Avatar 2 : Jake et le Colonel ne sont qu’une seule et même personne !

La dualité entre ces deux personnages m’a frappé aux yeux durant la séance… Il me fallait développer cette théorie qui peut sembler dingue à première vue. Voici mon raisonnement :

Mettons-nous d’accord d’emblée. Comme le dit le philosophe Maxime Rovere dans « Se vouloir du bien et se faire du mal », « écouter, c’est chercher ce que l’autre dit de vrai ». J’ajouterai : écouter, c’est chercher ce que l’autre dit d’intéressant, cherche ce que l’autre dit qui enrichit le regard. Cet article est donc écrit avec l’espoir d’être écouté/lu selon cette définition.

J’ai adoré Avatar, et j’ai adoré Avatar 2. Ni plus, ni moins l’un que l’autre : je les ai aimés pour des raisons différentes. Alors oui, j’ose affirmer que dans Avatar (1,2 et les suites), Jake et le Colonel sont en réalité une seule et même personne. On pourrait dire que la différence entre un blockbuster et un film d’auteur, c’est que dans un film d’auteur, le héros se bat contre lui-même, contre ses propres démons intérieurs, alors que dans un blockbuster, le héros se bat contre un antagoniste.

Sur ces films qui font des gros scores au box-office, le rapport à l’intime n’est pas le même. C’est peut-être plus facile à accepter de se dire que l’on va se battre contre un vilain, plutôt que contre soi-même. Dans les thèmes inhérents aux Avatar, il y a le respect de l’environnement (même si on pourrait se poser des questions sur les liens entre blockbuster et écologie). Quaritch incarne l’opposé de l’écolo-féminisme cher à Sandrine Rousseau et nous sommes beaucoup à nous rassurer en nous disant que nous aussi, nous faisons le maximum pour limiter notre taxe carbone. Mais en réalité, ne sommes-nous pas en conflit plus ou moins constant entre nos envies de conquêtes vers le plaisir, et sa compatibilité avec l’écologie ?

La Voix de l’eau qui murmure à notre intime

L’intime fait peur, le combat détend. Visionner un film lent qui laisse le temps pour réfléchir sur son intérieur, ça fatigue. Se laisser porter par les scènes d’action à couper le souffle de l’assaut de l’armée des Metkayina et la famille Sully face à la flotte de Miles and co, ça donne des sensations, voire des émotions. Ce n’est pas le même organe qui est en jeu : le cœur/le corps d’un côté, le cerveau de l’autre. L’un n’empêche pas l’autre, même si souvent, l’autre empêche l’un (cette phrase-concept pourrait d’ailleurs faire l’objet d’un article entier). On pourrait ainsi se demander si au début du 1er opus Jake n’est pas balloté entre l’ange et le démon lorsque le Colonel tente de l’enrôler. On peut aussi se dire que dans ce deuxième volet, il y a très peu de scènes hors Pandora, comme si on tendait vers de plus en plus de voyage en dehors du réel.

Nous avons tous un némésis, ce double négatif qui cherche à s’exprimer lorsqu’une rencontre vient raviver l’une de nos brèches, pour reprendre les termes de Maxime Rovere. Nous connaissons les liens étroits entre Harry Potter et Celui dont on tait le nom, entre Luke et son father Vader. Les blockbusters peuvent être regardés comme ces luttes qui nous habitent, et que parfois on cherche à cacher à soi-même. D’ailleurs, si l’on revient sur le titre de cet article, on peut se dire que Jake s’en va en exil pour se cacher du démon qui sommeille en lui.

Mieux se connaitre, mieux avoir conscience de ses brèches, ça peut permettre d’évoluer. C’est là où oser l’intime, accepter ses propres contradictions permet d’avancer. Cela implique une ouverture aux autres, être capable de se remettre en question, d’accepter d’avoir une image de soi qui sort de ses repères. Ce n’est pas évident, et on peut faire comme si de rien n’était, occulter le reflet dans ce miroir qui peut heurter. Ici, l’aspect film en plusieurs épisodes (après Jake à la forêt, Jake à la mer, le 3 serait-t-il Jake au volcan ?) permet aux personnages, notamment Quarich, d’évoluer. On imagine que les personnages plus jeunes vont aller aussi dans ce sens.

Jake, Quaritch et Cameron : les trois pères

C’est là que l’on voit l’intérêt des nuances qui commencent à éclore chez le Colonel. On dit parfois que l’intelligence, c’est la nuance, même si je n’irai pas jusque là pour l’ami Miles. En 2009, il était sans aspérité, il n’incarnait que la caricature du militaire américain viriliste et borné. Pourquoi faut-il que dans ces films, il y a toujours de la bagarre ? C’est bizarre, non, de toujours devoir se battre ? Ou alors, c’est parce que l’on se bat toujours contre soi-même… Néanmoins, dans Avatar 2, on voit que le méchant commence à tisser une relation avec son fils Spider. On en est au point de départ, on sent bien que cela va être développé dans la suite de la saga franchisée. Jake et le Colonel ont ce point commun d’être papa. Cela reste très pudique, nous sommes dans un blockbuster, on ne va pas prendre le risque d’entrer dans l’intime comme dans un film d’auteur, mais c’est présent.

Effectivement, l’un des moments qui m’a le plus touché et que j’aurais aimé voir développer, c’est le moment où Loak ne dénonce pas Ao’nung car ils partagent le fait d’être l’enfant décevant de la famille. On voit bien le Côté obscur qui titille les deux fils des chefs, on sent qu’ils aiment penser par eux-mêmes, qu’ils aiment tester et braver les règles qu’on leur impose. A l’opposé, le fils de Quaritch, Spider, reste dans son ambivalence : il aime quand même son père car il est son père, mais il déteste tout ce qu’il fait et ce qu’il représente. Comme si Spider savait que le Colonel pouvait être quelqu’un de gentil et respectable comme Jake. Il le sait, ou il l’espère.

Car au final, on peut se dire que les Na’vis sont en quelques sortes nos propres avatars, dans le sens où ils sont la meilleure version de l’être humain. Ces êtres que nous ne sommes pas capables d’être. Là où les êtres humains détruisent les planètes, les pillent, dérobent même le liquide à l’intérieur des Tulkuns pour toucher à l’immortalité, les Na’vis de leur côté sont des êtres loyaux, avec le sens de l’honneur, qui sont en harmonie avec la nature. On aimerait toutes et tous être des Na’vis, mais nos démons intérieurs, nos brèches, nous en empêchent…

Combien de degrés de lecture ?

On peut se confronter à une œuvre selon plusieurs degrés de lecture. Pour certains films, on peut avoir du mal à gratter, à trouver du contenu au-delà de la première couche. A l’inverse, certains longs-métrages bien épais peuvent souffrir d’un abord fort hermétique. Pour ces Avatar, on peut entrer facilement dedans : j’y ai d’ailleurs pris beaucoup de plaisir au premier degré, juste au niveau de la sensation pure, un peu comme si j’assistais à un spectacle vivant. Car ici, nous sommes aussi dans un film de sociabilité : on va voir le film en sachant que l’on pourra en parler avec plein de personnes : Avatar 2 au ciné, c’est un peu The place to be. Y ai-je vu plusieurs degrés de lecture, est-ce que j’y ai trouvé de l’épaisseur ? Pas forcément (même si cet article est né naturellement dans ma tête durant le visionnage), mais ce n’est pas non plus ce que j’étais venu chercher dans cette rencontre culturelle.

A quoi ça sert la Culture ? On pourrait demander à nos « amis » les politiques, mais ils sont occupés à d’autres choses. Alors je répondrais que la culture, ça sert à faire connaissances. Connaissance avec l’autre, connaissance avec soi, connaissance avec soi grâce à l’autre. Maxime Rovere, toujours lui, dit que l’autre nous permet de mieux nous faire connaitre nos brèches, en s’y confrontant. Nous sommes tous Jake, et nous nous battons tous face à notre Colonel. Avec plus ou moins de conscience de soi-même, d’envie d’entrer dans l’intime, de solliciter son intellect ou d’en rester au duo percept/affect. Pourtant, mieux se connaitre, c’est mieux s’accepter, mieux s’estimer. Ça peut être utile de déprismer, pour ne pas déprimer, pour ne pas sombrer vers le dark side. Avatar 2 nous permet de vivre 3h12 merveilleuses, qui passent à une vitesse folle (même si la vessie des spectateurs est mise à rude épreuve), avec une énorme qualité d’images à faire pâlir la CGI de bons nombres de Marvel. C’est une « magnifique illusion sensorielle ».

City Zen

Nicolas, 37 ans, du Nord de la France. Professeur des écoles. Je suis un cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Ennemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

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