Claude Chabrol, suspens au féminin

Coffret Claude, suspens au féminin .

5 films réalisés par Claude Chabrol

 

L’Enfer

Sorti en 1994

Avec : Emmanuelle Béart, François Cluzet, Marc Lavoine

Genre : drame

 

La Cérémonie

Sorti en 1995

Avec : Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Jacqueline Bisset

Genre : drame

 

Rien ne va plus

Sorti en 1997

Avec : Michel Serrault, Isabelle Huppert, François Cluzet

Genre : Policier, Comédie

 

Merci pour le chocolat

Sorti en 2000

Avec : Isabelle Huppert, Jacques Dutronc, Anna Mouglalis

Genre : Drame, Policier

 

La Fleur du mal

Sorti en 2003

Avec : Benoît Magimel, Nathalie Baye, Suzanne Flon

Genre : Drame, Thriller

 

 

 

Claude Chabrol est un cinéaste passionnant qui a su tirer parti de l’art cinématographique.

Il a développé un cinéma à la fois mental et social qui s’oriente vers un questionnement constant de la notion de tragédie. MK2, associé à Carlotta, ressort cinq films du cinéaste en version restaurée.

Ces cinq films sont regroupés sous la thématique du personnage féminin Chabrolien.

Sont regroupés, La Cérémonie, Rien ne va plus, La fleur du mal, l’Enfer et Merci pour le chocolat.

 

La Cérémonie 

 

 

La Cérémonie est un film qui traite de l’arrivée d’une future servante dans la maison d’une famille bourgeoise.

Ce qui frappe tout de suite est la manière qu’a Chabrol de traiter du mystère et de ses personnages.
Le spectateur est vierge de toute information dès le commencement du film. Il entre dans l’action de manière brute et doit se raccrocher à tout ce qu’il verra et entendre pour pouvoir créer un lien avec les personnages.

 

 

Ici, le spectateur s’attache très vite au personnage de Sophie. La mise en scène de Chabrol permet cet attachement par sa façon de filmer ce que ressent Sophie dans cette imposante maison.

Chabrol se permet également de filmer les faiblesses de la jeune femme qui seront vectrices de tension.
Une tension que le cinéaste installe avec une lenteur particulièrement efficace.

 

 

La relation qu’entretient Sophie avec la famille semble fondée sur de bonnes bases, cependant celle-ci va se dégrader lorsqu’elle va rencontrer Jeanne la postière.

C’est ainsi que Chabrol s’amuse à créer encore plus de mystère avec l’arrivée de ce personnage. Le film n’est plus centré sur Sophie, il traite finalement d’un duo.

 

 

Un duo caractérisé par ses différences avec la famille bourgeoise. Deux personnages en opposition avec les principes de celle-ci.

Ainsi, Chabrol incorpore une thématique sociale très fine qui va permettre au film de se conclure sur une explosion de violence sans pour autant prendre parti en concluant le film sur un élément tragique.
Chabrol montrera que chaque acte aura des répercussions. Qu’elles soient négatives ou positives.

 

 

Ainsi La Cérémonie passionné par son processus qui s’imprègne des attentes du spectateur en l’installant confortablement dans un climat de tension permanente.

Le spectateur est ainsi acteur/observateur de ce qui se déroule à l’écran. Il est passif et assiste au désastre. Il est ainsi membre de la cérémonie.

 

 

Rien ne va plus

 

 

Rien ne va plus est construit sur un duo d’arnaqueurs magnifiquement incarné par Michel Serrault et Isabelle Huppert.
Au fur et à mesure de leurs manœuvres, ils vont être confrontés à une affaire qui les dépasse.

Rien ne va plus s’inscrit dans la démarche habituelle de Chabrol qui cherche encore à jouer sur la divulgation des informations propres aux personnages.

 

 

Le film s’ouvre sur ce duo sans chercher à dévoiler les éléments qui caractérisent celui-ci.
Chabrol se sert de la mise en scène pour montrer au fur et à mesure la vie de ces personnages qui vivent en marge de la société.

 

 

Ce qui surprend est l’humour qui semble ici plus léger. Le film est construit de façon à s’éloigner de la tragédie Chabrolienne. L’histoire y est plus légère mais jamais dénuée de gravitée.

 

Rien ne va plus est en plus parsemé de plans magnifiques qui mettent en valeur le lieu où se situe l’action.

Malgré la légèreté des thématiques, Chabrol ne s’éloigne pas de ses obsessions et agit comme un véritable orfèvre.

 

 

La Fleur du Mal

 

 

La Fleur du Mal s’inscrit également dans la démarche Chabrolienne.

