James Bond : la saga de Casino Royale (2006) à Mourir Peut Attendre (2021)

Casino Royale
le renouveau ultime

 

Date de sortie : 14 novembre 2006 (Koweït), 22 novembre 2006 (France)
Réalisateur : Martin Campbell
Acteurs principaux : Daniel Craig, Eva Green, Mads Mikkelsen, Judi Dench
Genre : Espionnage
Nationalité : Britannique
Compositeurs : David Arnold, Chris Cornell (générique)

Une introduction vintage à couper le souffle.

Tandis que Pierce Brosnan concrétise sa quatrième adaptation de James Bond en 2002, un cinquième film est en discussion mais les négociations s’avèrent difficiles. La société EON Productions cherchant à rajeunir le personnage pour porter à l’écran ses premières aventures, c’est finalement le méconnu Daniel Craig qui est choisi pour lui succéder, après avoir été remarqué dans des films comme Tomb Raider, Layer Cake et Munich. La saga est alors rebootée tandis que Barbara Broccoli et Michael G. Wilson ont enfin acquis les droits d’adaptation du tout premier roman d’Ian Fleming. En effet, Casino Royale avait déjà été portée à la télévision en tant que troisième épisode de la série américaine Climax en 1954, Barry Nelson concrétisant la première apparition de l’agent secret à l’écran. En 1967, c’est David Niven qui se démarque volontairement des films portés à l’époque par Sean Connery, dans une parodie qui prend beaucoup de libertés.

Quelque part, à l’autre bout du monde…

Casino Royale devient alors le vingt-et-unième film officiel de la saga James Bond le 14 novembre 2006 et c’est Martin Campbell qui reprend du service à la réalisation, plus de dix ans après GoldenEye. Une aventure digne de ce nom montrant la première mission majeure de l’espion anglais tout juste promu agent double-zéro, fortement valorisée par une scène d’introduction qui utilise le noir et blanc pour lui donner un esthétique rétro. Des flash-back y renforcent considérablement l’action suivie d’une brillante transition vers un opening très stylé avec ses animations de cartes de jeu et une chanson « You Know My Name » rythmée interprétée par la talentueux Chris Cornell. Reprenant l’intrigue générale du roman, l’action se voit toutefois transposée à l’époque de la sortie du film et se déroule dans plusieurs pays, notamment au Monténégro, bien que la partie de poker (et non plus de baccara comme dans le roman) ait été tourné dans un casino de Karlory Vary en République Tchèque.

Obtenir des informations d’un malfrat en soudoyant sa femme ? Challenge accepté !
Une aide précieuse pour la mission, mais peut-on vraiment lui faire confiance ?

Outre l’esthétique volontairement carte postale du blockbuster, ces différents voyages accentuent le fait que Bond est face à une organisation internationale qui a des yeux et des oreilles partout. Très critiqué à son annonce pour son manque de notoriété auprès du public et jusqu’à sa chevelure blonde qui contreviendrait au teint brun du personnage décrit par Ian Fleming, Daniel Craig met finalement tout le monde d’accord grâce à son jeu d’acteur terriblement juste parvenant à renouveler la saga à travers une narration plus axée sur l’action, tout en mettant en avant les difficultés physiques qu’il rencontre lors de deux courses poursuites impressionnantes. L’intrigue d’espionnage reste au cœur du récit grâce à de très bons personnages, Casino Royale ayant en effet révélé les talents de la française Eva Green (Innocents The Dreamers, Arsène Lupin, Kingdom of Heaven) dans son rôle de la comptable Vesper Lynd, ainsi que du danois Mads Mikkelsen et sa sublime interprétation du Chiffre, banquier des terroristes à l’œil blanchi duquel coulent des larmes de sang.

« Vous avez dû croire que je bluffais, Monsieur Bond. »
« – Vodka-Martini. – Au shaker ou à la cuillère ? – Qu’est-ce que j’en ai à foutre ! »

Daniel Craig fait parfaitement ressortir le caractère effronté de son personnage à travers ses répliques osées et ses façons de contrevenir aux ordres pour mener à bien sa mission. Sa relation avec M, toujours sous les traits de Judi Dench (Les Chroniques de Riddick, Orgueil et Préjugés), est aussi poignante que drôle dans la façon qu’il a de rétorquer à sa supérieure (« Je ne peux pas demander à un bulldozer de comprendre ça, l’arrogance et l’introspection font rarement bon ménage. »). Sa confrontation avec Le Chiffre est également l’occasion de joutes verbales cinglantes (« Je ne m’inquiéterai que quand je commencerai à verser des larmes de sang. ») tandis que ce dernier arbore un regard inquiétant en plus de sa façon d’intervertir des jetons avec ses doigts quand il réfléchit à son prochain coup. La séquence de torture renforce la violence du scénario tout en apportant un aspect comique à la situation (« Maintenant, le monde entier saura que c’est en me grattant les couilles que vous êtes mort ! »).

Mads Mikkelsen imperturbable dans le cynisme de son rôle.

Vesper est sans doute la James Bond girl la plus travaillée et la plus complexe de la saga. Leurs échanges provocateurs à bord du train (« Et comme vous avez tout de suite pensé que j’avais perdu mes parents, je dirais que c’est vous l’orphelin. Oh vous l’êtes ? Je commence à aimer le poker… ») entament une certaine complicité qui évolue peu à peu en une histoire d’amour intense et une fin tragique non sans rappeler celles du film Au service secret de sa Majesté. L’interprétation de Daniel Craig fait alors ressortir le côté humain de son personnage grâce au contraste entre la brutalité de ses affrontements et la sensibilité dont il fait preuve. Les dernières minutes se voient alors riches en rebondissements, après une séquence un peu trop idyllique et alors que Le Chiffre se trouve lui-même confronté à des membres de l’organisation secrète pour laquelle il travaille, dont l’énigmatique Monsieur White, que le spectateur avait déjà pu brièvement apercevoir lors de quelques séquences bien plus tôt.

« – Et ma famille est strictement catholique alors pour les apparences nous aurons une suite avec chambre séparée. – J’ai horreur que la religion s’interpose à ce point ! – La religion et une porte fermée à double-tour, dois-je m’attendre à un problème avec vous ? »
La vie sauve, quitte à en payer le prix…

Un moyen narratif efficace permettant un final claquant durant lequel Bond suit sa piste avant de le mettre à terre et d’enfin affirmer son identité en terminant le film par son emblématique réplique, qu’il n’avait encore jamais prononcée jusqu’alors. Et tandis que Daniel Craig brandit fièrement son fusil d’assaut annonçant la jaquette du futur Quantum of Solace, les origines de la saga retentissent d’autant plus avec un générique rythmé par le thème principal inauguré par Docteur No en 1962. Composé originellement par Monty Norman et John Barry, il est ici remixé par David Arnold, qui dirige la bande-son d’un James Bond pour la quatrième fois d’affilée. Une bien belle manière de terminer ce renouveau d’anthologie qui s’impose brillamment comme un des épisodes les plus marquants de la saga, et un des meilleurs films des années 2000.

« Mon nom est Bond, James Bond. »

 

Quantum of Solace
la confirmation

 

Date de sortie : 31 octobre 2008 (1h 47min)
Réalisateur : Marc Forster
Acteurs principaux : Daniel Craig, Olga Kurylenko, Mathieu Amalric, Gemma Arterton
Genre : Espionnage
Nationalité : Britannique
Compositeurs : David Arnold, Alicia Keys et Jack White (générique)

« Nos hommes sont partout, absolument partout. »

Reprenant le nom original de la nouvelle « Chaleur Humaine » issue du recueil Bons Baisers de Paris d’Ian Fleming, Quantum of Solace est le premier film de la saga à faire directement suite à son prédécesseur. Son titre morose et ambigu peut s’expliquer par la mélancolie du scénario, et notamment ce que peut ressentir Bond quelques heures seulement après avoir perdu celle à qui il tenait. Réalisé par Marc Forster (Neverland, Stay), il commence lors d’une course poursuite alors que Bond emmène Monsieur White en lieu sûr pour l’interroger avant d’embrayer sur l’opening musical « Another Way to Die », chanté par Alicia Keys et Jack White avec une sympathique animation à travers des dunes désertiques. Dès l’interrogatoire, le scénario annonce la couleur entre White qui tente d’intimider Bond en parlant de Vesper et un agent pourtant proche de M qui trahit le MI6.

Toute cette mise en scène ne cacherait-elle pas un désir de vengeance personnelle ?

Plus largement, M remet en question la loyauté de Bond par crainte que sa seule motivation soit de venger Vesper. Usant toujours plus de son audace légendaire, ce dernier parvient néanmoins à suivre une nouvelle piste et à contrevenir aux ordres malgré le mouchard qui lui a été implanté. Privé de ses ressources, c’est ironiquement en se ralliant à son vieil ami Mathis, toujours incarné par le charismatique Giancarlo Giannini (Hannibal, Man on Fire), qu’il va pouvoir se réapprovisionner pour enquêter sur la mystérieuse organisation Quantum. Il s’allie pour cela à une jeune femme jouée par Olga Kurylenko (Hitman, Max Payne) et parvient à identifier le cynique Dominic Greene, interprété par Mathieu Amalric (Munich, Mesrine L’Ennemi Public n°1), qui utilise sa société philanthropique pour dissimuler ses actions terroristes.

Après sa trahison, Mathis choisit de se racheter avec les risques que ça comporte.
Derrière ce masque de philanthrope se cache un véritable psychopathe au regard glaçant.

De nouveau sous les traits de Jeffrey Wright (Ali, La Jeune Fille de l’Eau), Felix Leiter réapparaît à ses côtés pour mieux protéger ses arrières, mais tout en se taisant sur Bond en plus de lui délivrer des informations cruciales, apportant une relation non manichéenne intéressante entre les deux hommes. Assez confuse voire inutilement compliquée, la narration mène tout de même vers des passages emblématiques, comme celui de l’opéra pendant lequel Greene et Bond se jettent mutuellement un regard à distance tandis que ce dernier démasque ses collaborateurs. Mais aussi sympathique soit-il, le film reste bien en deçà de ses illustres prédécesseur et successeur, notamment faute d’un scénario manquant d’originalité et surtout de scènes d’action au montage frôlant parfois l’épileptique tellement la lisibilité est médiocre.

« James, bougez-vous le cul. »
Tandis que Camille tente d’en finir avec le général Medrano, Bond fait face à un Dominic Greene déchaîné.

Pour autant, Quantum of Solace poursuit les clins d’œil et autres diversions. Pour la première fois dans la saga, le gun barrel se trouve par exemple à la fin du film et non au début. Une référence est faite à Goldfinger lorsque l’agent Fields est retrouvée recouverte de pétrole (et non d’or) dans son lit. Dangereusement Vôtre en possède quant à lui deux : la course de chevaux au tout début du film, ainsi que l’affrontement entre Bond et Greene, qui rappelle fortement celui entre Roger Moore et Christopher Walken en 1985. La séquence finale boucle le diptyque alors que Bond laisse le pendentif de Vesper dans la neige après avoir livré au MI6 son ex-petit ami qui l’avait obligée à le trahir. On apprécie aussi la petite touche d’humour précisant que le corps de Greene a été retrouvé dans le désert avec l’estomac ravagé par de l’huile pour moteur, offerte par Bond au cas où il aurait soif, lui qui voulait le monopole des ressources d’eau en Bolivie.

 

Skyfall

l’aboutissement

 

Date de sortie : 26 octobre 2012 (2h 23min)
Réalisateur : Sam Mendes
Acteurs principaux : Daniel Craig, Javier Bardem, Ben Whishaw, Naomie Harris
Genre : Espionnage
Nationalité : Britannique
Compositeurs : Thomas Newman, Adèle (générique)

Une introduction haletante qui aboutit sur un générique d’anthologie.

