Taxi Driver, de Martin Scorsese

Date de sortie : 8 février 1976 (États-Unis), 2 juin 1976 (France)
Réalisateur : Martin Scorsese
Acteurs principaux : Robert De Niro, Jodie Foster, Harvey Keitel, Cybill Shepherd
Genre : Drame
Nationalité : Américain
Compositeur : Bernard Herrmann

Une véritable romance qui semble s’installer.

Cinquième film de Martin Scorsese, Taxi Driver symbolise fortement le style que le réalisateur allait continuer à emprunter en mettant en exergue la violence cathartique de personnages en dégénérescence dans un environnement new-yorkais, théâtre d’un anti-manichéisme sociétal. Auréolé de la Palme d’Or en 1976 et de quatre nominations aux Oscars l’année suivante, il offre une notoriété mondiale à Robert De Niro (Mean Streets, Le Parrain 2), révélation majeure de l’œuvre pour son rôle de Travis Bickle, un ancien marine dont les insomnies répétées le poussent à opter pour un job de chauffeur de taxi. Précurseur dans la lignée des films mentionnant les conséquences psychologiques de la guerre du Vietnam, il inspirera même John Hinckley Jr. dans sa tentative d’assassinat contre Ronald Reagan en 1981, mentalement aliéné au point de se prendre pour Travis cherchant à venger l’assassinat de John Lennon.

« Tu prends un voleur qui loupe son coup par exemple, et bah, ils lui coupent les doigts. Je sais, ça a l’air d’une blague comme ça, mais c’est vrai. Ils flinguent un gars qui les a pigeonnés : qu’est-ce qu’ils mettent sur son cadavre ? Une mouche, ça rappelle que c’était un mouchard. »
Un duo attachant qui montre toute la bonté du personnage.

D’autres acteurs fétiches de Scorsese apparaissent comme personnages principaux, notamment la jeune Jodie Foster (Alice n’est plus ici) dans le rôle d’Iris, une prostituée que Travis cherche à aider, ainsi qu’Harvey Keitel (Who’s That Knocking at My Door, Mean Streets, Alice n’est plus ici). On peut également citer Victor Argo (Bertha Boxcar, Mean Streets), simple vendeur qui se fait braquer, et Murray Moston (Mean Streets, Alice n’est plus ici), le maquereau d’Iris. Martin Scorsese apparaît lui-même plusieurs fois, et particulièrement lors d’une scène où il projette de liquider sa femme qu’il aperçoit chez un autre à travers une fenêtre, marquant ainsi des dialogues sombres et torturés dignes de ce qu’écrira Quentin Tarantino des années plus tard. La réalisation de haute volée se dévoile dès l’introduction, avec la vue subjective à travers un pare-brise recouvert de pluie sous une mélodie jazzée Bernard Herrmann, dont on reconnaît le style aux notes intenses pour marquer le suspense après avoir composé plusieurs années pour les films d’Alfred Hitchcock.

« Vous avez déjà vu le visage d’une femme après un coup de 44 ? Ça lui bousille la gueule. Voilà ce que je lui réserve à son visage. »
« C’est à moi que tu parles ? Alors à qui est-ce que tu parles, t’en vois un autre que moi ici !? »

Les plans alternent régulièrement entre ceux sur Travis au volant et les passagers à l’arrière, le film insistant pour dépeindre les bas-fonds de New York loin des fantasmes des buildings et de Wall Street. La pluie, les couleurs sombres et les musiques moroses marquent d’autant plus la perversion et le dépérissement de la société de l’époque, qu’il observe depuis son taxi durant chaque nuit new-yorkaise. Anti-héros de renom, Travis paraît rapidement sympathique par la jovialité dont il fait preuve, le doublage français de Maurice Sarfati (plus tard connu pour ses voix décalées des méchants dans l’animé Nicky Larson) renforçant le ton naïf et simplet de son sourire et de son allure. La forte présence de la voix off dans la narration renforce d’autant plus l’introspection du personnage et l’identification du spectateur (« Toute ma vie j’ai été suivi par la solitude, partout. Dans les bars, les voitures, sur les trottoirs, dans les magasins, partout. Y’a pas d’issue… j’suis abandonné de Dieu. »). Ce n’est qu’après avoir échoué à séduire la jeune Betsy que sa chute s’intensifie avec l’achat d’armes au marché noir et leur maniement dans plusieurs scènes d’anthologie. Issue d’une improvisation de Robert De Niro, la scène où il se cherche un style devant le miroir en lançant la réplique « C’est à moi que tu parles ? » est devenue une des plus cultes de l’histoire du cinéma, reprise dans de nombreux films comme Retours vers le Futur 3, Le Roi Lion, La Haine et La Stratégie de l’échec.

« C’est moi que tu veux baiser ? C’est pas moi que tu baises, c’est elle, donc c’est à elle que tu files le pognon. »

Sous ses airs d’aliéné cherchant à descendre le candidat le plus médiatisé aux élections présidentielles, Travis ne cherche en réalité qu’à « laver les rues de toute cette racaille » avec des méthodes désespérées, au point de vouloir sortir une prostituée mineure de l’esclavagisme sexuel dans lequel elle a été entraînée (« Écoutez bien, bande de dépravés, voilà l’homme pour qui la coupe est pleine, l’homme qui s’est dressé contre la racaille, le cul, les cons, la crasse, la merde… voilà quelqu’un… qui a refusé. »). Le carnage final semble confirmer sa mort tandis que la caméra s’élève pour symboliser son âme quittant les lieux en observant la scène alors figée par le temps. Considéré comme un héros pour s’être enfin montré utile, Travis reprend enfin son travail avec Betsy comme cliente dans son taxi, les plans flous à travers le rétroviseur allant bien le dans le sens qu’il s’agit d’un rêve fantasmé. Conservé depuis 1994 par le National Film Registry de la bibliothèque du Congrès américain pour son importance culturelle, historique ou esthétique, Taxi Driver fait partie des films les plus influents des années 1970. Quarante-trois ans plus tard, Robert De Niro apparaît dans le rôle d’un riche présentateur télévisé au casting du film Joker, mettant en scène Joaquin Phoenix dans une nouvelle société en dégénérescence faisant largement écho à Taxi Driver.

Emmanuel Delextrat

Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j'ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La soupe aux choux, mais aussi de nombreux dessins animés (courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo ; longs métrages Disney avec Alice au pays des merveilles en tête ; animés japonais avec Sailor Moon et Dragon Ball Z ; j'aime aussi particulièrement Batman et Tintin). Mes années 90 ont été bercées par les comédies de Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête), ou d'autres films que j'adore comme Les valeurs de la famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à tout prix). C'est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par The Dark Knight, Casino Royale, Dragon l'histoire de Bruce Lee ou encore Rambo. Collectionneur, j'attache de l'importance au matériel et j'ai réuni deux étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Il va sans dire qu'il m'en reste encore beaucoup à voir...

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :