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Vance Venner

Vance Venner
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Lecteur, spectateur et rédacteur. Je vais encore au cinéma (mais moins qu'avant, c'est vrai), le reste du temps je profite d'une bonne installation pour visionner films et séries de tous genres avec une prédilection pour la SF. "Mon Dieu, c'est plein d'étoiles !"

le Bandit aveugle de Kazuo Mori

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  • Titre original : Shiranui kengyō
  • Date de sortie en salles (Japon) :  1er septembre 1960 avec Daiei
  • Réalisation : Kazuo Mori
  • Distribution : Shintarō Katsu, Tamao Nakamura, Fujio Suga & Tōru Abe
  • Scénario : Minoru Inuzuka d’après une pièce de kabuki de Nobuo Uno
  • Photographie : Sōichi Aisaka
  • Musique : Ichirō Saitō
  • Support : Blu-ray Roboto (2025) en 2,35:1 /91 min 
Synopsis :

Suginoichi, aveugle de naissance, est recueilli par un kengyō, maître respecté d’une école pour aveugles, dans laquelle il apprend les arts traditionnels du massage, de l’acupuncture et du shamisen. Cependant, Suginoichi refuse d’accepter sa condition modeste et aspire à un pouvoir social et matériel plus élevé que ce que lui offre son rang. Il met très tôt son intelligence au service de la ruse et de la manipulation. Il devient progressivement un criminel sournois, usant du vol, de l’escroquerie et du meurtre pour abuser de femmes sans défense et éliminer ses rivaux dans la quête de succession à la tête de l’école des aveugles, allant jusqu’à s’associer à une bande de malfrats sans scrupules.

Fin décembre 2025, l’éditeur Roboto films proposait à la vente un coffret alléchant intitulé « les Origines de Zatoïchi » volume 1 : cinq films en blu-ray glissés dans des digipacks solides au sein d’un étui rigide de bonne facture, chaque film étant en outre accompagné en bonus d’une présentation exhaustive par Clément Rauger des Cahiers du Cinéma.

De quoi attirer tous les cinéphiles en général, les amateurs de wu xia pian en particulier mais également les plus jeunes, qui ont découvert la saga Zatoïchi avec l’un de ses derniers avatars, le film de Takeshi Kitano de 2003. Car cette saga est un monument du cinéma nippon : le film de 2003 en marque ainsi le 27e opus d’une histoire également déclinée au théâtre et à la télévision.

Sauf que le film que nous vous présentons aujourd’hui, bien qu’intégré dans le coffret cité plus haut, ne concerne pas le personnage du masseur/sabreur aveugle s’efforçant d’aider les plus démunis : Suginoichi, quoiqu’affublé du même handicap, est bien loin d’avoir les mêmes principes et aspirations que Zatoïchi. En dehors du contexte historique, le seul autre point commun justifiant sa place dans l’édition réside dans l’acteur principal, Shintarō Katsu, qui justement incarnera plusieurs fois le héros légendaire de cette saga par la suite.

Suginoichi attendant patiemment que son maître lui confie une mission.

En effet, le Bandit aveugle est sorti en 1960, soit deux ans avant le premier film officiel de la franchise, la Légende de Zatoïchi : le Masseur aveugle, réalisé par Kenji Misumi. Sa mise en scène a été confié à un cinéaste bien rôdé qui végétait quelque peu mais disposait d’un savoir-faire certain hérité de son expérience : Kazuo Mori sait placer son cadre, gérer les espaces restreints typiques des intérieurs japonais et diriger ses acteurs. Fait intéressant : on lui confiera d’ailleurs les rênes du plusieurs autres films de la saga, où il retrouvera donc Katsu.

Ce dernier est sans aucun doute l’atout majeur du Bandit aveugle : son interprétation totalement habitée, à la limite du sur-jeu, finit par emporter l’adhésion, et hausse le drame proposé par Mori au-dessus du tout-venant, s’achevant sur un final où son emphase presque hallucinée s’ajoute à la dramatisation de l’événement qui met fin à la carrière de ce gredin.

Car contrairement à Zatoïchi, comme nous vous le disions, Suginoichi est un ambitieux sans scrupules. La première séquence nous montre un charmant bambin au sourire enjôleur et à la diction précise, flanqué d’un garçon un peu simplet, Tomekichi, qui use de sa cécité pour attirer la sympathie des adultes et, ainsi, tenter de leur soutirer quelque menue monnaie. Car le maigre pécule rapporté par le père ne le satisfait pas, et il fait sienne la devise de sa mère : « Tout tourne autour de l’argent. » Dès lors, son admission dans un institut dirigé par un kengyō (un sage aveugle dirigeant une sorte d’académie de non-voyants qui apprennent l’acupuncture et l’art du massage) ne constituera qu’une étape de son ascension sociale, qu’il désire irrésistible.

Dès lors, devenu masseur, mais visiblement relégué au second rang de cette école, Suginoichi attend son heure. On l’a vu, enfant, malicieux et retors, capable d’extorquer de l’argent à des adultes crédules (et bien naïfs). Il a développé son esprit pour être capable de profiter de la moindre occasion de s’enrichir sur le dos des autres. Il fait de son handicap un atout, le rendant insoupçonnable (d’autant que les aveugles avaient un statut assez respecté, surtout lorsqu’ils possédaient des aptitudes de soignants). Lors d’une mission à l’extérieur, il commet son premier forfait mais se voit contraint de partager son butin avec Kurakichi, un malfrat notoire surnommé « le coupeur de têtes » qui avait été témoin de son acte.

Suginoichi soulageant (définitivement) les douleurs d’un voyageur imprudent.

Suginoichi se retrouve donc à la solde de ce bandit de grand chemin, lui promettant l’accès aux maisons les plus respectées dans le but d’y dérober les richesses cachées. On sent bien que l’aveugle cherchera par tous les moyens à se servir de ses complices avant de se débarrasser d’eux : le véritable visage du masseur se fait jour. Katsu se fait un malin plaisir de nous le montrer en apparence vulnérable, obéissant et poli avant de dévoiler une face obscure, machiavélique et immorale.

Les jeunes femmes mariées sont des proies aisées pour lui, et l’on comprend également qu’outre le vol et l’extorsion de fonds, il n’hésitera pas non plus à abuser d’elles en se servant de leurs plus grands secrets. Il suffit de voir comment il traite son éternel acolyte, Tome, pour comprendre à quel point il s’estime supérieur à la plèbe laborieuse.

N’y cherchez pas cependant de combats de sabre ou de séquences d’arts martiaux : le Bandit aveugle est avant tout une histoire dramatique suivant un homme que rien n’arrêtera sur la voie du succès, se plaçant d’office au-dessus de la morale et des principes sociaux. Il n’hésitera ni à tromper, flouer, ou mentir, ni encore à assassiner ou violer ses victimes, sans regret ni remords. Assez déstabilisant si l’on pensait suivre l’ascension d’un héros redresseur de torts. Pour le coup, le rythme s’en ressent également, bien alourdi par la musique lancinante.

Le blu-ray est une semi-réussite de la remastérisation, compte tenu de l’âge du métrage. La piste VO en DTS HD-MA 2.0 s’avère relativement claire et épargnée par le côté nasillard des enregistrements de l’époque, même si elle manque de dynamique.

Suginoichi devenu maître à son tour – mais cela ne suffit pas à son ambition sans limites.

Côté image, les plans ont été nettoyés mais certains conservent encore quelques scratches et griffures – qui ne gênent néanmoins pas la lecture. L’ensemble est plutôt propre. On déplorera le manque de contraste dans la plupart des scènes, visible dans les séquences nocturnes ou dans les transitions extérieur/intérieur, et une tendance à une petite surexposition des scènes diurnes. Cela étant dit, les gros plans révèlent une définition satisfaisante, ce qui permet de mettre en valeur la réalisation qui n’est pas avare de ceux-ci.

À vous à présent de juger sur pièces pour un film jamais sorti au cinéma en France, très rarement édité en vidéo (il n’est pas inclus dans le coffret Critérion, on le trouve parfois référencé sous le titre Agent Shiranui) qui dépeint quelques aspects méconnus d’une civilisation pleine de contradictions au travers de l’ascension d’un salopard ingénieux. Une rareté donc, à l’image de bon nombre de pièces de ce coffret qui ravira les collectionneurs et les cinéphiles.

Final Fantasy VII : Advent Children de Nomura et Nozue (2006)

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  • Titre original : Final Fantasy VII : Advent Children
  • Date de sortie en salles :  27 janvier 2006 avec Sony Pictures
  • Réalisation : Tetsuya Nomura & Takeshi Nozue
  • Distribution : les voix en VO de Takahiro Sakurai, Ayumi Ito, Maaya Sakamoto, Andrea Bowen, Keiji Fujiwara & Shutaro Morikubo 
  • Scénario : Kazushige Nojima d’après le jeu vidéo éponyme
  • Photographie : Shunya Onishi
  • Musique : Nobuo Uematsu, Kenichiro Fukui, Keiji Kawamori & Tsuyoshi Sekito
  • Support : DVD Sony (2006) en 1,77:1 /101 min (139 min en version longue)
Synopsis :

Cloud Strife, ancien soldat devenu mercenaire, luttant avec les souvenirs de son passé, décide de mener une vie solitaire dans la ville tranquille de Midgar. Un jour, Cloud reçoit l’appel d’un dénommé Kadaj, un homme mystérieux qui lui demande d’assurer sa protection. Lorsque Kadaj, Loz et Yazoo, commencent à rechercher leur « mère », ils décident bientôt de prendre possession de l’orphelinat où Cloud a élu domicile.

Alors que se profile la sortie de la troisième partie du remake du jeu légendaire, profitons-en pour nous pencher sur l’une de ses adaptations en long-métrage. Celle qui nous intéresse date de 2006.

Disons-le tout de go : le film est assez décevant dans sa globalité (à moins d’être un fan absolu de la saga de jeu vidéo dont il est tiré), conçu d’ailleurs comme une suite à l’opus VII universellement acclamé et adulé dans le cercle des joueurs depuis 1997. À l’époque de sa sortie, on peut admettre qu’il se voulait également un extraordinaire catalogue de ce qu’il était possible de faire dans l’animation 3D « réaliste » tout en y adjoignant les accélérations et trucages propres aux animes (notamment dans les combats). Admettons : néanmoins, cela n’en rend pas l’histoire plus intéressante, a fortiori pour ceux qui n’ont jamais joué à un des jeux de la saga. Quand on apprend que les créateurs du film ne savaient pas du tout comment mettre en scène un métrage de cinéma et qu’ils se sont appuyés uniquement sur leur maîtrise du gaming, on comprend mieux.

Avec cette longue liste de personnages débarquant d’on ne sait où, qui se réfèrent régulièrement au passé, on a effectivement davantage la sensation de voir un épisode supplémentaire qu’un film à part entière. Comprenez : ce qui s’est passé il y a deux ans n’est pas complètement fini. D’ailleurs, le premier plan reprend la dernière scène du jeu vidéo.

Autant dire que le risque de s’y ennuyer sérieusement est assez élevé, malgré les graphismes vraiment maîtrisés qui peuvent à eux seuls, pour un temps, laisser béats les spectateurs. On tiquera sans doute sur les visages, qui baignent régulièrement dans une sorte de flou artistique : alors que les gestes, les postures, les déplacements des personnages sont encore plus réussis que dans le précédent film Final Fantasy, les figures semblent moins travaillées, comme si les concepteurs s’étaient aperçus qu’il était vain de chercher à reproduire les mimiques si particulières de l’être humain.

Ce qui implique que les gros plans sont plus rares. Les cheveux donnent également l’impression d’être ceux d’une poupée et ne cessent de bouger au gré d’un vent inexistant. Mais ce ne sont que des détails – détails qui rappelleront aux cinéphiles les plus anciens une polémique qui était née à propos de Taram & le chaudron magique : des critiques un peu pointilleux s’offusquaient alors de l’extrême agitation du personnage dessiné, comme si les animateurs de chez Disney avaient voulu démontrer leur savoir-faire en faisant bouger perpétuellement sa chevelure où les pans des vêtements. Nul doute qu’il y ait eu un peu de ça, mais cela n’explique pas l’accueil glacial qui fut le sien à sa sortie, tant au cinéma qu’en vidéo.

Pour en revenir à notre anime, ajoutons que les combats sont l’occasion d’opérer avec des cadrages tournoyants et vertigineux, avec par exemple un Cloud maniant une épée impossible, issue de l’imagination d’un fétichiste complexé. Les premiers affrontements sont néanmoins très réussis et, malgré la rapidité des passes, plutôt intelligibles. Le combat final est moins clair, plus épileptique, multipliant les effets d’accélération au détriment de la clarté.

Encore une fois, il est dommage de ne pas avoir voulu faire un véritable film plutôt qu’une séquelle à un épisode de jeu. Les amateurs ont été bien servis (d’ailleurs l’œuvre leur est dédiée expressément) et les plus jeunes des spectateurs pourront encore apprécier sa frénésie juvénile. Quant aux autres, plus âgés ou plus blasés, ils vibreront peut-être par moments mais ressentiront plus vraisemblablement de la frustration : encore un métrage qui sacrifie le fond à la forme et sert davantage de vitrine technologique que de support à une histoire cohérente et passionnante.

Avec le recul, Final Fantasy, les Créatures de l’esprit apparaît plus solide, plus maîtrisé et même, plus ambitieux dans son approche – alors qu’il était déjà décevant à bien d’autres égards à l’époque de sa sortie.

Les éditions vidéo existant dans le commerce sont de qualité, toujours soignées même et jusque dans leur emballage. Les bonus sont nombreux, dont beaucoup se concentrent sur les personnages du jeu vidéo ; on apprend tout de même qu’au départ le film se voulait plutôt un moyen-métrage, il s’est ensuite étoffé conséquemment. On y trouvera suivant les éditions des scènes supplémentaires (dont certaines seront réinjectées dans une version incluant un montage plus long) et un making-of.

La VF 5.1 du DVD de l’éditions spéciale s’appuie sur des dialogues un peu étouffés, pas toujours très audibles. La musique en revanche est très claire, avec une dynamique élevée et disposant de basses impressionnantes. Les effets surround peuvent même être surprenants.

Les images sont éblouissantes, dotées d’une définition irréprochable. Certains plans sont de toute beauté, élaborés avec beaucoup de recherches sur l’éclairage (coucher de soleil, contre-jour) et les textures (on admirera ainsi de magnifiques jeux de reflets sur l’eau). Mais l’on privilégiera si possible la version remastérisée en 4K récemment (voir la vidéo ci-dessous), qui est davantage adaptée à nos standards actuels.

A normal family, de Hur Jin-ho

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  • Titre original : Botong-ui Gajok
  • Date de sortie en salles :  11 juin 2025 avec Diaphana distribution
  • Réalisation : Hur Jin-ho
  • Distribution : Sul Kyung-gu, Jang Dong-gun, Kim Hee-ae & Claudia Kim
  • Scénario : Park Joon-seok & Park Eun-kyo d’après le roman Het Diner de Herman Koch
  • Photographie : Go Rak-sun
  • Musique : Sung-woo Jo
  • Support : Blu-ray Diaphana (2025) en 1,85:1 /116 min
Synopsis :

Deux frères, un avocat matérialiste et un chirurgien idéaliste, se retrouvent régulièrement avec leurs épouses respectives pour dîner. Lorsqu’une affaire criminelle qui les implique explose dans les médias, leur sens de la morale va être mis à l’épreuve.

Quatrième adaptation du roman néerlandais Het Diner (« le Dîner »), A normal family, présenté d’abord au Festival de Toronto en 2023, a reçu de par le monde et au gré des projections un excellent accueil, récoltant plusieurs prix (dont le prix du Meilleur Scénario à porto et à Mons). En France, il a eu l’honneur de clôturer le Festival du Film coréen en novembre 2024 avant d’être projeté dans les salles à l’été suivant.

Repas de famille dans un grand restaurant

Le réalisateur a rassemblé deux acteurs chevronnés (Sul Kyung-gu, aperçu dans Sans pitié, et Jang Dong-gun), qui avaient déjà joué ensemble dans une adaptation remarquée des Liaisons dangereuses, afin d’interpréter deux frères totalement opposés dans leurs principes, mais unis malgré eux. En effet, ils doivent s’occuper de leur mère atteinte de démence, avant de gérer ensuite le problème engendré par leurs enfants respectifs.

Jae-wan est un avocat brillant, vivant sur un grand train. Il a connu une période difficile après le décès de sa première femme et a dû s’en remettre à son frère cadet pour prendre soin de leur mère et de sa fille Hye-yoon. Il vient à peine de retrouver bonheur et stabilité dans les bras de sa nouvelle (et très jeune) épouse, Ji-soo, avec laquelle ils ont eu un bébé. Les cinéphiles reconnaîtront sans doute en cette dernière Claudia Kim, mannequin qui a débuté au cinéma dans Avengers : l’Ère d’Ultron avant d’enchaîner sur les Animaux fantastiques.

Ji-soo aux côtés de son mari Jae-wan

Ji-soo est une jeune femme élégante et dynamique, préoccupée par l’entretien de sa condition physique mais également par sa volonté de s’intégrer dans cette famille. Un objectif honorable quoique ardu car sa belle-fille ne lui adresse pas la parole. Quant à sa belle-soeur, elle ne l’accepte pas du tout, qui ne se prive pas de lui envoyer des piques et des remarques déplacées lors de leurs traditionnelles réunions de famille au cours d’un dîner dans un grand restaurant.

Jae-gyoo & sa femme Yeon-kyeong

La belle-soeur se nomme Yeon-kyeong. Elle aurait pu avoir une grande carrière de traductrice sauf qu’elle a une double charge sur les bras : sa belle-mère, dont la mémoire flanche et que l’aide-soignante a bien du mal à maîtriser ; et son fils, Si-ho, garçon taciturne aux résultats scolaires décevants, qui doit en outre supporter les brimades de ses harceleur. L’on comprend ainsi aisément la rancoeur de Yeon-kyeong, qui supporte de plus en plus mal les sacrifices financiers qu’ils ont dû consentir – et voit dans la jeune belle-soeur tout ce qu’elle ne peut pas être.