L’année 2012 marque le cinquantième anniversaire de la saga James Bond au cinéma, débutée en 1962 avec l’adaptation du roman Docteur No. Et après un Quantum of Solace en demi-teinte, c’est le réalisateur Sam Mendes (American Beauty, Les Sentiers de la Perdition, Les Noces Rebelles) qui prend en charge le troisième épisode mettant en scène Daniel Craig dans un film de très grande envergure. Skyfall prend tout son sens de « chute du ciel » dès la séquence d’introduction, pendant laquelle Bond et sa coéquipière Eve, sous les traits de la talentueuse Naomie Harris (28 Jours Plus Tard, Tia Dalma dans la saga Pirates des Caraïbes), poursuivent un homme pour récupérer des données contenant les identités des agents de l’OTAN infiltrés dans des organisations terroristes. Une course poursuite impressionnante en voiture puis à moto sur des toits près du grand bazar d’Istanbul, qui se termine au-dessus d’un train avec une tension palpable.

 

« Je profitais de la Mort. Double Zéro Sept au rapport, Madame. »

Tandis qu’Eve reçoit l’ordre de tirer sur la cible au sniper au risque de toucher Bond, ce dernier tente de maîtriser son adversaire en pleine vitesse. L’impact de la balle propulsant l’agent dans l’eau embraie efficacement sur un générique mémorable aux notes musicales ayant un parfum à la fois triste et mystérieux saupoudré d’un arrière-goût de trahison. Véritable phénomène à l’époque, la chanson d’Adele demeure un des singles les plus vendus de l’histoire et lui a valu un Oscar et un Golden Globe pour la meilleure chanson originale. L’intensité de sa voix et de ses paroles va de pair avec la qualité de la bande-son de Thomas Newman, compositeur fétiche de Sam Mendes qui succède efficacement à David Arnold. Skyfall valorise sa photographie avec de superbes plans en faisant voyager le spectateur à Istanbul, sur l’île d’Hashima et même à Shanghai de nuit, où il se remet une forme en surprenant sous la douche une belle jeune femme jouée par Bérénice Marlohe.

« – J’ose arguer que je puis faire plus de dégâts avec mon ordinateur portable et en pyjama avant ma première tasse de Earl Grey que vous en un an sur le terrain. – Oh, alors à quoi je sers moi ? – De temps en temps il faut bien appuyer sur la gâchette. – Ou pas. Difficile d’en juger quand on est en pyjama. »
Coéquipière jusqu’au bout !

James Bond profitant de sa soi-disant mort pour prendre du recul sur la situation, le scénario se concentre sur de fortes menaces envers le MI6 et ciblant plus particulièrement M. Les hautes instances du Royaume Uni font alors intervenir Gareth Mallory, le responsable des services secrets et de la sécurité intérieure britannique, joué par Ralph Fiennes (Bons Baisers de Bruges, Démineurs, The Reader), afin d’enquêter sur l’attentat. Bond ressurgit alors et doit passer des tests pour être réhabilité lors de séquences plus ou moins cocasses. Le renouvellement des origines de la saga se poursuit alors avec la réapparition de Q, incarné par Ben Whishaw (Layer Cake, Le Parfum, Cloud Atlas), qui fournit l’agent en ressources secrètes et se permet même une mention de la désuétude des stylos explosifs.

Quelle meilleure piste que suivre une femme ayant caché un revolver sous sa robe de soirée ?
« – On n’a tous besoin d’un hobby. – C’est quoi le tien ? – La résurrection. »

/!\ SPOILERS /!\ Sa piste le mène au cyber-terroriste Raoul Silva, brillamment interprété par Javier Bardem (No Country for Old Men, Biutiful), ancien agent du MI6 considérant avoir été trahi par M lorsque cette dernière avait dû faire le choix de le laisser aux mains d’autorités chinoises lors d’une mission passée. Le plan montrant Silva qui avance vers l’écran avec un affichage de plus en plus net renforce l’intrigue et le goût de la mise en scène du personnage, à l’image du ton décalé provoqué par la chanson « Boum ! » de Charles Trenet pendant qu’il interroge Bond. Une dualité forte s’impose rapidement entre les deux hommes, tous deux recueillis un jour par M comme s’il s’agissait de leur mère, et possiblement abandonnés par la suite avec les décisions qu’elle a dû prendre.

« Si nous ne sommes plus aujourd’hui cette force qui jadis remua ciel et terre, ce que nous sommes nous le sommes. Des cœurs héroïques d’une même trempe, affaiblis par le temps qui passe et la fatalité, mais forts par la volonté de lutter, d’explorer, de découvrir et de ne rien concéder. »
Le mal-être d’un antagoniste d’anthologie résumé en une image.

La dynamique du film amène à différents passages très bien construits qui font toute sa qualité, de la détention de Silva à l’audience publique de M en passant par la poursuite dans les souterrains de Londres. Le rôle de M devient alors prépondérant et le manichéisme se trouve remis en question lors de la révélation de l’effroyable visage que Silva cache avec sa prothèse, déformé par du cyanure. Le grand final amène les protagonistes au Manoir de Dalness, appartenant depuis le XIXème siècle à la famille d’Ian Fleming, et dans lequel Bond a grandi aux côtés d’un garde-chasse joué par Albert Finney (Big Fish, Les Noces Funèbres, La Vengeance dans la Peau). Le guet-apens tendu à Silva et ses hommes donne lieu à un superbe affrontement aboutissant à une puissante table rase du passé pour mieux appuyer le renouvellement de la saga.

« J’ai toujours détesté cette baraque. »
« Jusqu’au dernier rat. »

Les plans insistant sur l’explosion de l’emblématique Aston Martin DB5 et du manoir couplés à l’humour pas moins mélancolique de Bond symbolisent en effet fortement le passage à une nouvelle ère. Plus impactant encore, la mort d’Olivia « M » Mansfield, qui survient symboliquement dans la chapelle du domaine, apporte une fin tragique très émouvante similaire à celle de Casino Royale tout en achevant de tirer un trait sur le passé. La boucle se trouve alors bouclée alors qu’on apprend qu’Eve se décharge pour des activités administratives, son nom de famille se révélant être Moneypenny. Et c’est en toute logique que Mallory devient le nouveau M, renvoyant le scénario de James Bond vers la lignée de ses premiers films. Avec plus d’un milliard de dollars de recettes, la récompense du meilleur film britannique et de la meilleure musique de film aux British Academy Film Awards 2013, Skyfall est un immense succès critique et commercial marquant avec maestria un nouvel âge d’or pour la saga.

« Avec plaisir, M. Avec plaisir ! »

 

Spectre

la renaissance

Date de sortie : 26 octobre 2015 (Royaume-Uni), 11 novembre 2015 (France)
Réalisateur : Sam Mendes
Acteurs principaux : Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux, Ralph Fiennes
Genre : Espionnage
Nationalité : Britannique
Compositeurs : Thomas Newman, Sam Smith (générique)

« – Nous devons vous appeler C, alors ? – Non non, Max, je vous en prie. – Non je vais vous appeler C. »

Toujours sous l’objectif de Sam Mendes, le successeur de Skyfall fait directement référence aux premières adaptations cinématographiques de James Bond avec le titre Spectre, qui renvoie à une organisation terroriste faisant le lien avec les précédents films. Tandis que Bond enquête sur cette dernière suite à une vidéo laissée par l’ancienne M, Mallory fait face à Max Denbigh (alias C), incarné par Andrew Scott (Docteur Frankenstein, Alice de l’Autre Côté du Miroir), persuadé que la section Double Zéro est désuète et qu’elle peut être remplacée par des drones. Le film commence brillamment avec un superbe plan-séquence montrant la parade de la fête des morts au Mexique, pour continuer avec la traditionnelle scène d’action qui aboutit à un générique toujours aussi stylé. Interprétée par le jeune Sam Smith, la chanson « Writing’s on the Wall » se veut profondément mélancolique et tout aussi intense que le « Skyfall » d’Adele au point d’être auréolée de l’oscar de la meilleure chanson originale.

« Vous êtes un cerf-volant qui danse dans un ouragan, M. Bond. »

De nouveau mis à pied par M, Bond poursuit son enquête et est amené à recroiser un Monsieur White à l’agonie, cherchant à protéger sa fille de l’organisation SPECTRE. Jouée par Léa Seydoux (La Vie d’Adèle, La Belle et la Bête, Journal d’une Femme de Chambre), Madeleine Swann, dont le nom est tiré du roman de Marcel Proust Du Côté de Chez Swann, s’allie alors à l’agent secret pour en savoir davantage sur les anciennes activités de son père. Toujours au top, la réalisation du film amène à de superbes séquences comme celle de la réunion secrète de SPECTRE à laquelle James Bond se rend dans la ville de Rome. Si les indices sur l’identité de son dirigeant commencent à tendre vers un certain Franz Oberhauser pourtant censé être mort, le plan maintenant l’ombre sur sa silhouette en contraste avec les lumières de la pièce s’avère d’une redoutable efficacité pour maintenir le suspense sur son visage.

« Bienvenue, James. Cela fait une éternité, mais enfin nous y voilà. Tu en as mis du temps. »
« C’est vraiment ça que vous voulez ? Vivre dans l’ombre, traqué, traquant les autres et toujours seul ? »

/!\ SPOILERS /!\ Achevant de créer le lien avec les trois premiers films, le patron du Chiffre, de Dominic Greene et de Silva se dévoile enfin en la personne d’Ernst Stravo Blofeld, incarné par le talentueux Christoph Waltz (Inglourious Basterds, Django Unchained, Big Eyes). Fidèle à lui-même, l’acteur rend parfaitement honneur à cet antagoniste historique de la saga. Il est secondé par M. Hinx, un gros bras joué par l’ancien catcheur David Bautista (Le Roi Scorpion 3, L’Homme aux Poings de Fer, Riddick), dont le jeu d’acteur reste tout à fait correct. De leur côté, Ralph Fiennes, Ben Whishaw et Naomie Harris reprennent leur rôle respectif et se montrent particulièrement actifs dans leur entraide avec James Bond et Madeleine, ainsi que dans leur confrontation avec C.

Une place qui sied parfaitement à Léa Seydoux.
« Franz Oberhauser est mort il y a vingt ans, James. L’homme à qui tu parles en ce moment, celui qui est à l’intérieur de ton crâne, c’est Ernst Stravo Blofeld. »

Pourvu de scènes d’action haletante comme celle du train en marche, Spectre renoue les gadgets à l’ancienne tels que la montre explosive, mais aussi avec le repaire ennemi qui fait office de lieu à atteindre et à neutraliser. Le final débute d’ailleurs dans l’ancien quartier général du MI6, désaffecté depuis les événements de Skyfall, tandis que Blofeld gagne en charisme avec sa fameuse cicatrice à l’œil droit. Si l’on peut douter de la pertinence de la demi-fraternité entre James et ce dernier, leur confrontation s’avère remarquable et se conclut avec maestria sur le pont de Westminster. Sottement mésestimé en comparaison avec l’excellence de Skyfall, Spectre demeure un film très réussi faisant brillamment honneur à l’arc narratif entamé depuis Casino Royale.

 

Mourir Peut Attendre

l’hégémonie

Date de sortie : 29 septembre 2021 (Belgique, Corée du Sud), 6 octobre 2021 (France)
Réalisateur : Cary Joji Fukunaga
Acteurs principaux : Daniel Craig, Léa Seydoux, Rami Malek, Lashana Lynch
Genre : Espionnage
Nationalité : Britannique
Compositeurs : Thomas Newman,  (générique)

 

Avant on pouvait se retrouver dans une pièce avec nos ennemis.
Aujourd’hui, ils flottent au gré de l’éther.

 

Une introduction puissante qui renforce considérablement l’importance du personnage de Léa Seydoux.

Tant attendu après de multiples reports, Mourir Peut Attendre arrive six ans après son prédécesseur dans une conclusion faisant largement honneur à l’ère Daniel Craig. Réalisé par Cary Joji Fukunaga, il annonce d’emblée la couleur dans une introduction dévoilant une partie de l’enfance de Madeleine Swann, traquée par un angoissant personnage masqué au visage défiguré. Tandis que cette dernière mène une vie tranquille à Matera avec un James Bond qui semble bel et bien avoir raccroché, ce dernier est pris pour cible et s’éloigne d’elle le temps d’enquêter sur une menace encore plus dangereuse que Blofeld lui-même. Là où Thomas Newman cède sa place à Hans Zimmer, le générique « No Time To Die » est brillamment interprété par Billie Eilish, dans un ton lent et mélancolique illustré par des tirs de pistolets représentant l’ADN infectée par un virus.

