Titre original : HAMNET
Date de sortie : 21 janvier 2026
Genre : Drame
Durée : 2:05
Réalisatrice : Chloé Zhao
Nationalité : américaine
Acteurs principaux : Paul Mescal, Jessie...
Sortie 16 janvier 2026 sur Netflix
Durée 2h 13min
Titre ooriginal The Rip
Genre Thriller
De Joe Carnahan
Avec Matt Damon, Ben Affleck, Teyana Taylor, Scott Adkins, Steven Yeun,...
Editeur(s) / Développeur(s) Mountain Contour
Sortie France 22 janv. 2026
Genre(s) Stratégie RPG Aventure
Classification +16 ans
Support PS5
Synopsis
Arknights : Endfield est un jeu de rôle avec des...
Titre original : HAMNET
Date de sortie : 21 janvier 2026
Genre : Drame
Durée : 2:05
Réalisatrice : Chloé Zhao
Nationalité : américaine
Acteurs principaux : Paul Mescal, Jessie...
Sortie 16 janvier 2026 sur Netflix
Durée 2h 13min
Titre ooriginal The Rip
Genre Thriller
De Joe Carnahan
Avec Matt Damon, Ben Affleck, Teyana Taylor, Scott Adkins, Steven Yeun,...
Editeur(s) / Développeur(s) Mountain Contour
Sortie France 22 janv. 2026
Genre(s) Stratégie RPG Aventure
Classification +16 ans
Support PS5
Synopsis
Arknights : Endfield est un jeu de rôle avec des...
Lecteur, spectateur et rédacteur.
Je vais encore au cinéma (mais moins qu'avant, c'est vrai), le reste du temps je profite d'une bonne installation pour visionner films et séries de tous genres avec une prédilection pour la SF.
"Mon Dieu, c'est plein d'étoiles !"
Titre original : Wong Fei Hung III : Si wong jaang ba
Date de sortie en salles : 8 novembre 2000 avec Golden Harvest
Réalisation : Tsui Hark
Distribution : Jet Li, Rosamund Kwan & Max Mok
Scénario : Tsui Hark, Chan Tin-suen & Cheung Tan
Photographie : Wai Keung-lau
Musique : Wai Lap Wu
Support : DVD HK Vidéo (2003) en 2,35:1 /105 min
Synopsis :
L’impératrice douairière décide dans le plus grand secret d’instaurer la compétition de la Tête de Lion, qui doit distinguer les plus grandes écoles de kung-fu de Chine. Maître Wong et ses disciples s’inscrivent à la compétition afin de déjouer un complot d’assassinat et de combattre un adversaire arrogant et fourbe.
La saga Il était une fois en Chine a été vue en Occident comme une petite révolution, popularisant enfin un personnage-clef de l’histoire récente chinoise, Huang Fei-Hong (dont le nom a été ensuite ré-orthographié en Wong Fei-hung) décédé en 1925. L’histoire de cet acupuncteur chinois du XIXème siècle, spécialiste des arts martiaux – réputé n’avoir perdu aucun combat de toute sa vie – et révolutionnaire, avait déjà été portée à l’écran depuis les années 1940 et sur plus d’une centaine de films depuis. Un héros extrêmement populaire dont les vidéophiles avaient déjà découvert la virtuosité et la coolitude dans le Combat des maîtres (1976) et surtout le tonitruant Martial Club de Liu Chia-liang en 1981 avec l’irremplaçable Gordon Liu (auquel Tarantino a rendu un vibrant hommage en l’incorporant au casting de Kill Bill).
Le Tournoi du Lion constitue le troisième épisode de la saga née en 1991 avec Tsui Hark (Time & Tide) aux commandes. L’histoire, sans être complexe, s’articule parfaitement autour de notre héros cantonais, professant la tolérance et la non-violence, médecin à ses heures, peu enclin à s’ouvrir au monde occidental mais dont l’esprit (et le cœur) parviendra à l’accepter par le biais de sa « nièce » (aussi appelée Tante Yee, allez savoir !) laquelle a fait des études en Angleterre. Il aime cette jeune femme (interprétée par Rosamund Kwan, actrice connue par les fans pour ses rôles dans des films d’arts martiaux aux côté de Sammo Hung et Jackie Chan) mais son éducation stricte l’empêche de manifester ouvertement ses sentiments, ce qui entraîne quelques-unes des scènes les plus comiques du film (la séquence du « I love you » est très représentative, classique mais réussie) où Jet Li, comédien né à Pékin, se fond à merveille dans la peau de cette icône chinoise.
Après un second volet chorégraphié par Yuen Woo-Ping, on a droit ici à des combats axés sur la voltige et la légèreté, ponctués de bruitages toujours aussi savoureux, un simple coup de poing faisant autant de bruit que la détonation d’un canon, avec une prédilection pour les pieds (et l’introduction de Pied-du-Diable, devenant par la suite Pied-bot, adversaire puis allié de nos héros).
En revanche, on peut regretter l’absence d’un véritable duel, même dans le finale pourtant spectaculaire : Fei-Hung a une telle stature qu’il semble improbable de trouver un combattant de sa trempe. On lui en oppose donc plusieurs fois toute une troupe et on le met dans les situations les plus périlleuses afin d’éprouver son sens de l’équilibre et sa maîtrise du kung-fu. Cependant, il n’apparaît jamais vraiment en mauvaise posture, ce qui ôte un peu au caractère dramatique des combats.
En outre, l’intrigue prend un tour nouveau quand, à la traditionnelle rivalité avec un caïd des écoles d’arts martiaux (une trame qui rappelle le second épisode), s’ajoute un complot politique visant à éliminer un personnage important. Du coup, la promise de Fei-Hung, son père et ses acolytes se voient confier une mission autrement plus importante que le simple fait de rabattre son caquet à l’ignoble et rigolard Tin-Bai.
Bref, un excellent moment malgré la déception relative à l’absence d’un duel titanesque qu’on pensait être indissociable de ce genre de métrages.
La VF en 5.1 propose des voix parfois cocasses, mais finalement plus convaincantes que dans les deux premiers volets de la franchise. Toutefois, on n’aura droit qu’à très peu d’effets surround et les basses sont quasiment absentes. La VO est un peu plus équilibrée.
L’image remasterisée du DVD de l’époque est également plus agréable que sur les deux précédents épisodes et ose enfin les séquences prolongées en pleine journée. L’intrigue se déroulant désormais à Pékin où Fei-hung va à la rencontre de son père à l’occasion d’une fête, on y admire les processions de dragons multicolores du plus bel effet, bien mises en valeur par la photographie de Wai Keung-lau. Cela dit, les couleurs paraissent tout de même un peu fades et quelques plans sont légèrement surexposés. En revanche, on constatera fort peu de défauts en dépit d’un grain présent. Le DVD était vendu dans un coffret comprenant également l’épisode 4, à l’image plus définie mais à l’histoire moins captivante.
Date de sortie en salles : 31 août 2005 avec Buena Vista International
Réalisation : Walter Salles
Distribution : Jennifer Connelly, Tim Roth, Dougray Scott, John C. Reilly & Pete Postlethwaite
Scénario : Rafael Yglesias d’après la nouvelle L’Eau Flottante de Kôji Suzuki & le film Dark Water d’Hideo Nakata
Photographie : Alfonso Beato
Musique : Angelo Badalamenti
Support : DVD Touchstone zone 2 (2006) en 2,39:1 /105 min
Synopsis :
Une jeune femme tente de trouver un équilibre vacillant en cherchant un appartement afin d’y élever sa fille loin d’un ex-mari revanchard. Mais l’immeuble qu’elle déniche recèle des mystères qui se manifestent par des bruits de pas, des chuchotements et surtout l’infiltration persistante d’une eau sombre venue d’en haut…
Dark Water (à ne pas confondre avec Dark Waters, le film de Todd Haynessorti en 2019) est au départ une histoire sombre, axée sur le mal-être et l’angoisse de la perte, mise en scène par Walter Salles, le cinéaste brésilien lauréat de nombreux prix et distinctions pour Carnets de voyage et d’un Oscar du Meilleur Film International en 2024 pour Je suis toujours là.
En 2005, il était invité à porter à l’écran un remake d’un film d’horreur japonais (par Hideo Nakata en 2003) lui-même adapté d’une nouvelle ancrée sur le thème de la maternité – un domaine que Salles avait exploré de fort belle manière dans Central Do Brasil (1998). Son remake américain s’inscrivait dans cette mouvance morbide initiée par Ring du même Hideo Nakata (1998), cependant les cinéphiles européens étaient prêts à critiquer toute tentative de lissage et de formatage hollywoodien habituel. Il est désormais notoire que le Cercle de Gore Verbinski (2002) – version américaine du précédent – s’il gagne en délire visuel, perd beaucoup de cet aspect dérangeant qui était l’apanage des films nippons préférant instiller une impression de malaise davantage que rechercher les effets choc et les séquences horrifiques, quitte à sacrifier le caractère plastique de l’oeuvre. La partie n’était donc pas gagnée d’avance mais Salles avait des atouts non négligeables pour emporter l’adhésion des spectateurs.
Au visionnage, les impressions peuvent être confuses, sûrement à cause des trois premiers quarts du film qui semblent vides et mornes, sans enjeu ni intérêt autre que celui de voir Jennifer Connelly, toujours sublime, tenter de garder le contrôle de sa vie de mère divorcée d’une jeune fille plutôt éveillée pour son âge. Les personnages qu’elle côtoie sont pour la plupart fades et sans épaisseur, malgré la présence du toujours juste PetePostlethwaitedans le rôle d’un gardien d’immeuble pas très disert mais qui suscite interrogation et malaise ; on a connu John C. Reilly et Tim Rothdans des rôles bien plus marquants. Le contexte géographique ne manque pas d’intérêt : l’île Roosevelt, qui jouxte New-York City, constitue une sorte de microcosme imbriqué au climat perpétuellement maussade (tout le contraire de la réalité d’ailleurs, d’où une certaine ironie). Pris séparément, les éléments sont là qui peuvent induire un sentiment d’oppression et de tristesse, propice à l’irruption du fantastique ou du macabre. Mais cela ne fonctionne guère et on a juste l’impression de se débattre dans une intrigue floue qui hésite à se dévoiler.
La fin, sans parvenir à sauver l’ensemble, lui donne tout de même plus d’épaisseur, de sens et de substance dramatique. Ça paraît très laborieux toutefois mais l’histoire a au moins une fin, logique et simple, sans surprise… et somme toute acceptable, d’autant qu’elle colle davantage à la nouvelle originale qu’au film d’horreur japonais.
Pour le reste : amateurs d’angoisse, de morbide, de suspense, de gore ou de frissons, passez votre chemin. Le film de Salles n’instaure aucune ambiance palpable en dehors d’une sorte de morosité terne, baignant dans une luminosité à dominante verdâtre et à la photo recherchée, comme une copie sans âme de l’ambiance originelle. C’est le domaine visuel qui est sans doute le plus réussi, totalement assorti à la vision qu’en avait sans doute le réalisateur : l’eau est présente partout (dans la pluie, l’humidité ambiante, les coulures persistantes au plafond et sur les murs) et instille une sensation tenace de moiteur délétère. Cet élément liquide semble accompagner le développement chaotique du personnage de Dahlia (Jennifer Connelly) dans sa manière de tenter de rebondir face à l’adversité. La bande son et le score de Badalamenti n’apportent cependant rien à l’ensemble. Les spectateurs qui ont la chance d’être parents seront sans doute davantage touchés par la détresse de ce couple mère/fille et, en ce sens, parviendront à vibrer, un peu, sur le dernier quart d’heure. C’est déjà ça.
Malgré son relatif ratage, le film revint quelques années plus tard sur le devant de la scène du fait d’un épisode tragique en 2013 (l’affaire Elisa Lam) dont les circonstances rappellent étrangement celles décrites dans ce film pourtant réalisé huit ans plus tôt…
Date de sortie en salles : 10 mars 1959 avec Cocinor
Réalisation : Sacha Guitry
Distribution : Jean-Pierre Aumont, Jean-Louis Barrault, Claudette Colbert, Sacha Guitry, Jean Marais, Georges Marchal, Micheline Presle, Gérard Philipe, Édith Piaf, Orson Welles, Jacques François, Bourvil & Brigitte Bardot
Scénario : Sacha Guitry
Photographie : Pierre Montazel
Musique : Jean Françaix
Support : Blu-ray UHD 4K Rimini 2025 en 1,37:1 /176 min
Synopsis :
L’histoire du château de Versailles, depuis l’instant où, enfant, le futur roi Louis XIII découvre le site, jusqu’aux années cinquante où le château de Louis XIV est devenu un musée. À l’origine, Louis XIII fit élever un pavillon de chasse dans la forêt de Versailles, que son fils Louis XIV transforma en un château somptueux. Le train de vie faste du monarque et de sa cour éveilla la colère du peuple, qui fit trembler les murs du palais…
À travers les grandes figures qui l’ont habité, Sacha Guitry se réapproprie l’histoire du château de Versailles, lui rendant un formidable hommage.
Les éditions Rimini ont gâté les cinéphiles pour les fêtes de fin d’année, ainsi que les amoureux de l’Art et de l’Histoire, en mettant sur le marché la version entièrement restaurée de ce très grand succès du cinéma français : près de 7 millions d’entrées en 1954 !
Madame de Montespan (Claudette Colbert) et ses admirateurs
Premier métrage en couleurs de Sacha Guitry, son succès fut tel qu’il encouragea son créateur (réalisateur, scénariste et interprète) à poursuivre sur la même voie avec Si Paris m’était conté et Napoléon, des films de commande qui lui permirent de retrouver la faveur du public et d’une partie de la critique – cette dernière n’ayant jamais été très tendre avec lui, son ego, sa manière de se mettre en avant presque systématiquement et de produire à l’écran du théâtre filmé hiératique et pompeux. Des œuvres qui sonnèrent également le glas de son existence puisqu’il nous a quittés en 1957, atteint par un cancer, après une vie tumultueuse dont on retient surtout les cinq mariages et une quantité de pièces de théâtre où son humour caustique et son sens de la réplique ont fait mouche.
Batifolage lors de la soirée « blanc & noir »
L’accueil de ce projet d’ampleur inhabituelle ne fut pas pour autant unanime : on lui reprocha notamment quelques libertés avec l’Histoire, des omissions et des erreurs factuelles. Ceux qui le connaissent et le respectent, dont François Truffaut, très admiratif de son œuvre, savent pourtant que ces dernières ne résultent pas d’une maladresse ou d’une négligence, tant ses recherches se sont montrées pointilleuses : il faut davantage y voir un de ces clins d’œil qu’il avait l’habitude d’adresser au spectateur, brisant le quatrième mur ou utilisant simplement son inimitable voix off pour des commentaires caustiques souvent percutants.
Pour les très nombreux profanes, la simple vue des quelques captures d’écran risque de mal les orienter : Si Versailles m’était conté, bien que vrai film en costumes, ne va pas s’aventurer sur les terrains de chasse d’André Hunebelle (Le Bossu, Le Capitan) ou de Bernard Borderie (Angélique, marquise des Anges). Les similitudes se bornent aux costumes et décors d’époque, avec un ancrage historique, mais on n’est pas devant un de ces films de cape et d’épée qui fleuriront dans la décennie suivante : il s’agit d’une suite de tableaux, assez statiques (nous y reviendrons), présentant des épisodes de l’Histoire de France dont le plus beau château du monde a été le témoin impassible. On est également très loin du Marie-Antoinette de Sofia Coppola.
Louis XV (Jean Marais) & Madame de Pompadour (Micheline Presle)
Cela commence par un banc-titre plein de malice dans lequel les collaborateurs de Guitry sont chaudement remerciés. Puis l’homme apparaît à l’écran et s’assoit devant un bureau, ouvrant un livre imposant portant le titre du film, tout en parlant avec sa voix légèrement grinçante où percent une ironie perpétuelle et une sorte de détachement un peu snob. Les pages nous montrent la distribution, qui s’avère exceptionnelle : même si les grandes heures d’Hollywood ont mis à l’écran des productions constellées de stars, la densité du casting de celle-ci semble très difficile à égaler. Que Sacha Guitry interprète Louis XIV (vieux, le monarque ayant droit d’ailleurs à trois acteurs pour différentes périodes de sa vie), cela tombe sous le sens et colle parfaitement à ce qu’on sait de l’artiste. Mais je vous laisse parcourir la liste (non exhaustive) des comédiens engagés, dont certains étaient à peine connus (il s’agit du premier rôle d’Annie Cordy par exemple, et sans doute l’un des tout premiers de Brigitte Bardot) et d’autres au faîte de leur gloire, quand d’autres encore sont venus par habitude. L’image d’Edith Piaf en sans-culottes chantant une version moderne de Ah, ça ira ! est fort connue, mais on sait moins que Tino Rossi interprète un gondolier (lors d’une de fêtes nautiques au palais), Bourvil un guide de musée un peu nostalgique, Gino Cervi un Cagliostro facétieux, Gérard Philipe un D’Artagnan en colère sans parler d’Orson Welles dans la peau de Benjamin Franklin ! Et on n’en a pas fini… S’il n’y a pas Fernandel, c’est sans doute en raison d’une terrible brouille entre eux à propos d’un film écrit par Guitry mais réalisé par l’acteur comique, qui les a menés devant les tribunaux.
Une fille du peuple en colère (Edith Piaf)
Donc, que l’on ne s’attende pas à des courses poursuites à cheval ou des duels à l’épée : Guitry est un spécialiste du dialogue et il a construit son récit (divisé en deux parties d’environ 1h30) en petits tableaux, parfois très courts, situés sans exception dans le château ou ses dépendances. Film de commande, on vous l’a dit, il a permis de récolter plusieurs dizaines de millions de francs destinés à la restauration de ce chef-d’œuvre d’architecture, de ce creuset artistique où vécurent et travaillèrent ensemble certains des plus grands esprits créatifs de leur époque. Et Guitry, malgré sa gouaille et son franc-parler, se montre profondément respectueux du lieu et de son histoire, lui qui a longtemps œuvré à la défense de la Culture française (arrêté en 1940, il dut son salut à son statut d’artiste, une des nombreuses choses qui lui furent reprochées quant à sa vie pendant l’Occupation).
