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The third murder de Hirokazu Kore-eda

Sortie: 9 septembre 2017

Durée: 2h04

Genre: Thriller

De Hirokazu Kore-eda

Avec Masaharu Fukuyama, Koji Yakusho et Suzu Hirose

Nationalité: Japonaise

Musique : Ludovic Einodi

 

Une obsessionnelle quête de vérité. 

 

 

 

 

Synopsis:

Le grand avocat Shigemori est chargé de défendre Misumi, accusé de vol et d’assassinat. Ce dernier a déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant. Les chances pour Shigemori de gagner ce procès semblent minces, d’autant que Misumi a avoué son crime, malgré la peine de mort qui l’attend s’il est condamné. Pourtant, au fil de l’enquête et des témoignages, Shigemori commence à douter des faits rapportés.

Kore-eda livre ici un drame puissant aux allures de polars des années 50. Dès le début le film prend un parti pris original. Pour l’avocat de la défense Il ne s’agit pas de prouver l’innocence de la personne inculper de meurtre, car il est convaincu de sa culpabilité, mais de rassembler suffisamment d’élément afin d’obtenir la peine la plus réduite possible. C’est frais et réjouissant, pas de complot ou de quête visant à innocenter un pauvre malheureux. Ici tout tient dans la quête de la vérité des faits pour faire prévaloir la justice. Cependant comme toute quête vertueuse, le besoin de vérité de Shigemori va rapidement tourner à l’obsession.

La cohérence de la mise en scène, qui s’installe patiemment, obstinément, fait tout l’impact du film, le tout sublimé par des notes de piano fantastiques qui viennent rajouter une dimension tragique à l’ensemble de l’oeuvre. Tout le montage du film joue sur l’ambiguïté. Au début du film le spectateur est dépourvu de doute sur ce qui vient de se passer : Deux hommes, de nuit, marchent sur les berges d’une rivière. Puis l’un d’eux sort un outil et fracasse le crâne du second, avant de mettre le feu au cadavre. La scène est limpide et ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Pourtant, de façon très  habile, un doute s’installe dans notre tête, doute qui ira croissant tout au long du film. Chaque étape de l’enquête au gré de leurs discussions va embrouiller la réalité et nous éloigner des certitudes de la scène d’introduction.

Toutefois la puissance de sa réalisation ne serait rien sans la finesse du propos et l’intelligence de l’écriture. Kore-Eda, même en parlant de sujets sombres, arrive à mettre des touches subtiles d’humour. Cela participe au réalisme tendre des personnages et permet de donner une dimension humaine aux rapports entre l’avocat et son client incarcéré, sortant ainsi d’un schéma qui pourrait rappeler la dynamique de duo du Silence des Agneaux. Le doute plane autour de Misumi, qui est-il ?  D’abord criminel qui avoue son meurtre, il change régulièrement de statut. Bouc émissaire plus ou moins innocent, père de substitution protégeant une jeune fille ou personnage lunatique  lorsqu’il explique le sort qu’il a réservé à ses oiseaux de compagnie pour les libérer.

Ces différentes version du crime  qui viennent se greffer au récit nourrissent le mystère et le suspens du film. L’accusé avec son profil psychologique insaisissable, changeant constamment de version ou de ligne de défense, permet de délivrer un duel saisissant entre lui et son avocat qui finit par devenir obsédé par cette quête de vérité, aboutissant sur un final prodigieux lors d’une ultime discussion au parloir qui joue avec virtuosité des reflets des visages sur la vitre. Qu’est-ce qui différencie ces deux hommes ? Le réalisateur ouvre une large fresque sur la véritable justice et ses garants. Qu’est-ce que la vérité si ce n’est une facon de se justifier ? Comme l’accusé le dit lui même « Vous attendez beaucoup trop de chose d’un meurtrier tel que moi. »

Un must have du cinéma japonais. En ces temps de confinements sautez dessus.

Brian Le Duigou

Grand passionné de Cinéma, baigné dans les oeuvres des plus grands depuis ma tendre enfance, je me bats pour inciter les gens à aller voir plus loin que les oeuvres grands publics. Vive le cinéma !

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