 

Du martini et une belle femme : what else ?

La principale menace est en effet constituée par le projet Héraclès, une arme biologique contenant des nanoparticules qui infectent les personnes ciblées selon leur identification génétique. Une menace extrêmement dangereuse due à Lyutsifer Safin, joué par un Rami Malek (Papillon, Bohemian Rhapsody, Une Affaire de Détails) des plus perturbants. James fait alors de nouveau équipe avec Felix Leiter, toujours incarné par Jeffrey Wright, dans le but de retrouver un scientifique russe ayant contribué à l’élaboration d’Héraclès. Il est entre autres amené à collaborer avec Paloma, agent de la CIA interprétée par Ana de Armas (Knock Knock, Blade Runner 2049, À Couteaux Tirés). Sa rencontre avec l’agent Nomi, qui a hérité du matricule 007 sous les traits de Lashana Lynch (Captain Marvel), s’avère un peu plus sulfureuse mais non dénué d’humour. James Bond a également à faire avec plusieurs hommes de Safin, dont un porté par Billy Magnussen (Into the Woods, Le Pont des Espions, Aladdin).

« James ! Le destin nous réunit à nouveau. À présent mon ennemi est ton ennemi : comment est-ce arrivé ? »

 

James Bond, antécédents violents, permis de tuer : je croirais parler à mon double !

 

Une terrification interprétée avec maestria.

/!\ SPOILERS /!\ Dans la lignée de Spectre tout en le surpassant, Mourir Peut Attendre réalise l’exploit d’être le film le plus long de la saga sans s’encombrer de passages inutiles. Efficacement rythmé par plusieurs scènes d’action musclées, il mêle habilement une dramaturgie forte avec de nombreux traits d’humour qui apportent une certaine légèreté au ton particulièrement grave du scénario. Des liens touchants aux précédents films sont assurés par le recueil sur la tombe de Vesper, une mémorable visite de James Bond à Blofeld dans sa cellule et la mention de l’assassinat des parents de Safin par Monsieur White, qui travaillaient sur des plantes servant de base au virus. La base secrète de l’antagoniste effectue également son retour avec un silo datant de la Seconde Guerre mondiale converti en une usine de nanobots.

Un recueillement touchant qui renvoie quinze années en arrière.
« – Nous éradiquons des gens tous les deux pour créer un monde meilleur. Mais moi j’essaie d’être un peu plus méticuleux. – L’histoire n’est pas très indulgente avec les hommes qui se prennent pour Dieu. »

Sans atteindre l’apothéose d’un Casino Royale et d’un Skyfall, Mourir Peut Attendre combine efficacement ce qui s’est fait de meilleur dans ses prédécesseur pour atteindre une certaine excellence. Très impliqués, les acteurs font preuve d’un jeu incroyable pour honorer le scénario, notamment une Léa Seydoux touchante au point de livrer une des meilleures performances de sa carrière et un Rami Malek exceptionnel qui parvient à respirer la terreur même quand il n’apparaît pas à l’écran. Après quinze ans de bons et loyaux services, Daniel Craig quitte son rôle de la manière la plus surprenante qui soit avec la première mort de James Bond de toute l’histoire de la saga et une petite fille qu’il laisse en souvenir à Madeleine. Une pentalogie qui peut largement prétendre être la plus qualitative parmi les multiples interprétations depuis 1962.

Emmanuel Delextrat

Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j'ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La soupe aux choux, mais aussi de nombreux dessins animés (courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo ; longs métrages Disney avec Alice au pays des merveilles en tête ; animés japonais avec Sailor Moon et Dragon Ball Z ; j'aime aussi particulièrement Batman et Tintin). Mes années 90 ont été bercées par les comédies de Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête), ou d'autres films que j'adore comme Les valeurs de la famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à tout prix). C'est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par The Dark Knight, Casino Royale, Dragon l'histoire de Bruce Lee ou encore Rambo. Collectionneur, j'attache de l'importance au matériel et j'ai réuni deux étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Il va sans dire qu'il m'en reste encore beaucoup à voir...

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