Très vite, on comprend qu’il va prendre soin du château (le plus beau du monde, on vous le répète, et il prend soin de l’asséner régulièrement) comme des personnages – on le sent plein de complaisance envers Louis XIV, et sa discrétion quant à Napoléon (qui refusa de dormir dans le lit du roi) peut s’expliquer par le fait qu’il avait sans doute déjà le projet d’un film sur lui. Cependant, le procédé ne fait malheureusement guère honneur aux décors : les plans fixes, souvent cadrés sur un groupe dans une salle (assis à un bureau, sur un divan, debout à causer dans un coin) et à hauteur d’homme laissent peu de place aux statues, dorures, toiles, tapisseries et surtout aux jardins qu’on voit finalement très peu. Alors que la restauration en 4K est absolument phénoménale, faisant ressortir comme jamais les soieries (le bleu des robes et des tenues royales est somptueux) et les bijoux, boostant les couleurs, on se rend compte aussi des ravages du temps sur Versailles : les balustrades abîmées, les dallages écaillés ou décollés, les dorures des grilles presque effacées ne rendent pas hommage à la splendeur de ce berceau de notre Histoire.
Louis XIV vieux (Sacha Guitry)
Guitry ne semble guère avoir eu la possibilité pour aller à sa guise où il le souhaitait, on retrouve cette forme de limitation dans les prises de vues qui pèsent sur la réalisation d’un film comme le Dune de Lynch, plombée par des décors en dur dans lesquels les caméras ne pouvaient pas se mouvoir. Certes, on verra la Galerie des Glaces, mais sans la parcourir, uniquement depuis l’un des salons aux extrémités (dont le monumental Salon de la Guerre).
L’autre problème tient justement à la manière de faire de Guitry : les dialogues sont sur-écrits et certains acteurs manquent de naturel devant ces répliques pleines d’esprit et de malice. Le montage n’arrive pas à conférer la fluidité nécessaire aux transitions qui ont recours aux fondus-enchaînés assez laborieux. Heureusement, on aura quelques plongées sur des arrivées à cheval, des entrées et sorties du palais, et des panoramiques élégants dans les scènes ayant davantage de recul (comme celles au Hameau de la Reine).
Louis XIV adulte (Georges Marchal)
En outre, nombre de ces répliques perdent de leur impact si on n’a pas la réf, même si Sacha Guitry essaie souvent de limiter cela en présentant les personnages (« Mais quel est donc votre nom, mon bon monsieur ? ») : les présences de Molière, Racine et Marivaux permettront d’insérer quelques échanges verbaux en vers pleins de charme suranné. Mais on risque d’en apprendre beaucoup sur les affaires des poisons et du Collier de la Reine, qui ont pourri les relations au sein de la Cour pendant des décennies.
Enfin, sachant l’attrait de Guitry pour la gent féminine, et au vu de la distribution, on verra que les actrices sont largement à leur avantage, dotées de tenues aussi éblouissantes que leurs parures : là-aussi, la restauration de l’image fait des merveilles, les blancs sont éclatants et les roses et rouges flamboyants. D’ailleurs, les costumes et les bijoux ressortent davantage que les ors des couloirs du palais, ce qui nuit quelque peu à la mission originelle – mais qui n’a pas empêché un regain d’attirance pour ce fleuron de notre culture. En revanche, côté audio, pas de miracle sur la piste originale (qui était enregistrée en mono), mais on notera une baisse sensible de la propension des voix de l’époque à aller dans les aigus et un rééquilibrage avec la musique. Néanmoins, certaines paroles paraissent parfois étouffées, notamment lors des transitions.
Marie-Antoinette (Lana Marconi)
Le très beau coffret Rimini sorti le 5 décembre 2025 comprend donc la version remastérisée en 4K Ultra HD mais également un blu-ray avec le film et un second contenant plus de deux heures de bonus dont voici le détail :
SUPPLÉMENTS BLU-RAY :
Si Versailles m’était conté… : l’Histoire selon Sacha Guitry, par Noël Herpe, historien du cinéma. (39’15’’)
Anecdotes et souvenirspar Albert Willemetz, président de l’Association des Amis de Sacha Guitry (24’22’’)
À vous aussi Versailles sera conté :archive INA – 1ère diffusion le 29 décembre 1953 (32’04’’)
Et Versailles vous est conté – archive INA – 1ère diffusion le 12 octobre 1953 (32’04’’)
La restauration du film (3’36’’)
Une oeuvre pharaonique qu’il convient d’avoir vu une fois au moins.
Date de sortie en salles : 10 mars 1959 avec Columbia International Films
Réalisation : Richard Quine
Distribution : Kim Novak, James Stewart, Elsa Lanchester & Jack Lemmon
Scénario : Daniel Taradash d’après la pièce de John Van Druten
Photographie : James Wong Howe
Musique : George Duning
Support : DVD Columbia zone 2 en 1,85:1 /98 min
Synopsis :
Gillian Holroyd est une jeune et belle sorcière qui tient un magasin d’art africain, à Greenwich Village, quartier de la bohème new-yorkaise. L’étrange pouvoir qui lui permet de faire et défaire à sa guise les choses de la vie ne l’empêche pas d’être bien seule en cette veille de Noël. Elle sait que le jour où elle tombera amoureuse, son pouvoir magique disparaitra. C’est alors que le séduisant éditeur Shep Henderson, locataire du troisième étage, frappe à sa porte, son téléphone étant malencontreusement tombé en panne…
L’Adorable Voisine fait partie de ces films qui ont bercé de leur féerie particulière les longues soirées d’hiver de notre enfance (il est régulièrement programmé sur les chaînes de télé à l’occasion des fêtes de fin d’année). On y retrouve l’incontournable James Stewart, figure tutélaire d’un certain cinéma américain, élégant, versatile, joyeux mais très professionnel. Il figure ici un éditeur célibataire dans un métrage qui semble se situer à une époque charnière de sa carrière : en effet, il s’agit là sans nul doute d’une de ses dernières comédies puisqu’il enchaînera sur l’éblouissant Vertigo et continuera dans un registre plus dramatique, qui convenait également davantage à son âge. Pour le coup, c’est assez délassant, et un peu déstabilisant, de voir l’Homme qui tua Liberty Valance (John Ford 1962) opter pour des mimiques et des postures typiquement comiques – c’est même un élément assez peu caractéristique de son jeu fondé sur une désinvolture calculée.
Face à lui, sa partenaire du film d’Hitchcock pré-cité : Kim Novak. Le même regard envoûtant, la même beauté marmoréenne que dans Sueurs froides – mais exposés d’une façon radicalement différente. Richard Quine (qui travaillera avec elle pour trois autres productions) joue moins sur l’éclairage que sur un cadrage savant, quoique un peu frivole, et parvient à mettre en valeur la sublime silhouette de l’actrice et ses magnifiques costumes (nommés aux Oscars) sans avoir à jouer sur les contrejours – il sera malgré tout assez aisé à l’œil fripon de deviner que, fidèle à sa réputation d’alors qui avait déstabilisé Alfred Hitchcock (ainsi qu’il le confie dans son long entretien avec François Truffaut), la star ne portait jamais de soutien-gorge…
L’ensemble étant adapté d’une pièce de Broadway à succès du début des années 50, on ne s’étonnera pas de la longueur parfois lassante des dialogues et de la mollesse du rythme. Ça n’en demeure pas moins une charmante comédie très new-yorkaise sur fond de sorcellerie contemporaine, qui se permet de mettre à l’écran l’inoubliable interprète de la Fiancée de Frankenstein dans le rôle d’une tante Queenie un peu à l’Ouest, ainsi qu’un Jack Lemmon encore en devenir, dans un registre clownesque (il devait enchaîner sur Certains l’aiment chaud) qui ne l’a pas vraiment satisfait – quand bien même il ait reçu les meilleures critiques pour sa prestation.
On le voit, un film charnière pour nombre de ses vedettes. On pourra en outre signaler la présence de notre compatriote Philippe Clay en chanteur évanescent dans le club de jazz fréquenté par les sorciers de Manhattan. Les cinéphiles adoreront, en examinant les décors extérieurs, retrouver les lieux ayant servi pour la Quatrième Dimension et surtout pour l’inoubliable Chantons sous la pluie.
Le film vaut surtout pour la gouaille de James Stewart et le charisme ensorcelant de Kim Novak, parfaite en sorcière rêvant de tomber amoureuse d’un mortel, malgré les risques encourus (on est tout de même loin de la dramatique pourtant similaire entre Arwen et Aragorn dans le Seigneur des Anneaux). L’évolution de leur romance n’étonnera personne, suivant des rails parfaitement huilés, ponctuée qu’elle est par quelques sourires rassurants. Les principes inhérents à toute bonne comédie romantique, qui plus est située à l’époque de Noël, viennent très vite se substituer à l’atmosphère onirique et au contexte fantastique dans lequel évoluent les personnages. À signaler que le nom du chat de Gillian apparaît beaucoup plus mystérieux en VF (quelque chose comme « Baal-Moloch ») qu’en VO (« Pyewacket », une référence assez obscure à un chat ayant joué un rôle dans la chasse aux sorcières de Salem). Un gentil film, dont la saveur douce sera rehaussée par l’inimitable aura de Kim Novak.
Le DVD Columbia est malheureusement d’un autre âge, souffrant de beaucoup de grain et d’une colorimétrie vacillante qui ne rend pas hommage au travail du chef opérateur et du directeur artistique. Le son reste correct mais la VO est à privilégier, même si le doublage conserve une certaine élégance, et les amateurs de jazz se régaleront s’ils ont une bonne installation.
Date de première diffusion : 6 novembre 2025 sur Apple+
Création : Vince Gilligan
Distribution : Rhea Seehorn, Karolina Wydra, Carlo-Manuel Vesga & John Cena
Scénario : Vince Gilligan, Vera Blasi, Ariel Levine, Jonny Gomez, Gordon smith, Alison Tatlock & Jenn Carroll
Photographie : Marshall Adams & Paul Donachie
Musique : Dave Porter
Support : Streaming sur Apple + en 1,78:1 /9 épisodes de 60 min
Synopsis :
Carol Sturka est romancière à succès, installée avec sa compagne dans une belle maison au Nouveau-Mexique. Le jour où la population mondiale, suite à la propagation d’un virus extraterrestre, se retrouve dans une forme de communion d’esprit pacifique et heureuse, Carol se braque et se rebiffe, refusant d’en voir les avantages et cherchant désespérément à trouver un moyen pour « sauver le monde »…
Quand l’équipe à la tête de Breaking Badet Better Call Saullance un nouveau projet, le monde des séries TV retient désormais son souffle. Et si Vince Gilligan a choisi de tourner à nouveau avec une bonne partie de son staff, et de placer l’intrigue dans la ville d’Albuquerque, c’est autant par commodité (nombre de ses collaborateurs y résident) que pour être fidèle à sa ligne de conduite – d’aucuns nomment cela une « signature ».
La saison 1 de Pluribus venant de s’achever, nous sommes donc en mesure de pouvoir vous en parler, en tâchant de ne pas trop spoiler, bien entendu. Et ça n’est guère évident. Quand le projet a été lancé, le secret était de mise (d’ailleurs, si vous naviguez sur le site de l’IMDb, vous verrez que le synopsis indique : « L’histoire est gardée secrète. »). Les fans savaient pourtant dès 2022, au lancement du projet, que la nouvelle série lorgnerait vers la science-fiction : X-Filesou la Quatrième Dimension ont même été évoquées. Des titres provisoires se sont multipliés, comprenant de nombreux jeux de mots (le plus drôle étant sans aucun doute « Be Kind, Re-Mind »). Et le secret s’est maintenu sur le plateau puisque l’identité de certains comédiens n’a pas été divulguée à la principale actrice, Rhea Seehorn, laquelle s’est retrouvée dans une production bien différente des précédentes, au sein d’une équipe réduite : beaucoup de figurants (dont le maire d’Albuquerque), un guest mais très peu de partenaires à l’écran.
Et le résultat est pour le moins troublant : un film d’extraterrestres sans extraterrestres, d’invasion sans envahisseurs. Des spectateurs, mal orientés, risquent de se retrouver déboussolés ; les moins patients peuvent laisser tomber car, parfois, il ne se passe pas grand-chose à l’écran – pourtant l’intrigue est suffisamment accrocheuse pour qu’on cherche à y voir plus clair, qu’on espère des révélations, qu’on guette chaque avancée. C’est clairement une série difficile d’accès, non parce qu’elle est compliquée à suivre (l’aspect hard science est volontairement mis de côté, on ne subira guère de techno babble) mais parce qu’elle ne s’appuie pas sur les invariants habituels. Le suspense est là, né avec l’événement déclencheur, mais l’héroïne sort des sentiers battus et son actrice fait tout pour nous la rendre parfois antipathique, souvent agaçante voire pathétique.
Cela commence comme Contact (le très beau film de Zemeckis) et deux préludes nous placent dans une situation connue : la Terre a capté un message venant d’ailleurs, et a fini par le décrypter – ce qui a déclenché un événement qui s’est répandu à la vitesse d’une gigantesque trainée de poudre. La population mondiale s’est retrouvée affectée sur le même mode que les innombrables films d’apocalypses zombies (mais sans effusion de sang ou violence). Tous les êtres humains se retrouvent désormais unis par la pensée dans une communauté planétaire qui ne recherche que le bonheur, la quiétude et la paix : les nécessiteux sont soignés, l’énergie distribuée là où le besoin s’en fait sentir. On se trouve à l’opposé de ce que proposait Garth Ennisdans Crossed, où cette « contamination » faisait ressortir les pires vices des hommes touchés. Ici, chaque individu dispose du savoir, des compétences et des souvenirs des milliards d’autres et ne poursuit qu’un but : le bien-être de tous. La Terre est redevenue un paradis.
Sauf que…
Carol résiste à cette contamination pacifique. Pourquoi ? On ne le sait pas. Dotée d’un sale caractère, elle voit d’un œil farouche le monde entier changer en quelques secondes : autour d’elle, tout n’est que bienveillance et sympathie. Tous les habitants d’Albuquerque se sont transformés en Bisounours souriants, ne désirant que son bonheur. Elle-même, déjà très affectée par un drame personnel, va se murer dans le refus, avant de décider de sauver le monde de lui-même. Certes, la planète ne s’est jamais aussi bien portée, le genre humain connaît une sérénité inédite : plus de guerres, plus de combats, plus de disputes, plus de famine ou de misère – mais Carol n’en a cure, elle s’accroche bec et ongles à son individualisme, ce qui accentue sa méfiance naturelle et sa paranoïa naissante. Chaque offre généreuse, chaque proposition, chaque main tendue des « autres » est perçue par elle comme une agression. Pourtant, le monde entier est prêt à se plier en quatre pour satisfaire ses moindres exigences, mais elle s’obstine à refuser toute aide et se retranche dans sa maison en demandant qu’on la laisse tranquille, fomentant des plans avec l’application d’une romancière aguerrie. Seule face au monde entier, ses chances de succès sont aussi minces que les connaissances dont elle dispose sur le phénomène : il lui faut donc enquêter. Cela tombe bien, « ils » sont tout disposés à répondre à ses questions. C’est alors qu’elle apprend qu’elle n’est pas la seule à « résister » à cette fusion des esprits : une poignée d’autres individus ont conservé leur libre arbitre…
Voici une série qui sort des sentiers battus, écrite avec beaucoup de malice, qui joue avec les codes pour nous embrouiller mais sans cynisme, conservant en permanence une sorte d’ironie douce-amère qui jette un œil assez lucide sur le monde qui nous entoure, et nous pousse systématiquement à nous demander : qu’aurions-nous fait à la place de Carol ? Le monde à portée de mains, rien ni personne pour nous empêcher de faire ce qu’on veut, de prendre ce qu’on veut… Ces possibilités presque infinies qu’on retrouve de temps à autre dans les récits post-apocalyptiques (le Survivant ou Je suis une légende), mais aussi dans une des nouvelles des Chroniques martiennes de Ray Bradbury (les colons ont quitté Mars, un homme est resté et prend du bon temps dans les cités abandonnées, profitant des hôtels, restaurants et cinémas, mangeant ce qu’il désire et dormant où il le souhaite) : sauf que Carol n’en veut pas, de ce luxe inouï. Elle rejette la facilité pour faire acte de résistance, persuadée de trouver un moyen pour que le monde redevienne normal. Mais : est-ce souhaitable ? Trouvera-t-elle des alliés ? Les autres finiront-ils par l’en empêcher ?
Voilà l’un des enjeux de cette série étrange, au rythme singulier, où l’on suivra le quotidien d’une femme acariâtre et opiniâtre, ses tentatives et ses échecs, et de nombreuses situations parfois loufoques engendrées par le nouvel ordre mondial. Une série qui pose des questions sur la gestion du monde mais aussi sur le regard des autres, la relation avec autrui et ce qui fait société : rarement la solitude n’a été montrée avec autant d’acuité.
Surprenant, fascinant et réalisé avec savoir-faire. À découvrir.
Date de sortie en salles : 17 décembre 2025 avec 20th Century Fox
Réalisation : James Cameron
Distribution : Sam Worthington, Zoé Saldaña, Sigourney Weaver, Kate Winslet, Stephen Lang, Oona Chaplin & David Thewlis
Scénario : James Cameron, Rick Jaffa & Amanda Silver
Photographie : Russell Carpenter
Musique : Simon Franglen
Support : IMAX 3D en 1,85:1/197 min
Synopsis :
Souffrant encore de la perte de leur premier né, Jake et Neytiri finissent par prendre la décision de retourner ensemble au camp de base avec leurs enfants, dont Kiri qui ne connaît pas encore sa place dans ce monde et Lo’Ak qui tente de retrouver la confiance de ses parents. Mais ils tombent sur une tribu renégate de Na’Vi menés par la redoutable Varang, tandis que Quaritch met tout en oeuvre pour retrouver Jake et en finir avec lui…
Kiri/Sigourney Weaver
Seize ans après la sortie du premier Avatar, le troisième volet apparaît sur nos écrans. L’attente du public, sans doute moins forte, et sa capacité à être émerveillé moins évidente, ont poussé les producteurs à être prêts à s’en tenir à cet épisode si le succès n’était pas au rendez-vous. Raison pour laquelle, contrairement à la Voie de l’Eau, les principales intrigues sont destinées à être bouclées, le cheminement de chacun des protagonistes atteignant un point nodal. Ainsi, quoique conçue comme une pentalogie à l’origine, la saga Avatar est censée trouver une première conclusion : une approche pertinente, qui colle avec les habitudes du public nourri aux grandes trilogies (quand bien même nombre d’entre elles, succès aidant, se soient vues prolongées ultérieurement de quelques épisodes généralement moins intéressants).
Nous tenons donc là l’équivalent d’un Retour du Jedi, ou d’un Retour du Roi : un film construit comme une apothéose et un achèvement. Inutile de s’attarder sur le rendu visuel : si vous avez la chance de le visionner en IMAX 3D, vous serez ébloui de la première à la dernière seconde. Une profondeur de champ ahurissante, des détails foisonnants, une gestion de la lumière magistrale mettant en valeur ces décors somptueux : Cameron sait qu’il n’a plus besoin d’en passer par des effets de surgissement qui faisaient la joie des plus jeunes dans les premiers films en 3D, il préfère multiplier les angles de caméra et jouer avec les différents plans, avec des cadrages millimétrés et une recherche constante du rendu le plus spectaculaire qui soit, tout en soignant l’intelligible. On passe très vite de la stupeur admirative devant ces visions de carte postale à la frénésie d’un montage habile destiné à révéler un maximum de séquences enlevées lors des combats et des péripéties : plus de trois heures et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
L’expérience IMAX ne s’arrête pas là : le son bénéficie également d’un traitement ad hoc qui rendra les dialogues encore plus compréhensibles tout en renforçant les basses. La profondeur de la voix du patriarche des tulkuns (ces espèces de cétacés pacifiques qui se font chasser pour que les humains puissent récupérer une substance tirée de leur cerveau) résonnera à travers votre squelette et vous scotchera au siège aussi bien que l’explosion d’un volcan ou d’un vaisseau. Pour le coup, on risque de trouver que la musique soit un brin en retrait (d’autant que ce n’est plus James Horner) mais rien de gênant, les violons seront bien là pour accompagner les séquences les plus émotionnellement chargées (ce volet est de loin le plus émouvant des trois).
Cela dit, contrairement à ce qui se dit ici ou là depuis la sortie du premier film, le scénario bien que facile à comprendre n’est pas si simpliste que cela : James Cameron a voulu montrer des personnages qui souffrent, se trompent, échouent et prennent les mauvaises décisions, font les mauvais choix – mais qui essaient cependant. Tour à tour, Jake, Neytiri et leur fils montreront des aspects peu reluisants, on les aimera et les détestera au gré de leurs accès de colère ou de leurs actes hasardeux, mais toujours on les respectera pour leur résilience, leur force de caractère et surtout leur détermination à avancer, à assumer leur destin et affronter un ennemi en apparence invincible.
Jake/Sam Worthington
Jake, par exemple, doit faire face à plusieurs problèmes peu compatibles entre eux. D’une part, il est un humain dans un corps de Na’Vi : bien qu’il ait totalement embrassé leur philosophie de vie et leurs principes, il ne peut effacer d’un seul coup tous ceux d’une civilisation, si critiquable soit-elle, dans laquelle il est né et a grandi. Dans le second volet, il se sert de son passé comme d’une force, une source de connaissances qui lui permet d’anticiper sur les actes des sky people (« les gens du ciel »), que Neytiri n’hésite plus à traiter de « peaux roses ». Mais il finit par s’apercevoir que, à la moindre occasion, à chacun de ses échecs, ce passé risque de peser dans la manière qu’ont les gens de le voir. À moins qu’il accepte de redevenir celui qu’il a été, lors de la première grande révolte : Toruk Makto, le Cavalier de la Dernière Ombre qui seul pourra unifier les clans à nouveau.
Neytiri/Zoé Saldaña
Neytiri, elle, suit un parcours relativement similaire mais tout aussi ponctué de choix drastiques : son peuple a été exterminé, son lieu de vie réduit en cendres et si elle a fui, c’est parce qu’elle croyait dans le plan de son époux. Sauf que, on l’a vu dans la Voie de l’Eau, fuir n’était pas une solution, ils n’ont fait que déplacer le problème, et impliqué une autre population qui, risque, elle aussi – et à cause d’eux – l’anéantissement. D’ailleurs, déjà dans ce film, on la voyait regarder différemment Spider au moment de défendre sa famille : après tout, il n’est qu’une pièce rapportée, un enfant humain avec lequel jouent Kiri et ses enfants. Dans ses yeux à elle, on l’a vu, Spider n’est pas l’un des siens. Elle l’a accepté, mais lorsqu’il faudra effectuer un choix entre sa famille et lui, on sait déjà qu’elle n’hésitera pas à le sacrifier. Ainsi, on la sent à la fois plus critique envers Jake dans ce volet et plus lucide : le temps du compromis n’est plus, car elle a déjà perdu un enfant, et elle n’acceptera pas d’en perdre un autre. La farouche guerrière devenue mère éplorée ne nécessitera qu’un drame de plus pour que la vengeance l’anime à nouveau (et ce ne seront pas les drames qui manqueront).
Lo’Ak/Britain Dalton
Reste Lo’Ak. Il a du mal à accepter l’attitude de son père et pense qu’on lui reproche encore la mort de son grand-frère. Pourtant, tout ce qu’il a fait, c’était animé des meilleures intentions. Mais il est jeune, il ne parvient pas encore à assimiler la portée de chacun de ses actes, et toutes les fois où son père lui ordonne de rester à terre, afin de veiller sur les petits (Kiri et Tuk), il le prend pour une punition. Lui qui désire montrer sa bravoure et ses compétences a l’impression de se faire rabrouer – et voilà que son frère de coeur, le tulkun renégat, est mis au ban de la société de ses congénères, condamné à l’exil. C’en est trop pour ce garçon qui ne comprend plus les adultes – et l’on devine que les actions qui s’ensuivront auront des conséquences désastreuses.
Quaritch/Stephen Lang
On n’oubliera pas Quaritch. Utilisant son avatar comme un simple uniforme afin de se fondre dans l’environnement de Pandora, finira-t-il par la voir autrement que comme le terrain de jeux (et de chasse) de ses compatriotes avides ? Sa relation avec Spider semble avoir éveillé en lui un semblant de fibre paternelle et l’on se prend à penser qu’il évoluera, envers et contre tout – mais dans quel sens ? Sa haine sincère envers Jake Sully et Neytiri (qui a mis fin à sa vie d’humain) s’effacera-t-elle ? Ce serait trop aisé de le penser, même si on le souhaite tous. Rassurez-vous, James Cameron et son équipe de scénaristes lui ont construit une trajectoire beaucoup moins rectiligne et évidente que prévu, et lui glisseront dans la bouche quelques-unes des répliques les plus savoureuses de la saga.
Quaritch, c’est un peu l’électron libre dans cette équation, le Marine obtus pour qui la fin justifie les moyens mais qui s’avère étrangement plus perspicace et ouvert d’esprit que sa supérieure la générale, Selfridge (Giovanni Ribisi, peut-être encore plus détestable que dans le premier film) ou Scoresby le chef d’équipage de chasse au tulkuns. De l’autre côté, on trouvera chez le biologiste de l’équipage les mêmes inquiétudes et la même empathie issue d’une admiration profonde envers la richesse de l’écosystème qu’ils s’apprêtent à dévaster que les scientifiques du premier film. On est très loin de leurs homologues totalement idiots d’Alien : Prometheus ou Covenant…
Toutefois, le film ne se réduit pas qu’à la résolution des décisions de ces personnages : l’univers s’agrandit encore, et avec lui sa palette de protagonistes. Impossible de ne pas être séduits par les Négociants qui naviguent sur les vents (et procurent ainsi certaines des plus belles images de la saga), mais les Mangkwan vont vite accaparer notre attention. Car Cameron a voulu montrer que tous les Na’vi ne sont pas des partisans d’Eywa : certains choisissent, pour des raisons que vous découvrirez, une voie plus radicale, plus destructrice et meurtrière. Et à leur tête, animée par une rage inextinguible, Varang est prête à tout afin d’imposer sa vision : raids, pillages et sacrifices. Voici donc une troisième force entrant dans la balance et qui risque fort d’altérer le cours des événements.
Varang/Oona Chaplin
On ne reviendra pas non plus sur les interprétations respectives des personnages-clefs (on sera assurément bluffés par la performance de Sigourney Weaver dans la peau d’une toute jeune Na’Vi mutante, et Zoé Saldañaconfirme qu’elle est née pour incarner Neytiri) néanmoins il faut absolument souligner la performance d’Oona Chaplin, dont la gestuelle et la démarche élaborent les contours d’un individu tellement plus intéressant que ce qui en était révélé sur le papier. Son interprétation de la troublante Varang, toute en beauté vénéneuse et en exquise cruauté, hisse chacune des séquences auxquelles elle participe à un niveau supérieur.Alors, on tient un film parfait ? Non, bien entendu, et on en est assez loin. C’est vrai qu’on ne peut que saluer le fait que les héros de cette histoire, au lieu d’attendre patiemment, agissent et prennent des décisions (ce qui les rend plus intéressants que nombre d’élus qui tergiversent avant de finalement embrasser leur destin). Sur l’acceptation de soi, celle d’autrui, sur le sens du devoir et celui de la famille (sans parler de la notion de nation et la préservation de l’écosystème), ce film va très loin, pas toujours très finement, avec une tendance déjà perceptible dans les précédents épisodes à sur-souligner les propos, mais toujours sincèrement. Les « gentils » s’y montrent faillibles et parfois détestables, les antagonistes nettement moins monolithiques (en dehors de connards de base qui auront le sort qu’ils méritent – sur Pandora aussi, le karma peut avoir le dernier mot). D’autre part, certains regretteront une vocation à se répéter, nombre de scènes semblant faire écho à de précédentes (mêmes enjeux, mêmes lieux) : ce troisième opus s’inscrit totalement dans une continuité qui lui fait récupérer les éléments épars des deux premiers afin de tisser une trame solide à partir de laquelle les exégèses seront possibles. C’est l’épisode qui ressemble le plus à un épisode – ce qui engendre peut-être une forme de lassitude et un peu moins d’émerveillement par manque de nouveauté. Enfin, tous les protagonistes ne sont pas forcément logés à la même enseigne, certains sont inévitablement mis en avant, cependant on admirera le remarquable équilibre entre les sous-intrigues. Et puis la musique souffre d’un manque de nouveaux thèmes marquants, n’étant là que pour illustrer du mieux qu’elle peut en s’appuyant sur les partitions de James Horner.
Cela constitue malgré ces petits reproches une expérience qu’il faut absolument vivre en salles, dans les meilleures conditions que peut vous procurer votre complexe habituel : James Cameron est probablement le seul actuellement à proposer ce genre de cinéma total, riche en émotions et en merveilleux, grâce auquel on vibre et on voyage hors du temps et de l’espace. On ne sait pas ce que donneront les suites, mais ce qui est actuellement sur les écrans est proprement époustouflant.
Titre original : the Lord of the Rings : the Fellowship of the Ring
Date de sortie en salles : 19 décembre 2001 avec Metropolitan Filmexport
Date de sortie en vidéo : 7 août 2002 avec Metropolitan Video
Réalisation : Peter Jackson
Distribution : Elijah Wood, Ian McKellen, Viggo Mortensen, Liv Tyler, Sean Astin, Sean Bean, Christopher Lee, John Rhys Davies, Orlando Bloom, Hugo Weaving, Dominic Monaghan, Billy Boyd, Cate Blanchett & Ian Holm
Scénario : Philippa Boyens & Fran Walsh d’après l’oeuvre de J.R.R. Tolkien
Photographie : Andrew Lesnie
Musique : Howard Shore
Support : Blu-ray UHD 4K Warner en 2,39:1/228 min (version longue)
Synopsis :
Afin de détruire un anneau magique qui permettrait au Seigneur des Ténèbres de revenir sur la Terre du Milieu, une communauté d’hommes, de Nains, d’Elfes et de Hobbits menés par un Magicien entreprend un périlleux voyage jusqu’à la Montagne du Destin…
Arrivée de Gandalf à Hobbittebourg
Rédiger un résumé pour ce film apparaît presque superflu tant il est inscrit dans la culture collective. Dans un premier temps, le roman de Tolkien était fortement ancré dans les traditions anglo-saxonnes, inscrit depuis longtemps dans les cursus d’apprentissage. Son adaptation par Peter Jackson (King Kong), par son ampleur, sa maestria, ses parti-pris et sa vision, en a fait un jalon incontournable pour le monde entier.
Frodon à Fondcombe
Comme pour d’autres chefs-d’oeuvre du cinéma, ce n’était pas gagné d’avance. De précédentes tentatives avaient soit avorté, soit fini dans l’oubli : trop grand, trop vaste, trop imposant. Mais tout a sans doute été dit sur la réussite du projet d’une ambition folle dans lequel Jackson a choisi de mettre tous ses oeufs dans le même panier cinématographique sans sacrifier pour autant la portée philosophique, les enjeux et la dramaturgie inhérentes à l’oeuvre littéraire proprement dite. Ainsi, il choisit délibérément de rattacher la narration des événements du Seigneur des Anneaux au lore tolkiennesque en insérant des références pertinentes d’une part à Bilbo le Hobbit, d’autre part à certains récits moins connus – une manière de reproduire dynamiquement (par le biais de personnages dans leurs dialogues directs ou par la voix off de Cate Blanchett/Galadriel) l’énorme masse de notes et annexes qui enrichissaient, tout en l’alourdissant considérablement, la lecture des romans de base.
Galadriel
De ce fait, le script se tient, malgré les coupes inévitables imposées par le format : la version cinéma était déjà majestueuse, la version longue, elle, (qui n’est pas, rappelons-le, une director’s cut) se pare des atours d’une fresque épique, lorgnant vers les chansons de geste et les sagas mythologiques. Le temp de cette dernière apparaît idéal avec davantage de place laissée aux pauses des personnages embarqués dans cette quête impossible, ce qui permet de les appréhender plus aisément et de tisser ce lien indéfectible entre le spectateur et les héros.
la Communauté de l’Anneau
D’autant que le casting s’avère absolument génial, avec des trouvailles remarquables (Orlando Bloom et Viggo Mortensen incarnent leurs rôles respectifs avec une rare évidence, quant à Ian McKellen & Christopher Lee, leur aura est telle qu’il semble que le leur ait été écrit pour eux). Autour de leurs performances irréprochables (observez les atermoiements de Sean Bean face à l’Anneau, son visage qui s’auréole d’une incroyable palette d’émotions contradictoires), la partition d’Howard Shore touche au sublime : la mélancolie profonde du thème de l’Anneau répond aux tons guillerets de celui de la Comté ou aux envolées cristallines de l’hymne à Rivendell/Fondcombe avant de sombrer dans le tragique opératique lors du passage de la Moria (écoutez tout le morceau du Pont de Khazad-Dûm qui enfile ses thèmes avec une maîtrise imparable).
Gandalf face au Balrog
Toutefois, le plus fort tient surtout à l’investissement de Peter Jackson, et à la manière dont son talent et la technologie sont mis au service du récit : certes, on s’ébaubit souvent devant les paysages naturels (impossible de faire mieux comme carte postale pour la Nouvelle-Zélande) ou les redoutables créations des studios Weta, mais il faudra plusieurs visionnages avant de s’émerveiller devant ce montage dantesque, la diversité inouïe des angles de prises de vue et le degré de maîtrise artistique et technique (ah, ce travelling compensé lorsque Frodon sent pour la première fois la présence d’un Nazgûl ! Mais que dire de la virtuosité de la caméra lors de bataille de l’Amon-Hen, qui survole les combats entre Uruk-Hais et les derniers membres de la Communauté tout en les cadrant au travers des frondaisons !).
Les Uruk-Hais lors de la bataille de l’Amon-Hen
Plus de deux heures en version cinéma, près du double en version longue – et pas une minute de trop tant l’ensemble est cohérent et, surtout, donne du plaisir au spectateur qui appréciera d’autant plus les respirations entre les drames qu’elles sont réalisées avec infiniment de tendresse pour les protagonistes et autant de respect pour le matériau initial. C’est vrai qu’il y a des aménagements (beaucoup continuent encore de plaider pour le retour de Tom Bombadil alors que l’histoire se déroule très bien sans lui) mais aucune réelle trahison : une adaptation magistrale et le premier volet d’une saga incomparable.
Date de sortie en salles : 27 décembre 2006 avec Universal Pictures
Date de sortie en vidéo : 27 juin 2007 avec Universal Video
Réalisation : Nancy Meyers
Distribution : Kate Winslet, Cameron Diaz, Jack Black, Jude Law, Eli Wallach & Rufus Sewell
Scénario : Nancy Meyers
Photographie : Dean Cundey
Musique : Hans Zimmer
Support : Blu-ray Universal 2012 en 1,85 :1 /136 min
Synopsis :
Deux femmes de chaque côté de l’Atlantique, profondément perturbées par leurs problèmes de cœur, choisissent de prendre leurs distances et s’échangent leurs maisons respectives à l’occasion des fêtes de Noël, sans se douter que, à des milliers de kilomètres de chez elles, elles trouveront enfin l’âme sœur…
Pour tout amateur de cinéma, la saison des fêtes se transforme en prétexte pour lancer un énième challenge, ou marathon : celui des films de Noël, ces comédies romantiques fortement imprégnées des ressorts dramatiques des contes de fées qui voient deux êtres finir par se rencontrer malgré toutes les péripéties qui se mettent en travers de leur chemin. L’improbable prend le pas sur le rationnel dans ces métrages cheezy, corny au possible, auxquels, pour peu qu’on ait un peu de vague à l’âme, on passe tout à condition que ça se termine bien. Évidemment, on le sait bien que le Premier Ministre ne tombera jamais amoureux de sa secrétaire ou que ce veuf n’aura jamais la chance de se consoler dans les bras de Claudia Schiffer (vous voyez où je veux en venir ?), mais pour peu que les interprètes aient du charme, que l’histoire soit rondement menée et soutenue par de jolies mélodies, on fait semblant d’y croire afin de profiter du flot d’émotions qui se déverse lors de l’inévitable fin heureuse.
Image tirée de la fin de Love, actually
C’est ainsi. Le jeu en vaut la chandelle et on accepte de le jouer suivant les règles – sinon à quoi bon glisser le disque dans le lecteur ou l’acheter en VOD si c’est pour pester continuellement sur l’impossibilité des faits ? Intrinsèquement, ce genre de films repose sur une part de magie, liée intimement à la période : à Noël, tout est possible, les coeurs les plus meurtris peuvent être réparés, les âmes les plus solitaires trouver leur partenaire, les existences les plus tragiques s’orienter vers des lendemains radieux…
Parfois, évidemment, la ficelle est trop grosse, les rebondissements trop prévisibles, l’intrigue trop tarabiscotée pour qu’on y adhère. Parfois il s’agit simplement d’un problème de casting, ou une réalisation trop maladroite : le spectateur friand de ces comédies romantiques d’un genre particulier n’est pas si aisé à manipuler, tout de même, il a besoin de garanties.
Et, sur le papier, the Holiday a tout ce qui est nécessaire pour accrocher le chaland : la réalisatrice de Ce que veulent les femmes est une spécialiste de ces histoires collégiales pleines de tendresse (du Père de la Mariée à Tout peut arriver, en passant par le Nouveau Stagiaire) et elle arrive à la tête d’une distribution terriblement glamour, à laquelle s’ajoute un nom devenu culte pour tous les amateurs de bandes originales. En effet, c’est Hans Zimmer qui signe le score, et prouve ainsi qu’il est aussi un très bon mélodiste : sa partition a été passablement saluée dans les festivals en 2006, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle se montre diablement efficace pour faire bouillonner les hormones. Cependant, le résultat n’est pas toujours à la hauteur des attentes.
Mais continuons un peu. Voici Amanda, productrice de bandes-annonces : self-made-woman, elle vit dans une maison de rêve sur Sunset Boulevard et travaille sept jours sur sept, ne laissant que peu de place à son couple. Quand elle apprend que son mec s’est tapée une jeune stagiaire, c’est la goutte de trop dans un vase plein depuis bien longtemps, et surtout l’analyse lucide d’une situation désespérée. Elle a besoin de souffler, pour une fois, et ce joli cottage trop mignon dans le Surrey serait parfait pour faire une pause loin de Los Angeles et des hommes.
Justement, il se trouve que la propriétaire de ce cottage-trop-mignon n’est autre qu’Iris, correctrice pour un grand journal, qui ne parvient pas à se sortir d’une relation toxique avec un homme qu’elle aime éperdument mais qui la laisse régulièrement tomber. Et il se trouve qu’il vient juste d’annoncer ses fiançailles ! C’en est trop, elle a besoin de souffler (elle aussi) et la proposition d’Amanda lui permettra de vivre un rêve éveillé.
Comme Iris est une femme de coeur, une fois qu’elle a profité du confort hors normes de sa maison de vacances, elle remarque le petit vieux avec son déambulateur qui réside non loin : un grand scénariste à la retraite, qui vit mal sa solitude. Elle entreprend donc de lui redonner le goût de vivre en lui rendant régulièrement visite, bien aidée par Miles, un compositeur de musique de films dont la relation avec une jeune actrice semble vouée à l’échec.
En Angleterre, Amanda est loin de vivre le même rêve éveillé : certes, le cottage-trop-mignon est cosy à souhait, mais elle n’y trouve pas son compte (bouffer des cochonneries au coin du feu en ingurgitant des litres d’alcool ne comble étrangement pas son insatisfaction) et s’apprête ainsi à écourter son séjour lorsqu’un imprévu sonne à sa porte. L’imprévu, c’est Graham, le frère d’Iris, qui vient de se biturer au pub local et cherche juste un lit pour cuver. Vu qu’il est encore plus mignon que le cottage, Amanda se dit que, finalement, le séjour pourrait se prolonger un peu plus…
Vous l’aurez deviné, tout est cousu de (gros) fil blanc mais tout ce qu’on veut, c’est que ces femmes malheureuses reprennent leur vie en mains avec un partenaire digne d’elles. Avec les violons, les mouchoirs et tout le tralala habituel, car sur ce plan-là, comme on l’a dit plus haut, on n’est pas trop regardant. Surtout pour Iris : la romance qui se devine avec Miles (Jack Black, attendrissant) est tellement évidente qu’on pourrait rouler de gros yeux, mais Kate Winslet apporte tant de fraîcheur et de sincérité dans ce rôle qu’on acceptera tout pour qu’elle puisse panser ses plaies. Et puis, la scène du vidéoclub où Miles lui propose une sélection de films en insistant sur la musique (bien entendu, il fallait glisser une référence à Zimmer et c’est avec l’inoubliable B.O. de Miss Daisy & son chauffeur) emporte tous les suffrages – le cameo non prévu dans le script étant la cerise sur le gâteau. D’ailleurs, tout le segment sur Arthur (le vieux scénariste, interprété par un touchant Eli Wallach) est un vibrant et constant hommage au Hollywood de la grande époque. Les cinéphiles s’amuseront sans doute aussi des quelques guests qui parsèment le métrage et de capter l’un des premiers rôles au cinéma de John Krasinski.
C’est plus délicat avec la partie anglaise. Cameron Diaz/Amanda est certes toute mimi, mais ses gesticulations et ses mimiques permanentes finissent par agacer, au point qu’on ait du mal à prendre son parti. Cela dit, Jude Law/Graham inonde l’écran de son charme incontestable (même avec des lunettes !) et le petit secret qu’il cache est plutôt bien amené ; la neige et les paysages de carte postale finissent alors d’emporter l’adhésion. La réalisation ne brille pas par son inventivité mais sait mettre les comédiens en valeur et quelques inserts humoristiques donnent une petite idée du potentiel d’un métrage trop sage qui réussit par moments à se moquer de son propre conformisme.
Une petite friandise sucrée, parfois piquante, qui remplit parfaitement son office et a conquis le coeur de millions de spectateurs (Kate Winslet racontait d’ailleurs dans une interview que les gens qui l’abordaient lui parlaient plus souvent de the Holiday que de Titanic).
Date de sortie en salles : 3 février 1999 avec Metropolitan Filmexport
Date de sortie en vidéo : 1er février 2000 avec Universal
Réalisation : Vincent Gallo
Distribution : Vincent Gallo, Christina Ricci, Ben Gazzara, Anjelica Huston, Rosanna Arquette, Mickey Rourke & Jan-Michael Vincent
Scénario : Vincent Gallo & Alison Bagnall
Photographie : Lance Acord
Musique : Vincent Gallo
Support : DVD Seven 7 zone 2 en 1,85 :1 /105 min
Synopsis :
Billy Brown sort de prison. Il semble perdu, seul. Il a froid. Il croise alors la route de Layla qu’il va forcer à l’aider à convaincre ses parents qu’il n’a aucun problème (en lui demandant de se faire passer pour sa femme). Mais il a un objectif précis dont ni elle, ni son meilleur ami Goon ne parviendront à le dissuader de poursuivre : se venger de l’homme à cause duquel il a dû accepter de se faire inculper.
Vincent Gallo est Billy Brown. Ses cheveux longs et gras, sa figure aux traits creusés, aux joues mal rasées, ses yeux bleu clair plongés dans une sombre mélancolie, son allure de pantin désarticulé sont à l’image de son cinéma : percutant, empli de fulgurances et d’authenticité, mais dissimulant une réelle tendresse. Il dépeint de façon poignante le quotidien morne d’individus en déliquescence permanente, dont les sentiments s’éteignent au rythme d’une vie terne.
Au travers d’une mise en scène jamais ostentatoire et pourtant diablement maîtrisée, de séquences qui s’enchaînent parfaitement, d’une recherche visuelle perpétuelle, les instants fugaces où surgit l’émotion brute succèdent aux dialogues répétitifs et nauséeux, dans des images au grain très prononcé et aux couleurs oscillant entre le gris et le vert.
Si Mickey Rourkefait plus figure de caméo qu’autre chose, on peut souligner la performance de Ben Gazzaraen père qui n’a d’yeux que pour sa (fausse) belle-fille – en faveur de laquelle il nous fait un numéro de music-hall saisissant – incapable de s’adresser à Billy autrement que par des reproches acerbes. Anjelica Hustonest une mère complètement à la masse qui ne parvient à se passionner que pour les matches des Buffalo Bills. La surprise du chef vient de l’apparition de Jan-Michael Vincent au physique encore plus détruit que le Rourke.
Et il y a Christina Ricci, dont le personnage ne cache pas son attirance étrange pour Billy. Trois ans après Casper, elle a gardé ce visage poupin et cette moue enfantine qui disparaîtront quelque peu lors de Sleepy Hollow (1999) et dégage ainsi ce mélange freudien d’animalité et de fragilité, comme une aura de grâce qui permettrait à son pseudo-mari de ne pas céder totalement à ses démons. Un ange, peut-être, aux lèvres boudeuses n’attendant qu’un peu d’amour à dispenser… Savoir qu’elle a très mal vécu ce tournage (pour lequel elle a néanmoins été saluée à Sundance et récompensée dans plusieurs festivals dont Seattle) lui faisant jurer de ne plus jamais travailler avec Gallo jette un peu d’amertume sur sa performance remarquable – ce réalisateur touche-à-tout (qui signe en outre le scénario et la musique du film) est malheureusement connu pour ses accès de colère insupportables ainsi que pour des prises de position très discutables.
L’histoire du film s’étend sur une vingtaine d’heures, sur 1h45 de métrage (en DVD zone 2, donc 110 min au cinéma ou en blu-ray) : l’occasion d’assister malgré tout à une succession de moments très forts où, sous la grisaille d’une vie monotone, point l’espoir…
Date de sortie en salles : 13 janvier 2016 avec UGC
Date de sortie en vidéo : 22 avril 2016 avec TF1 vidéo
Réalisation : Todd Haynes
Distribution : Cate Blanchett, Rooney Mara & Sarah Paulson
Scénario : Phyllis Nagy d’après le roman the Prince of Salt de Patricia Highsmith
Photographie : Ed Lachman
Musique : Carter Burwell
Support : Blu-ray Bubbelpop 2025 UHD 4K en 1,85 :1 /118 min
À l’occasion du dixième anniversaire de la sortie française de Carol, ce film multi-primé qui est devenu l’un des étendards de la mouvance LGBTQ, les éditions Bubbelpop avaient à cœur de produire un objet de collection, aussi précieux que riche en contenu, à la hauteur de ce que représente pour beaucoup ce métrage d’une élégance indiscutable.
C’est chose faite avec ce coffret collector 4K sorti le 2 décembre 2025, présenté dans un nouveau fourreau et proposant, outre le disque UHD bénéficiant de la première remastérisation du film, deux blu-rays supplémentaires, l’un disposant des bonus d’époque, l’autre de nouveaux éléments conçus expressément pour cette sortie :
Carol par Stephen Woolley – 23min30
Carol par Elizabeth Karlsen – 21min
Carol par Christine Vachon – 7min30
Carol par Sandy Powell – 20min30
Carol par Morag Ross – 20min45
Le financement – 9min36
Le roman – 6min40
Le commencement – 13min52
La rencontre d’Elizabeth et Christine – 2min30
Happy Birthday – 3min36
Making of – 17min
Interview de Todd Haynes – 45min
Interview de Cate Blanchett – 14min
Interview de Rooney Mara – 8min
Interview du chef opérateur Edward Lachman – 7min
Interview de la productrice Christine Vachon – 6min
Le tout complété par 1 superbe livret de cent pages contenant des interviews exclusives ainsi que des goodies (cartes postales et une affiche). La FNAC mettra en vente une édition encore plus exclusive dans un magnifique étui rouge débordant de présents :
Édition limitée FNAC
À présent, parlons du film en lui-même, car même s’il a rencontré le succès (la standing ovation de dix minutes à Cannes et le prix d’interprétation pour Rooney Mara ayant aidé), nombreux sont ceux qui ne l’ont pas encore vu. On aura vite compris (les visuels sont probants) qu’il évoque une romance entre deux femmes, mais allons-y voir d’un peu plus près.
On est à New-York, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale : l’Amérique panse ses plaies et s’apprête à fêter Noël. Carol, bourgeoise fortunée en instance de divorce, fréquente les rayons pour enfants d’un grand magasin (un succédané de Bloomingdale’s pour ceux qui connaissent). Son regard accroche celui de Thérèse, jeune femme rêvant de devenir photographe mais forcée de travailler comme vendeuse, car il faut bien vivre, n’est-ce pas ? Celle-ci recommande un jouet pour la fille de Carol qui la remercie pour le conseil et repart en oubliant ses gants. Thérèse les lui enverra par la poste avec un petit mot gentil… et c’est le début d’une relation qui va devenir de plus en plus évidente pour elles deux, de plus en plus passionnée malgré le regard des autres, la pression sociétale et les menaces d’un mari qui exige de sa femme qu’elle soit à ses côtés pour les fêtes, en famille, auprès de leur fille.
Todd Haynes a choisi très vite de filmer en Super 16 afin de coller au contexte du roman initial, une histoire autobiographique que Patricia Highsmith a dû publier sous un nom d’emprunt (sous le titre the Prince of Salt) et qui a mis du temps avant de trouver une adaptation digne de ce nom – et l’on s’aperçoit très vite que toute la mécanique tourne autour du visage de ces deux femmes que tout oppose. Phyllis Nagy, la scénariste, en témoigne ainsi dans son interview avec Rania Griffete :
Le film est d’une précision extrême et exige que chaque scène le soit aussi.
Bien aidé par son chef opérateur Ed Lachman, Haynes privilégie les plans rapprochés, les gros voire très gros plans où sa caméra effleure les courbes des visages, capte l’étincelle dans les regards, le plissement des commissures, les prémisses d’un sourire ou l’évocation des prochaines larmes. C’est filmé avec une sensibilité remarquable, sans heurt ni à-coups, sans rechercher le choc ou la sensation – et pourtant certaines scènes nous font mal, nous séduisent ou nous entraînent dans le tourbillon d’un désir qui refuse de s’avouer. Revoir le film en Ultra HD est révélateur du magnifique travail sur la photo, ces figures qui apparaissent derrière les vitres sur lesquelles ruisselle la pluie ou sur les photographies que la jolie Thérèse révèle dans son petit laboratoire.
La partition mélancolique tout en nuances de Carter Burwell s’accorde à merveille avec les émotions qui jouent à cache-cache, accompagnant chaque flocon de neige comme chaque larme, chaque pas précautionneux dans cet avenir incertain que ces deux femmes désirent contre l’avis des autres.
Mais on aura beau saluer le fantastique travail de mise en scène, la majeure partie de l’éclat du film provient de la performance des deux comédiennes. Cate Blanchett interprète le rôle-titre (pourtant elle apparaît moins souvent à l’écran que sa partenaire) : digne, terriblement élégante dans ses tenues ajustées, elle semble perpétuellement échappée d’un cocktail d’aristocrates et s’évertue de conserver au maximum cette raideur un peu guindée qu’on attribue aux grands de ce monde. Son phrasé est distingué, un poil hiératique et son ton laisse parfois échapper ces petits soupirs légèrement dédaigneux qui agacent chez les fortunés. Pourtant, face au gentil minois de Thérèse, elle fond. Oh, certes, la dame va conserver toute sa dignité en apparence, mais c’est dans ses petits silences soudains, ces étincelles qui naissent dans ses iris que l’on comprend qu’elle est conquise d’avance.
Conquise par Rooney Mara. Oeil de biche et sourire aussi mutin que la frange. La demoiselle est en couple sans l’être : son boyfriend envisage de l’emmener en Europe mais elle ne sait pas encore si elle dira oui. Elle vit dans un entre-deux et nourrit discrètement sa passion que personne ne soutient, sauf son futur beau-frère qui en profite pour la draguer très maladroitement. Elle se refusera à lui sans brusquerie (mais sans non plus être catégorique). C’est avec Carol que quelque chose enfin devient certain dans sa vie : elle aime cette femme. Quoi qu’on en dise. Quoi qu’on en pense. Et tant pis pour la différence de classes ou d’âge. Et Rooney incarne à la perfection cette jeune femme en transition, qui jusque lors avait simplement navigué sur les eaux incertaines de la vie new-yorkaise, et qui s’apprête à plonger dans cette relation que personne ne soutient en dehors d’Abby, la marraine de la fille de Carol et son ancienne amante.
Un film fort et sensible, d’une très rare élégance de ton, servi par une équipe artistique exemplaire et deux actrices en lévitation. Une oeuvre qui s’obstine à :
Révéler la vérité mouvante du désir, toujours partagé, toujours instable.