Si-ho, le fils du médecin

Cependant, elle ne tient pas (encore) rigueur à son mari d’être absent. Jae-gyoo s’avère être un homme intègre, un médecin admiré dans sa profession, qui se donne corps et âme à son travail, au point de payer pour les patients sans le sou, et d’accomplir des actions humanitaires un peu partout dans le monde. Un homme de principes, au sens moral élevé, qui digère mal les activités de son aîné, lequel peut être amené à défendre (en tant qu’avocat) des personnalités douteuses.

Hye-yoon, la fille de l’avocat

Ou carrément abjectes.

Comme ce chauffard, fils d’une grand famille, qui au début du film renverse volontairement un joueur de base-ball, le tuant sur le coup et envoyant sa fille à l’hôpital. Le pronostic vital de la gamine est engagé. Cet accident soulève l’opinion, et instille des tensions dans les relations déjà compliquées entre les deux frères. Car c’est Jae-gyoo qui a opéré la petite, et passe ses journées à consoler une mère éplorée, mais c’est Jae-wan qui va défendre le chauffard, la famille de ce dernier payant grassement ses honoraires.

La première réunion de famille se déroule dans ce cadre tendu : les deux frères sont opposés sur la manière de gérer cet accident, mais aussi sur ce qu’il convient de faire pour leur mère grabataire. L’aîné évoque une pension de retraite luxueuse, dont il paierait les 4/5, mais le médecin se braque – ne tenant même pas compte du poids qu’il fait peser sur les épaules de sa propre femme.

Les deux frères discutent de la garde de leur mère

C’est alors que survient l’incident dramatique qui va bouleverser leurs rapports, quand leurs propres enfants respectifs seront mêlés à une affaire sordide.

La mise en scène évite le spectaculaire mais se montre d’une fluidité extrêmement agréable, multipliant les champs-contre-champs sur une musique parfaitement adéquate. Elle contribue à refermer le cadre en le centrant sur les protagonistes, tous opposés (les deux frères, les deux épouses). Les deux enfants sont également différents : l’une est brillante bien que s’adonnant également aux plaisirs interdits propres à la jeunesse ; l’autre n’en a pas les moyens, ni l’intelligence, mais trouve chez sa cousine la seule relation stable qu’il connaisse.

La tension monte d’un cran…

L’intérêt du script est de présenter une situation de départ explosive, avec des caractères qui s’opposent, et d’injecter des événements qui jetteront l’huile sur le feu. Mieux : ils génèreront d’innombrables circonvolutions morales lorsque chacun des personnages sera confronté à la limite de ses principes. Que fera le père arriviste pour protéger son enfant ? Et le père intègre, jusqu’où conservera-t-il son intégrité si le bien-être de son fils (déjà bien malmené par la vie) est en jeu ? La femme du médecin pourra-t-elle supporter ce drame supplémentaire, elle qui se ruine la santé pour tenir la famille à bout de bras ?

Et les enfants ? Se rendent-ils au moins compte de l’horreur qu’ils ont commise ?

L’avocat s’apprête à commettre l’irréparable.

Chaque discussion, chaque argumentation et contre-argumentation éveillera incontestablement des échos chez chacun d’entre nous. Qu’aurait-on fait dans ces cas ? Certes, on pourra arguer que le trait est très légèrement forcé. Le déroulement suit toutefois une progression aussi logique qu’implacable, jusqu’à la tragédie finale, inéluctable. On saluera l’interprétation très digne des quatre adultes, toute en nuances. Elle parvient à éviter les explosions émotionnelles typiques du cinéma asiatique afin de privilégier les regards, les répliques acerbes et les sous-entendus malsains. En outre, on ne pourra qu’apprécier cette transposition opportune dans le cadre très policé de la société coréenne.

Une belle découverte, convaincante et glaçante par ses implications éthiques.

Urgence, de Gilles Béhat

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  • Titre original : Urgence
  • Date de sortie en salles : 30 janvier 1985 avec Parafrance
  • Réalisation : Gilles Béhat
  • Distribution : Richard Berry, Bernard-Pierre Donnadieu, Fanny Bastien, Jean-François Balmer & Catherine Allégret
  • Scénario : Gilles Béhat & Jean Herman d’après le roman Qui vous parle de mourir ? de Gérard Carré & Didier Cohen
  • Photographie : Pierre Lhomme
  • Musique : Jean-Hector Drand
  • Support : Blu-ray Arcadès (2026) en 1,85:1 /100 min
Synopsis :

Paris, 1985. Max Forestier, jeune journaliste infiltré dans un groupe terroriste néo-nazi, est surpris par l’un d’eux, Lucas Schroeder, en train de filmer la mise en place d’un attentat raciste. Mortellement blessé et poursuivi, il a juste le temps de remettre à sa sœur, Lyza, un étrange message. D’abord prise en chasse par les poursuivants de Max, Lyza parvient à s’enfuir et arrive jusqu’à l’agence de presse Omega, pour laquelle son frère travaillait dans l’ombre du journaliste Villard. Elle y rencontre Jean-Pierre Mougin, un jeune chroniqueur sportif qui, malgré lui, se trouve embarqué dans une enquête marathon de trente-six heures, pour comprendre où et quand aura lieu cet attentat.

Fanny Bastien est Lyza, la soeur de Max

Avec Urgence, nous continuons d’explorer au gré des sorties exclusives en blu-ray orchestrées par les éditions Arcadès cette décennie riche en films policiers qui envahirent les salles obscures entre 1979 et 1987. Comme le raconte le spécialiste interrogé dans l’un des suppléments du disque (le Cinéma français en garde à vue), le succès surprise de la Guerre des polices en 1979 a eu pour effet de lancer la production de polars plus ancrés sur le réel, cherchant à toucher une nouvelle génération. De jeunes réalisateurs furent appelés alors pour porter à l’écran des adaptations de la « Série Noire » ou des scripts originaux, et les jeunes comédiens ne rechignèrent plus à participer à ces métrages, auparavant jugés moins nobles : on l’a pu voir avec notre précédente chronique, où Sandrine Bonnaire et Laurent Malet tenaient tête à un vieux de la vieille (Jean Carmet).

Richard Berry est Jean-Pierre, reporter sportif

Les plus âgés de nos lecteurs se souviennent sans doute plus aisément des grosses productions de ces années-là avec Jean-Paul Belmondo (le Professionnel, le Marginal) ou Alain Delon (plein de films avec le vocable « flic » dans le titre), mais le vent était en train de tourner en suivant la société post-1981 et le public cherchait de nouvelles têtes, de nouvelles sensations – d’où l’énorme succès rencontré par la Balance (1982). Jusqu’à ce que TF1 se lance à son tour dans ce manège en produisant d’innombrables téléfilms policiers, avant de mettre en chantier des séries ultra-populaires comme Navarro. Cela sonna donc le glas de cette mode passagère mais ô combien prolifique, dont Urgence constitue un exemple assez intéressant.

Contrairement à Tir à vue, qui mettait en avant l’image au détriment d’un scénario simpliste, et jouait ostensiblement sur le charme de ses jeunes acteurs, Gilles Béhat (lequel s’était fait un nom avec l’intriguant Rue barbare en 1984) a construit son métrage sur une trame nettement plus dense, soulevant des problèmes qui font étrangement écho à ceux que nous connaissons aujourd’hui : la radicalisation des messages et actions politiques recourant à la violence, voire au meurtre. Urgence s’ouvre sur un film dans le film, celui tourné par un jeune homme prénommé Max qui enregistre d’abord l’arrivée d’un camion de matériel scénique destiné à un concert, puis celle d’un groupe d’individus dissimulant un dispositif dans un des appareils d’amplification. Repéré par un des truands, il s’enfuit in extremis avec sa caméra, gravement touché par un tir de revolver dans le dos.

C’est le début d’une course-poursuite dans laquelle il est le poursuivi, avant de transmettre le flambeau à sa soeur qui fait du baby-sitting chez un bourgeois bien antipathique. Poursuite qui se mue ensuite en filature, le dénommé Lucas étant chargé de veiller à ce que la soeur ne dévoile pas les secrets enregistrés par Max – c’est là qu’on apprend que Lucas est un flic et qu’il peut user facilement des informations que sa hiérarchie lui fournit.

Bernard-Pierre Donnadieu est Lucas, le nazi à leurs trousses

En acceptant de l’aider (d’abord à contrecoeur, et doutant sincèrement des allégations fumeuses de la « jeune sirène » – elle s’est présentée à lui pieds nus, sous la pluie), Jean-Pierre va risquer plusieurs fois sa vie, jusqu’à ce qu’il comprenne que celle de nombreux autres innocents sont en jeu : il devra remonter le fil ténu de l’enquête commençant au repaire de Max (dans une banlieue désaffectée, fréquentée par des loubards désoeuvrés) mais aussi convaincre ses responsables tout en échappant à la fois à Lucas et aux flics, tous lancés à ses trousses en le croyant coupable de la mort d’un collègue journaliste.

Un rythme qui ne faiblit pas, de l’action constante (poursuites en voiture ou à pied, pugilats ou combat à l’arme blanche), une tension permanente, des dialogues acérés et un thème qui met mal à l’aise, servi par des acteurs qui semblent investis : Richard Berry incarne son rôle avec une certaine désinvolture, plus à l’aise dans le feu de l’action que dans les dialogues, pour lesquels il n’a pas encore le flow qu’il acquerra en vieillissant. Face à lui, l’éternel antagoniste au regard de tueur, Bernard-Pierre Donnadieu (qui sait si bien se faire détester, comme il le prouvait déjà dans le Professionnel en 1981) est plus que convaincant, avec ce côté implacable qui sied parfaitement aux assassins. Sa coupe de cheveux, sa moustache et sa tenue peuvent faire tiquer, mais elles s’accordent avec son alignement idéologique.

Fanny Bastien n’a ni l’aura ni l’aisance scénique de ses partenaires, mais elle compense par une certaine hargne bienvenue dans ses répliques – ça fait plaisir de voir une jeune femme qui ne s’en laisse pas compter et refuse le statut de victime. On saluera également le fait que, pour une fois, en dehors d’une seule scène, elle n’aura pas à dévoiler son corps à la caméra, comme il était de règle à cette époque pour les jeunes actrices. Pour l’anecdote, on aura la surprise de reconnaître Artus de Penguern (Amélie Poulain) et Muriel Robin en figurante.

Le fond de l’histoire (l’existence d’un groupuscule néo-nazi dans lequel sont compromis des politiques et des officiers de police) montre que cette préoccupation ne fait que resurgir de manière cyclique : la triste actualité prouve que la violence demeure un moyen toujours aussi mortellement efficace de faire passer son message. Béhat le traite sans doute de façon un peu naïve (la cérémonie filmée frise le grotesque), toutefois le pot-aux-roses est révélé assez astucieusement, avec la scène la plus prenante et la plus réussie du film.

Cela mis à part, il ne faut pas s’attendre non plus à un chef-d’oeuvre : malgré le soin apporté aux scènes de combat, leur chorégraphie fait peine à voir eu égard aux standards actuels. Le côté très écrit des dialogues sonne parfois faux, même si c’est moins flagrant que dans Tir à vue. Enfin, certaines facilités scénaristiques peuvent faire sortir de l’intrigue, qui a néanmoins le mérite d’être moins transparente que dans nombre de productions de l’époque.

Si vous êtes intéressés, Arcadès le sort pour la première fois en blu-ray le 17 mars 2026, incluant le documentaire cité plus haut et une présentation détaillée du métrage. L’occasion d’apprécier un film nerveux, sans temps mort et réalisé efficacement, reflet d’une époque révolue où le cinéma de genre renouvelait ses codes.

 

Le Meilleur, de Barry Levinson

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  • Titre original : The Natural
  • Date de sortie en salles : 19 septembre 1984 avec TriStar
  • Réalisation : Barry Levinson
  • Distribution : Robert Redford, Glenn Close, Robert Duvall, Barbara Hershey, Michael Madsen & Kim Basinger
  • Scénario : Phil Dusenberry & Roger Towne d’après le roman de Bernard Malamud
  • Photographie : Caleb Deschanel
  • Musique : Randy Newman
  • Support : Blu-ray UHD 4K TriStar (2019) en 1,85:1 /138 min
Synopsis :

En 1918, le rêve de Roy Hobbs était de devenir joueur de Base-Ball ; son père était fermement persuadé qu’il serait le plus grand de tous, et l’a encouragé dans cette voie. Il était sur le point d’accéder à la renommée nationale lorsque sa carrière s’interrompit brutalement quand une femme lui tira dessus. Il lui a fallu quinze années de galère avant de pouvoir à nouveau intégrer une équipe de professionnels, bien décidé à aller au bout de son rêve : mais comment convaincre quand on est un rookie de trente-cinq ans ?

Robert Duvall s’en est allé, après une longue et prolifique existence (plus de 140 films à son actif en tant qu’acteur) récompensée par un Oscar et des rôles marquants dans des films incontournables (Apocalypse now, le Parrain). Pourtant, si l’on me demande, c’est d’abord son rôle de Max Mercy, chroniqueur et illustrateur de base-ball dans le Meilleur, qui me revient en premier à l’esprit. Un rôle qui lui allait comme un gant, avec ce côté suspicieux et ironique, son regard acéré, sa manière de grommeler et de marmonner, et sa posture rappelant celle d’un boxeur en train d’esquiver. À bien y réfléchir, il ressemble à Cash dans Jack Reacher où il incarnait le gérant d’un club de tir : mêmes mimiques, mêmes sous-entendus, même filouterie. Et à tant d’autres de ses personnages finalement très similaires (autre exemple : Otto dans 60 secondes chrono).

Robert Duvall dans le rôle de Max Mercy

Lui dire adieu, c’est donc se rappeler les bons moments passés avec lui, comme, donc, le Meilleur, ce film typiquement américain sur la seconde chance, le don, le sport et ses valeurs humanistes, mais également si romantique dans sa conception et si mythologique dans sa portée, servi par un très grand Robert Redford (Brubaker) et porté par une partition magistrale de Randy Newman (l’inoubliable compositeur de Toy Story) dont le thème principal a été régulièrement repris (et qui a fort justement été récompensée par un Grammy Award).

Un film qui fait partie de mes préférés pour plein de petits détails, outre un casting idéal – au sein duquel on remarque un jeune Michael Madsen (Reservoir Dogs), bien éclipsé par l’aura déjà étincelante de Kim Basinger (Batman) – mais également pour cette réalisation subtilement élégante de Barry Levinson (Rain Man) sachant gérer la tension avec maestria, afin d’épouser le crescendo inouï (de la foule et de la musique) au moment où Roy Hobbs va frapper la balle pour la première fois alors qu’il a attendu des semaines que son coach l’appelle.

Voici donc, explosant les rétines, un climax avant l’heure, qu’on retrouvera décuplé à la toute fin, dans ce match de la dernière chance où le destin d’une équipe, d’un club et d’un entraîneur reposent sur la capacité du héros à surmonter la douleur (de sa blessure handicapante et de ses doutes) et à faire appel à ce don qu’il a cultivé par amour pour un père trop tôt disparu.

Robert Redford est Roy Hobbs

C’est ce point d’orgue d’une ampleur insoutenable et la délivrance cathartique qui s’ensuit qui me font aimer le cinéma dans ce qu’il a de plus libérateur et merveilleux.

Certes, les valeurs mises en avant sont avant tout états-uniennes, avec l’idéalisation de la relation paternelle qui se traduit souvent outre-Atlantique par l’image du père et du fils se lançant la balle, comme un rite de passage obligé (ils l’évoquent abondamment dans l’interview qu’organise Kevin Costner avec trois stars des Major Leagues en supplément du blu-ray de Jusqu’au bout du rêve). On pourra sans doute y trouver un aspect un peu trop conservateur, (Roy a grandi dans une ferme, dans une vie simple et saine, entouré et aimé, tout comme Clark Kent) mais la morale de l’histoire et sa portée restent universelles.

On remarquera également que la manière de gérer l’inévitable suspense lié au monde du sport, de la compétition et du dépassement de ses limites est souvent parfaitement traduite dans le cinéma américain : on peut ne rien comprendre au base-ball, mais on est tout de même happé par la mise en scène. La trame des oeuvres fondées sur la vie d’un sportif hors du commun est souvent prévisible, inscrite dans le marbre, calquée sur celle des héros mythologiques dont ils sont les héritiers putatifs : grandeur, décadence et rédemption. Si l’auteur du roman y avait insufflé des notions inspirées de la chevalerie (les personnages étant des équivalents modernes des Chevaliers de la Table ronde), le scénariste a quant à lui ajouté des références liées à l’Odyssée d’Homère. Quoi qu’il en soit, tous ces grands sportifs d’exception à l’écran finissent souvent par se ressembler.

Glenn Close joue Iris Gaines

Outre Duvall et les jeunes acteurs cités, on trouvera avant tout deux interprétations de haut niveau : Glenn Close, discrète, mais rayonnante, est d’une justesse convaincante, en parfait contrepoint à la vénéneuse Barbara Hershey (Black Swan). Quant à Redford, il incarne à merveille ce joueur vieillissant mais à l’apparence juvénile, au sourire dévastateur et à la mèche rebelle, qu’on croirait né pour ce sport (il a calqué ses gestes sur un grand professionnel, au point que des spécialistes ont dit de lui qu’il serait immédiatement engagé s’il se produisait devant un recruteur).

Barbara Hershey est Harriet Bird

Pourquoi parler de celui-ci aujourd’hui ? Sans doute parce qu’il a une valeur particulière à mes yeux, et qu’il n’a, dans nos contrées, pas une grande renommée : ainsi prenez-le comme une perle dénichée au hasard d’une errance en vidéoclub, ou d’un zapping chanceux en seconde partie de soirée. De nos jours, il est désormais trouvable dans d’excellentes éditions, contenant en plus le director’s cut avec près d’un quart d’heure supplémentaire (des séquences pas vraiment nécessaires, mais l’une d’elles donne une réelle explication à une scène de funérailles qui ne marche pas trop sans elle).

Le blu-ray UHD édité par TriStar est très intéressant, propose les deux versions du film et une image restaurée sans trop d’artefacts, à la colorimétrie dopée. La bande son est d’une puissance assez impressionnante. Comme dit dans la bande-annonce :

It’s time to believe… again.

Tir à vue de Marc Angelo

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  • Titre original : Tir à vue
  • Date de sortie en salles : 5 septembre 1984 avec Parafrance Films
  • Réalisation : Marc Angelo
  • Distribution : Laurent Malet, Sandrine Bonnaire, Jean Carmet & Michel Jonasz
  • Scénario : Yves Mourot
  • Photographie : Charles Van Damme
  • Musique : Gabriel Yared
  • Support : Blu-ray Arcadès (2026) en 1,85:1 /90 min
Synopsis :

Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Il vole ensuite une moto et agresse un pompiste. C’est alors qu’il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent leur seul témoin, un vieux Maghrébin connu de leur service.

les inspecteurs de police : Michel Jonasz – Jean Carmet

La collection « Polar » des éditions Arcadès se propose de nous présenter un panorama d’un temps oublié de notre histoire cinématographique, noyé sous les rares tentatives de films à grand spectacle et les comédies franchouillardes et disparaissant sous les souvenirs plus marquants des films de cape et d’épée d’antan, ou des dialogues de Michel Audiard. Pourtant, l’Hexagone ne fut pas avare en thrillers nerveux, sombres et désespérés, et notamment dans la décennie 80 où flamboyaient davantage les héros des actioners américains. Les deux documentaires en bonus sur le disque blu-ray permettent d’en apprendre davantage sur cette décennie cinématographique.

le voyou : Laurent Malet

Sorti en 1984, Tir à vue est loin d’être le plus connu de cette catégorie, et sa ressortie (pour la première fois en HD) permettra de combler pas mal de lacunes. Le cinéphile y reconnaîtra sans doute, et d’abord, Laurent Malet, un bôgosse croisé sans doute dans une des nombreuses séries TV auxquelles il a participé, avant de tomber sur un Jean Carmet dans l’un de ses rôles « sérieux », puis une toute jeune et fraîche Sandrine Bonnaire, qui sortait d’À nos amours de Maurice Pialat, un an avant Sans toit, ni loi d’Agnès Varda. Du beau monde, en somme.

la compagne du voyou : Sandrine Bonnaire

La nervosité de la réalisation, faisant alterner brutalement les très gros plans (notamment sur les regards et les mains) et les plans américains au sein d’un Paris intra-muros gris et sale, qui enferme ses habitants dans une prison d’acier et de béton (le film s’ouvre sur des rails vus en plongée avec des trains qui passent dans l’indifférence tandis que résonnent les notes grinçantes des synthés de Gabriel Yared – on est loin de la partition élégante du Patient anglais), instille une sorte de malaise existentiel prolongé par la personnalité et les agissements du personnage principal, un voyou qui gamberge et attend l’occasion de sortir de sa condition. La vengeance, mentionnée au départ dans un dialogue presque surréaliste avec un gamin, n’apparaît au final que comme un motif fumeux pour un jeune homme sans but.

Richard est jeune, beau et athlétique, cependant la mise en scène ne fait pas grand-chose pour nous le rendre sympathique : il brise les codes, tabasse, agresse et cambriole sans style. Sa romance furieuse avec Marylin est filmée sans concession : leurs corps sont montrés régulièrement nus et fougueusement enlacés, comme un contrepoint à la laideur du monde qui les entoure, et qui ne les comprend pas. Malet et Bonnaire, pour le coup, s’avèrent physiquement parfaits pour leur rôle, au grand bonheur des esthètes (ou des petits coquins).

Les forces de l’ordre en prennent également pour leur grade : l’inspecteur Casti est le seul qu’on peut raisonnablement prendre au sérieux, mais on sent bien qu’il a perdu le feu sacré (on comprend vaguement qu’il y a là-dessous la perte d’un enfant). Jean Carmet l’incarne avec sa bonhomie habituelle, avec un côté détaché assez séduisant. Son adjoint Galo, en revanche, en s’acharnant sans véritable raison sur un témoin, révèle une image peu flatteuse de la police ; on ne peut pas non plus porter aux nues l’interprétation de Michel Jonasz, qu’on sent un peu emprunté, et qui se montre rarement convaincant.

D’ailleurs, l’autre élément de malaise vient du jeu des acteurs : aucun d’entre eux ne semble à l’aise avec les dialogues sur-écrits d’Yves Mourot, mêlant tournures recherchées et argot désuet, poussant les comédiens à des effort de récitation qui nuisent au naturel des situations – au point que, par deux fois au moins, Richard somme sa petite amie d’arrêter de « dire des phrases ». Cet aspect un peu théâtral n’engendre même pas le comique, mais une ambiance malsaine avec des personnages qui paraissent se débattre dans un univers qui les dépasse, écrasés par leur destin, dans une fuite en avant mortifère et suicidaire.

On en vient à trouver que Sandrine Bonnaire joue affreusement mal, alors qu’on connaît ses qualités d’actrice : c’est uniquement parce que son personnage est écrit ainsi, jeune lolita en mal de reconnaissance, qui va se brûler les ailes auprès d’un ange de la Mort. Elle déclame sa prose comme si elle savait la fatalité qui pesait sur elle. On est à la fois très loin du Bonnie & Clyde d’Arthur Penn (auquel la presse de l’époque n’avait pas hésité à le comparer – idée reprise dans le documentaire inclus dans le blu-ray), au moins aussi brutal, plus sanglant, mais autrement plus stylé et ironique, et des productions actuelles qui auraient mué ces personnages en anti-héros séduisants.

C’est sans doute le point fort de ce métrage, qui peine vraiment à plaire aujourd’hui, avec son montage chaotique et son ambiance morbide, sa musique discordante et ses tirades pompeuses, les éclat de rire de Marilyn et les crises de rage de Richard, et surtout cette atmosphère pesante, reflet d’une société ouvertement raciste et homophobe, qui annihile tout espoir de happy end. Car c’est une oeuvre qui, droite dans ses bottes, refusera les compromis jusqu’à la fin.

Les éditions Arcadès concoctent une sortie nationale en HD pour le 17 mars 2026 avec une piste son en DTS HD, agréablement restaurée, aux dialogues clairs mais capable de bien faire ressortir quelques rares effets sonores. L’image ne présente aucun défaut majeur avec une palette de couleurs restreinte mais à l’image de la réalisation qui sait faire ressortir les tons vifs (le rouge des lèvres et de la tenue de Marilyn). On y trouvera donc aussi un bonus sur le polar des années 80 intitulé le Cinéma français en garde-à-vue, doublé d’une présentation plus ciblée du film : « Un Bonnie & Clyde moderne ».

Nuremberg, de James Vanderbilt

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  • Titre original : Nuremberg
  • Date de sortie en salles : 28 janvier 2026 avec Nour Films
  • Réalisation : James Vanderbilt
  • Distribution : Russell Crowe, Rami Malek, Michael Shannon, John Slattery, Leo Woodall & Richard E. Grant
  • Scénario : James Vanderbilt d’après le livre The Nazi and the Psychiatrist de Jack El-Hai
  • Photographie : Darius Wolski
  • Musique : Brian Tyler
  • Support : 35 mm en 2,39:1 /148 min
Synopsis :

Après la chute du régime nazi en 1945, les Alliés disposent d’un nombre important de hauts dignitaires qu’ils décident de traduire en Justice. C’est une première car aucune loi internationale ne supplantait encore le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le risque est immense, et notamment que ces responsables utilisent le tribunal comme plateforme pour se justifier et humilier les dirigeants des pays vainqueurs de la guerre. C’est pourquoi les militaires américains engagent Douglas Kelley, psychiatre ambitieux, pour évaluer la santé mentale de leurs prisonniers et déterminer s’ils sont aptes à être jugés. Mais face à Hermann Göring, bras droit d’Hitler et manipulateur hors pair, la partie risque d’être serrée…

Göring/Crowe dans son uniforme de Reichsmarschall se rend à une escouade de soldats US

Écrire, réaliser et produire un film sur le procès de Nuremberg peut interloquer : pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi un autre ? N’oublions pas que Frédéric Rossif avait déjà créé un formidable documentaire (de Nuremberg à Nuremberg, 1988) et que le cinéma avait déjà exploité le sujet avec plus ou moins de délicatesse et de justesse.

L’on peut par exemple citer le Stanley Kramer de 1961, avec une distribution phénoménale (Spencer Tracy, Richard Widmark, Burt Lancaster, Marlene Dietrich, Judy Garland, Montgomery Clift et même William Shatner !) et qu’on considère comme étant une référence – toutefois le film s’intéresse plutôt à quatre juges allemands estimés trop complaisants avec le régime, et se déroule postérieurement au procès des hauts dignitaires.

Plus proche de nous, un téléfilm québécois en deux parties (Nuremberg, 2000) reprenait les mêmes personnages que le film de Vanderbilt qui vient de sortir : la vingtaine de dignitaires du régime nazi, dont Göring, le juge Jackson et son acolyte britannique Maxwell-Fyfe.

Lorsqu’il reconnaît à qui il a affaire, le sous-officier n’en croit pas ses yeux.

Ce que propose James Vanderbilt pour sa seconde réalisation après Truth, le prix de la vérité (il a longtemps été producteur de séries TV comme Altered Carbon ou des derniers Scream) est une approche différente, qui lui est venue en 2012 à la lecture du roman de Jack El-Hai : au lieu de se focaliser sur la cour, les arguments, les interrogatoires et contre-interrogatoires, il choisit un angle singulier, celui de la psychologie des prévenus. On se rapproche ainsi d’une tendance similaire dans les productions télévisuelles avec nombre de séries et documentaires sur des criminels au travers de leur examen psychologique : l’excellente Mindhunters de David Fincher en est un bon exemple.

Kelley/Malek fait le joli coeur avec une journaliste venue couvrir l’événement.

Pour autant, la production ne va pas lésiner sur la réalité historique et la reconstitution, en choisissant par exemple de tourner en Hongrie, sans doute le pays qui a subi le plus de torts au moment de la fameuse « solution finale ». Et le réalisateur a tenu par dessus tout à inclure six minutes du documentaire mythique Nazi Concentration Camps qui fut projeté dans son intégralité lors des propos liminaires de la mise en accusation.

Six minutes qu’il a demandé à ses comédiens de ne pas visionner, afin de conserver intactes leur émotion et leurs réactions – seul Michael Shannon a exigé de ne pas être filmé en gros plan à ce moment-là, sachant à l’avance combien il serait bouleversé.

Certes, pour les besoins du film, quelques libertés ont été prises, mais elles sont mineures et à la marge de la trame principale (par exemple, dans la réalité, Göring a pu voir sa femme au moins une fois pendant sa captivité).

Atteint-il alors l’aura du chef-d’oeuvre de Stanley Kramer cité plus haut ? Non, malheureusement. Son principal défaut est sans doute de manquer de suspense, de ne pas s’appuyer suffisamment sur les plaidoiries et les enquêtes qui agrémentent généralement les films de procès, et d’insérer quelques effets un peu grandiloquents pour générer une émotion bien légitime, en comptant sur la musique bien ronflante de Brian Tyler.

Néanmoins, le film est important, voire nécessaire. D’une part parce qu’il retrace un tournant majeur dans l’histoire de l’Humanité, un moment-clef dont on ne se rend pas bien compte aujourd’hui. En effet, en 1945, les Alliés avaient remporté la guerre et l’Allemagne, vaincue, s’était rendue.

Mais le nazisme n’était pas encore mort. La preuve en était incarnée par le Reichsmarschall Göring, chef de la Luftwaffe et numéro 2 du régime hitlérien, qui s’était rendu volontairement aux GI’s, persuadé de pouvoir tirer parti de la confusion juridique qui allait s’ensuivre. Car (comme le démontre l’assistante du procureur, le Chief Justice Jackson), il n’existait aucune loi internationale à l’époque sur laquelle les Alliés pouvaient bâtir leur accusation et donc remporter un éventuel procès.

Et en face, les responsables avaient beau jeu de faire valoir leur droit de pays en guerre : que pouvait-on leur reprocher en dehors du fait d’avoir défendu leur nation ?

C’est à ce moment précis de notre Histoire qu’apparaît le concept de « crime contre l’Humanité » qui allait s’inscrire définitivement dans le droit international et permettre ainsi de juger sur pièces les atrocités commises par les officiers du Führer.

Le film de Vanderbilt ne s’attarde toutefois pas là-dessus, sans pour autant omettre son apparition capitale. Il préfère montrer à l’écran la relation privilégiée que va entretenir Kelley avec Göring, l’un comprenant très vite les capacités de manipulation de l’autre, tentant de jouer avec afin de comprendre ses failles et les rouages de son psychisme, dans le but, d’abord, de fournir des armes à l’accusation, mais également, et il ne le nie pas, d’en profiter pour écrire un livre dont il est certain qu’il sera un best-seller.

Maxwell-Fyfe, Jackson et Kelley (de gauche à droite Richard E. Grant, Michael Shannon & Rami Malek)

Un jeu du chat et de la souris plaisant, grâce à des dialogues au cordeau et à l’implication des deux acteurs. Russell Crowe joue un Göring étonnant, magnétique, forcé de maigrir et de se priver de ses cachetons pour pouvoir être en bonne santé devant les juges : il impressionne l’audience, hypnotise son vis-à-vis et réussit systématiquement à le mettre dans ses petits souliers en le poursuivant de son sourire carnassier.

Pas étonnant que les producteurs l’aient choisi en priorité, tout comme Rami Malek qui avait auparavant fasciné le réalisateur. Ce dernier confiait en effet, lors d’un entretien pour Cinéaste Magazine mené par Christian Delage, qu’il lui fallait un individu audacieux, brillant et un poil trop sûr de lui, qui sera longtemps persuadé de pouvoir lire dans le cerveau du Reichsmarschall, avant de devoir déchanter en découvrant les abominations dont il était responsable. On pourra à la rigueur regretter dans son jeu quelques stigmates de l’époque Bohemian Rhapsodymais il fait honnêtement son job.

Ce sont les seconds rôles qui sont finalement les plus enthousiasmants : Michael Shannon interprète avec une justesse infinie un procureur conscient de l’importance du moment, semblant porter le poids d’une partie du monde sur ses épaules, révélant dans son sourire crispé, ses yeux fatigués, des failles liées à une tension extrême. On saluera également Richard E. Grant, dans le rôle du procureur britannique (considéré comme étant le meilleur « contre-interrogateur » de l’époque), impeccable d’élégance et de pertinence.

La photographie de Darius Wolski, toujours aussi élégante, sait se montrer discrètement efficace, et parfois glaçante, toujours à propos.

À voir pour s’enrichir et ne pas oublier.

Il était une fois en Chine III : le Tournoi du Lion de Tsui Hark

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  • Titre original : Wong Fei Hung III : Si wong jaang ba
  • Date de sortie en salles : 8 novembre 2000 avec Golden Harvest
  • Réalisation : Tsui Hark
  • Distribution : Jet Li, Rosamund Kwan & Max Mok
  • Scénario : Tsui Hark, Chan Tin-suen & Cheung Tan
  • Photographie : Wai Keung-lau
  • Musique : Wai Lap Wu
  • Support : DVD HK Vidéo (2003) en 2,35:1 /105 min
Synopsis :

L’impératrice douairière décide dans le plus grand secret d’instaurer la compétition de la Tête de Lion, qui doit distinguer les plus grandes écoles de kung-fu de Chine. Maître Wong et ses disciples s’inscrivent à la compétition afin de déjouer un complot d’assassinat et de combattre un adversaire arrogant et fourbe.

La saga Il était une fois en Chine a été vue en Occident comme une petite révolution, popularisant enfin un personnage-clef de l’histoire récente chinoise, Huang Fei-Hong (dont le nom a été ensuite ré-orthographié en Wong Fei-hung) décédé en 1925. L’histoire de cet acupuncteur chinois du XIXème siècle, spécialiste des arts martiaux – réputé n’avoir perdu aucun combat de toute sa vie – et révolutionnaire, avait déjà été portée à l’écran depuis les années 1940 et sur plus d’une centaine de films depuis. Un héros extrêmement populaire dont les vidéophiles avaient déjà découvert la virtuosité et la coolitude dans le Combat des maîtres (1976) et surtout le tonitruant Martial Club de Liu Chia-liang en 1981 avec l’irremplaçable Gordon Liu (auquel Tarantino a rendu un vibrant hommage en l’incorporant au casting de Kill Bill).

Le Tournoi du Lion constitue le troisième épisode de la saga née en 1991 avec Tsui Hark (Time & Tide) aux commandes. L’histoire, sans être complexe, s’articule parfaitement autour de notre héros cantonais, professant la tolérance et la non-violence, médecin à ses heures, peu enclin à s’ouvrir au monde occidental mais dont l’esprit (et le cœur) parviendra à l’accepter par le biais de sa « nièce » (aussi appelée Tante Yee, allez savoir !) laquelle a fait des études en Angleterre. Il aime cette jeune femme (interprétée par Rosamund Kwan, actrice connue par les fans pour ses rôles dans des films d’arts martiaux aux côté de Sammo Hung et Jackie Chan) mais son éducation stricte l’empêche de manifester ouvertement ses sentiments, ce qui entraîne quelques-unes des scènes les plus comiques du film (la séquence du « I love you » est très représentative, classique mais réussie) où Jet Li, comédien né à Pékin, se fond à merveille dans la peau de cette icône chinoise.

Après un second volet chorégraphié par Yuen Woo-Ping, on a droit ici à des combats axés sur la voltige et la légèreté, ponctués de bruitages toujours aussi savoureux, un simple coup de poing faisant autant de bruit que la détonation d’un canon, avec une prédilection pour les pieds (et l’introduction de Pied-du-Diable, devenant par la suite Pied-bot, adversaire puis allié de nos héros).

En revanche, on peut regretter l’absence d’un véritable duel, même dans le finale pourtant spectaculaire : Fei-Hung a une telle stature qu’il semble improbable de trouver un combattant de sa trempe. On lui en oppose donc plusieurs fois toute une troupe et on le met dans les situations les plus périlleuses afin d’éprouver son sens de l’équilibre et sa maîtrise du kung-fu. Cependant, il n’apparaît jamais vraiment en mauvaise posture, ce qui ôte un peu au caractère dramatique des combats.

En outre, l’intrigue prend un tour nouveau quand, à la traditionnelle rivalité avec un caïd des écoles d’arts martiaux (une trame qui rappelle le second épisode), s’ajoute un complot politique visant à éliminer un personnage important. Du coup, la promise de Fei-Hung, son père et ses acolytes se voient confier une mission autrement plus importante que le simple fait de rabattre son caquet à l’ignoble et rigolard Tin-Bai.

Bref, un excellent moment malgré la déception relative à l’absence d’un duel titanesque qu’on pensait être indissociable de ce genre de métrages.

La VF en 5.1 propose des voix parfois cocasses, mais finalement plus convaincantes que dans les deux premiers volets de la franchise. Toutefois, on n’aura droit qu’à très peu d’effets surround et les basses sont quasiment absentes. La VO est un peu plus équilibrée.

L’image remasterisée du DVD de l’époque est également plus agréable que sur les deux précédents épisodes et ose enfin les séquences prolongées en pleine journée. L’intrigue se déroulant désormais à Pékin où Fei-hung va à la rencontre de son père à l’occasion d’une fête, on y admire les processions de dragons multicolores du plus bel effet, bien mises en valeur par la photographie de Wai Keung-lau. Cela dit, les couleurs paraissent tout de même un peu fades et quelques plans sont légèrement surexposés. En revanche, on constatera fort peu de défauts en dépit d’un grain présent. Le DVD était vendu dans un coffret comprenant également l’épisode 4, à l’image plus définie mais à l’histoire moins captivante.

Dark Water de Walter Salles

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  • Titre original : Dark Water
  • Date de sortie en salles : 31 août 2005 avec Buena Vista International
  • Réalisation : Walter Salles
  • Distribution : Jennifer Connelly, Tim Roth, Dougray Scott, John C. Reilly & Pete Postlethwaite
  • Scénario : Rafael Yglesias d’après la nouvelle L’Eau Flottante de Kôji Suzuki & le film Dark Water d’Hideo Nakata
  • Photographie : Alfonso Beato
  • Musique : Angelo Badalamenti
  • Support : DVD Touchstone zone 2 (2006) en 2,39:1 /105 min
Synopsis :

Une jeune femme tente de trouver un équilibre vacillant en cherchant un appartement afin d’y élever sa fille loin d’un ex-mari revanchard. Mais l’immeuble qu’elle déniche recèle des mystères qui se manifestent par des bruits de pas, des chuchotements et surtout l’infiltration persistante d’une eau sombre venue d’en haut…

Dark Water (à ne pas confondre avec Dark Waters, le film de Todd Haynes sorti en 2019) est au départ une histoire sombre, axée sur le mal-être et l’angoisse de la perte,  mise en scène par Walter Salles, le cinéaste brésilien lauréat de nombreux prix et distinctions pour Carnets de voyage et d’un Oscar du Meilleur Film International en 2024 pour Je suis toujours là.

En 2005, il était invité à porter à l’écran un remake d’un film d’horreur japonais (par Hideo Nakata en 2003) lui-même adapté d’une nouvelle ancrée sur le thème de la maternité – un domaine que Salles avait exploré de fort belle manière dans Central Do Brasil (1998). Son remake américain s’inscrivait dans cette mouvance morbide initiée par Ring du même Hideo Nakata (1998), cependant les cinéphiles européens étaient prêts à critiquer toute tentative de lissage et de formatage hollywoodien habituel. Il est désormais notoire que le Cercle de Gore Verbinski (2002) – version américaine du précédent – s’il gagne en délire visuel, perd beaucoup de cet aspect dérangeant qui était l’apanage des films nippons préférant instiller une impression de malaise davantage que rechercher les effets choc et les séquences horrifiques, quitte à sacrifier le caractère plastique de l’oeuvre. La partie n’était donc pas gagnée d’avance mais Salles avait des atouts non négligeables pour emporter l’adhésion des spectateurs.

Au visionnage, les impressions peuvent être confuses, sûrement à cause des trois premiers quarts du film qui semblent vides et mornes, sans enjeu ni intérêt autre que celui de voir Jennifer Connelly, toujours sublime, tenter de garder le contrôle de sa vie de mère divorcée d’une jeune fille plutôt éveillée pour son âge. Les personnages qu’elle côtoie sont pour la plupart fades et sans épaisseur, malgré la présence du toujours juste Pete Postlethwaite dans le rôle d’un gardien d’immeuble pas très disert mais qui suscite interrogation et malaise ; on a connu John C. Reilly et Tim Roth dans des rôles bien plus marquants. Le contexte géographique ne manque pas d’intérêt : l’île Roosevelt, qui jouxte New-York City, constitue une sorte de microcosme imbriqué au climat perpétuellement maussade (tout le contraire de la réalité d’ailleurs, d’où une certaine ironie). Pris séparément, les éléments sont là qui peuvent induire un sentiment d’oppression et de tristesse, propice à l’irruption du fantastique ou du macabre. Mais cela ne fonctionne guère et on a juste l’impression de se débattre dans une intrigue floue qui hésite à se dévoiler.

La fin, sans parvenir à sauver l’ensemble, lui donne tout de même plus d’épaisseur, de sens et de substance dramatique. Ça paraît très laborieux toutefois mais l’histoire a au moins une fin, logique et simple, sans surprise… et somme toute acceptable, d’autant qu’elle colle davantage à la nouvelle originale qu’au film d’horreur japonais.

Pour le reste : amateurs d’angoisse, de morbide, de suspense, de gore ou de frissons, passez votre chemin. Le film de Salles n’instaure aucune ambiance palpable en dehors d’une sorte de morosité terne, baignant dans une luminosité à dominante verdâtre et à la photo recherchée, comme une copie sans âme de l’ambiance originelle. C’est le domaine visuel qui est sans doute le plus réussi, totalement assorti à la vision qu’en avait sans doute le réalisateur : l’eau est présente partout (dans la pluie, l’humidité ambiante, les coulures persistantes au plafond et sur les murs) et instille une sensation tenace de moiteur délétère. Cet élément liquide semble accompagner le développement chaotique du personnage de Dahlia (Jennifer Connelly) dans sa manière de tenter de rebondir face à l’adversité. La bande son et le score de Badalamenti n’apportent cependant rien à l’ensemble. Les spectateurs qui ont la chance d’être parents seront sans doute davantage touchés par la détresse de ce couple mère/fille et, en ce sens, parviendront à vibrer, un peu, sur le dernier quart d’heure. C’est déjà ça.

Malgré son relatif ratage, le film revint quelques années plus tard sur le devant de la scène du fait d’un épisode tragique en 2013 (l’affaire Elisa Lam) dont les circonstances rappellent étrangement celles décrites dans ce film pourtant réalisé huit ans plus tôt…

 

Si Versailles m’était conté de Sacha Guitry

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  • Titre original : Si Versailles m’était conté
  • Date de sortie en salles : 10 mars 1959 avec Cocinor
  • Réalisation : Sacha Guitry
  • Distribution : Jean-Pierre Aumont, Jean-Louis Barrault, Claudette Colbert, Sacha Guitry, Jean Marais, Georges Marchal, Micheline Presle, Gérard Philipe, Édith Piaf, Orson Welles, Jacques François, Bourvil & Brigitte Bardot
  • Scénario : Sacha Guitry
  • Photographie : Pierre Montazel
  • Musique : Jean Françaix
  • Support : Blu-ray UHD 4K Rimini 2025 en 1,37:1 /176 min
Synopsis :

L’histoire du château de Versailles, depuis l’instant où, enfant, le futur roi Louis XIII découvre le site, jusqu’aux années cinquante où le château de Louis XIV est devenu un musée. À l’origine, Louis XIII fit élever un pavillon de chasse dans la forêt de Versailles, que son fils Louis XIV transforma en un château somptueux. Le train de vie faste du monarque et de sa cour éveilla la colère du peuple, qui fit trembler les murs du palais…

À travers les grandes figures qui l’ont habité, Sacha Guitry se réapproprie l’histoire du château de Versailles, lui rendant un formidable hommage.

Les éditions Rimini ont gâté les cinéphiles pour les fêtes de fin d’année, ainsi que les amoureux de l’Art et de l’Histoire, en mettant sur le marché la version entièrement restaurée de ce très grand succès du cinéma français : près de 7 millions d’entrées en 1954 !

Madame de Montespan (Claudette Colbert) et ses admirateurs

Premier métrage en couleurs de Sacha Guitry, son succès fut tel qu’il encouragea son créateur (réalisateur, scénariste et interprète) à poursuivre sur la même voie avec Si Paris m’était conté et Napoléon, des films de commande qui lui permirent de retrouver la faveur du public et d’une partie de la critique – cette dernière n’ayant jamais été très tendre avec lui, son ego, sa manière de se mettre en avant presque systématiquement et de produire à l’écran du théâtre filmé hiératique et pompeux. Des œuvres qui sonnèrent également le glas de son existence puisqu’il nous a quittés en 1957, atteint par un cancer, après une vie tumultueuse dont on retient surtout les cinq mariages et une quantité de pièces de théâtre où son humour caustique et son sens de la réplique ont fait mouche.

Batifolage lors de la soirée « blanc & noir »

L’accueil de ce projet d’ampleur inhabituelle ne fut pas pour autant unanime : on lui reprocha notamment quelques libertés avec l’Histoire, des omissions et des erreurs factuelles. Ceux qui le connaissent et le respectent, dont François Truffaut, très admiratif de son œuvre, savent pourtant que ces dernières ne résultent pas d’une maladresse ou d’une négligence, tant ses recherches se sont montrées pointilleuses : il faut davantage y voir un de ces clins d’œil qu’il avait l’habitude d’adresser au spectateur, brisant le quatrième mur ou utilisant simplement son inimitable voix off pour des commentaires caustiques souvent percutants.

Pour les très nombreux profanes, la simple vue des quelques captures d’écran risque de mal les orienter : Si Versailles m’était conté, bien que vrai film en costumes, ne va pas s’aventurer sur les terrains de chasse d’André Hunebelle (Le Bossu, Le Capitan) ou de Bernard Borderie (Angélique, marquise des Anges). Les similitudes se bornent aux costumes et décors d’époque, avec un ancrage historique, mais on n’est pas devant un de ces films de cape et d’épée qui fleuriront dans la décennie suivante : il s’agit d’une suite de tableaux, assez statiques (nous y reviendrons), présentant des épisodes de l’Histoire de France dont le plus beau château du monde a été le témoin impassible. On est également très loin du Marie-Antoinette de Sofia Coppola.

Louis XV (Jean Marais) & Madame de Pompadour (Micheline Presle)

Cela commence par un banc-titre plein de malice dans lequel les collaborateurs de Guitry sont chaudement remerciés. Puis l’homme apparaît à l’écran et s’assoit devant un bureau, ouvrant un livre imposant portant le titre du film, tout en parlant avec sa voix légèrement grinçante où percent une ironie perpétuelle et une sorte de détachement un peu snob. Les pages nous montrent la distribution, qui s’avère exceptionnelle : même si les grandes heures d’Hollywood ont mis à l’écran des productions constellées de stars, la densité du casting de celle-ci semble très difficile à égaler. Que Sacha Guitry interprète Louis XIV (vieux, le monarque ayant droit d’ailleurs à trois acteurs pour différentes périodes de sa vie), cela tombe sous le sens et colle parfaitement à ce qu’on sait de l’artiste. Mais je vous laisse parcourir la liste (non exhaustive) des comédiens engagés, dont certains étaient à peine connus (il s’agit du premier rôle d’Annie Cordy par exemple, et sans doute l’un des tout premiers de Brigitte Bardot) et d’autres au faîte de leur gloire, quand d’autres encore sont venus par habitude. L’image d’Edith Piaf en sans-culottes chantant une version moderne de Ah, ça ira ! est fort connue, mais on sait moins que Tino Rossi interprète un gondolier (lors d’une de fêtes nautiques au palais), Bourvil un guide de musée un peu nostalgique, Gino Cervi un Cagliostro facétieux, Gérard Philipe un D’Artagnan en colère sans parler d’Orson Welles dans la peau de Benjamin Franklin ! Et on n’en a pas fini… S’il n’y a pas Fernandel, c’est sans doute en raison d’une terrible brouille entre eux à propos d’un film écrit par Guitry mais réalisé par l’acteur comique, qui les a menés devant les tribunaux.

Une fille du peuple en colère (Edith Piaf)

Donc, que l’on ne s’attende pas à des courses poursuites à cheval ou des duels à l’épée : Guitry est un spécialiste du dialogue et il a construit son récit (divisé en deux parties d’environ 1h30) en petits tableaux, parfois très courts, situés sans exception dans le château ou ses dépendances. Film de commande, on vous l’a dit, il a permis de récolter plusieurs dizaines de millions de francs destinés à la restauration de ce chef-d’œuvre d’architecture, de ce creuset artistique où vécurent et travaillèrent ensemble certains des plus grands esprits créatifs de leur époque. Et Guitry, malgré sa gouaille et son franc-parler, se montre profondément respectueux du lieu et de son histoire, lui qui a longtemps œuvré à la défense de la Culture française (arrêté en 1940, il dut son salut à son statut d’artiste, une des nombreuses choses qui lui furent reprochées quant à sa vie pendant l’Occupation).

Très vite, on comprend qu’il va prendre soin du château (le plus beau du monde, on vous le répète, et il prend soin de l’asséner régulièrement) comme des personnages – on le sent plein de complaisance envers Louis XIV, et sa discrétion quant à Napoléon (qui refusa de dormir dans le lit du roi) peut s’expliquer par le fait qu’il avait sans doute déjà le projet d’un film sur lui. Cependant, le procédé ne fait malheureusement guère honneur aux décors : les plans fixes, souvent cadrés sur un groupe dans une salle (assis à un bureau, sur un divan, debout à causer dans un coin) et à hauteur d’homme laissent peu de place aux statues, dorures, toiles, tapisseries et surtout aux jardins qu’on voit finalement très peu. Alors que la restauration en 4K est absolument phénoménale, faisant ressortir comme jamais les soieries (le bleu des robes et des tenues royales est somptueux) et les bijoux, boostant les couleurs, on se rend compte aussi des ravages du temps sur Versailles : les balustrades abîmées, les dallages écaillés ou décollés, les dorures des grilles presque effacées ne rendent pas hommage à la splendeur de ce berceau de notre Histoire.

Louis XIV vieux (Sacha Guitry)

Guitry ne semble guère avoir eu la possibilité pour aller à sa guise où il le souhaitait, on retrouve cette forme de limitation dans les prises de vues qui pèsent sur la réalisation d’un film comme le Dune de Lynch, plombée par des décors en dur dans lesquels les caméras ne pouvaient pas se mouvoir. Certes, on verra la Galerie des Glaces, mais sans la parcourir, uniquement depuis l’un des salons aux extrémités (dont le monumental Salon de la Guerre).

L’autre problème tient justement à la manière de faire de Guitry : les dialogues sont sur-écrits et certains acteurs manquent de naturel devant ces répliques pleines d’esprit et de malice. Le montage n’arrive pas à conférer la fluidité nécessaire aux transitions qui ont recours aux fondus-enchaînés assez laborieux. Heureusement, on aura quelques plongées sur des arrivées à cheval, des entrées et sorties du palais, et des panoramiques élégants dans les scènes ayant davantage de recul (comme celles au Hameau de la Reine).

Louis XIV adulte (Georges Marchal)

En outre, nombre de ces répliques perdent de leur impact si on n’a pas la réf, même si Sacha Guitry essaie souvent de limiter cela en présentant les personnages (« Mais quel est donc votre nom, mon bon monsieur ? ») : les présences de Molière, Racine et Marivaux permettront d’insérer quelques échanges verbaux en vers pleins de charme suranné. Mais on risque d’en apprendre beaucoup sur les affaires des poisons et du Collier de la Reine, qui ont pourri les relations au sein de la Cour pendant des décennies.

Enfin, sachant l’attrait de Guitry pour la gent féminine, et au vu de la distribution, on verra que les actrices sont largement à leur avantage, dotées de tenues aussi éblouissantes que leurs parures : là-aussi, la restauration de l’image fait des merveilles, les blancs sont éclatants et les roses et rouges flamboyants. D’ailleurs, les costumes et les bijoux ressortent davantage que les ors des couloirs du palais, ce qui nuit quelque peu à la mission originelle – mais qui n’a pas empêché un regain d’attirance pour ce fleuron de notre culture. En revanche, côté audio, pas de miracle sur la piste originale (qui était enregistrée en mono), mais on notera une baisse sensible de la propension des voix de l’époque à aller dans les aigus et un rééquilibrage avec la musique. Néanmoins, certaines paroles paraissent parfois étouffées, notamment lors des transitions.

Marie-Antoinette (Lana Marconi)

Le très beau coffret Rimini sorti le 5 décembre 2025 comprend donc la version remastérisée en 4K Ultra HD mais également un blu-ray avec le film et un second contenant plus de deux heures de bonus dont voici le détail :

SUPPLÉMENTS BLU-RAY :

  • Si Versailles m’était conté… : l’Histoire selon Sacha Guitry, par Noël Herpe, historien du cinéma. (39’15’’)
  • Anecdotes et souvenirs par Albert Willemetz, président de l’Association des Amis de Sacha Guitry (24’22’’)
  • À vous aussi Versailles sera conté : archive INA – 1ère diffusion le 29 décembre 1953 (32’04’’)
  • Et Versailles vous est conté – archive INA – 1ère diffusion le 12 octobre 1953 (32’04’’)
  • La restauration du film (3’36’’)

Une oeuvre pharaonique qu’il convient d’avoir vu une fois au moins.