temps notamment).

Le Dictateur, de Charlie Chaplin

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  • Titre original : the Great Dictator
  • Date de sortie en salles :  4 avril 1945 avec United Artists
  • Réalisation : Charlie Chaplin
  • Distribution : Charlie Chaplin, Paulette Goddard & Reginald Gardiner
  • Scénario : Charlie Chaplin
  • Photographie : Karl Struss & Roland Totheroh
  • Musique : Charlie Chaplin & Meredith Wilson
  • Support : Blu-ray MK2 (2011) en 1.33:1 / 125 min
Synopsis :

Dans le ghetto juif vit un petit barbier qui ressemble énormément à Adenoid Hynkel, le dictateur de Tomania qui a décidé l’extermination du peuple juif et prépare activement l’invasion du pays frontalier. Au cours d’une rafle, le barbier est arrêté en compagnie de Schultz, un farouche adversaire d’Hynkel, évadé d’un camp de concentration…

Hannah et le petit barbier

Voici un authentique chef-d’oeuvre qui continue à fasciner les cinéphiles et à être présenté à l’école. Pourtant, on n’en connaît généralement que certains extraits, alors que le métrage dans son entier mérite largement le détour.

Car c’est un film étonnant, aussi sincère dans sa démarche que déroutant dans sa construction. Chaplin, qui y utilise pour la dernière fois les attributs de son double vagabond (officiellement retiré à la fin des Temps modernes), y a construit une œuvre où le mélange d’émotion et de burlesque caractéristique de la majorité de ses réalisations se trouve soudain perturbé par des préoccupations beaucoup plus évidentes que par le passé. Car il y a investi énormément : du temps, de l’énergie, de la créativité, au point que ses relations humaines en ont pâti (son couple avec Paulette Goddard en souffrira cruellement et ses collaborateurs ont plusieurs fois souligné son intransigeance inhabituelle).

Les deux dictateurs jouant à celui qui a la plus haute.

Commencé en 1937, le tournage a également été perturbé par la menace des studios de refuser d’accorder les fonds – au point que le Président Roosevelt lui-même a dû intervenir. Ces écueils, tant politiques qu’économiques, n’empêcheront pas Chaplin de mettre la touche finale à son œuvre alors que le monde entier découvrait les véritables intentions d’Hitler, cet homme dont Chaplin avait du mal à supporter la ressemblance (ils sont d’ailleurs né à une semaine d’intervalle !).

Et le résultat n’est rien moins qu’admirable. Le premier film intégralement parlant de ce cinéaste de génie (interprète-scénariste & compositeur) suscite le respect tant par son montage (malgré quelques ellipses intempestives dues parfois au fait que le réalisateur s’était passé des script-girls) que par l’interprétation faite de ce dictateur tour à tour pathétique et inquiétant, grandiloquent et lâche. On applaudit le parallèle permanent avec le personnage immédiatement sympathique du barbier juif, héros malgré lui, toujours aussi généreux et sensible mais capable de se révolter, plus déterminé qu’auparavant. On rit devant les bouffonneries de Herring et on s’interroge lorsque l’âme damnée d’Hynkel, Garbitsch, lui murmure la marche à suivre pour étendre sa domination sur la planète.

Le monde à portée de main…

Il y aurait tant à dire sur les enjeux de ce film puissant et prémonitoire, automatiquement propulsé comme classique (Eisenhower s’est empressé de le faire doubler en français pour qu’il soit diffusé au lendemain de la Libération) même si les Italiens durent attendre 2002 pour en voir une version non expurgée des scènes de Napaloni – par respect pour la veuve de Mussolini

Chaplin semble avoir été profondément déçu de ne recevoir aucun des cinq Oscars pour lequel son film avait été nommé. Cependant, nul doute qu’il a dû pousser un soupir de soulagement à la fin du tournage de cette œuvre nécessaire, parfois maladroite mais toujours sincère où le contrepoint du rire n’empêche pas l’amer constat de l’échec de la diplomatie. On n’oubliera plus jamais le plan-séquence fameux chez le barbier (sur du Brahms), la danse avec le globe (qui a fait le tour d’internet) ou l’émouvant et lancinant discours final.

La Grande Course autour du monde, de Blake Edwards

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  • Titre original : the Great Race
  • Date de sortie en salles :  17 février 1966 avec Warner Bros.
  • Réalisation : Blake Edwards
  • Distribution : Tony Curtis, Natalie Wood, Jack Lemmon, Peter Falk, Keenan Wynn & Ross Martin
  • Scénario : Arthur A. Ross & Blake Edwards
  • Photographie : Russell Harlan
  • Musique : Henry Mancini
  • Support : DVD Warner zone 1 (2001) en 2.35:1 / 146 min
Synopsis :

Au début du XXe siècle, le Grand Leslie, cascadeur cultivé et homme du monde, accomplit prouesse sur prouesse, battant des records à chaque tentative ; ce qui rend fou de rage son rival, le Professeur Fatalitas, génial mais malchanceux inventeur en quête de notoriété. Lorsque Leslie propose à une firme automobile de promouvoir sa voiture en organisant une course New-York-Paris, Fatalitas y voit le moyen d’enfin ridiculiser Leslie : il met au point un véhicule bourré de gadgets et ne s’arrêtera devant aucune forfaiture pour parvenir à l’emporter. Pendant ce temps, Maggie DuBois, une suffragette décidée, use de tous ses atouts pour couvrir la course en tant que reporter…

Voilà un film qui est étrangement tombé dans l’oubli malgré les investissements financiers conséquents, le casting éblouissant et le succès relatif de l’époque (il a rapporté rien qu’aux États-Unis 12 millions de dollars environ). Désormais quasi introuvable en DVD (et encore moins en blu-ray), il a pourtant fait le bonheur de nombreuses familles lors des diffusions sur TF1.

Il s’agit sans conteste de l’une des plus grandes réussites de Blake Edwards. Un peu comme dans le célèbre the Party avec Peter Sellers, l’histoire débute tambour battant, passé un écran fixe sur fond musical : il faut dire que, à l’instar des Dix Commandements, on est partis pour une très longue séance (la version cinéma dure 2 heures et 40 minutes, mais elle a été souvent raccourcie à la télé, avec des montages qui suppriment l’une des sous-intrigues sur les suffragettes). Du coup, l’entracte (mais oui !) n’étonnera pas les cinéphiles.

Le film a cependant du mal à conserver tant d’intensité sur la durée : on y sent le réalisateur complètement libre de ses mouvements, prolongeant ses séquences jusqu’à plus soif, mettant de longues minutes avant d’amener un gag ou un jeu de mot loufoque. On n’a pourtant pas le loisir de s’occuper des paysages variés (une grande partie du métrage a été tournée en Autriche, une autre à Paris, le reste en studio) tant la caméra fait la part belle aux duos et trios d’acteurs. En ce sens, on est servis : Jack Lemmon (l’Adorable Voisine, la Garçonnière) en Fatalitas (Fate en VO) avec un rire incroyable emporte l’adhésion par son abattage, d’autant qu’il interprète également un gentil prince un peu niais d’Europe de l’Est. Il a toujours considéré ce rôle comme son préféré.

Son acolyte et âme damnée, Max, n’est autre que l’inénarrable Peter Falk (l’Histoire sans fin),  véritable fouine plus maladroite que stupide. Il ponctue régulièrement les propos de son maître par un « Diabolique, professeur ! » qui rend encore mieux en version originale.

En face, Tony Curtis joue la sobriété : le Grand Leslie, toujours impeccable dans ses tenues immaculées, circulant dans un magnifique véhicule blanc, est en effet le prototype du héros viril et élégant au sourire étincelant auquel nulle femme ne résiste. Sauf peut-être Natalie Wood (West Side Story, la Fureur de vivre), totalement rayonnante, une « femme émancipée » qui nous gratifie en outre du premier karaoké de l’histoire du cinéma dans une séquence destinée à faire chanter le public des  salles. Son personnage change constamment de tenue à chaque scène, ce qui confère à chacune de ses apparitions une dimension humoristique. Enfin, véritable personnage du métrage, la Hannibal 8, le prototype à 6 roues du professeur, aussi noir que ses pensées, force l’admiration : elle aurait pu faire bonne figure dans un James Bond.

La Grande Course… est de ces films prétextes à rassembler un maximum de têtes d’affiche sur un plateau afin de multiplier les scènes dans lesquelles ils interagissent. Une recette qui resurgit de temps à autre chez les producteurs peu inspirés, mais qui ne fonctionne vraiment qu’avec un réalisateur inventif. C’est le cas ici : le métrage s’avère bourré de trouvailles, de décors sensationnels – souvent réduits en poussière après le passage de nos concurrents, comme ce saloon au début de l’épreuve – et de situations loufoques, proches du vaudeville (l’action en parallèle des suffragettes qui militent pour obtenir des emplois féminins). On pourra du coup regretter que l’argument de la course ne tient pas très longtemps, celle-ci se réduisant très vite à un duel à distance et à des péripéties complètement insensées.

Sur des airs de Bach et une musique originale virevoltante de Mancini qui s’est amusé à remixer des airs patriotiques ronflants,  cette comédie emporte l’adhésion, proche par son traitement des Merveilleux Fous volants dans leurs drôles de machines de Ken Annakin (1965), autre comédie à grand spectacle avec une pluie d’étoiles au casting. Entre quiproquos, pièges machiavéliques et duel à l’épée, l’œuvre culmine avec la très fameuse scène des tartes à la crème : 2357 tartes à 7 parfums différents – un record – que se balancent allègrement les protagonistes dans une séquence culte qui a nécessité 5 jours de tournage (pour environ 4 minutes à l’écran). Bien que fondée sur des ressorts comiques dépassés aujourd’hui, elle est encore vraiment irrésistible.

Une scène entrée dans les annales qui illustre également la manière dont le budget a explosé suite aux demandes de plus en plus farfelues du metteur en scène qui s’est inspiré pourtant, pour la situation de départ, d’une véritable course New-York-Paris ayant eu lieu en 1908. Le montant de la facture finale (le double du budget initialement prévu) a sans doute découragé les producteurs à poursuivre ce genre d’entreprises.

La fin de la course est également très réussie, avec des dialogues ambivalents, aux délicieux sous-entendus, rappelant le Grand Sam (Henry Hathaway, 1960). Un spectacle qui rend nostalgique devant tant de bonne humeur, de cocasseries et d’inventions, annonçant le non moins célèbre dessin animé des Fous du volant que les producteurs Hanna & Barbera ont calqué sur l’intrigue du film, lequel se veut un hommage aux grandes comédies muettes de l’ère du Noir & Blanc (le film est d’ailleurs dédié à Laurel & Hardy).

Les DVD Warner qu’on trouve actuellement ont pu bénéficier d’une formidable remastérisation datant de 2001 : les images ont été restaurées avec soin, magnifiant les ambiances colorées pleines de contrastes (Leslie et son équipement, toujours blancs, Fatalitas toujours en noir, les femmes dans des tenues hautes en couleurs et chamarrées). Ni griffure ni tache ne subsistent et même la compression tient la route. Certains décors peints ne résistent plus à l’examen, mais l’ensemble est de très haute tenue. C’est un réel bonheur pour les yeux.

Les oreilles ne sont pas en reste : très agréable surprise que cette VF en mono ! D’abord on retrouve les doubleurs habituels de Jack Lemmon et surtout de Tony Curtis (avec un Michel Roux un peu moins en roue libre que dans Amicalement vôtre mais tellement plus expressif que l’original !) ; ensuite, à part quelques rares variations de tonalité, elle garde une bonne dynamique, avec des dialogues très audibles qui ne dénaturent pas la musique. Cette bande s’avère du coup très peu nasillarde, en tout cas beaucoup moins que nombre de pistes mono de cette époque. La VO remasterisée en 5.1 élargit considérablement l’espace sonore, même si l’essentiel est concentré sur l’avant : les bruitages de la Hannibal 8 (une sorte de grondement sourd) et les scènes de foule bénéficient d’un rendu très convaincant. C’est, à n’en pas douter, de la très belle ouvrage.

Sinon, il est disponible à l’achat ou la location sur Apple +. Ou alors, attendre une rediffusion sur Arte.

the Shadow’s Edge, de Larry Yang

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  • Titre original :  Bu feng zhui ying
  • Date de sortie en salles :  3 décembre 2025 avec Space Odyssey
  • Réalisation : Larry Yang
  • Distribution : CiSha, Jackie Chan, Tony Leung Ka Fai, Wen Junhui & Zhang Zifeng
  • Scénario : Larry Yang d’après le film coréen Eye in the sky
  • Photographie : Tiantian Qian
  • Musique : Nicolas Errèra
  • Support : Blu-ray AB Vidéo (2026) en 2.39:1 / 141 min
Synopsis :

À Macao, un mystérieux mafieux et ses sept fils adoptifs manipulent et ridiculisent la police en piratant le système de surveillance ultramoderne de la ville, dans le but de récupérer une fortune en crypto-monnaie. La police devenue impuissante doit faire appel à un ancien expert qui va s’associer avec une jeune policière à laquelle il est lié par un secret qu’elle ignore. Une partie d’échecs commence alors, où les cerveaux et la loyauté seront mis à l’épreuve.

Tout auréolé de nombreux prix glanés dans les festivals asiatiques, the Shadow’s Edge de Larry Yang a fini par sortir en France en décembre 2025, axant sa campagne sur le retour de Jackie Chan essentiellement. Et même si le métrage compte bien d’autres atouts, la présence de cette star incontestable des films d’arts martiaux hong-kongais, grand admirateur de Belmondo, constitue une sorte de plus produit. À plus de 60 ans (il est né en 1954), l’interprète de Rush Hour, Police Story, du Marin des mers de Chine mais également du remake de Karaté Kid ou du plus récent the Foreigner montre qu’il a encore du potentiel – et que les jeunes n’ont qu’à bien se tenir.

Chris Tucker & Jackie Chan dans « Rush Hour 3 ».

C’est d’ailleurs plutôt revigorant de le voir en pleine action quand on sait le nombre incroyable de blessures qu’il a endurées (le bougre ayant accompli la quasi-totalité de ses cascades lui-même). Ceux qui ne le connaîtraient pas peuvent compter sur Internet qui regorge de vidéos de ses exploits ahurissants, ses chutes monumentales et ses cabrioles. Cependant, c’est surtout pour sa maîtrise des arts martiaux qu’il est connu, arrivé dans le métier (après avoir bien galéré) pour percer peu après l’ère Bruce Lee. Mais comme il lui fallait se distinguer, il s’est tourné vers la comédie, adoptant des postures et des attitudes presque clownesques, inventant un genre à lui-seul : même s’il a également interprété l’illustre Wong Fei-Hung dans Combats de maîtres, il s’est avant tout fait un nom dans toute une série de films mettant en avant sa truculence et son sens du timing, capable de prouesses acrobatiques qu’il effectue au millimètre en donnant l’impression de « ne pas le faire exprès ».

Il est ainsi devenu un maître dans l’art d’utiliser l’environnement immédiat pour se défendre lorsque son personnage est en mauvaise posture (c’est à dire tout le temps, il incarne régulièrement des individus mettant les pieds dans le plat), apte à utiliser l’objet le plus banal comme arme. Toutefois, the Shadow’s Edge a bien d’autres choses à présenter qu’une énième succession d’acrobaties de Jackie Chan, et notamment la paternité, la filiation, la loyauté, le progrès et le conflit de générations.

De gauche à droite : Zifeng Zhang/He Qiuguo ; Wong Tak-shung/Jackie Chan & Fu Longsheng/Tony Leung Ka Fai

Bien qu’assez long, le métrage se suit avec plaisir grâce à un montage enlevé enchaînant des séquences de haute volée : fusillades, pugilats, piratage informatique, traque, poursuites, filatures mettant en avant la haute technologie tout autant que les capacités physiques hors normes des protagonistes. Le tout commençant par un braquage sous tension, qui s’avère bien vite irrespirable. La police de Macao est très tôt avertie qu’un crime va avoir lieu et active alors son système vedette : l’Eye in the Sky est un réseau de milliers de caméras de surveillance piloté par une intelligence artificielle, à même de prévoir la progression des malfrats captés par ses yeux électroniques et d’échafauder la meilleure parade possible.

Sauf que, tout foire, et les forces de police constatent leur impuissance face à un groupe parfaitement organisé, rapide, précis et semblant avoir systématiquement plusieurs coups d’avance – d’autant qu’ils ont piraté leur réseau informatique, semant les inspecteurs, pourtant compétents, et les envoyant sur de fausses pistes. Imaginez Ocean’s Eleven rencontrant le Mission : Impossible de De Palma, avec des relents de Heat et de the RaidContre un groupe aussi bien dirigé par un leader totalement maître de son sujet, les policiers même les plus efficaces et observateurs n’ont aucune chance : ce groupe leur a tout simplement filé entre les doigts. À croire qu’il y a un traître parmi eux…

Quelques secondes avant le remake de la scène de l’ascenseur de « Captain America : Winter Soldier »…

Le résultat ne se fait pas attendre : tandis que la bande concocte déjà la seconde partie de son plan extrêmement ambitieux, les flics sont sommés de prendre toutes les mesures nécessaires pour les retrouver. Le problème vient de leur inaptitude à agir correctement sans l’appui des réseaux informatiques : il faut donc en revenir aux bonnes vieilles méthodes. C’est là qu’on va faire appel à une ancienne gloire des forces de l’ordre, désormais à la retraite (il est dog-sitter !) : Wong Tak-Chung aura tôt fait de comprendre que derrière ce casse diabolique se cache l’un de ses anciens adversaires, Fu Longsheng, maître des illusions et des déguisements, que personne n’a jamais identifié.

L’ancien flic reconverti en dog-sitter…

C’est là qu’on aborde l’acte II du the Shadow’s Edge : la traque. Les indices sont très minces et Wong sait qu’il faudra mettre en place un programme de filature patient et méticuleux. Or, les policiers d’aujourd’hui ne sont plus formés à ce genre d’exercice. Autre problème : il faut absolument utiliser des recrues dont le visage ne sera pas connu des malfrats. Voilà donc Wong à la tête d’un groupe de jeunes flics qu’il affuble de noms de code grotesques. Parmi eux, He Qiuguo, la fille de son ancien partenaire, mort à cause de lui : les relations, évidemment, seront d’abord extrêmement tendues entre le caractère farouche de la jeune fille et le paternalisme coupable du vieil enquêteur…

Si l’on perd évidemment en rythme après la très intense première demi-heure, la réalisation parvient à entretenir un tempo soutenu par une succession de petites saynètes et quelques intermèdes plutôt drôles, avant de passer aux choses sérieuses et de resserrer le noeud autour de leur cible. L’utilisation malicieuse des drones permet de varier adroitement les points de vue sans exagérer comme on a pu le voir dans les récentes productions Netflix, ou le dernier Michael Bay.

Cependant, le traqué se mue très vite en traqueur, et l’équipe de braqueurs, qui a des velléités d’autonomie, pourrait bien choisir de se passer de son vieux chef. De quoi pimenter encore un peu plus le film qui se dirige vers une résolution finale parsemée de retournements de situation avec des scènes d’action encore plus brutales où Jackie Chan fait parler sa classe en vieux flic qui en a sous la pédale. Toutefois, il aura fort à faire avec un Tony Leung assez impressionnant, tandis que les jeunes flics font face à des hors-la-loi tout aussi jeunes et assez charismatiques.

Parmi ces derniers, les aficionados reconnaîtront sans peine Junhui Wen du groupe de K-Pop Seventeen : sa grâce et son physique de BG le trahissent immédiatement. À ses côtés se révèle CiSha dans le rôle de Simon, l’aîné des « enfants » de Longsheng, dans un personnage ambivalent : les cinéphiles l’avaient sans doute remarqué dans Creation of the Gods. La jeune Zifeng Zhang se montre plutôt prometteuse sous sa moue boudeuse. Toutefois, Tony Leung Ka Fai emporte l’adhésion : l’inoubliable interprète de l’Amant de Jean-Jacques Annaud (mais aussi de Detective Dee : le Mystère de la flamme fantôme ou des Cendres du temps) se révèle tout à fait convaincant, voire impressionnant dans la peau de ce caméléon qui envisage chaque action comme un mouvement aux échecs.

Les ressorts dramatiques sont certes usés jusqu’à la corde et on sait qu’on aura son lot de twists (et même une scène post-générique !), mais l’ensemble est agréable, tendu et délassant, avec une belle complicité entre les anciens et les modernes et un regard assez intéressant sur l’usage de la technologie. Tout au long du générique de fin, comme c’est de coutume dans les films de Jackie Chan, vous pourrez avoir quelques prises ratées démontrant la rudesse de certaines scènes et l’implication des comédiens.

Les vieux loups montrent encore les dents…

Le blu-ray sortant le 7 avril 2026 chez AB Vidéo procure une image propre, très synthétique, qui colle bien aux séquences bourrées d’acrobaties et d’écrans. La bande son diffuse des basses généreuses, surtout en VO (tout le film a été tourné en mandarin). De quoi redonner sa chance à ce bon blockbuster asiatique qui annonce une suite.

Million Dollar Baby de Clint Eastwood

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  • Titre original : Million Dollar Baby
  • Date de sortie en salles :  23 mars 2005 avec Mars Distribution
  • Réalisation : Clint Eastwood
  • Distribution : Clint Eastwood, Morgan Freeman, Hilary Swank, Jay Baruchel & Anthony Mackie
  • Scénario : Paul Haggis d’après le roman de F. X. Toole
  • Photographie : Tom Stern
  • Musique : Clint & Kyle Eastwood
  • Support : Blu-ray Studio Canal (2008) region B en 2.35:1 / 132 min
Synopsis :

Rejeté depuis longtemps par sa fille, l’entraîneur Frankie Dunn s’est replié sur lui-même et vit dans un désert affectif, en évitant toute relation qui pourrait accroître sa douleur et sa culpabilité. Le jour où Maggie Fitzgerald, 31 ans, pousse la porte de son gymnase à la recherche d’un coach, elle n’amène pas seulement avec elle sa jeunesse et sa force, mais aussi une histoire jalonnée d’épreuves et une exigence, vitale et urgente : monter sur le ring, entraînée par Frankie, et enfin concrétiser le rêve d’une vie. Après avoir repoussé plusieurs fois sa demande, Frankie se laisse convaincre par l’inflexible détermination de la jeune femme. Une relation mouvementée, tour à tour stimulante et exaspérante, se noue entre eux, au fil de laquelle Maggie et l’entraîneur se découvrent une communauté d’esprit et une complicité inattendues…

Dans la filmographie du grand Clint Eastwood (Juré n°2, le Cas Richard Jewell) qui a vu sa popularité en Europe grandir au fur et à mesure qu’on regardait ses premiers Inspecteur Harry d’une manière plus détachée, Million Dollar Baby figure parmi les succès les plus consensuels, drainant les spectateurs et la sympathie de la plupart des critiques, même les plus blasés.

Il y avait pourtant de quoi le critiquer, car l’oeuvre s’avère complètement prévisible : nombre de situations sont déjà vues et l’on devine souvent la conclusion dès leur entame (l’arrivée chez sa mère avec les clefs de la nouvelle maison : on se doutait déjà que l’accueil serait glacial). Parfois, on n’est pas loin du mélo, il faut bien se l’avouer. Et il ne s’en faut pas de beaucoup pour qu’on dise de Million Dollar Baby que c’est juste un énième film sur des concepts éculés.

Pourtant, l’ensemble fonctionne. Étonnamment bien, avouons-le. Parce que les comédiens sont formidables, la mise en scène soignée et élégante, sans effet de manche, la musique discrète et juste : parce qu’une réelle synergie nous concocte dans une vieille marmite avec une vieille recette un des métrages les plus enthousiasmants et les plus émouvants de la décennie 2000. 

En fait, il fallait trois éléments : les trois comédiens principaux, tout simplement, l’un d’entre eux étant en outre le chef d’orchestre touche-à-tout (compositeur, entre autres choses). Tout le long du film, Eastwood se rapproche de son sujet, l’enveloppe, le cerne avant de le magnifier avec élégance et discrétion. Peu de gros plans avant la fin, magistrale et pourtant cadrée si simplement que c’en est bluffant de maîtrise. La lumière participe de cette progression : l’intégralité du métrage baigne dans une atmosphère ouatée, dans une ambiance délétère entre vestiaire et chambre d’hôpital ; on sent presque l’éther et la sueur, l’odeur du vieux caoutchouc et du moisi, celle d’un cheeseburger complaisamment donné à un ami – ou d’une tarte au citron meringué fait maison…

Eastwood maîtrise le clair-obscur et n’expose que rarement ses personnages qui naviguent toujours entre l’ombre et la lumière ; seule Maggie, dont le sourire illumine certaines images, se révèle, tout en gardant quelques secrets qu’elle dévoilera au spectateur patient et attentif.

Car malgré le thème de la boxe, le film n’a rien de violent, au contraire : il s’articule sur beaucoup de dialogues monocordes dont Eastwood et Freeman ont le secret, une voix off qui ponctue le film et lui donne une fluidité et une limpidité hallucinantes. Toutefois, il y a aussi des combats. Brutaux, rythmés, saisissants… et rapides. Clint ne s’appesantit pas sur eux, tout en en laissant suffisamment pour ne pas frustrer l’amateur de punchs et d’uppercuts.

C’est uniquement le destin de deux personnes qui se joue, deux êtres qui vont se trouver grâce à une troisième personne : le personnage de Morgan Freeman (Robin des bois, prince des voleurs, les Évadés) est indispensable à ce duo improbable, il constitue un liant indissociable de la préparation, un trait d’union humain. Freeman, justement, y est extraordinaire et son jeu sans fioriture est un exemple pour ceux qui cherchent à en faire trop. Vous me direz qu’il a l’avantage de l’âge. Peut-être, mais quelle élégance et quel charisme ! Gwyneth Paltrow ne tarissait d’ailleurs pas d’éloges sur son partenaire de Seven, dans des termes équivalents, alors qu’elle interprétait la femme de Brad Pitt !

On en oublierait presque d’évoquer Hilary Swank : merveilleuse, lumineuse, elle nous interprète une Maggie à l’enthousiasme juvénile alors que la vie l’a déjà bien consumée, une vie misérable dans un contexte misérable. Elle a une chance à saisir, une seule peut-être, et elle choisit de la confier à cet ancien soigneur devenu patron d’une salle de boxe et qui vient justement de perdre son poulain le plus prometteur. Une relation chaotique commence alors, emplie de heurts et beaucoup de non-dits, mais une relation appelée à évoluer. C’est cette relation qui cimente le film et on finit par s’apercevoir qu’on n’est pas si loin de la tendre passion de Sur la Route de Madison. Les Oscars obtenus, ne serait-ce que de ce point de vue, sont amplement mérités.

N’oublions pas Clint, tout de même : il campe un être digne, dur mais qu’on devine vulnérable, tournant en bourrique le prêtre de l’église qu’il fréquente chaque jour et nourrissant une culpabilité qui le ronge. Il interprète son personnage avec beaucoup de justesse, juste ce qu’il faut de robustesse et de fêlure. Un grand numéro également, qu’on aura par la suite l’occasion de revoir par intermittences dans Gran Torino ou the Mule. Il fait écho à la prestation majuscule de Nick Nolte dans Warrior, dans un registre similaire.

Reste le final : sans tambour ni trompette, la dernière séquence vient couronner cette œuvre magistrale qui ne déroutera personne et a dû en émouvoir beaucoup.

le Bandit aveugle de Kazuo Mori

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  • Titre original : Shiranui kengyō
  • Date de sortie en salles (Japon) :  1er septembre 1960 avec Daiei
  • Réalisation : Kazuo Mori
  • Distribution : Shintarō Katsu, Tamao Nakamura, Fujio Suga & Tōru Abe
  • Scénario : Minoru Inuzuka d’après une pièce de kabuki de Nobuo Uno
  • Photographie : Sōichi Aisaka
  • Musique : Ichirō Saitō
  • Support : Blu-ray Roboto (2025) en 2,35:1 /91 min 
Synopsis :

Suginoichi, aveugle de naissance, est recueilli par un kengyō, maître respecté d’une école pour aveugles, dans laquelle il apprend les arts traditionnels du massage, de l’acupuncture et du shamisen. Cependant, Suginoichi refuse d’accepter sa condition modeste et aspire à un pouvoir social et matériel plus élevé que ce que lui offre son rang. Il met très tôt son intelligence au service de la ruse et de la manipulation. Il devient progressivement un criminel sournois, usant du vol, de l’escroquerie et du meurtre pour abuser de femmes sans défense et éliminer ses rivaux dans la quête de succession à la tête de l’école des aveugles, allant jusqu’à s’associer à une bande de malfrats sans scrupules.

Fin décembre 2025, l’éditeur Roboto films proposait à la vente un coffret alléchant intitulé « les Origines de Zatoïchi » volume 1 : cinq films en blu-ray glissés dans des digipacks solides au sein d’un étui rigide de bonne facture, chaque film étant en outre accompagné en bonus d’une présentation exhaustive par Clément Rauger des Cahiers du Cinéma.

De quoi attirer tous les cinéphiles en général, les amateurs de wu xia pian en particulier mais également les plus jeunes, qui ont découvert la saga Zatoïchi avec l’un de ses derniers avatars, le film de Takeshi Kitano de 2003. Car cette saga est un monument du cinéma nippon : le film de 2003 en marque ainsi le 27e opus d’une histoire également déclinée au théâtre et à la télévision.

Sauf que le film que nous vous présentons aujourd’hui, bien qu’intégré dans le coffret cité plus haut, ne concerne pas le personnage du masseur/sabreur aveugle s’efforçant d’aider les plus démunis : Suginoichi, quoiqu’affublé du même handicap, est bien loin d’avoir les mêmes principes et aspirations que Zatoïchi. En dehors du contexte historique, le seul autre point commun justifiant sa place dans l’édition réside dans l’acteur principal, Shintarō Katsu, qui justement incarnera plusieurs fois le héros légendaire de cette saga par la suite.

Suginoichi attendant patiemment que son maître lui confie une mission.

En effet, le Bandit aveugle est sorti en 1960, soit deux ans avant le premier film officiel de la franchise, la Légende de Zatoïchi : le Masseur aveugle, réalisé par Kenji Misumi. Sa mise en scène a été confié à un cinéaste bien rôdé qui végétait quelque peu mais disposait d’un savoir-faire certain hérité de son expérience : Kazuo Mori sait placer son cadre, gérer les espaces restreints typiques des intérieurs japonais et diriger ses acteurs. Fait intéressant : on lui confiera d’ailleurs les rênes du plusieurs autres films de la saga, où il retrouvera donc Katsu.

Ce dernier est sans aucun doute l’atout majeur du Bandit aveugle : son interprétation totalement habitée, à la limite du sur-jeu, finit par emporter l’adhésion, et hausse le drame proposé par Mori au-dessus du tout-venant, s’achevant sur un final où son emphase presque hallucinée s’ajoute à la dramatisation de l’événement qui met fin à la carrière de ce gredin.

Car contrairement à Zatoïchi, comme nous vous le disions, Suginoichi est un ambitieux sans scrupules. La première séquence nous montre un charmant bambin au sourire enjôleur et à la diction précise, flanqué d’un garçon un peu simplet, Tomekichi, qui use de sa cécité pour attirer la sympathie des adultes et, ainsi, tenter de leur soutirer quelque menue monnaie. Car le maigre pécule rapporté par le père ne le satisfait pas, et il fait sienne la devise de sa mère : « Tout tourne autour de l’argent. » Dès lors, son admission dans un institut dirigé par un kengyō (un sage aveugle dirigeant une sorte d’académie de non-voyants qui apprennent l’acupuncture et l’art du massage) ne constituera qu’une étape de son ascension sociale, qu’il désire irrésistible.

Dès lors, devenu masseur, mais visiblement relégué au second rang de cette école, Suginoichi attend son heure. On l’a vu, enfant, malicieux et retors, capable d’extorquer de l’argent à des adultes crédules (et bien naïfs). Il a développé son esprit pour être capable de profiter de la moindre occasion de s’enrichir sur le dos des autres. Il fait de son handicap un atout, le rendant insoupçonnable (d’autant que les aveugles avaient un statut assez respecté, surtout lorsqu’ils possédaient des aptitudes de soignants). Lors d’une mission à l’extérieur, il commet son premier forfait mais se voit contraint de partager son butin avec Kurakichi, un malfrat notoire surnommé « le coupeur de têtes » qui avait été témoin de son acte.

Suginoichi soulageant (définitivement) les douleurs d’un voyageur imprudent.

Suginoichi se retrouve donc à la solde de ce bandit de grand chemin, lui promettant l’accès aux maisons les plus respectées dans le but d’y dérober les richesses cachées. On sent bien que l’aveugle cherchera par tous les moyens à se servir de ses complices avant de se débarrasser d’eux : le véritable visage du masseur se fait jour. Katsu se fait un malin plaisir de nous le montrer en apparence vulnérable, obéissant et poli avant de dévoiler une face obscure, machiavélique et immorale.

Les jeunes femmes mariées sont des proies aisées pour lui, et l’on comprend également qu’outre le vol et l’extorsion de fonds, il n’hésitera pas non plus à abuser d’elles en se servant de leurs plus grands secrets. Il suffit de voir comment il traite son éternel acolyte, Tome, pour comprendre à quel point il s’estime supérieur à la plèbe laborieuse.

N’y cherchez pas cependant de combats de sabre ou de séquences d’arts martiaux : le Bandit aveugle est avant tout une histoire dramatique suivant un homme que rien n’arrêtera sur la voie du succès, se plaçant d’office au-dessus de la morale et des principes sociaux. Il n’hésitera ni à tromper, flouer, ou mentir, ni encore à assassiner ou violer ses victimes, sans regret ni remords. Assez déstabilisant si l’on pensait suivre l’ascension d’un héros redresseur de torts. Pour le coup, le rythme s’en ressent également, bien alourdi par la musique lancinante.

Le blu-ray est une semi-réussite de la remastérisation, compte tenu de l’âge du métrage. La piste VO en DTS HD-MA 2.0 s’avère relativement claire et épargnée par le côté nasillard des enregistrements de l’époque, même si elle manque de dynamique.

Suginoichi devenu maître à son tour – mais cela ne suffit pas à son ambition sans limites.

Côté image, les plans ont été nettoyés mais certains conservent encore quelques scratches et griffures – qui ne gênent néanmoins pas la lecture. L’ensemble est plutôt propre. On déplorera le manque de contraste dans la plupart des scènes, visible dans les séquences nocturnes ou dans les transitions extérieur/intérieur, et une tendance à une petite surexposition des scènes diurnes. Cela étant dit, les gros plans révèlent une définition satisfaisante, ce qui permet de mettre en valeur la réalisation qui n’est pas avare de ceux-ci.

À vous à présent de juger sur pièces pour un film jamais sorti au cinéma en France, très rarement édité en vidéo (il n’est pas inclus dans le coffret Critérion, on le trouve parfois référencé sous le titre Agent Shiranui) qui dépeint quelques aspects méconnus d’une civilisation pleine de contradictions au travers de l’ascension d’un salopard ingénieux. Une rareté donc, à l’image de bon nombre de pièces de ce coffret qui ravira les collectionneurs et les cinéphiles.

Final Fantasy VII : Advent Children de Nomura et Nozue (2006)

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  • Titre original : Final Fantasy VII : Advent Children
  • Date de sortie en salles :  27 janvier 2006 avec Sony Pictures
  • Réalisation : Tetsuya Nomura & Takeshi Nozue
  • Distribution : les voix en VO de Takahiro Sakurai, Ayumi Ito, Maaya Sakamoto, Andrea Bowen, Keiji Fujiwara & Shutaro Morikubo 
  • Scénario : Kazushige Nojima d’après le jeu vidéo éponyme
  • Photographie : Shunya Onishi
  • Musique : Nobuo Uematsu, Kenichiro Fukui, Keiji Kawamori & Tsuyoshi Sekito
  • Support : DVD Sony (2006) en 1,77:1 /101 min (139 min en version longue)
Synopsis :

Cloud Strife, ancien soldat devenu mercenaire, luttant avec les souvenirs de son passé, décide de mener une vie solitaire dans la ville tranquille de Midgar. Un jour, Cloud reçoit l’appel d’un dénommé Kadaj, un homme mystérieux qui lui demande d’assurer sa protection. Lorsque Kadaj, Loz et Yazoo, commencent à rechercher leur « mère », ils décident bientôt de prendre possession de l’orphelinat où Cloud a élu domicile.

Alors que se profile la sortie de la troisième partie du remake du jeu légendaire, profitons-en pour nous pencher sur l’une de ses adaptations en long-métrage. Celle qui nous intéresse date de 2006.

Disons-le tout de go : le film est assez décevant dans sa globalité (à moins d’être un fan absolu de la saga de jeu vidéo dont il est tiré), conçu d’ailleurs comme une suite à l’opus VII universellement acclamé et adulé dans le cercle des joueurs depuis 1997. À l’époque de sa sortie, on peut admettre qu’il se voulait également un extraordinaire catalogue de ce qu’il était possible de faire dans l’animation 3D « réaliste » tout en y adjoignant les accélérations et trucages propres aux animes (notamment dans les combats). Admettons : néanmoins, cela n’en rend pas l’histoire plus intéressante, a fortiori pour ceux qui n’ont jamais joué à un des jeux de la saga. Quand on apprend que les créateurs du film ne savaient pas du tout comment mettre en scène un métrage de cinéma et qu’ils se sont appuyés uniquement sur leur maîtrise du gaming, on comprend mieux.

Avec cette longue liste de personnages débarquant d’on ne sait où, qui se réfèrent régulièrement au passé, on a effectivement davantage la sensation de voir un épisode supplémentaire qu’un film à part entière. Comprenez : ce qui s’est passé il y a deux ans n’est pas complètement fini. D’ailleurs, le premier plan reprend la dernière scène du jeu vidéo.

Autant dire que le risque de s’y ennuyer sérieusement est assez élevé, malgré les graphismes vraiment maîtrisés qui peuvent à eux seuls, pour un temps, laisser béats les spectateurs. On tiquera sans doute sur les visages, qui baignent régulièrement dans une sorte de flou artistique : alors que les gestes, les postures, les déplacements des personnages sont encore plus réussis que dans le précédent film Final Fantasy, les figures semblent moins travaillées, comme si les concepteurs s’étaient aperçus qu’il était vain de chercher à reproduire les mimiques si particulières de l’être humain.

Ce qui implique que les gros plans sont plus rares. Les cheveux donnent également l’impression d’être ceux d’une poupée et ne cessent de bouger au gré d’un vent inexistant. Mais ce ne sont que des détails – détails qui rappelleront aux cinéphiles les plus anciens une polémique qui était née à propos de Taram & le chaudron magique : des critiques un peu pointilleux s’offusquaient alors de l’extrême agitation du personnage dessiné, comme si les animateurs de chez Disney avaient voulu démontrer leur savoir-faire en faisant bouger perpétuellement sa chevelure où les pans des vêtements. Nul doute qu’il y ait eu un peu de ça, mais cela n’explique pas l’accueil glacial qui fut le sien à sa sortie, tant au cinéma qu’en vidéo.

Pour en revenir à notre anime, ajoutons que les combats sont l’occasion d’opérer avec des cadrages tournoyants et vertigineux, avec par exemple un Cloud maniant une épée impossible, issue de l’imagination d’un fétichiste complexé. Les premiers affrontements sont néanmoins très réussis et, malgré la rapidité des passes, plutôt intelligibles. Le combat final est moins clair, plus épileptique, multipliant les effets d’accélération au détriment de la clarté.

Encore une fois, il est dommage de ne pas avoir voulu faire un véritable film plutôt qu’une séquelle à un épisode de jeu. Les amateurs ont été bien servis (d’ailleurs l’œuvre leur est dédiée expressément) et les plus jeunes des spectateurs pourront encore apprécier sa frénésie juvénile. Quant aux autres, plus âgés ou plus blasés, ils vibreront peut-être par moments mais ressentiront plus vraisemblablement de la frustration : encore un métrage qui sacrifie le fond à la forme et sert davantage de vitrine technologique que de support à une histoire cohérente et passionnante.

Avec le recul, Final Fantasy, les Créatures de l’esprit apparaît plus solide, plus maîtrisé et même, plus ambitieux dans son approche – alors qu’il était déjà décevant à bien d’autres égards à l’époque de sa sortie.

Les éditions vidéo existant dans le commerce sont de qualité, toujours soignées même et jusque dans leur emballage. Les bonus sont nombreux, dont beaucoup se concentrent sur les personnages du jeu vidéo ; on apprend tout de même qu’au départ le film se voulait plutôt un moyen-métrage, il s’est ensuite étoffé conséquemment. On y trouvera suivant les éditions des scènes supplémentaires (dont certaines seront réinjectées dans une version incluant un montage plus long) et un making-of.

La VF 5.1 du DVD de l’éditions spéciale s’appuie sur des dialogues un peu étouffés, pas toujours très audibles. La musique en revanche est très claire, avec une dynamique élevée et disposant de basses impressionnantes. Les effets surround peuvent même être surprenants.

Les images sont éblouissantes, dotées d’une définition irréprochable. Certains plans sont de toute beauté, élaborés avec beaucoup de recherches sur l’éclairage (coucher de soleil, contre-jour) et les textures (on admirera ainsi de magnifiques jeux de reflets sur l’eau). Mais l’on privilégiera si possible la version remastérisée en 4K récemment (voir la vidéo ci-dessous), qui est davantage adaptée à nos standards actuels.

A normal family, de Hur Jin-ho

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  • Titre original : Botong-ui Gajok
  • Date de sortie en salles :  11 juin 2025 avec Diaphana distribution
  • Réalisation : Hur Jin-ho
  • Distribution : Sul Kyung-gu, Jang Dong-gun, Kim Hee-ae & Claudia Kim
  • Scénario : Park Joon-seok & Park Eun-kyo d’après le roman Het Diner de Herman Koch
  • Photographie : Go Rak-sun
  • Musique : Sung-woo Jo
  • Support : Blu-ray Diaphana (2025) en 1,85:1 /116 min
Synopsis :

Deux frères, un avocat matérialiste et un chirurgien idéaliste, se retrouvent régulièrement avec leurs épouses respectives pour dîner. Lorsqu’une affaire criminelle qui les implique explose dans les médias, leur sens de la morale va être mis à l’épreuve.

Quatrième adaptation du roman néerlandais Het Diner (« le Dîner »), A normal family, présenté d’abord au Festival de Toronto en 2023, a reçu de par le monde et au gré des projections un excellent accueil, récoltant plusieurs prix (dont le prix du Meilleur Scénario à porto et à Mons). En France, il a eu l’honneur de clôturer le Festival du Film coréen en novembre 2024 avant d’être projeté dans les salles à l’été suivant.

Repas de famille dans un grand restaurant

Le réalisateur a rassemblé deux acteurs chevronnés (Sul Kyung-gu, aperçu dans Sans pitié, et Jang Dong-gun), qui avaient déjà joué ensemble dans une adaptation remarquée des Liaisons dangereuses, afin d’interpréter deux frères totalement opposés dans leurs principes, mais unis malgré eux. En effet, ils doivent s’occuper de leur mère atteinte de démence, avant de gérer ensuite le problème engendré par leurs enfants respectifs.

Jae-wan est un avocat brillant, vivant sur un grand train. Il a connu une période difficile après le décès de sa première femme et a dû s’en remettre à son frère cadet pour prendre soin de leur mère et de sa fille Hye-yoon. Il vient à peine de retrouver bonheur et stabilité dans les bras de sa nouvelle (et très jeune) épouse, Ji-soo, avec laquelle ils ont eu un bébé. Les cinéphiles reconnaîtront sans doute en cette dernière Claudia Kim, mannequin qui a débuté au cinéma dans Avengers : l’Ère d’Ultron avant d’enchaîner sur les Animaux fantastiques.

Ji-soo aux côtés de son mari Jae-wan

Ji-soo est une jeune femme élégante et dynamique, préoccupée par l’entretien de sa condition physique mais également par sa volonté de s’intégrer dans cette famille. Un objectif honorable quoique ardu car sa belle-fille ne lui adresse pas la parole. Quant à sa belle-soeur, elle ne l’accepte pas du tout, qui ne se prive pas de lui envoyer des piques et des remarques déplacées lors de leurs traditionnelles réunions de famille au cours d’un dîner dans un grand restaurant.

Jae-gyoo & sa femme Yeon-kyeong

La belle-soeur se nomme Yeon-kyeong. Elle aurait pu avoir une grande carrière de traductrice sauf qu’elle a une double charge sur les bras : sa belle-mère, dont la mémoire flanche et que l’aide-soignante a bien du mal à maîtriser ; et son fils, Si-ho, garçon taciturne aux résultats scolaires décevants, qui doit en outre supporter les brimades de ses harceleur. L’on comprend ainsi aisément la rancoeur de Yeon-kyeong, qui supporte de plus en plus mal les sacrifices financiers qu’ils ont dû consentir – et voit dans la jeune belle-soeur tout ce qu’elle ne peut pas être.

Si-ho, le fils du médecin

Cependant, elle ne tient pas (encore) rigueur à son mari d’être absent. Jae-gyoo s’avère être un homme intègre, un médecin admiré dans sa profession, qui se donne corps et âme à son travail, au point de payer pour les patients sans le sou, et d’accomplir des actions humanitaires un peu partout dans le monde. Un homme de principes, au sens moral élevé, qui digère mal les activités de son aîné, lequel peut être amené à défendre (en tant qu’avocat) des personnalités douteuses.

Hye-yoon, la fille de l’avocat

Ou carrément abjectes.

Comme ce chauffard, fils d’une grand famille, qui au début du film renverse volontairement un joueur de base-ball, le tuant sur le coup et envoyant sa fille à l’hôpital. Le pronostic vital de la gamine est engagé. Cet accident soulève l’opinion, et instille des tensions dans les relations déjà compliquées entre les deux frères. Car c’est Jae-gyoo qui a opéré la petite, et passe ses journées à consoler une mère éplorée, mais c’est Jae-wan qui va défendre le chauffard, la famille de ce dernier payant grassement ses honoraires.

La première réunion de famille se déroule dans ce cadre tendu : les deux frères sont opposés sur la manière de gérer cet accident, mais aussi sur ce qu’il convient de faire pour leur mère grabataire. L’aîné évoque une pension de retraite luxueuse, dont il paierait les 4/5, mais le médecin se braque – ne tenant même pas compte du poids qu’il fait peser sur les épaules de sa propre femme.

Les deux frères discutent de la garde de leur mère

C’est alors que survient l’incident dramatique qui va bouleverser leurs rapports, quand leurs propres enfants respectifs seront mêlés à une affaire sordide.

La mise en scène évite le spectaculaire mais se montre d’une fluidité extrêmement agréable, multipliant les champs-contre-champs sur une musique parfaitement adéquate. Elle contribue à refermer le cadre en le centrant sur les protagonistes, tous opposés (les deux frères, les deux épouses). Les deux enfants sont également différents : l’une est brillante bien que s’adonnant également aux plaisirs interdits propres à la jeunesse ; l’autre n’en a pas les moyens, ni l’intelligence, mais trouve chez sa cousine la seule relation stable qu’il connaisse.

La tension monte d’un cran…

L’intérêt du script est de présenter une situation de départ explosive, avec des caractères qui s’opposent, et d’injecter des événements qui jetteront l’huile sur le feu. Mieux : ils génèreront d’innombrables circonvolutions morales lorsque chacun des personnages sera confronté à la limite de ses principes. Que fera le père arriviste pour protéger son enfant ? Et le père intègre, jusqu’où conservera-t-il son intégrité si le bien-être de son fils (déjà bien malmené par la vie) est en jeu ? La femme du médecin pourra-t-elle supporter ce drame supplémentaire, elle qui se ruine la santé pour tenir la famille à bout de bras ?

Et les enfants ? Se rendent-ils au moins compte de l’horreur qu’ils ont commise ?

L’avocat s’apprête à commettre l’irréparable.

Chaque discussion, chaque argumentation et contre-argumentation éveillera incontestablement des échos chez chacun d’entre nous. Qu’aurait-on fait dans ces cas ? Certes, on pourra arguer que le trait est très légèrement forcé. Le déroulement suit toutefois une progression aussi logique qu’implacable, jusqu’à la tragédie finale, inéluctable. On saluera l’interprétation très digne des quatre adultes, toute en nuances. Elle parvient à éviter les explosions émotionnelles typiques du cinéma asiatique afin de privilégier les regards, les répliques acerbes et les sous-entendus malsains. En outre, on ne pourra qu’apprécier cette transposition opportune dans le cadre très policé de la société coréenne.

Une belle découverte, convaincante et glaçante par ses implications éthiques.

Urgence, de Gilles Béhat

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  • Titre original : Urgence
  • Date de sortie en salles : 30 janvier 1985 avec Parafrance
  • Réalisation : Gilles Béhat
  • Distribution : Richard Berry, Bernard-Pierre Donnadieu, Fanny Bastien, Jean-François Balmer & Catherine Allégret
  • Scénario : Gilles Béhat & Jean Herman d’après le roman Qui vous parle de mourir ? de Gérard Carré & Didier Cohen
  • Photographie : Pierre Lhomme
  • Musique : Jean-Hector Drand
  • Support : Blu-ray Arcadès (2026) en 1,85:1 /100 min

 

Synopsis :

Paris, 1985. Max Forestier, jeune journaliste infiltré dans un groupe terroriste néo-nazi, est surpris par l’un d’eux, Lucas Schroeder, en train de filmer la mise en place d’un attentat raciste. Mortellement blessé et poursuivi, il a juste le temps de remettre à sa sœur, Lyza, un étrange message. D’abord prise en chasse par les poursuivants de Max, Lyza parvient à s’enfuir et arrive jusqu’à l’agence de presse Omega, pour laquelle son frère travaillait dans l’ombre du journaliste Villard. Elle y rencontre Jean-Pierre Mougin, un jeune chroniqueur sportif qui, malgré lui, se trouve embarqué dans une enquête marathon de trente-six heures, pour comprendre où et quand aura lieu cet attentat.

Fanny Bastien est Lyza, la soeur de Max

Avec Urgence, nous continuons d’explorer au gré des sorties exclusives en blu-ray orchestrées par les éditions Arcadès cette décennie riche en films policiers qui envahirent les salles obscures entre 1979 et 1987. Comme le raconte le spécialiste interrogé dans l’un des suppléments du disque (le Cinéma français en garde à vue), le succès surprise de la Guerre des polices en 1979 a eu pour effet de lancer la production de polars plus ancrés sur le réel, cherchant à toucher une nouvelle génération. De jeunes réalisateurs furent appelés alors pour porter à l’écran des adaptations de la « Série Noire » ou des scripts originaux, et les jeunes comédiens ne rechignèrent plus à participer à ces métrages, auparavant jugés moins nobles : on l’a pu voir avec notre précédente chronique, où Sandrine Bonnaire et Laurent Malet tenaient tête à un vieux de la vieille (Jean Carmet).

Richard Berry est Jean-Pierre, reporter sportif

Les plus âgés de nos lecteurs se souviennent sans doute plus aisément des grosses productions de ces années-là avec Jean-Paul Belmondo (le Professionnel, le Marginal) ou Alain Delon (plein de films avec le vocable « flic » dans le titre), mais le vent était en train de tourner en suivant la société post-1981 et le public cherchait de nouvelles têtes, de nouvelles sensations – d’où l’énorme succès rencontré par la Balance (1982). Jusqu’à ce que TF1 se lance à son tour dans ce manège en produisant d’innombrables téléfilms policiers, avant de mettre en chantier des séries ultra-populaires comme Navarro. Cela sonna donc le glas de cette mode passagère mais ô combien prolifique, dont Urgence constitue un exemple assez intéressant.

Contrairement à Tir à vue, qui mettait en avant l’image au détriment d’un scénario simpliste, et jouait ostensiblement sur le charme de ses jeunes acteurs, Gilles Béhat (lequel s’était fait un nom avec l’intriguant Rue barbare en 1984) a construit son métrage sur une trame nettement plus dense, soulevant des problèmes qui font étrangement écho à ceux que nous connaissons aujourd’hui : la radicalisation des messages et actions politiques recourant à la violence, voire au meurtre. Urgence s’ouvre sur un film dans le film, celui tourné par un jeune homme prénommé Max qui enregistre d’abord l’arrivée d’un camion de matériel scénique destiné à un concert, puis celle d’un groupe d’individus dissimulant un dispositif dans un des appareils d’amplification. Repéré par un des truands, il s’enfuit in extremis avec sa caméra, gravement touché par un tir de revolver dans le dos.

C’est le début d’une course-poursuite dans laquelle il est le poursuivi, avant de transmettre le flambeau à sa soeur qui fait du baby-sitting chez un bourgeois bien antipathique. Poursuite qui se mue ensuite en filature, le dénommé Lucas étant chargé de veiller à ce que la soeur ne dévoile pas les secrets enregistrés par Max – c’est là qu’on apprend que Lucas est un flic et qu’il peut user facilement des informations que sa hiérarchie lui fournit.

Bernard-Pierre Donnadieu est Lucas, le nazi à leurs trousses

En acceptant de l’aider (d’abord à contrecoeur, et doutant sincèrement des allégations fumeuses de la « jeune sirène » – elle s’est présentée à lui pieds nus, sous la pluie), Jean-Pierre va risquer plusieurs fois sa vie, jusqu’à ce qu’il comprenne que celle de nombreux autres innocents sont en jeu : il devra remonter le fil ténu de l’enquête commençant au repaire de Max (dans une banlieue désaffectée, fréquentée par des loubards désoeuvrés) mais aussi convaincre ses responsables tout en échappant à la fois à Lucas et aux flics, tous lancés à ses trousses en le croyant coupable de la mort d’un collègue journaliste.

Un rythme qui ne faiblit pas, de l’action constante (poursuites en voiture ou à pied, pugilats ou combat à l’arme blanche), une tension permanente, des dialogues acérés et un thème qui met mal à l’aise, servi par des acteurs qui semblent investis : Richard Berry incarne son rôle avec une certaine désinvolture, plus à l’aise dans le feu de l’action que dans les dialogues, pour lesquels il n’a pas encore le flow qu’il acquerra en vieillissant. Face à lui, l’éternel antagoniste au regard de tueur, Bernard-Pierre Donnadieu (qui sait si bien se faire détester, comme il le prouvait déjà dans le Professionnel en 1981) est plus que convaincant, avec ce côté implacable qui sied parfaitement aux assassins. Sa coupe de cheveux, sa moustache et sa tenue peuvent faire tiquer, mais elles s’accordent avec son alignement idéologique.

Fanny Bastien n’a ni l’aura ni l’aisance scénique de ses partenaires, mais elle compense par une certaine hargne bienvenue dans ses répliques – ça fait plaisir de voir une jeune femme qui ne s’en laisse pas compter et refuse le statut de victime. On saluera également le fait que, pour une fois, en dehors d’une seule scène, elle n’aura pas à dévoiler son corps à la caméra, comme il était de règle à cette époque pour les jeunes actrices. Pour l’anecdote, on aura la surprise de reconnaître Artus de Penguern (Amélie Poulain) et Muriel Robin en figurante.

Le fond de l’histoire (l’existence d’un groupuscule néo-nazi dans lequel sont compromis des politiques et des officiers de police) montre que cette préoccupation ne fait que resurgir de manière cyclique : la triste actualité prouve que la violence demeure un moyen toujours aussi mortellement efficace de faire passer son message. Béhat le traite sans doute de façon un peu naïve (la cérémonie filmée frise le grotesque), toutefois le pot-aux-roses est révélé assez astucieusement, avec la scène la plus prenante et la plus réussie du film.

Cela mis à part, il ne faut pas s’attendre non plus à un chef-d’oeuvre : malgré le soin apporté aux scènes de combat, leur chorégraphie fait peine à voir eu égard aux standards actuels. Le côté très écrit des dialogues sonne parfois faux, même si c’est moins flagrant que dans Tir à vue. Enfin, certaines facilités scénaristiques peuvent faire sortir de l’intrigue, qui a néanmoins le mérite d’être moins transparente que dans nombre de productions de l’époque.

Si vous êtes intéressés, Arcadès le sort pour la première fois en blu-ray le 17 mars 2026, incluant le documentaire cité plus haut et une présentation détaillée du métrage. L’occasion d’apprécier un film nerveux, sans temps mort et réalisé efficacement, reflet d’une époque révolue où le cinéma de genre renouvelait ses codes.

 

Le Meilleur, de Barry Levinson

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  • Titre original : The Natural
  • Date de sortie en salles : 19 septembre 1984 avec TriStar
  • Réalisation : Barry Levinson
  • Distribution : Robert Redford, Glenn Close, Robert Duvall, Barbara Hershey, Michael Madsen & Kim Basinger
  • Scénario : Phil Dusenberry & Roger Towne d’après le roman de Bernard Malamud
  • Photographie : Caleb Deschanel
  • Musique : Randy Newman
  • Support : Blu-ray UHD 4K TriStar (2019) en 1,85:1 /138 min
Synopsis :

En 1918, le rêve de Roy Hobbs était de devenir joueur de Base-Ball ; son père était fermement persuadé qu’il serait le plus grand de tous, et l’a encouragé dans cette voie. Il était sur le point d’accéder à la renommée nationale lorsque sa carrière s’interrompit brutalement quand une femme lui tira dessus. Il lui a fallu quinze années de galère avant de pouvoir à nouveau intégrer une équipe de professionnels, bien décidé à aller au bout de son rêve : mais comment convaincre quand on est un rookie de trente-cinq ans ?

Robert Duvall s’en est allé, après une longue et prolifique existence (plus de 140 films à son actif en tant qu’acteur) récompensée par un Oscar et des rôles marquants dans des films incontournables (Apocalypse now, le Parrain). Pourtant, si l’on me demande, c’est d’abord son rôle de Max Mercy, chroniqueur et illustrateur de base-ball dans le Meilleur, qui me revient en premier à l’esprit. Un rôle qui lui allait comme un gant, avec ce côté suspicieux et ironique, son regard acéré, sa manière de grommeler et de marmonner, et sa posture rappelant celle d’un boxeur en train d’esquiver. À bien y réfléchir, il ressemble à Cash dans Jack Reacher où il incarnait le gérant d’un club de tir : mêmes mimiques, mêmes sous-entendus, même filouterie. Et à tant d’autres de ses personnages finalement très similaires (autre exemple : Otto dans 60 secondes chrono).

Robert Duvall dans le rôle de Max Mercy

Lui dire adieu, c’est donc se rappeler les bons moments passés avec lui, comme, donc, le Meilleur, ce film typiquement américain sur la seconde chance, le don, le sport et ses valeurs humanistes, mais également si romantique dans sa conception et si mythologique dans sa portée, servi par un très grand Robert Redford (Brubaker) et porté par une partition magistrale de Randy Newman (l’inoubliable compositeur de Toy Story) dont le thème principal a été régulièrement repris (et qui a fort justement été récompensée par un Grammy Award).

Un film qui fait partie de mes préférés pour plein de petits détails, outre un casting idéal – au sein duquel on remarque un jeune Michael Madsen (Reservoir Dogs), bien éclipsé par l’aura déjà étincelante de Kim Basinger (Batman) – mais également pour cette réalisation subtilement élégante de Barry Levinson (Rain Man) sachant gérer la tension avec maestria, afin d’épouser le crescendo inouï (de la foule et de la musique) au moment où Roy Hobbs va frapper la balle pour la première fois alors qu’il a attendu des semaines que son coach l’appelle.

Voici donc, explosant les rétines, un climax avant l’heure, qu’on retrouvera décuplé à la toute fin, dans ce match de la dernière chance où le destin d’une équipe, d’un club et d’un entraîneur reposent sur la capacité du héros à surmonter la douleur (de sa blessure handicapante et de ses doutes) et à faire appel à ce don qu’il a cultivé par amour pour un père trop tôt disparu.

Robert Redford est Roy Hobbs

C’est ce point d’orgue d’une ampleur insoutenable et la délivrance cathartique qui s’ensuit qui me font aimer le cinéma dans ce qu’il a de plus libérateur et merveilleux.

Certes, les valeurs mises en avant sont avant tout états-uniennes, avec l’idéalisation de la relation paternelle qui se traduit souvent outre-Atlantique par l’image du père et du fils se lançant la balle, comme un rite de passage obligé (ils l’évoquent abondamment dans l’interview qu’organise Kevin Costner avec trois stars des Major Leagues en supplément du blu-ray de Jusqu’au bout du rêve). On pourra sans doute y trouver un aspect un peu trop conservateur, (Roy a grandi dans une ferme, dans une vie simple et saine, entouré et aimé, tout comme Clark Kent) mais la morale de l’histoire et sa portée restent universelles.

On remarquera également que la manière de gérer l’inévitable suspense lié au monde du sport, de la compétition et du dépassement de ses limites est souvent parfaitement traduite dans le cinéma américain : on peut ne rien comprendre au base-ball, mais on est tout de même happé par la mise en scène. La trame des oeuvres fondées sur la vie d’un sportif hors du commun est souvent prévisible, inscrite dans le marbre, calquée sur celle des héros mythologiques dont ils sont les héritiers putatifs : grandeur, décadence et rédemption. Si l’auteur du roman y avait insufflé des notions inspirées de la chevalerie (les personnages étant des équivalents modernes des Chevaliers de la Table ronde), le scénariste a quant à lui ajouté des références liées à l’Odyssée d’Homère. Quoi qu’il en soit, tous ces grands sportifs d’exception à l’écran finissent souvent par se ressembler.

Glenn Close joue Iris Gaines

Outre Duvall et les jeunes acteurs cités, on trouvera avant tout deux interprétations de haut niveau : Glenn Close, discrète, mais rayonnante, est d’une justesse convaincante, en parfait contrepoint à la vénéneuse Barbara Hershey (Black Swan). Quant à Redford, il incarne à merveille ce joueur vieillissant mais à l’apparence juvénile, au sourire dévastateur et à la mèche rebelle, qu’on croirait né pour ce sport (il a calqué ses gestes sur un grand professionnel, au point que des spécialistes ont dit de lui qu’il serait immédiatement engagé s’il se produisait devant un recruteur).

Barbara Hershey est Harriet Bird

Pourquoi parler de celui-ci aujourd’hui ? Sans doute parce qu’il a une valeur particulière à mes yeux, et qu’il n’a, dans nos contrées, pas une grande renommée : ainsi prenez-le comme une perle dénichée au hasard d’une errance en vidéoclub, ou d’un zapping chanceux en seconde partie de soirée. De nos jours, il est désormais trouvable dans d’excellentes éditions, contenant en plus le director’s cut avec près d’un quart d’heure supplémentaire (des séquences pas vraiment nécessaires, mais l’une d’elles donne une réelle explication à une scène de funérailles qui ne marche pas trop sans elle).

Le blu-ray UHD édité par TriStar est très intéressant, propose les deux versions du film et une image restaurée sans trop d’artefacts, à la colorimétrie dopée. La bande son est d’une puissance assez impressionnante. Comme dit dans la bande-annonce :

It’s time to believe… again.