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Emmanuel Delextrat

Emmanuel Delextrat
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Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j’ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La Soupe aux Choux, mais avec aussi de nombreux dessins animés comme les courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo, les longs métrages Disney avec Alice au Pays des Merveilles en tête, les animés japonais comme Sailor Moon et Dragon Ball Z ainsi que d’autres séries comme Batman et Tintin. Mes années 90 ont été bercées par les comédies avec Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête) ou d’autres films que j’adore comme Les Valeurs de la Famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à Tout Prix. C’est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par Casino Royale, Et Pour Quelques Dollars de Plus, Kill Bill ou encore Rambo. Collectionneur, j’attache de l’importance au matériel et j’ai réuni trois étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Et plus on découvre de nouveaux films, plus on se rend compte qu’il nous en reste en fait énormément à voir…

Noël chez les Muppets, de Brian Henson

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Date de sortie : 11 décembre 1992 (États-Unis), 15 décembre 1993 (France)
Réalisateur : Brian Henson
Acteurs / doubleurs principaux : Michael Caine, Edgar Gibry, Michel Elias, Richard Darbois
Genre : Comédie / drame, musical
Nationalité : Américain
Compositeur : Miles Goodman

« Bonjour Monsieur Sans Cœur, Monsieur Sans Scrupule ! »

Neuf années après le superbe Noël de Mickey plaçant Balthazar Picsou dans le rôle d’Ebenezer Scrooge, le vieil avare est de retour dans un film en prises de vue réelles réalisé par Brian Henson (fils de Jim Henson, le créateur des Muppets), mettant ces derniers en scène dans une nouvelle adaptation du conte Un Chant de Noël de Charles Dickens. Il est interprété par le charismatique Michael Caine, connu pour de très nombreux rôles au cinéma depuis les années 1950, dont Hannah et ses Sœurs de Woody Allen, des années avant une reconnaissance du grand public pour son rôle d’Alfred Pennyworth dans la trilogie The Dark Knight. Dès les premières paroles de la chanson d’introduction « Monsieur Scrooge », il est question d’un homme odieux dont le manque d’humanité n’a d’égal que son avarice, ce à quoi il répond régulièrement un froid « Balivernes ! ».

Une belle animation des personnages du Muppet Show.

Usurier employeur de Kermit la Grenouille, il ne cesse en effet de rabaisser ses semblables en n’en voyant que par l’argent et les heures de travail. C’est pourquoi durant la nuit de Noël, les fantômes de ses anciens associés, Jacob et Robert Marley, viennent le hanter afin qu’il se rachète s’il ne veut pas porter de lourdes chaînes une fois dans l’au-delà. Pourvu d’une très bonne animation des Muppets et d’une VF portée par des doubleurs de renom comme Edgar Gibry, Michel Elias et Richard Darbois, le film se regarde aisément comme une comédie de Noël saupoudrée d’un dramatique insistant sur la remise en question de Scrooge. Parsemé de chansons telles que « Marley & Marley » et « La Chanson du Cœur », Noël chez les Muppets retranscrit efficacement le propos du conte originel à travers les souvenirs relatés.

« Nous, Marley et Marley, avides et cupides. On tond les pauvres, on vole les vieux et on ignore les pouilleux. Pour faire les corps, nous sommes très forts, et on sème la panique ! »
« Est-ce qu’on peut influencer le destin ? Est-il possible d’avoir une deuxième chance ? »

Les esprits des Noëls passés, présents et futurs interviennent ainsi un à un pour faire comprendre l’étendue de sa cruauté à Scrooge. Sous la forme d’une fée translucide, d’un homme jovial et d’une mystérieuse silhouette capuchonnée qui rappelle La Mort, ils constituent des entités fantastiques mémorables dans les valeurs propices à la période de Noël qu’ils cherchent à faire passer. La naïveté des Muppets tranche radicalement de la froideur de Michael Caine, qui interprète un Scrooge rigide et détestable avant de trembler devant les fantômes et de finalement regretter ses actes passés. Parmi les nombreuses adaptations du conte de Dickens, Noël chez les Muppets fait partie des plus cultes et des plus singulières grâce à sa réalisation si particulière.

La Boum, de Claude Pinoteau

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Date de sortie : 17 décembre 1980 (1h 43min)
Réalisateur : Claude Pinoteau
Acteurs principaux : Sophie Marceau, Claude Brasseur, Brigitte Fossey, Denise Grey
Genre : Comédie romantique
Nationalité : Français
Compositeur : Vladimir Cosma

Des tenues vestimentaires qui respirent les années 80 !

Comédie romantique réalisée par Claude Pinoteau (La Gifle, Le Grand Escogriffe, L’Homme en Colère), La Boum fait partie, à l’instar des Sous-Doués, des comédies françaises cultes de l’année 1980. Tourné dans le cinquième arrondissement de Paris, il traite des difficultés d’aimer avec une véritable portée générationnelle à travers la vie d’adolescents qui connaissent leurs premières amours. Il est notamment connu pour avoir lancé la carrière de la jeune Sophie Marceau, des années avant des films comme L’Étudiante, Braveheart et Le Monde ne Suffit Pas. Elle y joue le rôle de Vic, une ado de treize ans qui rentre en quatrième dans un nouveau collège à l’instar de son amie Pénélope. Joués par Claude Brasseur (Les Seins de Glace, Un Éléphant ça trompe énormément, La Guerre des Polices) et Brigitte Fossey (Jeux Interdits, Les Valseuses, L’Homme qui aimait les Femmes), ses parents ont bien du mal à communiquer avec elle, trop occupés par leur carrière et leurs soucis de couple.

Une complicité de première importance.
Malgré son tee-shirt Mickey, Samantha compte bien montrer qu’elle n’est plus une enfant.

Son arrière-grand-mère Poupette, interprétée par Denise Grey (Madame Adélaïde de Bonnefamille dans Les Aristochats), adopte un caractère enjoué qui la rend très drôle et bien plus ouverte d’esprit malgré le fossé des générations. Apparu dans les années 1950 et fortement symbolisé par les premiers émois amoureux et les slows durant les décennies suivantes, le phénomène de « boum » est omniprésent et s’impose dès les premières minutes comme l’événement incontournable du film. Le mal-être adolescent est efficacement interprété par Vic, qui accuse ses parents de ne plus savoir s’occuper d’elle depuis qu’ils réfutent l’idée de la conduire à sa première boum. L’humour apporte une certaine légèreté dans de nombreuses situations, entre Vic qui défile avec plusieurs tenues, Pénélope qui applique des paillettes sur ses boutons pour ne pas qu’on les voie et sa petite sœur Samantha qui fait toujours comme si elle avait le même âge.

Les téléphones filaires, une époque lointaine !

En parallèle, son père se retrouve piégé par son ancienne maîtresse, jouée par Dominique Lavanant (Diabolo Menthe, Les Bronzés, Inspecteur la Bavure), qui menace de contacter sa femme s’il ne lui accorde pas une nuit d’adieu. Les parents de Vic remettent alors leur couple en question après plusieurs excès, le professeur d’allemand venant s’en mêler dans des séquences humoristiques venant dédramatiser la mélancolie du thème. Cet humour autour des profs se retrouvent aussi à travers la présence de Jean-Pierre Castaldi au tout début du film. De son côté, Vic vit une relation amoureuse secrète avec Mathieu, rencontré à la boum, puis cherche à le rendre jaloux sur les conseils de son arrière-grand-mère. Le fossé générationnel s’exprime également par des expressions comme « sortir avec quelqu’un », qui n’a plus vraiment le même sens qu’au début du XXème siècle.

« Dreams are my reality… »
Une scène de vengeance typique des comédies françaises.

Si le film a si fortement marqué son temps, c’est aussi pour les compositions musicales de Vladimir Cosma (Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, La Zizanie, Inspecteur la Bavure), ainsi que l’intégration de chansons comme « Swingin’ Around » de The Cruisers. La plus mémorable restant « Reality » interprétée par Richard Sanderson, qui chante également l’émouvante « Go On Forever » tandis que Vic s’éprend d’un autre garçon afin de marquer l’instabilité sentimentale tangible lors d’un tel âge. Un final marqué par un arrêt sur image annonçant une suite qui arrive deux ans plus tard.

Batman & Mister Freeze : Sub-Zero, de Boyd Kirkland

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Date de sortie : 11 février 1998 (1h 07min)
Réalisateur : Boyd Kirkland
Doubleurs : Richard Darbois, Brigitte Berges, Jean-Claude Sachot, Frédéric Cerdal
Genre : Animation, super-héros
Nationalité : Américain
Compositeur : Michael McCuistion

Quoi de mieux que des petits fours après deux ou trois mandales dans les rues de Gotham ?

Tandis que la série animée touche à sa fin, Warner Bros. commande à Bruce Timm un nouveau long métrage animé pour accompagner la sortie de Batman & Robin en reprenant les mêmes personnages. L’antagoniste Mister Freeze est alors choisi pour approfondir son histoire, qui tenait jusque-là sur seulement deux épisodes. Prévu pour sortir en 1997, Batman & Mister Freeze Sub-Zero sort finalement l’année suivante pour ne pas subir la réputation nanardesque du film de Joel Schumacher. Malgré sa sortie bien après The New Batman Adventures, il conserve la direction artistique de 1992 mais y applique des images de synthèse sur de nombreux passages. Assez réussi pour l’époque, ce rendu hybride souffre néanmoins d’un vieillissement conséquent, les scènes d’action en véhicule respirant davantage la mode technique que l’impressionnant.

Heureux malgré l’absence de remède pour sa femme, Freeze redevient criminel lorsqu’elle se trouve de nouveau menacée.
Accompagné par deux ours polaires, Freeze signe définitivement sa perte de foi en l’humanité.

Le scénario prend place quelques temps après « La Cité Congelée », Victor Fries menant une vie paisible en Arctique avant qu’un sous-marin vienne accidentellement briser la capsule dans laquelle repose sa femme. De nouveau désespéré, il choisit de faire appel à un ancien collègue peu scrupuleux pour la sauver. Seule une transplantation pouvant la guérir, et Nora étant d’un groupe sanguin très rare, il n’existe aucune personne compatible dans le coma. Prêt à tout pour arriver à ses fins, Freeze doit alors kidnapper une donneuse vivante, Barbara Gordon étant la seule à répondre aux critères. Batman et Robin partent alors à sa recherche, sans savoir que c’est elle qui se cache sous le costume de Batgirl.

Prise au piège, Barbara comprend qu’elle devra redoubler d’effort pour s’en sortir.
Tenant de faire croire à une simple transfusion sanguine, la crédibilité de Freeze ne dure pas bien longtemps.

Relativement classique dans son déroulement, Sub-Zero trouve toutefois les mêmes qualités que la série dont il est issu, entre représentation comique (Batgirl qui se bat pendant que son père parle d’elle comme une fille calme et douce) et situation singulière qui oblige Barbara à s’en sortir alors qu’elle est encore en tenue de soirée. Outre le flirt qui continue de s’imposer entre Dick et elle-même, Batman & Mister Freeze Sub-Zero multiplie combats et explosions tandis que Victor Fries jongle entre rage et tristesse. Dorénavant doublé par Jean-Claude Sachot (alors que la voix de Patrick Osmond lui allait si bien), l’empathie qu’il suscite se veut plus limitée tellement il agit de manière bien plus irréfléchie qu’il ne devrait.

Toujours là pour sauver quiconque est dans le besoin.

Plutôt rapide, l’épilogue dévoile tout de même que Nora Fries est finalement guérie grâce à une transplantation et au système de cryogénisation de son mari. Si Victor ne peut se décider à aller à sa rencontre à cause de tout ce qu’il a commis, il apprend la nouvelle avec une émotion qui parvient à lui faire couler une larme à travers la fenêtre du foyer qu’il espionne. Une fin touchante qui conclut efficacement l’histoire du personnage, avant un retour remarqué dans l’épisode « Coup de Froid » de The New Batman Adventures (malencontreusement diffusé avant le film en France), puis dans « Le Fléau » de Batman la Relève, qui poussent bien plus loin le champ des possibles.

Batman / Superman World’s Finest, de Toshihiko Masuda

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Date de sortie : 4 octobre 1997 (1h 01min)
Réalisateur : Toshihiko Masuda
Doubleurs : Richard Darbois, Emmanuel Jacomy, Alain Dorval, Véronique Augereau
Genre : Animation, super-héros
Nationalité : Américain
Compositeur : Michael McCuistion

Toujours le mot pour rire !

Compilation de trois épisodes de la série télévisée Superman L’Ange de Métropolis, Batman / Superman World’s Finest marque la première rencontre animée des deux super-héros légendaires de DC Comics dans un scénario où ils ne se connaissent pas encore. En quête d’argent, le Joker imagine en effet un plan diabolique à la croisée de Gotham City et de Métropolis. Accompagnée de sa fidèle Harley Quinn, il dérobe une statue faite de kryptonite afin de la revendre un milliard de dollars à Lex Luthor, mettant Batman et Superman face à leurs plus redoutables ennemis respectifs. Leurs premiers échanges ne sont d’ailleurs pas de tout repos tandis que Batman projette Superman au loin afin d’interroger lui-même un sbire du Joker, provoquant sa riposte avant de se faire maîtriser par un éclat de kryptonite.

Superman face à sa plus grande faiblesse.
Une relation inattendue qui laisse présupposer pas mal de choses.

Plus que les confrontations pour sauver Métropolis d’une destruction certaine, la relation entre les personnages principaux apporte une complexité intéressante au scénario, à commencer par l’étrange romance qui se crée entre Bruce Wayne et Loïs Lane, comme s’il cherchait juste à lui soutirer des informations. Un triangle amoureux surprenant se dessine alors entre Bruce, Loïs et Clark, ce dernier ressentant alors une certaine méfiance à l’égard de Bruce, notamment quand il découvre que c’est lui qui se cache sous le costume de Batman. La coopération entre les deux héros se veut alors de bonne guerre, s’amusant alors de voir Loïs amoureuse de Bruce et de Superman, touten étant indifférente à Clark et à Batman.

La combinaison bloque la kryptonite, pas l’acide…
Des affrontements toujours aussi tordants !

Proche de celle de la première série animée Batman, la direction artistique fait efficacement le lien entre la série animée Superman et The New Batman Adventures, dont les premiers épisodes sont diffusés à la même période. L’animation est aussi fluide que les combats sont dynamiques, entre coups de feu incessants et explosions à tout-va. L’humour vient même se mêler à certaines de ces séquences avec la rivalité entre Harley et Mercy Graves, qui se battent au premier plan pendant que le Joker négocie avec Luthor. Réuni en un seul long métrage à l’occasion d’une sortie en VHS puis DVD, Batman / Superman World’s Finest entame alors efficacement le DC Animated Universe en tant que premier cross-over entre deux personnages phare.

Batman contre le Fantôme Masqué, de Bruce Timm et Eric Radomski

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Date de sortie : 24 décembre 1993 (États-Unis), 1er août 1994 (France)
Réalisateurs : Bruce Timm et  Eric Radomski
Doubleurs : Richard Darbois, Régine Teyssot, Pierre-François Pistorio, Jean-François Aupied
Genre : Animation, super-héros
Nationalité : Américain
Compositrice : Shirley Walker

« L’ange de la mort t’attend ! »

Après les soixante-cinq premiers épisodes de la série animée, Bruce Timm et Eric Radomski réalisent le tout premier long métrage animé Batman afin de sublimer leur héros en dévoilant une partie importante de son passé tout en le mettant face à un alter ego très dangereux. Le chevalier noir se trouve en effet face à un étrange justicier muni d’une cape et d’un masque inquiétant, qui assassine un à un des membres de la pègre. Accusé par le nouveau procureur Arthur Reeves, Batman doit alors enquêter pour retrouver le véritable fantôme masqué et mettre fin à ses méthodes un peu trop radicales. Parallèlement, le passé de Bruce ressurgit alors que son ancienne petite-amie Andréa Beaumont est de retour à Gotham City.

Une visite qui a sans nul doute inspiré Bruce pour sa future Batmobile.
Ses sentiments d’antant refaisant surface, Bruce ne peut se résoudre à voir Andréa en compagnie de Reeves.

Le père de cette dernière ayant été mêlé aux affaires des gangsters assassinés, le scénario se veut d’une grande richesse en faisant se croiser de nombreux éléments menant à la véritable identité du fantôme et au lien entre les mafieux. Très modernes pour 1993, les images de synthèse viennent intensifier les hauteurs de Gotham City sous une somptueuse reprise du thème musical de Batman avec des chœurs annonçant le dramatique des événements à venir. Le scénario est bien plus mature, avec des morts à l’écran, des coups violents et plus de sang qu’aucun épisode de la série n’ait osé montrer. De nouveaux personnages charismatiques comme Carl Beaumont et Salvatore Valestra apportent une nouvelle part d’ombre à cette histoire qui se démarque vraiment des précédentes.

Alors qu’il s’apprêtait à renoncer à son désir de justice, Bruce enfile finalement le costume.
Un air plus que familier…

Les flash-back dévoilant le passé de Bruce développent considérablement son background, de sa romance avec Andréa à ses premières tentatives pour combattre le crime. L’alternance entre scènes du passé et du présent est d’une redoutable efficacité pour la narration et l’intrigue. Véritable clé de voute du scénario, Andréa se montre d’emblée pleine de mystère, entre son attirance soudaine pour Bruce, sa fuite alors qu’elle venait d’accepter sa demande en mariage et son retour tout aussi brusque des années après. Alors que tout porte à croire que le Fantôme Masqué est le véritable antagoniste de l’histoire, l’intrigue se resserre et laisse penser que Carl Beaumont se cache sous le masque.

Un regard démentiel qui élève le Joker au sommet !

Le flash-back suggérant sa mort suivi du gros plan sur le visage d’Andréa en pleurs fait habilement comprendre que c’est elle qui est revenue pour venger son père du criminel qui l’a tué. Teasé lors de séquences du passé avec son long nez pointu, il s’agit tout simplement du Joker avant sa défiguration, alors que sa présence n’était pas vraiment prévisible au début du film. Bien plus effrayant que dans la série, il est même comparable à la version de Jack Nicholson (dont il est d’ailleurs inspiré) et à celui de l’épisode « Heureux comme un Poisson dans l’Eau », avec ses sourires glaçants et ses injections qui rendent fou. Terriblement prenant de bout en bout, Batman contre le Fantôme Masqué représente l’apogée du personnage entre sa relation complexe avec les femmes et les limites de son éthique qui lui préconise de ne pas tuer.

Batman the Animated Series (1992) la Sublimation d’un Héros

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Souvent considérée comme la meilleure adaptation de l’univers de Batman par les fans de comics, la série animée a bercé l’enfance de nombreux d’entre-nous au point qu’on la regarde encore étant adulte. Si l’expression « dessin animé » était encore synonyme de « production uniquement adaptées aux enfants » dans le sens fortement réducteur du terme dans les années 1990, les mentalités s’ouvrent et reconnaissent aujourd’hui à Batman de nombreuses valeurs qui font toute sa qualité. Retour sur une série d’anthologie qui a marqué toute une génération…

Première diffusion : 12 septembre 1992 (85 épisodes)
Créateurs : Bruce Timm (réalisation), Paul Dini (écriture)
Doubleurs principaux : Richard Darbois, Georges Caudron, Jacques Ciron, Jean-Claude Sachot, Pierre Hatet, Philippe Peythieu, Vincent Violette
Genre : Animation, super-héros
Nationalité : Américain
Compositeurs : Danny Elfman et Shirley Walker (génériques),
Michael McCuistion, Lolita Ritmanis

À mon ami disparu Geoffrey Dronne, auprès duquel la passion pour cette série animée avait provoqué de nombreux délires.

Un générique d’anthologie

Tandis que Tim Burton popularisait Batman au cinéma avec son film mettant en scène Michael Keaton et Jack Nicholson en 1989, Warner Bros. envisage de produire une série animée autrement plus sérieuse que celles des années 1960 et 1970. Cette idée vient du succès contemporain des Simpson, qui a montré qu’une série d’animation réalisée avec soin pouvait aussi bien fédérer les enfants que les adultes. Réalisée par Bruce Timm au design et Paul Dini à l’écriture, cette adaptation mythique marque dès son générique très sombre parsemé de couleurs chaudes, qui impose un style unique rythmé par la mélodie intense de Danny Elfman sans même comporter la moindre parole. Composée de 85 épisodes, la série propose des scénarios sur un ton aussi bien divertissant qu’adulte, avec des personnages à la psychologie approfondie ainsi qu’une identité visuelle et sonore très marquée. Diffusée à partir du 5 septembre 1992 aux États-Unis, elle arrive en France trois mois plus tard dans l’émission Décode pas Bunny sur Canal +, avant de passer chaque soir de la semaine sur France 3 à 20h05 début 1994, puis dans Les Minikeums l’année suivante.

« Oui, la bête est en moi, Batman ! »
« Oh un train électrique, tu sais j’ai toujours rêvé de faire dérailler un vrai train ! »

Si l’ordre des épisodes est discutable à plus d’un titre, les tout premiers posent très habilement les bases qui entourent la psychologie de Batman. Dans « Le Duel », il prouve à la population qu’il est bien leur allié en faisant face à son double Manbat, en insistant sur la monstruosité de la bête par la métamorphose du professeur Langstrom. Cet épisode est aussi l’occasion de montrer que Batman n’est pas invincible, avec ses limites humaines comme en témoignent les traces de sang qui restent sur son visage. Arrive ensuite « Joyeux Noël Batman », classique parmi les classiques mettant l’accent sur le mode opératoire déjanté mais pas moins dangereux du Joker. Il introduit également le personnage de Robin, qui ne reviendra pas avant le vingt-quatrième épisode. Le potentiel dramatique de la série monte alors en intensité avec « Épouvantable Épouvantail », dans lequel ce dangereux ennemi met Bruce Wayne à l’épreuve de ses plus grandes peurs dans d’effroyables hallucinations qui font ressortir toute l’humanité du personnage.

« Je suis l’Épouvantail. Je suis le cauchemar de Gotham. Je suis la peur rouge. »

 

De précieux alliés

 

Une figure paternelle indispensable à l’équilibre de Bruce.

Pour ne pas sombrer dans sa propre folie, Bruce est heureusement épaulé par de précieux alliés, à commencer par son majordome Alfred, qu’il considère largement comme le substitut de son père. Sa mère de substitution serait alors Leslie Thompkins, qui veille sur lui depuis la mort de ses parents en étant au courant que Batman et lui ne font qu’un. Assez présent mais avec une importance peu marquée dans la série, Lucius Fox apporte un soutien à Bruce depuis Wayne Enterprises en renforçant son costume et en lui fabriquant toutes sortes d’accessoires. S’il n’est pas accepté par l’ensemble de la police, à commencer par l’inspecteur Harvey Bullock qui n’aime pas vraiment qu’un justicier se mêle seul des criminels, Batman travaille de pair avec le commissaire James Gordon, qui approuve ses actes et lui apporte de précieux renseignements. Créée à l’occasion de la série animée, la policière Renee Montoya accompagne souvent Bullock et fait partie des agents de police récurrents. Ajoutons à tout cela le maire Hamilton Hill qui, contrairement à d’autres adaptations, est ici présenté comme un dirigeant bon et respectable.

Gordon et Bullock, deux personnalités bien trempées.
Moment phare du scénario, le passé de Dick Grayson est intense en émotions.

Allié principal de Batman, Robin fait ses débuts au deuxième épisode en même temps que le Joker afin de familiariser le public à son humour de bas étage et à leur coopération en duo face à des menaces importantes. Après un retour tardif face à l’Épouvantail, il réapparaît dans un cauchemar créé par ce dernier où Batman voit apparaître ses ennemis habituels, ainsi qu’Alfred et Robin qui tentent de le persuader d’arrêter le combat. De plus en plus présent au fil des épisodes, il est intéressant de noter qu’il aide Batman dans chaque épisode qui le confronte à l’Homme Mystère, comme si cet adversaire était trop coriace pour lui seul. Apparaissant dans l’intégralité des derniers épisodes estampillés Les Aventures de Batman et Robin avec le deuxième générique composé par Shirley Walker, on apprend surtout son passé dans le diptyque « Robin se rebiffe », au cours duquel il a vu ses parents mourir lors d’un numéro de cirque. Centré sur la traque du malfrat Tony Zucco, ce double épisode montre comment Bruce Wayne a pris Dick Grayson sous son aile avant de lui faire suivre la même voie, ayant subi la même chose durant son enfance. La croisade personnelle de Robin lui permet alors de comprendre pourquoi Batman le laissait parfois à l’écart, ainsi que toute les limites d’une vengeance personnelle.

À l’instar de Batman, Robin doit lui aussi apprendre à modérer sa soif de vengeance.
D’apparence innocente, Barbara a plus d’un tour dans son sac.

Fille unique du commissaire Gordon, Barbara est un personnage attachant qui suit les traces de son père dès son introduction dans « Cœur d’Acier », diptyque dans lequel des androïdes cherchent à prendre la place des humains. Comprenant qu’il se trame quelque chose, elle joue les détectives en s’infiltrant seule dans un immense complexe afin de tirer les choses au clair. Dans l’épisode « Remords », elle réapparaît aux côtés de son père hospitalisé à cause d’un dangereux jazzman cherchant à se venger de son incarcération. Un triste scénario durant lequel Batman remet ses actions en question tandis qu’il s’en veut que le commissaire ait été touché par balle alors qu’il était présent. Elle y fait également la connaissance de Dick, pour lequel elle semble avoir une certaine attirance.

Une vision dramatique pour Bruce, qui voit en James Gordon une autre figure paternelle.
Tel père, telle fille…

Son véritable envol intervient dans « Jeux d’Ombres », durant lequel elle se fabrique un costume de Batman afin de simuler sa présence lors d’un meeting important. Sa souplesse et son ingéniosité ne tardent pas à la faire devenir Batgirl, héroïne qui va aider Batman et Robin à déjouer le complot de Double Face, qui cherche à faire renvoyer son père de la police pour qu’un agent infiltré en prenne le contrôle. Il est amusant de constater que Robin et Batgirl se chamaillent tout autant que quand ils n’ont pas leur costume, ignorant chacun l’identité de l’autre. « Le Retour de Batgirl » est l’occasion de retrouver la justicière en duo avec Catwoman dans une histoire de vol de statuette de valeur. Épisode intéressant dans le sens où Robin et elle doivent se débrouiller sans la présence de Batman, Batgirl échoue néanmoins à faire entendre raison à Catwoman, qui fait semblant de se rendre à la police avant de s’échapper avec la patrouille.

Un duo rafraîchissant !

 

Une approche par méchants

 

« Voilà ce que mon armée fera de de Gotham City ! »

De loin le plus présent de tous les antagonistes, le Joker est également le plus fou et le plus imprévisible. Après avoir semé la panique la veille de Noël, il revient rapidement dans « Morts de Rire » avec une de ses marques de fabrique : le gaz hilarant, capable de provoquer un fou rire qui neutralise quiconque le respire. Avec « Fugue en Sol Joker », il s’attire même la sympathie du jeune fils du maire de Gotham City en se faisant passer pour un clown, avant que Batman ne vienne l’aider à s’en sortir. Ayant le chic pour trouver des hommes qui travaillent pour lui aux quatre coins de Gotham City, le Joker fait régulièrement construire toutes sortes d’éléments à son effigie, tels les robots Joker qui tirent avec leurs mains, le Capitaine Clown qui conduit le bateau poubelle ou des explosifs comme des dynamites et des grenades. Dans « Le Joker Fou », un milliardaire va jusqu’à le provoquer pour qu’il vienne faire exploser un casino qui le représente afin de rembourser ses dettes en touchant une assurance confortable. S’il ne laisse généralement pas de place au suspense quant à son implication dans un épisode, son apparition finale dans « Crise de Rire » ne dévoile dans un premier temps que des comiques qu’il contrôle en leur faisant utiliser le même genre de pitreries.

« Qui ose dire que le crime ne paie pas !? »
Un personnage devenu iconique !

Mais le réel tournant arrive lors de l’épisode « Chantage à Crédit » avec l’apparition de la pas moins déjantée Harley Quinn. Spécialement créée pour la série animée, Harley devient un personnage très populaire qui accompagne souvent le Joker dans ses folies les plus exacerbées. Si une certaine réciprocité semble émaner de leurs sentiments, le Joker profite néanmoins souvent de l’amour qu’elle lui porte pour parvenir à ses fins. C’est notamment le cas dans « Harley et Ivy », où elle se lie d’amitié avec l’Empoisonneuse après s’être fait jeter de leur maison. Partant du principe qu’elle est la seule à fonctionner exactement comme le Joker, Batman se permet même de l’engager pour le retrouver dans « Harlequinade ». L’épisode « La Journée d’Harley » est le seul à lui être totalement dédié, tandis qu’elle est remise en liberté pour bonne conduite avant que les choses ne tournent mal.

« Homme ou femme qui a un esprit dérangé est capable de n’importe quoi. »
Parmi les favoris des fans, cet épisode est celui qui exploite le mieux la relation entre les ennemis de Batman.

Présent sur tous les fronts, le Joker apparaît naturellement dans les épisodes où plusieurs méchants se retrouvent. C’est notamment le cas dans « Il s’en est fallu de peu », pendant lequel ils racontent un à un une histoire où ils étaient sur le point d’éliminer Batman, mais aussi dans « Procès », épisode regroupant la quasi-intégralité des criminels de Gotham accusant Batman de les avoir engendrés. Un des passages les plus intéressants met également en scène un criminel raté, Sid l’Encornet, qui se fait malgré lui passer pour « L’Homme qui tua Batman ». On apprend alors que le Joker ne commet ses actes que pour faire intervenir Batman et s’amuser avec lui, sa soi-disant mort le plongeant alors dans une profonde dépression qui le persuaderait presque à arrêter le crime. Si le scénario ne lui accorde aucun final particulier, l’épisode « Heureux comme un Poisson dans l’Eau » aurait été idéal pour le traitement glauque qu’il propose, avec une ambiance malsaine renforcée par les musiques lugubres et les poissons Joker. Final idéal car l’intrigue entrevoit la possibilité qu’il ait pu se faire dévorer par le requin en tentant de fuir, avant de ressurgir par surprise dans Batman contre le Fantôme Masqué, si on le considère comme le final de la série.

« Bruce, mon fils tu as osé me trahir. Tu as déshonoré le nom de la famille Wayne. Honte, oui j’ai honte de toi. »
Une apparition soudaine qui a de quoi provoquer quelques frayeurs !

Parmi les ennemis les plus redoutables de Batman, le professeur Jonathan Crane, alias l’Épouvantail, a de quoi faire remonter les peurs les plus profondes de ses victimes grâce à son gaz paniquant. Il dévoile alors toute l’obscurité du background des personnes à qui il l’explose, à commencer par Bruce Wayne qui se met alors à douter de sa légitimité à agir, comme il le fait en voyant son père lui dire qu’il est la honte de leur famille à travers les flammes. Arborant un masque plutôt standard lors de son premier épisode, il réapparaît dans « Le Maître de l’Épouvante » avec un faciès bien plus effrayant, proche du style de Freddy Krueger. Cet épisode marque aussi le retour de Robin, qui se trouve à son tour confronté à sa peur la plus enfouie : celle du vide. Avec « Sombres Hallucinations », l’Épouvantail creuse encore plus les peurs de Batman au point qu’il se retrouve enfermé à l’asile d’Arkham. Le souvenir douloureux du meurtre de ses parents ressurgit lors d’un ingénieux cauchemar, où il ne peut les rattraper tandis qu’ils passent sous un tunnel qui se transforme en canon de revolver. Un des meilleurs épisodes de la série qui se termine par la guérison de Bruce avec l’ombre des ailes d’une chauve-souris qui symbolise son repos bien mérité.

Une allégorie lourde de sens.
Un air innocent qui cache des motivations macabres.

Principal antagoniste féminin, Pamela Isley alias l’Empoisonneuse voue un tel amour pour les plantes qu’elle les préfère aux êtres humains, à qui elle reproche leur extinction sur Terre. Derrière cette critique environnementale intéressante se cache une écologiste un peu trop radicale qui contrôle les plantes et synthétise des poisons pour parvenir à ses fins. « Poison d’Amour » est l’occasion de l’introduire en même temps que le procureur Harvey Dent, brièvement aperçu au premier épisode, qu’elle fait tomber sous son charme afin de se venger de la construction d’une prison sur une terre qui abritait une fleur en voie de disparition. Dans « Éternelle Jeunesse », sa folie la pousse à attirer de riches industriels responsables d’abattages d’arbres dans une cure d’où la substance les transforme en végétal à leur insu.

De très jolis effets visuels provoqués par le poison.
Une procréation glauque digne des meilleurs épisodes de Chair de Poule.

« Le Jardin d’Enfants » fait office de belle conclusion tandis qu’elle semble mener une vie rangée avec son psychiatre et leurs deux enfants. Bien plus effrayante, la réalité dévoile qu’elle crée des plantes humanoïdes à l’espérance de vie réduite afin de compenser sa stérilité. Mourant alors symboliquement en fondant par l’intermédiaire d’une doublure végétale, Pamela s’enfuit à bord d’un avion, une larme coulant sur la photo représentant la famille humaine qu’elle aurait aimé avoir. Il faut attendre l’épisode « Harley et Ivy » pour que la comparse du Joker souligne son nom de plante, dévoilant partiellement sa dénomination d’origine « Poison Ivy ».

Une mort symbolique qui rend hommage à la folie de l’Empoisonneuse.
Une amitié prégnante qui perdurera même après l’accident.

Dans la série des origin stories, Double Face témoigne d’une histoire particulièrement marquante avec l’épisode « Double Jeu ». Après avoir été guéri du baiser de l’Empoisonneuse, Harvey Dent se mesure au parrain de la pègre Rupert Thorne, dont il fait incarcérer plusieurs hommes avant qu’ils ne soient libérés pour vice de procédure. Colérique au point de devenir violent, sa schizophrénie prend le dessus quand il se fait brûler la partie gauche du visage par une explosion, devenant ainsi Double Face. Terriblement affecté par l’accident de son ami, Bruce se sent d’autant plus coupable de la situation qu’il fait un cauchemar durant lequel Harvey lui demande pourquoi il ne l’a pas sauvé en chutant d’un pont, faisant directement écho à la culpabilité qu’il ressent pour ne rien avoir pu faire pendant le meurtre de ses parents.

Un vision horrifique qui marque fortement la première partie de l’épisode.
« Je m’appelle Double Face maintenant, et voici mon royaume : une dichotomie d’ordre et de chaos. »

Partagé entre sa nouvelle vie de criminel et l’affection qu’il porte encore à sa petite amie Grace, Double Face n’agit plus que selon le côté sur lequel retombe sa pièce de monnaie, véritable point faible sans lequel il se trouve incapable de prendre une décision. Présent dans plusieurs épisodes aux côtés d’autres méchants, il réapparaît notamment dans « Jeux d’Ombres », diptyque à l’intrigue bien ficelée qui a pour principal intérêt d’introduire le personnage de Batgirl face à un policier corrompu. Sa dernière prestation se situe dans « La Seconde Chance », où Harvey connaît un espoir de guérison tandis que son autre personnalité organise son propre kidnapping afin de ne pas disparaître.

« – Fais gaffe toi je t’ai à l’œil ! – Le blanc ou le jaune !? »
Un charisme certain en dépit de sa folie moindre.

Diablement valorisé par Danny DeVito dans Batman Returns, Oswald Cobblepot alias le Pingouin revient dans la série animée parmi les principaux antagonistes. Animalisé à la fois par sa voix, son visage et sa manière de s’exprimer, il se contente généralement de méfaits visant à obtenir de l’argent, mais peut aussi se montrer particulièrement dangereux. S’il parvient à neutraliser Batman au point qu’il se fasse aider par un enfant apprenti-détective dans « L’Œuf du Pingouin », l’épisode « Le Super Mécanicien » lui permet de faire trafiquer la Batmobile afin de se débarrasser du justicier. Pire encore, dans « Ombres et Ténèbres », Bruce est aveuglé par une explosion et se retrouve atteint d’une cécité, le plaçant alors dans la peau d’une véritable chauve-souris. Équipé d’un casque lui permettant d’avoir une vision partielle à rayons infra-rouges, Batman se retrouve alors en grande difficulté face à cet ennemi en apparence classique. Cherchant à réintégrer la société dans « Monsieur Pingouin », Oswald se retrouve également confronté au mépris de la classe des riches, ce qui le pousse à redevenir criminel alors qu’il souhaitait vraiment se ranger.

Un ersatz de romance au service du scénario.
« Voyons réfléchissez Batman : ne plus jamais se promener un jour d’été, ne plus jamais sentir un vent chaud sur votre visage ni une petite main tiède dans la vôtre. Oh oui, je tuerais volontiers pour ça… »

Personnage assez peu sérieux dans les comics, Mr Freeze gagne une origin story des plus tragiques dans la série animée. Durant l’épisode « Amour on Ice », on apprend que le docteur Victor Fries a cryogénisé sa femme atteinte d’une maladie incurable le temps de trouver un remède. Son employeur étant plus soucieux de ses dépenses illégales que du sort de sa femme, il le pousse accidentellement dans les produits chimiques qu’il utilise, si bien que Freeze doit désormais porter un costume qui maintient sa température en-dessous de zéro degré Celsius pour survivre. Dénué de pratiquement tout sentiment dans un véritable cœur de glace, il provoque toutefois une puissante émotion lorsqu’il évoque les moments qu’il ne pourra plus revivre avec sa femme à cause de ce qu’il a subi. Un épisode touchant auquel succède « La Cité Congelée » à la fin de la série, dans lequel un milliardaire ayant récupéré le corps de Nora Fries tente de convaincre Freeze de lui obtenir l’immortalité et de plonger le monde dans une nouvelle ère glaciaire. Un passif tragique qui trouve son dénouement dans le long métrage Batman & Mister Freeze : Sub-Zero.

« Vous suppliez… Dans mes cauchemars, je vois ma Nora chérie derrière la vitre, je la vois qui me supplie avec ses beaux yeux glacés. Vous ne pouvez pas savoir comme j’ai langui de vous voir avec le même regard glacé… »
Une vision macabre renforcée par le reflet du rétroviseur.

