Qui veut la peau de Roger Rabbit ? la consécration de Robert Zemeckis

Date de sortie : 22 juin 1988 (États-Unis), 18 octobre 1988 (France)
Réalisateur : Robert Zemeckis
Acteurs et doubleurs principaux : Bob Hoskins, Christopher Lloyd, Luq Hamet, Tania Torrens
Genre : Policier, animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Alan Silvestri, Kansas Joe McCoy et Amy Irving (chanson)

Une introduction in medias res avec un bon vieux cartoon !

Adapté du roman Qui a censuré Roger Rabbit ? (1981) de Gary Kenneth Wolf, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? est une sorte de polar à la fois glauque et comique mêlant animation et prises de vue réelles avec des personnages mémorables, vingt-quatre ans après Mary Poppins. Coproduit par la filiale de Walt Disney Pictures Touchstone et réalisé par l’illustre Robert Zemeckis (À la poursuite du diamant vert, Retour vers le futur), il met en scène le non moins illustre Bob Hoskins (Brazil, Hook, Super Mario Bros.) dans le rôle d’Eddie Valiant, un détective privé coléreux et alcoolique car profondément attristé par le meurtre de son frère dans la Los Angeles de 1947. L’ambiance est exquise grâce à la cohabitation entre les humains et les toons, qui viennent de Toonville jusqu’à Hollywood pour tourner des dessins animés. Le film commence d’ailleurs par l’un d’entre eux dans une ruée de gags à la Tom & Jerry avec un Roger Rabbit exubérant qui ne fait que des gaffes aux côtés de Baby Herman.

« Nous allons surmonter ces petites peccadilles et nous serons à nouveau heureux, vous comprenez ? HEUREUX ! E-R-E !! »
Un incursion très maîtrisée des personnages dessinés dans des prises de vue réelles !

Ce dernier se relève en fait être un bébé ultra vulgarisé par la voix grave et virile de Richard Darbois une fois le tournage terminé, ce qui détonne totalement avec le personnage et certains de ses comportements comme ses pleurs aigus intempestifs, allant même jusqu’à fumer un cigare et donner une fessée à une femme pour qu’elle lui apporte quelque chose. L’humour est omniprésent avec de nombreux caméos de personnages issus de Disney comme Mickey, Donald, Dingo et Pinocchio, mais aussi de Tex Avery avec Bugs Bunny, Daffy Duck, Droopy ou encore Woody Woodpecker. La voix aiguë et plaintive de Luq Hamet rend bien souvent Roger hilarant tandis que la pulpeuse Jessica Rabbit, doublée par Tania Torrens (VF de Sigourney Weaver), fait bien plus sérieuse en jouant la femme fatale (« C’est la joie d’me revoir ou tu caches un lapin dans ton pantalon ? »), y compris lors de la reprise par Amy Irving de la chanson Why don’t you do right de Kansas Joe McCoy (1936). Le fort contraste entre la comédie cartoonesque et la narration dramatique incarné par les meurtres et la tristesse de Valiant donne un cachet particulier au film pour en faire une œuvre absolument unique.

« – Vous ne savez pas comme c’est dur d’être une femme qui a mon physique. – Vous ne savez pas comme c’est dur d’être un homme qui regarde une femme qui a votre physique ! »
Sans doute le rôle le plus sombre de toute la carrière de Christopher Lloyd !

Le rôle le plus marquant est sans doute celui de Christopher Lloyd (Vol au-dessus d’un nid de coucou, Retour vers le futur, Cluedo), qui incarne le charismatique DeMort, un mystérieux juge vêtu de noir qui se déplace bizarrement avec sourire délicieusement terrifiant et une voix autoritaire sublimée par le doublage de Pierre Hatet. Ses méthodes radicales rappellent la volonté d’extermination de la seconde guerre mondiale, notamment avec son mélange liquide appelé « trempette » qui anéantit les toons en les faisant fondre de manière assez gore et impitoyable comme une sorte d’acide. Le duo formé par Roger Rabbit et Eddie Valiant est très efficace (« Rassure-toi fiston : t’es pas le premier mec dont la femme fait picoti avec un autre ! »), l’animation des personnages s’incrustant parfaitement dans les prises de vue réelles. Les référence sont nombreuses et souvent détournée pour accentuer l’humour, comme les relations sexuelles sous-entendues entre Jessica et Marvin Acme du fait qu’ils jouent à « picoti-picota »,(« – Jessica est la lumière de ma vie ! La prunelle de mes yeux ! La crème dans mon café ! – Tu ferais mieux de commencer à le prendre noir, c’est Acme qui se tape la crème. »). Outre Titi qui fait tomber Valiant alors qu’il est accroché en détachant ses doigts un par un (un petit doigt, deux petits doigts, …), ce dernier improvise une chanson sur le rythme du générique de fin des Looney Tunes afin de se débarrasser des fouines en les faisant mourir de rire.

Les fouines rappellent fortement que personnage dessiné ne rime pas forcément avec gentil…

 

« Tu te souviens de moi Eddie ? Lorsque j’ai tué ton frère, je parlais plutôt comme ÇAAAAAA !!! »

Les objets animés font de réels dégâts pour mieux faire comprendre que « dessin animé » ne rimait pas forcément avec « enfant » ou « pas sérieux », entre l’enclume, la tronçonneuse, le maillet qui s’allonge, le revolver avec ses balles vivantes et les trous qui permettent de faire disparaître une partie de la matière. Séquence d’anthologie du film, l’affrontement contre DeMort fait référence à la chanson Witchcraft de Franck Sinatra (1957) tandis qu’Eddie pointe une épée chanteuse inefficace au combat. Si le monologue de DeMort sur la rentabilité des futures autoroutes est cohérent avec le contexte du récit, la révélation de sa véritable identité est extrêmement bien amenée grâce aux plans suggestifs laissant place à d’effrayants yeux rouges qui sortent de leurs orbitent accompagnés par la voix suraiguë du personnage, qui a autant de quoi terrifier Eddie que le spectateur. La séquence est d’autant plus marquante pour la mort du toon qui périt de sa propre trempette avec un cri strident tout en faisant directement référence à la sorcière du Magicien d’Oz avec sa réplique « Je fonnnds ! ». Un méchant plus glauque que le Joker tout aussi génial que le concept de cet excellent film emblématique de son époque !

Emmanuel Delextrat

Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j'ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La soupe aux choux, mais aussi de nombreux dessins animés (courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo ; longs métrages Disney avec Alice au pays des merveilles en tête ; animés japonais avec Sailor Moon et Dragon Ball Z ; j'aime aussi particulièrement Batman et Tintin). Mes années 90 ont été bercées par les comédies de Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête), ou d'autres films que j'adore comme Les valeurs de la famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à tout prix). C'est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par The Dark Knight, Casino Royale, Dragon l'histoire de Bruce Lee ou encore Rambo. Collectionneur, j'attache de l'importance au matériel et j'ai réuni deux étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Il va sans dire qu'il m'en reste encore beaucoup à voir...

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