Les Valeurs de la Famille Addams, de Barry Sonnenfeld

Date de sortie : 13 novembre 1993 (États-Unis), 22 décembre 1993 (France)
Réalisateur : Barry Sonnenfeld
Acteurs principaux : Raul Julia, Anjelica Huston, Christopher Lloyd, Christina Ricci, Joan Cusack
Genre : Comédie noire
Nationalité : Américain
Compositeurs : Marc Shaiman, Vic Mizzy (thème principal), Ralph Sall

Elle cacha le diamant sous une énorme feuille de chou et le diamant se changea en bébé. Nos parents aussi vont avoir un bébé… mais eux ils ont un sexe !

« C’est lugubre, déprimant, une abomination : la chambre d’enfant idéale ! »

Suite directe de La Famille Addams avec un casting d’anthologie qui respire les années 90, Les Valeurs de la Famille Addams reprend toutes les qualités de son prédécesseur afin de proposer un scénario inoubliable parsemé de références aussi morbides que sexuelles. Des événements majeurs vont en effet venir bousculer la vie quotidienne de la famille, à commencer par la naissance soudaine d’un troisième enfant (« – Madame Addams, souhaitez-vous une anesthésie ? – Non sans façon, proposez-la donc aux enfants ! »). Le bébé va alors donner de nouvelles idées de jeux à Mercredi et Pugsley (« – On le déteste pas, on veut seulement jouer avec lui. – Avec sa tête surtout. »), comme la condamnation à mort à la guillotine et la chute libre avec un boulet pour vérifier lequel des deux va rebondir. La légende raconte même qu’un des deux enfants doit mourir si une nouvelle naissance devait arriver, avant que la grand-mère ne vienne la démentir avec une profonde nostalgie envers l’époque pendant laquelle c’était effectivement le cas, Carol Kane ayant un jeu bien plus amusant que Judith Malina dans ce rôle. Les enfants devenant intenables, Gomez et Morticia font appel à une gouvernante pulpeuse à moitié barrée du nom de Debbie, jouée par la brillante Joan Cusask.

« Une maison, des enfants, et tellement de fenêtres ! »
« Elle me rend dingue !! »

Mercredi l’ayant percée à jour très rapidement (« Vous allez souffrir, vous allez beaucoup souffrir ! »), elle va être à l’origine de l’envoi des deux enfants dans un camp de vacances ainsi que du coup de foudre de Fétide, le scénario insistant fortement sur son célibat (« Les hommes bizarres et les femmes qui les évitent. ») et ses richesses. Peter Graves (connu pour son rôle dans le diptyque Y a-t-il un pilote dans l’avion ?) fait même une apparition comme présentateur télé en mentionnant une certaine veuve noire qui se marie avec des hommes riches avant de les abattre en faisant passer ça pour un accident afin d’hériter de leur argent. Le film alterne ainsi efficacement les scènes montrant la séduction tacite de Debbie pour approcher Fétide et celles dévoilant l’horrible punition que constitue le camp Chippewa pour Mercredi et Pugsley. Le couple composé par Gary et Betty Martin Granger, respectivement interprétés par Peter McNicol (SOS Fantômes 2, Dracula mort et heureux de l’être, Ally McBeal) et Christine Baranski (Birdcage, Le Grinch, Chicago), constitue en effet l’archétype des animateurs bien-pensants, hystériques et discriminatoires comme l’illustre parfaitement le poison que s’apprête à boire Mercredi après avoir entendu leur discours de présentation.

« – Alors l’une d’entre vous va jouer la victime et que fera l’autre petite fille ? Elle va jouer le sauveteur ! – Ce sera moi la victime ! – Oui toute ta vie… »
« Kumbaya my lord, kumbaya ! »

Jouée par Mercedes McNab (Buffy contre les vampires), la jeune Amanda, qui avait déjà une courte apparition à la fin du premier film, représente la parfaite enfant modèle de bonne famille et le doublage français suraigu d’Annabelle Roux rend son personnage encore plus tête à claque. Tandis qu’elle rentre rapidement en conflit avec Mercredi, cette dernière est de plus en plus attirée par Joël, un garçon pas comme les autres et allergique à tout, leur petite romance apportant une certaine légèreté tranchant avec l’humour noir du film. Le camp Chippewa devient rapidement le symbole d’une société aseptisée dans laquelle tout le monde doit suivre la même voie sous peine d’être puni. Si le concept de la cabane Disney aurait mérité davantage de subtilité, la scène assénant la chanson de negro spiritual Kumbaya à la guitare, grand classique des feux de camp depuis sa première apparition dans les années 1920, est absolument exquise dans le malaise provoqué par le ridicule des méthodes employées. Mercredi se plaît à ridiculiser Amanda avec des répliques percutantes (« – Oh, Mercredi est parfaite : elle approche de l’âge où les fillettes n’ont qu’une chose à l’esprit. – L’amour ? – L’homicide. »), notamment lors de l’exercice de sauvetage pendant lequel elle la laisse couler avant d’annoncer qu’elle ne sait pas nager.

 

Il a les yeux de mon père ce cher ange.

Gomez, enlève-les lui de la bouche !

De loin la plus grande prestation de Christina Ricci !

Le film se veut en fait être une véritable critique de la discrimination à travers les pratiques que se permettent les dirigeants du camp Chippewa. Outre leur mise à l’écart de Pugsley, Mercredi et Joël, le paroxysme de leur stigmatisation intervient lors du choix des rôles pour le spectacle de fin de séjour. S’ils ont la délicatesse de proposer à Mercredi et Joël le rôle de Pocahontas et de son fiancé indien, ils donnent comme par hasard le premier rôle à leur chouchoute Amanda ainsi que ses assistantes à l’ensemble des petites têtes blondes avec qui elle est amie. Les enfants d’origine étrangère ou en situation en handicap sont explicitement évincés tandis que Betty peine à prononcer leurs noms correctement. Quant à Pugsley, son obésité lui vaut le rôle de l’énorme dindon dans la sympathique chanson « Mangez-nous ! », amusante bien que très scolaire dans ses paroles. Les dialogues du spectacle sont volontairement stéréotypés et avilissants envers les Indiens, la mise en scène d’une rébellion organisée par Mercredi à l’insu des organisateurs constituant une excellente idée scénaristique accompagnée par ses paroles rappelant les méfaits de la colonisation infligée aux Indiens d’Amérique. Le doublage français de Claire Guyot est d’une justesse imperturbable jusqu’à ce plan d’anthologie durant lequel Mercredi craque une allumette en souriant sous le regard effrayé de sa rivale.

Une concrétisation assez inattendue !
« Je l’ai attaché à une voie ferrée avant de lui arracher ses quatre plus belles molaires ! »

Le spectacle et la musique ne sont pas en reste avec de superbes scènes comme celle où Gomez envoie Fétide contre le mur et l’entoure de couteaux, celle du tango enflammé et celle du mariage qui ressemble davantage à un enterrement avec sa mélodie grave et ses costumes morbides. Les musiques apportent énormément à l’ambiance du film en parvenant à mêler le thème principal à certaines pistes, notamment lors de l’introduction et de la révolte du spectacle. Lors d’une courte séquence mettant en avant la chanson « Macho Man » des Village People, il est possible d’apercevoir Tony Shalhoub costumé en marin, une dizaine d’années avant son rôle dans la série Monk. La maturité du film passe également par de nombreuses allusions sexuelles qui donnent du sens aux problématiques entourant les situations de Fétide et de Mercredi. Si cette dernière multiplie les remarques graveleuses du haut de sa préadolescence, c’est bien Debbie qui va attirer Fétide jusqu’à « l’envoûter dans un mystérieux charme sexuel », après des assertions comme « Je suis encore vierge » et surtout « J’aime les mains baladeuses » lorsque la Chose vient sur son épaule.

« – Mon bébé est malade, et mon cher époux se meurt. Oh maman, comment vais-je m’en sortir ? – Tu as déjà la robe noire, chérie ! »
« Je suis navré pour le dîner Deb, le Pape a une angine ! »

Les passages avec Fétide et Debbie sont l’occasion de rappeler l’absurde du scénario (« Rien que d’entendre son prénom Debbie […] il me fait penser à vestiges, débris ! ») et contribuent à penser que la famille est réellement immortelle, Fétide résistant à toutes les tentatives d’assassinat et Puberté sauvant tout le monde inopinément après une magnifique alternance de séquences entre l’histoire racontée par Debbie et le parcours d’obstacles du bébé dans la maison. Les valeurs familiales (d’où le titre du film ?) restent au cœur du propos de l’ensemble tandis que Puberté devient malade en obtenant l’apparence d’un adorable petit garçon blond aux cheveux bouclés dans une chambre recolorée, du fait de l’absence de Fétide. L’humour noir fonctionne alors dans l’autre sens tandis que la grand-mère annonce avec désarroi qu’il pourrait avoir des fossettes et obtenir un métier hautement qualifié. Toujours très présent dans l’esthétique et la narration, le macabre se caractérise moins par des décors sombres que par des situations quelque peu dérangeantes, comme le déterrement de la bague de la mère de Gomez pour de nouvelles fiançailles ou encore le visage démoniaque qu’expose Mercredi lorsqu’elle essaie sincèrement de sourire au reste du camp. Le vice est poussé jusqu’à faire intervenir une nouvelle gouvernante à l’apparence calquée sur celle de Fétide (« – Ohhh Dementia, que voilà un prénom admirable ! – Cela veut dire aliénation. – Ohhh moi, je m’appelle Fétide, cela veut dire répugnant ! »), sans oublier cette fin succulente durant laquelle la main de Debbie sort de la terre pour effrayer Joël sous le sourire sadique de Mercredi.

« Tu es un pudding au tapioca avec une bouche !! »

Outre quelques blagues difficiles à cerner (Fétide qui est sale car il viendrait d’Europe ? Des plantes vertes ?) et l’apostrophe « cara mia » bien trop présente dans l’ensemble, Les Valeurs de la Famille Addams demeure un véritable petit bijou de l’humour noir.

 

Emmanuel Delextrat

Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j'ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La soupe aux choux, mais aussi de nombreux dessins animés (courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo ; longs métrages Disney avec Alice au pays des merveilles en tête ; animés japonais avec Sailor Moon et Dragon Ball Z ; j'aime aussi particulièrement Batman et Tintin). Mes années 90 ont été bercées par les comédies de Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête), ou d'autres films que j'adore comme Les valeurs de la famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à tout prix). C'est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par The Dark Knight, Casino Royale, Dragon l'histoire de Bruce Lee ou encore Rambo. Collectionneur, j'attache de l'importance au matériel et j'ai réuni deux étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Il va sans dire qu'il m'en reste encore beaucoup à voir...

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