Personnage victime de cruauté le plus marquant de toute la série, Gueule d’Argile possède un background particulièrement glauque. Acteur à succès au visage ravagé par une horrible maladie, Matt Hagen reçoit une crème pharmaceutique par l’industriel Roland Daggett, qui lui permet de retrouver son ancien visage et même de le modeler à volonté. Mais la dépendance s’installe vite et Daggett l’oblige à faire des tâches peu recommandables pour lui fournir du produit, jusqu’au jour où il échoue dans une mission où il doit voler des documents à Lucius Fox en se faisant passer pour Bruce Wayne. Tout aussi cyniques que lui, les hommes de Daggett lui font ingurgiter une forte quantité de crème qui le transforme en une monstrueuse créature d’argile. Sa vie étant ruiné, il profite donc de ses pouvoirs pour se venger des responsables dans « Bas les Masques », titre qui fait efficacement le lien entre sa carrière d’acteur et sa nouvelle capacité à prendre l’apparence de qui bon lui semble. Entre rage éclatante et cruelle tragédie, Gueule d’Argile est un personnage profond qui termine ce double épisode par une mise en scène des plus bluffantes où il simule la mort afin de mieux s’enfuir.

« Je ne savais pas ce que j’aurais donné pour jouer une scène comme celle-là. C’est bête que je ne puisse pas… lire les critiques. »
Un adversaire effrayant de bout en bout.

On le retrouve plus tard dans « Bain de Boue », durant lequel son corps en dégénérescence est pris en charge par une scientifique tombée amoureuse de lui lors du tournage d’un de ses films. Moins réussi que son origin story mais pas moins alarmant, cet épisode le montre terriblement affaibli, comme en témoigne sa voix grave qui n’a plus grand-chose d’humain. Tentant de dérober un polygène mutant pour retrouver son apparence normale, il est stoppé par Batman et finit par se dissoudre dans l’eau suite à un violent affrontement, devenant ainsi un des rares personnages qui meurent pour mieux marquer la fatalité de sa nouvelle existence.

Une fin terriblement triste, marquée par la plongée et le regard du personnage.
L’homme contre la bête !

Reptile humanoïde connu sous le nom de Killer Croc dans les comics, cette créature fait sa première apparition dans l’épisode « Vendetta », en se faisant passer pour Bullock pour l’enlèvement de deux hommes ayant témoigné contre lui. Si le suspense sur l’identité du coupable est efficacement maintenu, le spectateur n’a toutefois aucun élément pour deviner que Croc est derrière tout ça, étant donné qu’il ne connaît pas encore le personnage. Après que Batman parvient étrangement à se faire passer pour lui dans « Il s’en est fallu de peu », on le retrouve à bord d’un train pour un transfert en prison, duquel il s’échappe pour atterrir dans une ferme où vivent d’anciens membres d’un « Cirque Infernal », tout comme lui victimes d’une malformation. Épisode intéressant dans le sens où un des membres lui dit qu’ici chacun peut rester soi-même, ce qui finit par causer sa perte lorsqu’il révèle sa vraie nature à l’arrivée de Batman.

Un psychopathe à peine camouflé !
Un épisode fascinant sur l’univers d’Alice au Pays des Merveilles !

Antagoniste des plus fascinants de l’univers de Batman, Jervis Tetch apparaît comme scientifique travaillant pour Wayne Enterprises mettant au point un dispositif permettant de contrôler toute personne à qui le porte sur la tête. Peu reconnu pour ses travaux et obnubilé par une jeune secrétaire blonde du nom d’Alice, sa fascination pour Alice au Pays des Merveilles le pousse à se vêtir comme le Chapelier Fou et à mettre au point des cartes à jouer pour contrôler son entourage. Après un caméo comique dans la prison du « Joker Fou », il effectue son retour dans « Les Poupées Maya », dans lequel il utilise l’aristocrate Veronica Vreeland pour distribuer de petites poupées censées faciliter le sommeil, avec un suspense bien maintenu sur son identité. Suite à sa prise de contrôle de l’ensemble du personnel de l’asile dans l’épisode « Procès », il se fait subtiliser son dispositif par le Joker dans « Crise de Rire ».

« Un, deux… un, deux… et la voilà enfin la lame vengeresse qui effaça son sourire. Le laissant pour mort, il galopa vers la sortie la tête sous le bras !  »
« Vous êtes le héros d’une belle histoire : on vous aime, vous avez une famille, vous êtes riche, vous possédez tout ce que vous désirez. Rien ne manque à votre bonheur, Monsieur Wayne ! »

Mais l’épisode le plus poussé de ses ambitions est de très loin « Rêve ou Réalité », dans lequel il plonge Bruce dans un coma lui donnant l’illusion de vivre la vie qu’il a toujours rêvée. C’est ainsi qu’il se trouve fiancé à Selina Kyle, comme s’ils avaient toujours voulu abandonner leurs masques pour vivre une vie rangée et heureuse. Plus troublant encore, Thomas et Martha Wayne sont toujours en vie, et Bruce voit de ses propres yeux Batman sauver des vies dans les rues de Gotham. C’est en voyant des livres aux contenus incompréhensibles qu’il est convaincu d’être plongé dans un rêve et décide d’attirer Batman à lui, persuadé qu’il est derrière tout ça. Un affrontement dantesque qui met Bruce Wayne face à son identité masquée, avec un suspense haletant conservé pour l’implication du Chapelier Fou. S’il s’agit sans nul doute du meilleur épisode de la série, il est dommage qu’il n’ait pas eu droit à un traitement plus approfondi, dans un double épisode ou même un long métrage tellement il y aurait eu à creuser sur la psychologie de Bruce Wayne.

Un adversaire redoutable qui met la matière grise à rude épreuve.
« Le jeune collègue de Batman est un petit malin, mais il lui manque des données ! »

Concepteur de génie imaginant toutes sortes de casse-têtes, Edward Nygma se fait malencontreusement renvoyer par son patron peu scrupuleux pour ne pas avoir à lui verser de royalties sur son jeu vidéo « L’Énigme du Minotaure ». Bien décidé à se venger, il devient alors l’Homme Mystère et le piège pour le kidnapper, amenant Batman et Robin dans un labyrinthe renvoyant à la mythologie grecque dans lequel un Minotaure l’achèvera s’ils ne le sauvent pas à temps. Féru d’énigmes et incapable de s’avouer vaincu face à Batman, il revient dans « Réalité Virtuelle », programme dans lequel il piège l’esprit du commissaire pour obliger les deux justiciers à venir lui faire face sur son propre terrain. Bien que les énigmes soient parfois capillotractées, les épisodes restent cohérents et très plaisants à suivre, jusqu’à son retour tardif dans « La Réinsertion de l’Homme Mystère » où il semble enfin avoir une vie rangée. Mais son désir de coincer Batman reprenant encore le dessus, il ne peut s’empêcher de lui tendre un piège, qui échoue de nouveau dans son incompréhension la plus totale.

« Déplace-toi en respectant les règles, autrement tu ne reverras plus le soleil ! »
« Comme vous l’avez vous-même dit Batman, on se retrouvera et dans pas longtemps… »

Personnage mystique qui fait dériver l’univers de Batman dans le surnaturel, Ra’s Al Ghul est une légende dont le nom signifie « Tête de Démon », qui a pu traverser pas moins de six siècles grâce aux propriétés rajeunissantes du Puits de Lazare. Il est d’abord teasé à la fin de « L’Effet Vertigo », durant lequel Batman fait équipe avec sa fille Talia, pour qui elle découvre une profonde attirance malgré sa trahison au profit de la Société des Ombres. Le double épisode « La Quête du Démon » est l’occasion pour Ra’s de rencontrer Batman afin de le mettre à l’épreuve en organisant un enlèvement de Robin en parallèle de celui de sa fille. Le justicier refusant de lui succéder dans sa refonte radicale de la planète, il tente un dernier plongeon dans le Lazare avant que les effets secondaires ne manquent de lui faire tuer Talia. L’affrontement entre les deux hommes se démarque des combats habituels avec l’infiltration dans une base et un duel à l’épée qui se termine par une nouvelle exposition de Ra’s au Lazare, bien que la fin de l’épisode semble montrer qu’il n’est toujours pas achevé.

Aliéné par le Lazare, Ra’a Al Ghul atteint un degré de folie qui marque un cliffhanger des plus succulents !
Un affrontement épique digne des plus grands duels de l’histoire du cinéma !

Les deux autres épisodes où il apparaît ne valent malheureusement pas les premiers, notamment « Le Tombeau de la Reine » qui entrave les limites de la crédibilité en le plaçant face à une antique reine égyptienne censée détenir le secret de l’immortalité. Bien plus intéressant mais résolument à part, l’épisode « Révélation » fait un bon d’un siècle dans le passé avec pour héros le chasseur de prime Jonah Hex, à la recherche du tyrannique Arkady Duvall pendant la ruée vers l’Ouest. Écoutant cette histoire sur une cassette audio, Batman et Robin découvrent que Duvall est en fait le fils de Ra’s Al Ghul, ayant vécu aussi longtemps car il a été exposé au Lazare dans sa jeunesse. En plus de proposer un scénario atypique, cet épisode montre l’empathie que peut toutefois éprouver Ra’s Al Ghul pour une autre personne, et la tolérance dont fait preuve Batman en acceptant de le laisser vivre auprès de son fils pour ses derniers instants.

« Je vais profiter des années qu’il me reste. Nous aurons le temps de croiser le fer, mais pour l’instant, laissez-moi ramener mon fils… »
Un contraste saisissant entre le ventriloque et son double.

Criminel à la schizophrénie plus marquée qu’un Double Face, Arnold Wesker est un « Ventriloque » timide et peu sûr de lui qui s’est créé une personnalité opposée à travers une marionnette habillée en gangster nommée Scarface, véritable chef d’un petit gang qui sème la terreur à Gotham City. Parvenant l’arrêter en faisant s’opposer les deux personnalités, Scarface fini mitraillé mais Wesker a vite fait d’en fabriquer un autre durant sa peine de prison. Son autre apparition dans « À Pas de Velours » le place face à Catwoman, qu’il utilise pour voler une collection d’animaux empaillés et la faire passer pour responsable tout en profitant des gains. La relation entre Wesker et Scarface est suffisamment aboutie pour qu’on puisse ressentir la terreur et la tristesse qu’il ressent lorsque sa marionnette s’apprête à être détruite, témoignant d’une impossibilité à vivre sans elle. Il réapparaît plus tard auprès d’autres vilains, suite à un rapide plaidoyer lors du procès de Batman, pour témoigner contre « Double Tour », gardien d’Arkham aux méthodes un peu trop abusives.

Des plans faisant ressortir toute la terreur du personnage.
Sous ses airs sauvages, Catwoman est bien plus une alliée qu’elle veut bien le montrer.

Philanthrope animale le jour, mais voleuse la nuit, Catwoman est un personnage récurrent dont les motivations sont souvent incertaines. Tantôt amie, tantôt ennemie, elle semble avoir autant de sentiments pour Batman que Selina Kyle, sa véritable identité, en a pour Bruce Wayne, et vice versa. Apparue dans « Le Chat et la Souris », elle s’oppose d’abord à Batman avant de l’aider face à la terroriste Griffe Rouge, qui tente de répandre un virus mortel si elle n’obtient pas une rançon. Arrêtée par Batman, Catwoman revient dans « La Fièvre des Chats », introduit par un procès qui lui inflige une peine de cinq ans d’emprisonnement avec sursis à condition qu’elle ne reporte plus son costume. À la recherche de sa chatte Isis, elle se retrouve face à un trafic organisé par le professeur Milo et Roland Daggett, qui cherchent à contaminer les habitants de Gotham en répandant des animaux enragés. Un épisode touchant pour l’affaiblissement de Catwoman et la relation forte qu’elle entretient avec les animaux.

Suite à son procès, Selina Kyle ne pourra résister à transgresser la mise à l’épreuve qui lui est imposée.
Sauvée par Batman, le regard de Selina en dit long.

Toujours présente quand il s’agit de la cause animale, on la retrouve dans « Le Tigre de la Nuit », dans lequel un scientifique à l’éthique douteuse la transforme en femme-chat afin de tenir compagnie à d’autres spécimens de recherche. Après une apparition finale dans « Il s’en est fallu de peu » où elle fait face au Joker et à Harley, elle revient « À Pas de Velours » vers ses premières amours mais se fait rapidement doubler par le Ventriloque. Il est alors intéressant de voir son côté sans pitié qui la pousse à détruire la marionnette, tandis qu’elle manipule Batman afin qu’il sauve une statuette de valeur au lieu de l’arrêter. En la voyant de nouveau fuir, le justicier dévoile un visage d’une grande tristesse témoignant de leur impossibilité relationnelle durable. Catwoman apparaît également dans « Le Retour de Batgirl » tandis qu’elle coopère avec cette dernière pour enquêter sur le vol d’une nouvelle statuette en forme de chat. Elle se fait une fois de plus doubler par Roland Daggett, de qui elle veut se venger en le lâchant dans une cuve d’acide, montrant une fois de plus sa manière assez radicale de faire régner la justice.

Un duo aussi emblématique qu’instable.
Parce que les mafieux, ils portent aussi des peignoirs et apprécient les bons feux de cheminée.

Parmi les antagonistes récurrents se trouvent aussi des parrains de la pègre, plus classiques mais non sans charisme. C’est notamment le cas de Rupert Thorne, qui apparaît de nombreuses fois après avoir manqué de se faire tuer par Double Face, dont il est responsable de la défiguration. Odieux à plus d’un titre, il le prouve même dans une guerre de gangs en tentant de piéger son rival Arnold Stromwell, pourtant à deux doigts de la rédemption dans l’épisode « Il n’est Jamais Trop Tard ». « L’Homme qui Tua Batman » est l’occasion de le revoir car c’est à lui que Sid l’Encornet raconte son l’histoire comme quoi il aurait tué Batman, tandis qu’il est l’employeur de « Bane » dans l’unique épisode où l’on voit ce colosse s’injectant du poison pour obtenir une force surhumaine. « Docteur Jekyll, le Retour » propose quant à lui un scénario particulier dans lequel il demande à son frère chirurgien de lui faire une opération difficile pour qu’il évite l’hôpital public. L’occasion de voir que même lorsqu’un médecin renommé comme Leslie Thompkins doit intervenir pour lui venir en aide, il est prêt à tuer pour être sûr qu’elle ne parle pas. Un épisode notamment touchant pour son final, durant lequel Bruce Wayne demande à Matthew Thorne de lui parler de son père, qu’il avait bien connu par le passé.

Face au récit abracadabrant de Sid l’Encornet, Rupert Thorne n’est pas dupe.
Un regard vicelard qui résume toute l’éthique du personnage.

Deuxième mafieux notable de la série, Roland Daggett n’est pas en reste niveau infâmie étant donné qu’il est le responsable de la monstruosité causée à Matt Hagen. De retour pour un « Rendez-vous dans la Rue du Crime », il compte prendre possession d’un quartier pauvre à moitié abandonné en faisant passer une explosion pour un accident. Outre un final touchant durant lequel Leslie Thompkins accompagne Batman déposer des roses là où ses parents ont trouvé la mort, cet épisode démontre l’impunité souvent admise envers les ripoux tandis que Daggett s’en sort tranquillement, faute de preuves contre lui. Sur tous les fronts quand on s’agit de trafic, on le retrouve dans « La Fièvre des Chats » en train d’administrer un virus à des animaux afin qu’ils contaminent les habitants de Gotham et qu’il puisse tirer des bénéfices par la vente d’un vaccin. Après une longue absence, il est enfin arrêté pour de bon dans « Le Retour de Batgirl ».

En manque de preuves matérielles, Batman devra attendre avant de coincer Daggett.
Une intelligence artificielle parmi les menaces les plus importantes de l’univers de Batman.

Hormis ces nombreux criminels récurrents, la série animée comporte aussi des antagonistes qui n’apparaissent qu’une fois, ou deux tout au plus. Certains donnent l’occasion d’un scénario d’une grande richesse, ce qui est le cas d’HARDAC, un superordinateur créé par l’ingénieur Karl Rossum et cherchant à remplacer les humains par des androïdes. Le diptyque « Cœur d’Acier » se veut alors terriblement prenant avec des inspirations cinématographiques efficaces, comme Blade Runner pour les duplicants difficiles à différencier des humains, Terminator pour l’apparence des robots ou encore James Bond pour l’enquête que mène Bruce sur une organisation secrète, son vis-à-vis avec une femme, l’utilisation de gadgets, la course poursuite en voiture ainsi que l’assimilation de Barbara Gordon et de Randa Duane (sosie de Marylin Monroe) à des James Bond girls. Un épisode pointant fortement du doigt les dangers de l’intelligence artificielle et humanisant d’autant plus les personnages qui s’y opposent.

Plusieurs indices menaient déjà à faire déduire que Randa Duane était elle aussi un duplicant.
« Je connais tous tes mouvements, Batman ! »

Quintessence de la création d’HARDAC, « Une Âme de Silicone » place Batman face à son double duplicant, qui se réveille subitement en étant persuadé qu’il est le véritable Batman. Comprenant finalement d’où il vient, il compte terrasser les humains à lui seul et son opposition avec Batman explore toute l’humanité que peut contenir un androïde brillamment programmé. Karl Rossum le fait pourtant douter en lui disant qu’il n’est constitué que de données censées imiter son modèle et qu’il ne peut se souvenir de moments précis comme son premier baiser, sa chanson préférée ou encore la première fois qu’il a mangé un vrai steak. Tandis qu’il s’apprête à tuer Batman, ce dernier lui rappelle qu’il ne peut se résoudre à prendre une vie car il porte la même éthique que lui, et parvient à le vaincre en lui faisant croire qu’il l’a précipité dans le vide. Un bien triste sort pour une machine qui n’avait rien demandé et qui ne savait déjà plus où elle en était lorsqu’elle se présentait devant Alfred avec ses circuits abîmés.

« Après tout, c’était peut-être plus que du câblage et du microprocesseur. Peut-être avait-il aussi une âme, Alfred. Une âme de silicone, certes, mais une âme… »
« Ce n’est pas à moi de rendre la justice, c’est l’affaire des tribunaux. Mais il y a des moments… il y a des moments où je meurs d’envie de faire ce travail moi-même ! »

Non moins marquants, les autres vilains assurent toute la variété des criminels auxquels Batman doit faire face. Parmi les premiers épisodes, on trouve par exemple un homme déguisé en pirate qui se proclame roi des égouts en réduisant « Les enfants de la nuit » en esclavage. « Les oubliés du nouveau monde »  met en scène la parfaite caricature du chef odieux et antipathique qui kidnappe des habitants pour les faire travailler à la mine. Un épisode dans lequel Bruce devient amnésique suite à un coup sur la tête, avant de se souvenir qui il est lors de l’évocation de la famille d’un de ses camarades. Outre un père qui joue « L’homme invisible » pour approcher sa fille qu’il n’a normalement pas le droit de voir pour cause de dangerosité, ou encore un médium qui tente des escroqueries en se faisant passer pour un prophète, Batman a également à faire à un certain Josiah Wormwood, interrogateur aux méthodes peu scrupuleuses et féru de casse-têtes servant à annoncer la venue prochaine de l’Homme Mystère.

« Allez donnez-moi votre cape et votre masque, s’il vous plaît ! »
Un peu trop à cheval sur l’heure, Temple Fugate ne peut pardonner au maire.

Obnubilé par la ponctualité, le « Roi du Temps » n’en est pas moins coriace avec ses pièges et son habileté à l’escrime, en plus d’être un des seuls personnages à en vouloir personnellement au maire de Gotham City pour avoir osé lui faire changer ses habitudes. Le ninja Kyodai Ken rappelle quant à lui certains comics dans sa dualité avec Bruce en tant qu’ancien rival de dojo, marquant ainsi l’entraînement préalable du justicier, que l’on retrouve dans Batman Begins en 2005. Même Maxie Zeus, entrepreneur un peu trop passionné de mythologie grecque déjà apparu dans les comics en 1979, domine la tour d’un épisode du haut de laquelle il compte prouver sa supériorité aux humains. Atteinte d’une hypoplasie systémique, « Baby Doll » est bien mieux exploitée dans son complexe d’être une femme dans un corps d’enfant, réalité vraiment bien rendue lorsqu’elle se voit telle qu’elle devrait être dans un miroir tandis qu’elle cesse d’imiter sa voix d’enfant.

Sous ses airs de sale gosse insupportable, Mary Dahl cache une souffrance réelle.
Un psychopathe qui aurait mérité un traitement approfondi.

Psychiatre manipulateur des plus dangereux, Hugo Strange fait une brève apparition avec une machine capable de pénétrer les secrets les plus intimes de ses victimes et d’enregistrer leurs données cérébrales. C’est ainsi qu’il apprend le secret de Brune Wayne, qu’il tente de vendre aux enchères au Joker, le Pingouin et Double-Face. Parmi les derniers épisodes se cachent également Double Tour, gardien d’Arkham devenu criminel à cause de ses méthodes bien trop violentes envers les détenus. Un personnage particulièrement révolté qui pointe du doigt l’inefficacité de la justice et le laxisme des médias, considérant comme responsables les représentants de Gotham City que sont le maire, le commissaire, la journaliste Summer Gleeson et le docteur Bartholomew. Pourvu de nombreux gadgets en rapport avec la détention, il peut se définir comme un nouvel alter ego de Batman qui utilise des méthodes bien plus radicales.

« Le moment est venu de débarrasser Gotham de ses vrais criminels. Toi le chevalier noir, tu les arrêtes. Moi Double Tour, je les enferme ! »
« John, moi aussi je déteste les au-revoir. Amitiés, Zanna. PS : n’oublie pas de m’écrire. »

Parmi les alliés particulièrement touchants de l’homme chauve-souris, on peut enfin retenir Zatanna, fille d’un illusionniste qui avait entraîné Bruce à se défaire de pièges. Après un semblant de romance passée et une fuite soudaine de l’homme, les deux personnages font équipe pour sauver Zatanna d’un complot visant à la discréditer. Un relationnel quasi sentimental se dégage du duo tandis qu’elle comprend qui se cache sous le masque, jusqu’à un final magique symbolisant la douleur d’un nouvel au revoir suite à des retrouvailles. Mieux encore, un des meilleurs épisodes montre la coopération entre Batman et Simon Trent, ancien interprète du Fantôme Gris, véritable héros du jeune Bruce qu’il admirait devant sa télévision. Importante source d’inspiration pour le futur Batman, le Fantôme Gris refait parler de lui alors qu’un criminel nommé « Le Plastiqueur Fou » opère avec les mêmes méthodes que dans un des épisodes de la série télévisée. Les flashbacks dévoilant le jeune Bruce impressionné aux côtés de son père ainsi que la phrase comme quoi il ne manquait pas un seul de ses épisodes, qu’il prononce une fois en Batman et une autre fois démasqué, procure un affect particulier au personnage.

« – Quand j’étais petit, je ne ratais jamais un seul de vos épisodes, le Fantôme Gris était mon héros. – Non, c’est vrai ? – Oui, et il l’est toujours. »

 

Un doublage d’anthologie

 

Doubleur de légende qui prêtait aussi sa voix à Harrison Ford et Jeff Goldblum.

Si la série animée Batman a tant marqué son époque, c’est aussi pour la qualité de ses doublages français, même s’il était courant que certains personnages changent de voix en cours de route. Parmi ces doubleurs de renom, il faut bien sûr nommer le chrismatique Richard Darbois (Albator 78, Le Génie d’Aladdin, Buzz l’Éclair de Toy Story), qui prête sa voix à Bruce et Batman, mais aussi à Thomas Wayne. Connu pour son doublage du Chapelier Toqué dans Alice au Pays des Merveilles et de Grippe-Sou dans le téléfilm Ça – Il est revenu, l’inimitable Jacques Ciron assure ici le rôle d’Alfred, comme il prêtait déjà sa voix à Michael Gough dans les films Batman de 1989 à 1997. Le timbre grave de Jean-Claude Sachot sert quant à lui le commissaire Gordon, mais aussi Bane, Killer Croc dans sa première apparition et la plupart du temps Scarface. Célèbre pour son interprétation du générique de South Park et ses rôles de Jimmy et M. Mackey, Gilbert Lévy prête principalement sa voix à l’inspecteur Bullock.

La voix parfaite du majordome !
Le regretté Pierre Hatet, qui nous a offert un Joker d’anthologie.

Voix cinglante reconnaissable à des kilomètres, Pierre Hatet (VF de Christopher Lloyd) excelle dans son interprétation du Joker et offre à Roland Daggett un style encore plus vicelard après son apparition dans « Bas les Masques ». Connu pour ses interprétations d’Homer Simpson, de M. Peabody dans Junior le Terrible et voix officielle de Danny DeVito depuis Batman Returns, Philippe Peythieu assure une voix difforme pour le Pingouin, en plus de Kirk Langstrom et d’Ubu. Quant à Hervé Bellon, son doublage va à Harvey Dent et aux premières apparitions de Double Face, en plus de Simon Trent aka le Fantôme Gris. Percutant dans son rôle de l’Épouvantail, Vincent Violette est également derrière Edward Nygma (c’est d’ailleurs lui qui double Jim Carrey dans Batman Forever) pour ses deux premiers épisodes, ainsi que le Chapelier Fou dans « Les Poupées Maya ». Connu pour avoir doublé Jean-Claude Van Damme par quatre fois (dont Bloodsport) ainsi que les personnages de Tommy, Jadeite et Kunzite dans Sailor Moon, François Leccia prête une voix rocailleuse à Matt Hagen et Gueule d’Argile.

Philippe Peythieu et Véronique Augereau, un charmant couple notamment connu pour Homer et Marge Simpson.
Mélangez de l’Épouvantail à de l’Homme Mystère avec un soupçon de Chapelier Fou : vous obtenez Vincent Violette !

Doubleur officiel de Jack Nicholson, Anthony Hopkins et Dupond dans Les Aventures de TintinJean-Pierre Moulin joue ici le rôle de Rupert Thorne dans ses premières apparitions. Dans la série des méchants secondaires, Roger Crouzet (Joe Pesci dans L’Arme Fatale) prête sa voix terriblement pincée à Fugate, Milo dans « Le Loup-Garou » et Sid l’Encornet. On trouve également Jean-Pierre Leroux (Yvan et Henki dans l’animé Fly) et son rire éclatant pour le Roi des Égouts, le Chapelier Fou dans « Rêve ou Réalité », Josiah Wormwood ainsi que Milo pour « La Fièvre des Chats ». Voix grave prononcée à ses heures perdues (en témoigne le doublage de Kano dans Mortal Kombat), Mario Santini assure aussi bien la première voix du maire, Boss Biggis dans « Les Oubliés du Nouveau Monde », le Chapelier Fou dans « Le Pays des Merveilles », Tygrus dans « Le Tigre de la Nuit », Montague Kane dans « Zatanna » et Scarface dans « Le Ventriloque ». Voix de Pat Hingle dans trois films Batman ainsi que Dupont et le professeur Siclone dans Les Aventures de Tintin, Yves Barsacq exagère son accent pour les besoins d’Hugo Strange, tandis que Gérard Rinaldi (Ratigan dans Basil Détective Privé, Dingo depuis 1990) double « L’Homme Invisible », Maxie Zeus, Rhino dans « Le Ventriloque » et Jonah Hex dans « Révélation ».

« Salut ma belle, je t’ai beaucoup manqué ? »
Une voix bien plus valorisante que celle de Dorothée Pousséo dans les dernières interprérations d’Harley.

Les voix de femmes ne sont pas en reste avec Véronique Augereau (Marge Simpson) qui prête la sienne à l’Empoisonneuse dans ses premières apparitions, Catwoman à partir de « Il s’en est fallu de peu », Veronica Vreeland à deux reprises ainsi que Randa Duane dans la première partie de « Cœur d’Acier ». La plus emblématique est sans doute Kelvine Dumour, dont la voix aussi perçante que charmante sied parfaitement à Harley Quinn, en plus de ses doublages de Grace, Candice et Alice. Régine Teyssot, connue pour la plupart des voix féminines des Simpson, assure quant à elle la voix de Baby-Doll et quelques interprétations de Summer Gleeson et de Renee Montoya. Virginie Ogouz (Irma dans Tortues Ninja, Nanou et Molly dans Sailor Moon) adopte une voix plus enjouée dans la rôle de Zatanna, tandis que Lita Recio (Cruella dans Les 101 Dalmatiens, Mme Mim dans Merlin l’Enchanteur et la Castafiore dans Les Aventures de Tintin) double Leslie Thompkins.

Une voix chaleureuse parfaite pour Zatanna !

 

Des défauts plutôt mineurs

 

La première voix de Talia lui convenait pourtant parfaitement.

Aussi excellente soit-elle, la série animée Batman n’est pourtant pas dénuée de défauts qui viennent ternir plus d’un détail. Comme souvent dans les années 90, l’organisation des doublages était assez calamiteuse et provoquait de nombreux changements de voix, commencer par Talia et Ra’s Al Ghul, qui n’ont tout simplement jamais le même doublage à chacune de leur apparition. Il en est de même pour Mr Freeze, appelé « Freezer » par Batman la première fois qu’il le voit, alors qu’il ne pouvait en plus pas connaître son nom. Le diptyque « Cœur d’Acier » est également le théâtre de changement de doublage pour Randa et HARDAC d’un épisode à un autre, ce dernier s’appelant à l’origine « ODRAH » dans la première partie.

Dans la seconde partie de « Cœur d’Acier », Laurence Crouzet doublait aussi Randa.
Une fin volontairement élusive pour marquer la mort de Matt Hagen ?

Si certaines fins d’épisode prennent le temps de conclure leur scénario (« Épouvantable Épouvantail », « Fugue en sol Joker », « Bas les Masques », « L’Effet Vertigo »), nombre d’entre elles s’avèrent assez abruptes (« Le Maître de l’Épouvante », « Le Roi du Temps », « Bain de Boue ») et parfois accompagnées d’un jeu de mots téléphoné (« Je suis là pour remettre les pendules à l’heure, Fugate. ») , altérant ainsi l’appréciation de leur épilogue. L’humour laisse d’ailleurs bien souvent à désirer entre les jeux de mots capillotractés de Robin (« On peut dire que tu sais manier la batte, man ! »), les tentatives de blague de Bullock (« On nous chante pas un petit air de blues, monsieur le jazzman ? ») et les derniers fonds de tiroir du Joker (« La vengeance est un plat qui se mange froid Batman, mais ça ne t’empêchera pas de finir en hot-dog, vieille saucisse ! »).

« Pas de panique, j’ai la clé du problème ! »
Un adieu qui aurait pu être définitif.

L’ordre officiel des épisodes est également bien souvent loin d’être idéal : si les premiers introduisent efficacement les principaux personnages, d’autres ont un placement plus que discutables. Outre des soucis déjà évoqués comme le suspense de « Vendetta » qui tombe à l’eau dans le sens où le spectateur ne connaît pas encore Killer Croc, il est étonnant que « Double Jeu » soit placé juste avant « Il n’est jamais trop tard » alors que ce dernier semble introduire le personnage de Rupert Thorne, sans aucune mention d’une précédente rencontre et encore moins de la défiguration d’Harvey Dent. De loin l’épisode le plus sombre avec le Joker, « Heureux comme un Poisson dans l’Eau » laisse complètement tomber l’intrigue qui entrevoit sa mort alors qu’il aurait mérité de marquer sa dernière apparition pour laisser place au doute avant un retour surprise dans Batman contre le Fantôme Masqué, durant lequel il est tout aussi terrifiant. « Le Retour de Batgirl » est quant à lui censé être le tout dernier épisode, alors qu’il ne conclut rien de plus que l’histoire de Roland Daggett, enfin en état d’arrestation. Vu son potentiel scénaristique énorme, « Rêve ou Réalité » arrive bien trop tôt et aurait pu conclure la série par la lobotomie la plus dangereuse que Bruce Wayne ait subie.

Quelle meilleure fin que voir Bruce Wayne face à son double le plus perturbant ?

 

Postérité

 

Une rupture marquée par la séparation entre Batman et le premier Robin.

En 1997, une nouvelle série animée vient prendre la suite avec Batman the New Adventures, qui propose vingt-quatre épisodes supplémentaires pour approfondir les intrigues. Loin d’être inintéressante, elle peut rebuter par son design simplifié, bien que certains méchants comme l’Épouvantail ait un nouveau costume plus sombre, mais comporte néanmoins une animation plus fluide. La plupart des antagonistes y réapparaissent pour un ou deux épisodes et de nouveaux méchants secondaires comme Pyrovol permettent de varier les situations. On y voit notamment la rupture entre Batman et Dick Grayson, qui décide de faire cavalier seul avec un nouveau costume sous le nom de Nightwing, faisant de Batgirl la principale coéquipière de Batman. Un tout jeune Robin le remplace alors, Tim Drake, qui est en fait le troisième des comics, Jason Todd ayant été éludé à l’époque en raison de la violence de son background.

Une pendaison qui a mal tourné ?
Les origines d’Harley enfin révélées !

Certains épisodes sortent clairement du lot, tel « Amour Fou » qui dévoile comment Harleen Quinzel, alors psychiatre du Joker, s’est épris de son patient et est devenue Harley Quinn. S’il manque toujours une réelle conclusion à la série, l’épisode « Règlement de Compte » aurait été parfait pour cela grâce au scénario terriblement dramatique qu’il impose en mettant violemment en scène la plus grande peur de Batgirl. Barbara craint en effet que son père découvre son identité masquée et en veuille ainsi à Batman de la laisser risquer sa vie à ses côtés. Alors qu’elle effectue une chute mortelle, Gordon découvre l’identité de Batman et se lance à sa poursuite afin de l’arrêter, estimant qu’il n’est finalement qu’un maniaque aussi dangereux que les criminels qu’il combat. Terriblement puissant, cet épisode est radouci par sa fin qui dévoile que tout ceci n’était qu’un cauchemar dû au gaz de l’Épouvantail, mais à l’immense mérite de montrer comment tout cela se terminerait si les choses venaient à mal tourner.

Un scénario déchirant qui aurait pu faire office d’excellent épisode final.
Relativement méconnu, le long métrage animé mettant en scène Batwoman accompagne quant à lui la série de 1997.

Avant la production des derniers épisodes de la première série animée, un long métrage sort au cinéma fin 1993 aux États-Unis puis l’année suivante directement en vidéo en France sous le nom de Batman contre le Fantôme Masqué, plaçant le chevalier noir face à un alter ego qui n’hésite pas à tuer des membres de la pègre pour anéantir le crime à Gotham City. Excellent de bout en bout, il dévoile également comment Bruce Wayne s’est construit sa deuxième identité, en parallèle d’une romance brillamment liée à l’intrigue principale. En 1998 sort un deuxième long métrage intitulé Batman & Mr Freeze : Sub-Zero. Faisant suite aux épisodes dans lequel Victor Fries tente de trouver le moyen de guérir sa femme cryogénisée, il conserve les dessins d’origine bien que paru après The New Batman Adventures. Adapté de toutes les manières inimaginables, l’homme chauve-souris a vu son héritage en série animée avec Batman la Relève en 1999, faisant endosser un costume futuriste au lycéen Terry McGinnis, épaulé par un Bruce Wayne bien trop vieux pour continuer à combattre. S’ensuivra la série The Batman en 2004, qui reprend les débuts de l’homme chauve-souris avec un jeune Bruce Wayne confronté à ses ennemis traditionnels.

Si elles n’atteignent pas le niveau de la série de 1992, elles conservent néanmoins une narration policière efficace.
Jeux très inégaux, mais magnifiques jaquettes !

Les adaptations en jeux vidéo ne sont pas en reste avec pas moins de cinq versions différentes, à commencer par le sympathique Batman the Animated Series, sorti sur Game Boy en 1993. Sous le titres The Adventures of Batman & Robin, les plus connues sont les versions Mega Drive et Super Nintendo, toutes deux très différentes. Cette dernière est de loin la meilleure avec un jeu d’action plates-formes en huit niveaux reprenant plusieurs passages d’épisodes précis et des affrontements face à un large panel de méchants dans une fidélité bluffante. La version Mega Drive mise quant à elle sur l’action dans un run’n gun jouable à deux à coups de batarang. Très jolie et jouissive dans ses premières minutes, elle s’avère vite répétitive et atrocement difficile en avançant. Composée de seulement quatre niveaux, elle laissait pourtant un peu de place au Chapelier Fou et à Mister Freeze, absents de la version Super Nintendo. Sur Mega CD, le joueur contrôle uniquement la Batmobile et la Batwing dans des niveaux entrecoupés de cinématiques formant le fameux épisode perdu de la série animée. Alléchante si on se fie à sa jaquette, la version Game Gear est néanmoins d’une nullité à toute épreuve, la faute à un très mauvais level design et à des musiques insipides qui font penser à tout sauf à Batman.

 

Super Nintendo : la reine de la 2D célèbre ses 35 ans !

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header 35 ans super nintendo

Date de sortie : 21 novembre 1990 (Japon), 23 août 1991 (Amérique du Nord), 11 avril 1992 (France)
Fabricant : Nintendo
Concepteur : Masayuki Uemura
Génération de console : Quatrième

Nationalité : Japonaise
Unités vendues : 49,10 millions
Fin de production : 25 septembre 2003
Meilleure vente : Super Mario World (21,61 millions)

Le début d’un âge d’or pour
la quatrième génération de consoles

image line up 1990 super nintendo
Une entrée fracassante dans la guerre des 16-bit !

Il y a déjà 35 ans, la tant attendue Super Famicom débarquait au Japon dans un véritable raz-de-marée, trois ans après la PC Engine de NEC et deux ans après sa concurrente directe, la Mega Drive de Sega. Bien plus performante que ces dernières avec une plus grande capacité d’affichage de couleurs et de sprites, un processeur sonore supérieur et le fameux mode 7 qui imite des effets en trois dimensions, elle s’arrache au Japon dès le 21 novembre 1990 au prix de 25 000 yens (environ 200€). Novatrice pour sa manette passant de deux à quatre boutons en plus des deux gâchettes proposées par Shigeru Miyamoto, elle possède un des line-up les plus mémorables de tous les temps malgré la présence de seulement deux jeux. Successeur de la trilogie Super Mario Bros. sortie sur NES, Super Mario World peut en effet se targuer d’être un des jeux de plates-formes les plus qualitatifs de l’histoire avec sa carte du monde aux multiples chemins, ses sorties secrètes conduisant à de nombreux niveaux cachés, son système d’envol plus abouti, ses maisons hantées et surtout l’apparition de la monture Yoshi. À ses côtés, F-Zero fait office de vitrine technique avec ses courses futuristes effrénées profitant d’un rendu immersif du mode 7.

