Walerian Borowczyk : Les contes immoraux + La bête

Les contes immoraux

Année : 1974

Pays : France

Casting : Lise Danvers, Paloma Picasso, Charlotte Alexandra, Fabrice Luchini

 

La bête

Année : 1975

Pays : France

Casting : Sirpa Lane, Lisbeth Hummel, Elisabeth Kasa, Pierre Beneditti

 

Le sexe a toujours été le plus grand tabou dans le septième art. Il suffit de voir les réactions que suscite sa représentation à l’écran (« Love », « Nymphomaniac » ou encore « La vie d’Adèle » interdits aux moins de dix-huit ans en France grâce à la merveilleuse * tousse * association Promouvoir). Il semble pourtant que les gens soient autant attirés par l’érotisme à l’écran qu’ils en sont choqués. C’est ainsi qu’actuellement, un film comme « Cinquante nuances de Grey » et sa suite, pourtant assez pudiques, sont vus par les spectateurs comme des parangons d’érotisme cinématographique. Il est donc intéressant que la société Carlotta sorte un coffret Walerian Borowczyk ainsi que deux éditions Blu Ray simples de deux de ses œuvres parmi les plus réputées : « Les contes immoraux » et « La bête ». Ce sont ces deux éditions que nous aborderons aujourd’hui.

Commençons par le premier sorti chronologiquement : « Les contes immoraux », sorti en 1974, est composé de quatre courtes histoires abordant l’érotisme de diverses manières. Ainsi avons-nous droit à une fellation en bord de mer, une initiation à la masturbation, une rencontre sanglante avec Erzebeth Bathory et les histoires d’inceste des Médicis.

Borowczyk amène dans ces histoires une forme d’érotisme qui se veut au départ subtile avant d’exploser à l’écran dans des images à la sensualité palpable. Difficile de ne pas se laisser porter par un rythme quasiment onirique, lent et assez doux, avant que n’arrivent lesdites scènes charnelles. Borowczyk sait ainsi quand cadrer plein ou hors champ, ce qu’il peut dévoiler ou ce qu’il vaut mieux dissimuler, afin de mieux aguicher le spectateur pris dans sa toile. Si certains pourront être rebutés par une certaine forme de lenteur narrative et un jeu théâtral de plus en plus critiqué actuellement, on ne peut négliger l’aspect sensuel de ces récits ainsi que leurs quelques coups de poignard à la religion, notamment dans « Pauline philosophe » et « Lucrecia Borgia ». À noter aussi que l’on retrouve Fabrice Luchini jeune dans le premier court, « La marée », l’occasion de voir qu’il disposait déjà d’un jeu assez atypique.

Ces « Contes immoraux » devaient contenir une cinquième courte histoire, « La bête », que Borowczyk préférera mettre de côté afin de la rallonger et de la sortir en salles un an plus tard. Une jeune femme arrive dans une famille assez bourgeoise et va découvrir un terrible secret les entourant…

On sent l’aspect rallongé et étiré du récit, notamment dans la description de cette famille bourgeoise, et cela pourrait en rebuter plus d’un. Néanmoins, cela peut être interprété comme un corset narratif qui étouffe le spectateur avant de se briser et de se libérer dans les séances de rêves de l’héroïne. Ceux-ci pourront au choix attirer ou repousser au vu de la nature animale de la créature, faisant penser à une transposition de « La belle et la bête », la métaphore sexuelle moins subtile bien évidemment. Tout cela fut bien évidemment annoncé au début avec ces chevaux s’accouplant mais le résultat pourrait bien déconcerter les spectateurs ne s’attendant guère à ces scènes fort explicites. Cela confirme néanmoins l’aspect libérateur de la sexualité pour les personnages féminins.

Niveau bonus, les éditions Blu Ray simples auront de quoi ouvrir un peu plus les connaissances sur la matière pour les personnes s’étant intéressées à l’achat. Ainsi, chacun des films a droit à une introduction assez intéressante et informative. Concernant « Les contes immoraux », on a droit au montage original du film avec le court « La bête » tel que diffusé au Festival de l’Âge d’Or, un montage donc intéressant sur la vision de départ du film. Sont également inclues des vidéos présentant les secrets du film, des retrouvailles entre l’équipe derrière celui-ci et une présentation d’objets qui inspireront Borowczyk. Quant à « La bête », on peut retrouver un making-of, la bande-annonce et deux courtes vidéos, une sur la créature même et une autre sur les peintures de Bona Tirbelli de Pisis. Bref, de quoi satisfaire les amateurs de ces films dotés d’une restauration exemplaire.

« Les contes immoraux » et « La bête » sont donc deux œuvres du cinéma sensuel des plus recommandables, ayant par moment un peu vieilli mais gardant quand même une force érotique non négligeable. Et là où les seules œuvres censées titiller ayant accès aux salles restent assez pudibondes, il est bon de revoir ces films révélateurs d’une sexualité qui peut être iconisée en gardant son ardeur et son impact.

Liam Debruel

Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :