• Titre original : The Good Shepherd
  • Date de sortie en salles : 4 juillet 2007 avec Universal Pictures
  • Réalisation : Robert De Niro
  • Distribution : Matt Damon, Angelina Jolie, Robert De Niro, Billy Crudup, Alec Baldwin, Michael Gambon, Keir Dullea, William Hurt, Lee Pace, Eddie Redmayne & Joe Pesci
  • Scénario : Eric Roth
  • Photographie : Robert Richardson
  • Musique : Bruce Fowler & Marcelo Zarvos
  • Support : Blu-ray Rimini (2026) en 2,39:1 / 167 min

Synopsis : L’histoire tumultueuse de la célèbre agence d’espionnage américaine à travers la vie d’un homme qui sacrifiera tout pour la raison d’État.

Depuis le 23 septembre 2026, les éditions Rimini nous proposent de redécouvrir ce récit inspiré des circonstances ayant entraîné la naissance de la CIA. Une occasion à saisir pour de multiples raisons.

Une des deux seules réalisations de Robert De Niro

Tout d’abord, il s’agit d’une réalisation signée Robert De Niro (Voyage au bout de l’enfer, Taxi Driver). L’acteur fétiche de Scorsese était déjà passé à la réalisation en 1993 pour Il était une fois le Bronx. Un film salué par la critique notamment par sa façon de sublimer les performances des comédiens et qui semblait lui promettre une grande carrière derrière la caméra. Pourtant, il a fallu une succession de refus pour qu’il consente à redevenir metteur en scène sur un projet qu’il portait depuis longtemps : mais Francis Ford Coppola (Apocalypse Now, le Parrain), d’abord pressenti, a finalement laissé tomber le projet après lecture du script. Wayne Wang puis Philip Kaufman ont été un temps envisagés avant que le témoin passe à John Frankenheimer... qui décéda peu après.

Ed (Matt Damon) s’encanaille avec Clover (Agelina Jolie), la soeur d’un de ses rares camarades.

Pour le coup, De Niro a fini par s’en charger, peaufinant sa technique narrative, s’attardant sur le jeu des acteurs en leur sacrifiant le rythme, extrêmement lent, au point qu’il a découragé bon nombre de spectateurs. Les presque trois heures de film, bien que densément remplies, sont menées à un train de sénateur entre les événements succédant au désastre de la Baie des Cochons (qui ouvrent le film) et l’histoire d’Edward Wilson qui gravira tous les échelons des agences d’espionnage et de contre-espionnage. On navigue ainsi entre 1961 et 1939 au long de dialogues lourds de sens entre des personnages qui au départ semblent tous dissimuler de trop lourdes vérités. Ceux qui avaient aimé Conversation secrète seront ravis : une ambiance lourde, des phrases à double-sens bardées d’allusions, des individus au sourire factice et au geste impérieux qui gravitent dans des sphères où le secret est le maître-mot.

Un cadre dans le cadre dans le cadre : De Niro maîtrise sa grammaire cinématographique.

Une vision humanisée de l’espionnage entre grandes puissances

En revanche, on est loin de l’espionnage façon Jason Bourne, même si le film partage le même acteur vedette. Matt Damon (l’Odyssée, les Infiltrés) incarne un Ed Wilson au visage marmoréen, impassible, contrôlant ses émotions et refusant de s’épancher. Repéré lors de ses brillantes études, il a été intronisé dans la plus prestigieuses des Fraternités étudiantes, la Société Skull & Bones de Yale, ce qui lui permettra de prétendre à de hautes fonctions. C’est d’ailleurs un général qui l’engagera dans une section de l’OSS en Europe en 1939 – juste après qu’il a mis enceinte et épousé la soeur d’un de ses rares camarades.

Dans le Londres du Blitz, deux hommes discutent du sort à réserver à un troisième, collaborateur devenu gênant.

Loin de sa femme et de son enfant à naître, Ed se consacre tout entier à son rôle en travaillant main dans la main avec les services secrets britanniques dans le but de contrer l’avance nazie mais surtout de limiter l’influence grandissante des Soviétiques. Son pragmatisme et sa froideur l’aideront à traverser la guerre avec une grande expérience du terrain et de solides rapports avec ses homologues, dont l’énigmatique Ulysse, nom de code du chef des renseignements russes.

De retour au pays, il sera recruté pour continuer ce travail interventionniste et ce jeu du chat et de la souris à travers le monde jusqu’au moment où il est engagé pour mettre en place le débarquement américain secret à Cuba. Ceux qui connaissent l’Histoire, ou qui ont vu JFK d’Oliver Stone, savent que les troupes ont manqué d’un appui aérien, mais surtout qu’elles ont été rapidement interceptées. Quelqu’un a parlé, quelqu’un de suffisamment haut placé pour savoir où et quand elles allaient débarquer. C’est forcément Ed, un de ses très proches collaborateurs, voire un de ses supérieurs…

Ed et son fidèle collaborateur Ray (John Turturro) face au désastre de la Baie des Cochons. Quelqu’un a parlé. MAis qui ?

Un casting de stars

Outre la réalisation et le script, le casting est un des grands attraits (et atouts) de cette production ambitieuse : aux côtés de De Niro (qui ne s’attribue pas le plus beau rôle en incarnant un général impotent et parano) et Matt Damon, on trouve Angelina Jolie (Wanted ; Maléfique) dans le rôle ambivalent d’une jeune femme de bonne famille contrainte de réfréner ses passions en épousant un homme que la guerre et le métier maintiendront loin du foyer.

Sam Murach (Alec Baldwin), un agent fédéral enquêtant sur… d’autres agents fédéraux.

Alec Baldwin (Mission : impossible Fallout ; Beetlejuice) et William Hurt (Into the wild ; le Village) jouent des personnages influents qui orienteront chacun à leur manière la carrière d’Ed Wilson, leurs sourires de façades dissimulant des secrets plus ou moins officiels.

Philip Allen (William Hurt) prêt à introduire Ed dans les hautes sphères de la politique.

De la génération suivante, on relèvera la présence à l’écran d’un excellent Lee Pace (les Gardiens de la Galaxie ; Running Man), nettement plus jovial mais tout aussi troublant que lorsqu’il interprétait Thranduil dans la trilogie du Hobbit. Tout aussi troublant s’avère la performance de Billy Crudup (Watchmen ; Big Fish) en agent de liaison britannique, parfait avatar de l’espion jouant sur plusieurs tableaux. Ajoutons encore, parmi tant d’autres, l’impeccable John Turturro (Quiz Show) dans la peau du bras droit fidèle d’Ed Wilson.

Arch Cummings (Billy Crudup), le très affable agent de liaison britannique. Mais Ed apprendra qu’il faut se méfier de tout et tout le monde.

Les amateurs de streaming reconnaîtront sans peine Gabriel Macht, désormais indissociable de son personnage d’Harvey Specter de la série Suits. Il campe ici le frère d’Angelina Jolie, un BG qui fera entrer Ed dans le grand monde, avant de l’introniser dans les confréries plus ténébreuses.

Quant aux cinéphiles purs et durs, ils se réjouiront de l’apparition de Joe Pesci (the Irishman ; l’Arme fatale) dans le rôle d’un… mafieux et surtout de Keir Dullea (2001 l’Odyssée de l’espace).

Joseph Palmi (Joe Pesci) est approché par les services secrets pour fomenter un complot contre Fidel Castro.

Et on pourrait encore évoquer Eddie Redmayne, Timothy Hutton ou Michael Gambon, tous très justes.

Une durée et un rythme décourageants

Pourtant, le film n’a pas vraiment trouvé son public. Malgré tous ses points forts, ce qui aurait pu (dû) être un chef-d’oeuvre du cinéma a lassé ses spectateurs, englués dans les machinations, perturbés par un tempo extrêmement lent compliqué par de fréquents allers-retours dans le temps et finalement découragés par la durée (près de trois heures). Ceux qui aiment ce genre d’histoires ont pourtant l’habitude d’expositions très longues et d’un rythme progressif qui permettent de mieux préparer aux révélations finales, mais des films comme JFK ont montré qu’on pouvait explorer en profondeur les spirales de la politique sur une cadence élevée, en multipliant les situations grâce à un montage nerveux.

Ce serait toutefois dommage de passer à côté d’un grand film qui demeure constamment à hauteur d’homme malgré les enjeux impliquant des nations et qui donne un éclairage intriguant sur les tensions héritées de la Seconde Guerre mondiale et les relations Est-Ouest. La magnifique photo est parfaitement mise en valeur dans l’édition HD dont la piste sonore reste sage (une partition discrète et une réalisation évitant les effets spectaculaires en sont les causes).

Le documentaire joint au blu-ray magnifiquement étalonné permet de mieux comprendre les circonstances de la création du film grâce à une intervenante passionnée par le cinéma. C’est l’occasion d’essayer.


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