La fin de l’année 1990 continue de fleurir sur Super Famicom avec ActRaiser, jeu atypique qui témoigne déjà de la patte narrative et artistique du studio Quintet en alternant astucieusement des phases de gestion et d’action plates-formes sous un scénario enchanteur. On trouve aussi le simulateur aérien Pilotwings qui exploite encore plus le mode 7, un portage du Populous de Peter Molyneux et le jeu d’action en vue aérienne SD The Great Battle, qui rassemble des personnages d’Ultraman, Kamen Rider et Gundam. Deux autres jeux viennent directement de l’arcade : une version modifiée du shoot’em up horizontal Gradius III ainsi que l’illustre beat’em up Final Fight, pourvu d’une très belle réalisation malgré quelques censures mais amputé du personnage de Guy, du niveau de Rolento et du mode deux joueurs à cause des ressources limitées des cartouches pour un tel jeu d’action en temps réel affichant de gros sprites.

 

Des hits qui s’enchaînent
à une vitesse vertigineuse

image 1991 super nintendo
Une ludothèque en passe de devenir légendaire.

Les éditeurs multiplient les sorties sur Super Famicom en 1991 avec des genres variés comme HAL’s Hole in One Golf, une adaptation du jeu de gestion SimCity, une version plus complète du jeu de course Big Run originaire de l’Arcade, le jeu de mahjong Shodan Morita Shougi et Ultraman Towards the Future, connu pour être un des jeux de combats les plus risibles de la machine. Les jeux d’aventure commencent déjà à se multiplier avec une adaptation d’Ys III Wanderers from Ys, le jeu de rôle Drakkhen issu de l’Amiga, le J-RPG Gdleen adapté de l’animé éponyme et l’entraînant Goemon The Legend of the Mystical Ninja. De son côté, Final Fantasy IV fait passer la saga dans une tout autre dimension avec l’apparition des jauges ATB en combat, un système de jeu plus intuitif et abouti, de nombreux personnages jouables et un scénario bien plus développé que ses prédécesseurs.

Outre de nombreux jeux de sport dont Battle Dodge Ball qui se déroule dans l’univers de Gundam, la Super Nintendo enrichit son catalogue de shoot’em up avec Darius Twin, un Super R-Type qui reprend une partie de R-Type II pour y ajouter plusieurs nouveautés et surtout l’excellente adaptation du manga Area 88, connue en Occident sous le nom d’UN Squadron, qui améliore fortement la formule de la version Arcade en proposant le choix entre plusieurs niveaux et un système d’achat d’avions pouvant chacun utiliser des attaques différentes. Le 23 août 1991, la console paraît en Amérique du Nord sous le nom de Super NES pour 199 dollars avec un line-up alléchant composé de Super Mario World, F-Zero, Gradius III, Pilotwings, et SimCity.

Tandis que la sortie européenne se fait toujours attendre, les jeux continuent d’arriver avec le jeu de course en vue isométrique Radical Psycho Machine Racing, un portage du jeu d’arcade Super Off Road ainsi que des adaptations des jeux Amiga Lemmings et Paperboy 2. Outre le jeu de gestion SimEarth The Living Planet originaire du PC, d’autres portages issus de micro-ordinateurs interviennent comme le jeu de stratégie Romance of the Three Kingdoms II, le jeu de rôle Dungeon Master, le jeu d’action aventure Lagoon et le jeu de basket Bill Laimbeer’s Combat Basketball. Quelques jeux de sport sortent également du lot tels que Super Tennis, Super Soccer, World League Soccer et sa vue aérienne, le jeu de football américain issu de la Mega Drive John Madden Football et le jeu de catch Super Fire Pro Wrestling.

Genre phare au début des années 90, le jeu de plateforme obtient de nouvelles références avec Super Wagyan Land, une adaptation du jeu d’arcade Joe & Mac, Smart Ball où on contrôle une boule pouvant se déformer ainsi que Spanky’s Quest, jeu de plates-formes réflexion originaire de la Game Boy. De nouveaux shoot’em up se joignent aux précédents avec D-Force, HyperZone qui utilise le mode 7, une adaptation de Thunder Force III nommée Thunder Spirits et deux autres titres issus de l’Arcade : Super Earth Defense Force et Raiden Trad. On peut aussi citer le jeu d’échecs The Chessmaster, le jeu de stratégie Nobunaga’s Ambition Lord of Darkness, une adaptation à l’intérêt limité de Maman j’ai raté l’Avion ou encore Super Ninja Boy, RPG mêlant action directe et combats au tour par tour.

Les véritables hits arrivent en fin d’année en commençant par deux grands classiques de l’action plates-formes : Super Ghouls’n Ghosts, troisième épisode de la saga de Capcom spécialement conçu pour la Super Famicom ainsi qu’un Super Castlevania IV impressionnant présenté au Japon comme un remake de l’opus fondateur. Outre un portage du puzzle-platformer Lemmings, c’est la sortie du mythique The Legend of Zelda A Link to the Past qui rameute les foules, améliorant drastiquement la formule du premier jeu sur NES par une excellente carte du monde à deux facettes, un panel d’objets impressionnant, de nouvelles mécaniques de jeu et un scénario détaillé plongeant le joueur au cœur de la légende.

Plutôt méconnu aujourd’hui, Soul Blazer est un RPG enivrant à découvrir d’urgence !
Nommé Super Probotector en Europe, Contra III symbolise la quintessence du run’n gun sur console.

L’année 1992 débute sous le signe du RPG avec Dragon Ball Z Legend of the Super Saiyan, Romancing SaGa de Squaresoft et surtout l’excellent Soul Blazer d’Enix, qui consiste à recréer des zones entières du monde et à faire revenir ses habitants en affrontant des portails d’ennemis dans un univers à la fois épique et poétique. La saga Contra obtient également un troisième épisode officiel avec Contra Spirits, un titre ultra nerveux faisant partie des meilleurs représentants du genre du run’n gun. La Super Nintendo arrive enfin en France le 11 avril 1992 au prix de 1290 Francs avec Super Mario World et F-Zero au line-up, mais aussi Super R-Type, Super Soccer et Super Tennis. L’Europe rattrape alors rapidement son retard avec le portage des nombreux jeux déjà sortis en import tandis que les hits continuent de s’enchaîner, offrant à la Super Nintendo une ludothèque d’anthologie à faire pâlir la Mega Drive de Sega, pourtant loin d’être avare en titres de qualité.

Une compilation mythique remakant les trois Mario de la NES, en plus du Super Mario Bros. 2 japonais à l’époque inédit en Occident.
Après six Mega Man très similaires sur NES, Mega Man X atteint des sommets en faisant évoluer le gameplay de la saga en plus d’une petite claque graphique.

Avec essentiellement quatre ans de vie majeure, la Super Nintendo a su symboliser l’âge d’or de la 2D avec de grandes références pour chaque genre de jeux. La plateforme d’abord avec la compilation Super Mario All Stars, Donkey Kong Country, un superbe remake de Prince of Persia de Jordan Mechner, Skyblazer, Mega Man X, mais aussi de nombreux jeux tirés de bandes dessinées et de dessins animés comme Astérix, Les Schtroumpfs, Tintin au Tibet, Tiny Toon Adventures Buster Busts Loose, Les Aventures de Batman et Robin, The Pagemaster, ou encore le redoutable Addams Family Pugsley’s Scavenger Hunt. Les jeux Disney ne sont pas en reste avec l’excellent Mickey Mania, Le Livre de la Jungle, La Belle et la Bête, Le Roi Lion, la trilogie The Magical Quest, le superbe Aladdin de Shinji Mikami sans oublier le singulier Goof Troop, qui mixe action et puzzle dans un jeu coopératif en vue aérienne.

Pas toujours évident à prendre en main, ce Batman & Robin reste un véritable régal pour les fans de la série animée de Bruce Timm et Paul Dini !
La version ultime (ou presque) du légendaire jeu de combat avec quatre nouveaux personnages, des coups spéciaux supplémentaires et plusieurs modes de jeu.

Genre phare depuis le portage du surpuissant Street Fighter II et ses upgrades, le versus fighting multiplie les références avec la trilogie Mortal Kombat, des portages SNK tels Fatal Fury, Art of Fighting, Samurai Shodown et World Heroes, sans oublier les Dragon Ball Z Super Butoden, marquants pour leurs arènes élargies et leurs combats à distance à coups de Kamehameha. Côté beat’em up, les adaptations de dessins animés, films et super sentai sont multiples avec Tortues Ninja Turtles in Time, Sailor Moon, Batman Returns et Power Rangers, en parallèle des références que sont Legend, Battletoads in Battlemaniacs, Return of Double Dragon, The Ninja Warriors The New Generation et la trilogie Final Fight.

Marquant pour son mode histoire à ambranchements multiples, on se souvient aussi de La Légende Saiyan pour sa traduction française à mourir de rire (« Un pirate, ça va être le pied !« ).
Premier RPG pour beaucoup de joueurs occidentaux, Seiken Densetsu 2 fut un véritable coup de cœur.

Ayant des éditeurs comme Square et Enix de son côté, la Super Nintendo s’auréole de grandes références du RPG et de l’action aventure. En Europe, hormis le tout juste correct Mystic Quest Legend, il s’agit essentiellement d’action RPG avec des titres d’anthologie comme Secret of Mana, Secret of Evermore, Soul Blazer, Illusion of Time et Terranigma. En import, les Final Fantasy IV à VI transportent la saga vers un début d’âge d’or, Dragon Quest V et VI s’accompagnent de remakes des trois premiers épisodes de la NES, tandis que de nouvelles licences naissent avec Breath of Fire, Tales of Phantasia et Star Ocean.

La quintessence du savoir-faire d’Enix avec ce jeu d’aventure haletant à la narration poétique.
Dézinguer du cow-boy à longueur de niveau : le fun à l’état pur !

Si les shoot’em up de la Super Nintendo subissent souvent des ralentissements à cause des limites de son processeur, les bons titres ne manquent pas à l’appel à l’image de Parodius, R-Type III, Super Aleste, Axelay, sans oublier StarWing qui profite de la puce Super-FX. Terriblement jouissifs, les run’n gun procurent de superbes sensations de jeu avec le diptyque Pocky & Rocky, un Wild Guns explosif, l’original The Firemen et l’excellent Sunset Riders. Outre des puzzle-games comme la compilation Tetris & Doctor Mario, Bust-A-Move et Kirby’s Ghost Trap, la console accueille toutes sortes de jeux originaux comme Super Punch-Out, Kid Klown in Crazy Chase, l’exceptionnel Super Metroid et Micro Machines, sans oublier les génialissimes Super Bomberman, avec leur mode aventure jouable eu duo et les battles royales endiablés en arène. S’il ne fallait retenir qu’un seul jeu de course dans toute sa ludothèque, ce serait évidemment Super Mario Kart !

Ayant obtenu des ventes mitigées à cause de sa sortie tardive sur la console, Super Metroid demeure une véritable perle de game design.
Terriblement culte parmi les jeux développés par Rareware, Killer Instinct impose son système de combos dans un univers sombre relativement léché.

Tandis que la cinquième génération arrive à la fin de l’année 1994 avec la PlayStation et la Saturn, ces dernières ont bien du mal à obtenir des titres convaincants en 3D et comptent les bons jeux en 2D sur les doigts d’une main. En pleine force de l’âge, la Super Nintendo continue d’agrémenter sa ludothèque avec Earthworm Jim, Demon’s Crest, Hagane, Mega Man 7, Donkey Kong Country 2, Killer Instinct, Castlevania Vampire’s Kiss, l’impressionnant Yoshi’s Island ainsi que plusieurs RPG tels Front Mission, Seiken Densetsu 3 (désormais connu sous le nom de Trials of Mana depuis sa sortie occidentale officielle en 2019) et l’excellent Chrono Trigger.

Profitant des atouts de la Super FX-2, Yoshi’s Island met une claque aux autres productions de 1995 avec son game design qui se renouvelle sans cesse.
Un partenariat abouti entre Nintendo et Squaresoft.

En 1996, les sorties de la Super Nintendo freinent tandis que la PlayStation gagne du terrain avec un nombre grandissant de hits. Mais la 16 bits résiste encore avec Dragon Ball Z Hyper Dimension, Street Fighter Alpha 2, Super Mario RPG, Rudra no Hihou, Super Bomber Man 4 et Donkey Kong Country 3. La Nintendo 64 arrivant le 23 juin 1996, les nouveautés Super Nintendo se font de plus en plus rares l’année suivante. Notons tout de même la sortie de Super Bomber Man 5, Lucky Luke, Kirby’s Dream Land 3, Harvest Moon, Rockman & Forte et Fire Emblem Thracia 776 jusqu’à Metal Slider Glory director’s cut le 29 novembre 2000, année de sortie de PlayStation 2. Avec 49 millions d’unités écoulées et un arrêt de production en 2003, la Super Nintendo a fortement marqué son époque au point d’attiser la curiosité des joueurs lors des débuts de l’émulation sur PC et de faire revivre sa ludothèque trois ans plus tard sur la console virtuelle de la Wii.

The Dark Knight, de Christopher Nolan

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image header the dark knight

 

Date de sortie : 18 juillet 2008 (Amérique du Nord), 13 août 2008 (France)
Réalisateur : Christopher Nolan
Acteurs principaux : Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Eckhart, Maggie Gyllenhaal
Genre : Super-héros, action
Nationalité : Américain
Compositeurs : Hans Zimmer, James Newton Howard 

« Je crois que tout ce qui ne nous tue pas nous rend simplement plus… bizarre ! »

Trois ans après un Batman Begins très réussi, la trilogie de Christopher Nolan atteint son apogée avec The Dark Knight, métaphore lourde de sens pour l’homme chauve-souris qui va lui-même remettre en cause sa légitimité face à la nouvelle menace qui pèse sur la ville. Toujours épaulé par Jim Gordon, Alfred et Lucius Fox, il trouve un nouvel allié en la personne du procureur Harvey Dent, interprété par Aaron Eckhart (The Pledge, Les Disparues, Le Dahlia Noir). Parvenant à démanteler les activités de mafieux comme Salvatore Maroni, il est présenté comme le chevalier blanc de Gotham City, à l’opposé de Batman qui, avec son statut de chevalier noir, ne peut combattre le crime qu’en étant masqué. Chaînon manquant entre les deux hommes pour sa relation avec Harvey et ses sentiments envers Bruce toujours présents, Rachel est cette fois-ci jouée par Maggie Gyllenhaal (Donnie Darko, Le Sourire de Mona Lisa, World Trade Center), Katie Holmes ayant dû lui laisser sa place à cause de son mariage avec Tom Cruise.

« Tu te souviens de cette conversation où tu m’as parlé du jour où Gotham n’aurait plus besoin de Batman : ce jour est proche. »
« Pourquoi ce regard si sérieux ! »

Une des premières scènes du film fait étrangement le lien avec le précédent, tandis que trois hommes déguisés en Batman tentent d’appréhender une rencontre entre l’Épouvantail et des gangsters. Si l’on peut douter de la réelle utilité d’un tel passage, il a au moins le mérite de commencer à questionner l’éthique de l’homme chauve-souris lorsque les imposteurs lui demandent de quel droit il se permet d’agir ainsi. C’est pourtant bien la séquence finale de Batman Begins qui annonçait le grand retour du Joker dans une introduction éclatante où chaque clown masqué tente de doubler les autres. Brillamment interprété par Heath Ledger (Les Frères Grimm, Le Secret de Brokeback Mountain), ce dernier se distingue fortement du gangster qu’incarnait Jack Nicholson en 1989 par son allure nonchalante, son faciès négligé, son imprévisibilité et l’intelligence redoutable avec laquelle il contrôle les rues de Gotham City.

« Soit on meurt en héros, soit on vit assez longtemps pour se voir endosser la peau du méchant. »

Pour accentuer la descente aux enfers d’Harvey Dent et la contestation des agissements de Batman, Christopher Nolan s’est inspiré du comics The Killing Joke, dans lequel le Joker prétend que n’importe qui peut basculer dans la folie suivant de telles circonstances. L’idée qu’un défenseur compulsif comme Batman attire effectivement le crime remet alors en cause sa légitimité, lui-même déclarant Dent comme étant le plus fort d’entre eux, ce pourquoi le Joker s’en est pris à lui afin de le détruire tout en supprimant Rachel. Devenant ainsi un Double Face bien plus crédible et dangereux que l’était Tommy Lee Jones en 1995, sa rivalité avec Bruce Wayne pour le cœur de Rachel se transforme alors en rivalité pour l’épuration des rues de Gotham City. Sa présence en tant que procureur donne l’opportunité à Nolan de bien construire son personnage avant de le voir basculer dans la haine, symbolisée par sa face gauche à la chair apparente et à l’œil exorbitant, brillamment dévoilée après un hors champ de plus d’une minute.

« Lorsque je te parlais de nous retrouver quand Gotham n’aurait plus besoin de Batman, j’étais sincère. Mais aujourd’hui j’ai la certitude que c’est toi qui ne pourras jamais te passer de lui. »
« Le monde est cruel, et la seule chose morale dans un monde cruel, c’est le hasard impartial, équitable, juste. »

Stoppé par Batman après avoir tenté de rendre les citoyens responsables de l’explosion de bateaux abritant des citoyens d’une part, des condamnés d’autre part, le Joker devait pourtant réapparaître dans le dernier film de la trilogie. De même, la métamorphose de Dent en Double-Face devait survenir lors d’un procès du Joker, le décès d’Heath Ledger six mois avant la sortie du film ayant contraint Nolan à modifier le scénario. Le final reste brillant tandis que Batman choisit d’endosser la responsabilité des meurtres commis par Harvey Dent afin de lui présager une réputation de héros aux yeux des habitants. Chant du cygne d’Heath Ledger et véritable tour de force pour Aaron Eckhart qui signe un Double Face terrifiant sur ses dernières minutes, The Dark Knight est un réussite à tous les niveaux, et un tel succès qu’il est le quatrième film de l’histoire à dépasser le milliard de dollars de recette. Avec un final aussi puissant, The Dark Knight Rises ne pouvait partir que sur les meilleures bases…

« Parce qu’il est le héros que Gotham mérite, mais pas encore celui qu’il faut à ses citoyens. Alors on va le traquer, car il est capable de l’endurer. Parce que ce n’est pas un héros, c’est un ange gardien silencieux, un protecteur vigilant, un chevalier noir. »

Sean Connery : hommage au célèbre interprète de James Bond, décédé à l’âge de 90 ans

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Un martini sec avec une larme de vodka, mélangé selon votre goût et bien frappé

« Bond, James Bond. »

Tels étaient les mots adressés à James Bond dans Docteur No en 1962, premier rôle phare d’une longue lignée pour le légendaire Sean Connery, qui réinterprète l’agent dans Bons Baisers de Russie, Goldfinger, Opération Tonnerre et son remake non officiel Jamais Plus Jamais, On ne vit que Deux Fois et Les Diamants sont Éternels. Plus qu’un simple acteur qui ne se contente que des mêmes rôles, il joue en parallèle pour Hitchcock dans Pas de Printemps pour Marnie, le colonel Arbuthnot dans Le Crime de l’Orient-Express, obtient le premier rôle dans L’Homme qui voulut être Roi et Le Lion et le Vent, avant d’incarner Robin des Bois dans La Rose et la Flèche. Les années 1980 sont marquées par des rôles plus matures tels Guillaume de Baskerville dans Le Nom de la Rose, le formateur de Christophe Lambert dans Highlander, l’officier Jim Malone dans Les Incorruptibles aux côtés de Kevin Costner et d’Andy Garcia, ou encore le père d’Harrison Ford dans Indiana Jones et la Dernière Croisade.

Des rôles aussi variés que maîtrisés
« Peu importe qui sortira vainqueur, notre combat est sans fin : le perdant sera libéré du champ de bataille et le vainqueur y restera. »

L’homophonie de son patronyme avec le terme français « connerie » inspire alors une blague aux Inconnus lors de leur Télémagouille, tandis qu’Hideo Kojima utilise ses traits pour le personnage de Big Boss dans l’excellent Metal Gear 2 : Solid Snake. Durant les années 1990, il joue pour John McTiernan dans À la Poursuite d’Octobre Rouge et Medicine Man, incarne Richard Cœur de Lion lors du final de Robin des Bois Prince des Voleurs, revient pour la suite d’Highlander puis accompagne Ralph Fiennes et Uma Thurman dans l’adaptation cinématographique de la série Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Ayant pris sa retraite avec brio dans La Ligue de Gentlemen Extraordinaires en 2003 et une dernière incarnation de James Bond dans l’adaptation vidéoludique de Bons Baisers de Russie en 2005, nul doute que Sean Connery laisse un souvenir impérissable à l’histoire du cinéma.

Casper, de Brad Silberling

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Date de sortie : 26 mai 1995 (États-Unis),
4 octobre 1995 (France)

Réalisateur : Brad Silberling
Acteurs principaux : Christina Ricci, Bill Pullman, Cathy Moriarty, Eric Idle
Genre : Fantastique
Nationalité : Américain
Compositeur : James Horner

« – Allez, une photo et nous disparaissons ! – Oui c’est bien ce qui me fait peur… »

Inspiré du court-métrage d’animation Casper le Gentil Fantôme réalisé par Izzy Sparber cinquante ans plus tôt, Casper fait partie des films cultes des années 1990 ayant une vocation familiale tout en mêlant l’humour à une portée dramatique et sentimentale. Le scénario part d’un vieux manoir hérité par l’effroyable Carrigan Crittenden, sous les traits de Cathy Moriarty (Raging Bull, Un Flic à la Maternelle), qui rechigne à s’en occuper avant d’apprendre qu’il renferme un trésor. Accompagné par son notaire Dibs, incarné par l’excellent Eric Idle des Monty Python, elle va tenter de faire exorciser les fantômes par tous les moyens. L’occasion d’entamer toute une série de clins d’œil à la figure des esprits dans l’histoire au cinéma, d’abord à travers le prêtre qui ressort du manoir la tête retournée comme dans L’Exorciste, puis en la présence du docteur Raymond Stantz de SOS Fantômes, qui détourne la principale réplique du film (« Qui c’est qu’on appelle ? Quelqu’un d’autre ! ») pour souligner son incapacité à agir.

D’effroyables faciès présageant l’agonie !
« Allez les mecs : la nuit est à nous ! »

Carrigan fait alors appel au parapsychologue James Harvey, joué par le sympathique Bill Pullman (L’Emprise des Ténèbres, Malice, Wyatt Earp), afin de chasser les fantômes du manoir et d’enfin accéder au trésor. Il y emménage alors avec sa fille Kathleen, interprétée par une Christina Ricci toujours aussi talentueuse depuis son rôle de Mercredi dans le diptyque La Famille Addams. Casper et Kat souffrant tous deux d’une profonde solitude, leur rapprochement va provoquer des situations aussi comiques que touchantes. L’humour est en effet très présent, notamment à travers les gags des oncles de Casper : Teigneux, Bouffi et Crado, ce dernier étant doublé par Gilbert Lévy (la série animée Batman, Dingo et Max). Leurs pitreries font aussi bien référence à la sorcière du Magicien d’Oz (« Je fonnnnnds ! ») qu’à l’arrivée des hélicoptères dans Apocalypse Now, avec « La Chevauchée des Walkyries » de Richard Wagner en musique de fond.

« Kat, si j’étais vivant, tu irais à la fête d’Halloween avec moi ? »
« Je vais te tuer, ta maman et toutes ses copines de bridge ! »

On trouve aussi des situations rocambolesques (la brosse à dent et le rasage automatique dans la machine réveille-matin) et des cris en gros plan chers aux années 90 pour surenchérir sur la peur des fantômes. Avec un acting qui rappelle fortement Robin Williams, Bill Pullman se montre souvent très drôle, son visage laissant notamment apparaître Clint Eastwood, Mel Gibson et le squelette des Contes de la Crypte lors d’une séquence culte. Premier long métrage dont le héros principal est entièrement réalisé en images de synthèse, Casper comporte en outre des effets spéciaux impressionnants, le petit fantôme prenant tour à tour la forme d’un oreiller, d’un œuf sur le plat, d’un accordéon et même de Superman en faisant référence à Terminator avec la célèbre réplique « Viens avec moi si tu veux vivre ! ».

« Et ça ! Je connais ça ! »

Au-delà de sa vocation comique et familiale, Casper excelle dans traitement du relationnel et du lien avec les morts, le docteur Harvey étant un personnage profondément bousculé par le décès de sa femme. Kat n’ayant donc plus de mère, cela fait écho à la situation de Casper, qui a continué de hanter la vie de son père au point que ce dernier invente une machine pour ramener les fantômes à la vie. Voir Casper retrouver ses jouets et recouvrer la mémoire de sa mort provoque une profonde émotion, ces instants mélancoliques étant brillamment valorisés par les compositions de James Horner, connu pour avoir œuvré dans de nombreux films tels Aliens Le Retour, Willow et Richard au Pays des Livres Magiques.

« – C’est un vrai scandale, c’est épouvantable : on paie ce monsieur pour chasser les fantômes de la maison et qu’est-ce qu’il fait ? – Il chasse les fantômes de la maison. – Exactement ! »
« Toi et Kat vous m’avez si bien aimée quand j’étais vivante que je n’ai pas d’œuvre inachevée : je t’en prie, ne fais pas de moi la tienne. »

Le docteur Harvey met efficacement en avant la solitude des fantômes en les considérant comme des êtres à part entière pouvant être tourmentés comme le seraient des êtres humains. Ses retrouvailles avec sa femme sont aussi émouvantes que quand on le voit devenir fantôme à son tour, puis un instant oublier Kat avant de se souvenir d’elle grâce à un signe qu’ils avaient l’habitude d’utiliser. Le rapprochement entre Kat et Casper temporairement redevenu humain est aussi touchant que drôle alors qu’il redevient fantôme avant de faire fuir les élèves avec un simple « Bouh ! » lors du bal d’Halloween. En justifiant la présence de esprits par le principe d’œuvres inachevées qui les empêcheraient de reposer en paix, Brad Silberling laisse une empreinte indélébile pour le tout premier long métrage de sa filmographie.

« Je t’ai dit que j’étais un bon danseur : tu restes avec moi ? »