Le fils d’une famille recomposée et bourgeoise revient chez lui après un long voyage aux États-Unis. Il apprend que sa belle-mère tente de se présenter aux élections municipales de son village. Cependant, la parution d’un tract dévoilant un lourd secret familial vient perturber la tranquillité environnante.

 

 

Chabrol traite ici de la culpabilité avec une main de maître. Il s’intéresse à cette famille bourgeoise en y incorporant une ambiance malsaine qui va petit à petit pourrir les relations familiales.
Il dépeint le portrait d’une famille sclérosée condamnée à recommencer les mêmes actions ancestrales.

 

 

Sa façon, de traiter de cette famille est passionnante en plus de fournir une mise en scène particulièrement prenante et lancinante qui participe à installer une atmosphère romantique et poisseuse.

Cette manière de penser l’intrigue explose lors d’un final dramatique et libérateur pour la famille.

La Fleur du Mal est donc un drame particulièrement prenant qui s’inscrit dans la logique de son cinéaste.

Chabrol installe donc un mystère qu’il va s’amuser à divulguer au fur et à mesure de manière subtile et intelligente. Comme d’habitude il fait preuve d’une grande maîtrise du drame en choisissant de construire son intrigue sur la base d’un dosage de la divulgation.

 

L’Enfer

 

 

L’Enfer est un projet ambitieux puisqu’il s’agit d’une reprise du projet avorté d’Henri George Clouzot du même nom avec Romy Schneider comme actrice principale.

 

le projet initial

Cette histoire de couple qui se brise petit à petit suite à une jalousie maladive de la part du mari est magnifiquement reprise par Claude Chabrol.

Il construit ici le drame ultime à partir d’une mise en scène virtuose et prenante qui mélange très bien les expérimentions qui étaient observables dans les images tournées par Clouzot et la mise en scène lente et mystérieuse de Chabrol.

 

 

Chabrol s’empare totalement du scénario de Clouzot pour créer un drame prenant et étrange jouant sur la perception. Ainsi, le point de vue est d’abord du côté de Paul, magnifiquement incarné par François Cluzet, pour ensuite dévier vers celui de Nelly, jouée par la grande Emmanuelle Béart.

 

 

L’enfer s’installe petit à petit dans ce couple qui paraît angélique et rempli d’amour pour dévier vers une jalousie maladive vécue par Paul qui va à la fois le torturer et faire du mal à Nelly.

Chabrol joue sur l’interprétation des images pour représenter cette jalousie. Ainsi, des images viendront s’incorporer dans la psyché de Paul pour le rendre fou de jalousie.
Ce procédé de mise en scène relève à la fois de la méta-référence pour ensuite aller vers une vision subjective des images.

 

 

Cette subjectivité des images permet donc des expérimentations visuelles, particulièrement savantes qui donnent de l’ampleur au film de Chabrol.

Il est fortement conseillé de se pencher sur cette œuvre que l’auteur de ces lignes a particulièrement apprécié au point de le considérer comme l’un du plus grand film du cinéaste.

 

 

Merci pour le Chocolat

 

 

André Polonsky (Jacques Dutronc) est un grand pianiste qui a perdu sa femme. Il s’est remarié avec Mika (Isabelle Huppert) qui est la directrice d’une grande usine de chocolat Suisse. L’arrivée de Jeanne, une jeune apprentie pianiste, va bouleverser le couple.

 

 

Merci pour le Chocolat est un Chabrol assez passionnant dans sa façon d’installer un malaise à partir de petits éléments qui peuvent paraître anodin. Le titre est d’ailleurs annonciateur de ce que vont subir les personnages. Tout le sens de l’intrigue se situe dans ce chocolat.

 

Merci pour le Chocolat n’est peut-être pas le plus grand des Chabrol, mais il demeure tout de même fascinant.

 

En conclusion, la sortie de ce coffret Chabrol, suspens au féminin permet la découverte ou la redécouverte de cinq œuvres d’un cinéaste essentiel qui aura inspiré tout récemment Bong Joon Ho pour son sublime Parasite. La restauration y est de grande qualité. Le coffret est un magnifique écrin accompagné de multiples bonus qui regroupent des scènes commentées par Claude Chabrol, des Making of, des entretiens et des suppléments inédits.

Sorti, le 2 décembre 2020, il est donc nécessaire de ce procuré ce bel ensemble qui permettra le visionnage d’œuvres passionnantes et prenantes.

 

Nicolas Perreau

Le cinéma c'est ma vie !! J'aime beaucoup de réalisateurs, Ridley Scott, David Lynch, Bong Joo Ho, Hayao Miyazaki etc... Et mon film ultime c'est Blade Runner ! Bonne lectures de mes modestes articles !

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :