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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Le moulin des supplices de Giorgio Ferroni

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Pays : Italie, France
Année : 1960
Casting : Pierre Brice, Scilla Gabel, Wolfgang Preiss, …
Genre : Horreur

C’est avec grand plaisir que l’on voit Le moulin des supplices débarquer dans nos magasins avec une édition remarquable de la part d’Artus.

Le film de Giorgio Ferroni suit Hans, parti aux Pays-Bas et rencontrant le professeur Wahl qui vit dans un moulin reconverti en musée macabre, le « moulin des femmes de pierre ». Sa fille tombe rapidement sous le charme de notre héros qui commence à s’inquiéter de la nature de ces lieux.

Dit comme cela, le film fait énormément penser à « L’homme au masque de cire » d’André De Toth de 1953, lui-même remake de « Masque de cire » de Michael Curtiz en 1933 et remaké en slasher dans « La maison de cire » en 2005. Ce qui est intéressant au vu de certaines lignes narratives communes, c’est de voir la manière dont elles ont été agencées avec des styles assez différents. Là où De Toth faisait clairement dans le fantastique britannique, Ferroni est dans un gothique italien des plus appuyés malgré son décor batave. Néanmoins, ne le comparer qu’à ce titre serait ignorer les passionnantes pistes narratives du film qui n’hésite pas à se diriger vers plusieurs formes de fantastique.

On pense par moments à du Mario Bava, à d’autres aux « Yeux sans visage », sans parler des orientations vampiriques ou autres tournures plus macabres qui devraient ravir tout amateur de cinéma de genre. Ferroni livre une mise en scène soignée et conférant une certaine ambiance participant au charme particulier du film. L’angoisse se fait petit à petit, débarquant tel un brouillard ne demandant qu’à prendre possession d’une œuvre toujours aussi passionnante sur son fond, bien aidée par la photographie de Pier Ludovico Pavoni. L’édition proposée par Artus prend soin de bien rendre les qualités visuelles du film dans un master HD qualitatif. Le film est proposé dans sa version intégrale non censurée et comprend un livret de 64 pages rédigé par Alain Petit, sans compter ses divers suppléments.

C’est donc une bonne occasion pour se relancer dans ce très bon film de genre franco-européen dont les quelques rides n’affectent pas la qualité d’une œuvre au souffle gothique intriguant.

Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémy Chayé

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Pays : France
Année : 2020
Casting : Salomé Boulven, Alexandra Lamy, Alexis Tomassian, …
Genre : Western, Aventure

Décidément, 2020 nous offre de belles pépites d’animation comme ce « Calamity ».

1863, États-Unis d’Amérique. Dans un convoi qui progresse vers l’Ouest avec l’espoir d’une vie meilleure, le père de Martha Jane se blesse. C’est elle qui doit conduire le chariot familial et soigner les chevaux. L’apprentissage est rude, et pourtant Martha Jane ne s’est jamais sentie aussi libre. Et comme c’est plus pratique pour faire du cheval, elle n’hésite pas à passer un pantalon. C’est l’audace de trop pour Abraham, le chef du convoi. Accusée de vol, Martha est obligée de fuir. Habillée en garçon, à la recherche des preuves de son innocence, elle découvre un monde en construction où sa personnalité unique va s’affirmer. Une aventure pleine de dangers et riche en rencontres qui, étape par étape, révélera la mythique Calamity Jane.

Quelque chose qui frappe immédiatement lors du visionnage de Calamity, c’est sa gamme de couleurs très marquée. On se retrouve rapidement ébloui par ce choix visuel lumineux, participant au plaisir visuel que procure le film. Il est dur de ne pas trouver remarquable la qualité des compositions du long-métrage, se rapprochant par instants de purs tableaux nous submergeant par leur beauté aussi subtile que chaleureuse. On décèle même dans certains traits une forme d’épure ne faisant que renforcer la qualité visuelle de « Calamity », rendant sa découverte plus impérative encore pour mieux profiter de la richesse de ses visuels.

Bien évidemment, la construction de l’histoire est tout aussi remarquable, notamment dans son illustration de l’aventure de notre héroïne. La fuite de celle-ci et la recherche qu’elle entreprend pour prouver son innocence rend Martha Jane passionnante, lui permettant de trouver dans sa quête une forme d’émancipation asseyant son identité. Tout cela se construit avec une certaine réjouissance dans son aventure malgré les événements subis, faisant penser que l’heure 22 de durée est bien trop rapide au vu du plaisir procuré.

Si 2020 a été une année négative à bien des niveaux, on pourra remercier les productions d’animation comme « Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary » de l’illuminer. Le film de Rémy Chayé offre tellement de couleurs et un spectacle si chatoyant qu’il devrait ravir tout un chacun avec le même niveau de bonheur. On espère que le long-métrage connaîtra une carrière aussi jolie que cette bien belle pépite.

 

Filles de joie de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich

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Pays Belgique, France
Année 2020
Casting Noémie Lvovsky, Sara Forestier, Annabelle Lengronne,…
Genre Drame

C’est un bon portrait de femmes cherchant à gagner leur vie que nous proposent Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich et c’est disponible le 21 octobre en DVD.

Axelle, Dominique et Conso partagent un secret. Elles mènent une double vie. Elles se retrouvent tous les matins sur le parking de la cité pour prendre la route et aller travailler de l’autre côté de la frontière. Là, elles deviennent Athéna, Circé et Héra dans une maison close. Filles de joie, héroïnes du quotidien, chacune se bat pour sa famille, pour garder sa dignité. Mais quand la vie de l’une est en danger, elles s’unissent pour faire face à l’adversité.

Quand on parle de prostitution, les regards sont souvent remplis de jugement pour les personnes qui se doivent d’officier dans le milieu pour exister. Heureusement pour nous, ce n’est jamais le cas de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich, qui cherchent surtout à mettre en avant leur trio de femmes devant faire face à leur quotidien marqué, que ce soit par la peur ou la déception. On sent une implication empathique pour celles-ci et une envie d’éviter de les catégoriser dans leur métier comme peuvent le faire certains, bien aidées par la prestation d’un casting principal impeccable.

Jamais le film ne tombe dans le racolage gratuit et préfère ausculter ces existences, travaillant dans ce domaine pour des raisons différentes mais avec le même espoir de pouvoir s’émanciper et vivre en dehors des regards accusateurs. Les drames qui rapprochent ces êtres, ces moments de partage ou de détresse accentuent la portée d’un long-métrage qui préfère capter au mieux l’intimité de ses personnages que plonger dans le gratuit à différents niveaux. La mise en scène va dans ce sens et permet au mieux d’appréhender ces trois vies liées par le même métier, le même chemin quotidien mais surtout une amitié qui permet de réagir face à la violence des autres.

Filles de joie se dévoile comme un film réussi dans sa volonté de suivre ses héroïnes dans leur quotidien avec une certaine volonté de dépeindre des femmes du quotidien trouvant en leur union une force face aux épreuves. À l’image de ses interprètes, c’est d’une mesure remarquable et éloquente. De quoi justifier sa (re)découverte en DVD le 21 octobre, chez Dark Star.

Balle perdue de Guillaume Pierret

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Lost Bullet

Pays France
Année 2020
Genre Policier
Casting Alban Lenoir, Nicolas Duvauchelle, Ramzy Bedia, …

Quand Netflix offre du polar français bien bourrin, qui sommes-nous pour refuser pareil spectacle ?

Petit génie de la mécanique, Lino est réputé pour ses voitures-bélier, jusqu’au jour où il se fait arrêter pour un braquage qui tourne mal. Repéré par le chef d’une unité de flics de choc, il se voit proposer un marché pour éviter la prison. 9 mois plus tard, Lino a largement fait ses preuves. Mais soudain accusé à tort de meurtre, il n’a d’autre choix que de retrouver l’unique preuve de son innocence : la balle du crime, coincée dans une voiture disparue.

Lost Bullet

Le postulat est sec, clair, concis, à l’image-même du film de Guillaume Pierret. En effet, il faut bien lui reconnaître un rythme tambour battant qui s’avère rapidement prenant. À la linéarité d’une intrigue qui esquive quelques clichés et joue de l’archétype pour s’assurer une durée rapide répond une mise en scène active qui parvient à insuffler un souffle de brutalité dans le divertissement proposé, à l’image de la séquence du Commissariat. Ce morceau de bravoure s’avère tel que l’on peut s’inquiéter d’un temps mort trop court par la suite mais Guillaume Pierret parvient à éviter cela avec une certaine réussite.

Le long-métrage profite également d’un casting d’une solidité redoutable. Ainsi, comment ne pas se laisser emporter une nouvelle fois par le charisme incandescent d’Alban Lenoir, qui parviendrait à illuminer une nuit des plus sombres par la lumière des plus brûlantes de son jeu ? Les seconds rôles parviennent néanmoins à exister, que ce soit Ramzy Bedia en policier lumineux ou encore Nicolas Duvauchelle en antagoniste parvenant à insuffler assez de personnalité pour ne pas finir en simple opposant désincarné.

Alors certes, le film est du divertissement pur et dur, ce que beaucoup risquent de voir avec circonspection et peu d’intérêt. Pourtant, il suffit de monter à bord de la voiture folle qu’est « Balle Perdue » pour être emporté par un spectacle des plus sympathiques. On continuera à suivre le parcours de Guillaume Pierret au vu du talent qu’il sait exprimer dans des séquences d’action très bien menées.

Un pays qui se tient sage de David Dufresne

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Pays : France
Année : 2020
Genre : Documentaire

C’est avec des interrogations des plus actuelles que nous laisse David Dufresne en sortant de son documentaire.

Alors que s’accroissent la colère et le mécontentement devant les injustices sociales, de nombreuses manifestations citoyennes sont l’objet d’une répression de plus en plus violente. « Un pays qui se tient sage » invite des citoyens à approfondir, interroger et confronter leurs points de vue sur l’ordre social et la légitimité de l’usage de la violence par l’État.

Dès son entame, David Dufresne nous confronte à des images d’actualité que l’on pense avoir déjà vues et revues, que ce soit dans les journaux télévisés ou sur les réseaux sociaux. Pourtant, quelque chose de neuf s’en dégage, comme une immersion que l’on imagine plus grande encore face à l’écran de cinéma. Nous nous retrouvons ainsi engloutis par l’image, par sa nature brutale et les questions qu’elle pose sur la légitimité de la violence exercée par les forces de l’ordre. Justement, ces interrogations fusent entre les divers intervenants, jamais cités mais dont la multiplicité du regard permet justement d’appréhender autrement l’image vérité.

Car il est bien question de vérité de l’image, de la façon dont sa captation sur le vif amène aux échanges, aux confrontations des avis, notamment entre manifestants marqués par l’horreur et policiers qui voient les agressions envers leurs collègues. Dufresne ne semble pas choisir de véritable camp mais nous impose néanmoins de réfléchir en tant que citoyen face à ce à quoi l’on assiste. Difficile ainsi de rester de marbre devant ce à quoi l’on assiste tant le film nous enjoint à nous positionner, quoi qu’il en coûte.

La multiplication des intervenants va en ce sens, permettant d’amener différentes formes de débats autres par des regards de personnes situées dans tous les prismes sociaux, jusqu’à amener une opposition par moments virulente mais nécessaire. La question de la violence est centrale mais souvent mise de côté, généralement honteusement, dans les débats populaires. La replacer ici s’avère donc essentiel au vu des mouvements sociaux toujours en cours autour du globe.

« Un pays qui se tient sage » se révèle d’une puissance qui n’a d’égale que sa brutalité, nous forçant à nous confronter à des réflexions trop souvent abandonnées mais pourtant nécessaires à formuler au vu d’une actualité conservant sa nature brûlante. Difficile dès lors d’en sortir comme si de rien n’était tant l’immersion dans ces images revisitées se fait avec tant de profondeur que l’on craint en permanence de s’y noyer…

Les demoiselles de Rochefort de Jacques Demy

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Pays France
Année 1967
Casting Catherine Deneuve, Françoise Dorléac, Danielle Darrieux, …
Genre Comédie musicale

Qui veut partir dans un voyage tout en couleurs à Rochefort ?

Delphine et Solange sont deux jumelles de 25 ans, ravissantes et spirituelles. Delphine, la blonde, donne des leçons de danse et Solange, la rousse, des cours de solfège. Elles vivent dans la musique comme d’autres vivent dans la lune et rêvent de rencontrer le grand amour au coin de la rue. Justement, des forains arrivent en ville et fréquentent le bar que tient la mère des jumelles. Une grande foire se prépare et un marin rêveur cherche son idéal féminin…

Ce qui frappe d’abord dans le film de Jacques Demy, c’est son aspect très coloré et réjouissant. On se retrouve ainsi rapidement face à une pure sucrerie cinématographique, de celles dont les images nous remplissent de joie et de bonne humeur avec un plaisir non feint. Les numéros dansants et chantants s’insèrent avec tant de facilité dans un quotidien à priori banal mais rempli de rêves qu’ils se font plus passionnés, plus renversants encore émotionnellement.

Ainsi, autour des héroïnes titres se dessinent des destinées diverses liées les unes aux autres par leurs quêtes respectives, leur besoin d’amour afin de se sentir complets et dont les moments d’euphorie ne peuvent que naître de façon musicale. Y a-t-il meilleur moyen d’exprimer ses sentiments, ses doutes, ses peines et ses joies que par la musique ? Mais plus que des numéros prodigieux, ce sont des beaux personnages qui se dessinent, tous et toutes sublimés par la caméra de Jacques Demy, en amour total pour ses protagonistes.

Et comment lui reprocher cela ? En effet, « Les Demoiselles de Rochefort », c’est un moment d’euphorie cinématographique, de délicieux marivaudages par moments frustrants mais d’une satisfaction telle. C’est une grande œuvre qui nous promène dans un voyage en couleur pendant moins de deux heures dans un monde où tout semble si beau, si doux, si parfait…

I see you d’Adam Randall

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Pays : États-Unis
Année : 2019
Casting : Helen Hunt, Jon Tenney, Judah Lewis, …
Genre : Thriller

Quand un thriller aussi surprenant qu’I see you connaît une sortie physique, il faut en profiter pour le mettre en lumière.

Justin Whitter, 10 ans, disparaît alors qu’il faisait du vélo dans un parc. L’inspecteur de police Greg Harper en charge de l’affaire découvre de nombreuses similitudes avec de précédents cas d’enlèvements d’enfants dans la région. Au même moment, son épouse Jackie et leur fils Connor font face à des phénomènes étranges et inhabituels dans leur maison : vaisselle qui disparaît, télévision qui s’allume toute seule, … Rien qui ne les inquiète vraiment, et pourtant…

Comment aborder un film à twist tel qu’I see you ? C’est la question que doit se poser chaque personne essayant d’aborder un tant soi peu le long-métrage d’Adam Randall, disponible en version physique chez l’Atelier d’images. En effet, il est dur de ne pas parler de certaines révélations dans leur agencement tant le rouage narratif du film fait partie des raisons rendant son visionnage intéressant. Il faut bien reconnaître que l’on sent une certaine solidité jouant sur la curiosité des spectateurs pour tous les éléments amenés durant sa première partie, n’hésitant guère à jouer sur différents sous-genres pour brouiller les pistes, ce qui risque d’ailleurs d’en rebuter certains au vu du rythme plus posé de ces premières minutes.

C’est quand le film se permet de soulever certaines de ses interrogations qu’il s’emballe pleinement, avec une certaine solidité dans ses effets. L’ambiance posée dès le début par Adam Randall, notamment ses plans aériens, n’explose pas d’un coup mais de manière assez progressive, avec une gestion de plus en plus prenante bien aidée par la réalisation sans prétention mais tout en appui de ses personnages. Si ceux-ci ne sont pas brossés en profondeur, leur traitement parvient à éviter la simple mécanique désincarnée inhérente au genre du film à rebondissement pour amener ce qu’il faut d’intérêt durant toute sa durée.

Passé par divers festivals comme le PIFFF, « I see you » est une surprenante série B dont l’agencement narratif parvient à fonctionner avec une certaine solidité. On appréciera donc la sortie en version physique de cette agréable surprise aussi modeste qu’efficace.

Memories of murder de Bong Joon-Ho

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Pays Corée du sud
Année 2003
Casting Song Kang-Ho, Kim Sang-kyung, Hie-bong Byeon, …
Genre Thriller, Drame, Policier

C’est une enquête éprouvante que nous offre Bong Joon-ho, quitte à ne pas en sortir indemne…

En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d’une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d’autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n’a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d’actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d’un policier local et d’un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l’absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute…

Ce qui frappe à la fin de la découverte de ce long-métrage, c’est la sécheresse de son enquête. Il est logique qu’il ait été si souvent comparé au « Zodiac » de David Fincher tant les deux partagent une même forme d’austérité et de regard sur le fonctionnement de leur pays respectif par le biais de meurtres choquants. Ainsi, la mise en scène de Bong Joon-ho est aussi anti-spectaculaire qu’elle parvient à capter la froideur d’une telle investigation, avec notamment son opposition de caractères par ses deux enquêteurs principaux.

Évidemment, tout cela risque de désarçonner par la façon dont l’investigation est appréhendée. On n’y retrouve guère d’effets de style ostensibles, pas plus de virtuosité technique apparente mais plutôt une maîtrise totale qui souligne la puissance de l’intrigue, notamment tous ses rebondissements et la façon dont les enquêteurs sont perpétuellement mis au pied du mur. C’est moins le meurtrier qui intéresse que ces hommes en permanence confrontés à une impossibilité de mettre fin à cette série de meurtres odieux, leurs failles explosant dans une conclusion qui nous laisse sans voix.

Plus qu’un suspense total, c’est une tristesse permanente qui nous habite durant le visionnage de ce « Memories of murder ». Si Bong Joon-Ho aura su se montrer auteur reconnu et aussi important, c’est par la force de ses personnages et l’amertume qu’ils véhiculent. En ce sens, « Memories of murder » annonce l’importance de son réalisateur ainsi qu’une œuvre des plus passionnantes.

La forêt de mon père de Vero Cratzborn

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Pays France
Année 2020
Casting Léonie Souchaud, Ludivine Sagnier, Alban Lenoir, …
Genre Drame
Pour son passage au long-métrage, Vero Cratzborn nous offre un premier film d’une tendre sensibilité.

Gina, 15 ans, grandit dans une famille aimante en lisière de forêt. Elle admire son père Jimmy, imprévisible et fantasque, dont elle est prête à pardonner tous les excès, jusqu’au jour où la situation devient intenable : Jimmy bascule et le fragile équilibre familial est rompu. Dans l’incompréhension et la révolte, Gina s’allie avec un adolescent de son quartier pour sauver son père.

Une première œuvre est souvent personnelle dans ce que l’on amène, volontairement ou non, dans sa création. On sent dès lors ces sentiments propres qu’insuffle Vero Cratzborn pour son premier long-métrage. Difficile de ne pas ressentir quelque chose d’intime dans ce qui est observé par les yeux de Gina, confronté aux réactions d’un père idéalisé en la personne d’un Alban Lenoir touchant dans sa prestation. C’est l’histoire d’un déséquilibre qui se dessine et de comment une jeune femme se construit dans cette situation où le chaos se trouve indissociable d’une certaine forme de normalité.

Il y a quelque chose dans le cadrage qui souligne ce point, comment une forme de situation quotidienne bascule dans un changement fort, trop éprouvant pour ne pas laisser de traces. La mise en scène de Vero Cratzborn se dessine sensible, avec une douceur qui ne fait que renforcer l’amertume et la déchirure des événements narrés. Le tout est porté en plus par un casting dont la justesse parvient définitivement à faire partager les émotions charriées par ce film.

« La forêt de mon père » est un joli premier film, de ceux qui nous font ressortir ému par les portraits qu’ils illustrent et par sa manière de gérer son apparente normalité avec une maîtrise modeste mais pourtant des plus talentueuses. On ne peut dès lors qu’avoir hâte de voir ce que la réalisatrice prévoit pour la suite.

Le miroir d’Andreï Tarkovski

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Pays : Russie
Année : 1975
Genre : Biopic, drame
Casting : Margarita Terekhova, Oleg Yankovsky, Filipp Yankovsky, …

L’occasion de découvrir un film de Tarkovski sur grand écran était trop grande pour passer à côté de pareille opportunité.

Arrivé à la moitié de sa vie, un homme malade se penche sur son passé. C’est son enfance tout d’abord qui lui revient avec la vision de sa mère attendant le retour improbable de son mari, puis le souvenir de sa femme dont il s’est séparé le hante. Passé et présent se mélangent dans l’esprit d’un homme qui cherchait « seulement à être heureux ».

Le cinéma de Tarkovski serait du genre à rebuter les gens mais mériterait pourtant amplement d’être découvert. Loin du cliché du « cinéma russe prétentieux » que certains ont pu propager et continuent de partager continuellement, les films du réalisateur s’avèrent passionnants à découvrir et la ressortie en salle du Miroir ne fait que conforter la richesse de sa création artistique et de la bombe intemporelle qui irradie de chacun de ses longs-métrages, et ce bien des années après leur première sortie.

On sent en effet que, par le biais de son protagoniste, Tarkovski se lance dans une introspection des plus personnelles tout en n’hésitant pas à naviguer à contre-courant par la déstructuration de son histoire. Les séquences se mélangent avec la douceur et l’amertume d’un flot de souvenirs que l’on n’arrive ni à contrôler, encore moins à appréhender. C’est donc un voyage intime qui se dessine, avec toute la force de la mise en scène de Tarkovski derrière la caméra, pour mieux nous emmener sur une route des plus tortueuses et pourtant passionnantes.

Sa puissance visuelle ne fait qu’exploser perpétuellement par la charge sentimentale qu’il amène en permanence, avec une maîtrise qui fait croire que pareille création se fait avec facilité. Les regrets qui s’y dessinent se font plus prégnants encore et la force du cadrage du réalisateur russe relève de l’art en mouvement pur et simple. Toutes les idées s’entremêlent et se démêlent, avec une fausse simplicité qui ne fait que rappeler le talent qui se cache derrière le metteur en scène.

Décrire « Le miroir » s’avère alors une tâche ardue tant l’expérience est aussi intime que ce qu’amène Andreï Tarkovski. Contentons-nous dès lors de vous pousser à vivre cela par vous-même sur grand écran, cette toile sur laquelle le réalisateur russe renaît avec force et passion.