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Marcel Duchamp

Marcel Duchamp
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Marcel Duchamp, du Nord de la France. Slameur et cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Enemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

Après quoi il court Monsieur Aznavour ?

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Nos modèles sont des obsessionnels.

On l’envie le Charles ? Vraiment ?

On l’envie le Franck Sinatra français ? Really ?

Nous voici face à un biopic qui arrive à ne pas être une hagiographie tout en gardant toute la tendresse et l’admiration pour le biopiqué.

Piqué par quoi d’ailleurs ? Le travail, le talent, le besoin de créer, la dette familiale, le succès.

Parce que ouais, là où Freddy Mercury se shootait à tout type de shoots, le Charles, il se shoote au travail. « Personne ne peut lutter contre 17h30 de travail par jour. »

THE SHOW MUST GO ON !

Victime de son propre talent. Parce qu’il y a toujours un stylo qui traine pour écrire tous les mots qui courent dans sa tête et les mettre dans l’ordre que son cœur lui dicte.

Mais pourquoi tant besoin d’amour ? Mais pourquoi tant de haine ?

Avoir trop vu ses parents galérer entre pauvreté et racisme ?

Avoir grandi en côtoyant le show qui réchauffe les bars encore plus que l’alcool ?

Peut-on être heureux quand on est toujours insatisfait ?

« Il faut se souvenir d’où l’on vient et où l’on est. » disait son papa.

Mais surtout où on veut aller ? L’instant futur, au détriment de l’instant présent.

Quand on a eu les objectifs les plus hauts, mais qu’on les a tous atteints, on fait comment ? Fallait bien que ça arrive : à forcer de bosser, on coche toute sa to do list.

La malédiction du trop. Du trop talentueux, du trop travailleur, du trop successfull.

TOUJOURS PLUS

L’égo de l’artiste. Besoin de l’arroser, et quand il est trop touffu, comment peut-on encore l’arroser ?

L’art, ce vrai monde dans lequel on se réfugie (pas par choix ?), dans lequel on s’envole sans faire exprès (ou pas), même quand la mise en terre est tragique. Si le monde ne te convient pas, crée le tien, enfuis-toi en avant dans un autre.

Tu me fais tourner la tête… Son manège à lui, c’est de créer, créer, créer…

Course à l’armement…

Il s’arme, il s’arme, il s’arme… Mais pour faire la guerre à qui ?

Il court, il court, il court… Mais après quoi il court Monsieur Aznavour ?

Réussir ?

Dépendance à la scène,

Besoin des autres

S’égocentrer.

Pierre a su s’arrêter quand il avait tout ce qu’il lui fallait. Il en avait assez. Il a réussi à en avoir assez.

Charles ? Jamais.

« RALENTIR, C’EST MOURIR »

« Ralentir, c’est mourir » Vraiment ?

Si on veut mettre une réf de cinéphile, on peut dire que ce Charles, c’est Mickey Rourke dans The Wrestler.

Grand Corps Malade s’est-il construit à l’opposé (théorie de la roue de la réussite), lui qui arbore ces valeurs d’épanouissement familial ? Réussir à trouver l’équilibre entre ses passions, ses quêtes individuelles et sa famille, ses amis, ses repères.

L’artiste plus ou moins torturé qui trouve son équilibre.

Ou qui au contraire se déséquilibre encore plus dans le cercle vicieux, son manège à lui.

Nos modèles (les rocks stars, les sportifs, etc etc)sont des obsessionnels qui courent en rond après ils ne savent pas quoi.

A nous de ne prendre que le bon.

Ne garder que ce que l’on a envie.

Ne garder que le plaisir.

De savoir après quoi on court.

Le Roman de Jim : c’est quoi Aimer ?

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L’important c’est d’aimer. C’est quoi Aimer ?

La vie est une succession d’ellipses, le film aussi. La vie, le roman, ce qui fait que Jim (le fils) est Jim ne s’arrête jamais.

Celle d’Aymerick (son père, son « père », son parrain, son « parrain ») non plus, car on est tous le héros de notre histoire, et on a tous nos raisons, nos motivations. Même Florence (sa mère, sa « mère » ?).

L’important c’est d’être aimé.

L’amour inconditionnel, l’amour désintéressé, l’amour sans attendre en retour.

Faire un truc qui est mieux pour l’autre que pour soi.

Accepter que Christophe (son père, son « père » ?) s’installe à la maison. Parce que c’est mieux pour lui, parce que c’est mieux pour Florence. Et puis peut-être que c’est mieux pour Jim, maintenant, ou après quelques ellipses.

S’aimer sans ellipses

Accepter que la nouvelle famille parte de l’autre côté de l’Atlantique. Pour les mêmes raisons, et puis aussi parce qu’il ne peut pas faire autrement. Et puis parce que parfois on n’a pas le choix : soit on accepte/s’adapte, soit on se rebelle sûrement pour rien.

Accepter que ça ne soit pas le moment à Noël de venir offrir un chewing-gum qui décolore la langue, accepter que les ellipses s’espacent, que la fréquence du quotidien s’espace. Si c’est mieux pour Jim, ainsi soit-il.

Et l’amour propre, c’est quoi ? L’inverse ? Faire un truc qui est mieux pour soi que pour l’autre ?

Il faudrait donc trouver un juste milieu, un équilibre entre le tout pour soi et le tout pour l’autre.

Parfois, un contexte fait qu’il n’y a pas de place pour soi, ou que la place disponible marque un trop grand écart avec nos envies, nos besoins.

Florence fait des expériences, elle expérimente la vie.

La vie dérangée

La vie pas rangée, au contraire de Cécile qui vient vérifier chez son amie que quand on fait des choix pourris, on a une vie pourrie. Ca la rassure Cécile.

La double paternité, comme dans Trois hommes et un couffin (ou les Trois frères ?) mais version moins drôle.

Et si elle est revenue parler à Aymerick, c’était pour quoi ? Par pure perversité de le faire vraiment souffrir ? Pour soulager sa propre conscience ? Par honnêteté pure ? Pour qu’au moins Aymerick sache que Jim ne l’avait pas abandonné ?

Acte d’amour ou d’amour propre ?

A force de ne penser qu’à l’autre, comme on dit d’être trop gentil, Aymerick n’est qu’une pièce de monnaie qui passe de bourse en porte-feuille sans aucune prise sur un destin qui le fera tomber sur Olivia.

On se rend compte que si Aymerick avait osé s’aimer davantage, cela aurait permis à Jim de vivre avec un cœur qui bat à l’endroit. Plutôt que de devoir attendre ses 23 ans. C’est long quand même.

C’est c’qu’il y a d’plus beau…

La salle de cinéma rallume ses lumières. Le film se termine, pas la vie.

Vivement la prochaine ellipse.

Histoire de vérifier que s’aimer, c’est l’équilibre de faire des trucs qui font autant de bien à soi qu’à l’autre ?

Deadpool & Wolverine : Les deux immortels

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L’un est rouge, l’autre jaune.

Ils sont tous les deux immortels. Parce qu’ils le sont déjà beaucoup, et que même que quand ils meurent, ils revivent.

Pourquoi ? Ca serait trop long à vous expliquer : des cases et des cases et des planches et des planches… Des films, des sequels, des spin-offs, des préquels, des cross overs et même des multivers !

C’est pas ça qui compte le plus. L’essentiel, c’est l’humain, l’universel, ce qui en reste. Ce qui en restera. Ce qui sera immortel, en quelque sorte.

« Si tu pouvais faire un vœu, ça serait lequel ? » Faudrait voir les stats, mais le vœu d’immortalité doit être pas trop mal placé…

Et pourtant, là, hormis le fait qu’ils sont super-héros, qu’ils ont leurs films et même leur franchise, ça ne fait pas des masses rêver.

C’est dur, dur d’être héros

Le rouge est immortel, et tout le monde s’en cogne. Il s’est même fait jeter par sa femme : trop risqué d’être la femme d’un trop spécial. Puis de toutes façons, le rouge est trop occupé avec ses grandes responsabilités. C’est parce qu’il a un grand pouvoir : vous avez la réf ? Evidemment, c’est la réf d’un autre rouge, bien plus populaire d’ailleurs… Injustice ? Et oui, j’oubliais : le rouge a aussi le pouvoir de casser le 4ème mur. Ca, ça le rend très drôle, et au final ça contribue à son succès… Au cinéma tout du moins ! Dans sa vraie vie à lui, on imagine que ça fait passer l’ennui et les autres tourments… L’humour est-il une épée contre ses propres névroses ? En tout cas, ça fait plaisir : tout ça prouve que le méta n’est pas forcément relou.

Bref, le rouge est immortel, et tout le monde s’en cogne. Le jaune est immortel, et il cogne tout le monde. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il est misanthrope, mais en tout cas, il n’est pas très loquace. Il a sa franchise comme on disait tout à l’heure, et il a sa franchise. Un mec trop direct ! Mais en vrai, c’est un sentimental : il s’attache vite ! Puis ça fait longtemps qu’il vit : destin inéluctable quand on est immortel. Il en a vu passer des trucs très très tristes, il en a subi des injustices très très injustes. En bon super-héros, il en a protégé des vies. Et comme il faut bien que les méchants fassent très très peur, il en a vu des vies s’évaporer, se déliter, se déchiqueter… Parce qu’on n’est pas tous immortels.

Plus c’est long, plus c’est pénible !

Ca en fait des souffrances quand même. C’était pas pour se défausser que Sartre disait que l’Enfer c’était les autres. Les autres qui s’écartent du rouge alors que lui, il aimerait juste faire partie d’une team, d’une famille, d’un couple. S’écarter de la solitude. L’enfer du jaune, c’est cette culpabilité à ne pas avoir su protéger ses protégé.e.s, c’est la culpabilité à être lui en tant qu’être différent des autres. L’enfer, c’est être différent des autres ?

Peut-être qu’en fait le problème, c’est pas vraiment l’immortalité en fait. C’est la différence. Quoique, si on était tous immortels, ça amènerait d’autres problématiques. Et si leur vraie différence, c’était d’être des super-héros ? L’ont-ils vraiment choisi ? Le rouge, il adore ça : les strass et les flashs. C’est mieux que de mourir d’un cancer… Le jaune, il a été conçu pour être une machine de guerre… Sobre et efficace. Alors, manque de reconnaissance ? Ou les rêves de grandeurs étaient trop grands ? L’œuf, ou la poule ?

Y a rien de pire dans la vie que de se prendre pour un super. Que tu le sois ou pas d’ailleurs. Kiss Ass, si tu m’entends… Alors si tu te sens des pouvoirs te pousser, reste pudique. « On est beau quand on est pudique ».

Même si ça fait moins de likes. Et moins d’entrées. Parce que là, c’est vrai qu’il y aurabeaucoup d’entrées pour aller voir le rouge et le jaune. Sûrement beaucoup plus que si ça planchait sur un reboot de « Le rouge et le noir ». Mais ceci est une autre histoire : le multivers est infini !

Avatar 2 : Jake et le Colonel ne sont qu’une seule et même personne !

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La dualité entre ces deux personnages m’a frappé aux yeux durant la séance… Il me fallait développer cette théorie qui peut sembler dingue à première vue. Voici mon raisonnement :

Regarder un film autrement : prendre la pilule rouge ?

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Matrix 4 est sorti depuis quelques semaines et voici les « débats » incessants : MOI je pense que c’est un bon film, MOI je pense que c’est un mauvais film. Et ceci est vrai pour n’importe quel film, surtout ceux qui font parler d’eux… Et si nous allions plus loin que notre « j’aime/j’aime pas » personnel pour savoir vraiment ce qui se cache derrière notre perception première ? Parce qu’au-delà des affects, n’oublions ni les percepts, ni les concepts… Et si nous prenions la pilule rouge ?

Titane : Comment faire son 2ème film quand le 1er a été encensé par la critique ?

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Date de sortie : 14 juillet 2021
Réalisateur : Julia Ducournau
Acteurs principaux : Agathe Rousselle, Vincent Lindon, Garance Marillier
Genre : drame
Nationalité : française

 

Après avoir vu Grave, je me suis d’abord dit que j’avais hâte de voir le prochain film de cette Julia Ducournau. Dans un second temps, je me suis mis à sa place : vu toutes les promesses faites par ce petit coup de génie cannibale, comment cette réalisatrice allait faire pour construire sereinement son second long-métrage ? C’est d’ailleurs une problématique que l’ancienne membre de la Fémis a elle-même évoquée.

Hospitalité : le film qui a inspiré Parasite et Mother ! ?

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Date de sortie 26/05/2010 Au cinéma
Durée(01h36)
Titre original 歓待
Réalisé par Koji Fukada
Avec Kenji Yamauchi, Kiki Sugino, Kanji Furutachi, Bryerly Long, Kumi Hyodo, Erika Ono, Hiroko Matsuda, Tatsuya Kawamura, Naoki Sugawara, Haruka Saito, Makoto Adachi, Tsuyoshi Kondo, Kenichi Akiyama, Momoi Shimada
Genre Comédie
Nationalité Japon

 

 

 

 

Synopsis

Dans une bourgade japonaise, la famille Kobayashi vit paisiblement de l’imprimerie. Quand un vieil ami de la famille réapparaît, aucun ne réalise à quel point il est en train de s’immiscer progressivement dans leur vie… jusqu’à prendre leur place.

 

Les succès récents d’Harmonium et de l’Infirmière de Koji Fukada nous offrent la possibilité de voir au cinéma son premier film sorti au Japon en 2010, mais non diffusé en France à l’époque. Forcément, des milliers d’autres films ont depuis vu le jour et on peut se demander si cette comédie dramatique n’a pas inspiré quelques longs-métrages, notamment le Mother ! de Darren Aronofsky ou le multi-primé Parasite de Bong Joon Ho… Attention spoilers !

La maison métaphore de Mother !

            Comme dans le film controversé du réalisateur de Black Swan, la majeure partie du film se déroule dans une maison. Dans ces deux films, on reste d’abord au 1er degré de lecture et ici, on s’amuse de cet invité qui se permet beaucoup de choses avec autant de culot que de malice. Puis, après quelques indices, on comprend que le film bascule dans la métaphore. Chez Aronofsky, la maison illustrait la planète, création ultime et biblique. Chez Fukada, cette bâtisse illustre le Japon actuel, un pays visiblement bien sous tous rapports, mais qui n’est pourtant pas mieux qu’un autre et qui a du mal à accepter les immigrés et les étrangers. Dans les deux films, on peut aussi trouver cette montée en puissance, cette accumulation qui peut perdre certains spectateurs.

Quand on creuse un peu chez cette famille Kobayashi si sympathique, on se rend compte que Madame n’est pas si parfaite que ça et que Monsieur se laisse vite séduire par cette Brésilienne d’Europe de l’Est. On voit d’ailleurs une critique du rapport au corps parfois compliqué des Japonais. A l’inverse, ce Kagawa (il aurait pu s’appeler Kanagawa, tant il représente une vague qui déferle sur ce foyer !) apparaît d’abord sans gêne, puis carrément menaçant et malsain. Mais finalement, ne représente-t-il pas l’alternative humaniste qui sait accueillir et partager, « tuant » l’ancien modèle (à l’image de l’ancien employé qu’il remplace) ?

 

Au départ, ce film aurait dû s’appeler « Rotary » en référence à l’imprimerie, mais aussi à cette notion de cercle, de boucle. Une nouvelle fois, on retrouve ce côté dans Mother ! Avec cette fin qui répond au début, de la naissance d’une création, le feu du processus créatif qui finit par tout brûler, avant de reprendre à la prochaine étincelle. Ici, l’imprimerie représente surtout une métaphore du travail. Là où les voisines disent au début qu’ « il n’y a plus de travail et que certains disent que c’est parce qu’il y a de plus en plus d’immigrés », Kagawa montre l’inverse : s’il y a plus de citoyens, on aura besoin de plus produire et on pourra embaucher davantage.

Le Parasite qui s’introduit dans le système vertical

Comme dans le film palmé en 2019 et oscarisé en 2020, on se retrouve avec une famille en apparence parfaitement fonctionnelle jusqu’au jour où une ou plusieurs personnes en marge viennent perturber ce confort bien en place. On comprend vite la critique de la société japonaise, le rapport entre les différentes classes sociales. Ce thème se retrouvait déjà dans Harmonium, sorti en 2016.

            On peut voir également un petit lien entre Hospitalité et Parasite dans le traitement vertical des rapports sociaux. Ici, accéder à l’étage, c’est obtenir un toit, s’élever socialement. Evidemment, Bong Joon Ho a poussé le concept bien plus loin neuf ans plus tard. Le réalisateur de Snowpiercer avait également choisi de montrer l’habitat de la famille Parasite, situé encore plus bas que le sol. Koji Fukada reste davantage centré sur une seule maison, montrant juste le lieu de squats des exclus de la société.

Dans Parasite, le point de départ se faisait avec les cours particuliers donnés aux enfants.  Ici, la symbolique passe par cet oiseau qui avait pris sa liberté et que l’on recherche pour le remettre dans une cage. Critique de ce confort que l’on cherche tant, cette possession que l’on brigue. La boucle se boucle dans les dernières minutes quand on apprend que c’est un autre oiseau dans la cage, avec les mêmes couleurs. On revient dans le côté « Rotary », en insistant sur le côté artificiel extérieur, alors qu’à l’intérieur d’eux-mêmes, les deux époux ont évolué positivement.

En conclusion, Hospitalité est un film à voir à beaucoup d’égards et on se demande clairement si Mother ! Et surtout Parasite ne lui doit pas beaucoup. Cet article ne prétend pas tout savoir, alors n’hésitez pas à venir compléter, enrichir ou contredire les quelques points développés ici !

Bienvenue à la Vraie 46ème cérémonie des Césars 2021

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Uchronie, bienvenue à la Vraie 46ème cérémonie des Césars !

Quel plaisir d’avoir assisté à cette cérémonie des Césars nouvelle mouture ! Il aura fallu près de six mois pour faire évoluer cette institution vieille de 1976, après cette précédente édition si agitée.

La soirée a commencé par les films qui nous ont fait le plus rire. Pour ce moment, Andrée, une retraitée de Vendée nous a parlé de cette scène hilarante où Laure Calamy essaie tant bien que mal de faire avancer son âne dans « Antoinette dans les Cévennes ». La scène a été projetée sur l’écran géant. J’ai pris beaucoup de plaisir à la revoir, moi qui avais adoré le film lors de sa sortie en salle. L’actrice était sur le plateau et nous a raconté les secrets de ces scènes avec l’âne. Sébastien, un quarantenaire de l’Est a parlé de son immense fou rire lors de cet extrait de « Play ». Ça m’a donné envie de le voir avec toutes ses références à ma génération ! Le réalisateur Anthony Marciano nous a expliqué pourquoi il avait eu tant à cœur de faire ce film.

La deuxième thématique de la soirée était la partie « émotions ». Rebecca, étudiante sur Lyon, nous a parlé de son coup de cœur pour le film « Un vrai bonhomme ». Elle nous a expliqué à quel point elle avait trouvé un écho dans sa vie personnelle, et que ça l’avait aidée à reprendre une meilleure relation avec son frère. Je ne connaissais pas du tout ce long-métrage, mais l’extrait choisi(e) par cette jeune fille avait l’air intéressant. Le réalisateur Benjamin Parent nous a d’ailleurs parlé de sa série « Les grands », j’essaierai de la voir, moi qui adore les films sur les ados. Ensuite, Sofiane, un commercial bordelais, nous a parlé du choc qu’il a reçu devant « Eté 85 », lui qui était plutôt habitué aux blockbusters américains. Ils ont passé la scène de la rencontre entre les deux acteurs principaux. Ca m’a rappelé que j’avais adoré la première partie du film, mais moins la deuxième.

Nous avons eu ensuite droit au moment « les films qui vous ont captivés ». Jacques, retraité de l’Education Nationale, a présenté la scène finale d’« Adieu les cons ». Cet octogénaire veuf depuis peu a raconté qu’il avait vu ce film avec d’autres personnes âgées aussi esseulées. Il nous a confié à quel point ce film leur avait fait du bien, et qu’ils avaient longuement échangé ensuite sur l’évolution de la société. Albert Dupontel, présent sur le plateau, en a eu les larmes aux yeux. Malika, avocate en Auvergne, nous a ensuite parlé du moment où Camélia Jordana bascule dans « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait ». J’ai trouvé son point de vue sur le film très portée sur l’actrice, et ça a enrichi mon regard, moi qui m’étais surtout mis à la place des hommes dans ce long-métrage si subtil.

Cette soirée immanquable pour les fans de cinéma s’est poursuivie avec le ciné « qui nous a inspirés ». Francine, une pharmacienne corse, nous a partagé une scène forte de « Système K » où des artistes de rue improvisés se font embarquer par la police, suivie d’un élan de solidarité hors normes. Voir ces habitants de Kinshasa vivant très modestement mais habités par le souffle ardent m’a donné une énergie incroyable. J’ai noté ce documentaire sur mes priorités à découvrir. Quel plaisir aussi de voyager grâce au cinéma ! Ce fut ensuite au tour de Cédric de nous parler du « Women » de Yann-Arthus-Bertrand et de la force du message délivré. Quelques-unes des femmes du film étaient présentes pour répondre aux questions et échanger sur le tournage, un moment passionnant !

Puis, ce fut au tour des « bons moments passés en famille ». Claude, seize ans, a lancé une scène avec Manu Payet dans « Selfie ». Il a expliqué les fous rires qu’il avait eus avec ses parents en regardant ce film, ainsi que tous les échanges qui ont suivi propos des téléphones et des réseaux sociaux. Blanche Gardin était présente et a lancé quelques vannes dont elle a le secret ! Puis Shanna, 8 ans, nous a parlé des moments où elle avait ri avec ses parents dans « Ducobu 3 », en leur racontant qu’elle avait essayé de faire les mêmes bêtises que dans le film !

L’avant-dernière partie était consacrée aux films qui ont fait réfléchir les spectateurs. Corinne, une cinquantenaire qui travaille en crèche, a parlé de la scène inaugurale de « La bonne épouse ». Je n’ai pas vu ce film, car j’avais l’impression qu’il était un peu superficiel. Mais la façon dont cette femme en a parlé, et tous les débats que ça a amenés avec son mari m’ont laissé pantois. Je me suis dit qu’effectivement, c’était sûrement moi qui avais des à priori réducteurs. Malory, une étudiante en histoire a présenté « De Gaulle », en exprimant comment ça avait enrichi sa vision de cet homme politique. Gabriel Lebomin, le réalisateur, et Valérie Ranson Enguiale, la co-scénariste, ont détaillé comment ils avaient élaboré le scénario grâce à d’innombrables sources historiques dont ils disposaient.

Enfin, les films étrangers sont venus clore tous ces échanges passionnants. Un débat a eu lieu entre Simone et Léon sur « Drunk » : là où Simone avait trouvé que c’était une formidable ode au lâcher prise et à la liberté, Léon trouvait que ça montrait une image inquiétante et pathétique de la société. Denis, se présentant comme un cinéphile érudit, a développé pourquoi il ne fallait pas rater « Mank » sorti cette année sur Netflix. De nombreux liens ont forcément été faits avec Citizen Kane, et nous avons eu droit à l’avis averti de Michel Hazanavicius.

Juste avant le bouquet final, il y a eu un montage très rythmé où des gens interviewés dans la rue parlaient en une phrase de leur meilleur moment ciné de l’année ; la fraicheur des ados dans « Adolescentes » ; la beauté sobre de « Deux », la belle surprise « Félicita », le côté décalé et autodérision de « Tout simplement noir » ; la prestation incroyable de Sami Bouajila dans « Un fils » ; la réflexion sur la société dans « Effacer l’historique » ; le suspense limite thriller dans « La Fille au Bracelet » ; l’enrichissement culturel grâce à « L’histoire d’un regard ».

La soirée s’est terminée en beauté : toutes les personnes présentes, les professionnels du cinéma et tous les spectateurs se sont levés. Ils remplissaient toute la salle, en respectant les distances barrières. Et d’une seule voix, ils ont déclamé :

« Voici pourquoi le cinéma est si important pour la société, voici pourquoi il est essentiel. »

Aller au cinéma : un acte politique ?

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On évoque souvent les discours politiques dans les films que l’on qualifie parfois de films sociaux, ou de films engagés. Mais si l’on définit la politique comme étant « l’ensemble des pratiques, des faits, des institutions et des décisions d’un gouvernement, d’un état ou d’une société. », ne peut-on pas se demander si l’acte même d’aller au cinéma n’est pas en soi un acte politique ?

Si nous sommes bien dans une démocratie, cela signifie que le Pouvoir appartient au Peuple. En conséquence, le Peuple a le pouvoir d’influer sur les choix des producteurs, sur les financeurs, sur les diffuseurs, bref sur l’ensemble du monde cinématographique. Si je vois cinq films par an au cinéma et que je vais voir cinq grosses productions, je donne cinq fois mon argent au circuit des grosses productions. J’enrichis donc des professionnels déjà très riches. Si en revanche je vois cinq films à petits budgets, j’enrichis des professionnels moins riches, des « intermittents du spectacle », des petits artisans.

Nous éviterons d’emblée l’écueil du « tout ou rien ». Il ne s’agit pas ici de critiquer les fans du dernier Avengers ou des aficionados de Star Wars. L’un n’empêche pas l’autre et on peut très bien voir et apprécier un bon Marvel comme une pépite d’Harmony Korine. On peut par contre s’interroger sur le poids qu’est en train de prendre Disney dans le Monde cinématographique, et dans le Monde tout court. A force de tout racheter et de tendre vers le monopole de l’entertainment, il semble assez logique que la marque aux oreilles de Mickey puisse un jour influencer et faire du lobbying sur les différents gouvernements.

Et pourtant, nous avons le Pouvoir. Le pouvoir de faire circuler l’argent vers tel ou tel film, en fonction des valeurs mises à l’écran. Car ce qui est vrai pour le budget l’est aussi pour ce que véhicule le film. On dit souvent qu’il y a peu de réalisatrices, mais si nous spectateurs allions voir davantage de films réalisées par des femmes, nul doute que les producteurs financeraient davantage de réalisatrices. Et on peut décliner ça pour tout : si nous spectateurs voulons promouvoir les films avec tel ou tel message, nous en avons le Pouvoir.

On peut également étendre ce raisonnement à la nationalité des films que l’on finance en payant notre place. On parle souvent de l’ogre américain, on parle de soft power d’un pays qui implante et qui impose sa culture partout. Nous avons le pouvoir d’en décider autrement. Pourquoi se limiter aux films américains ? Aux films français ? Il y a plein de réalisateurs d’autres nationalités qui proposent des films de qualité, avec souvent une vision un peu différente que celle du formatage américain. Evidemment, ces films-là sont moins distribués. Mais s’ils faisaient plus d’entrées, ils seraient plus diffusés, non ?

Dans le même ordre d’idée, en fonction de ses opinions politiques, en fonction du Monde que l’on souhaite créer, préfère-t-on enrichir le gros complexe cinématographique de 40 salles, ou le petit cinéma du coin qui tente de subsister avec ses 4 salles ? On parle souvent de privilégier les petits producteurs bio aux grandes surfaces… La logique n’est-elle pas la même pour les salles de projection ?

« Libre, es-tu vraiment libre ? Libre de penser mais quand tu penses ne penses-tu pas, que tu penses par la pensée façonnée par ton Etat ? » chantait Assassin dans « Entre dans la classe ». Evidemment, on pourra rétorquer que l’on fait juste ses choix de films par goût. C’est respectable, mais ce n’est pas incompatible avec une certaine diversité et ouverture d’esprit. Même si on peut concevoir que certains acceptent de rester dans le mainstream, même si on peut craindre d’être un peu formatés vers une certaine pensée unique.

Et puis certains rétorqueront que de toutes façons, c’est mieux de télécharger. Car après tout, pourquoi payer quelque chose que l’on peut avoir gratuitement ? Est-ce mieux de voler un millionnaire ou quelqu’un qui galère en faisant des « petits » films ? Selon moi, nous sommes toujours dans l’acte politique. L’argent que l’on gagne, on le fait circuler. Ou pas. Et on le donne à qui l’on veut.  Car nous avons le Pouvoir. Chacun fait ce qu’il veut, et il ne s’agit surtout pas d’être moralisateur ou de juger. Nous avons le Pouvoir. Mais en avons-nous conscience ?

Et si on ressortait les Petits mouchoirs ?

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Après le succès retentissant des Petits mouchoirs en 2010 (plus de 5 millions d’entrées), la bande d’amis revient ce mercredi sur nos écrans… Vu en avant-première, voici ce que j’en ai pensé.

Des situations moins prévisibles

J’avais plutôt bien aimé le premier opus, même si, contrairement à une grande majorité du public qui parlait même de film générationnel, je n’avais pas été transcendé. La première des raisons de mes réserves venait de la grande prévisibilité de l’intrigue. Dès le début, je m’attendais à la mort de M’sieur Dujardin, et rien ne m’avait semblé très original dans le film.

Ici, le film va plus loin et réserve son lot de surprises. Monsieur Cotillard a pris son temps pour sortir une suite intéressante, avec quelques nouveaux personnages, notamment José Garcia qui vient apporter une petite touche sympa, sans tout chambouler. Le principal arc narratif est centré sur le personnage de Max et on assiste à pas de moments auxquels on ne s’attend pas forcément.

L’émotion mieux gérée

Les Petits mouchoirs portait un titre qui annonçait la couleur, mais à force d’en faire des tonnes au niveau émotions, le film ne m’en avait procuré quasiment aucune. Dans « Nous finirons ensemble », Guillaume Canet semble aller mieux et ne tombe pas dans le pathos facile. Il a réussi à passer le cap difficile de la quarantaine (cf « Rock’n Roll) et propose un long-métrage mieux équilibré entre comédie et drame.

Autant bon nombre de situations sont assez rudes dans le fond, autant chaque scène plus dramatique est désamorcée grâce à un humour bienvenu et qui fait mouche. Les personnages secondaires jouent leur rôle à leur perfection (à l’image de la nounou ou du jeune Ilan Debrabant qui interprète brillamment le fils de Marion Cotillard) et il se dégage du film une vraie tendresse. Comme s’il avait fallu passer par des moments difficiles pour arriver à une certaine forme de sérénité toute relative.

Des personnages qui évoluent

Dernier gros point qui avait limité mon plaisir en 2010 : pour un film centré sur les personnages, j’avais trouvé que ces dits-personnages évoluaient très peu tout au long du film. Neuf ans après, on peut dire que le réalisateur a pris son temps et qu’il a eu raison. En s’appuyant sur chacun de ses acteurs (on dit qu’ils lui ont renvoyé assez violemment la première proposition de scénario), il nous propose une galerie de personnages plus approfondis.

J’ai trouvé la plupart des acteurs plus nuancés dans leur jeu. Un Laurent Lafitte très frais (lui qui enchaine souvent des rôles plus durs, comme dans le récent et magnifique « L’heure de la sortie »), une Marion Cotillard qui s’écarte aussi de ses registres habituels, un Gilles Lellouche qui fait mouche, une Pascale Arbillot qui a bien changé, un François Cluzet beaucoup plus subtil et donc beaucoup plus touchant.

Les bons ingrédients toujours là

Ajoutons que si cette suite a réussi à gommer les petits défauts du deuxième meilleur box office 2010 (derrière Harry Potter 3), il a su garder tous les bons ingrédients de ce film de potes où les vannes s’enchainent avec férocité et bienveillance. Cette suite a tout à fait sa place : « Nous finirons ensemble » n’a pas du tout le côté réchauffé d’un « Bronzés 3 » par exemple.

Après le succès de son pote Lellouche avec le Grand Bain, Canet réussira-t-il à dépasser le box office de « Mais qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? », histoire de s’assurer le César du public 2019 ?